Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

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L’expérimentation et le perfectionnement des drones et de leurs doctrines d’emploi dans le conflit russo-ukrainien permettent de conserver l’ascendant et d’obliger l’adversaire à trouver vite la parade.

Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, l’a expliqué à la presse le 5 juin 2025 à Paris, à la suite de l’opération spéciale ukrainienne « Toile d’araignée » durant la nuit du 31 mai au 1er juin. Celle-ci a consisté en frappes coordonnées de 117 drones, dont des petits FPV (photo) transportés cachés dans des camions, contre 5 bases aériennes russes et qui ont détruit ou endommagé 41 appareils, dont des bombardiers nucléaires stratégiques à long rayon d’action Tu-95 (8) et Tu-22M (4) effectivement détruits ainsi qu’un avion de détection et de contrôle aérien A-50 touché.

Drones en opérations. Les deux belligérants utilisent des drones terrestres, navals et aériens. Les drones terrestres sont armés ou servent au transport du ravitaillement ou des blessés. Leur emploi reste limité par les terrains très accidentés, aux abords du front, et leur vulnérabilité face aux drones aériens. Les drones navals kamikazes, qui se font exploser sur la coque des navires, ou armés de missiles anti-aériens, pour la défense côtière, ont permis à l’Ukraine, dépourvue de Marine de guerre depuis 2022, de chasser les bâtiments tusses de la partie occidentale de la mer Noire. La Marine russe en a perdu une vingtaine et a dû quitter ses ports en Crimée pour se replier plus à l’Est. Les drones aériens se répartissent en plusieurs catégories. Les drones MAME (moyenne latitude moyenne endurance) et MALE (moyenne altitude longue endurance) Bayraktar TB2 (1 t) d’origine turque, capables de rester plusieurs dizaines d’heures sur zone, ont permis à l’Ukraine de détruire des colonnes blindées russes au début de la guerre. Devenus vulnérables à la défense anti-aérienne, ils restent éloignés du front et surveillent la mer Noire. La Russie emploie des drones d’attaque à sens unique préprogrammés Shahed 136 d’origine iranienne, mais aujourd’hui fabriqués sur place et capables parcourir plus de 300 km pour frapper des sites militaires ou des usines. Peu manœouvrants, ils sont neutralisés à près de 90 % en vol. Mais, leur coût peu élevé facilitent des tirs (2.500 à 4.000 par mois depuis janvier 2025) en salves, qui dissimulent des missiles de croisière supersoniques ou hypersoniques, plus performants mais plus chers. Les drones à bas coût saturent les défenses ukrainiennes pour que ceux de haute technologie atteignent leurs cibles. Les micro et mini drones (25 kg à 50 kg), au contact du front, remplissent diverses missions. Les drones de surveillance et d’observation rendent le champ de bataille transparent sur une profondeur de 10-20 km. Les drones bombardiers et FPV ukrainiens, qui subissent 75 % d’attrition, intègrent des briques d’intelligence artificielle pour un guidage automatique sur la phase terminale de l’attaque, face au brouillage électromagnétique. Les drones filoguidés par une bobine de fibre optique de 10-15 km y sont insensibles. Les véhicules blindés et les chars russes ne se déplacent presque plus et restent camouflés pour tenir leurs positions. Outre les drones lance-flammes, poseurs de mines ou chasseurs de drones ou d’hélicoptères, il existe des drones « mères » porteurs de relais radio et de drones FPV, par grappes de deux pour augmenter leur rayon d’action. Les forces armées ukrainiennes doivent recevoir plus de quatre millions de drones, surtout de contact, en prévision d’une consommation de 10.000 par jour.

Facteurs de succès. Les micro et mini drones permettent de produire des effets militaires en masse et à très bas coût (de 500 € à 3.000 € pièce). Considérés consommables comme les munitions, ils nécessitent aussi des mises à jour de leurs fonctions de communication et de navigation toutes les 6 à 12 semaines.

Loïc Salmon

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