De tribord à bobard

La chance attend qui sait se forger l’ambition de ses rêves, à condition de ne pas viser trop loin, de vivre l’instant présent et…de garder le sens de l’humour !
De la préparation au concours de l’École navale au sommet de la hiérarchie, Alain Oudot de Dainville raconte une page de l‘histoire de la Marine nationale (1966-2008) à travers son propre parcours, militaire puis à la tête de l’Office français d’exportation d’armement (2008-2014), domaine « où le bobard est une science partagée par tous les acteurs ». A Brest, les études forment des ingénieurs et surtout des marins par des embarquements sur des dragueurs de mines de 400 t, où le tangage et le roulis amarinent les corps. Les apprentis marins apprennent la rigueur du comportement, atout majeur de l’art du commandement. Après deux années d’études, ils embarquent pendant neuf mois sur le croiseur-école Jeanne-d’Arc pour compléter leur savoir-faire, s’ouvrir sur le monde, notamment l’Asie-Pacifique via le canal de Panama, et commencer leur vie à bord des bâtiments. Pendant la Guerre froide, (1947-1991), la Marine française assure une présence sur la côte Ouest de l’Afrique pour rassurer les pays riverains amis et, éventuellement, déceler celle de l’adversaire soviétique. Avant les grandes navigations, l’équipage effectue une mise en conditions au Centre d’entraînement de la flotte à Toulon, où le commandant sera jugé dans l’action. La sélection des chefs prend en compte la capacité à encaisser et à réagir dans la solitude du commandant confronté à des situations complexes, où il doit décider sous la pression, sans aide, sans délai et sans trembler. Le choix d’une carrière dans l’aéronavale permet d’exercer plus vite des responsabilités de commandant d’aéronef, En vol, l’autorité se mesure à la compétence car l’avion ne pardonne pas les approximations. L’appontage sur le porte-avions en mer constitue l’aboutissement des efforts consentis. Un accident pendant la formation ou en entraînement rappelle aux jeunes la maxime des anciens, selon laquelle il n’y a pas de bons pilotes mais que des vieux pilotes. Les grands exercices de l’OTAN avec la VIème Flotte américaine réunissent une multitude de navires de guerre en Méditerranée pour se préparer aux attaques, redoutées, de l’Eskadra soviétique, dont des unités suivent souvent les porte-avions français Foch et Clemenceau. Dans les années1980, pendant la guerre civile libanaise, un porte-avions appareille sans préavis pour soutenir les troupes françaises engagées dans la Force multinationale de sécurité à Beyrouth. L’aéronavale découvre alors l’intérêt de la guerre électronique et lance les premières réalisations de modélisation de terrain pour les dossiers de préparation de missions. La carrière aéronautique est rythmée par les qualifications en vol et les affectations embarquées, après la réussite au concours de l’École supérieure de guerre navale (un an puis six mois de cours interarmées). Le diplômé obtient un commandement à la mer en 1988 sur un aviso d’escorte des navires de commerce français dans le golfe Arabo-Persique, pendant la guerre des pétroliers entre Iran et l’Irak. Après une affectation à l’État-major de la Marine à Paris, quelques officiers supérieurs sont désignés pour le Centre des hautes études militaires (30 militaires) et l’Institut des hautes études de défense nationale (30 fonctionnaires et 30 auditeurs de la société active). A l’issue, le pilote d’aéronavale va commander un porte-avions envoyé en opérations en Adriatique pendant la guerre civile en ex-Yougoslavie, où il donnera l’ordre de récupérer sur le pont un Super Étandard endommagé par des projectiles (photo). Après un passage à l’État-major des armées, il devient le N°2 de la Marine puis le N°1, grâce à son expérience opérationnelle et son potentiel estimé. Il entre alors dans le monde inconnu des relations politiques et aura besoin…d’un maximum de chance !
Loïc Salmon
« De tribord à bobard », Amiral Alain Oudot de Dainville. Éditions Lavauzelle, 256 pages, 19 €.
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