Défense : l’innovation, indispensable aux performances des systèmes d’armes

Dans le cadre des conflits de haute intensité, la maîtrise des nouveaux champs de conflictualité et l’anticipation des technologies de rupture visent à assurer en permanence la supériorité opérationnelle.

L’ingénieur général de l’armement Frédéric Bouyer, directeur de DGA Maîtrise de l’information (DGA MI), et Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), l’ont expliqué à la presse le 13 novembre 2025 à Bruz.

L’architecte numérique des systèmes d’armes. DGA Mi est né de la fusion, en 2009, du Centre électronique de l’armement et du Laboratoire de recherche balistique et aérodynamique, rappelle l’ingénieur général Bouyer. Cela a permis de rassembler les expertises complémentaires de l’électronique de défense, de la cybersécurité et des systèmes d’armes. Aujourd’hui, DGA MI est devenu le centre d’expertise et d’essais dédié à la cyberdéfense, aux systèmes d’information et de télécommunication sécurisés, au quantique, au spatial, à la guerre électronique, à l’autoprotection, au guidage-navigation et aux systèmes de missiles. Présent dans plus de 50 domaines d’expertise, DGA MI emploie 1.500 personnes, dispose de 54 moyens techniques et de 200 systèmes d’information et investit plus de 100 M€ par an. Éclaireur technologique, il doit anticiper les technologies de rupture pour maintenir une longueur d’avance face aux menaces émergentes. En tant que référent technique cyber du ministère des Armées et expert des systèmes numériques, il contribue directement à la performance et à la sécurité des systèmes d’armes français. DGA MI travaille avec le Commissariat du numérique de défense, l’AMIAD, l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration et des entreprises extérieures. Le site de Bruz, situé au cœur de la Bretagne, s’est engagé localement avec le Pôle d’excellence cyber et le « Cluster Bretagne Innovation Grand Ouest ». Il constitue le laboratoire des solutions de demain pour préparer l’efficacité opérationnelle des armées. Ainsi, les techniques innovantes en cyber et en numérique appliquées à l’autoprotection des systèmes d’armes permettent, d’analyser, de neutraliser et de contrer les menaces pesant sur les forces engagées sur un théâtre d’opération. Les moyens de survivre et d’évoluer dans un environnement brouillé, comme en Ukraine, sont devenus indispensables, en raison de l’omniprésence des brouillages ennemis et même…amis !

Les solutions d’intelligence artificielle. L’AMIAD doit rester connectée à l’ensemble de l’écosystème des armées et y déployer des solutions d’intelligence artificielle (IA), souligne Bertrand Rondepierre. L’innovation militaire ne fonctionne que lorsque l’opérationnel se trouve impliqué, notamment avec l’IA dans le numérique et les systèmes d’armes. La montée en puissance de la technologie dans la guerre impose de réfléchir à la conception du combat. En 18 mois d’existence, l’AMIAD a recruté 150 ingénieurs pour ses sites de Bruz (pôle technique et siège) et de Palaiseau (pôle recherche) et compte arriver à 300 personnes en 2026. Elle pourra alors « passer à l’échelle », à savoir changer de taille selon les besoins en matière d’IA et d’ingénierie. En mars 2025, elle s’est engagée à livrer, à l’automne 2027, une unité robotique de combat autonome avec des robots terrestres et des drones légers (photo). Il s’agit du projet « Pendragon », qui fonctionne avec de l’IA. Les moyens d’expérimentation et de développement sont déjà en cours. Par ailleurs, l’AMIAD a mis en œuvre le supercalculateur Asgard, qui commence à utiliser les volumes massifs de données issues de capteurs militaires pour l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées. Il s’agit d’entraîner des modèles spécifiques et non pas de reproduire ce qui se fait déjà dans le domaine civil.

Loïc Salmon

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Défense : création d’un Service national volontaire en 2026

Le Service national volontaire, uniquement en métropole et dans les Outre-mer, doit renforcer les lien Armée-Nation et capacité de résistance de la France et consolider la formation militaire, avec solde, des jeunes hommes et femmes entre 18 et 25 ans.

Le président de la République, Emmanuel Macron, l’a annoncé le 27 novembre 2025 à Varces (massif du Vercors) devant la 27ème Brigade d’infanterie de montagne.

Faire face aux risques. Devant l’accélération des crises et le durcissement des menaces, le chef des Armées a décidé de proposer un Service national purement militaire mais non universel. La fin de la Guerre froide (1947-199O) avait rendu inutile un modèle d’armée de masse au coût disproportionné par rapport à son efficacité. En conséquence, la décision de suspendre la conscription (uniquement masculine) en 1996 a répondu au besoin d’une armée professionnelle, plus réactive et qui n’a pas vocation à accueillir une classe d’âge de 600.000 à 800.000 jeunes. Ce nouveau Service national sera institué progressivement dès l’été 2026. Il s’adresse aux jeunes qui auront exprimé leur volontariat lors de la « Journée Défense et Citoyenneté », lien social avec l’État, qui rend apte à exercer des droits civils et politiques et à acquitter des obligations envers la société. Cette journée deviendra la « Journée de Mobilisation ». En cas de crise majeure, le Parlement pourra autoriser les armées à faire appel, au-delà des seuls volontaires, à ceux et celles dont les compétences auront été repérées pendant cette journée, le Service national devenant alors obligatoire. A part cette exception, les jeunes du Service national seront formés pendant un mois pour acquérir l’esprit de discipline, le maniement des armes, la marche au pas et l’ensemble des rituels nourrissant la fraternité de armées et concourant à la grandeur de la France. Après sélection, ils seront affectés pendant neuf mois dans une unité militaire pour effectuer les mêmes missions que les armées d’active, afin de les renforcer en fonction de leurs besoins, à savoir sentinelles, assistance aux populations ou postes en état-major. Afin de les accueillir dans les garnisons, il s’agit d’abord de construire des infrastructures et de dégager progressivement et suffisamment de cadres pour les former et les commander. L’actualisation de la loi de programmation militaire 2026-2030 prévoit un budget supplémentaire de plus de 2 Mds€ pour le Service national.

Modèle d’armée hybride. Afin de répondre aux menaces, la France va disposer d’un modèle d’armée complète rassemblant les unités militaires d’active, les réservistes et les jeunes du Service national. A l’issue de leur temps sous les drapeaux, ces derniers pourront suivre des études ou se lancer dans la vie professionnelle civile, tout en intégrant la réserve opérationnelle. Les armées les accompagneront s’ils recherchent un emploi. Ceux qui le souhaitent pourront s’engager dans l’armée d’active, où leur expérience acquise sera valorisée. Depuis la fin des années 1990, l’armée d’active a été renforcée, consolidée et mieux équipée. Elle se trouve complétée par 45.000 réservistes, effectif qui sera porté à 80.000 en 2030. En outre, celui du Service national, estimé à 3.000 personnes en 2026, sera augmenté progressivement en fonction de la menace, afin d’atteindre 10.000 en 2030 et 50.000 en 2035. Par ailleurs et afin de consolider les efforts entrepris dans le cadre du Service national universel expérimenté auprès de jeunes de 15-16 ans dès 2019, la durée des « classes de défense et de sécurité globale » va passer d’un an à trois ans avec la participation à une cérémonie commémorative par an dans chaque établissement. Les jeunes pourront effectuer dans les armées leur stage d’apprentissage de la vie professionnelle, inclus dans le programme de la classe de seconde au lycée. Enfin, le Service national complètera les dispositifs actuels d’engagement, dont le Service civique qui accueille déjà plus de 10.000 jeunes par an.

Loïc Salmon

Défense : se réapproprier la question militaire

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Armée de l’Air et de l’Espace : l’innovation pour gagner le combat aérospatial

L’innovation dans le domaine aérien militaire vise à moderniser les capacités, préparer le combat futur et valoriser le personnel, en tenant compte de l’évolution du contexte stratégique et des menaces.

Le colonel Arnaud Déné, commandant en second du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), et le colonel Alexandre Ribot, directeur « technique et innovation » du CEAM, l’ont expliqué à la presse le 7 novembre 2025 à Paris.

Le Centre d’expertise aérienne militaire. Le CEAM doit remplir trois grandes missions, indique le colonel Déné. D’abord, il expérimente chaque nouvel équipement livré à l’arme de l’Air et de l’Espace (AAE) pour augmenter un peu son rendement opérationnel. Ensuite, il développe les expertises opérationnelles et les tactiques pour améliorer la préparation des forces. Enfin, il pilote l’innovation dans le domaine opérationnel et l’entraînement. L’innovation planifiée, expression d’un besoin, est prise en compte dans un programme d’armement, une étude technico-opérationnelle ou un programme technologique de défense. En liaison avec les industriels et les mondes académique et de la recherche, le CEAM (750 personnes et 70 métiers) développe des laboratoires dans la lutte anti-drones (Battle Lab Drone), les outils de commandement et de conduite (C2 Factory), la guerre électronique (exercice « Black Crow ») et le facteur humain (médecine aéronautique et recherche biomédicale des armées). L’innovation ouverte se présente sous la forme participative par la captation d’initiatives au sein de l’AAE dans huit domaines : opérations et entraînement ; maintien en condition opérationnelle ; commandement et conduite, ressources humaines ; simplification et organisation du travail ; transition écologique ; spatial ; protection des forces. Elle fournit aux industriels et chercheurs des espaces sur les bases aériennes pour mettre en œuvre sans risque leurs outils de conception et de fabrication. Cela permet de comprendre les limitations d’une nouvelle technologie et ainsi d’améliorer la définition d’un besoin.

Le développement capacitaire. L’AAE occupe le terrain de l’innovation, du numérique et de l’intelligence artificielle, souligne le colonel Ribot. Parmi les nombreux projets élaborés en interne, quatre, apparemment simplistes, présentent une véritable plus-value opérationnelle. « Hélibox » permet des livraisons par air de colis de vivres et de matériels jusqu’à 20 kg. Son conditionnement particulier le fait enter en rotation pour assurer un profil aérodynamique, sans utiliser de parachutes réservés pour d’autres matériels plus lourds. A bord de l’avion de transport tactique A 400 M, la tablette numérique « Cargo Ready » effectue les calculs de centrage des chargements, intégralement, sans erreur et rapidement, à la place de deux opérateurs. Pour la sûreté aérienne, le « Bras Strike Hélicoptère » stabilise le tireur d’élite embarqué à la place d’un opérateur. Le retrait du poids de ce dernier permet d’emporter plus de carburant et d’améliorer l’autonome de vol. Sur un théâtre d’opérations, « FR Ace », constitué d’adaptateurs techniques (quelques kg) aux groupes électrogènes et systèmes de traçage d’un pays allié, permet d’éviter d’emporter les siens (plusieurs tonnes) et ainsi de réduire l’empreinte logistique. Dans le cloud de combat du CEAM, « ISR Box », connecté au Centre de commandement et de conduite des opérations aérospatiales de Lyon-Mont Verdun, permet de partager la situation tactique au sein de l’équipage d’un drone Reaper (pilotage et recueil de données géographiques très précises). L’intelligence artificielle est en cours d’expérimentation. Pour l’aviation de combat, un Mirage 2000 D au cockpit rénové embarque un calculateur capable d’agréger des applications numériques diverses. L’unité de développeurs informatiques du CEAM code le besoin opérationnel et met à jour ces applications tous les neuf mois.

Loïc Salmon

DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones




DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

La Direction de la sécurité aéronautique d’État (DSAÉ) permet la réussite des opérations aériennes militaires et assure la sécurité des aéronefs civils et étatiques, face aux drones et jusqu’à la très haute altitude, nouvel espace de confrontation.

Son directeur, le général de division aérienne Cyrille Duvivier, en a présenté les missions à la presse, le 17 octobre 2025 à Paris. Ce service interministériel concerne les trois armées, la Direction générale de l’armement, la Gendarmerie nationale, la Direction générale des douanes et droits indirects, celle de la Sécurité civile et de la Gestion de crises et la Police nationale.

La sécurité aéronautique. Bien commun, l’espace aérien jusqu’à 20 km d’altitude est réglementé par le Code des transports (1924) et la Convention de Chicago (1944) à l’origine de l’Organisation internationale de l’aviation civile, qui en formule les règles. L’encombrement du ciel européen par des avions de plus en plus rapides a conduit à l’initiative « Ciel unique européen » (2004) et à la création de l’EASA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui élabore des règles de circulation pour les diverses Directions générales de l’aviation civile, qui les appliquent au niveau national sur les compagnies aériennes desservant l’Europe. Du fait de leur souveraineté, les États sont exonérés des règles commerciales ou civiles pour leur aéronefs militaires et étatiques, c’est-à-dire qu’ils les suivent mais n’y sont pas tenus lors de leurs missions opérationnelles. En France, la DSAÉ conseille, en matière de risques, les huit autorités d’emploi, citées plus haut, pour l’Aviation légère de l’armée de Terre, les aéronefs des Douanes et les chasseurs de la Marine nationale et de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elle élabore, avec elles, des règles spécifiques pour l’accomplissement des missions, les représente au sein de l’OTAN et de l’Union européenne et coordonne la surveillance de l’espace aérien. La Délégation générale pour l’armement apporte aux ministères des Armées, de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie l’expertise technique dans la conception ou l’usage d’un aéronef exploité par une autorité d’emploi, afin de garantir un cadre de sécurité maîtrisée.

Les principaux enjeux. En 1945, le général de Gaulle institue par décret le Commandement de la défense aérienne pour assurer la souveraineté du ciel français. Le Directoire de l’espace aérien met en œuvre l’accord cadre entre les ministères des Armées et des Transports pour élargir les zones d’entraînement des aéronefs des huit autorités d’emploi, notamment pour les distances de tirs de missiles Meteor (air-air longue portée). Une trentaine de plateformes aéronautiques assurent les contrôles aériens militaire et civil. La DSAÉ intervient dans le domaine de la navigabilité, à savoir l’ensemble des conditions techniques pour qu’un aéronef ne constitue pas un danger pour lui-même ou pour des tiers. En ce qui concerne l’exploitation des aéronefs civils et étatiques, elle aide les autorités d’emploi dans l’évolution des règles pour remplir de nouvelles missions ou celles de demain. La sécurité aéronautique se trouve souvent imbriquée avec la sûreté aéronautique, qui relève du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre). Par ailleurs, les flux aériens devraient doubler dans une dizaine d’années, réduisant d’autant l’espace de circulation disponible. A basse altitude l’accroissement du parc éolien constitue un triple risque pour l’État : pollution de la détection des radars, sûreté et sécurité aéronautiques. S’y ajoute l’émergence des services civils de drones nécessitant des espaces de vol. En outre, les armées devront pouvoir créer leurs propres services de drones. En haute altitude, la règlementation pourrait s’étendre à 50 km. Enfin, la préparation à un conflit de haute intensité implique une coordination interministérielle pour le contrôle de l’espace aérien civil au profit des aéronefs étatiques, pour garantir leur navigabilité et leur maintenance en temps de guerre.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones




Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle

Le Commissariat au numérique de défense (CND) rassemble les structures et compétences numériques du ministère des Armées depuis le 1er septembre 2025. Son supercalculateur classifié Asgard, dédié à l’intelligence artificielle et installé au Fort du Mont-Valérien (banlieue parisienne), sera opérationnel en novembre 2025.

Le Commissariat au numérique. Les conflits récents en Ukraine et au Moyen-Orient soulignent la nécessité d’innover dans le domaine du numérique sur le champ de bataille. Le CND concentre donc les ressources existantes pour remplir trois missions : apporter un appui numérique performant et résilient aux opérations ; faciliter la construction du futur système de combat autour du numérique et de la donnée ; apporter un appui numérique au fonctionnement du ministère. Il pilote les domaines répartis entre la Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la Défense et l’Agence du numérique de défense, dont il occupe les locaux. L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) l’intégrera en 2026. Le CND est dirigé par le général de corps d’armée Erwan Rolland (commissaire) et l’ingénieur général hors classe de l’armement Lionel Morin (commissaire adjoint). Doté d’un budget de 20 Mds€ par la loi de programmation militaire 2024-2030, le CND emploie 6.745 personnes (55 % de militaires et 45 % de civils), effectif qui augmentera de 5, 8 % d’ici à 2030. Il dispose de plus de 2.000 systèmes d’information et de communication et d’une enveloppe annuelle de 1,3 Md€ pour des acquisitions numériques. Il développe 220 projets numériques complexes, organiques et non organiques, sur 600 marchés actifs et procède à 530.000 interventions par an pour installer, assister et dépanner 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ses ressources humaines, métiers et compétences s’exercent dans cinq fonctions transverses. La gouvernance et la stratégie définissent la politique numérique du ministère des Armées, notamment en termes de souveraineté numérique. Le commandement numérique interarmées met en œuvre les systèmes numériques et de communication nécessaires au fonctionnement courant et à la conduite des opérations dans toutes les fonctions stratégiques, dont la dissuasion nucléaire. La fabrique numérique porte sur la fabrique des systèmes d’information et leur soutien. Les données et l’intelligences artificielle (IA) sont traitées par l’AMIAD. Les achats, la logistique et la distribution des ressources numériques sont assurés en cohérence avec les besoins opérationnels. Un secrétariat commun du « numérique de système de défense », qui réunit le CND, l’État-major des armées et la Direction générale de l’armement, intervient dans les programmes d’armement.

Le supercalculateur Asgard. Capable de traiter les données classifiées et celles non protégées, Asgard couvre l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées, directions et services. Il permet notamment d’entraîner des modèles d’IA générique adaptables à un large éventail de tâches nécessitant de grandes quantités de données et d’importantes capacités de calcul. Ses GPU (unités de traitement graphiques), optimisées pour les opérations matricielles et les algorithmes d’apprentissage profond, pourront traiter d’énormes quantités de données de manière collective. Mis en œuvre par l’AMIAD, Asgard est exclusivement opéré et maintenu en condition opérationnelle par des citoyens français habilités au secret de la Défense nationale. N’étant pas connecté à internet, il permet à la France de conserver sa souveraineté dans le traitement des données confidentielles pour les besoins de ses armées. Enfin, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 10 Mds€ pour l’innovation, dont notamment le développement de l’IA.

Loïc Salmon

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

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Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future




Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones

Le maintien de la souveraineté sur l’espace aérien national exige une vigilance accrue, une capacité constante d’anticipation et une grande réactivité aux menaces.

Le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), en a présenté le fonctionnement à la presse le 2 octobre 2025 à Paris.

Posture de sûreté aérienne. La défense aérienne de la France mobilise 450 aviateurs 24 heures sur 24, 365 jours par an. Elle s’appuie sur du renseignement en amont obtenu par un maillage de 70 radars répartis sur le territoire national et connectés aux centres de détection et de contrôle. S’y ajoutent les renseignements provenant de la Direction générale de l’aviation civile, de la Direction générale de douanes et droits indirects et de la Direction générale de la sécurité intérieure, afin d’évaluer la situation par rapport à un aéronef particulier. En cas de comportement anormal, 4 plots de chasseurs et 3 plots d’hélicoptères, en alerte permanente, peuvent intervenir en quelques minutes. Des avions ravitailleurs peuvent être déployés pour soutenir les chasseurs dans la durée et des avions E-3F AWACS (systèmes aéroportés de détection et de commandement aéroporté) permettent d’allonger la surveillance radar. Tout est coordonné à la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, centre du CDAOA connecté aux radars de l’OTAN pour anticiper et orienter les actions. En temps de paix, celles-ci peuvent débuter en vol avec la poursuite de l’aéronef pour le contraindre à se poser, afin que le pilote soit appréhendé par la Gendarmerie. Le dispositif inclut la participation des radars des bâtiments de la Marine nationale et la défense sol-air de l’armée de Terre. Des protocoles d’accord bilatéraux avec les pays voisins de la France permettent d’échanger des données et d’engager des poursuites au-delà des frontières. La chaîne d’engagement permanente relève de la Haute autorité de défense aérienne et du Premier ministre. Lors d’événements majeurs comme le Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, un « dispositif particulier de sûreté aérienne » est mis en place avec des zones de vol réglementées et d’interdiction temporaires.

Lutte anti-drones. Plusieurs milliers de drones, enregistrés dans des banques de données et mis en œuvre par des opérateurs privés ou étatiques (SNCF, pompiers, Douanes et prisons), survolent la France dans des couloirs spécifiques. La posture de sûreté aérienne s’applique aux drones selon le triptyque détection, classification et intervention, mais avec des particularités. Rarement métallique, un drone évolue souvent à basse altitude, de jour comme de nuit et souvent en milieu urbain. La détection associe radars, goniométrie, acoustique et caméras. Signalements électroniques et systèmes d’intelligence artificielle détectent les comportements erratiques. La classification « ami » ou « ennemi » permet de lever un doute. En cas d’engagement, les drones seront neutralisés par des moyens moins coûteux que les missiles. Cela va du brouillage, du sol ou d’un hélicoptère, à la capture électronique de la télécommande du drone, pour le renvoyer à son point de départ et appréhender le pilote, ou à la destruction par de l’artillerie ou un fusil de chasse. La Marine et les armées de Terre et de l’Air et de l’Espace développent leurs propres systèmes de protection et s’entraînent à la lutte anti-drones. Pendant les Jeux Olympiques, environ 400 drones contrevenants n’ont pas respecté la réglementation, entraînant brouillages, saisies et interpellations des télépilotes. L’arme à énergie dirigée (laser), capable de griller les composants électroniques d’un drone en quelques secondes, a été mise en œuvre. Ensuite, le CDAOA a monté l’exercice interarmées et interministériel XLAD (17-28 mars 2025) avec la société civile en mobilisant 230 participants et selon 40 scénarios de menaces multiples.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

 




Défense : enjeux du changement climatique pour les armées

Préservation de l’environnement et développement durable visent à améliorer la résilience du ministère des Armées. En outre, les forces armées prennent en compte le dérèglement climatique dans l’accomplissement de leurs missions.

Sylviane Bourguet, directrice des territoires, de l’immobilier et de l’environnement du Secrétariat général pour l’administration, et l’ingénieur général de 2ème classe Sylvain Hilairet, chef de la division infrastructure et énergie opérationnelle de l’État-major des armées, ont présenté à la presse, le 18 septembre 2025 à Paris, la stratégie de défense durable de 2016, réactualisée en 2024.

Soutenabilité de l’outil de défense. Le ministère des Armées utilise 275.000 ha de terrain, dont 80 % présentent un intérêt important en matière de biodiversité, indique Sylviane Bourguet. Chaque année, il consomme 10,8 térawattheures (milliards de kilowattheures), soit 0,8 % de la consommation nationale, et produit 154.000 t de déchets. Déjà, 815 officiers généraux et cadres supérieurs civils ont été formés à la transition écologique. Un plan d’extension à l’ensemble des militaires et personnels civils est en cours de finalisation. Le ministère des Armées a conclu ou renouvelé des partenariats avec des organismes experts, notamment avec le Muséum national d’Histoire naturelle, pour la préservation de la biodiversité, et avec le Bureau de recherche géologique et minière, pour l’identifier des sites et des sols pollués. Cinquante emprises assurent un suivi écologique sur 100.000 ha d’espace naturel, soit près d’un tiers des terrains du ministère des Armées. Au-delà des normes déjà en vigueur, ce dernier améliore sa connaissance et son organisation en matière de prévention des risques, pollutions et nuisances. Depuis deux ans, le Fonds d’intervention pour la transition écologique aide 76 projets innovants.

Actions militaires. L’impact du changement climatique sur les engagements opérationnels des armées s’accroît, souligne l’ingénieur général Hilairet. Il est considéré comme un facteur de chaos dans l’environnement stratégique, au même titre que le retour de l’usage de la force (Ukraine et Moyen-Orient), le rejet du modèle occidental et la guerre informationnelle. Les dégradations climatiques peuvent déstabiliser les conditions de subsistance de certains territoires (conflits entre éleveurs et agriculteurs au Sahel), favoriser l’essor de groupes criminels ou exacerber le terrorisme (Somalie). En France, orages violents, sècheresses et incendies nécessitent les interventions fréquentes des forces armés. La stratégie « Climat et Défense » porte d’abord sur l’anticipation par la diffusion de la connaissance des phénomènes de changement climatique (600 personnes sensibilisées depuis 2022) pour l’intégrer à la prise de décision opérationnelle. Elle identifie les risques sécuritaires et opérationnels induits, dont ceux consécutifs à l’accélération de la fonte des glaces en Arctique. Elle implique l’adaptation de tenues des combattants aux zones extrêmes (désert, grand froid, milieux chaud et humide). Des études technico-opérationnelles analysent les conséquences des variations climatiques sur la résilience des infrastructures et les performances des hélicoptères (variations de la température sur la portance de l’air et donc sur les capacités d’emport et d’élongation), avions, bâtiments de surface (cartographie, température, salinité, portées des radars et des sonars) et sous-marins, afin d’adapter leur développement futur. Un effort d’atténuation de l’impact du changement climatique est déjà engagé. L’armée de l’Air et de l’Espace consomme 50 % des besoins énergétiques du ministère, la Marine 30 % et l’armée de Terre 5 %. La guerre russo-ukrainienne démontre l’importance du renseignement énergétique et de la lutte énergétique défensive (accès des armées à l’électricité et aux carburants). Un partage de bonnes pratiques se développe au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.

Loïc Salmon

Environnement : conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale

Menaces hybrides : belligérance en reconfiguration permanente

Arctique : espace de confrontation potentielle, stratégie de la France




Arctique : espace de confrontation potentielle, stratégie de la France

Espace d’expression de puissance pour plusieurs pays, la région arctique représente un espace d’intérêt stratégique croissant avec des enjeux climatique, économique, géopolitique et militaire.

Tristan Claret-Trentelivres, chef du département prospective et contre-prolifération à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, l’a expliqué lors d’une conférence de presse tenue le 10 juillet 2025 à Paris.

Contexte stratégique. Le réchauffement climatique de la zone arctique est deux fois plus rapide qu’ailleurs. Le dégel progressif rend accessibles des ressources minières et énergétiques sous-marines. Selon l’ONU, la région dispose de 13 % des réserves de pétrole et 30 % des réserves de gaz non encore découvertes ainsi que 130 Mt de terres rares et de métaux critiques, surtout en Russie, au Sud du Canada et au Groenland. Le retrait progressif de la calotte glaciaire, en été, ouvre progressivement la voie maritime du Nord-Est entre l’Europe et l’Asie, via les eaux russes. En 2050, cette route réduirait de 40 % la durée du trajet avec des gains logistiques et économiques. Selon sa doctrine navale de 2022, la Russie considère la région comme un intérêt vital en raison de la présence de sa Force océanique stratégique. Elle y déploie un dispositif complet pour agir dans tous les champs de conflictualité. Depuis 2018, la Chine se positionne comme un pays proche de l’Arctique et une puissance polaire. Elle cherche à y légitimer sa présence, développer son expertise scientifique et renforcer ses capacités commerciales. Elle investit dans les infrastructures portuaires, la construction de brise-glace et les télécommunications. En 2024, la Russie et la Chine ont signé un mémorandum de coopération entre leurs forces de sécurité intérieures et organisent des patrouilles conjointes de garde-côtes. Depuis 2019, les États-Unis ont signé des accords avec les pays scandinaves en vue d’élargir leurs installations logistiques et d’ouvrir de nouveaux sites d’entraînements militaires dans la région. En 2023, la Grande-Bretagne a annoncé l’ouverture d’une base militaire dans le Nord de la Norvège et mène des missions aériennes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance à la frontière finlando-russe. Le Canada, la Norvège, la Finlande et la Suède modernisent leurs flottes de garde-côte, renforcent leurs infrastructures et accroissent leurs partenariats locaux. Ottawa développe ses capacités militaires et civiles depuis 2024, pour mieux contrôler le passage du Nord-Est, et Oslo a relevé le niveau d’alerte de ses forces armées en 2022. L’OTAN y a renforcé sa présence avec l’intégration effective de la Finlande et de la Suède en 2023.

Enjeux pour la France. Son appartenance à l’OTAN et à l’Union européenne (UE) lie stratégiquement la France à 7 des 8 pays membres du Conseil de l’Arctique, à savoir le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, le huitième étant…la Russie ! Cela implique la mise en œuvre des clauses de défense collective conformément à l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord ou l’article 42 de celui de l’UE. Les bouleversements géographiques rapprochant l’Europe du Pacifique imposent à la France de préserver sa capacité de projection et d’action militaires en Arctique. Celle-ci doit sécuriser ses approvisionnements en ressources énergétiques et garantir la protection des personnes et des biens français et européens. Le ministère des Armés peut y assurer des missions de recherche et de sauvetage, de lutte contre la pollution accidentelle et d’appui logistique dans un environnement extrême. Outre le dialogue politico-militaire et la coopération (renseignement, logistique et entraînements conjoints) entre les pays alliés, le pilier capacitaire nécessite des moyens spatiaux spécifiques (surveillance maritime, télécommunications et exploitation des orbites polaires), la mise en place de senseurs et le renforcement des systèmes de protection existants.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

Arctique : enjeux stratégiques pour la France

Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique




Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

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OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

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