Missiles : amélioration de la technologie de la Corée du Nord

Les essais du missile intercontinental Hwasong-15 visent à renforcer la capacité de frappe nucléaire de la Corée du Nord, dont le missile de portée intermédiaire Hwasong-12 pourrait déjà atteindre l’île américaine de Guam.

Ce thème a fait l’objet de deux notes publiées à Paris, l’une en février et l’autre en mars 2023, par la Fondation pour la recherche stratégique et rédigées par Antoine Bondaz, directeur du Programme Corée sur la sécurité et la diplomatie, Stéphane Delory, maître de recherche, et Christian Maire, chercheur associé.

Avancées réalisées. Le 18 février 2023, un missile Hwasong-15, tiré vraisemblablement depuis l’aéroport international de Pyongyang, a effectué une trajectoire « plongeante » pour vérifier tous les paramètres de propulsion. Selon l’agence de presse officielle KCNA, ce missile aurait atteint un apogée (point le plus éloigné de la terre) de 5. 768 km et une portée de 989 km pour un temps de vol de 67 minutes avec un retour précis dans une zone prédéterminée en mer. Ce troisième essai fait suite à celui du 3 novembre 2022, pour un apogée de 1.920 km, une portée de 760 km et une vitesse de 5km/s. L’essai du 29 novembre 2017 a réalisé un apogée de 4.475 km, une portée de 950 km et un vol de 53 minutes. A l’époque, Pyongyang avait déclaré que ce missile pouvait cibler tout le territoire américain, soit une portée minimale de 11.000 km…confirmée ultérieurement par les Forces américaines en Corée du Sud ! Tous les missiles nord-coréens de portées intermédiaires et intercontinentales utilisent la propulsion liquide des lanceurs spatiaux Taepodong et Unha, testés en 1999, 2006, 2009, 2012 et 2016. Ces engins dépendent d’infrastructures routières de bonne qualité pour des transits sur des distances limitées (photo). La propulsion liquide s’appuie sur la combustion de deux ergols, à savoir un comburant (peroxyde d’azote) et un carburant (kérosène), stockés dans deux réservoirs distincts et mélangés dans la chambre de combustion. La transformation structurelle de réservoirs à fonds séparés en réservoirs à fonds communs permet d’emporter jusqu’à 2.600 kg d’ergols supplémentaires, d’allonger la durée de combustion de 8 à 9 secondes et d’améliorer les performances en vol de façon sensible. L’acquisition de la technologie du moteur soviétique RD-250, qui utilise ces ergols stockables et très énergétiques, permet à la Corée du Nord de concevoir des missiles autour d’un système de propulsion de très forte poussée, indispensable pour s’affranchir de la pesanteur terrestre. Cette évolution a été démontrée avec succès lors des essais en vol des missiles à longue portée effectués à partir de 2017. Un autre enjeu technologique porte sur la forme du corps de rentrée dans l’atmosphère, soumis aux fortes contraintes des flux thermiques résultant de vitesses supérieures à 7 km/s. Le corps de rentrée du Hwasong-15 ressemble à celui du missile intercontinental américain Titan II (portée de 15.000 km) des années 1950-1960, dont la forme a évolué depuis. Mais cela a nécessité de nouveaux matériaux, dont la Corée du Nord ne maîtrise pas encore la technologie. Le corps de rentrée du Hwasong-15 lancé le 29 novembre 2017 emportait surtout des systèmes de mesures et d’instrumentation. Celui lancé le 18 février 2023 pourrait avoir emporté un lest, réplique d’une charge militaire.

Origines soviétiques puis chinoises. Client traditionnel de l’URSS, la Corée du Nord a bénéficié de son aide pour la conception de certains missiles à courte portée et à propulsion solide. Mais par la suite, les dimensions et la structure du Hwasong-15 présentent des analogies avec le missile chinois DF-4 à propulsion liquide, d’une portée de 5.000 km et emportant une charge utile de 2.200 kg. Le lanceur spatial chinois CZ-I dérive du DF4. La complexité des éléments d’un missile nécessite des outils industriels très spécialisés. La Corée du Nord semble en avoir acquis ainsi que les données techniques du CZ-I.

Loïc Salmon

Indo-Pacifique : éviter l’escalade nucléaire malgré la compétition stratégique accrue

Japon : protection et évacuation des ressortissants en cas de crise en Corée et à Taïwan

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est




Sécurité : la participation militaire terrestre à la gestion des crises

Face aux risques de grande ampleur, des personnels, des hélicoptères et des véhicules militaires appuient les forces de sécurité intérieures à la demande du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer.

Le colonel Stanislas Rouquayrol, commandant les formations militaires de la sécurité civile, en a présenté les spécificités à la presse le 20 juillet 2023 à Paris.

Force d’action rapide. Les formations militaires de la sécurité civile (Formisc), issues de l’arme du génie de l’armée de Terre, sont sollicitées lors des grands événements et fournissent des conseils aux autorités. Leurs champs d’interventions couvrent toutes les crises : tremblements de terre ; feux de forêts ; inondations ; cyclones ; tempêtes ; épidémies ; accidents ou sabotages industriels ; menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Polyvalentes, les Formisc portent une assistance aux réfugiés, populations déplacées ou rapatriées et fournissent une logistique opérationnelle. Dans la lutte contre les feux de forêt dans le Sud de la France, l’opération dite « Héphaïstos », qui dure du 1er juillet au 30 septembre, déploie 160 militaires, 3 hélicoptères et 50 véhicules. Elle met notamment en œuvre le Détachement d’intervention retardant, dont les véhicules dispersent des produits qui ralentissent la propagation de l’incendie, des moyens lourds du génie et des sections d’intervention feux de forêt. En 2023, « Héphaïstos » a élargi son engagement avec une compétence nationale et une capacité de mobilisation de moyens humains spécifiques en cas de crise avec des détachements Air, basés à Orange et Mont-de-Marsan, et un module adapté de surveillance sous la direction de l’État-major des armées. Au sein du dispositif national du ministère de l’Intérieur, la Force d’action rapide de la sécurité civile, pluridisciplinaire et en astreinte permanente, peut intervenir partout en France ou à l’étranger. Elle mobilise 262 personnes en 3 heures et jusqu’à 600 personnels en moins de 72 heures pendant un mois sans relève

Bilan « Héphaïstos » 2022. La campagne des feux de forêts 2022 s’est caractérisée par une grande virulence, souligne le colonel Rouquayrol. Les Formisc sont intervenues à 92 reprises sur des incendies ravageant 70.000 ha, soit 6 fois plus qu’en 2021. Rien qu’en juillet, elles ont engagé près de 55 % de leurs effectifs. Le Détachement d’intervention héliporté national a été déployé sur 4 feux majeurs pendant 13 jours. En Gironde, la lutte contre le feu a mobilisé 6 Sections militaires intégrées de 150 hommes chacune, formées, équipées et encadrées sur le terrain par les Formisc, soit l’équivalent du dispositif opérationnel permanent « Sentinelle ». En outre, les moyen aériens (avions, hélicoptères et drone Reaper) ont effectué plus de 100 heures de vol de reconnaissance. Ils complètent ceux de la Direction générale de l’aviation civile : Canadair, avion amphibie, qui s’approvisionne jusqu’à 6 t d’eau en mer ou sur un plan d’eau douce ; avion Dash qui se ravitaille à terre ; hélicoptère Dragon pour les missions de secours ; location d’hélicoptères pour des largages d’eau à des endroits précis.

Engagements hors métropole. La période 2022-2023 constitue un engagement hors normes pour les Formisc, estime le colonel Rouquayrol. En 2022, après le passage du cyclone Batsiral à Madagascar, 59 personnels ont assuré le traitement de l’eau et la coordination avec les moyens de l’Union européenne. En Ukraine, 153 personnels et 3 experts européens ont effectué 3 convois de fret. En Grèce, au Pakistan, en Guadeloupe et au Tchad, des personnels ont participé au traitement de l‘eau. Au premier semestre 2023, les Formisc sont intervenues à la suite des tremblements de terre en Turquie (7 février-10 mars), des feux de forêts au Chili (13 février-6 mars), des inondations en Italie (23-30 mai), de la sècheresse à Mayotte (15-23 avril puis 17 juillet) et des feux de forêt au Canada (depuis le 8 juin).

Loïc Salmon

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Sécurité : « Orphé », plongée au cœur des cellules de crise

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

 




Défense : le SCA, assurer l’approvisionnement au plus près

Dans le cadre de l’économie de guerre, le Service du commissariat des armées (SCA) constitue des stocks de sécurité, conformément aux contrats opérationnels, et prépare des réponses aux scénarios élaborés par l’État-major des armées.

La commissaire générale de 1ère classe Isabelle Ehrhart-Duffo, officier général directeur des métiers au sein du SCA, l’a expliqué à la presse le 25 mai 2023 à Paris.

Le SCA est très impliqué dans le maillage de la base industrielle et technologique de défense avec 23.000 personnels, moitié civils, moitié militaires, répartis dans 89 organismes sur le territoire national et en opérations. Ils ont pour missions de soutenir les forces en tout temps, en tous lieux et en toutes circonstances.

Achats, finances et logistique. L’économie de guerre figure dans la feuille de route du SCA jusqu’à 2030. Le tissu industriel, qu’il accompagne, doit pouvoir soutenir un effort de guerre dans la durée en cas de nécessité pour les forces armées françaises ou au profit d’un pays partenaire. Ce tissu industriel, constitué à 95 % d’entreprises françaises (80 % de tailles moyennes et petites), compte 22.500 fournisseurs, dont certains qualifiés de stratégiques. Il réalise un chiffre annuel moyen de 3,3 Mds€. Le SCA décerne 100 labels « utilisés par les armées françaises ». L’économie de guerre nécessite de produire plus, plus vite et avec un coût maîtrisé, en calculant le besoins des armées, déclinés selon les scénarios de l’État-major des armées. Le SCA doit pouvoir répondre à ces besoins de façon la plus adéquate en interne ou en externe. Cela implique une mise en cohérence avec les crédits budgétaires, des directives pour les achats et une chaîne logistique pour le ravitaillement à proximité des troupes. Le SCA assure onze fonctions pour livrer des produits finis ou délivrer des prestations clés en main : habillement et équipements relevant du commissariat ; alimentation et restauration ; hébergement et hôtellerie ; gestion de site et soutien multiservices ; soutien aux conditions de vie du personnel et aux loisirs ; transport routier, individuel et collectif ; administration du personnel et de la solde ; soutien à la mobilité professionnelle ; acquisitions de biens et services courants des forces armées ; paiements nécessaires aux forces armées ; conseil juridique et contentieux.

Actions à mener. La Délégation générale de l’armement (DGA) accompagne le SCA conformément à une convention cadre. Toutefois, la DGA élabore des programmes à 15 ans, alors que le SCA, qui traite des biens et des services courants, établit des programmes sur 3 à 5 ans. La montée en puissance, qui élargit le cercle des marchés actuels à de nouvelles entreprises, s’organise selon cinq axes. Le premier consiste à identifier et cartographier les industriels stratégiques fabriquant des équipements de première nécessité et à localiser leurs centres de décision et de production. Le deuxième axe porte sur l’identification des sources d’approvisionnement, notamment les matières premières des produits nécessaires, et l’identification des capacités d’accélération de leur production. L’approvisionnement de ce qui est produit sur le territoire national ou dans l’espace européen est considéré comme sécurisé. La troisième action vise à réduire le niveau d’exigence pour optimiser la production en conservant la qualité du produit final, grâce aux innovations dans le domaine technique et dans les processus de production, notamment pour les composants électroniques. Quatrièmement, la politique de stocks de sécurité porte sur plusieurs années (équipements, matières premières et composants sensibles) et sur le dimensionnement des entrepôts, en vue d’une réactivité plus importante. Enfin, la programmation militaire donne une visibilité à sept ans aux industriels pour investir dans la relocalisation de filières de production et de recyclage, sur le territoire national ou européen, et dans la mise en œuvre de formations dans les métiers actuellement en tension.

Loïc Salmon

Armement : produire plus et plus vite en temps de guerre

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

Stratégie : les métaux « critiques », enjeux de sécurité pour les États-Unis et de puissance pour la Chine




14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

Outre la défense et la résilience nationales, le défilé militaire du 14 juillet 2023 à Paris met à l’honneur l’engagement de la France envers ses partenaires étrangers.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 5 juin 2023.

Partenariats internationaux. Nation invitée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son partenariat stratégique avec la France, l’Inde participe au défilé avec des troupes à pied, 2 Rafale C (origine française) et 2 avons de chasse F-16 américains. Le défilé aérien inclut également 2 chasseurs Typhoon britanniques et 1 hélicoptère d’assaut Caïman italien. La Place de la Concorde accueille 80 musiciens venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne, de Grèce, de Hongrie, d’Italie, du Luxembourg, du Portugal, de la République tchèque et de Roumanie.

Opérations. Les 9 Alphajet de la Patrouille de France ouvre le défilé des forces aériennes nationales, suivis de 2 Rafale C et de 2 Mirage 2000 D accompagnés par les 2 Rafale C indiens. La protection de l’espace aérien est représentée par 1 avion E-3F Awacs (système de détection et de commandement aéroporté), 2 Mirage 2000-5, 1 Rafale B et 1 Rafale C. La défense du territoire européen l’est par 1 Rafale B, 1 Rafale C et 1 Mirage 2000-5, accompagnés des 2 Typhoons britanniques et des 2 F-16 indiens. Les forces aériennes stratégiques, chargées de la défense des intérêts vitaux par l’emport de l’arme nucléaire, participent avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A-330 Phénix et 3 Rafale B. La projection de force est montrée par 1 avion de transport stratégique A330-200, 1 avion de transport polyvalent A400 M Atlas, 1 avion de transport tactique et d’assaut C-130J Hercules et 2 avions de transport tactique CN-235 Casa. La force d’intervention est représentée par 1 avion ravitailleur C-135 et 4 Mirage 2000 D. Le groupe aérien embarqué du porte-avions Charles-de-Gaulle présente 1 avion de guet aérien E-2C Hawkeye, 8 Rafale Marine et 1 avion DA10. La patrouille maritime est représentée par 1 avion Falcon 50 M, pour la lutte contre les trafics illicites et la recherche et le sauvetage en mer, et par 2 Atlantique 2 utilisés également en opération extérieure. Le renseignement aérien est représenté par 1 drone de combat Reaper et 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance.

Anniversaires. L’édition 2023 célèbre quelques anniversaires : pour l’armée de Terre, les 30 ans du Commandement du renseignement, les 80 ans de la 2ème Brigade blindée et les 80 ans du Bataillon parachutiste de choc ; pour la Marine nationale, les 210 ans de la préfecture maritime de Brest ; pour l’armée de l’Air et de l’Espace, les 70 ans de la Patrouille de France ; pour la résilience, les 80 ans de la médaille de la Résistance française.

Parade militaire et civile. L’édition 2023 compte : 6.500 participants, dont 5.100 à pied ; 67 avions dont 1 drone, 28 hélicoptères dont le nouvel hélicoptère interarmées léger H160 Guépard ; 62 motos et 157 véhicules et engins dont le véhicule multi-rôles blindé léger Serval ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Outre les écoles des cadres militaires, défilent des unités des trois armées, du Commissariat, du Service de santé des armées, de la Gendarmerie, de la Délégation générale de l’armement et de la Direction de la maintenance aéronautique. Suivent des personnels de ministères de l’Intérieur, de la Justice et de l’Économie. Traditionnellement, la Légion étrangère ferme la marche.

Loïc Salmon

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

 




Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

La sûreté aérienne met en œuvre des radars de surveillance et des centres de détection et de contrôle ainsi que des avions de chasse, des hélicoptères et d’autres moyens. Elle a été renforcée lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, tenu du 19 au 25 juin 2023 au Bourget (région parisienne).

Le général Étienne Faury, commandant de la brigade aérienne de la posture permanente de sûreté-Air (PPS-Air, police du ciel), a présenté, le 15 juin 2023 à Paris, le dispositif de sécurisation aérienne.

Le dispositif particulier de sûreté. Lors de la visite d’un chef d’État ou d’un grand évènement, un dispositif particulier de sûreté aérienne est déployé. Il consiste à renforcer, de façon ponctuelle et localisée, les moyens de défense aérienne sans dégrader la PPS-Air, L’armée de l’Air et de l’Espace crée alors une zone interdite à tous les aéronefs à certains horaires pour éviter toute perturbation de l’événement. Ce dispositif particulier inclut des interactions interarmées et interministérielles avec la Direction générale de l’aviation civile, les différentes préfectures et la Direction générale de la sécurité intérieure plusieurs mois à l’avance. La sécurité commence dès le décollage d’un aéronef et implique une coordination entre différents aérodromes. Les moyens d’alerte en vol s’interposent, identifient et, si besoin, détournent ou arraisonnent tout appareil intrus. Puis, les forces de sécurité intérieures interviennent pour les suites judiciaires.

La protection du salon du Bourget. Le Salon du Bourget, qui accueille 2.400 exposants et plus de 300.000 visiteurs, inclut des démonstrations en vol. Le dispositif PPS-Air intègre alors les participations du groupe ADP (Aéroports de Paris) et des organisateurs. Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes évalue les menaces : détournement d’un avion de ligne, très peu probable en raison des mesures de sécurité au sol et dans les aéroports ; avions légers égarés, protestant contre l’événement ou ayant l’intention de nuire ; drones envoyés par des gens curieux ou contestataires. Le nombre de survols des zones interdites est alors limité pour protéger les démonstrations en vol et éviter les accidents. Les moyens aériens en alerte varient selon les besoins : avion E-3F AWACS (système de détection et de commandement aéroporté) pour la surveillance de zone ; drone de combat Reaper ; Rafale ou Pilatus PC21 pour lever le doute, s’interposer et contraindre un appareil intrus à se poser ; hélicoptère Fennec. Au sol, la protection inclut des moyens complémentaires en fonction des conditions météorologiques et du nombre d’appareils pouvant arriver : missile ASMP-T de moyenne portée ; système de missile sol-air Crotale de courte portée ; lutte anti-drones ; guet à vue ; détachement de liaison sur chaque aéroport de Paris pour coordonner les démonstrations en vol du salon avec les décollages, sous certaines conditions, des avions usagers.

La lutte anti-drones. La brigade PPS-Air travaille avec la Gendarmerie des transports aériens et la Préfecture de police de Paris pour protéger le site, les spectateurs et les démonstrations aériennes de drones, dont la menace évolue avec la technologie. Les systèmes Bassalt (radars et caméras) fonctionnent jour et nuit. La Gendarmerie déploie des véhicules pour compléter la détection. Des systèmes « aéroscopes » voient 95 % des trafics. Les systèmes de brouillage Dedrone et ceux montés sur des fusils s’insèrent dans les bandes de fréquences et immobilisent les drones. Règlements et procédures les complètent. Une base aérienne a été projetée sur le site du Bourget pour loger 400 personnels pour la défense sol-air, la protection au sol des aéronefs, la lutte anti-drone, le poste de commandement dans la préfecture et celui pour la lutte anti-drones, le tout en liaison avec le Centre national des opérations aériennes à Lyon-Mont Verdun.

Loïc Salmon

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Drones : menaces aériennes à très basses altitudes

Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

 




Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027

Dans le cadre d’un conflit de haute intensité, le Plan d’accompagnement des blessés pour la période 2023-2027 vise à s’inscrire dans la culture des forces morales, indispensable aux armées.

Il a été présenté le 10 mai 2023 à Paris par Patricia Miralles, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées chargée des anciens combattants et de la mémoire.

« La capacité de notre ministère à ne laisser personne sur le borde de la route, dit-elle, à accompagner ses combattants d’hier et d’aujourd’hui, quelle que soit leur situation, est un gage pour leur engagement à long terme dans nos forces. Une armée qui ne prendrait pas soin de ses blessés ne saurait être une armée prête à répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. » Ce Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 est mis en œuvre conjointement par l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration, les états-majors d’armée, les directions et services interarmées et les établissements publics concernés du ministère des Armées.

Droits et simplification administrative. La loi Brugnot, dite « jurisprudence Brugnot », permet aux militaires d’obtenir réparation pour les préjudices subis pendant l’exercice de leurs fonctions. Elle prend en charge les blessures et maladies que leur pension militaire d’invalidité (PMI) ne va pas couvrir. Grâce à elle, même les militaires qui ne bénéficient pas d’une PMI peuvent demander une indemnisation pour les préjudices subis. Le Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 prévoit six mesures spécifiques pour faciliter l’accès aux droits. La première concerne la demande unique pour une PMI-Brugnot avec possibilité de faire la démarche sur papier ou en ligne pour simplifier l’expertise, afin de la rapprocher d’une expertise unique à terme. La deuxième met en œuvre un « coffre-fort numérique » pour pouvoir déposer, stocker et retrouver les pièces justificatives. La troisième mesure consiste à instruire systématiquement le renouvellement d’une PMI arrivée à échéance, sans solliciter une démarche formelle. La quatrième met en œuvre un dispositif de réparation intégrale pour les militaires blessés du fait d’un évènement de guerre ou lors d’une mission opérationnelle. La cinquième mesure porte sur la mise en place du site internet « Maison numérique des blessés et de leur famille » pour centraliser l’information sur tout le parcours administratif et de reconstruction et de donner la possibilité, à terme, de réaliser l’ensemble des démarches en ligne. La sixième qualifie de « maladie professionnelle » certaines pathologies déclenchées à partir d’un volume ou d’une durée d’activités particulières comme les sauts en parachute ou les plongées sous-marines.

Reconstruction et accompagnement. Le Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 prévoit six autres mesures pour les militaires concernés et leur famille. La première met en œuvre le « village des blessés », pôle de réhabilitation de l’Institution nationale des Invalides, et ouvre dix « maisons Athos » pour les blessés psychiques, dont au moins une en Outre-mer, pour offrir un maillage territorial complet. La deuxième mesure vise à faciliter l’attribution de la « majoration tierce personne », dès que les infirmités pensionnées sont la cause déterminante du besoin d’assistance. La troisième renforce la sensibilisation de tous, surtout les commandants d’unités et les familles, sur le syndrome de stress post-traumatique. La quatrième mesure a pour ambition d’augmenter la part des blessés dans les emplois réservés des forces armées et de renforcer l’action de l’agence de reconversion professionnelle « Défense mobilité ». La cinquième enclenche le financement des prothèses de sport à but exclusivement sportif et autres équipements sportifs en faveur des titulaires de PMI. La sixième mesure vise à développer les dispositifs d’accueil des familles éprouvées, comme les « maisons des familles » au sein des hôpitaux d’instruction des armées.

Loïc Salmon

Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

Blessés psychiques : « ATHOS », la proximité contre la solitude

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy




Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

La maintenance préventive allonge la disponibilité opérationnelle des avions, hélicoptères, drones et planeurs des ministères des Armées, de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances.

L’ingénieur général hors classe de l’armement Marc Howyan, directeur de la DMAé (Direction de la maintenance aéronautique, créée en 2018), en a présenté les missions lors d’un point de presse tenu le 20 avril 2023 à Paris.

Une performance accrue. La maintenance opérationnelle permet de garantir la disponibilité des forces en maîtrisant la performance du soutien en termes de qualité, de coûts et de délais. Ainsi entre 2018 et 2022 et malgré la crise du Covid-19, le taux de disponibilité de l’avion de chasse Rafale est passé de 53 % à 60 %, celui de l’avion de patrouille maritime ATL2 de 24 % à 31 %, celui de l’avion de transport militaire polyvalent A400M Atlas de 27 % à 36 %, celui de l’avion de transport militaire C130 Hercules de 19 % à 23 %, celui de l’hélicoptère d’attaque Tigre de 29 % à 40 %, celui de l’hélicoptère polyvalent Dauphin/Panther de 40 % à 47 %, celui de l’hélicoptère d’observation radar et d’intervention sur zone Cougar de 24 % à 35 %, celui de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH90 Caïman de 32 % à 34 % et celui de l’hélicoptère léger polyvalent Fennec Terre de 2.500 heures de vol à 4.742 heures. La DMAé intervient sur toute la vie des matériels, de l’utilisation dans un milieu dégradé aux rétrofit (remplacement des pièces obsolètes en maintenant la configuration de l’appareil), démantèlement et recyclage.

Une nouvelle relation avec l’industrie. La DMAé a établi une nouvelle approche avec les services partenaires et les industriels. La « verticalisation » des contrats consiste à regrouper plusieurs marchés et prestations sous la responsabilité d’un industriel unique, couvrant un périmètre global sur une longue durée pour une flotte donnée. En 2022, 260 marchés étaient en cours et 22 contrats « verticalisés ». Une coordination plus étroite entre l’État et l’industrie, au plus près des forces, permet de conduire le soutien au quotidien. L’industriel engage sa responsabilité sur la satisfaction des besoins logistiques, notamment par le déploiement des guichets. Le retour d’expérience sur cinq ans (2018-2022) et la loi de programmation militaire 2024-2030 donnent une vision stratégique pour prolonger la transformation de la DMAé. Une hausse de 40 % du budget permettra la mise en œuvre de contrats et améliorera la performance du maintien en condition opérationnelle (navigabilité des aéronefs). Le soutien va s’adapter au contexte de l’économie de guerre par l’amélioration de la résilience en interne du ministère des Armées et dans l’industrie. Enfin, il faudra anticiper de nouveaux métiers, notamment ceux relatifs à l’intelligence artificielle, pour développer les compétences futures au sein des 500 entreprises de défense.

Loïc Salmon

Implantée dans 17 sites en France métropolitaine, la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) a employé 1.150 personnes en 2022, dont 60 % de militaires et 40 % de civils : personnels des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale et de la Gendarmerie ; ingénieurs militaires et civils de la Direction générale de l’armement ; commissaires des armées ; personnels civils de la Défense ; personnels de la Sécurité civile et des douanes. Elle a traité les matériels de surveillance aérienne, les équipements aéronautiques et 1.240 aéronefs de 40 types différents sur plus de 50 plateformes aéronautiques militaires (7 en Outre-mer). En 2022, elle a disposé d’un budget de 3,8 Mds et d’un patrimoine de 64 millions d’articles d’une valeur de 59 Mds€. Elle a établi 5.823 faits techniques et émis 3.413 directives techniques. Elle entretient des relations surtout avec les partenaires et industriels suivants : Airbus, Babcock, Dassault Aviation, HeliDax (Groupe Défense Conseil International), Héli Union (centre d’entraînement), le Service industriel de l’aéronautique, Safran, Sabena, Sopra Steria, Jet Aviation, NHindustrie et Thales.

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Aviation militaire : MCO, assurer la disponibilité entre flottes, Opex et métropole

Marine : MCO, de la conception du navire à sa déconstruction




Grande-Bretagne : coopération militaire avec la France malgré le « Brexit » et l’AUKUS

La coopération bilatérale franco-britannique en matière de défense se développe sur les plans capacitaire, opérationnel et industriel, malgré les divergences politiques sur l’Europe et les conséquences de l’AUKUS.

Le colonel Bruno Cunat de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie l’a présentée à la presse le 23 mars 2023 à Paris. L’AUKUS, accord militaire conclu en septembre 2021 entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait entraîné l’annulation immédiate, par l’Australie, d’un grand contrat avec la France portant sur la fourniture de sous-marins à propulsion diesel-électrique.

Pilier capacitaire. Puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les deux pays ont une lecture proche des enjeux internationaux et une culture militaire similaire. La France a élaboré son modèle d’armée de manière autonome et la Grande-Bretagne le sien en coordination avec les États-Unis. Cette dernière dispose d’une capacité terrestre restreinte, mais a mis l’accent sur la haute technologie et le cyber. La coopération franco-britannique, qui remonte au traité de Lancaster House de 2010, évolue selon un dialogue permanent. Le traité inclut un volet sur la recherche et l’expérimentation nucléaires et la capacité, effective depuis 2020, à déployer une force expéditionnaire, commune mais non permanente, de 10.000 militaires sur un théâtre avec un état-major interarmées. Depuis 2016, la fonction d’adjoint est attribuée à un général britannique dans une division française et à un Français dans une division britannique. Les deux pays, qui ont apporté leur soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, développent une capacité de projection vers l’Est avec le déploiement de matériels lourds dans le cadre de l’OTAN. En 2023, la coopération inclut la logistique, le renseignement et le cyber.

Pilier opérationnel. La France et la Grande-Bretagne participent à la « Combined Maritime Force 150 », coalition multinationale de lutte contre le terrorisme dans l’océan Indien. Des patrouilles communes aériennes et maritimes, avec des ravitaillements en vol et à la mer mutualisés, sont menées dans la zone Indopacifique avec les pays riverains, dont le Japon, pour maintenir la liberté de navigation face à la Chine. Des unités britanniques ont participé à l’exercice interalliés Orion 2023, organisé en France de février à mai avec un volet spatial dénommé Aster(X).

Pilier industriel. Sur la période 2021-2024, la Grande-Bretagne investit 188 Mds£ (212,2 Md$) dans la défense, dont 3 Mds£ (3,4 Mds€) dans le nucléaire et 20 Mds£ (22,6 Mds£) dans la recherche et le développement. La coopération avec la France concerne d’abord la filière missile du groupe franco-britannique MBDA. Les futurs missiles de croisière, successeurs du Scalp français et du Shadow britannique, pourraient être déclinés selon deux technologies : furtivité à une vitesse subsonique ou manœuvrabilité à des vitesses supersoniques. La famille du missile anti-aérien et antibalistique Aster (supersonique) sera modernisée : Aster 15 pour l’auto-défense antinavire et contre avions, drones et missiles de croisière ; Aster 30 pour la défense de zone et contre missiles balistiques. La coopération industrielle franco-britannique inclut divers programmes : missile air-air Meteor ; projet de drone sous-marin pour la lutte anti-mines MMCM ; canon de 40 mm monté sur véhicules blindés Jaguar français et Ajax britanniques ; armes à énergie dirigée ; maîtrise des fonds marins ; hélicoptères.

Loïc Salmon

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

Défense : le chef de l’EIGS tué et le grand contrat australien rompu

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité




Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Un accident aérien résulte de diverses failles dans la sécurité, dont l’analyse fine et le traitement permettent de sauver des vies, de préserver des aéronefs et de renforcer la « culture » de l’unité.

Le général de brigade aérienne Franck Mollard, directeur du Bureau Enquêtes Accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État (BEA-É, créé en 2003) l’a expliqué au cours d’un point de presse tenu le 6 avril 2023 à Paris. Le BEA-É traite les aéronefs (avions, hélicoptères, drones et planeurs) de sept institutions : armée de Terre ; Marine nationale ; armée de l’Air et de l’Espace ; Délégation générale de l’armement ; Gendarmerie nationale et Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (ministère de l’Intérieur) ; Douane et droits indirects (ministère de l’Économie et des Finances). Dans le cadre d’une activité de défense, il intervient au niveau interministériel quand des événements graves impliquent les opérations de largage, le contrôle aérien et l’armement embarqué si l’aéronef ou son équipage peut être identifié parmi les causes. Le BEA-É traite aussi les accidents et incidents relatifs aux aéronefs non immatriculés à l’Organisation de l’aviation civile internationale (prototypes et vols de réception) ou affrétés pour des missions d’État. Enfin, il conduit de enquêtes sur les aéronefs étrangers concernés par un événement aérien survenu en France.

Les accidents. Un accident aérien se définit par un appareil détruit. Il est considéré comme grave s’il aurait pu en causer un autre encore pire, indique le général Mollard. Le nombre d’accidents aériens a beaucoup diminué depuis vingt ans, par suite des progrès techniques et de l’automatisation des systèmes. L’erreur organisationnelle ou humaine se trouve à l’origine de 80 %-85 % d’entre eux, contre 20 %-25 % pour une raison technique et 15 % pour une cause environnementale ou d’infrastructures. Le total dépasse 100 % car un accident peut résulter de plusieurs facteurs. En cas de morts ou de blessés graves, il faut assurer la communication aux familles. Dans le contexte actuel du conflit de haute intensité en Ukraine, souligne le général Mollard, il s’agit de ne pas perdre des équipages, lors de l’entraînement et de la préparation opérationnelle, et de diminuer l’attrition des parcs aériens, afin de contribuer à la résilience des forces.

Les missions. Les BEA-É doit réaliser : la collecte et l’analyse des informations utiles ; la détermination des circonstances et causes certaines ou possibles ; l’établissement des recommandations de sécurité et d’un rapport d’enquête public. Depuis sa création en 2003, le BEA-É a effectué 377 enquêtes de sécurité, soit 12 à 27 par an, et émis 2.700 recommandations de sécurité. Totalement indépendant des autorités d’emploi, sa crédibilité lui permet d’être écouté dans la durée. Selon le général Mollard, il contribue à celle de la France lorsqu’elle exporte des aéronefs. En effet, le partenaire étranger sait qu’il pourra bénéficier de l’expertise, de la discrétion et de la neutralité du BEA-É en cas d’événement grave au sein de ses propres forces armées ou de sécurité.

Les enquêtes. En cas d’accident aérien, trois enquêtes sont lancées simultanément : celle du BEA-É pour la sécurité ; celle du commandement au sein de l’institution militaire concernée ; l’enquête judiciaire. Le BEA-É coopère avec divers organismes : Direction des services de la navigation aérienne ; Direction générale de l’aviation civile ; Direction de la sécurité de l’aviation civile ; Direction de la sécurité aéronautique d’État ; Institut de recherche biomédicale des armées ; Office national d’études et de recherches aérospatiales ; Délégation générale de l’armement ; Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile ; Agence européenne de la sécurité aérienne. Un protocole de procédures communes et de partage d’informations existe avec les bureaux enquêtes accidents aéronautiques britannique, belge, néerlandais, espagnol et italien.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Défense : programmation militaire, 413, 3 Mds€ pour la période 2024-2030

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) prévoit un budget de 413,3 Mds€ entre 2024 et 2030, en vue de parvenir à 2 % du produit intérieur brut dès 2025, et précise les besoins et ressources jusqu’en 2030 et les orientations en matière d’équipements à l’horizon 20235.

Il a été présenté par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, à l‘Assemblée nationale à Paris le 4 avril 2023.

Les priorités. Outre le maintien à niveau de la dissuasion nucléaire, le projet de LPM prévoit 10 Mds€ pour l’innovation, en vue de fournir aux armées la maîtrise dans l’espace, les fonds marins, le champ informationnel et le cyber en 2030, via les technologies civiles ou l’exploration des nouvelles technologies de rupture. Il inclut 6 Mds€ pour l’espace, afin d’accroître les capacités de détection et d’attribution d’un acte suspect ou agressif. Un centre de commandement, de contrôle, de communication et de calcul des opérations spatiales pilotera les actions vers, dans et depuis l’espace. Le projet de LPM prévoit 5 Mds€ pour les drones et robots : drones de contact ; munitions téléopérées pour atteindre la capacité de vol en essaims ; futur système de lutte anti-mines marines ; connaissance, surveillance et action jusqu’à 6.000 m sous la mer ; robots terrestres et systèmes capables de coopérer avec le soldat et son environnement, mais sous son contrôle. Il inclut 5 Mds€ pour la défense surface-air dans les basse et haute couches de l’atmosphère, contre les drones et pour l’adaptation aux menaces d’engins hypersoniques. Il prévoit 5 Mds€ pour le renseignement : dispositif de traitement des données de masse ; capacités humaines de recherche technique, de traitement des sources, d’exploitation du renseignement et d’action. Il inclut 4 Mds€ pour la défense cyber : adaptation aux évolutions technologiques ; appui à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information ; accompagnement des entreprises de défense les plus sensibles ; lutte informatique d’influence. Il prévoit 2 Mds€ pour les forces spéciales pour moderniser leurs équipements : avions de transport ; hélicoptères NH90 spécifiques ; drones ; véhicules terrestres, de surface et sous-marins. Enfin, 16 Mds€ seront destinés aux munitions : missiles à longue portée antinavires ; missiles surface-air et air-air ; missiles antichars ; torpilles lourdes.

Les effectifs. En 2023, le ministère des Armées compte 207.000 militaires et 63.000 civils, dont 22 % de femmes. Le projet de LPM précise les augmentations nettes des effectifs : 700 en 2024 ; 700 en 2025 ; 800 en 2026 ; 900 en 2027 ; 1.000 en 2028 ; 1.000 en 2029 et 1.200 en 2030. Ces chiffres ne prennent pas en compte les apprentis civils et militaires ni les volontaires du service militaire volontaire ni les volontaires du service national universel. En conséquence, les effectifs du ministère des Armées se monteront à 271.800 équivalents temps plein en 2027 et 275.000 en 2030. En 2023, les armées comptent 41.000 réservistes opérationnels sous contrat. Ce chiffre sera porté à 105.000 au plus tard en 2035, en vue d’attendre l’objectif d’un militaire de réserve pour deux militaires d’active.

Le financement. Actuellement, le budget de armées atteint 43,9 Mds€, dont 14,5 Mds€ pour l’équipement des forces. Il devrait atteindre 47,04 Mds€ (+ 3,1 %) en 2024, 50,04 Mds€ (+ 3 %) en 2025, 53,04 Mds€ (+ 3 %) en 2026, 56,04 Mds€ (+3 %) en 2027, 60,32 Mds€ (+ 4,3 %) en 2028, 64,61 Mds€ (+ 4,3 %) en 2029 et 68,91 Mds€ (+ 4,3 %) en 2030. Il faudra y ajouter les ressources nécessaires au financement de l’aide militaire à l’Ukraine, sous forme de contribution à la Facilité européenne pour la paix. La LPM 2024-2030 sera actualisée en 2027. Chaque année, le gouvernement présentera au Parlement un bilan de l’exécution réalisée l’année précédente avant le 30 avril, un rapport sur les enjeux et les principales évolutions avant le 30 juin ainsi qu’un bilan opérationnel et financier des opérations extérieures et des missions intérieures.

Loïc Salmon

Défense : « Revue nationale stratégique 2022 »

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Défense : démarche capacitaire, de la menace à l’organisation et à la coopération européenne