Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

La maintenance préventive allonge la disponibilité opérationnelle des avions, hélicoptères, drones et planeurs des ministères des Armées, de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances.

L’ingénieur général hors classe de l’armement Marc Howyan, directeur de la DMAé (Direction de la maintenance aéronautique, créée en 2018), en a présenté les missions lors d’un point de presse tenu le 20 avril 2023 à Paris.

Une performance accrue. La maintenance opérationnelle permet de garantir la disponibilité des forces en maîtrisant la performance du soutien en termes de qualité, de coûts et de délais. Ainsi entre 2018 et 2022 et malgré la crise du Covid-19, le taux de disponibilité de l’avion de chasse Rafale est passé de 53 % à 60 %, celui de l’avion de patrouille maritime ATL2 de 24 % à 31 %, celui de l’avion de transport militaire polyvalent A400M Atlas de 27 % à 36 %, celui de l’avion de transport militaire C130 Hercules de 19 % à 23 %, celui de l’hélicoptère d’attaque Tigre de 29 % à 40 %, celui de l’hélicoptère polyvalent Dauphin/Panther de 40 % à 47 %, celui de l’hélicoptère d’observation radar et d’intervention sur zone Cougar de 24 % à 35 %, celui de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH90 Caïman de 32 % à 34 % et celui de l’hélicoptère léger polyvalent Fennec Terre de 2.500 heures de vol à 4.742 heures. La DMAé intervient sur toute la vie des matériels, de l’utilisation dans un milieu dégradé aux rétrofit (remplacement des pièces obsolètes en maintenant la configuration de l’appareil), démantèlement et recyclage.

Une nouvelle relation avec l’industrie. La DMAé a établi une nouvelle approche avec les services partenaires et les industriels. La « verticalisation » des contrats consiste à regrouper plusieurs marchés et prestations sous la responsabilité d’un industriel unique, couvrant un périmètre global sur une longue durée pour une flotte donnée. En 2022, 260 marchés étaient en cours et 22 contrats « verticalisés ». Une coordination plus étroite entre l’État et l’industrie, au plus près des forces, permet de conduire le soutien au quotidien. L’industriel engage sa responsabilité sur la satisfaction des besoins logistiques, notamment par le déploiement des guichets. Le retour d’expérience sur cinq ans (2018-2022) et la loi de programmation militaire 2024-2030 donnent une vision stratégique pour prolonger la transformation de la DMAé. Une hausse de 40 % du budget permettra la mise en œuvre de contrats et améliorera la performance du maintien en condition opérationnelle (navigabilité des aéronefs). Le soutien va s’adapter au contexte de l’économie de guerre par l’amélioration de la résilience en interne du ministère des Armées et dans l’industrie. Enfin, il faudra anticiper de nouveaux métiers, notamment ceux relatifs à l’intelligence artificielle, pour développer les compétences futures au sein des 500 entreprises de défense.

Loïc Salmon

Implantée dans 17 sites en France métropolitaine, la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) a employé 1.150 personnes en 2022, dont 60 % de militaires et 40 % de civils : personnels des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale et de la Gendarmerie ; ingénieurs militaires et civils de la Direction générale de l’armement ; commissaires des armées ; personnels civils de la Défense ; personnels de la Sécurité civile et des douanes. Elle a traité les matériels de surveillance aérienne, les équipements aéronautiques et 1.240 aéronefs de 40 types différents sur plus de 50 plateformes aéronautiques militaires (7 en Outre-mer). En 2022, elle a disposé d’un budget de 3,8 Mds et d’un patrimoine de 64 millions d’articles d’une valeur de 59 Mds€. Elle a établi 5.823 faits techniques et émis 3.413 directives techniques. Elle entretient des relations surtout avec les partenaires et industriels suivants : Airbus, Babcock, Dassault Aviation, HeliDax (Groupe Défense Conseil International), Héli Union (centre d’entraînement), le Service industriel de l’aéronautique, Safran, Sabena, Sopra Steria, Jet Aviation, NHindustrie et Thales.

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Aviation militaire : MCO, assurer la disponibilité entre flottes, Opex et métropole

Marine : MCO, de la conception du navire à sa déconstruction




Grande-Bretagne : coopération militaire avec la France malgré le « Brexit » et l’AUKUS

La coopération bilatérale franco-britannique en matière de défense se développe sur les plans capacitaire, opérationnel et industriel, malgré les divergences politiques sur l’Europe et les conséquences de l’AUKUS.

Le colonel Bruno Cunat de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie l’a présentée à la presse le 23 mars 2023 à Paris. L’AUKUS, accord militaire conclu en septembre 2021 entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait entraîné l’annulation immédiate, par l’Australie, d’un grand contrat avec la France portant sur la fourniture de sous-marins à propulsion diesel-électrique.

Pilier capacitaire. Puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les deux pays ont une lecture proche des enjeux internationaux et une culture militaire similaire. La France a élaboré son modèle d’armée de manière autonome et la Grande-Bretagne le sien en coordination avec les États-Unis. Cette dernière dispose d’une capacité terrestre restreinte, mais a mis l’accent sur la haute technologie et le cyber. La coopération franco-britannique, qui remonte au traité de Lancaster House de 2010, évolue selon un dialogue permanent. Le traité inclut un volet sur la recherche et l’expérimentation nucléaires et la capacité, effective depuis 2020, à déployer une force expéditionnaire, commune mais non permanente, de 10.000 militaires sur un théâtre avec un état-major interarmées. Depuis 2016, la fonction d’adjoint est attribuée à un général britannique dans une division française et à un Français dans une division britannique. Les deux pays, qui ont apporté leur soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, développent une capacité de projection vers l’Est avec le déploiement de matériels lourds dans le cadre de l’OTAN. En 2023, la coopération inclut la logistique, le renseignement et le cyber.

Pilier opérationnel. La France et la Grande-Bretagne participent à la « Combined Maritime Force 150 », coalition multinationale de lutte contre le terrorisme dans l’océan Indien. Des patrouilles communes aériennes et maritimes, avec des ravitaillements en vol et à la mer mutualisés, sont menées dans la zone Indopacifique avec les pays riverains, dont le Japon, pour maintenir la liberté de navigation face à la Chine. Des unités britanniques ont participé à l’exercice interalliés Orion 2023, organisé en France de février à mai avec un volet spatial dénommé Aster(X).

Pilier industriel. Sur la période 2021-2024, la Grande-Bretagne investit 188 Mds£ (212,2 Md$) dans la défense, dont 3 Mds£ (3,4 Mds€) dans le nucléaire et 20 Mds£ (22,6 Mds£) dans la recherche et le développement. La coopération avec la France concerne d’abord la filière missile du groupe franco-britannique MBDA. Les futurs missiles de croisière, successeurs du Scalp français et du Shadow britannique, pourraient être déclinés selon deux technologies : furtivité à une vitesse subsonique ou manœuvrabilité à des vitesses supersoniques. La famille du missile anti-aérien et antibalistique Aster (supersonique) sera modernisée : Aster 15 pour l’auto-défense antinavire et contre avions, drones et missiles de croisière ; Aster 30 pour la défense de zone et contre missiles balistiques. La coopération industrielle franco-britannique inclut divers programmes : missile air-air Meteor ; projet de drone sous-marin pour la lutte anti-mines MMCM ; canon de 40 mm monté sur véhicules blindés Jaguar français et Ajax britanniques ; armes à énergie dirigée ; maîtrise des fonds marins ; hélicoptères.

Loïc Salmon

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

Défense : le chef de l’EIGS tué et le grand contrat australien rompu

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité




Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Un accident aérien résulte de diverses failles dans la sécurité, dont l’analyse fine et le traitement permettent de sauver des vies, de préserver des aéronefs et de renforcer la « culture » de l’unité.

Le général de brigade aérienne Franck Mollard, directeur du Bureau Enquêtes Accidents pour la sécurité de l’aéronautique d’État (BEA-É, créé en 2003) l’a expliqué au cours d’un point de presse tenu le 6 avril 2023 à Paris. Le BEA-É traite les aéronefs (avions, hélicoptères, drones et planeurs) de sept institutions : armée de Terre ; Marine nationale ; armée de l’Air et de l’Espace ; Délégation générale de l’armement ; Gendarmerie nationale et Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (ministère de l’Intérieur) ; Douane et droits indirects (ministère de l’Économie et des Finances). Dans le cadre d’une activité de défense, il intervient au niveau interministériel quand des événements graves impliquent les opérations de largage, le contrôle aérien et l’armement embarqué si l’aéronef ou son équipage peut être identifié parmi les causes. Le BEA-É traite aussi les accidents et incidents relatifs aux aéronefs non immatriculés à l’Organisation de l’aviation civile internationale (prototypes et vols de réception) ou affrétés pour des missions d’État. Enfin, il conduit de enquêtes sur les aéronefs étrangers concernés par un événement aérien survenu en France.

Les accidents. Un accident aérien se définit par un appareil détruit. Il est considéré comme grave s’il aurait pu en causer un autre encore pire, indique le général Mollard. Le nombre d’accidents aériens a beaucoup diminué depuis vingt ans, par suite des progrès techniques et de l’automatisation des systèmes. L’erreur organisationnelle ou humaine se trouve à l’origine de 80 %-85 % d’entre eux, contre 20 %-25 % pour une raison technique et 15 % pour une cause environnementale ou d’infrastructures. Le total dépasse 100 % car un accident peut résulter de plusieurs facteurs. En cas de morts ou de blessés graves, il faut assurer la communication aux familles. Dans le contexte actuel du conflit de haute intensité en Ukraine, souligne le général Mollard, il s’agit de ne pas perdre des équipages, lors de l’entraînement et de la préparation opérationnelle, et de diminuer l’attrition des parcs aériens, afin de contribuer à la résilience des forces.

Les missions. Les BEA-É doit réaliser : la collecte et l’analyse des informations utiles ; la détermination des circonstances et causes certaines ou possibles ; l’établissement des recommandations de sécurité et d’un rapport d’enquête public. Depuis sa création en 2003, le BEA-É a effectué 377 enquêtes de sécurité, soit 12 à 27 par an, et émis 2.700 recommandations de sécurité. Totalement indépendant des autorités d’emploi, sa crédibilité lui permet d’être écouté dans la durée. Selon le général Mollard, il contribue à celle de la France lorsqu’elle exporte des aéronefs. En effet, le partenaire étranger sait qu’il pourra bénéficier de l’expertise, de la discrétion et de la neutralité du BEA-É en cas d’événement grave au sein de ses propres forces armées ou de sécurité.

Les enquêtes. En cas d’accident aérien, trois enquêtes sont lancées simultanément : celle du BEA-É pour la sécurité ; celle du commandement au sein de l’institution militaire concernée ; l’enquête judiciaire. Le BEA-É coopère avec divers organismes : Direction des services de la navigation aérienne ; Direction générale de l’aviation civile ; Direction de la sécurité de l’aviation civile ; Direction de la sécurité aéronautique d’État ; Institut de recherche biomédicale des armées ; Office national d’études et de recherches aérospatiales ; Délégation générale de l’armement ; Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile ; Agence européenne de la sécurité aérienne. Un protocole de procédures communes et de partage d’informations existe avec les bureaux enquêtes accidents aéronautiques britannique, belge, néerlandais, espagnol et italien.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Défense : programmation militaire, 413, 3 Mds€ pour la période 2024-2030

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) prévoit un budget de 413,3 Mds€ entre 2024 et 2030, en vue de parvenir à 2 % du produit intérieur brut dès 2025, et précise les besoins et ressources jusqu’en 2030 et les orientations en matière d’équipements à l’horizon 20235.

Il a été présenté par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, à l‘Assemblée nationale à Paris le 4 avril 2023.

Les priorités. Outre le maintien à niveau de la dissuasion nucléaire, le projet de LPM prévoit 10 Mds€ pour l’innovation, en vue de fournir aux armées la maîtrise dans l’espace, les fonds marins, le champ informationnel et le cyber en 2030, via les technologies civiles ou l’exploration des nouvelles technologies de rupture. Il inclut 6 Mds€ pour l’espace, afin d’accroître les capacités de détection et d’attribution d’un acte suspect ou agressif. Un centre de commandement, de contrôle, de communication et de calcul des opérations spatiales pilotera les actions vers, dans et depuis l’espace. Le projet de LPM prévoit 5 Mds€ pour les drones et robots : drones de contact ; munitions téléopérées pour atteindre la capacité de vol en essaims ; futur système de lutte anti-mines marines ; connaissance, surveillance et action jusqu’à 6.000 m sous la mer ; robots terrestres et systèmes capables de coopérer avec le soldat et son environnement, mais sous son contrôle. Il inclut 5 Mds€ pour la défense surface-air dans les basse et haute couches de l’atmosphère, contre les drones et pour l’adaptation aux menaces d’engins hypersoniques. Il prévoit 5 Mds€ pour le renseignement : dispositif de traitement des données de masse ; capacités humaines de recherche technique, de traitement des sources, d’exploitation du renseignement et d’action. Il inclut 4 Mds€ pour la défense cyber : adaptation aux évolutions technologiques ; appui à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information ; accompagnement des entreprises de défense les plus sensibles ; lutte informatique d’influence. Il prévoit 2 Mds€ pour les forces spéciales pour moderniser leurs équipements : avions de transport ; hélicoptères NH90 spécifiques ; drones ; véhicules terrestres, de surface et sous-marins. Enfin, 16 Mds€ seront destinés aux munitions : missiles à longue portée antinavires ; missiles surface-air et air-air ; missiles antichars ; torpilles lourdes.

Les effectifs. En 2023, le ministère des Armées compte 207.000 militaires et 63.000 civils, dont 22 % de femmes. Le projet de LPM précise les augmentations nettes des effectifs : 700 en 2024 ; 700 en 2025 ; 800 en 2026 ; 900 en 2027 ; 1.000 en 2028 ; 1.000 en 2029 et 1.200 en 2030. Ces chiffres ne prennent pas en compte les apprentis civils et militaires ni les volontaires du service militaire volontaire ni les volontaires du service national universel. En conséquence, les effectifs du ministère des Armées se monteront à 271.800 équivalents temps plein en 2027 et 275.000 en 2030. En 2023, les armées comptent 41.000 réservistes opérationnels sous contrat. Ce chiffre sera porté à 105.000 au plus tard en 2035, en vue d’attendre l’objectif d’un militaire de réserve pour deux militaires d’active.

Le financement. Actuellement, le budget de armées atteint 43,9 Mds€, dont 14,5 Mds€ pour l’équipement des forces. Il devrait atteindre 47,04 Mds€ (+ 3,1 %) en 2024, 50,04 Mds€ (+ 3 %) en 2025, 53,04 Mds€ (+ 3 %) en 2026, 56,04 Mds€ (+3 %) en 2027, 60,32 Mds€ (+ 4,3 %) en 2028, 64,61 Mds€ (+ 4,3 %) en 2029 et 68,91 Mds€ (+ 4,3 %) en 2030. Il faudra y ajouter les ressources nécessaires au financement de l’aide militaire à l’Ukraine, sous forme de contribution à la Facilité européenne pour la paix. La LPM 2024-2030 sera actualisée en 2027. Chaque année, le gouvernement présentera au Parlement un bilan de l’exécution réalisée l’année précédente avant le 30 avril, un rapport sur les enjeux et les principales évolutions avant le 30 juin ainsi qu’un bilan opérationnel et financier des opérations extérieures et des missions intérieures.

Loïc Salmon

Défense : « Revue nationale stratégique 2022 »

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Défense : démarche capacitaire, de la menace à l’organisation et à la coopération européenne




Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité

En élevant le niveau de compréhension de la situation complexe d’un théâtre, l’outil spatial prend une part déterminante dans la prise d’initiative et la conservation de la liberté d’action, grâce à l’intégration, l’interopérabilité et la coopération.

La troisième édition de l’exercice spatial Aster(X) s’est articulée, pour la première fois, avec l’exercice interarmées Orion simulant un engagement de haute intensité. Elle s’est déroulée du 21 février au 10 mars 2023 sur le site du Centre national d’études spatiales (CNES) à Toulouse. Le général de division aérienne Philippe Adam, commandant de l’Espace, les a présentés le 16 mars à Paris.

Aster(X). La guerre en Ukraine a commencé par une attaque massive de ses moyens spatiaux par la Russie. Unique en Europe, l’exercice spatial militaire français Aster (X) a été créé en 2021. L’édition 2023 a mobilisé 200 participants civils et militaires et 30 observateurs étrangers. Aster (X) vise d’abord à entraîner les unités du Commandement de l’espace à la surveillance de l’espace et la protection des satellites français par la simulation de 5.000 objets spatiaux, dont 20 capteurs dédiés à l’appui spatial aux opérations pour faire face à 10 types de menaces différentes. En outre, il teste la structure et la connectivité du futur C2 (commandement et conduite) des opérations spatiales militaires dans un contexte multi-milieux (terre, air, mer et cyber) et multi-champs (électromagnétique et informationnel) au moyen de 23 événements, dont 17 coordonnés avec Orion (voir plus loin). De plus, Aster (X) valide les concepts d’emploi et la coordination entre le CNES et neuf partenaires industriels, dont Airbus, ArianeGroup (lanceurs spatiaux), MBDA (missiles) et l’Office national des études et recherches aérospatiales. Enfin, il développe et renforce les coopérations opérationnelles avec l’OTAN, les États-Unis, l’Allemagne, la Belgique et l’Italie. Selon le scénario d’une situation géopolitique inspirée de menaces spatiales réelles et avérées, Aster(X) a déployé des réseaux de communications classifiés en coordination avec la Direction du renseignement militaire et la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information. Le temps d’exercice d’Aster(X) correspond à celui d’Orion.

Orion. Le scénario de l’exercice de grande ampleur Orion part d’une situation comparable à la guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie le 24 février 2022. Inspiré des exercices OTAN mais avec 9 pays sous commandement français, Orion se déroule en 4 phases sur le territoire national (20 départements) et en Méditerranée occidentale du 21 février au 5 mai 2023, après une planification opérationnelle de mai 2022 au 20 février 2023 (phase 1). Outre 13 directions, services et organismes interarmées, il met en œuvre : 1 division à 3 brigades (2 simulées), 2.300 véhicules (400 de combat), 40 hélicoptères et 100 drones pour l’armée de Terre ; 30 navires, dont 1 porte-avions et 2 porte-hélicoptères amphibies, et 50 aéronefs pour la Marine ; 10 bases, 80 aéronefs, 2 drones moyenne altitude longue endurance, 6 systèmes de défense sol-air et 20 capteurs spatiaux pour l’armée de l’Air et de l’Espace. Afin d’éviter une dégradation de la situation (phase 2), la France déploie en premier son échelon national d’urgence interarmées du 21 février au 11 mars avec 7.000 militaires (terre, air, mer, forces spéciales, cyber, spatial et logistique) pour une opération aéromaritime dans un contexte de déni d’accès. Il s’ensuit une gestion de crise politico-militaire (phase 3) par 5 groupes de travail et de réflexion (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, états-majors et acteurs ministériels), qui présentent leurs propositions aux hautes autorités civiles et militaires fin mars. Puis une coalition, sous mandat ONU et OTAN, mène une vaste opération aéroterrestre du 22 avril au 5 mai avec 12.000 militaires (phase 4). Évaluation et retour d’expérience suivront.

Loïc Salmon

Espace : résurgence de la menace antisatellites

Espace : dangerosité du milieu et défense en coopération

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude




Armement : produire plus et plus vite en temps de guerre

Le soutien d’un effort de guerre dans la durée au profit des armées nécessite une visibilité pour les industriels et la sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement. L’économie « militaire » intervient avant, pendant et après un conflit comme celui de l’Ukraine.

L’économie de guerre a été présentée, le 9 février 2023 à Paris, par l’ingénieur général de 2ème classe Alexandre Lahousse, chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique à la Direction générale de l’armement (DGA, photo). L’économie militaire a fait l’objet d’une conférence organisée, le 22 novembre 2022 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN avec la participation de Grégory Chigolet, conseiller économique du chef d’État-major des armées.

L’économie de guerre. Les conséquences du conflit en Ukraine confirment ce que prescrit la Revue nationale stratégique 2022 sur l’économie de guerre, indique l’ingénieur général Lahousse. Les capacités de production de systèmes d’armes, de munitions et de maintien en condition opérationnelle doivent évoluer pour répondre aux besoins d’un éventuel engagement dans un conflit majeur. En conséquence, la DGA, les armées et les industriels de défense ont défini cinq chantiers prioritaires. Le premier concerne les contrats de longue durée relatifs aux équipements de première nécessité. La future loi de programmation militaire (2024-2030) va offrir aux industriels une visibilité sur sept ans à partager avec les petites et moyennes entreprises sous-traitantes, en vue d’une montée en puissance conjointe. Le deuxième chantier porte sur l’analyse des besoins des armées, leur chiffrage et l’évaluation de l’impact en termes de délais et de coûts. Le niveau d’exigence sera réduit de 20 %, dès la conception du besoin, pour simplifier le travail des industriels avec un partage du risque avec l’État. Le troisième chantier porte sur la chaîne d’approvisionnement. Les délais de la sous-traitance représentent 50 % de ceux de la production. Or 4 % des 4.000 entreprises de défense, ne pouvant accélérer leur cadence, bloquent la chaîne. Des études de réponses adaptées sont en cours. Les dépendances étrangères seront limitées par la constitution de stocks de matières premières, la multiplication des sources étrangères et la relocalisation d’activités en France. Le quatrième chantier concerne la formation en compétences critiques, comme les métiers de soudeur ou d’ajusteur en mécanique. Un dialogue sera engagé entre les entreprises, les écoles de formation et le ministère de l’Éducation nationale. Enfin, le cinquième chantier porte sur l’accès des entreprises de défense aux financements privés. Outre la mise en place d’un réseau de référents bancaires français, des initiatives sont à l’étude au niveau européen.

L’économie militaire. Le Fonds monétaire international a évalué l’impact du conflit en Ukraine sur les produits intérieurs bruts : Ukraine, une baisse de – 35 % en 2022 contre une croissance de + 3,4 % en 2021 ; Russie, une baisse de – 3,4 % en 2022 contre une croissance de + 4,7 % en 2021. Selon Grégory Chigolet, le conflit coûte à l’Ukraine : une baisse de la production des céréales, minerais et produits transformés ; la destruction d’infrastructures industrielles et minières ; le transfert de la main-d’œuvre vers les armées au détriment de la production ; un délitement des relations commerciales avec la Russie et la Biélorussie : la désorganisation des exportations via la mer Noire. Face aux sanctions économiques, la Russie a accéléré la montée en puissance de la production locale, confisqué les outils de production des firmes étrangères partantes et réorienté ses partenariats commerciaux. Face aux attaques contre sa monnaie par l’épuisement de ses réserves de change et l’embargo sur ses exportations, elle a imposé le paiement en roubles de certains biens fondamentaux. Face aux obstacles de financement sur les marchés internationaux, elle a menacé de dérégler le système financier mondial.

Loïc Salmon

Défense : « Revue nationale stratégique 2022 »

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

Stratégie : les métaux « critiques », enjeux de sécurité pour les États-Unis et de puissance pour la Chine




Armée de Terre : polyvalence globale et cohérence à conserver

La capacité d’intervenir en permanence sur divers théâtres d’opérations terrestres implique de s’y préparer en termes de commandement, d’appui, de soutien et d’évolution technologique, notamment dans un conflit de haute intensité.

Le général d’armé Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 13 février 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Le conflit en Ukraine. La Russie a constitué un outil militaire pour employer la force en Ukraine, en vue de modifier l’ordre international au mépris du droit international, souligne le général Schill. Cette guerre, sur laquelle certains pays membres de l’ONU n’ont pas pris parti, provoque des répercussions économiques dans le monde (énergie et alimentation des populations), avec des risques de changement majeur. Ses premiers enseignements portent sur la force morale, à savoir la volonté de combattre des Ukrainiens, la capacité de soutien et la protection sol-air. La transparence du champ de bataille, acquise par les États-Unis, résulte de l’emploi des drones, de la guerre électronique, du cyber et des satellites. L’analyse des images par l’intelligence artificielle s’avère plus complexe sur un théâtre terrestre, en raison de la topographie et de la dispersion des forces. L’influence a montré son importance. La milice privée Wagner, outil de la Russie employé au seuil de la conflictualité, devait se développer. La frappe dans la profondeur mobilise drones, guerre électronique et forces spéciales. Le conflit entraîne une forte létalité, qui serait de l’ordre de 100.000 tués et blessés côté ukrainien mais moitié moins du côté russe. Pour gagner, un assaillant doit disposer d’un effectif au moins six fois supérieur à celui du défenseur. Actuellement, la Russie en déploie un d’environ une fois et demie le nombre de militaires ukrainiens. Le cyber s’est affirmé sur les plans défensif (effet stratégique) et offensif (effet tactique contre les moyens de communications du commandement) et aussi de l’influence (actions spéciales).

La transformation des forces terrestres. D’abord, indique son chef d’état-major, l’armée de Terre doit pouvoir continuer à remplir ses missions de défense du territoire national en métropole et outre-mer et ses engagements en Europe, au Sahel et au Moyen-Orient. Ensuite, en fonction de la situation internationale, elle doit être capable de s’engager de façon plus importante, quel que soit le moment, avec une réactivité strictement modulée selon les missions. La polyvalence globale prend du temps. Les réformes déjà entreprises portent sur le renseignement (compétences et filière), l’aviation légère de l’armée de Terre, la logistique, les systèmes d’information et de communications et les forces spéciales. Ces dernières, employées par le Commandement des opérations spéciales au niveau interarmées, peuvent l’être aussi au niveau tactique (division ou corps d’armée) pour cacher la manœuvre à l’adversaire. Facteur de supériorité, la masse opérationnelle se monte à 77.000 hommes, dont 20 % issus de l’outre-mer avec un recrutement de 15.000 jeunes par an (15 % en outre-mer). Actuellement, l’armée de Terre, qui fournit déjà les deux tiers des spécialistes cyber, va accroître le recrutement aux niveaux bac pro, BTS et ingénieur. Par ailleurs, elle dispose de 24.000 réservistes (2.400 employés par jour), dont 80 % pourraient être mobilisés en cas d’engagement majeur. Elle va créer un « commandement sur les effets », relatifs à l’artillerie, au renseignement et à l’aérocombat dans la profondeur. Au sein des armes de mêlée (infanterie et cavalerie), de nouveaux métiers seront créés et d’autres disparaîtront sans dissolution d’unités. A l’horizon 2030, grâce à la mise en service du système de combat collaboratif Scorpion, elle devrait pouvoir conserver sa capacité de commandement de corps d’armée de l’OTAN (Corps de réaction rapide-France).

Loïc Salmon

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité

Cyber : champ de lutte informatique et d’influence

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

 




Armée de l’Air et de l’Espace : complémentarité des moyens d’action et modernisation

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) doit pouvoir remplir ses missions, du combat de haute intensité et de la projection lointaine à la surveillance de la très haute altitude et de l’espace, tout en poursuivant sa modernisation.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Stéphane Mille, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 6 février 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Combat et projection de puissance. L’absence de contrôle de l’espace aérien de l’Ukraine, par l’aviation russe, et de toute tentative de neutralisation de sa défense sol-air, a surpris, constate le général Mille. Le conflit en Ukraine se réduit à une campagne d’artillerie. La vente ou la cession de Mirage 2000 français à l’Ukraine ou à un autre pays dépend de trois conditions préalables : besoins exprimés ; non escalade de conflit ; ne pas affecter les capacités de l’AAE. Les Mirage 2000 C de défense aérienne ne volent plus depuis juin 2022, mais certains pays sont intéressés par leurs pièces détachées. Pour les déplacements sur une longue distance, l’OTAN demande des capacités à 4 jours, 4 semaines ou 4 mois avec l’empreinte logistique la plus faible possible. L’AAE a démontré les siennes lors des missions « Pégase 2018 » et « Pégase 2022 » en zone Indo-Pacifique avec la participation à l’exercice « Pitch Black » en Australie. De tels raids ne sont guère réalisables depuis la Polynésie française ou la Nouvelle-Calédonie, faute d’infrastructures d’accueil suffisantes.

Nouveaux champs. Le survol des Etats-Unis à très haute altitude, par un ballon chinois qui a été détruit par un avion de chasse américain au-dessus de l’Atlantique (4 février 2023), entre dans la logique de cette « zone grise », estime le général Mille. Les innovations technologiques offrent des perspectives commerciales et militaires dans cet espace, compris entre 20 km et 100 km d’altitude mais non régulé par un traité ou une convention. En vue d’établir une doctrine d’action, le chef d’Etat-major des armées a donné mandat à l‘AAE pour réfléchir aux aspects juridiques et technologiques de la très haute altitude, avec remise des conclusions à l’été 2023. Il faudra aussi en évaluer la surveillance depuis le sol ou depuis l’espace. Quant aux menaces de vecteurs hypersoniques, la protection du territoire national reste assurée par la dissuasion nucléaire, souligne le général Mille. Les drones armés Reaper de l’AAE pourraient être déployés sur d’autres endroits stratégiques. Enfin, l’Eurodrone, futur drone européen MALE (moyenne altitude longue endurance), serait utilisable pour la surveillance d’un espace contesté ou comme relais en dehors d’un conflit de haute intensité.

Modernisation. Le général Mille a rappelé les enjeux de l’AAE : défense sol-air ; protection des troupes en opérations au sol ; dispositif particulier de sécurité aérienne lors d’un événement ; projection de bases aériennes avancées. Outre la mise en réseau de tous les simulateurs, la préparation des équipages à des missions de plus en plus complexes nécessite de mixer le virtuel et le réel…en vol ! Les partenariats seront recherchés avec des pays disposant d’une capacité aéronautique et spatiale, car la surveillance de l’espace concerne surtout les orbites basses. Pour les missions humanitaires dans les outre-mer, le successeur du Casa verra le jour en 2030. Quant à la défense et aux opérations aériennes, le passage au « tout Rafale » devrait être réalisé en 2035. Enfin, le nouveau missile ASN4G entrera en service dans la composante nucléaire aéroportée vers 2030.

Loïc Salmon

Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie




Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Face à la supériorité des forces armées russes, l’Ukraine a obtenu des armes à l’étranger et va recevoir des chars lourds. L’intensité et la durée du conflit entraînent l’usure des équipements. S’y ajoute le risque de détournement de livraisons.

Les 25 et 26 janvier 2023, une dizaine pays occidentaux ont annoncé les livraisons d’une centaine de chars lourds dans les prochains mois. Par ailleurs, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) a publié, le 5 janvier 2023 à Bruxelles, une étude sur les livraisons d’armes par des États membres de l’OTAN, de l’Union européenne (UE) et de pays tiers sur les onze premiers mois de 2022. Convaincus de l’imminence du conflit, les Etats-Unis avaient commencé à envoyer des armes à l‘Ukraine dès janvier.

La situation sur le terrain. Au 25 janvier, selon la carte de l’État-major français des armées, les forces armées russes procèdent à des attaques, depuis le Donbass à Kherson, et poursuivent l’enveloppement de Bakhmut. Sur le front Nord-Est, elles maintiennent leur pression sur les axes logistiques y menant, pour forcer les forces ukrainiennes à se replier, et continuent de tirer sur les secteurs de Soumy, Koupiansk et Khakiv. Sur le front Est, les combats se poursuivent autour de Donetsk. Sur le front Sud, les combats continuent dans le secteur de Zaporiziah, autour d’Orikhiv et de Kamianske, ainsi que les tirs sur Kherson.

Les armements. Les promesses d’envoi de chars lourds à l’Ukraine se répartissent ainsi : Etats-Unis, 31 Abrams (canon de 120 mm) ; Grande-Bretagne, 14 Challenger 2 (canon de 120 mm) ; Allemagne, 14 Leopard 2 (canon de 120 mm) et autorisations à ses clients d’en livrer ; Pologne, 14 Leopard 2 ; Espagne, plus de 20 Leopard 2 ; Norvège, 8 Leopard 2 ; Finlande, 14 Leopard 2 ; Portugal, 4 Leopard 2 ; Canada, 4 Leopard 2. Restent à confirmer : Pays-Bas, 18 Leopard 2 ; Danemark, 6 Leopard 2 ; Suède, 10 Stridsvagn 122 (version améliorée du Leopard 2) ; France, quelques Leclerc. De son côté, Le GRIP a identifié quatre catégories de matériels envoyés à l’Ukraine : ML1, armes automatiques d’un calibre inférieur ou égal à 12,7 mm et canons d’un calibre inférieur à 20 mm ; ML2, armes de calibres supérieurs à 12,7 mm et canons de calibres supérieurs à 20 mm ; ML3, munitions et dispositifs de réglage de fusées ; ML4, bombes, torpilles, roquettes, missiles et autres dispositifs et charges explosives. Les ML3 et 4 sont les plus employées. Cette guerre nécessite des approvisionnements en artillerie, munitions, véhicules blindés et systèmes antiaériens et antichars portables. Après avoir puisé dans leurs stocks, les armées européennes vont rencontrer des difficultés financières et logistiques pour les reconstituer et réapprovisionner les forces ukrainiennes, car les fournisseurs ne sont pas suffisamment dimensionnés. En outre, l’entretien ou le maintien en condition opérationnelle des matériels livrés ne peut se faire qu’en dehors de l’Ukraine, dont les infrastructures, sont prises pour cibles. Enfin, les Etats-Unis et l’UE ont pris, tardivement souligne le GRIP, des mesures pour limiter les risques de détournements d’armes, consécutifs aux livraisons massives et rapides à un pays connu pour ses trafics douteux et son niveau élevé de corruption.

Les aides financières. Le GRIP estime la valeur des livraisons des onze premiers mois de 2022 à 33,2 Mds$, dont 32,3 Mds$ pour l’OTAN. Sur les 30 États membres de l’OTAN, 27 ont livré des matériels militaires à l’Ukraine. L’Islande, le Monténégro et la Hongrie n’ont rien envoyé. En outre, 22 États membres de l’UE en ont livré pour un montant de 9,66 Md$. L’Autriche, Chypre, la Hongrie, l’Irlande et Malte se sont abstenues. Le 28 février 2022, l’UE a activé la « Facilité européenne pour la paix » pour financer le transfert d’armes à l’Ukraine. Par ailleurs, l’Australie, la Bosnie, Israël, le Pakistan et Taïwan ont fourni des armes à l’Ukraine. Le 25 janvier 2023, les Etats-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 3 Mds$ à l’Ukraine.

Loïc Salmon

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Ukraine : sous-estimations stratégiques de la Russie




Cyber : champ de lutte informatique et d’influence

La guerre informationnelle précède puis accompagne l’arme cyber, fulgurante et secrète, employée avant et au début d’un affrontement armé, notamment celui en Ukraine déclenché le 24 février 2022.

Le général de division Aymeric Bonnemaison, commandant de la cyberdéfense (Comcyber), les a présentées à la presse le 12 janvier 2023 à Paris.

Enjeu de sécurité nationale. Le Comcyber assure : la protection des systèmes d’armes, placés sous la responsabilité du chef d’État-major des armées (CEMA); la conduite de la défense des systèmes informatiques du ministère des Armées, sauf ceux de la Direction générale de la sécurité extérieure et de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense ; la conception, la planification et la conduite des opérations militaires cyber sous l’autorité du CEMA ; la gestion des ressources cyber ; la définition des stratégies et politiques cyber. La construction d’une cyberattaque, taillée sur mesure à des fins de renseignement ou d’entrave, nécessite des mois, voire des années. Alors que l’affrontement « multi-milieux » se déroule sur terre, sur mer, dans les airs et le cyber, le combat « multi-champs » porte sur les guerres informationnelle et électronique. Le cyber se situe au niveau stratégique et la guerre électronique au niveau tactique, dont la coordination s’avère complexe. Selon le général, le conflit en Ukraine a fait prendre conscience aux États membres de l’Union européenne de la nécessité du partage d’informations en cas de cyberattaques d’envergure, car il faut réagir très vite.

Retour d’expérience. Dans le conflit russo-ukrainien au niveau cyber, la défense a pris le dessus sur l’offensive par l’endiguement, l’organisation et la capacité à rebondir, grâce au partage préalable des réseaux et à la très faible visibilité des acteurs, indique le général Bonnemaison. La Russie recourt à ses forces armées et services de renseignement ainsi qu’à des groupes cybercriminels et des pirates informatiques. L’Ukraine bénéficie de l’aide de pirates et de groupes informatiques privés américains… dont Microsoft ! Dès 2014, date d’annexion de la Crimée, et, jusqu’en 2019, la Russie a procédé à des cyberattaques. La plus importante, lancée contre Kiev, a privé 225.000 personnes d’électricité. Une autre a visé le réseau d’alimentation en eau. Le ver NotPetya (destructeur de donnés) a infecté toutes les versions de Microsoft Windows. Parallèlement, la propagande russe a amplifié les mécontentements de la population civile et celle par sms a ciblé les militaires ukrainiens. En 2015 et 2016, l’Ukraine a lancé des cyberattaques contre l’info sphère russe. En outre, des pirates informatiques ont divulgué des documents relatifs au gouvernement et à des personnalités politiques russes. En 2021, les cyberattaques russes contre l’Ukraine ont repris de l’ampleur et culminent dans les premiers mois de 2022, l’invasion militaire commençant le 24 février. Trois vagues ont visé les ministères, les routeurs de communication par le satellite américain KA-SAT et des entreprises privées. La domination russe dans le champ informationnel a été contestée par les Ukrainiens. Les deux belligérants ont construit des « bulles » qui ne se rencontrent ni se confrontent. Sur son territoire, la Russie s’est repliée sur elle-même et, à l’international, a cherché à manipuler l’information, non pour persuader mais pour semer la confusion. Le président ukrainien Voldymyr Zelensky, communique massivement vers sa population et l’Occident, via les réseaux sociaux, en utilisant son image.

Recrutement. L’action dans le cyber nécessitant une capacité d’anticipation, la France a élaboré des doctrines de luttes informatiques défensive et offensive. D’ici à 2025, le Comcyber compte pourvoir 1.800 postes, militaires et civils, dans ces domaines et celui de la lutte informationnelle : ingénieurs, techniciens, analystes, sociologues, psychologues et experts en codage et en géopolitique.

Loïc Salmon

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Médias : réseaux sociaux, désinformation et manipulation

Défense : lutte informatique d’influence et respect du droit