Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Face à l’environnement stratégique en constante évolution, la Direction générale de l’armement (DGA) a piloté l’adaptation de l’industrie de défense en 2024 par un effort financier et la mise en place de commandes globales sur plusieurs années.

Selon un document rendu public le 30 avril 2025, la DGA a dépensé 21,7 Mds€ pour équiper les forces armées et passé des commandes d’un montant de 16,6 Mds€ en 2024. Pour préparer l’avenir, elle a effectué des paiements totalisant 1,6 Md€ et pris des engagements pour 1,3 Md€.

Productivité industrielle améliorée. La DGA a augmenté la capacité de production de plusieurs armements par l’introduction de nouveaux procédés, la renégociation de contrats et l’accompagnement dans la chaîne de production. Ainsi en 2024, chez Thales, les temps de production de radars est passé de 18 à 6 mois. Chez MBDA, la cadence de production de missiles anti-aériens transportables légers Mistral aura été multipliée par quatre entre 2022 et 2025 et six fois plus de missiles Aster que prévu seront livrés en 2025. Chez KNDS, la cadence de production des canons Caesar, dont le délai entre la commande et la livraison est passée de 30 à 15 mois, a triplé et la production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. Safran a doublé la production de bombes AASM (armement sol-air modulaire). En mars 2024 et avec l’aide de BpiFrance (banque publique d’investissements), la DGA a mis en place le « dispositif accélérateur défense » au profit de 28 entreprises (petites, moyennes et de taille intermédiaire), sous-traitantes de programmes d’armement. Ce dispositif d’une durée de 12 mois les accompagne pour adapter leurs moyens industriels afin de répondre aux nouvelles exigences des industriels de défense et pérenniser leur positionnement dans ce domaine.

Innovations déployées en 2024. L’Agence de l’innovation de défense, intégrée à la DGA, a piloté 16 projets de passage à l’échelle d’innovation, dont certaines sont déjà utilisées en opérations. Celles déployées en 2024 ont apporté des contributions : à la sécurisation des réseaux de communications ; à l’amélioration des communications navales ; à la mise en place d’un logiciel d’analyse et de caractérisation des manœuvres orbitales au profit du Commandement de l’espace ; au déploiement d’un simulateur de drone ; au développement des capacités d’observation satellitaire ; à l’optimisation de l’alimentation des véhicules tactiques.

Livraisons en 2024. L’armée de Terre a reçu :  12 canons Caesar ; 1 prototype opérationnel de système de lutte anti-drones laser ; 1 lot d’obus de 155 mm ; 35 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 150 blindés multi-rôles Griffon ; 1 mortier embarqué pour l’appui au contact ; 103 engins blindés multi-rôles légers Serval ; 21 chars Leclerc rénovés ; 102 véhicules blindés légers régénérés ; 6 infrastructures pour la mise en œuvre, la formation et l’entraînement aux matériels Scorpion ; 2 hélicoptères de manœuvre de nouvelle génération Caracal ; 1 hélicoptère de transport tactique NH90 Caïman ; 3 hélicoptères appui-destruction Tigre rénovés ; 8.000 fusils HK416F ; un ensemble d’équipements Cinabre pour la défense biologique, radiologique et chimique. L’armée de l’Air et de l’Espace a reçu : 2 avions de transport militaire A400M ; 1 avion de liaison Falcon 900 ; 1 centre de formation et bâtiment opérations de l’avion ravitailleur multi-rôles MRTT ; 1 mise en service du satellite de communications Syracuse 4B et 24 segments sol ; 14 avions de chasse Rafale ; 13 rénovations à mi-vie de l’avion de chasse Mirage 2000D ; 1 infrastructure pour l’entretien du Rafale ; 2 systèmes de défense sol-air courte portée Mica ; 1 lot de missiles anti-aériens Mica remotorisés ; 2 radars fixes de surveillance arienne M/BA 3D ; La Marine nationale a reçu : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Tourville de la classe Barrcuda ; 1 module amovible sur SNA pour les opérations spéciales ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c ; 1 lot de torpilles lourdes F21 Atemis ; 1 patrouilleur outre-mer ; 1 drone de surface de guerre des mines. Le domaine interarmées « Connectivité et renseignement » a reçu : 680 postes véhicules et 28 postes portatifs Contact ; 8 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique.

Commandes passées en 2024. Pour l’armée de Terre, la DGA a commandé : 45 blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 253 engins blindés multi-rôles Griffon ; 97 blindés multi-rôles légers Serval ; 100 chars Leclerc rénovés ; 120 véhicules blindés légers régénérés ; 8.000 fusils HK416F ; 100 fusils brouilleurs de lutte anti-drones ; 100 kits Medevac NH90 dédiés à l’évacuation médicale. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, la DGA a commandé : 2 palettes Evasan A400M pour l’évacuation sanitaire ; 8 systèmes sol-air moyenne portée/terrestre de nouvelle génération ; 11 stations sol pour les communications satellitaires Syracuse IV ; 51 nœuds de réseaux tactiques Astride. Pour la Marine nationale, la DGA a commandé : 2 lots de torpilles lourdes F21 Artémis ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c. Pour le domaine interarmées « connectivité et renseignement », la DGA a commandé : 7 relais sécurisés Descartes du réseau de télécommunications du ministère des Armées ; 52 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) ; 1 avion de ROEM Archange, équipé de la capacité universelle de guerre électronique.

Prochains systèmes d’armes. Sur la base de connaissances précises des technologies et d’une appréciation de la menace enrichie par le renseignement, la DGA analyse les besoins opérationnels. Ensuite, elle définit les futurs systèmes d’armes et leurs performances critiques en cohérence avec les enjeux industriels, de coopération et d’export. Les prises de commandes en coopération et à l’export se montent à 18 Mds€ en 2024. Cette année-là, les travaux capacitaires ont débouché sur le lancement de nombreux projet à effet majeurs dont le drone de combat, la robotisation du combat terrestre, l’évolution des frégates et la simulation massive. Ces travaux ont permis la création de la communauté d’intérêt aéroterrestre, qui a notamment réorienté le programme Contact de communications numériques tactiques et de théâtre d’opérations. Ils ont donné lieu à la création de la communauté d’intérêt aéronaval à l’origine du développement du système de combat du porte-avions de novelle génération. Ils ont aussi débouché sur la feuille de route RM2SE (réseaux multi-senseurs multi-effecteurs) pour mettre la donnée au centre du combat.

Supériorité opérationnelle future. Depuis 2006, le Centre d’analyse technico-opérationnelle de défense (CATOD) de la DGA dispose des savoir-faire pour préparer les capacités militaires et l’emploi des systèmes d’armes, dont les caractéristiques majeures seront évaluées tout au long de leur cycle de vie. En 2024, ses travaux ont contribué à définir les prochaines générations des moyens de la dissuasion nucléaire : sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération ; missile nucléaire air-sol hypersonique ASN 4G, futur successeur de l’ASMP en service dans les Forces aériennes et aéronavales stratégiques ; missile mer-sol balistique stratégique M51 du SNLE ; porte-avions de nouvelle génération. Outre l’analyse de la valeur et des coûts, la recherche opérationnelle, la modélisation et la simulation, le CATOD développe le « wargaming » (jeu de guerre) pour mobiliser l’intelligence collective de manière collaborative. En 2024, il a mené une vingtaine d’actions de wargaming, dont : la démarche Titan pour l’aide à la définition de la future capacité de niveau division de l’armée de Terre ; l’optimisation des processus organisationnels de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; l’amélioration des capacités de maîtrise des frontières du ministère de l’Intérieur.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire




DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

La Direction générale de l’armement (DGA) a mis en place un outil économique et productif résistant aux crises majeures afin de fournir, dans la durée, les équipements nécessaires aux armées en cas de guerre.

Le bilan 2022-2024 a été rendu public dans un document le 9 décembre 2024 à Paris.

Cadences et capacités de production. Les mesures normatives de priorisation des commandes dans le cadre la loi de programmation militaire 2024-2030, l’introduction de nouvelles technologies de production, la renégociation des contrats et l’accompagnement des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense ont permis de produire plus et plus vite pour conserver l’autonomie stratégique. Ainsi, le temps de production chez le groupe électronique de défense Thales est passé de 18 à 6 mois. L’accélération de la production des missiles Aster permettra d’en livrer six fois plus que prévu en 2025. La production de canons Caesar (photo) chez KNDS a triplé avec une réduction du délai entre la commande et la livraison, passé de 30 à 15 mois. Celle des bombes AASM (armement air-sol modulaire) a doublé. La production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. La cadence de fabrication de missiles Mistral (air-sol très courte portée) de MBDA aura été multipliée par 4 entre 2022 et 2025. Face aux accélérations, les industriels ont anticipé leurs approvisionnements pour améliorer leur réactivité. Des clauses d’accélération de production ont été introduites dans la commande globale de MPP (missiles de moyenne portée) passée en 2023. Alors qu’il s’élevait chaque année à 9,5 Mds€ entre 2012 et 2016, le montant des commandes a atteint 20 Mds€ en 2023. A titre indicatif, voici les montants des commandes en attente de livraisons au 31 décembre 2023 : Thales, 6 Mds€ ; Airbus Defense and Space, 5 Mds€ ; Airbus Helicopters, 5 Mds€ ; Dassault Aviation, 5 Mds€ ; Naval Group, 4 Mds€ ; MBDA, 3 Mds€ ; Safran (équipements aéronautiques), 2 Mds€ ; chantiers navals hors Naval Group, 1,5 Md€ ; KNDS, 1,5Md€ ; Arquus (véhicules terrestres), 1 Md€. En 2023, près de 25 % des commandes ont été attribuées à 21.000 entreprises petites, moyennes, intermédiaires et start-ups, soit 6,8 Mds€.

Expertise et essais. D’un coût de 40 M€, les principaux essais effectués par la DGA ont nécessité 6,9 millions d’heures d’ingénierie en 2023. Deux tirs d’exercice et deux tirs au banc du propulseur ont concerné le planeur hypersonique VMAX et les missiles balistiques de la Force océanique stratégique. De nombreux essais, notamment de lutte anti-drones, ont été effectués pour la préparation opérationnelle des forces armées. Des essais qualifiants ont eu lieu pour le système d’autoprotection guerre électronique Spectra F4 du Rafale. A la suite d’essais sur le segment spatial Syracuse, le satellite de communications Syr4B a été lancé du site guyanais. Le transport aérien du missile Aster par avion A400M a été testé pour ravitailler la frégate multi-missions Languedoc. Les forces armées ont reçu 185 outils cyber. Des expertises et des essais ont été effectués pour améliorer les performances des équipements de protection individuelle NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) en service. Pour le sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération, des calculs numériques et des essais au grand tunnel hydrodynamique du propulseur ont été effectués pour évaluer les caractéristiques propulsives et acoustiques. Des essais d’acceptation ont eu lieu sur le Dugay-Trouin, 2ème sous-marin de la classe Suffren. La frégate Aconit de type La Fayette est en rénovation à mi-vie avec des essais d’acceptation. Les premiers essais sur des munitions téléopérées actives ont été entrepris. Des essais sur la protection du porte-avions nucléaire de nouvelle génération ont eu lieu. D’autres ont validé la sûreté de fonctionnement des logiciels autorisant le déploiement du drone armé Reaper Block5 en métropole.

Loïc Salmon

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

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Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

 




DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

En anticipant les menaces, la Direction générale de l’armement (DGA) conçoit et réalise les armes futures de la dissuasion nucléaire, qui représente 13 % de l’effort financier national pour la défense.

La dissuasion prévient toute attaque d’un pays étranger envers les intérêts vitaux de la France. Elle se fonde sur la peur de la riposte française par l’arme nucléaire, qui causerait chez l’adversaire des dégâts jugés inacceptables. La mission de la DGA dans ce domaine a été présentée à la presse, le 9 décembre 2024 à Paris, par un ingénieur général de l’armement.

Capacités et responsabilités. La dissuasion, en constante évolution, constitue un ensemble cohérent entre la Force océanique stratégique, les Forces aériennes stratégiques, la Force aéronavale nucléaire, les transmissions nucléaires et les moyens et programmes annexes d’infrastructures, de protection et de projection. Elle implique les industriels, le Commissariat à l’énergie atomique, les armées et la DGA. Celle-ci emploie un millier d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécifiquement formés et dispose de 15 implantations, de 9 centres d’essais et du bâtiment d’essais et de mesures Monge, pour assurer la sécurité des essais en vol (mer, air et espace) et tester les armements nucléaires. Elle suit les tendances, compare les armements concurrents, évalue des technologies en amont et conçoit les moyens de s’en prémunir. Elle travaille sur les rejets gazeux et la signature magnétique des sous-marins, les raids aériens en pays ennemi et le planeur hypersonique. Les équipements les plus perfectionnés restent réservés à la dissuasion. Vu les durées de vie d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE, 40 ans) et des missiles balistiques stratégiques (15-30 ans), elle explique au pouvoir politique que ses décisions prendront effet dans 10 à 20 ans.

Scénarios et essais. Selon la DGA, la dissuasion nucléaire ne consiste pas à reproduire les mêmes schémas avec des avions et missiles identiques, car les radars de détection et les systèmes de défense sol-air évoluent. Les scénarios portent, non pas sur la confrontation, mais sur l’évaluation des moyens adverses et modes d’emplois futurs pour le maintien de leur crédibilité. Le concept français de l’ultime avertissement est plus facile à appliquer par la composante aéroportée que par le tir d’un missile balistique depuis le fond des mers. La DGA propose au président de la République une gradation dans la démonstration, la dialectique avec les pays compétiteurs, voire l’action. Un raid nucléaire mobiliserait les Rafale porteurs du missile moyenne portée amélioré actuel, des avions ravitailleurs, des AWACS (alerte avancée), les frégates de défense aérienne du groupe aéronaval, les bâtiments ravitailleurs et les sous-marins d’attaque. Outre des messages plus discrets, la détermination et la capacité de la France se manifestent par le départ en patrouille d’un SNLE et des essais en conditions représentatives de l’utilisation opérationnelle, notamment le tir annoncé d’un missile balistique au milieu de l’océan.

Alliés et compétiteurs. La Grande-Bretagne a abandonné la composante aérienne. La tranche missiles et les postes de contrôle et de tir de ses SNLE sont de conceptions américaines, mais les têtes nucléaires et le système de décision restent nationaux. Israël, les États-Unis et la Russie disposent de composantes aéroportées. La Chine se concentre sur les missiles balistiques, tirés du sol ou de sous-marins. Le bouclier anti-missiles n’est pas étanche. Les États-Unis ne peuvent intercepter tous les missiles de croisière ou balistiques et leurs têtes, que tirerait la Russie et réciproquement, car un missile balistique emporte jusqu’à 36 têtes nucléaires et les lourds moyens d’interception coûtent très cher. La doctrine de la Russie consiste en un continuum entre les armements conventionnel, nucléaire tactique et nucléaire stratégique. Un missile de croisière russe ou chinois peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : résultat de la puissance militaire et de l’excellence industrielle




DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Face à la prolifération de missiles sur les théâtres d’opérations en cours, la Délégation générale de l’armement (DGA) développe de nombreux systèmes de défense, mis en œuvre principalement par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE).

La défense aérienne, de la basse à la très haute altitude, a été présentée à la presse le 14 novembre 2024 à Paris par l’ingénieur en chef de 2ème classe Christophe Cabaj, architecte capacitaire défense surface-air à la DGA, et le lieutenant-colonel Jérémy Gueye, adjoint sol-air du général commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse.

Menaces et neutralisations. Le spectre des menaces s’étend de l’essaim de micro-drones aux planeurs hypersoniques, indique l’ingénieur en chef Cabaj. Leurs caractéristiques varient : drones et munitions téléopérés, vitesses de 100 à 200km/heure, rayon d’action de 1.000 km et altitude jusqu’à 10.000 m ; hélicoptères et aéronefs, 150-1.000 km/h, altitude jusqu’à 20 km ; missiles de croisière, jusqu’à 1.000 km/h sur 1.000 km en vol à basse altitude en suivi de terrain ; missiles balistiques, plusieurs km/seconde en vol exo-atmosphérique et manœuvre en phase de pénétration sur des distances de 300 à 3.000 km ; missiles hypersoniques, plusieurs km/seconde en vol sur plus de 1.000 km avec des manœuvres en phase extra-atmosphérique et phase de pénétration. Ces menaces, de plus en plus furtives, peuvent brouiller et leurrer les systèmes de défense. La défense surface-air contribue à la maîtrise du ciel, depuis le sol ou la mer, et protège les points fixes, la manœuvre de la force terrestre et les opérations navales, dont celle du Groupe aéronaval, contre tout type de menaces. Elle doit détecter les cibles, les classifier en « amies » ou « ennemies » en caractérisant leur nature et, le cas échéant, les détruire par de l’artillerie ou des missiles de défense aérienne. La DGA et les armées ont choisi une approche de couches de solutions pour la lutte anti-drones et contre les intrus à très courte, courte et moyenne portées (photo). Chaque couche dispose de ses propres senseurs de détection (radars et moyens optiques au sol ou embarqués sur des navires ou des aéronefs) et systèmes C2 (commandement et contrôle) pour la classification et la décision du tir. Celle-ci peut être prise en quelques secondes, notamment contre les missiles de croisière. Un C2 de haut niveau organise la coordination des feux et choisit le meilleur effecteur à engager selon le type d’intrus : artillerie antiaérienne contre drone et aéronef jusqu’à 5 km ; missile Mistral à très courte portée contre drone, aéronef et missile de croisière subsonique jusqu’à 8 km ; missiles VL Mica, VL Mica nouvelle génération et Aster 15 contre aéronef et missile de croisière supersonique jusqu’à 50 km ; missiles Aster 15 et 30 contre aéronef et missile de croisière et missile balistique à courte portée jusqu’à 150 km ; missiles Aster 30 et 30 B1NT (livrables à partir de 2026), contre missile hypersonique et missile balistique à moyenne portée pour une interception au-delà de 20 km d’altitude.

Progressivité de la défense. La défense surface-air s’articule en trois axes, précise le lieutenant-colonel Gueye. La « Posture permanente de sûreté aérienne » (PPSA), consiste en la surveillance de l’espace aérien national avec un maillage dense de radars et le décollage d’avions de chasse sous très court préavis pour assister des aéronefs en détresse ou intercepter des missiles de croisière ou des avions de combat. Des hélicoptères Fennec peuvent intercepter des aéronefs. La PPSA est renforcée par un maillage de surveillance plus serré et des moyens d’interception plus importants lors de grands événements (80ème anniversaire du Débarquement en Normandie et Jeux Olympiques à Paris en 2024), en coordination avec la police et la gendarmerie. La défense sol-air est déployable en opération extérieure ou pour aider un pays tiers (système Mamba en Roumanie depuis 2022 et Marine nationale en mer Rouge depuis 2023).

Loïc Salmon

Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER




Défense : l’AND et le traitement des données géographiques

L’Agence numérique de défense (AND) exploite l’imagerie géospatiale pour mieux comprendre les environnements, en vue d’apporter une supériorité opérationnelle.

Sa directrice, la générale de division Anne-Cécile Ortemann, l’a expliqué lors d’un séminaire tenu au Campus Pierre et Marie Curie de Paris le 1er octobre 2024.

L’écosystème numérique. Créée en 2021 et relevant de la Direction générale de l’armement, l’AND conduit d’abord les projets numériques pour le ministère des Armées, notamment pour la préparation des forces, le maintien en condition opérationnelle, le commandement et la conduite interarmées, le renseignement militaire, l’appui aux systèmes d’information et de commandement, le soutien aux Services du commissariat et de santé, les systèmes numériques de l’armement, le renseignement de sécurité et de défense et les ressources humaines. En outre, elle conseille les états-majors, directions et services sur la définition des besoins numériques des systèmes d‘information et l’optimisation des ressources humaines et financières induites. L’AND emploie 450 personnes réparties sur les sites de Paris-Balard, du Kremlin-Bicêtre (banlieue parisienne) et de Bruz (Bretagne). Elle met en œuvre la politique industrielle du ministère des Armées dans les technologies numériques des systèmes d’information. A ce titre, elle a conclu des contrats avec une vingtaine d’entreprises, dont Thales, Naval Group et Airbus. Son écosystème inclut les sous-traitants des entreprises sous contrat et celles avec qui elle a établi des contacts.

Le renseignement géospatial. La transformation numérique facilite une analyse prédictive grâce à des scénarios d’intervention, afin de prendre des décisions plus rapides. L’analyse des données massives issues de sources multiples permet d’anticiper. L’intelligence artificielle (IA) interprète en temps réel des données géospatiales complexes. Ses modèles d’apprentissage automatique aident à détecter des comportements inhabituels. L’emploi de l’IA, couplée au renseignement géospatial, permet d’identifier des menaces en amont et donne un avantage stratégique déterminant. Ainsi, le programme Géode 4 D, composé de 21 systèmes, mobilise une dizaine de personnes, en plus des experts, pour traiter la géographie, l’hydrographie, l’océanographie, la météorologie et l’espace. Il analyse les données recueillies par des capteurs et fournit des reproductions qu’il diffuse. Géode 4 D facilite la planification et la conduite des opérations en alimentant les systèmes d’armes. Par exemple, il assure un suivi de terrain à un avion volant à basse altitude, afin d’éviter un impact au sol. Le système anticollision détecte un obstacle imminent et prévient le pilote. Si celui-ci ne réagit pas, le système prend alors temporairement le contrôle de l’avion pour le dévier de sa route dangereuse. Une fois l’altitude de sécurité atteinte, il rend le contrôle au pilote. Dans le cadre de l’OTAN, l’interopérabilité de Géode 4 D s’établit au niveau des données géographiques brutes et à celui des produits utilisables par les personnels opérationnels. Ainsi, la France apporte une contribution de 10 Mkm2 d’élévations de terrain.

Géographie militaire. En 2021, le ministère des Armées a renouvelé son partenariat avec l’Institut national de l’information géographique et forestière, notamment via Géode 4 D pour maîtriser la connaissance de l’environnement géophysique et en prévoir lses effets sur le déroulement des opérations. Géode 4 D facilite le positionnement et la navigation en trois dimensions, grâce aux cartes papier pour l’environnement tactique, aux levées topographiques pour le recalage de positions ou de centrales inertielles, aux modèles numériques de terrain et aux modèles d’infrastructures en trois dimensions. Actuellement, 90 % des systèmes d’armes utilisent une information géographique complète de l’environnement opérationnel.

Loïc Salmon

Interarmées : anticipation et numérisation, gages de la supériorité opérationnelle

Armée de Terre : l’IA dans la préparation de la mission

Défense : l’innovation numérique à tous les niveaux




Armement : produire plus et plus vite en temps de guerre

Le soutien d’un effort de guerre dans la durée au profit des armées nécessite une visibilité pour les industriels et la sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement. L’économie « militaire » intervient avant, pendant et après un conflit comme celui de l’Ukraine.

L’économie de guerre a été présentée, le 9 février 2023 à Paris, par l’ingénieur général de 2ème classe Alexandre Lahousse, chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique à la Direction générale de l’armement (DGA, photo). L’économie militaire a fait l’objet d’une conférence organisée, le 22 novembre 2022 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN avec la participation de Grégory Chigolet, conseiller économique du chef d’État-major des armées.

L’économie de guerre. Les conséquences du conflit en Ukraine confirment ce que prescrit la Revue nationale stratégique 2022 sur l’économie de guerre, indique l’ingénieur général Lahousse. Les capacités de production de systèmes d’armes, de munitions et de maintien en condition opérationnelle doivent évoluer pour répondre aux besoins d’un éventuel engagement dans un conflit majeur. En conséquence, la DGA, les armées et les industriels de défense ont défini cinq chantiers prioritaires. Le premier concerne les contrats de longue durée relatifs aux équipements de première nécessité. La future loi de programmation militaire (2024-2030) va offrir aux industriels une visibilité sur sept ans à partager avec les petites et moyennes entreprises sous-traitantes, en vue d’une montée en puissance conjointe. Le deuxième chantier porte sur l’analyse des besoins des armées, leur chiffrage et l’évaluation de l’impact en termes de délais et de coûts. Le niveau d’exigence sera réduit de 20 %, dès la conception du besoin, pour simplifier le travail des industriels avec un partage du risque avec l’État. Le troisième chantier porte sur la chaîne d’approvisionnement. Les délais de la sous-traitance représentent 50 % de ceux de la production. Or 4 % des 4.000 entreprises de défense, ne pouvant accélérer leur cadence, bloquent la chaîne. Des études de réponses adaptées sont en cours. Les dépendances étrangères seront limitées par la constitution de stocks de matières premières, la multiplication des sources étrangères et la relocalisation d’activités en France. Le quatrième chantier concerne la formation en compétences critiques, comme les métiers de soudeur ou d’ajusteur en mécanique. Un dialogue sera engagé entre les entreprises, les écoles de formation et le ministère de l’Éducation nationale. Enfin, le cinquième chantier porte sur l’accès des entreprises de défense aux financements privés. Outre la mise en place d’un réseau de référents bancaires français, des initiatives sont à l’étude au niveau européen.

L’économie militaire. Le Fonds monétaire international a évalué l’impact du conflit en Ukraine sur les produits intérieurs bruts : Ukraine, une baisse de – 35 % en 2022 contre une croissance de + 3,4 % en 2021 ; Russie, une baisse de – 3,4 % en 2022 contre une croissance de + 4,7 % en 2021. Selon Grégory Chigolet, le conflit coûte à l’Ukraine : une baisse de la production des céréales, minerais et produits transformés ; la destruction d’infrastructures industrielles et minières ; le transfert de la main-d’œuvre vers les armées au détriment de la production ; un délitement des relations commerciales avec la Russie et la Biélorussie : la désorganisation des exportations via la mer Noire. Face aux sanctions économiques, la Russie a accéléré la montée en puissance de la production locale, confisqué les outils de production des firmes étrangères partantes et réorienté ses partenariats commerciaux. Face aux attaques contre sa monnaie par l’épuisement de ses réserves de change et l’embargo sur ses exportations, elle a imposé le paiement en roubles de certains biens fondamentaux. Face aux obstacles de financement sur les marchés internationaux, elle a menacé de dérégler le système financier mondial.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

Des technologies, arrivées à maturité en 2035, permettront de conserver la liberté d’appréciation, d’accès et d’action par des opérations militaires dans l’espace aérien compris entre 20 km et 100 km d’altitude.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 9 janvier 2023 à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales. Y sont notamment intervenus : le général de corps aérien Frédéric Parisot, major général de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) ; Hervé Derrey, Thales Alenia Space ; Marc Vales, Dassault Aviation ; Stéphane Vesval, Airbus Defense and Space ; Nicolas Multan, société Hemeria ; l’ingénieur en chef Jean-Baptiste Paing, Direction générale de l’armement ; le général de corps aérien Philippe Morales, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; Frank Lefevre, Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Bertrand Le Meur, Direction générale des relations internationales et de la stratégie.

L’espace aérien supérieur. Entre 20 km et 100 km d’altitude, l’atmosphère est raréfiée. Dans cette couche, les ballons stratosphériques et planeurs hypersoniques stationnent ou se déplacent mais ne gravitent pas. Cet espace aérien supérieur constitue le lieu de passage des missiles balistiques et de certains moyens pour les opérations spéciales, rappelle le général Frédéric Parisot. L’accès des plateformes, civiles ou militaires, qui y circuleront, sera moins onéreux que celui à l’espace. Certaines nations et organisations pourraient donc se doter de ballons stratosphériques (photo) géostationnaires pendant plusieurs mois au-dessus du territoire national et y compromettre certaines activités. Sur les plans défensif et offensif, l’AAE doit affirmer sa présence dans les milieux aérien, stratosphérique et spatial avec un équilibre entre les trois. L’aérien étant déjà régi par la Convention de Chicago de 1944 et l’espace par le traité de 1967, il reste à définir les règles pour les trajectoires, entrées et sorties dans le stratosphérique. Il s’agit de connaître ce milieu, de le surveiller et de l’exploiter au titre de la souveraineté nationale pour la protection du territoire et des populations et aussi pour les opérations militaires, en cas de perturbations des activités aériennes et spatiales. Pour la défense antimissile, des ballons pourraient, par exemple, surveiller les activités balistiques de la Corée du Nord ou assurer des détections vers le sol et l’espace. La défense aérienne dans la très haute altitude prend en compte la fugacité des objets, leur vitesse et leur persistance. Contrer la menace d’armes hypersoniques volant au-delà de Mach 5 (6.174 km/h) va nécessiter des capteurs d’une allonge suffisante pour conserver la capacité de préavis. A l’été 2023, l’AAE disposera d’une feuille de route pour définir les missions et les moyens dans la très haute altitude. Celle-ci est le domaine des vitesses supersonique et hypersonique avec des applications aux missiles de croisière ou à des planeurs, explique Frank Lefevre. Entre 1960 et 1970, l’ONERA a effectué 400 tirs de fusées-sondes dans la stratosphère pour réaliser le missile nucléaire aéroporté supersonique, auquel succédera un missile hypersonique. A cette vitesse, le mobile crée une onde de choc suivie d’une température de 1.000 °C. L’ONERA travaille en laboratoire sur les matériaux de protection « numériques » d’un véhicule et sur sa navigation, son guidage, sa précision et son aérodynamique dans des souffleries jusqu’à Mach 12 (14.817 km/h).

Les projets en cours. Les « avions spatiaux » peuvent atteindre la vitesse de 8 km/seconde avec des moteurs de fusées et doivent évoluer dans l’atmosphère sans se transformer en boule de feu, indique Marc Vales. Complémentaires des lanceurs et des satellites, ils apportent une réutilisation, une souplesse d’emploi et une fiabilité héritée de l’aéronautique. Dassault Aviation a réalisé le démonstrateur Space Rider qui a volé en 2015. En association avec des partenaires dont Thales Alenia Space, il développe une famille de véhicules hypersoniques (drones ou habités), destinée à l’Union européenne spatiale civile et, sur le plan militaire, pour la surveillance stratégique de son territoire, de l’Afrique et du Moyen-Orient. De son côté, Thalès Alenia Space propose le Stratobus, dirigeable gonflé à l’hélium, géostationnaire dans la stratosphère et sélectionné fin 2022 par le Fonds européen de défense. Selon Hervé Derrey, il sera placé à 19 km d’altitude pour couvrir une zone d’un diamètre de 1.000 km pendant un an. Équipé d’une propulsion électrique alimentée par l’énergie solaire, il pourra emporter des charges utiles de 250 kg et 5 kW de puissance, notamment des radars à longue portée et des moyens de télécommunications civiles ou militaires ou encore des antennes étendues pour la guerre électronique. Réalisé avec coopération avec l’Espagne, un démonstrateur du Stratobus devrait voler au-dessus des Canaries en 2025 avec des démonstrateurs allemand et italien. Airbus Defense and Space, qui a développé le projet Balman avec Hemeria (photo), a fait voler le drone stratosphérique Zéphyr 8 pendant 64 jours en 2022. Selon Stéphane Vesval, Balman et Zéphyr 8 ont vocation à servir en réseau entre eux et avec des systèmes spatiaux. Capable de pénétrer des espaces aériens interdits grâce à sa faible signature radar, Zéphyr 8 transmet, par laser optique, une observation imagerie et vidéo sur 1 km2 avec une résolution de 18 cm. Pour anticiper les investissements dans la stratosphère, la Direction générale de l’armement a procédé à des études technico-opérationnelles dès 2018. Selon Jean-Baptiste Paing, elle a choisi le ballon manœuvrant et le dirigeable pour disposer d’une observation radar pendant une longue durée et indépendante des conditions météorologiques et des effets jour et nuit. Il reste à relever les défis technologiques portant sur les capacités industrielles en termes de matériaux des structures et de qualité des capteurs.

Stratégie de défense. L’espace aérien supérieur, en plein développement, présente les mêmes caractéristiques que les grands fonds marins avec de nouvelles technologies, des enjeux de compétition et une lisibilité assez faible, estime Bertrand Le Meur. La surveillance des objets hypersoniques ou à déplacement lent va nécessiter une capacité globale, car ils pourront venir de n’importe où. Des partenariats internationaux permettraient de développer des moyens défensifs et éventuellement offensifs. De son côté, le général Philippe Morales anticipe une certaine forme d’« arsenalisation » de l’espace aérien supérieur, consécutive à la démocratisation de son accès et à la compétition stratégique accrue. Il faut d’abord développer les connaissances des objets qui y évoluent : caractéristiques ; autonomie ; performances ; d’où et comment ils partent ; nature militaire, civile ou duale. Il faut ensuite identifier, caractériser et attribuer une action suspecte, inamicale, illégale, dangereuse ou hostile. Ensuite, il faut disposer de moyens d’interdiction proportionnels aux actes suspects, à savoir contre-mesures, actions de rétorsion ou neutralisation des vecteurs eux-mêmes. Cet espace est utilisable pour les opérations de défense contre tout ennemi potentiel ou pour la projection de puissance. Drones et ballons stratosphériques permettront d’améliorer la surveillance d’un théâtre d’opérations plus vaste que celui de l’Ukraine, sachant qu’un ennemi potentiel fera de même. Déjà le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes et le Commandement de l’espace établissent des scénarios avec des questions et réponses pour un entraînement coordonné.

Loïc Salmon

Selon son directeur général Nicolas Multan, la société Hemeria produit une gamme de 10 ballons gonflés à l’hélium pour des missions scientifiques du Centre national d’études spatiales depuis 25 ans. Grâce à son expérience des opérations en vol, elle développe le programme « Balman », ballon stratosphérique manœuvrant en orbite (photo). Capable de rester stable sur zone pendant plusieurs mois, Balman pourrait remplir des missions civiles ou militaires à partir de 2026.

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DGA : qualifications du mini-drone Marine et du parachute pour chuteurs opérationnels

Le système de mini-drones aériens Marine (SMDM) et le système de mise à terre du combattant opérationnel (SMTCOPS), qualifiés fin juillet 2022 par la Direction générale de l’armement, peuvent être employés en opérations.

Le SMDM. Chaque système se compose de deux drones d’environ 16 kg chacun et propulsés par un moteur électrique pour une autonomie de trois heures. Lancés par catapulte (photo), ils sont récupérés automatiquement à bord dans un filet à l’issue de leur mission. Ils équiperont les patrouilleurs de haute mer et ceux d’outre-mer, les frégates de surveillance et d’autres plateformes encore à l’étude, en vue d’enrichir la compréhension de la situation tactique. Les images et données collectées pendant le vol sont retransmises en temps réel de jour comme de nuit. Le SMDM investigue des zones jusqu’à 50 km, afin de repérer des navires au-delà de la portée des radars et de caractériser la menace par un flux vidéo en temps réel. Cette allonge informationnelle facilite l’identification de navires inconnus, le repositionnement discret de son propre dispositif ou la recherche de naufragés. Trois SMDM ont déjà été livrés sur les 11 commandés fin 2020. Les livraisons s’échelonnent jusqu’en 2023. Modulaire, le SMDM intégrera des technologies plus performantes.

Le SMTCOPS. Ce système permet de sauter à plus de 9.000 m d’altitude avec une charge de 200 kg, contre 7.000 m et 160 kg avec le système précédent. Les commandos effectuent des « sauts à ouverture commandée retardée à très grande hauteur » avec des équipements respiratoires d’oxygène. Ils ouvrent leur parachute dès la sortie de l’avion pour profiter des vents et de la finesse du parachute, afin de planer jusqu’à 50 km dans le dispositif adverse en évitant la détection de l’avion largueur. Après l’ouverture du parachute, sa vitesse ne doit pas dépasser 130 km/h, afin que le groupe de commandos ne soit pas détecté par un radar. Le système de navigation, qui allie GPS, altimètre et compas, permet de se diriger sous voile, de prendre un cap et de poser toute l’équipe avec précision. De plus, le « dispositif d’aide au posé pour chuteur opérationnel » permet de limiter les risques de blessures à l’atterrissage de nuit, y compris pour les sauts en tandem. Un laser assure la précision de mesure nécessaire. La discrétion est maintenue grâce à un retour audio dans le système radio. Les premiers SMTCOPS seront livrés d’ici à la fin 2022. Par ailleurs,15.000 « ensembles de parachutage du combattant » améliorés, destinés au largage massif à basse altitude de parachutistes lourdement chargés, ont été livrés en 2021.

Les forces spéciales. Certains largages d’opérations spéciales se font de nuit sans aide de personnels au sol, afin d’éviter d’être détecté et de diminuer le temps d’exposition à l’adversaire. Les groupes de commandos sont largués à 200 m d’altitude en entraînement mais à 125 m en opérations. En effet, cela assure une protection et limite la dispersion au sol et la vulnérabilité de l’avion ou de l’hélicoptère. Le « saut à ouverture commandée retardée à grande hauteur », effectué de jour comme de nuit entre 1.200 m et 4.000 m, correspond à une ouverture du parachute à basse altitude, pour la mise en place rapide et discrète au plus près de l’objectif d’un groupe entièrement équipé. Les chuteurs opérationnels se répartissent dans l’armée de Terre (7 unités parachutistes), les commandos Marine et de l’Air, le service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure, la Gendarmerie (GIGN) et la police (RAID).

Loïc Salmon

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Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

Espace, Robotique, hypervélocité et stratégie capacitaire pour la maîtrise des fonds marins sont pris en compte par le ministère des Armées dans l’hypothèse d’un engagement majeur d’ici à 2030.

Selon le « Document de référence de l’orientation de l’innovation de défense » publié le 21 juillet 2022, le ministère bénéficiera de financements dans le cadre du Plan d’investissements France de 34 Mds€ sur 5 ans, lancé en octobre 2021, et du Fonds européen de défense. Le document de référence intègre les ajustements de la loi de programmation militaire 2019-2025 en matière de cyberdéfense, défense NRBC (nucléaire, biologique, radiologique et chimique) et lutte anti-drones. Par ailleurs, le réseau de 9 « clusters » (regroupements d’entreprises) d’innovation technique de la Direction générale de l’armement démultiplie l’action de l’Agence de l’innovation de défense.

Frappe dans la profondeur. A l’horizon 2030, la principale menace porte sur la contestation d’espaces et d’accès par des moyens de défense aérienne, à savoir des radars et des systèmes surface-air intégrés en réseaux maillés, éventuellement utilisés en coordination avec une aviation de combat. Des barrières de défense navales de plusieurs centaines de kilomètres de large ou de profondeur peuvent gêner certains modes d’action offensifs et défensifs. La capacité de frapper des cibles à haute valeur ajoutée dans la profondeur du dispositif adverse, en mer ou à terre en limitant les risques, nécessite de pouvoir agir depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres avancées ou depuis la mer. Cela implique diverses préparations : développement du futur missile antinavire et du futur missile de croisière mis en œuvre à partir de plateformes aériennes ou navales ; rénovation à mi-vie du missile de croisière naval ; mise au point de futurs matériaux énergétiques de défense ; montée à maturité des technologies des planeurs hypersoniques pour faire face à l’évolution des défenses et aux stratégies de déni d’accès de l’espace aérien ; évaluation des technologies de missiles pour répondre à la frappe sol-sol longue portée ; maintien de la capacité d’innovation dans le domaine des missiles ; développement de technologies pour l’artillerie électrique.

Systèmes spatiaux. Face aux menaces de déni d’accès (enjeu de souveraineté) et de leurrage (enjeu industriel), la navigation par satellite doit disposer de récepteurs intégrables dans les systèmes d’armes. La « Navwar », qui correspond à la maîtrise du spectre sur les bandes de fréquences de GNSS (système de positionnement par satellite d’un élément en temps réel partout dans le monde), inclut les activités suivantes : la protection pour se prémunir d’une attaque adverse et maintenir ses propres capacités de navigation ; la surveillance pour détecter, localiser et caractériser les attaques adverses ; l’action offensive pour empêcher l’utilisation des informations de GNSS par l’adversaire sur une zone donnée. Il s’agit aussi de préparer les évolutions du programme « Oméga » (opération de modernisation des équipements de radionavigation par satellite des armées) selon la menace, en améliorant les antennes et les traitements de données. Vers 2030, l’approche défensive d’Oméga sera complétée par des capacités de détection, caractérisation et localisation de la menace. Le développement d’une résilience système et un volet offensif permettront ainsi d’adapter la manœuvre opérationnelle.

Loïc Salmon

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