Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones

Le maintien de la souveraineté sur l’espace aérien national exige une vigilance accrue, une capacité constante d’anticipation et une grande réactivité aux menaces.

Le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), en a présenté le fonctionnement à la presse le 2 octobre 2025 à Paris.

Posture de sûreté aérienne. La défense aérienne de la France mobilise 450 aviateurs 24 heures sur 24, 365 jours par an. Elle s’appuie sur du renseignement en amont obtenu par un maillage de 70 radars répartis sur le territoire national et connectés aux centres de détection et de contrôle. S’y ajoutent les renseignements provenant de la Direction générale de l’aviation civile, de la Direction générale de douanes et droits indirects et de la Direction générale de la sécurité intérieure, afin d’évaluer la situation par rapport à un aéronef particulier. En cas de comportement anormal, 4 plots de chasseurs et 3 plots d’hélicoptères, en alerte permanente, peuvent intervenir en quelques minutes. Des avions ravitailleurs peuvent être déployés pour soutenir les chasseurs dans la durée et des avions E-3F AWACS (systèmes aéroportés de détection et de commandement aéroporté) permettent d’allonger la surveillance radar. Tout est coordonné à la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, centre du CDAOA connecté aux radars de l’OTAN pour anticiper et orienter les actions. En temps de paix, celles-ci peuvent débuter en vol avec la poursuite de l’aéronef pour le contraindre à se poser, afin que le pilote soit appréhendé par la Gendarmerie. Le dispositif inclut la participation des radars des bâtiments de la Marine nationale et la défense sol-air de l’armée de Terre. Des protocoles d’accord bilatéraux avec les pays voisins de la France permettent d’échanger des données et d’engager des poursuites au-delà des frontières. La chaîne d’engagement permanente relève de la Haute autorité de défense aérienne et du Premier ministre. Lors d’événements majeurs comme le Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, un « dispositif particulier de sûreté aérienne » est mis en place avec des zones de vol réglementées et d’interdiction temporaires.

Lutte anti-drones. Plusieurs milliers de drones, enregistrés dans des banques de données et mis en œuvre par des opérateurs privés ou étatiques (SNCF, pompiers, Douanes et prisons), survolent la France dans des couloirs spécifiques. La posture de sûreté aérienne s’applique aux drones selon le triptyque détection, classification et intervention, mais avec des particularités. Rarement métallique, un drone évolue souvent à basse altitude, de jour comme de nuit et souvent en milieu urbain. La détection associe radars, goniométrie, acoustique et caméras. Signalements électroniques et systèmes d’intelligence artificielle détectent les comportements erratiques. La classification « ami » ou « ennemi » permet de lever un doute. En cas d’engagement, les drones seront neutralisés par des moyens moins coûteux que les missiles. Cela va du brouillage, du sol ou d’un hélicoptère, à la capture électronique de la télécommande du drone, pour le renvoyer à son point de départ et appréhender le pilote, ou à la destruction par de l’artillerie ou un fusil de chasse. La Marine et les armées de Terre et de l’Air et de l’Espace développent leurs propres systèmes de protection et s’entraînent à la lutte anti-drones. Pendant les Jeux Olympiques, environ 400 drones contrevenants n’ont pas respecté la réglementation, entraînant brouillages, saisies et interpellations des télépilotes. L’arme à énergie dirigée (laser), capable de griller les composants électroniques d’un drone en quelques secondes, a été mise en œuvre. Ensuite, le CDAOA a monté l’exercice interarmées et interministériel XLAD (17-28 mars 2025) avec la société civile en mobilisant 230 participants et selon 40 scénarios de menaces multiples.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

 




OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision




Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

L’expérimentation et le perfectionnement des drones et de leurs doctrines d’emploi dans le conflit russo-ukrainien permettent de conserver l’ascendant et d’obliger l’adversaire à trouver vite la parade.

Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, l’a expliqué à la presse le 5 juin 2025 à Paris, à la suite de l’opération spéciale ukrainienne « Toile d’araignée » durant la nuit du 31 mai au 1er juin. Celle-ci a consisté en frappes coordonnées de 117 drones, dont des petits FPV (photo) transportés cachés dans des camions, contre 5 bases aériennes russes et qui ont détruit ou endommagé 41 appareils, dont des bombardiers nucléaires stratégiques à long rayon d’action Tu-95 (8) et Tu-22M (4) effectivement détruits ainsi qu’un avion de détection et de contrôle aérien A-50 touché.

Drones en opérations. Les deux belligérants utilisent des drones terrestres, navals et aériens. Les drones terrestres sont armés ou servent au transport du ravitaillement ou des blessés. Leur emploi reste limité par les terrains très accidentés, aux abords du front, et leur vulnérabilité face aux drones aériens. Les drones navals kamikazes, qui se font exploser sur la coque des navires, ou armés de missiles anti-aériens, pour la défense côtière, ont permis à l’Ukraine, dépourvue de Marine de guerre depuis 2022, de chasser les bâtiments tusses de la partie occidentale de la mer Noire. La Marine russe en a perdu une vingtaine et a dû quitter ses ports en Crimée pour se replier plus à l’Est. Les drones aériens se répartissent en plusieurs catégories. Les drones MAME (moyenne latitude moyenne endurance) et MALE (moyenne altitude longue endurance) Bayraktar TB2 (1 t) d’origine turque, capables de rester plusieurs dizaines d’heures sur zone, ont permis à l’Ukraine de détruire des colonnes blindées russes au début de la guerre. Devenus vulnérables à la défense anti-aérienne, ils restent éloignés du front et surveillent la mer Noire. La Russie emploie des drones d’attaque à sens unique préprogrammés Shahed 136 d’origine iranienne, mais aujourd’hui fabriqués sur place et capables parcourir plus de 300 km pour frapper des sites militaires ou des usines. Peu manœouvrants, ils sont neutralisés à près de 90 % en vol. Mais, leur coût peu élevé facilitent des tirs (2.500 à 4.000 par mois depuis janvier 2025) en salves, qui dissimulent des missiles de croisière supersoniques ou hypersoniques, plus performants mais plus chers. Les drones à bas coût saturent les défenses ukrainiennes pour que ceux de haute technologie atteignent leurs cibles. Les micro et mini drones (25 kg à 50 kg), au contact du front, remplissent diverses missions. Les drones de surveillance et d’observation rendent le champ de bataille transparent sur une profondeur de 10-20 km. Les drones bombardiers et FPV ukrainiens, qui subissent 75 % d’attrition, intègrent des briques d’intelligence artificielle pour un guidage automatique sur la phase terminale de l’attaque, face au brouillage électromagnétique. Les drones filoguidés par une bobine de fibre optique de 10-15 km y sont insensibles. Les véhicules blindés et les chars russes ne se déplacent presque plus et restent camouflés pour tenir leurs positions. Outre les drones lance-flammes, poseurs de mines ou chasseurs de drones ou d’hélicoptères, il existe des drones « mères » porteurs de relais radio et de drones FPV, par grappes de deux pour augmenter leur rayon d’action. Les forces armées ukrainiennes doivent recevoir plus de quatre millions de drones, surtout de contact, en prévision d’une consommation de 10.000 par jour.

Facteurs de succès. Les micro et mini drones permettent de produire des effets militaires en masse et à très bas coût (de 500 € à 3.000 € pièce). Considérés consommables comme les munitions, ils nécessitent aussi des mises à jour de leurs fonctions de communication et de navigation toutes les 6 à 12 semaines.

Loïc Salmon

Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine




Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain




États-Unis : le combat aéroterrestre du futur

Plateformes habitées, drones, nouveaux armements et architecture modulaire constituent la vision américaine du combat aéroterrestre futur pour contribuer aux opérations multi-milieux, face aux dispositifs russes et chinois de déni d’accès et d’interdiction de zone.

Philippe Gros, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans la publication Défense & Industries de décembre 2024.

Modernisation et réorganisation. Les opérations multi-milieux reposent sur la synergie des systèmes d’armes des composantes terre, air, mer, cyber et espace pour obtenir la supériorité opérationnelle par la convergence des effets dans un ou plusieurs milieux, afin de disloquer le dispositif adverse. Il implique, pour l’aviation de l’armée de Terre, de moderniser, d’ici à 2028, ses flottes d’aéronefs en service par acquisition d’appareils neufs ou par « retrofit » (améliorations internes) d’anciens. Voici leur composition : 278 avions de renseignement ou de soutien ; 791 hélicoptères d’attaque Apache AH-64E utilisés avec les drones pour la reconnaissance ; 2.135 hélicoptères de manœuvre UH/HH-60 Blackhawk, appareil qui doit rester en service jusqu’en 2044 ; 538 hélicoptères lourds Chinook, dont 465 CH-47F et les 73 MH-47G des forces spéciales ; 280 hélicoptères légers ; 477 hélicoptères utilitaires. L’effectif de l’aviation de l’armée de Terre compte : 11 brigades, chacune disposant de 2.800 personnels, 48 Apache, 53 Blackhawk, 12 Chinook et 30 drones MQ-1 et RQ-7 Predator ; 1 demi-brigade de 40 Apache et Blackhawk qui sera renforcée pour constituer une brigade entière. Parmi elles et à l’horizon 2030, huit brigades verront leur effectif diminuer d’environ 500 personnels, 22 hélicoptères de tous types et 8 drones. Trois brigades d’aviation de combat, dont celle incluse dans la célèbre 82ème Division aéroportée, seront renforcées par 10 Blackhawk et 4 Chinook. Celle de la 101ème Division aéroportée perdra 4 Apache,4 drones MQ-1 et 4 drones RQ-7 mais sera renforcée de 500 personnels pour armer 10 Blackhawk et 24 Chinook supplémentaires pour totaliser 165 hélicoptères et 16 drones.

« Future Vertical Lift ». Le projet « Future Vertical Lift (FVL), élaboré en 2008 puis réévalué en fonction des conflits ultérieurs, vise à développer une famille d’aéronefs et de drones plus performants, faciles à entretenir et à empreinte au sol réduite. Le FVL doit remplacer partiellement les flottes actuelles de drones et d’hélicoptères conçus pendant la guerre froide, terminée en 1991, à savoir les hélicoptères de manœuvre H-60 Blackhawk, de reconnaissance et d’attaque AH-64E Apache et de transport lourd CH-47 Chinook. Dans le cadre du programme du futur aéronef d’assaut dans la profondeur, l’hélicoptère-avion à rotors basculants V-280 Valor (photo) a été retenu en décembre 2022 pour répondre aux besoins de l’armée de Terre, du Commandement des opérations spéciales et du Corps des Marines (USSMC). Sa vitesse de 518 km/h permet une évacuation sanitaire « zéro risque » en une heure en tout point de la zone d’opération de 300 km2 d’une brigade de combat. Ce point se trouve entre 150 km et 212 km du centre de la zone, où est situé l’hôpital de campagne. Ravitaillable en vol, le Valor embarque 4 membres d’équipage et 14 combattants et peut emporter une charge de 5,4 t. Pour l’armée de Terre, les rotations d’une flotte de Valor permettraient d’envisager la projection d’une brigade entière à plus de 800 km (3 km en 2024) en une nuit avec un dispositif de points de ravitaillement avancé, plus dispersé et allégé. Pour l’USMC, des Valor dotés d’un armement conviendraient aussi à l’appui aérien rapproché ou à l’escorte de ses hélicoptères-avions de transport V-22 Osprey. L’architecture ouverte modulaire du FLV doit rendre interopérables les armements, les capteurs, l’avionique (ensemble des appareils électroniques embarqués) et tous les autres équipements de mission puis les faire évoluer rapidement et de façon uniforme. Le FLV prévoit plusieurs types de plateformes, notamment : un hélicoptère léger de reconnaissance, d’attaque et d’action des forces spéciales ; un hélicoptère d’attaque de taille moyenne, utilisable aussi pour l’évacuation de ressortissants, la recherche et le sauvetage au combat ainsi que la lutte anti-sous-marine ; un hélicoptère plus grand pour l’assaut aéromobile et amphibie, l’évacuation de ressortissants et le soutien logistique. En temps normal, le FVL contribue à dissuader l’adversaire d’attaquer. En cas de conflit, hélicoptères, drones et munitions maraudeuses combinent leurs capacités avec les feux dans la grande profondeur pour lancer, depuis plusieurs centaines de kilomètres, des assauts contre la défense anti-aérienne de l’ennemi et son propre système de feux dans la grande profondeur. Une fois le dispositif de déni d’accès ou d’interdiction de zone disloqué, les moyens du FVL participent à des opérations aéroterrestres de plus grande ampleur et évaluent les dommages causés par les frappes.

« Dronisation » accrue. Les conflits du Haut-Karabagh (2020) et en Ukraine (depuis 2022) ont souligné l’emploi en masse des drones sur un « littoral sol-air » s’étendant du sol à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Ce littoral se caractérise par ses propres dynamiques de gestion de l’espace, de contrôle et d’interdiction de milieu, d’attrition, de soutenabilité et de logistique des moyens déployés. En conséquence, l’armée de Terre américaine s’est fixé six impératifs pour 2030 : délecter plus loin et de manière plus persistante ; concentrer des forces très létales et à faible signature ; se protéger contre les attaques aériennes, les missiles et les drones ; soutenir le combat sur un terrain contesté ; procéder à des tirs précis et à plus longue portée ; communiquer et partager des données au sein de l’armée de Terre, avec ses partenaires interarmées et en coalition. En 2024, l’armée de Terre ne disposait que de 10.000 drones. Toutefois, elle avait atteint la pleine capacité opérationnelle du système de drones de théâtre MQ-1C Gray Eagle (variante améliorée du Predator) en dotation dans 15 compagnies totalisant 204 dromes acquis, dont 11 pour l’entraînement et 13 pour la réserve d’attrition. Les deux tiers de ces drones ont été portés au standard longue distance avec une autonomie de 40 heures et un emport de charge utile plus importante et diversifiée. En outre, l’armée de Terre compte renforcer sa flotte de mini-drones d’ici à 2030. Au niveau compagnie, le RQ-11 Raven sera remplacé par un système d’une autonomie de 8 heures. Le système de reconnaissance à moyenne distance sera remplacé par un autre capable de voler 2 heures jusqu’à 20 km. Chaque compagnie disposera d’un essaim de 10 quadricoptères pour l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et la frappe. Au niveau de la section, chaque unité met en œuvre 6 systèmes de reconnaissance RQ-28 Skydio volant 30 minutes jusqu’à environ 10 km et dont 1.000 exemplaires sont en cours de livraison depuis 2022. Le Skydio sera remplacé par une version polyvalente capable d’emporter une charge létale. En outre, chaque section sera dotée de drones filaires Te-UAS utilisés pour l’ISR et comme relais de communication. Au niveau groupe de combat, le micro-drone Black Hornet sera modernisé et le micro-drone FPV à capacité ISR sera pris en dotation.

Nouveaux missiles. Hélicoptères-avions, hélicoptères et drones vont embarquer de nouveaux missiles. Pour la courte portée (5-7 km), la roquette guidée de précision APKWS est en cours de modernisation. Pour la moyenne portée (16 km), le missile JAGM remplace progressivement le Hellfire depuis 2020. Le futur missile LRPM permettra aux plateformes de tirer à distance de sécurité sur des cibles stationnaires ou mobiles, par tous les temps et en l’absence de GPS. Il atteindra la vitesse de 1.000 km/h et aura une portée de 30 km et une liaison de données. Déjà, le missile Spike-NLOS, aux capacités inférieures à celles du LRPM, a été testé avec succès sur un hélicoptère Apache.

Loïc Salmon

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

04ème Brigade d’aérocombat

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité




Technologie : futurs drones de combat au sein du SCAF

L’avenir des capacités aériennes se construit autour du système de combat aérien futur (SCAF), combinant des avions pilotés de plus en plus performants et onéreux avec des drones moins chers. Tous vont évoluer dans un environnement de haute intensité, où les défenses antiaériennes améliorent leur efficacité.

Ce thème a fait l’objet d’un rapport publié, en avril 2024 à Levallois-Perret (banlieue parisienne), par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et rédigé par Philippe Gros, maître de recherche à la FRS, et Jean-Jacques Patry, ancien fonctionnaire au ministère des Armées.

Anticipation des évolutions. Les drones sont passés du statut de capteurs d’appoint à celui de pilier du renseignement puis de capteurs et effecteurs au cours des guerres récentes en Lybie (2011) et en Ukraine (depuis 2022). La robotisation du combat aérien se poursuit. Face à l’évolution de la menace, l’emploi des drones doit s’intégrer dans le concept d’opérations « multi-milieux et multi-champs », afin d’optimiser les synergies entre les plateformes ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), les plateformes effectrices aériennes, navales et terrestres ainsi que les munitions et autres charges utiles. Cela influe sur la doctrine tactique du C2 (commandement et contrôle) pour la mise en œuvre des drones, l’évolution des fonctions des chefs de patrouille, du commandement de la mission et de la gestion du combat aérien, mais aussi de la fonction C2 à l’échelle interarmées. Sur le plan opérationnel, les drones peuvent transformer toutes les missions. Pour celles de renseignement, ils fournissent des réseaux de capteurs pénétrants étendant la couverture ISR. Pour la supériorité aérienne, ils fournissent des capacités déportées de leurrage, de brouillage, de ciblage et d’engagement, en collaboration avec les chasseurs maintenus en arrière. Ils permettent des modes d’action de désorientation et de saturation, indispensables à l‘aveuglement et à la désintégration des défenses antiaériennes adverses, et créent des ciblages d’opportunité dans le temps long et dans un environnement d’intensité moyenne. Pour la supériorité terrestre, ils accroissent la masse pénétrante en début de campagne puis maintiennent plus longtemps le dispositif couvrant de grandes zones et ainsi démultiplier les capacités de ciblage d’opportunité nécessaires à l’appui aérien rapproché. Enfin, grâce à la fourniture de réseaux de capteurs avancés et de relais de transmission, les drones augmentent la portée et la robustesse de la fonction « gestion du champ bataille (échange d’informations sur le terrain), commandement et contrôle ». Par ailleurs, l’intelligence artificielle facilitera des évolutions technologiques : systèmes partiellement autonomes ; « cloud tactique » (réseau pour la distribution de données et le partage d’informations) permettant la décentralisation, au niveau des plateformes, des capacités de décision actuellement réservées à des postes de commandement à distance, voire hors théâtre ; services collaboratifs entre les systèmes de mission de diverses plateformes ; miniaturisation des équipement et armements. Enfin, la simulation nécessite moins d’heures de vol réelles pour la préparation opérationnelle. Par ailleurs, le combat collaboratif entre avions et drones nécessite un « « cloud de combat », dont la création, pour une coalition, dépend de la réalisation du projet de réseau multi-senseurs et multi-effecteurs et pose la question de l’interopérabilité. Or depuis la guerre du Golfe (1991), les dispositifs aériens de coalition s’accommodent mal des zones de responsabilité nationale. L’évaluation commune de la situation tactique exige de prendre en compte l’interopérabilité entre les systèmes américain NGAD, français SCAF, britannique GCAP et les autres dès leur conception, afin de développer des liaisons de données, des outils de traduction et surtout des procédures de partage du C2, comme pour la gestion de combat actuelle avec les avions de chasse.

Projet américain. Après des années d’atermoiements, l’armée de l’Air et la Marine américaines développent l’aéronef de combat collaboratif (CCA en anglais) pour renforcer leurs flottes aériennes de combat, considérée comme insuffisantes face à une agression chinoise. Ces CCA s’intégreront dans le système de systèmes dénommé « dominante aérienne de nouvelle génération » (NGDA) centré sur un avion de chasse. Cette vaste architecture de combat collaboratif doit permettre d’acquérir la supériorité aérienne en remplissant diverses missions, dont la chasse, la neutralisation des défenses antiaériennes ennemies, le déni d’accès, l’appui aérien rapproché et le relais de communications. Deux projets sont en cours de réalisation et concernent surtout des engins récupérables basés à terre, à savoir le drone de combat furtif XQ-58, fabriqué par Kratos, et le drone furtif multi-rôles, construit par Boeing. L’armée de l’Air devrait acquérir au moins mille exemplaires du modèle retenu, destinés à opérer avec l’avion furtif multi-rôles F-35, puis le chasseur NGAD. Ces futurs systèmes reposeront sur une architecture ouverte modulaire et sur le drone Skyborg, piloté par l’intelligence artificielle et déjà mis au point. Des travaux sont aussi en cours sur des drones consommables aérolargués.

Projet français. Les réflexions d’Airbus et de MBDA sur le SCAF français rejoignent celles sur le NGAD américain. Selon la trajectoire fixée par la loi de programmation militaire 2024-2030, le SCAF devrait bénéficier de multiples avancées capacitaires, notamment pour réaliser le chasseur de nouvelle génération, successeur du Rafale. En matière de drones, il s’agira de réduire le « coût par effet » en utilisant des systèmes consommables ou récupérables avec des mises à poste variées. Cela implique de développer : des équipements et des munitions spécifiques ; l’architecture de connectivité ; des solutions d’autonomie pour la plateforme habitée, dont l’équipage gérera les missions des drones, et pour les drones ailiers eux-mêmes mais selon des règles d’engagement très strictes. Tout dépendra du contexte opérationnel, notamment de l’environnement électromagnétique plus ou moins déconnecté ou intermittent et qui affecte le fonctionnement du « cloud de combat ».

Projets d’autres pays. La Grande-Bretagne développe le programme de combat aérien global (GCAP). BAE Systems met au point deux types de drones, lancés depuis le sol et récupérables mais avec des niveaux technologiques différents. L’Australie coopère avec Boeing pour la fabrication du drone furtif multi-rôles MQ-28 Ghost Bat, selon un concept similaire à l’aéronef de combat collaboratif américain. La Corée du Sud s’en inspire aussi pour développer un drone ailier pour accompagner les nouvelles versions de son chasseur polyvalent KF-21 Boramae. Avec l’aide des États-Unis, le Japon développe un drone capable d’opérer avec son futur chasseur F-X dans les années 2030. De son côté, la Russie développe le drone ailier S-70 Okhotnik, lourd (25 t) et furtif, et le Kronshadt Grom destiné à opérer avec l’avion de défense aérienne Su-35 et le chasseur furtif multi-rôles Su-57. Toutefois, ces programmes sont ralentis en raison des sanctions de pays occidentaux et de l’absence de solution quant au mode de propulsion. La Chine développe une famille de systèmes de combat aérien collaboratif avec le chasseur J-20, le drone FH-95 Feihung, dédié à l’ISR et à la guerre électronique, et le drone de combat FH-97, tous deux proches des modèles américains récupérables. L’Inde développe le système de systèmes CATS de Hindoustan Aeronautics Limited, comprenant le chasseur Tejas et plusieurs drones, dont le CATS Warrior, proche des MQ-28 et XQ-58 américains, et un drone de type missile de croisière récupérable, ainsi que des munitions rôdeuses (drones suicides) Alfa. La Turquie développe son propre chasseur F-X Kaan, le drone supersonique Kizilelma, le drone furtif Anka-3 et les drones consommables Super Simsek et Autonomous Wingman Concept.

Loïc Salmon

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

 




Armement : l’IA dans l’emploi des drones aériens et sous-marins

L’intelligence artificielle (IA) va inverser la logique d’utilisation des drones aériens. Elle doit devenir un équipier de confiance de l’humain dans la coordination des véhicules sous-marins semi-autonomes.

Cette problématique a été abordée lors du colloque « Intelligence artificielle et commandement militaire » organisé, le 28 septembre 2023 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) et le groupe Nexter, spécialisé dans les systèmes pour les forces terrestres. Y sont notamment intervenus : Jean-Marc Moschetta, professeur à l’Isae-Supaéro (Institut supérieur d’aéronautique et de l’espace) ; Jean-Michel Tran, directeur du domaine technique IA chez Naval Group (construction navale de défense).

Les essaims de drones aériens. Alors que la mise en œuvre d’un drone de combat de grandes dimensions mobilise plusieurs personnels, celle d’un essaim de petits drones ne nécessite qu’un seul opérateur, explique Jean-Marc Moschetta. Le rapport de mars 2021 du groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye indique que les forces armées et les convois logistiques de la faction du maréchal Khalifa Haftar ont été pourchassés et pris à partie à distance par des drones de combat ou des systèmes d’armes létaux autonomes et autres munitions rôdeuses, programmés pour attaquer des cibles en mode de guidage automatique. Cela a été possible grâce à la miniaturisation de drones peu onéreux et aux progrès réalisés dans l’informatique distribuée et dans l’information à fréquences millimétriques (60 GHz+ et très large bande). Les essaims de drones présentent des avantages : discrétion, facilitée par une faible signature visuelle ou radar ; saturation, qui désorganise la défense adverse par leur surnombre ; coût peu élevé, comme les drones en carton de 120 km de portée ; résilience par des réseaux « ad hoc » de relais d’information et des calculs en essaim. Toutefois, des faiblesses persistent : déploiement simultané à proximité de l’adversaire ; élongation et endurance réduites nécessitant des remplacements ou l’insertion de nouveaux drones ; sensibilité au vent limitant la vitesse d’évolution ; emport de charge utile réduite par la miniaturisation ; risque de piratage informatique. Déployés en masse par avion ou véhicule terrestre, les essaims de drones évoluent en patrouille avec une réduction des 30 % – 40 % de la traînée induite de chacun. Ils ne tirent pas leur efficacité de chacun d’eux mais de leurs relations et favorisent plus d’IA et d’intelligence collective, non traçable et capable d’initiatives. L’intelligence collective, indique Jean-Marc Moschetta, ne résulte pas du travail à plusieurs ni de la somme des intelligences individuelles. Elle existe dans la nature : dynamiques de groupes des oiseaux migrateurs, qui évitent la collision, conservent le cap par alignement et non-éloignement des individus ; saturation pratiquée par les gnous africains lors du passage d’un rivière infestée de crocodiles ; allocation dynamique des tâches parmi les « travailleurs à bec rouge », oiseaux sauvages d’Afrique. Selon Jean-Marc Moschetta, l’emploi de l’IA avec les essaims de drones présente certains risques. Le premier concerne la perte de contrôle sur l’exécution précise de l’action militaire, en raison de l’impossibilité de contrôler chaque drone et de la dispersion des sous-munitions avec des effets collatéraux. S’y ajoute l’effet d’emballement où plus rien ne fonctionne bien. Le deuxième risque porte sur l’infraction aux règles d’engagement en raison de l’absence de discrimination entre combattants et non-combattants et de l’obligation de nombreuses mises en situation.

Les véhicules sous-marins autonomes. L’autonomie d’un drone sous-marin repose sur une interdépendance entre la décision de l’opérateur, la communication avec le drone et la position du drone, explique Jean-Michel Tran. L’organe de décision mène la mission opérationnelle. Celui de la communication transmet les informations relatives au besoin opérationnel, les intentions et un possible recouvrement des communications après une période d’interruption. L’organe de positionnement permet une garantie contre une erreur de position. L’emploi des drones sous-marins rencontre des difficultés spécifiques : absence de système de positionnement externe type GPS ; impossibilité d’équiper la zone d’intervention de moyens de repères fixes ; soumission des mesures inertielles à la dérive du drone ; présence de courants, variables dans le temps et l’espace ; impossibilité d’utiliser parfois certains senseurs par souci de discrétion ; coûts très élevés des senseurs performants ; portée limitée à quelques kilomètres ; débits très réduits de l’ordre de 50 bits/s utiles ; absence de communication simultanée ; interférences avec certains senseurs acoustiques ; impossibilité de maintenir une ouverture permanente du canal de communication ; délai de propagation de plusieurs secondes ; variabilité de la qualité du canal en raison de trajets multiples, de la bathycélérimétrie, de l’environnement biologique, du trafic maritime et des conditions météorologiques (pluie ou vent). Dans ces conditions, le suivi humain s’avère difficile pour les missions de longue durée, en raison des évolutions imprévisibles dans un environnement non structuré, dynamique et pas ou partiellement connu. Le déplacement d’un drone coûte cher et prend du temps. Il convient donc de bien planifier une mission de haut niveau selon des objectifs et des contraintes. En effet, le drone « comprend » ses objectifs et peut s’adapter à des situations changeantes et imprévisibles durant toute la durée de sa mission. Par ailleurs, la doctrine militaire doit être prise en compte. Par exemple, dans le golfe Arabo-Persique, un drone pourrait devoir intercepter un navire transportant des véhicules et effectuer une recherche dans une zone présentant des endroits interdits à la navigation et des navires à éviter. L’opérateur a accepté la planification initiale, puis le drone effectue sa mission en ré-évaluant régulièrement différentes options. Il n’existe pas nécessairement de solution optimale, afin de respecter la doctrine militaire qui doit être facilement reprogrammable. Il convient donc de conserver une certaine part d’audace et de proposer des solutions alternatives plus efficaces, mais qui ne respectent pas strictement la doctrine. En intelligence artificielle, l’apprentissage par renforcement permet à un robot ou un drone d’apprendre à prendre des décisions dans un environnement dynamique, en tenant compte du temps, de l’incertitude et des conséquences, non immédiates, de ses actions. Au niveau de l’apprentissage, le drone est entraîné à résoudre les problèmes que rencontrent les marins. Lorsqu’il définit la mission du drone, l’opérateur doit en préciser les contraintes (navigation, émissions électromagnétiques et acoustiques), les marges à respecter (énergie, position) et les traits de caractères (curiosité, discrétion). Il doit aussi délivrer des autorisations d’autonomie pour une replanification de la mission : altération des paramètres des objectifs de mission ; abandon total ou partiel de certaines parties ; réengagement de la mission ; éloignement plus ou moins temporel et spatial du contrat initial. Vu le coût onéreux des drones sous-marins, leur emploi en essaim nécessitera une hétérogénéité de drones performants et chers avec d’autres qui le sont moins, mais qui sont spécialisés dans une mission précise pour un temps donné. La complexité d’emploi de tels systèmes nécessitera des systèmes d’aide à la décision et l’utilisation de grosses unités porte-drones ou porte-armes pour remplir la mission. Le déploiement des drones plus petits et perdables sera probablement laissé à ces grosses unités et échappera complètement aux opérateurs, afin de limiter la complexité de la mission. Grâce à des séquences d’action de haut niveau pour chaque drone, l’essaim pourra atteindre son objectif via une coopération entre les drones, malgré des communications marines limitées. Naval Group y travaille.

Loïc Salmon

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées




Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

La sûreté aérienne met en œuvre des radars de surveillance et des centres de détection et de contrôle ainsi que des avions de chasse, des hélicoptères et d’autres moyens. Elle a été renforcée lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, tenu du 19 au 25 juin 2023 au Bourget (région parisienne).

Le général Étienne Faury, commandant de la brigade aérienne de la posture permanente de sûreté-Air (PPS-Air, police du ciel), a présenté, le 15 juin 2023 à Paris, le dispositif de sécurisation aérienne.

Le dispositif particulier de sûreté. Lors de la visite d’un chef d’État ou d’un grand évènement, un dispositif particulier de sûreté aérienne est déployé. Il consiste à renforcer, de façon ponctuelle et localisée, les moyens de défense aérienne sans dégrader la PPS-Air, L’armée de l’Air et de l’Espace crée alors une zone interdite à tous les aéronefs à certains horaires pour éviter toute perturbation de l’événement. Ce dispositif particulier inclut des interactions interarmées et interministérielles avec la Direction générale de l’aviation civile, les différentes préfectures et la Direction générale de la sécurité intérieure plusieurs mois à l’avance. La sécurité commence dès le décollage d’un aéronef et implique une coordination entre différents aérodromes. Les moyens d’alerte en vol s’interposent, identifient et, si besoin, détournent ou arraisonnent tout appareil intrus. Puis, les forces de sécurité intérieures interviennent pour les suites judiciaires.

La protection du salon du Bourget. Le Salon du Bourget, qui accueille 2.400 exposants et plus de 300.000 visiteurs, inclut des démonstrations en vol. Le dispositif PPS-Air intègre alors les participations du groupe ADP (Aéroports de Paris) et des organisateurs. Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes évalue les menaces : détournement d’un avion de ligne, très peu probable en raison des mesures de sécurité au sol et dans les aéroports ; avions légers égarés, protestant contre l’événement ou ayant l’intention de nuire ; drones envoyés par des gens curieux ou contestataires. Le nombre de survols des zones interdites est alors limité pour protéger les démonstrations en vol et éviter les accidents. Les moyens aériens en alerte varient selon les besoins : avion E-3F AWACS (système de détection et de commandement aéroporté) pour la surveillance de zone ; drone de combat Reaper ; Rafale ou Pilatus PC21 pour lever le doute, s’interposer et contraindre un appareil intrus à se poser ; hélicoptère Fennec. Au sol, la protection inclut des moyens complémentaires en fonction des conditions météorologiques et du nombre d’appareils pouvant arriver : missile ASMP-T de moyenne portée ; système de missile sol-air Crotale de courte portée ; lutte anti-drones ; guet à vue ; détachement de liaison sur chaque aéroport de Paris pour coordonner les démonstrations en vol du salon avec les décollages, sous certaines conditions, des avions usagers.

La lutte anti-drones. La brigade PPS-Air travaille avec la Gendarmerie des transports aériens et la Préfecture de police de Paris pour protéger le site, les spectateurs et les démonstrations aériennes de drones, dont la menace évolue avec la technologie. Les systèmes Bassalt (radars et caméras) fonctionnent jour et nuit. La Gendarmerie déploie des véhicules pour compléter la détection. Des systèmes « aéroscopes » voient 95 % des trafics. Les systèmes de brouillage Dedrone et ceux montés sur des fusils s’insèrent dans les bandes de fréquences et immobilisent les drones. Règlements et procédures les complètent. Une base aérienne a été projetée sur le site du Bourget pour loger 400 personnels pour la défense sol-air, la protection au sol des aéronefs, la lutte anti-drone, le poste de commandement dans la préfecture et celui pour la lutte anti-drones, le tout en liaison avec le Centre national des opérations aériennes à Lyon-Mont Verdun.

Loïc Salmon

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Drones : menaces aériennes à très basses altitudes

Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

 




DGA : qualifications du mini-drone Marine et du parachute pour chuteurs opérationnels

Le système de mini-drones aériens Marine (SMDM) et le système de mise à terre du combattant opérationnel (SMTCOPS), qualifiés fin juillet 2022 par la Direction générale de l’armement, peuvent être employés en opérations.

Le SMDM. Chaque système se compose de deux drones d’environ 16 kg chacun et propulsés par un moteur électrique pour une autonomie de trois heures. Lancés par catapulte (photo), ils sont récupérés automatiquement à bord dans un filet à l’issue de leur mission. Ils équiperont les patrouilleurs de haute mer et ceux d’outre-mer, les frégates de surveillance et d’autres plateformes encore à l’étude, en vue d’enrichir la compréhension de la situation tactique. Les images et données collectées pendant le vol sont retransmises en temps réel de jour comme de nuit. Le SMDM investigue des zones jusqu’à 50 km, afin de repérer des navires au-delà de la portée des radars et de caractériser la menace par un flux vidéo en temps réel. Cette allonge informationnelle facilite l’identification de navires inconnus, le repositionnement discret de son propre dispositif ou la recherche de naufragés. Trois SMDM ont déjà été livrés sur les 11 commandés fin 2020. Les livraisons s’échelonnent jusqu’en 2023. Modulaire, le SMDM intégrera des technologies plus performantes.

Le SMTCOPS. Ce système permet de sauter à plus de 9.000 m d’altitude avec une charge de 200 kg, contre 7.000 m et 160 kg avec le système précédent. Les commandos effectuent des « sauts à ouverture commandée retardée à très grande hauteur » avec des équipements respiratoires d’oxygène. Ils ouvrent leur parachute dès la sortie de l’avion pour profiter des vents et de la finesse du parachute, afin de planer jusqu’à 50 km dans le dispositif adverse en évitant la détection de l’avion largueur. Après l’ouverture du parachute, sa vitesse ne doit pas dépasser 130 km/h, afin que le groupe de commandos ne soit pas détecté par un radar. Le système de navigation, qui allie GPS, altimètre et compas, permet de se diriger sous voile, de prendre un cap et de poser toute l’équipe avec précision. De plus, le « dispositif d’aide au posé pour chuteur opérationnel » permet de limiter les risques de blessures à l’atterrissage de nuit, y compris pour les sauts en tandem. Un laser assure la précision de mesure nécessaire. La discrétion est maintenue grâce à un retour audio dans le système radio. Les premiers SMTCOPS seront livrés d’ici à la fin 2022. Par ailleurs,15.000 « ensembles de parachutage du combattant » améliorés, destinés au largage massif à basse altitude de parachutistes lourdement chargés, ont été livrés en 2021.

Les forces spéciales. Certains largages d’opérations spéciales se font de nuit sans aide de personnels au sol, afin d’éviter d’être détecté et de diminuer le temps d’exposition à l’adversaire. Les groupes de commandos sont largués à 200 m d’altitude en entraînement mais à 125 m en opérations. En effet, cela assure une protection et limite la dispersion au sol et la vulnérabilité de l’avion ou de l’hélicoptère. Le « saut à ouverture commandée retardée à grande hauteur », effectué de jour comme de nuit entre 1.200 m et 4.000 m, correspond à une ouverture du parachute à basse altitude, pour la mise en place rapide et discrète au plus près de l’objectif d’un groupe entièrement équipé. Les chuteurs opérationnels se répartissent dans l’armée de Terre (7 unités parachutistes), les commandos Marine et de l’Air, le service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure, la Gendarmerie (GIGN) et la police (RAID).

Loïc Salmon

Marine nationale : les drones aériens embarqués, une plus-value opérationnelle

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions

Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité




Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Une industrie locale de drones militarisés et l’acquisition de systèmes militaires étrangers ont permis à l’armée ukrainienne d’infliger de lourdes pertes à la force expéditionnaire russe au début de la guerre.

Aude Thomas, chargée de recherches, l’explique dans le numéro de juin 2022 de la revue Défense & Industries de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les fabrications ukrainiennes. La résistance ukrainienne résulte d’abord de la réforme des forces armées en 2016 avec le soutien financier et matériel des pays occidentaux, puis du renseignement fourni par le centre des opérations aériennes combinées de l’OTAN et enfin de la livraison d’armements de pays membres de l’Alliance Atlantique. En outre, l’armée ukrainienne a pu s’entraîner à l’extérieur du pays et a intégré les drones dans son dispositif. Dès mai 2014, la startup IT Academy de Kiev lance un programme de transformation de petits drones commerciaux à voilure tournante Phantom et Mavic-Air 2 de l’entreprise chinoise DJI. Depuis, celle-ci a vendu à l’Ukraine 2.372 modèles DJI Mavic 3, puis a suspendu ses activités en Russie et en Ukraine en avril 2022. Lors de l’invasion de la Crimée par les forces séparatistes pro-russes du Donbass à l’été 2014, l’armée ukrainienne s’est trouvé dépourvue d’une vision globale du champ de bataille et d’appui aérien rapproché. De plus, ses convois de ravitaillement sont tombés fréquemment dans des embuscades. Des diplômés en informatique fondent alors « l’unité Aerorozvidka », qui sera intégrée aux forces armées ukrainiennes. Outre la cybersécurité, cette unité collecte le renseignement sur les cibles de haute valeur par des capteurs sur le champ de bataille, drones de reconnaissance, interceptions de fréquences radio et sources humaines. Les forces ukrainiennes disposent d’une carte numérique en temps réel des mouvements des troupes russes et peuvent mener des frappes. Aerorozvidka fabrique ses propres drones R-18 (rayon d’action 4 km, endurance 40 mn) emportant une munition anti-char RPG ou une caméra thermique pour la reconnaissance de nuit. L’entreprise Athlon Avia produit l’A1-SM Furia à voilure fixe (50 km, 3 h) pour la reconnaissance et l’ajustement des tirs d’artillerie. Ukrspecsystems produit le Leleka-100 (45 km, 2h30) et SPE Urkjet l’UJ-22 (100 km, 7 h).

Les acquisitions étrangères. Le constructeur turc Baykar a vendu à l’Ukraine 20 systèmes de drones tactiques Bayrakar TB-2 (300 km, 27 h) en mars 2019, puis 16 de plus en janvier 2022. Les TB-2 ont ciblé des camions et véhicules de transport russes, puis des systèmes de défense sol-air Buk et Tor et des véhicules blindés. Le taux quotidien de destruction serait passé de 7 véhicules entre les 24 et 28 février 2022 à 0,9 entre le 1er et le 15 mars. Le 13 avril, il aurait servi de leurre contre la défense anti-aérienne du croiseur russe Moskva, touché par deux missiles antinavire RK-360 MT Neptune ukrainiens. Par ailleurs en avril, les Etats-Unis ont déjà livré à l’Ukraine : 700 munitions maraudeuses Switchblade (10-39 km, 15-40 mn), pour cibler des personnels, véhicules légers et chars ; des munitions à guidage laser compatibles avec les TB-2 ; 121 drones munitions maraudeuses Phœnix Ghost à capteur infrarouge pour usage de nuit. En outre, le milliardaire américain Elon Musk a livré gratuitement des antennes satellites Starlink à l’Ukraine. De plus, sa société Space X à mis à jour un logiciel protégeant les communications tactiques ukrainiennes contre les tentatives russes de brouillage.

Loïc Salmon

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Ukraine : risques nucléaire, biologique et chimique