Walk-Ins

L’agent d’un service de renseignement (SR) qui décide volontairement d’offrir ses services à un pays adverse devient un « walk-in », quand il franchit le seuil d’un bâtiment officiel ou envoie un courrier. Cela peut entraîner des conséquences graves pour son SR et son pays d’origine et influer sur les relations internationales.

L’analyse des parcours complexes de 42 Walk-Ins, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, apporte un éclairage sur cette particularité de la « guerre de l’ombre ». Le monde du renseignement ne connaît que des alliances, variant selon la conjoncture internationale. Les agents de SR partagent deux valeurs indispensables à leur métier, le secret et le sentiment d’œuvrer à la protection de leurs concitoyens et des intérêts de leur pays. Or le walk-in offre la connaissance intime de son SR (organisation, moyens, objectifs, personnels, sources et opérations en cours), la possibilité d’accès direct au circuit décisionnel et l’opportunité d’agir et de défaire ses plans. Ses motivations diffèrent : l’argent, la possibilité d’une vie meilleure, l’idéologie ou la déception politique, le chantage à la personne ou à la famille, le besoin de valorisation, le déséquilibre entre les vies familiale et professionnelle, la vengeance ou même la crainte d’une sanction, d’un déclassement, d’une arrestation ou de la mort (dans les régimes totalitaires). La contrainte d’un long travail d’approche en vue d’un recrutement n’existe pas pour un walk-in qui, s’il est haut placé dans la hiérarchie, apporte des renseignements proportionnels, en qualité et en quantité, à l’importance de ses responsabilités. Comme il ne peut tout connaître en raison du fonctionnement cloisonné du SR, il lui suffit de voler les « bons » documents car tout est écrit quelque part. En revanche, les SR d’accueil devra déterminer les causes de sa défection pour s’assurer de sa loyauté et éviter de se retrouver face à un faux transfuge, envoyé pour tester ses défenses, diffuser de fausses informations, jeter la suspicion ou lancer de fausses pistes. Un walk-in, officier de renseignement ou assimilé, connaît le fonctionnement du SR où il va, sait qu’il y aura une demande de compensation et l’obligation de fournir des preuves de sa bonne foi. A l’issue de « débriefings » longs, stressants et difficiles, il connaît une vie totalement différente de la précédente. Il a obtenu l’asile politique, une nouvelle nationalité, un changement de patronyme, l’installation dans un endroit tenu secret, voire une prise en compte psychologique. De nombreux walk-ins ressentent le besoin d’écrire, souvent avec l’aide d’un tiers. Précédés d’articles dénonçant le régime ou le SR qu’ils ont quitté, leurs livres, parfois autobiographiques, servent à justifier leur acte ou font suite à la forte incitation du SR d’accueil, qui y voit une propagande à bon compte contre le camp adverse. Parmi les 42 walk-ins cités dans l’ouvrage, 19 ont publié 42 livres en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Lettonie, en France, au Japon, en Roumanie et au Danemark entre 1930 et 2005. Certains ont pu démarrer une nouvelle vie, mais d’autres ont dû se cacher le restant de leurs jours et tous ont rencontré des difficultés diverses : crainte de la découverte de leur passé, dépression ou alcoolisme. Un walk-in, resté sur place, s’estime suffisamment expérimenté pour évaluer les risques, mais reste vulnérable à toute indiscrétion d’une « taupe » infiltrée dans le SR étranger auquel il collabore. Toute défection dans le SR d’origine provoque audits, sanctions, sentiment de trahison, crainte d’imitations et réorganisation. Grâce aux walks-ins, les pays occidentaux ont découvert que l’URSS avait monté un réseau d’espionnage et de pillage industriel et économique, avant même la fin de la guerre. Ils ont alors constitué une protection collective en 1949 par le traité de l’Atlantique Nord et l’OTAN. Dès 1947, les États-Unis, qui avaient démantelé leur SR extérieur en 1945, ont créé la CIA pour renforcer leur sécurité.

Loïc Salmon

« Walk-Ins » par Michel Guérin. Mareuil Éditions, 342 pages 21,90 €

La DST sur le front de la guerre froide

Renseignement : l’affrontement des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Renseignement et espionnage pendant la seconde guerre mondiale




Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

L’immersion des combattants dans des environnements opérationnels virtuels, grâce à la simulation puis l’intelligence artificielle (IA), permet d’évaluer l’acquisition de leurs savoir-faire.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense).Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur ; le lieutenant-colonel Grégory Fierling, officier de synthèse de la fonction simulation à la section technique de l’armée de Terre ; le capitaine de frégate Laurent Ollivier, division Plans & Programmes à l’état-major de la Marine ; le capitaine Erwan Le Garrec, officier de cohérence opérationnelle sur la simulation, armée de l’Air et de l’Espace.

Le combat futur. La simulation permet de se préparer à faire face à tous les types de conflit possibles afin d’améliorer les capacités de l’armée de Terre, estime le général Baratz. Elle sera encore plus utilisée pour la formation des combattants avec l’arrivée des systèmes immersifs, générés par l’IA, pour un apprentissage en ciblant des pédagogies pour chaque soldat confronté à des situations anormales. La simulation, très employée pour la formation des équipages de blindés et d’hélicoptères, vise à mécaniser systématiquement certaines activités. Chaque régiment dispose d’un espace de simulation et de numérisation, en vue du combat info-valorisé du système Scorpion qui met en réseau l’ensemble des moyens. L’armée de Terre envisage de mettre en réseaux tous les systèmes d’entraînement collectif afin d’entrevoir des scénarios. Ainsi, le simulateur Élite permet de faire travailler plusieurs équipages simultanément en variant les conditions métrologiques et d’engagement, en vue d’une acquisition plus rapide de compétences. Pour l’entraînement tactique, la simulation permet d’avoir une vision objective de la phase d’entraînement lors du « débriefing » du soir et de gagner en réalisme et en efficacité.  En outre, la simulation collective, accrue par l’IA, forge les esprits des officiers d’état-major. Via les « jeux de guerre », ces derniers s’habituent à saisir les opportunités face à un adversaire manœuvrant. Les analyses à froid avec des algorithmes dégagent des tendances, notamment l’efficacité des combinaisons des capacités, et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La simulation valide des hypothèses ou des choix possibles. Enfin, elle permet de tester des doctrines, d’envisager les armements futurs et de préparer des opérations.

L’armée de Terre. Les outils de simulation, apparus en 1992 pour l’entraînement des états-majors, atteindront la 6ème génération dénommée Taran et utilisant l’IA en 2026-2030, indique le lieutenant-colonel Fierling. En école, le soldat apprend à utiliser un système d’arme avec des simulations d’armements légers en cabine pour qu’il puisse manœuvrer. L’IA facilitera l’adaptation des processus pédagogiques aux caractéristiques des différents individus ou à leur amélioration. Des outils de simulation permettent déjà de générer des situations tactiques pour provoquer la rédaction d’ordres de la part des chefs et la rédaction de comptes rendus de la part des servants. Ensuite, tous sont envoyés dans des structures de combat en zone ouverte ou en zone urbaine, où leurs savoir-faire et aguerrissement sont contrôlés face à un ennemi réaliste en vue de combattre dans les engagements les plus durs. Des outils de simulation, disposés sur des engins et des systèmes réels, modélisent les cibles à viser et les tirs par des rayons laser. Ils optimisent les savoir-faire individuels et collectifs avant l’emploi effectif de matériels très onéreux. L’armée de Terre dispose de 6.000 machines installées dans 120 sites et reliées par 160 serveurs. Les outils de simulation génèrent des situations tactiques pour entraîner les postes de commandement, du niveau de groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie et génie ou artillerie) à celui de la division. Ce dispositif permet de faire travailler, ensemble et dans leur garnison, des individus issus de ces différentes fonctions opérationnelles. Il permet aussi aux états-majors de brigades de s’entraîner depuis leur garnison avec des unités subordonnées du niveau régiment qui restent chez elles. Il intègre des situations tactiques réalisées de manière réelle sur le terrain. Grâce à l’IA, les outils de simulation procèdent à la confrontation des modes d’action amis et ennemis. Ils donnent une indication sur la manœuvre interarmes (combinaison du feu et du mouvement) choisie et sur ses chances de succès. Le prochain enjeu porte sur le combat interarmées.

La Marine nationale. La formation à de nombreux métiers s’effectue sur des simulateurs d’apprentissage avec des instructeurs, explique le capitaine de frégate Ollivier. Les simulateurs, embarqués ou à terre et destinés à l’entraînement tactique, correspondent aux composantes de la Marine. Ceux des forces sous-marines sont installés à Toulon : Sycobs pour la sécurité/plongée ; Mercure pour la conduite normale de propulsion ; Vulcain pour la conduite en cas d’incident de propulsion ; Jupiter et Minerve pour la conduite des opérations et Mars pour la mise en œuvre des armes. Les simulateurs Espadon et Esturgeon reconstituent l’environnement du Central Opérations d’un bâtiment de surface pour les luttes anti-sous-marine, sur la mer et anti-aérienne. L’aviation navale dispose du Simulateur d’entraînement tactique pour l’équipage d’avion de patrouille maritime ATL2 et du Centre de simulation de la base aéronavale de Landivisiau pour les Rafale Marine et les avions de guet aérien avancé E2C Hawkeye du porte-avions Charles-de-Gaulle. L’entraînement des états-majors de niveaux opératif et stratégique est réalisé avec Taran (technologie de l’IA), Direct CGF et CMO (Command Moderne Operations) pour configurer des scénarios impliquant différents types de plateformes en interaction (jeux de guerre). A terme, la Marine nationale va disposer de simulateurs drones, d’autres pour la lutte asymétrique (défense à vue) ainsi que d’une simulation distribuée entre les navires de surface et les aéronefs et des liaisons entre simulateurs des unités en mer et à quai. L’IA présente des avantages pour l’analyse et la reprise de scénarios simulés mais également des contraintes : capacité d’enregistrement et de stockage des informations ; définition de critères de succès pour les tactiques envisagées ; confidentialité de la modélisation, réalisée par les industriels, des tactiques et doctrines de la Marine nationale.

L’armée de l’Air et de l’Espace. La simulation existe pour tous les types d’aéronefs, de systèmes et de missions simples, rappelle le capitaine Le Garrec. Les pilotes passent 70.000 heures chaque année dans une cabine de simulateur Rafale qui coûte plus cher qu’un avion, soit un peu moins de la moitié des heures de vol. Mais la simulation reste insuffisante pour les misions complexes et les exercices nationaux et internationaux, qui nécessitent un environnement réaliste et immersif. Les outils doivent être complétés pour : l’entraînement à la haute intensité impliquant de plus en plus de moyens et d’acteurs connectés ; la maîtrise des coûts ; l’enrichissement des missions d’entraînement en vol ; la diversification et la densification de l’entraînement tactique simulé. Le spectre s’élargit avec le combat collaboratif et l’arrivée du système de combat aérien futur dans un contexte multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyber) et multi-champs (informationnel et électromagnétique). La simulation massive en réseau permet de réaliser des missions tactiques, simples et complexes, faisant intervenir des acteurs plus variés et en plus grand nombre. Sur la période 2023-2025, les 12 bases aériennes auront remplacé 12 anciennes cabines et reçu 65 nouvelles : 31 typées chasse ; 13 typées avions de transport tactique ; 21 typées hélicoptères.

Loïc Salmon

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle




DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

La Direction générale de l’armement (DGA) a mis en place un outil économique et productif résistant aux crises majeures afin de fournir, dans la durée, les équipements nécessaires aux armées en cas de guerre.

Le bilan 2022-2024 a été rendu public dans un document le 9 décembre 2024 à Paris.

Cadences et capacités de production. Les mesures normatives de priorisation des commandes dans le cadre la loi de programmation militaire 2024-2030, l’introduction de nouvelles technologies de production, la renégociation des contrats et l’accompagnement des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense ont permis de produire plus et plus vite pour conserver l’autonomie stratégique. Ainsi, le temps de production chez le groupe électronique de défense Thales est passé de 18 à 6 mois. L’accélération de la production des missiles Aster permettra d’en livrer six fois plus que prévu en 2025. La production de canons Caesar (photo) chez KNDS a triplé avec une réduction du délai entre la commande et la livraison, passé de 30 à 15 mois. Celle des bombes AASM (armement air-sol modulaire) a doublé. La production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. La cadence de fabrication de missiles Mistral (air-sol très courte portée) de MBDA aura été multipliée par 4 entre 2022 et 2025. Face aux accélérations, les industriels ont anticipé leurs approvisionnements pour améliorer leur réactivité. Des clauses d’accélération de production ont été introduites dans la commande globale de MPP (missiles de moyenne portée) passée en 2023. Alors qu’il s’élevait chaque année à 9,5 Mds€ entre 2012 et 2016, le montant des commandes a atteint 20 Mds€ en 2023. A titre indicatif, voici les montants des commandes en attente de livraisons au 31 décembre 2023 : Thales, 6 Mds€ ; Airbus Defense and Space, 5 Mds€ ; Airbus Helicopters, 5 Mds€ ; Dassault Aviation, 5 Mds€ ; Naval Group, 4 Mds€ ; MBDA, 3 Mds€ ; Safran (équipements aéronautiques), 2 Mds€ ; chantiers navals hors Naval Group, 1,5 Md€ ; KNDS, 1,5Md€ ; Arquus (véhicules terrestres), 1 Md€. En 2023, près de 25 % des commandes ont été attribuées à 21.000 entreprises petites, moyennes, intermédiaires et start-ups, soit 6,8 Mds€.

Expertise et essais. D’un coût de 40 M€, les principaux essais effectués par la DGA ont nécessité 6,9 millions d’heures d’ingénierie en 2023. Deux tirs d’exercice et deux tirs au banc du propulseur ont concerné le planeur hypersonique VMAX et les missiles balistiques de la Force océanique stratégique. De nombreux essais, notamment de lutte anti-drones, ont été effectués pour la préparation opérationnelle des forces armées. Des essais qualifiants ont eu lieu pour le système d’autoprotection guerre électronique Spectra F4 du Rafale. A la suite d’essais sur le segment spatial Syracuse, le satellite de communications Syr4B a été lancé du site guyanais. Le transport aérien du missile Aster par avion A400M a été testé pour ravitailler la frégate multi-missions Languedoc. Les forces armées ont reçu 185 outils cyber. Des expertises et des essais ont été effectués pour améliorer les performances des équipements de protection individuelle NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) en service. Pour le sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération, des calculs numériques et des essais au grand tunnel hydrodynamique du propulseur ont été effectués pour évaluer les caractéristiques propulsives et acoustiques. Des essais d’acceptation ont eu lieu sur le Dugay-Trouin, 2ème sous-marin de la classe Suffren. La frégate Aconit de type La Fayette est en rénovation à mi-vie avec des essais d’acceptation. Les premiers essais sur des munitions téléopérées actives ont été entrepris. Des essais sur la protection du porte-avions nucléaire de nouvelle génération ont eu lieu. D’autres ont validé la sûreté de fonctionnement des logiciels autorisant le déploiement du drone armé Reaper Block5 en métropole.

Loïc Salmon

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

Armement : les commandes majeures de 2023

Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

 




AAE : préparation à la guerre de haute intensité au niveau OTAN

La partie aérienne du programme OTAN annuel « Tactical Leadership Program » (TLP) prépare l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) aux missions massives en coalition dans un environnement hostile.

Elle se déroule à Albacete (Espagne) du 23 janvier au 14 février 2025. La préparation opérationnelle de l’AAE a été présentée à la presse le 9 janvier à Paris par le général Pierre Gaudillière, commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse, et le lieutenant-colonel Julien Fond, officier de liaison à la mission de défense à Madrid.

Préparation opérationnelle « chasse ». Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient montrent que la bataille dans le ciel, depuis le ciel et vers le ciel revient en force et que la puissance militaire aérospatiale se trouve en première ligne, souligne le général Gaudillière. La Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC) compte 40 unités, 4.000 aviateurs, 240 avions de chasse et de reconnaissance et 20 sections de défense sol-air réparties sur 20 sites en France et à l’étranger. La défense sol-air, présente sur les différents théâtres et conflits en cours, a été intégrée à la BAAC au titre d’une cohérence de la maîtrise du ciel et d’une complémentarité d’action de la défense aérienne, du sol aux plus hautes couches de la stratosphère. L’entraînement, qui prépare à des engagements de plus en plus durs dans un environnement dégradé et évolutif, inclut le brouillage des systèmes d’information, pour que les pilotes accomplissent des missions sans GPS, et des contraintes sur la mécanique et la logistique. Dans la logique de la haute intensité, il s’agit de réfléchir à des procédures s’éloignant des normes du temps de paix et de les mettre en œuvre, comme le ravitaillement en kérozène d’un Mirage 2000 moteur tournant ou la pose manuelle de missiles sur les avions. La BAAC renforce sa crédibilité dans des exercices internationaux. Ainsi lors de la mission « Pégase 24 » dans la zone Indopacifique, son détachement a participé aux exercices « Arctic Defender » en Alaska et « Pitch Black » en Australie dans des conditions agressives très réalistes. « Ramstein Flag 2024 », en Grèce, a mis en œuvre près de 200 avions et des systèmes sol-air dans un contexte très complexe.

« Tactical Leadership Program ». Le TLP organise trois stages majeurs « chef de mission » pour des opérations comprenant plus de 30 aéronefs de tous types et des moyens terrestres et navals, indique le lieutenant-colonel Fond. Les missions portent sur la défense aérienne, la pénétration, la destruction de systèmes sol-air, le bombardement, le sauvetage, la défense sol-air, la reconnaissance et le soutien de troupes au sol. Le TLP organise aussi 12 stages sur la récupération et le sauvetage, la simulation pour les jeunes équipages, la formation spécifique au renseignement et l’acquisition de connaissances théoriques. La France participe au stage de janvier-février 2025 avec 20 avions et 1 système de simulation de menace sol-air Arpège. Les stagiaires effectuent une mission complète différente chaque jour, soit 12 heures de travail d’affilée décomposé en 4 heures de préparation, 4 heures d’exécution et 4 heures de « débriefing ». En 2009, la France a rejoint le TLP qui accumule près de 50 ans d’expérience et inclut l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Grèce, l’Italie, le Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Capable de former près de 500 stagiaires par an, il est localisé en Espagne, qui le finance 20 % et jouit de bonnes conditions météorologiques permettant d’éviter toute annulation. Sa vaste zone d’entraînement est disponible quatre fois par an vis-à-vis du trafic aérien civil. Le TLP propose des scénarios incluant le cyber, l’espace et des composantes aériennes, maritimes, terrestres et forces spéciales. Le réalisme et la complexité sont accrus par l’intégration de menaces simulées dans des missions réelles. Toutefois le risque zéro n’existe pas. Ainsi le 26 janvier 2015 à Albacete, neuf aviateurs français sont morts dans un accident causé par un chasseur F16 grec.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »




Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

La souveraineté aérienne en matière de défense et de sécurité s’appuie sur des moyens strictement nationaux pour la dissuasion nucléaire et la posture permanente de sûreté. Elle garantit aussi la liberté d’action et de décision autonomes pour des missions internationales avec des capacités d’action mutualisées.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 12 novembre 2024 Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA). Y sont intervenus : le général de brigade arienne Jean-Patrice Le Saint, directeur du CESA ; le général de corps aérien Laurent Rataud, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; le commissaire général (2S) Pascal Dupont, secrétaire général de la Société française de droit aérien et spatial.

Souveraineté aérienne. La posture permanente de sûreté s’applique à l’espace aérien national, du sol à la limite de l’atmosphère, indique le général Le Saint. L’exploitation de cet espace aérien, sa sécurité et sa protection relèvent strictement de l’État au titre du droit international et s’exerce sous l’autorité du Premier ministre, sous la responsabilité du commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes et dans le cadre de procédures nationales. Elles s’appuient sur des moyens civils et militaires déployés sur l’ensemble du territoire et incluent des moyens d’alerte et d’intervention relevant d’abord de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). En raison de l’actualité internationale, imprévisible, instable et dangereuse, le contexte d’accomplissement d’une mission de sûreté réelle n’a cessé de se complexifier et de se durcir. La menace terroriste comparable aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, par détournement d’avions commerciaux transformés en bombes volantes, reste d’actualité. S’y ajoutent la reprise, depuis une dizaine d’années, des vols stratégiques russes au Nord et à l’Est de l’Europe, la croissance du trafic aérien civil et la prolifération exponentielle des drones commerciaux ou privés dans les basses couches atmosphériques. En outre, la très haute atmosphère à une altitude supérieure à 20 km revêt une importance stratégique, car elle permet d’assurer une continuité des opérations militaires, du sol à l’espace, et renforce la notion de puissance militaire aérospatiale souveraine au regard du droit international, mais spécifique quant aux moyens de régulation.

Enjeux et menaces. Depuis le 27 février 2022, la France interdit le survol de son espace aérien aux aéronefs russes, souligne le général Rataud. L’AAE intercepte et contrôle régulièrement les avions étrangers en transit, notamment ceux chargés du renseignement pour s’assurer qu’ils n’ont pas oublié d’éteindre leurs capteurs de surveillance. Ainsi entre janvier et novembre 2024, elle a procédé à 90 contrôles de routine et rappelé, par la voie diplomatique, à quelques États alliés que certains oublis ne sont pas acceptables. La défense aérienne se caractérise par ses aspects interarmées, interministériel et international. Il s’agit de savoir ce qui se passe dans l’espace aérien et de disposer de la capacité d’y intervenir pour vérifier le respect des règles et, éventuellement, contraindre ou s’opposer physiquement à une utilisation illicite, malveillante ou hostile. Dès 1944 avant la fin de la seconde guerre mondiale, un cadre juridique mondial commun définit la souveraineté complète et exclusive sur l’espace aérien au-dessus du territoire de chaque État. La France l’a complété par la volonté politique de reconstituer une armée de l’Air chargée de faire respecter cette souveraineté. A cet effet, le décret du 20 janvier 1945 porte sur la création du Commandement de la défense aérienne du territoire. Il s’ensuit une politique d’acquisition de matériels purement nationaux, afin de garantir l’indépendance de la France pour les composantes aérienne et océanique de sa dissuasion nucléaire, les missions de défense aérienne et la fabrication de radars de surveillance de la haute altitude. La construction européenne s’accompagne d’accords transfrontaliers avec les pays voisins (Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne et Suisse), la défense aérienne, complétés par le renforcement des liens avec l’OTAN et la prise en compte du retour d’expérience des conflits, notamment ceux qui suivent la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989). Les attentats aériens du 11 septembre 2001 ont ramené au premier plan la souveraineté aérienne et son organisation qui évolue en permanence pour s’adapter aux menaces. La Haute autorité de défense aérienne garantit la cohérence des politiques nationales en matière de soutien mises en œuvre par la Direction générale de l’aviation civile, la police aux frontières, les réseaux de de l’AAE, les transports aériens, la Direction générale de la sécurité civile, la gestion des crises nationales et la Direction générale des douanes et des droits indirects. Des dispositifs particuliers de sûreté aérienne sont mis en place lors de grands événements comme les Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024 à Paris et Marseille, où ont été mis en place la détection passive et active des armes laser ainsi que de l’artillerie et des missiles. De grands exercices doivent tester de nouveaux équipements à l’occasion du Salon aéronautique international au Bourget en juin 2025. La surveillance de l’espace aérien national repose sur la fusion des données des radars militaires et civils. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères délivre les autorisations de survol aux aéronefs d’États étrangers. Lui et son réseau d’ambassades se trouvent souvent sollicités à des horaires insolites pour des passages de frontière avec les risques d’incidents diplomatiques. Les mesures de police de l’air prises par les avions et hélicoptères intercepteurs de l’AAE se poursuivent au sol avec les interventions des ministères de l’Intérieur et de la Justice. L’AAE travaille en amont avec la Direction des affaires criminelles et des grâces pour la rédaction de directives en matière d’infractions aériennes. Tout ceci constitue l’action de l’État dans les airs en métropole et dans les Outre-Mers, laquelle inclut la recherche et le sauvetage d’aéronefs accidentés. En matière de sécurité aérienne, le Danemark et la Roumanie constatent des violations régulières de leur espace aérien depuis 2010. Par ailleurs, la France participe à la police du ciel dans les États baltes dans le cadre de l’OTAN. Enfin, le nombre de passagers transportés par avion devrait doubler dans les vingt prochaines années. Le maintien à niveau de la souveraineté aérienne nécessitera alors des moyens innovants pour détecter, surveiller et classifier les mouvements quotidiens, notamment par la numérisation des outils de l’AAE jusqu’aux systèmes de commandement, y compris pour les opérations aériennes, et le traitement des données par l’intelligence artificielle.

Posture permanente de sûreté. La France connaît une activité aérienne de 1.400 vols « en instantané » dans ses 65 aéroports et près de 900 aérodromes, indique le commissaire général Dupont. Cette densité aérienne accroît les risques de collisions, de pannes et d’erreurs de navigation, auxquelles s’ajoutent les comportements anormaux comme la perte du contact radio ou une trajectoire erratique. Outre des aéronefs de l’AAE, la posture permanente de sûreté dispose d’un maillage de 70 radars civils et militaires, de 3 centres de contrôle de la circulation aérienne et du Centre des opérations aériennes à Lyon-Mont Verdun. Elle mobilise 800 aviateurs (équipages, mécaniciens, contrôleurs aériens et techniciens radio et radar). Vu la vitesse de 15 km/minute des avions de ligne, les aéronefs de l’AAE en alerte interviennent en moins de 10 minutes. Il existe une continuité entre la police du ciel, dont les équipages sont assermentés pour constater des infractions en vol, et les missions des forces de sécurité au sol. Ce processus s’est manifesté en décembre 1994, lors du détournement de l’Airbus d’Air France reliant Alger à Paris puis de l’intervention du GIGN à Marseille pour libérer les otages.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude




Berry-au-Bac | Juin 2024

 

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Lycée militaire d’Autun (Saône et Loire)

 

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Amiral Jacques Trolley de Prévaux, un marin de l’ombre enfin mis en lumière

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356 | Dossier : L’Académie de défense de l’École militaire

Dossier : « L’Académie de défense de l’École militaire »

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DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

En anticipant les menaces, la Direction générale de l’armement (DGA) conçoit et réalise les armes futures de la dissuasion nucléaire, qui représente 13 % de l’effort financier national pour la défense.

La dissuasion prévient toute attaque d’un pays étranger envers les intérêts vitaux de la France. Elle se fonde sur la peur de la riposte française par l’arme nucléaire, qui causerait chez l’adversaire des dégâts jugés inacceptables. La mission de la DGA dans ce domaine a été présentée à la presse, le 9 décembre 2024 à Paris, par un ingénieur général de l’armement.

Capacités et responsabilités. La dissuasion, en constante évolution, constitue un ensemble cohérent entre la Force océanique stratégique, les Forces aériennes stratégiques, la Force aéronavale nucléaire, les transmissions nucléaires et les moyens et programmes annexes d’infrastructures, de protection et de projection. Elle implique les industriels, le Commissariat à l’énergie atomique, les armées et la DGA. Celle-ci emploie un millier d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécifiquement formés et dispose de 15 implantations, de 9 centres d’essais et du bâtiment d’essais et de mesures Monge, pour assurer la sécurité des essais en vol (mer, air et espace) et tester les armements nucléaires. Elle suit les tendances, compare les armements concurrents, évalue des technologies en amont et conçoit les moyens de s’en prémunir. Elle travaille sur les rejets gazeux et la signature magnétique des sous-marins, les raids aériens en pays ennemi et le planeur hypersonique. Les équipements les plus perfectionnés restent réservés à la dissuasion. Vu les durées de vie d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE, 40 ans) et des missiles balistiques stratégiques (15-30 ans), elle explique au pouvoir politique que ses décisions prendront effet dans 10 à 20 ans.

Scénarios et essais. Selon la DGA, la dissuasion nucléaire ne consiste pas à reproduire les mêmes schémas avec des avions et missiles identiques, car les radars de détection et les systèmes de défense sol-air évoluent. Les scénarios portent, non pas sur la confrontation, mais sur l’évaluation des moyens adverses et modes d’emplois futurs pour le maintien de leur crédibilité. Le concept français de l’ultime avertissement est plus facile à appliquer par la composante aéroportée que par le tir d’un missile balistique depuis le fond des mers. La DGA propose au président de la République une gradation dans la démonstration, la dialectique avec les pays compétiteurs, voire l’action. Un raid nucléaire mobiliserait les Rafale porteurs du missile moyenne portée amélioré actuel, des avions ravitailleurs, des AWACS (alerte avancée), les frégates de défense aérienne du groupe aéronaval, les bâtiments ravitailleurs et les sous-marins d’attaque. Outre des messages plus discrets, la détermination et la capacité de la France se manifestent par le départ en patrouille d’un SNLE et des essais en conditions représentatives de l’utilisation opérationnelle, notamment le tir annoncé d’un missile balistique au milieu de l’océan.

Alliés et compétiteurs. La Grande-Bretagne a abandonné la composante aérienne. La tranche missiles et les postes de contrôle et de tir de ses SNLE sont de conceptions américaines, mais les têtes nucléaires et le système de décision restent nationaux. Israël, les États-Unis et la Russie disposent de composantes aéroportées. La Chine se concentre sur les missiles balistiques, tirés du sol ou de sous-marins. Le bouclier anti-missiles n’est pas étanche. Les États-Unis ne peuvent intercepter tous les missiles de croisière ou balistiques et leurs têtes, que tirerait la Russie et réciproquement, car un missile balistique emporte jusqu’à 36 têtes nucléaires et les lourds moyens d’interception coûtent très cher. La doctrine de la Russie consiste en un continuum entre les armements conventionnel, nucléaire tactique et nucléaire stratégique. Un missile de croisière russe ou chinois peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire.

Loïc Salmon

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