Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision




CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

La Russie, l’Iran et la Chine, principaux pays compétiteurs de la France, constituent des menaces périphériques sur le respect de ses engagements, à savoir la fiabilité de ses positionnements, en Europe, au Moyen-Orient et dans la zone Indopacifique.

Le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’État-major des armées (CEMA), l’a expliqué au cours d’une conférence de presse, tenue le 11 juillet 2025 à Paris.

La Russie. Puissance conventionnelle et nucléaire, la Russie constitue la menace la plus proche et la plus durable de la France, qu’elle a qualifiée officiellement d’adversaire principal en Europe. Par sa mentalité d’État totalitaire et ses efforts colossaux pour construire son système de forces, elle se positionne en puissance de nuisance. Elle dispose d’un modèle d’armée complet avec des capacités de brouillage, de guerre électronique, de défense sol-air et d’artillerie à longue portée. L’étagement de l’engagement de ses forces conventionnelles s’agrège à la guerre informationnelle. Sa dissuasion nucléaire repose sur des vecteurs terrestres, sous-marins et aériens à long rayon d’action et des armes stratégiques et tactiques avec une doctrine et une chaîne de commandement robuste et testée. La Russie dispose d’un grande profondeur stratégique caractérisée par sa superficie, qui s’étend sur 11 fuseaux horaires et lui permet de tenir économiquement, et la capacité d’endurance de sa population, renforcée par un endoctrinement de la jeunesse remis en œuvre depuis les années 2000. Vis-à-vis de la France, les actions de la Russie s’exercent sous la forme de la guerre hybride, multi-milieux et multi-champs. Dans le champ informationnel, qui s’étend aux pays occidentaux, elles visent, via des agents tiers utilisables qu’une fois, à dénigrer l’image de la France en Afrique et à déstabiliser la cohésion de sa population sur le territoire national. Dans le cyber, la Russie a déjà recouru à des sous-traitants pour saboter des entreprises d’armement allemandes. Des satellites russes manœuvrent pour gêner les trajectoires de satellites français ou s’approcher d’eux pour les brouiller ou les espionner. Des indices portent à croire que la Russie pourrait mettre en orbite des satellites spécialisés, qui seraient un peu en dehors des règles du Droit de non-militarisation de l’espace. Sous les mers, des sous-marins nucléaires d’attaque russes pénètrent régulièrement en Atlantique Nord près de la Grande-Bretagne, s’approchent même des côtes américaines et vont parfois jusqu’en Méditerranée surveiller des zones importantes pour la France. En surface, le navire océanographique Yantar, collecteur de renseignements, embarque des robots sous-marins autonomes capables de couper des câbles sous-marins à 6.000 m de profondeur. Les bombardiers à long rayon d’action, basés au Nord de la Russie et capables d’emporter des armes nucléaires, contournent la Norvège et passent au-delà de la Grande-Bretagne pour rechercher les groupes de porte-avions américains et alliés. Enfin, la Russie a conduit des opérations offensives sous une forme de couverture nucléaire pour dissuader les autres pays d’aider l’Ukraine. Sa dissuasion nucléaire, défensive, y a perdu un peu de sa crédibilité et de sa clarté d’emploi.

L’Iran. Par la détention d’otages, l’Iran pratique le terrorisme d’État et mène des actions déstabilisatrices aux Proche et Moyen-Orient. Il apporte son soutien aux organisations terroristes Hamas à Gaza et Hezbollah au Liban ainsi qu’aux Houthis au Yémen. Outre sa menace récurrente de fermer le détroit d’Ormuz, il tente de relancer son programme nucléaire militaire en dehors de toute surveillance.

La Chine. Dans sa compétition systémique avec les États-Unis, la Chine n’épargne pas la France dans les domaines économique et technologique, en pratiquant l’espionnage et le dénigrement. Elle remet en cause la liberté de circulation en mer de Chine méridionale et agit directement pour influer sur les modes de gouvernance des États de l’Asie du Sud-Est.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

Chine : capacité militaire accrue et puissance perturbatrice




14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

De retour sur les Champs-Élysées, le défilé militaire du 14 juillet 2025 invite l’Indonésie et met à l’honneur la Force binationale franco-finlandaise, la Flottille de lutte contre les mines, la Base aérienne à vocation spatiale, le Régiment du service militaire adapté de Nouvelle-Calédonie et le Service militaire volontaire.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 10 juin aux Invalides. Le défilé compte 7.005 participants, dont 5.618 à pied, 63 avions, 33 hélicoptères et 200 chevaux de la Garde républicaine.

Commémorations. L’édition 2025 souligne le centenaire du « Bleuet de France », symbole de la mémoire et de la solidarité envers les anciens combattants, victimes, veuves et orphelins de guerre. Il marque aussi les 100 ans de l’association « La Flamme sous l’Arc de Triomphe » et les 80 ans de la Défense aérienne.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 8 Alphajet. La Défense aérienne est représentée par 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), 2 chasseurs Rafale C, 1 Rafale B, 1 chasseur F18 suisse, 1 chasseur Typhoon allemand, 2 Mirage 2000-5, 1 Typhoon espagnol et 1 Typhoon britannique. La Dissuasion nucléaire aéroportée est représentée par 1 ravitailleur KC-135 et 4 Rafale B. La supériorité aérienne est représentée par 1 avion de transport et de ravitaillement A330 Phénix, 2 Mirage 2000 D, 1 Rafale C et 1 Rafale B et l’innovation aérienne militaire par 1 avion de transport tactique A400M Atlas, 1 Mirage 2000 D et 2 Rafale B. La Formation de l’aviation de chasse présente 2 avions d’entraînement militaire avancé Pilatus PC-21, 2 Alphajet, 2 Mirage 2000 B et 2 Rafale B. Le Groupe aérien embarqué est représenté par 5 Rafale Marine, 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 1 avion biréacteur Falcon 10. La Patrouille de surveillance maritime est représentée par avion triréacteur Falcon 50 et 1 avion de lutte anti-sous-marine ATL2. Le Soutien aux populations comprend : la projection de force représentée par 3 A400M Altas de l’AAE et 1 A400M espagnol ; l’assaut et l’appui outre-mer représentés par 1 triréacteur Falcon 900, 1 avion de transport tactique C-130J Super Hercules et 2 avions tactiques CN-235 Casa. Le Transport aérien est représenté par 1 bimoteur Xingu, 2 monomoteurs TBM 700 et 2 monomoteurs légers SR22 Cirrus. La Reconnaissance et le Renseignement sont représentés par 1 drone de combat Reaper et 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance Vador. La lutte contre les incendies est représentée par 1 bombardier d’eau Dash 8 de la Sécurité civile (SC). Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’AAE, de la Marine nationale (1Caïman italien inclus), de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la SC et de la Douane.

Troupes à pied. Les 17 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre (incluant la compagnie belgo-luxembourgeoise), de la Marine nationale, de l’AAE, de la Direction générale de l’armement et des Services de santé, du commissariat des armées, d’Infrastructures de la défense et de l’Énergie opérationnelle. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Absentes du défilé en 2024, les unités motorisées reviennent en force. L’armée de Terre déploie les éléments suivants : 7ème Brigade blindée, représentée par six régiments (tirailleurs, infanterie, chasseurs, artillerie d’Afrique et génie) ; 13ème Demi-Brigade de légion étrangère ; 1er Régiment de chasseurs parachutistes ; 1er Régiment de spahis ; Brigade d’appui numérique et du cyber ; Brigade de renseignement et cyber électronique ; Brigade logistique ; Brigade maintenance. Suivent des unités de l’AAE, de la Gendarmerie nationale, de la Police nationale, de la Douane et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine




Service de santé des armées : la transfusion sanguine, un enjeu vital et stratégique

Principale cause de mortalité des blessés au combat, l’hémorragie peut être traitée sur place grâce à un acheminent rapide de produits sanguins sûrs, la présence d’une équipe médicale spécifique et l’innovation, dont le « plasma lyophilisé ».

Le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA) fête son 8Oème anniversaire cette année. Son directeur, le médecin chef des services hors classe Jean-Jacques Lataillade, a présenté son évolution à la presse le 22 mai 2025 à Paris.

Expérience du terrain. Le CSTA accompagne les forces sur le territoire national et tous les théâtres d’opérations en soutenant les hôpitaux militaires. Son expertise unique permet de garantir la disponibilité du sang en tout lieu, en tout temps et au plus près des blessés. A partir du sang collecté dans les établissements militaires, le CSTA prépare des produits selon les mêmes règles de sécurité que le Centre national de transfusion sanguine. Il les qualifie sur le plan de la sécurité biologique et les stocke pour les distribuer aux patients. Il en prépare certains plus spécifiques aux besoins opérationnels. Ainsi, le plasma universel lyophilisé (déshydraté en flacon) se conserve à température ambiante pendant deux ans et peut se transporter indépendamment de la chaîne du froid. En outre, le sang total chaud, prélevé auprès des donneurs connus présélectionnés, que sont les militaires en opérations, peut être transfusé sans délai de conservation, grâce à des kits spécifiques. Pour utiliser les produits sanguins de manière optimale, le CSTA forme des médecins, des infirmiers et des techniciens de laboratoire. Il prend en compte les difficultés rencontrées pendant le conflit russo-ukrainien en cours, en termes de ravitaillement et d’utilisation des produits, pour faire évoluer sa doctrine. Il s’oriente vers la transfusion de sang total et de plasma lyophilisé, produits facilement disponibles à l’avant, plutôt que vers l’utilisation de concentrés de globules rouges, issus de la séparation du sang total et qui demandent du temps et de la technique et sont donc plus difficiles à fournir rapidement. La technologie du plasma lyophilisé a été mise au point par les forces armées américaine pendant les campagnes d’Afrique du Nord en 1942-1943, qui en ont ensuite perdu le savoir-faire. Elles s’approvisionnent aujourd’hui auprès du CSTA, qui l’a adopté puis développé depuis les années 1950, malgré les exigences sécuritaires consécutives à « l’affaire du sang contaminé » par le sida et l’hépatite C dans les années1980 et 1990. Le plasma lyophilisé du CSTA reste un produit sanguin, précise le médecin chef Lataillade, plus opérationnel que ce que diverses sociétés pharmaceutiques fabriquent sous forme de médicament.

Nouvelles thérapies. Le CSTA dispose d’une plateforme de production de thérapies cellulaire et tissulaire et de médicaments dits de « thérapie innovante ». Il propose de nouvelles thérapies réparatrices aux blessés polytraumatisés, brûlés ou irradiés à partir de ces cellules souches. Dans un contexte d’engagement possible de haute intensité, ses capacités de production et d’adaptation montent en puissance. Il travaille sur une nouvelle technique de lyophilisation plus rapide et d’une durée de péremption de trois ans, contre deux aujourd’hui. Après une démonstration clinique d’ici à 2030, il espère d’obtenir des plaquettes de sang, à partir de cellules souches immortalisées, qui pourraient être conservées à 4 ° C et même lyophilisées. Les plaquettes jouent un rôle crucial dans la coagulation en évitant notamment les risques d’hémorragie. A l’issue d’une dizaine d’années de collaboration avec le groupe industriel de cosmétiques L’Oréal, le CSTA envisage de produire un épiderme de culture à greffer sur un patient, dont la surface corporelle aurait été brûlée à 80 %.

Don du sang. Afin de reconstituer les réserves, le CSTA organise une collecte de sang auprès de donneurs civils et militaires chaque 14 juillet aux Invalides à Paris.

Loïc Salmon

Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027

Service de santé : culture du retour d’expérience en opération extérieure

 




Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

L’expérimentation et le perfectionnement des drones et de leurs doctrines d’emploi dans le conflit russo-ukrainien permettent de conserver l’ascendant et d’obliger l’adversaire à trouver vite la parade.

Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, l’a expliqué à la presse le 5 juin 2025 à Paris, à la suite de l’opération spéciale ukrainienne « Toile d’araignée » durant la nuit du 31 mai au 1er juin. Celle-ci a consisté en frappes coordonnées de 117 drones, dont des petits FPV (photo) transportés cachés dans des camions, contre 5 bases aériennes russes et qui ont détruit ou endommagé 41 appareils, dont des bombardiers nucléaires stratégiques à long rayon d’action Tu-95 (8) et Tu-22M (4) effectivement détruits ainsi qu’un avion de détection et de contrôle aérien A-50 touché.

Drones en opérations. Les deux belligérants utilisent des drones terrestres, navals et aériens. Les drones terrestres sont armés ou servent au transport du ravitaillement ou des blessés. Leur emploi reste limité par les terrains très accidentés, aux abords du front, et leur vulnérabilité face aux drones aériens. Les drones navals kamikazes, qui se font exploser sur la coque des navires, ou armés de missiles anti-aériens, pour la défense côtière, ont permis à l’Ukraine, dépourvue de Marine de guerre depuis 2022, de chasser les bâtiments tusses de la partie occidentale de la mer Noire. La Marine russe en a perdu une vingtaine et a dû quitter ses ports en Crimée pour se replier plus à l’Est. Les drones aériens se répartissent en plusieurs catégories. Les drones MAME (moyenne latitude moyenne endurance) et MALE (moyenne altitude longue endurance) Bayraktar TB2 (1 t) d’origine turque, capables de rester plusieurs dizaines d’heures sur zone, ont permis à l’Ukraine de détruire des colonnes blindées russes au début de la guerre. Devenus vulnérables à la défense anti-aérienne, ils restent éloignés du front et surveillent la mer Noire. La Russie emploie des drones d’attaque à sens unique préprogrammés Shahed 136 d’origine iranienne, mais aujourd’hui fabriqués sur place et capables parcourir plus de 300 km pour frapper des sites militaires ou des usines. Peu manœouvrants, ils sont neutralisés à près de 90 % en vol. Mais, leur coût peu élevé facilitent des tirs (2.500 à 4.000 par mois depuis janvier 2025) en salves, qui dissimulent des missiles de croisière supersoniques ou hypersoniques, plus performants mais plus chers. Les drones à bas coût saturent les défenses ukrainiennes pour que ceux de haute technologie atteignent leurs cibles. Les micro et mini drones (25 kg à 50 kg), au contact du front, remplissent diverses missions. Les drones de surveillance et d’observation rendent le champ de bataille transparent sur une profondeur de 10-20 km. Les drones bombardiers et FPV ukrainiens, qui subissent 75 % d’attrition, intègrent des briques d’intelligence artificielle pour un guidage automatique sur la phase terminale de l’attaque, face au brouillage électromagnétique. Les drones filoguidés par une bobine de fibre optique de 10-15 km y sont insensibles. Les véhicules blindés et les chars russes ne se déplacent presque plus et restent camouflés pour tenir leurs positions. Outre les drones lance-flammes, poseurs de mines ou chasseurs de drones ou d’hélicoptères, il existe des drones « mères » porteurs de relais radio et de drones FPV, par grappes de deux pour augmenter leur rayon d’action. Les forces armées ukrainiennes doivent recevoir plus de quatre millions de drones, surtout de contact, en prévision d’une consommation de 10.000 par jour.

Facteurs de succès. Les micro et mini drones permettent de produire des effets militaires en masse et à très bas coût (de 500 € à 3.000 € pièce). Considérés consommables comme les munitions, ils nécessitent aussi des mises à jour de leurs fonctions de communication et de navigation toutes les 6 à 12 semaines.

Loïc Salmon

Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine




Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain




Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

L’Agence d’innovation de défense (AID), ouverte sur le monde civil, tire parti du retour d’expérience pour intégrer l’innovation sur tout le cycle des systèmes d’armes dans une recherche permanente de la performance.

Le 17 avril 2025 à Paris, son directeur, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, en a présenté à la presse les enjeux, à savoir consolider la supériorité technologique des forces et maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité, que constituent le cyber, le champ informationnel, les grands fonds marins et la lutte dans le spectre électromagnétique.

Fédérer les initiatives. Placée sous la responsabilité du délégué général pour l’Armement, l’AID a été créée en 2018 dans un contexte marqué par le foisonnement de solutions innovantes provenant du monde civil, à la fois opportunités et menaces, et par une accélération des technologies de rupture. L’innovation « planifiée » consiste à préparer la réponse à des besoins prévisibles en développant des briques technologiques dans les prochains programmes d’armement, indispensables aux futures capacités militaires. Ainsi, le gravimètre quantique, qui mesure le champ gravitationnel pour réaliser la cartographie des fonds marins, a été étudié pendant une vingtaine d’années dans un laboratoire de l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales, fabriqué par une société civile puis intégré à une plateforme du Service hydrographique et océanographique de la marine en 2024. L’innovation « ouverte » et duale doit répondre à des besoins immédiats, notamment les véhicules autonomes, le cyber, le maintien en condition opérationnelle, l’énergie, le « newspace » (exploitation du domaine spatial par des entreprises privées), la santé et l’humain augmenté. Ainsi les 200 premières munitions téléopérées françaises ont été livrées fin 2024 et déjà utilisées sur le théâtre ukrainien. L’AID avait lancé un appel à projet en mai 2022, sélectionnée deux solutions en septembre, notifié le contrat en décembre et effectué les essais d’un prototype avec une charge inerte fin 2023 puis avec une charge explosive et quelques corrections en juin 2024. Dans l’ensemble, l’AID lance des projets pour deux tiers en innovation ouverte et un tiers en innovation planifiée. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit que l’AID investisse massivement en priorité dans les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, la guerre électronique, les technologies de communications, celles de l’énergie, le calcul quantique et les capteurs quantiques. L’AID conduit quatre types de projets. Le premier concerne les technologies de défense de demain. Le deuxième encourage l’innovation provenant du ministère des Armées. Le troisième consiste à capter l’innovation issue du marché civil pour l’adapter et la déployer au plus tôt. Le quatrième consiste à détecter et faire émerger les futures technologies stratégiques auprès des universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires de recherche et certaines startups et petites et moyennes entreprises. Chaque année, l’AID soutient plus de 400 projets, dont 200 de recherche, (une centaine de thèses), 150 à 180 projets d’accélération de l’innovation et 20 à 30 projets d’innovation participative.

Dispositifs financiers. La LPM 2024-2030 prévoit un budget de 10 Mds€ pour l’AID, qui emploie 130 personnes. L’AID accorde des subventions et conclut des contrats pour permettre aux industriels émergents de réaliser un chiffre d’affaires suffisant pour attirer les investisseurs. Elle détecte 300 à 400 nouvelles startups par an et assure un suivi régulier avec celles dont la technologie présente une maturité par rapport aux besoins militaires, afin de lancer le projet au bon moment. Elle facilite les expérimentations dans des conditions réelles avec la mise en œuvre des grands moyens de la Marine nationale ou la participation à des exercices militaires.

Loïc Salmon

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Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

Avec 10 Mkm2 dont 97 % dans les Outre-mer, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive après les États-Unis et devant l’Australie et la Russie. Elle développe sa connaissance des grands fonds marins pour y défendre ses intérêts.

Le 13 février 2025 à Paris, le contre-amiral Cédric Chetaille, adjoint à l’amiral commandant les opérations et coordonnateur central pour la maîtrise des fonds marins, a présenté à la presse un premier bilan sur trois ans, depuis la décision de la ministre de la Défense Florence Parly en février 2022.

Connaître. Lieu de ressources considérables, le domaine des grandes profondeurs marines, quasiment inviolé, est un milieu pour les infrastructures indispensable aux flux énergétiques (oléoducs et gazoducs) et transocéaniques (câbles de communications). Il pourrait donc devenir un nouveau théâtre de conflictualité. La grande profondeur échappe à la plongée humaine, la guerre des mines et l’activité des sous-marins. Depuis trois ans, la Marine nationale a entrepris dix opérations « Calliope » de connaissance des fonds marins, soit 120 jours de mer, en collaboration avec la Direction des affaires juridiques du ministère des Armées, la Direction du renseignement milliaire, l’Agence de l’innovation de défense et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. La connaissance des fonds marins et de leur environnement inclut la bathymétrie pour la topographie du sol de la mer, la gravimétrie pour les centrales inertielles embarquées sur les navires de surface et les sous-marins, la nature des sédiments pour la propagation des ondes acoustiques et enfin les variations de température. Le Service hydrographique et océanographique de la marine met en œuvre les bâtiments Beautemps-Beaupré et Pourquoi-Pas et va recevoir le drone autonome sous-marin Ulyx capable de plonger à 6.000 m, alors que les engins de prospections pétrolières ne dépassent pas 3.000 m. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer développe des capteurs pour perfectionner les données numériques (modélisation de masses d’eau chaudes et froides ou simulation de courants dans le détroit de Gibraltar) pour vaincre l’opacité du milieu marin profond. Le développement capacitaire porte sur la livraison de robots téléopérés en 2026 et autonomes en 2027. Les données collectées seront traitées par l’intelligence artificielle.

Surveiller. Des réflexions sont en cours entre la Marine et la Direction générale de l’armement pour assurer une surveillance des infrastructures « sensibles » (câbles et répéteurs sous-marins) et de l’activité dans l’espace océanique avec des capteurs fixes, semi-fixes ou mobiles pour en contrôler l‘intégrité. Ainsi en septembre 2023, une inspection, par un drone sous-marin A18 Exail, a été lancée à la suite de la découverte d’une avarie jugée douteuse, suspecte ou inexpliquée par les opérateurs du câble transatlantique entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il s’agissait de relever des indices, avant que l’opérateur intervienne lui-même, pour conclure à un acte de sabotage ou…une cause naturelle ! Ce câble se trouve à 4.000 m de fond, alors que les capteurs les plus perfectionnés ne voient que des objets de plus de 200 m depuis 4.000 m de distance. Or un objet d’un mètre de long n’est visible qu’à 40 m au-dessus du fond.

Agir. Afin de préserver la liberté d’action des forces navales et de protéger les intérêts nationaux, il faut pouvoir agir, en réaction ou par anticipation, par une opération planifiée, ouvertement ou en toute discrétion. Un robot téléopéré (photo) depuis la surface peut récupérer un objet « sensible », une munition tirée ou le composant stratégique d’un appareil perdu en mer. Outre la neutralisation ou la destruction de cibles adverses, des options offensives sont développées et proposées au chef d’État-major des armées. Enfin, les exercices majeurs « Polaris 2025 » et « Orion 2026 » incluent des scénarios de maîtrise des fonds marins.

Loïc Salmon

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AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Dans le cadre du renforcement de la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN, l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) contribue à la police du ciel en Lituanie, Estonie et Lettonie dans le respect du droit international et de la liberté de circulation, mais en évitant toute escalade.

De décembre 2024 à fin mars 2025, l’AAE a participé au dispositif « enhanced Air Policing » (eAP) sur la base aérienne de Siauliai (Lituanie), conjointement avec l’Italie, qui en assuré la conduite. Le général de division aérienne Xavier Buisson, commandant en second du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, a présenté « l’eAP 67 » le 3 avril 2025 à Paris, qu’a complété le témoignage du commandant Mathieu, chef du détachement, par visioconférence assurée depuis Siauliai.

La police du ciel. Depuis 2004, l’OTAN assure les missions « Baltic Air Policing pour garantir l’intégrité de l’espace aérien balte en temps de paix, indique le général Masson. En 2014 après l’annexion de la Crimée par la Russie, l’OTAN met en œuvre les missions « eAP » de sûreté aérienne vis-à-vis des pays baltes. Celle qui s’est terminée le 31 mars 2025, dénommée « eAP 67 » constitue la 11ème participation de la France et le 8ème déploiement en Lituanie. Ce dernier s’est déroulé sous deux demi-mandats : le « Block eAP 67-1 », constitué de 4 Rafale B de la 2ème Escadre de chasse partis de la base 113 de Saint-Dizier ; le « Block eAP 67-2 », constitué de 4 Rafale C de la 30ème Escadre de chasse stationnée à la base 118 de Mont-de-Marsan. Chacun a mobilisé une centaine d’aviateurs, à savoir pilotes, mécaniciens, pompiers de l’air, fusiliers commandos, équipe médicale et spécialistes du renseignement et de la logistique. Le bilan s’établit à : 311 sorties en tout ; 497 heures de vol au-dessus de l’espace aérien balte ; 262 « Tango Scramble » (alerte d’entraînement) ; 18 « Alpha Scramble » (alerte réelle) ; 10 interceptions réelles d’aéronefs russes (voir plus loin) ; vols d’entraînement réguliers avec les nations alliées de l’OTAN pour renforcer l’interopérabilité. Au cours de ces derniers, un déploiement « ACE » pour « Agile Combat Employment » s’est déroulé du 24 au 28 février 2025 sur la base suédoise de Lulea avec 11sorties. Cela consiste à envoyer quelques avions faire escale dans un pays de l’OTAN avant de poursuivre leur mission ne nécessitant donc peu d’empreinte logistique. La Pologne et la Roumanie ont pris la relève « eAP 68 ».

Le vécu de « l’eAP 67 ». La Lituanie occupe une position stratégique entre la Biélorussie, l’enclave russe de Kaliningrad, et la Russie, rappelle le commandant Mathieu. L’opération « eAP 67 » était dirigée depuis une base aérienne en Allemagne, mais l’activité tétait coordonnée en Lituanie par les Pays-Bas, l’Italie et la France. Il a fallu déterminer les semaines « hot » d’astreinte pour le décollage effectif des avions en 15 minutes, et les semaines « cold » d’astreinte pour armer les avions et les avoir en vol en 180 minutes maximum, en vue d’une interception potentielle. La France et l’Italie étaient toujours en « hot » à la base de Siauliai et les Pays-Bas en « cold » à celle d’Amari en Estonie. Les équipages tournaient tous les jours pour maintenir une alerte permanente et s’entraîner. Le comportement douteux d’un aéronef entraîne l’alerte à 15 minutes ou une reprogrammation en vol durant un entraînement avec passage en régime d’alerte réelle. L’interception programmée consiste à aller voir ou identifier un aéronef s’approchant de l’espace aérien des pays baltes ou même le mettant en danger. Un comportement devient douteux s’il n’est pas conforme à son plan de vol ou ne respecte pas les ordres des centres baltes de contrôle aérien. La majorité des interceptions réelles a concerné des avions de transport russes faisant la liaison entre Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Toutefois, l’une a visé un Iliouchine II-20 de reconnaissance et de renseignement d’origine électromagnétique.

Loïc Salmon

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