Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

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Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

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