Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

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L’Agence d’innovation de défense (AID), ouverte sur le monde civil, tire parti du retour d’expérience pour intégrer l’innovation sur tout le cycle des systèmes d’armes dans une recherche permanente de la performance.

Le 17 avril 2025 à Paris, son directeur, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, en a présenté à la presse les enjeux, à savoir consolider la supériorité technologique des forces et maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité, que constituent le cyber, le champ informationnel, les grands fonds marins et la lutte dans le spectre électromagnétique.

Fédérer les initiatives. Placée sous la responsabilité du délégué général pour l’Armement, l’AID a été créée en 2018 dans un contexte marqué par le foisonnement de solutions innovantes provenant du monde civil, à la fois opportunités et menaces, et par une accélération des technologies de rupture. L’innovation « planifiée » consiste à préparer la réponse à des besoins prévisibles en développant des briques technologiques dans les prochains programmes d’armement, indispensables aux futures capacités militaires. Ainsi, le gravimètre quantique, qui mesure le champ gravitationnel pour réaliser la cartographie des fonds marins, a été étudié pendant une vingtaine d’années dans un laboratoire de l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales, fabriqué par une société civile puis intégré à une plateforme du Service hydrographique et océanographique de la marine en 2024. L’innovation « ouverte » et duale doit répondre à des besoins immédiats, notamment les véhicules autonomes, le cyber, le maintien en condition opérationnelle, l’énergie, le « newspace » (exploitation du domaine spatial par des entreprises privées), la santé et l’humain augmenté. Ainsi les 200 premières munitions téléopérées françaises ont été livrées fin 2024 et déjà utilisées sur le théâtre ukrainien. L’AID avait lancé un appel à projet en mai 2022, sélectionnée deux solutions en septembre, notifié le contrat en décembre et effectué les essais d’un prototype avec une charge inerte fin 2023 puis avec une charge explosive et quelques corrections en juin 2024. Dans l’ensemble, l’AID lance des projets pour deux tiers en innovation ouverte et un tiers en innovation planifiée. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit que l’AID investisse massivement en priorité dans les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, la guerre électronique, les technologies de communications, celles de l’énergie, le calcul quantique et les capteurs quantiques. L’AID conduit quatre types de projets. Le premier concerne les technologies de défense de demain. Le deuxième encourage l’innovation provenant du ministère des Armées. Le troisième consiste à capter l’innovation issue du marché civil pour l’adapter et la déployer au plus tôt. Le quatrième consiste à détecter et faire émerger les futures technologies stratégiques auprès des universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires de recherche et certaines startups et petites et moyennes entreprises. Chaque année, l’AID soutient plus de 400 projets, dont 200 de recherche, (une centaine de thèses), 150 à 180 projets d’accélération de l’innovation et 20 à 30 projets d’innovation participative.

Dispositifs financiers. La LPM 2024-2030 prévoit un budget de 10 Mds€ pour l’AID, qui emploie 130 personnes. L’AID accorde des subventions et conclut des contrats pour permettre aux industriels émergents de réaliser un chiffre d’affaires suffisant pour attirer les investisseurs. Elle détecte 300 à 400 nouvelles startups par an et assure un suivi régulier avec celles dont la technologie présente une maturité par rapport aux besoins militaires, afin de lancer le projet au bon moment. Elle facilite les expérimentations dans des conditions réelles avec la mise en œuvre des grands moyens de la Marine nationale ou la participation à des exercices militaires.

Loïc Salmon

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