Stratégie : influence et puissance

Fonction stratégique, l’influence d’une nation consiste à promouvoir ses atouts auprès des autres pays et ainsi les convaincre de sa puissance. Elle repose sur des acteurs, des techniques et des vecteurs dans le champ des perceptions.

Ce concept complexe a fait l’objet d’un colloque organisé, le 12 juin 2024 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN en partenariat avec l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Durieux, président de l’Académie de défense de l’École militaire ; le général de brigade (2S) François Chauvancy, rédacteur en chef de la revue Défense de l’Union des associations de l’IHEDN ; Charles Thépaut, diplomate spécialisé sur la région Afrique du Nord-Moyen-Orient au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Tentatives de définition. L’influence vise à amener les autres à faire, refuser de faire ou les empêcher de faire quelque chose, explique le général Durieux. Elle consiste à infléchir leur comportement sans contrainte et sans qu’ils en aient conscience. Il faut donc bien les connaître, notamment pour les exportations d’armement. Dans ce domaine, les déboires résultent probablement d’une mauvaise compréhension du marché, du client et de son contexte. Les auditeurs de l’IHEDN réfléchissent sur la défense nationale à travers quatre cercles concentriques. Le premier concerne la défense militaire, à savoir la contrainte physique et l’effort de volonté, domaine de la guerre et de la paix où l’influence n’y joue pas un rôle clé. Le deuxième cercle, plus large que celui de la défense nationale et qui intègre le premier, consiste à protéger la population contre toutes les menaces, militaires ou non, qui portent atteinte aux intérêts de la France en tant que puissance dans les domaines de l’économie, de la société, par la subversion, et de la diplomatie. La défense nationale, souligne le général Durieux, ne vise pas à afficher sa volonté mais à affaiblir la puissance de l’adversaire ou, éventuellement, infléchir son influence. Le troisième cercle, qui englobe les deux précédents, porte sur la sécurité nationale et, en ajoutant les risques liés par le champ d’influence, s’étend à la sécurité internationale. Aujourd’hui, le champ politique international a perdu de sa visibilité du temps de la guerre froide (1947-1991) et ouvre un champ plus vaste à l’influence. Il va s’agir de créer des coalitions de circonstance, de rallier des partenaires, y compris dans le champ industriel. En outre, depuis quelques années, la place du secteur privé, à savoir individus, groupes ou grandes entreprises, s’agrandit. Toutefois, le rôle des États conserve son importance primordiale avec des moyens d’influence, qui incluent l’usage du numérique. Il s’agit de savoir comment et pourquoi une influence s’exerce. Cela repose d’abord sur la compréhension de la situation, la connaissance de l’environnement et celle de la « cible ». Ensuite, il faut la volonté d’agir, par exemple en communiquant, et, surtout, de bien élaborer le message à faire passer. C’est vrai dans le débat démocratique, le champ d’influence et celui de la compétition internationale. Il s’agit d’être capable de distinguer la guerre de la paix, les faits de l’opinion sur les faits, l’intérieur de la nation de l’extérieur. Le développement de la pensée stratégique, estime le général Durieux, repose sur une vision à long à terme et la connaissance précise des objectifs à atteindre contre quoi ou vis-à-vis de qui.

Rapports de force. Les États n’ont que des intérêts qu’ils doivent défendre, rappelle le général Chauvancy. Le monde connaît à nouveau la réalité de la guerre, à savoir celle de l’Ukraine contre la Russie depuis le 22 février 2022 et celle d’Israël contre l’organisation islamiste Hamas à Gaza depuis le 7 octobre 2023, ainsi qu’une forme d’insurrection internationale contre l’Occident. Ce discours anti-occidental, comparable à celui de la guerre froide et fortement renouvelé, réactive la guerre informationnelle, stratégie des États communistes pour contourner la lutte armée. Ce bouleversement implique deux impératifs concomitants. Le premier concerne la conception et la promotion des idées et des valeurs de l’Occident ainsi que son action politico-militaire. Le second investit le champ des perceptions sur les plans des valeurs et des émotions pour soutenir la parole publique, tout en participant à la déconstruction des narratifs des pays compétiteurs. L’influence, sixième fonction stratégique après la connaissance-compréhension-anticipation, la dissuasion, la protection-résilience, la prévention et l’intervention, se décline selon quatre axes majeurs. Le premier consiste à concevoir et expliquer les positions politico-militaires énoncées par les autorités étatiques. Le deuxième axe mobilise les différents cercles militaires pour construire des coalitions au sein de l’OTAN ou de l’Initiative européenne d’intervention. Le troisième garantit la circulation de l’information sur l’action en cours et la récupération des analyses des pays partenaires. Il entretient le dialogue avec les pays compétiteurs et les groupes infra-étatiques qui passent par des États tiers. L’influence se diffuse par des réseaux institutionnels, dont les attachés de défense face à la déstabilisation de la France à l’étranger, au sein des organisations internationales et via la recherche stratégique par la connaissance académique. L’influence d’un pays reflète sa puissance, constituée par une économie capable d’infliger des sanctions à l’adversaire, un outil militaire crédible, une culture, résultant d’une langue et d’une histoire communes, et enfin des institutions solides non remises en cause. Il convient d’agir avec détermination et une force mesurée, en évitant de donner des leçons. La guerre redevient une option, notamment contre l’agression des frontières nationales, après une longue période de diplomatie.

Contre-ingérence. Activités hostiles, agressions et polémiques d’origines étrangères dans les pays démocratiques constituent les symptômes de la transformation du champ informationnel au cours des dix dernières années et ouvre des espaces de conflictualité, indique Charles Thépaut. La stratégie d’influence montre la capacité de « rendre des coups », à savoir comprendre la situation puis proposer des options de réponses pertinentes et susceptibles d’exercer des effets dans le champ médiatique. Le ministère des Affaires étrangères a renforcé ses réseaux de veille existantes pour obtenir des remontées beaucoup plus rapides sur les signaux faibles et les dynamiques possibles dans des écosystèmes étrangers, afin d’informer les autorités politiques de ce qui se prépare à l’étranger et risquant de bousculer l’ordre public international. Dénoncer une ingérence étrangère nécessite la connaissance de la menace et la possession de leviers de communication, pour élaborer une explication vis-à-vis de la presse, et non pas des manœuvres de réponses aux contenus erronés sur les réseaux sociaux. Il ne s’agit pas de casser la « viralité » (diffusion rapide et imprévisible de photos et vidéos sur internet) d’une information authentique, mais de partager avec le public un niveau de connaissance de réseaux sociaux qui vont l’induire en erreur ou le manipuler. La seule parole de l’État ne suffit pas à créer de la crédibilité et de la confiance. Mais le partage de données brutes sur des valeurs démocratiques pendant plusieurs semaines permet de valider, de manière indépendante par d’autres États, l’enquête qui sera rendue publique par l’autorité politique. Ainsi dès octobre 2021, les États-Unis ont sensibilisé l’opinion publique internationale par le partage d’analyses et de renseignements sur l’attaque probable de la Russie contre l’Ukraine en 2022. La Commission européenne a élaboré un règlement sur les services numériques, entré en vigueur en août 2023, pour réagir aux menaces et lutter contre la désinformation. Toutefois, la mobilisation dans le champ informationnel, renforcée techniquement par l’intelligence artificielle, ne réduit pas la négociation diplomatique.

Loïc Salmon

Défense : lutte informatique d’influence et respect du droit

Cyber : champ de lutte informatique et d’influence

Etats-Unis : influence religieuse sur la politique étrangère




Cheval de bataille

Fruit du croisement de races et de cultures de pays différents, le cheval de guerre a symbolisé la force, le commandement et le prestige social pendant 25 siècles. Son emploi a nécessité un long apprentissage, pour lui et son cavalier, afin de résister au fracas et à la confusion des combats.

Les Grecs de l’Antiquité ne connaissient pas la selle et montent à cheval sur une simple matelassure. Ils lui donnent des indications précises par le poids de leur corps, en variant imperceptiblement la position des hanches et des épaules et en déplaçant leurs jambes. La cavalerie sert à harceler l’ennemi, sauf à la bataille d’Issos (333 avant J.-C.) où la charge conduite par Alexandre le Grand disloque le dispositif perse. Les Romains inventent une selle constituée d’un gros coussin rembourré sur un arçon de bois avec quatre cornes pour le maintien du cavalier. L’étrier et le fer à cheval n’apparaissent que vers la fin de l’Empire (IIIème siècle). Les Celtes utilisent le fer à cheval et la cotte de maille dès le IIIème siècle avant J.-C. et chargent avec la lance ou l’épée. Au cours du VIIIème siècle, l’infanterie, jusque-là prédominante, est supplantée par la cavalerie, instrument de choc, de manœuvre et de vitesse. Le cavalier combat avec une lance, une épée ou un arc. La conquête de l’Angleterre (1066) inclut les charges au galop des cavaliers normands, en rangs serrés et lances horizontales. Dès le XIème siècle, les tournois de chevaliers combinent le sport, la formation et l’entraînement au combat. Rendus méconnaissables par le port de l’armure et du heaume, les chevaliers appliquent un blason sur leur tunique et leur bouclier pour se différencier. Lors de la bataille d’Azincourt (1415), les archers anglais massacrent les chevaux de la cavalerie française. Cette défaite marque le déclin de la chevalerie comme ordre militaire d’élite. Pendant les guerres d’Italie (1494-1559), la cavalerie lourde, dont les chevaux sont protégés par une armure, affronte les troupes à pied armées de piques et d’armes à feu. En outre, une nouvelle cavalerie, équipée plus légèrement et constituée d’archers, se développe pour évoluer loin en avant et sur les flancs d’une armée en marche. Par la suite, le pistolet remplace l’arc et impose la charge au trot, assurant la stabilité du cavalier tireur. Au XVIIème siècle, l’infanterie est réorganisée en compagnies et la cavalerie en escadrons « lourds », avec les cuirassiers et les dragons, et « légers » avec les hussards et les lanciers des chevau-légers. Après les défaites contre les cavaleries anglaises et prussiennes, Louis XV crée une école d’équitation militaire à Angers, qui sera déplacée à Saumur. Les cavaliers chargent à nouveau au galop, mais sabre au clair, botte à botte et sur trois ou deux rangs. Napoléon conquiert l’Europe, grâce notamment à sa cavalerie, indispensable pour les patrouilles, les reconnaissances, les charges et l’acheminement des vivres et du matériel. Il lui faut donc toujours plus de chevaux. L’artillerie, de plus en plus nombreuse sur les champs de bataille, nécessite huit chevaux pour tirer un seul canon. Pendant une longue campagne militaire, le fourrage s’épuise vite et son volume le rend difficile à faire venir et à emmagasiner. Loin de ses quartiers, la cavalerie impériale rencontre des difficultés pour le ferrage des chevaux. En outre, 30 % à 40% des chevaux meurent au combat. Pour améliorer les races des chevaux de selle et de trait, six haras sont créés en 1806 avec intégration des écoles vétérinaires de Lyon et d’Alfort. En raison des moteurs, camions et chars, la guerre de 1914-1918 marque la fin de la cavalerie traditionnelle, qui ne peut se déployer à cause des barbelés. Outre les maladies et le surmenage, la mitrailleuse et le canon à tir rapide tuent beaucoup de chevaux. Entre les deux guerres mondiales, seules les troupes coloniales d’Afrique et d’Asie conservent des unités montées. Enfin deux chevaux sont entrés dans l’Histoire, à savoir Bucéphale avec Alexandre le Grand et La Belle avec Napoléon.

Loïc Salmon

« Cheval de bataille », Jean-Michel Derex. Éditions Pierre de Taillac, 104 pages, illustrations, 19,90 €.

Les cavaleries de l’Histoire

L’âge d’or de la cavalerie

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides




Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

L’audience considérable des retransmissions des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris a offert des opportunités de manœuvres malveillantes par des acteurs étrangers, amplifiées sur les réseaux sociaux et portant notamment sur l’immigration, l’insécurité, l’insalubrité, l’inclusion des minorités et le genre.

En septembre 2024, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a rendu publique une synthèse réalisée par « Viginum », son service technique et opérationnel de vigilance et de protection contre les ingérences étrangères.

Manœuvres informationnelles. La cérémonie d’ouverture des Jeux le 26 juillet a été vue par 41,5 millions de téléspectateurs de la chaîne américaine NBC, soit presque le double de celle des Jeux de Tokyo (23 juillet 2021), et par 24 millions de téléspectateurs de France Télévisions, deuxième meilleur score de son histoire. Les manœuvres étrangères, détectées en amont et durant les Jeux, ont instrumentalisé, de façon planifiée ou opportuniste, tout événement d’actualité en lien avec eux, en vue de quatre finalités. La première portait sur l’image et la réputation de la France en dénigrant sa capacité à accueillir, organiser et sécuriser les compétitions. La deuxième visait à produire de effets économiques en attaquant les parties prenantes des Jeux, les sponsors ou tout autre acteur économique français. La troisième voulait remettre en cause les valeurs universelles et démocratiques. La quatrième cherchait à provoquer ou amplifier des troubles à l’ordre public, afin de perturber le déroulement des événements.

Modes opératoires. Entre avril 2023 et le 8 septembre 2024, Viginium a identifié 43 manœuvres internationales ayant ciblé les Jeux. Parmi elles, la fausse bannière consiste à utiliser les marques de reconnaissance d’un adversaire pour semer la confusion. Ainsi, sur X, Facebook et Telegram (pro-russe), une vidéo a montré un membre du Hamas menaçant les Jeux, accusant la France de soutenir Israël et dénonçant la participation d’athlètes israéliens. L’amplification d’actions dans le champ physique utilise des affichages ou des tags dans des lieux publics pour générer des publications sur des plateformes en ligne en faveur d’une cause. Ainsi, la photo d’une publicité sur un abribus à Paris, ciblant la délégation israélienne, a été massivement reprise sur X, en majorité par des comptes propalestiniens. Sur Telegram, Facebook et X, des photos de graffiti ont représenté deux mains se transmettant une arme au-dessus des logos des Jeux Olympiques de Munich (1972), où onze athlètes israéliens ont été assassinés par l’organisation terroriste palestinienne « Septembre Noir ». Un « doxxing » a divulgué en ligne des données personnelles sur des athlètes israéliens en les accusant de crimes de guerre. Des comptes pro-iraniens ont diffusé des visuels, réalisés avec l’intelligence artificielle (IA) en utilisant le logo d’Amnesty International, lesquels montrent des athlètes israéliens agressant des civils palestiniens et appellent au boycott de la délégation israélienne. L’écosystème numérique pro-iranien a créé un environnement hostile aux athlètes israéliens et accusé le Comité international olympique de « double standard » entre eux et les athlètes russes et biélorusses, obligés de concourir sous une bannière neutre. Des contenus audiovisuels originaux, mais inexacts et trompeurs, ont été produits et diffusés. Une vidéo réalisée avec l’IA, affirmant que la Seine est aussi polluée que le Gange en Inde et que l’air de Paris serait trop nauséabond pour les athlètes, a été diffusée sur des plateformes chinoises. La vidéo d’une influenceuse étrangère sinophone critiquant les Jeux a été vue plus de deux millions de fois sur diverses plateformes. Le dispositif pro-russe Matriochka a utilisé la charte graphique de la DGSI ou de la CIA pour affirmer que le niveau de risque terroriste était trop élevé pour assurer la sécurité.

Loïc Salmo

Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Défense : contributions des armées à la sécurisation des Jeux Olympiques 2024

Défense : le CNSD, pôle d’excellence militaire et sportive

 




Technologie : futurs drones de combat au sein du SCAF

L’avenir des capacités aériennes se construit autour du système de combat aérien futur (SCAF), combinant des avions pilotés de plus en plus performants et onéreux avec des drones moins chers. Tous vont évoluer dans un environnement de haute intensité, où les défenses antiaériennes améliorent leur efficacité.

Ce thème a fait l’objet d’un rapport publié, en avril 2024 à Levallois-Perret (banlieue parisienne), par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et rédigé par Philippe Gros, maître de recherche à la FRS, et Jean-Jacques Patry, ancien fonctionnaire au ministère des Armées.

Anticipation des évolutions. Les drones sont passés du statut de capteurs d’appoint à celui de pilier du renseignement puis de capteurs et effecteurs au cours des guerres récentes en Lybie (2011) et en Ukraine (depuis 2022). La robotisation du combat aérien se poursuit. Face à l’évolution de la menace, l’emploi des drones doit s’intégrer dans le concept d’opérations « multi-milieux et multi-champs », afin d’optimiser les synergies entre les plateformes ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), les plateformes effectrices aériennes, navales et terrestres ainsi que les munitions et autres charges utiles. Cela influe sur la doctrine tactique du C2 (commandement et contrôle) pour la mise en œuvre des drones, l’évolution des fonctions des chefs de patrouille, du commandement de la mission et de la gestion du combat aérien, mais aussi de la fonction C2 à l’échelle interarmées. Sur le plan opérationnel, les drones peuvent transformer toutes les missions. Pour celles de renseignement, ils fournissent des réseaux de capteurs pénétrants étendant la couverture ISR. Pour la supériorité aérienne, ils fournissent des capacités déportées de leurrage, de brouillage, de ciblage et d’engagement, en collaboration avec les chasseurs maintenus en arrière. Ils permettent des modes d’action de désorientation et de saturation, indispensables à l‘aveuglement et à la désintégration des défenses antiaériennes adverses, et créent des ciblages d’opportunité dans le temps long et dans un environnement d’intensité moyenne. Pour la supériorité terrestre, ils accroissent la masse pénétrante en début de campagne puis maintiennent plus longtemps le dispositif couvrant de grandes zones et ainsi démultiplier les capacités de ciblage d’opportunité nécessaires à l’appui aérien rapproché. Enfin, grâce à la fourniture de réseaux de capteurs avancés et de relais de transmission, les drones augmentent la portée et la robustesse de la fonction « gestion du champ bataille (échange d’informations sur le terrain), commandement et contrôle ». Par ailleurs, l’intelligence artificielle facilitera des évolutions technologiques : systèmes partiellement autonomes ; « cloud tactique » (réseau pour la distribution de données et le partage d’informations) permettant la décentralisation, au niveau des plateformes, des capacités de décision actuellement réservées à des postes de commandement à distance, voire hors théâtre ; services collaboratifs entre les systèmes de mission de diverses plateformes ; miniaturisation des équipement et armements. Enfin, la simulation nécessite moins d’heures de vol réelles pour la préparation opérationnelle. Par ailleurs, le combat collaboratif entre avions et drones nécessite un « « cloud de combat », dont la création, pour une coalition, dépend de la réalisation du projet de réseau multi-senseurs et multi-effecteurs et pose la question de l’interopérabilité. Or depuis la guerre du Golfe (1991), les dispositifs aériens de coalition s’accommodent mal des zones de responsabilité nationale. L’évaluation commune de la situation tactique exige de prendre en compte l’interopérabilité entre les systèmes américain NGAD, français SCAF, britannique GCAP et les autres dès leur conception, afin de développer des liaisons de données, des outils de traduction et surtout des procédures de partage du C2, comme pour la gestion de combat actuelle avec les avions de chasse.

Projet américain. Après des années d’atermoiements, l’armée de l’Air et la Marine américaines développent l’aéronef de combat collaboratif (CCA en anglais) pour renforcer leurs flottes aériennes de combat, considérée comme insuffisantes face à une agression chinoise. Ces CCA s’intégreront dans le système de systèmes dénommé « dominante aérienne de nouvelle génération » (NGDA) centré sur un avion de chasse. Cette vaste architecture de combat collaboratif doit permettre d’acquérir la supériorité aérienne en remplissant diverses missions, dont la chasse, la neutralisation des défenses antiaériennes ennemies, le déni d’accès, l’appui aérien rapproché et le relais de communications. Deux projets sont en cours de réalisation et concernent surtout des engins récupérables basés à terre, à savoir le drone de combat furtif XQ-58, fabriqué par Kratos, et le drone furtif multi-rôles, construit par Boeing. L’armée de l’Air devrait acquérir au moins mille exemplaires du modèle retenu, destinés à opérer avec l’avion furtif multi-rôles F-35, puis le chasseur NGAD. Ces futurs systèmes reposeront sur une architecture ouverte modulaire et sur le drone Skyborg, piloté par l’intelligence artificielle et déjà mis au point. Des travaux sont aussi en cours sur des drones consommables aérolargués.

Projet français. Les réflexions d’Airbus et de MBDA sur le SCAF français rejoignent celles sur le NGAD américain. Selon la trajectoire fixée par la loi de programmation militaire 2024-2030, le SCAF devrait bénéficier de multiples avancées capacitaires, notamment pour réaliser le chasseur de nouvelle génération, successeur du Rafale. En matière de drones, il s’agira de réduire le « coût par effet » en utilisant des systèmes consommables ou récupérables avec des mises à poste variées. Cela implique de développer : des équipements et des munitions spécifiques ; l’architecture de connectivité ; des solutions d’autonomie pour la plateforme habitée, dont l’équipage gérera les missions des drones, et pour les drones ailiers eux-mêmes mais selon des règles d’engagement très strictes. Tout dépendra du contexte opérationnel, notamment de l’environnement électromagnétique plus ou moins déconnecté ou intermittent et qui affecte le fonctionnement du « cloud de combat ».

Projets d’autres pays. La Grande-Bretagne développe le programme de combat aérien global (GCAP). BAE Systems met au point deux types de drones, lancés depuis le sol et récupérables mais avec des niveaux technologiques différents. L’Australie coopère avec Boeing pour la fabrication du drone furtif multi-rôles MQ-28 Ghost Bat, selon un concept similaire à l’aéronef de combat collaboratif américain. La Corée du Sud s’en inspire aussi pour développer un drone ailier pour accompagner les nouvelles versions de son chasseur polyvalent KF-21 Boramae. Avec l’aide des États-Unis, le Japon développe un drone capable d’opérer avec son futur chasseur F-X dans les années 2030. De son côté, la Russie développe le drone ailier S-70 Okhotnik, lourd (25 t) et furtif, et le Kronshadt Grom destiné à opérer avec l’avion de défense aérienne Su-35 et le chasseur furtif multi-rôles Su-57. Toutefois, ces programmes sont ralentis en raison des sanctions de pays occidentaux et de l’absence de solution quant au mode de propulsion. La Chine développe une famille de systèmes de combat aérien collaboratif avec le chasseur J-20, le drone FH-95 Feihung, dédié à l’ISR et à la guerre électronique, et le drone de combat FH-97, tous deux proches des modèles américains récupérables. L’Inde développe le système de systèmes CATS de Hindoustan Aeronautics Limited, comprenant le chasseur Tejas et plusieurs drones, dont le CATS Warrior, proche des MQ-28 et XQ-58 américains, et un drone de type missile de croisière récupérable, ainsi que des munitions rôdeuses (drones suicides) Alfa. La Turquie développe son propre chasseur F-X Kaan, le drone supersonique Kizilelma, le drone furtif Anka-3 et les drones consommables Super Simsek et Autonomous Wingman Concept.

Loïc Salmon

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

 




Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

La mission « Pégase 2024 » dans la zone Indopacifique (27 juin-15 août) souligne la capacité de la France à déployer très loin une force aérienne, selon le triptyque Rafale, MRTT et A400 M. Le dispositif a mobilisé 480 aviateurs pendant 50 jours sur plus de 90.000 km et dans 13 pays.

Le général de division aérienne Guillaume Thomas, qui en a assuré le commandement tactique, a présenté un retour d’expérience à la presse, le 12 septembre 2024 à Paris. Pendant « Pégase 2024 », l’armée de l’Air et de l’Espace a maintenu ses engagements opérationnels et de sécurisation des Jeux Olympiques (26 juillet-11 août) et Paralympiques (28 août-8 septembre).

Montée en puissance. Pour la première fois, la mission « Pégase » a fait escale à Saint-Pierre-et-Miquelon (un seul A 400 M) à l’aller et à l’île de La Réunion au retour. Pour la première fois, elle a rejoint directement l’Australie avec une escale préalable au Japon. L’évolution d’avions de chasse dans le Pacifique-Nord s’avère difficile, en raison des grandes distances en mer et des conditions météorologiques. Les contingents allemand, espagnol et français sur avions tactiques A400 M ont participé à un exercice de sauvetage pour porter assistance à un équipage confronté à une éjection. Les aviateurs des trois pays membres du programme SCAF (système de combat aérien du futur) ont participé à la planification et à la conduite de « Pégase 24 », dans des pays jamais visités au préalable ou des zones différentes de celles où ils évoluent habituellement. Entre le Canada et l’Australie, le dispositif chasseurs et ravitailleurs a été « mixé », l’unité multinationale MRTT alimentant les Typhoon espagnols et les Rafale français. La maintenance des A 400 M a été « croisée » avec des mécaniciens allemands et français. Les missions aériennes en Indopacifique montent en puissance. La 1ère édition « Pégase 2018 » a mobilisé 3 Rafale, 1 MRTT et 1 A400 M pendant trois semaines avec des escales en in Inde, Malaisie, Indonésie et Australie, à Singapour et au Viêt Nam. La 2ème édition « Heifara 2021 » (3 Rafale, 2 MRTT et 2 A400 M), pendant trois semaines, a porté sur la rapidité jusqu’en Polynésie française en 40 heures et des escales aux États-Unis. La 3ème édition « Pégase 2022 » (3 Rafale, 2 MRTT et 2 A 400 M) a porté sur la rapidité et les opérations multi-domaines (terre, air, mer et espace) pendant trois semaines avec des escales en Inde, Indonésie et Australie et à Singapour. La 4ème édition « Pégase 2023 » a porté sur la masse du déploiement (10 Rafale, 5 MRTT et 4 A 400 M) pendant six semaines avec des escales en Inde, Indonésie, Australie et Corée du Sud et au Japon. La 5ème édition « Pégase 2024 » (7 Rafale, 5 MRTT et 5 A 400 M) a inclus une projection de la Force expéditionnaire conjointe franco-britannique avec 6 Typhoon britanniques, 3 Rafale, 3 MRTT et 4 A400 M depuis la France jusqu’en Australie avec deux étapes aux Émirats arabes unis et à Singapour.

Exercices interalliés. Pendant « Pégase 2024 », trois grands exercices ont permis l’entraînement en vue d’un conflit de haute intensité (détails dans l’article lié ci-dessous). « Arctic Defender » (6-18 juillet) s’est déroulé en Alaska dans une vaste zone permettant d’évoluer sans contrainte dans des modes supersoniques et à très basse altitude pour les Rafale (expérimentations de la dernière version F 4.1) et les Typhoon et avec des atterrissages sur des terrains sommaires pour les A400 M. « Pitch Black » (12 juillet-3 août) s’est déroulé en Australie sur une zone (60 % la superficie de la France) permettant l’engagement de 80 aéronefs en même temps. Des maintenances croisées entre techniciens australiens et français ont eu lieu sur les MTRTT. « Tarang Shakti », premier exercice aérien multinational en Inde avec les participations de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne, a permis des maintenances croisées indiennes et françaises sur Rafale. Pour la première fois, les Philippines ont été incluses dans une mission « Pégase ».

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : « Pégase 24 » en Indopacifique

Armée de l’Air et de l’Espace : missions « Heifara » et « Wakea » dans le Pacifique

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Défense : la désinformation, la comprendre puis la contrer

Les outils numériques sont devenus un champ de bataille, où les discours de propagande sur les réseaux sociaux visent à saper la démocratie. La résilience, qui doit préserver la liberté d‘expression, commence par la formation des citoyens.

La désinformation a fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 juin 2024 à Paris, par l’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM). Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Durieux, président de l’ACADEM ; Marc-Antoine Brillant, chef du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, organisme créé en 2021 et rattaché au Secrétariat général la défense et de la sécurité nationale ; le général de brigade Pascal Ianni, chef de la cellule « Anticipation stratégique et orientations » de l’État-major des armées ; Frédérick Douzet, directrice de « Géopolitique de la datasphère » à l’Université Paris 8.

Lever les ambiguïtés. Il faut d’abord distinguer la ruse de guerre et la désinformation du temps de paix, souligne le général Durieux. Considérer la désinformation comme un acte de guerre introduit une sorte de « complexe obsidional » (sentiment d’être assiégé ou persécuté), guère souhaitable dans une démocratie. La désinformation se distingue de l’opinion dissidente, expression de la liberté de contester. Il s’agit de distinguer les faits du jugement sur les faits, l’objectivité de la subjectivité. Le refus de la vérité factuelle facilite la désinformation. Celle-ci, planifiée de l‘extérieur, se distingue de la rumeur correspondant à un état de l’opinion. Les entreprises de désinformation, contrôlées par des puissances étrangères ou, parfois, par des groupes terroristes, cherchent à instrumentaliser le fonctionnement des nations démocratiques. Elles portent atteinte à la légitimité des institutions en distillant le doute sur la probité ou la capacité des élites avec le risque de réactions de défiance envers le fonctionnement de la démocratie. Or la chasse à une opinion mensongère, demi-mensongère ou très peu mensongère conduit très vite à la dictature. La lutte contre la désinformation, estime le général Durieux, passe par la formation des citoyens pour leur permettre de juger les faits et sur ce qui est dit des faits, par la culture générale, le développement des convictions et le débat sans restriction.

Circonscrire les menaces. Les réseaux sociaux et les plateformes en ligne deviennent la fabrique de l’opinion publique, indique Marc-Antoine Brillant. La menace touche tous les enjeux du débat public, tous les sujets et toutes les thématiques, afin de pouvoir instrumentaliser très rapidement des faits de société ou d’actualité, des événements ou des conflits en manipulant l’information. L’intelligence artificielle générative permet de créer très vite du faux contenu, crédible et réaliste, sur internet pour animer, avec une activité quasiment humaine, des photos sur les réseaux sociaux puis de les coordonner et les diffuser sur plusieurs plateformes pour saturer un débat public. Ce mode opératoire, emprunté à la cybercriminalité, usurpe numériquement une identité, en créant un site web dans un domaine très proche de la sphère électorale. En France, les chartes graphiques de grands médias ont été imitées pour y diffuser du contenu assez éloigné de leurs normes habituelles. Même l’identité du ministère des Affaires étrangères et celle du ministère de l’Intérieur ont été usurpées, grâce à des technologies encore plus sophistiquées. Une deuxième menace porte sur « l’intermédiation », quand les commanditaires recourent à des sous-traitants, issus de l’intelligence économique, de la communication numérique ou du marketing, pour desservir un thème particulier. Ainsi, lors des élections présidentielles aux États-Unis (2020) et en France (2022), des puissances étrangères (Russie et Chine) ont dénigré les institutions chargées du processus électoral et tenté de promouvoir la candidature d’un parti politique. Une troisième menace consiste à instrumentaliser le débat sur une thématique clivante, par exemple sur les violences policières ou l’immigration, pour cibler une catégorie de citoyens. Une autre stratégie concerne le dénigrement des médias traditionnels pour entraîner leur audience sur des médias alternatifs pratiquant la désinformation. La résilience, indique Marc-Antoine Brillant, implique la sensibilisation du public par la publication de rapports. Des instances interministérielles se réunissent à cet effet très régulièrement pour partager des informations. Il s’agit de dévoiler l’adversaire et ses infrastructures puis de le gêner en révélant ses adresses IP. A un moment donné, il va devoir réfléchir, modifier sa stratégie et riposter.

Créer un écosystème de riposte. La Chine, la Russie, et l’Azerbaïdjan exercent sur les armées une menace permanente, massive et rationnelle dans le champ informationnel, souligne le général Ianni. Il s’agit alors de gagner la bataille des perceptions, qui dépasse le symbolique et s’inscrit dans une sorte de dialectique, qui oppose un champ narratif du Sud à un champ narratif du Nord, notamment par la production cinématographique de l’organisation paramilitaire russe Wagner en Centrafrique. Il s’agit, par un effet miroir mais dans le respect de la démocratie, d’occuper l’espace informationnel, de le saturer et de ne pas rester uniquement dans une posture défensive. Cela passe par la production, en masse et de façon cohérente, de l’information, de photos et de dessins animés en langues locales. En Afrique, la musique rap et le sport constituent d’importants vecteurs d’influence. Faute de suivre le rythme de l’intelligence artificielle générative, il deviendra difficile, dans quelques années, de distinguer le vrai du faux. La notion d’influence stratégique relevant de la sécurité nationale, la France en discute avec la Suède, l’Estonie et l’Italie, confrontées à la désinformation, indique le général Ianni. Les adversaires utilisent les vulnérabilités des démocraties, notamment la liberté d’expression et celle de la presse.

Arriver à penser des solutions. Quoique phénomène très ancien, la désinformation bénéficie aujourd’hui de la révolution numérique, qui accélère la diffusion de l’information, et de l’intelligence artificielle, qui permet l’industrialisation de la production et la falsification de contenus à grande échelle. Il s’ensuit des interactions multiples, complexes et permanentes, estime Frédérick Douzet. Ces phénomènes sont d’autant plus difficiles à combattre qu’ils se déroulent dans un environnement intrinsèquement dual, à la fois civil et militaire. Sur les théâtres d’opérations, les armées françaises et occidentales sont confrontées quotidiennement à des manœuvres informationnelles pour délégitimer leurs actions, provoquer un rejet par les populations locales et causer des dommages profonds à leur réputation. Les acteurs manipulent les infrastructures de l’internet pour contrôler le chemin des données et de l’information, en vue d’enfermer les populations locales ans des « bulles cognitives » et, par ailleurs, de susciter ou nourrir des controverses pour activer le clivage des sociétés occidentales et les pousser à renoncer à leurs valeurs. La résilience, souligne Frédérick Douzet, nécessite d’imaginer les nouveaux cadres de la démocratie à l’ère de la révolution numérique. Il s’agit de réfléchir à comment ne pas subir ces phénomènes et tirer parti des possibilités numériques pour restaurer la confiance dans les médias et les institutions démocratiques, tout cela dans un cadre juridique solide. La gouvernance et la régulation de l’écosystème numérique impliquent tous les acteurs publics et privés. La résilience nécessite un travail de sensibilisation et d’éducation, afin de favoriser l’esprit crique ou la capacité de discernement. Il s’agit d’un travail culturel destiné à favoriser l’émancipation des citoyens grâce à l’apport de la recherche dans toute les disciplines, notamment les mathématiques, l’informatique, les sciences sociales et les sciences cognitives.

Loïc Salmon

Guerre de l’information et information de guerre

Soldat de la cyberguerre

Défense : les forces morales, la nation et son armée




Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Les armées ont déployé 18.000 militaires en appui des forces de sécurité intérieure lors des Jeux Olympiques de Paris (26juillet-11 août). Sur les 64 médailles obtenues par l’équipe de France, 21 ont été remportées par des personnels du ministère des Armées.

Le général Lionel Catar, commandant la 27ème Brigade d’infanterie de montagne et de la « brigade olympique », a présenté un bilan à la presse le 27 août 2024 à Paris. L’armée de l’Air et de l’Espace a déployé une « bulle de protection » pendant la cérémonie d’ouverture et la Marine nationale a contribué à la sécurisation de la rade de Marseille et des épreuves de surf à Tahiti. Outre les 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » contre le terrorisme, le gouverneur militaire de Paris a bénéficié, pour la première fois, du renfort d’une brigade interarmes de l‘armée de Terre, qui a pris l’appellation de « brigade olympique ». Le dispositif est adapté pendant les Jeux Paralympiques du 28 août au 8 septembre.

Sécurisation terrestre. Le déploiement de dispositifs visibles a dissuadé les éventuels perturbateurs des Jeux, qui se sont déroulés sans incident, souligne le général Catar. Plus de 45 régiments ont fourni 5.600 soldats pour renforcer les diverses unités de protection, en collaboration étroite avec les services du préfet de Police de Paris et les autorités civiles des départements de la Grande Couronne. Un détachement d’hélicoptères légers (Gazelle) et de manœuvre (Caïman) a été stationné en région parisienne. Des moyens spécifiques de contrôle de zone ont été mis en œuvre, dont la Seine sur quatre kilomètres. Le dispositif de lutte anti-drones inclut des radars et des brouilleurs. Les patrouilles fluviales avec un détachement spécialisé de l’armée de Terre ont sécurisé le port de Paris et escorté les convois de péniches, notamment de céréales, pendant la période des Jeux. Plus de 60 drones ont effectué 1.500 vols, depuis juillet, pour assurer l’étanchéité du dispositif de protection avec des sonars sous-marins et des barrières fluviales. Un maillage très dense de patrouilles terrestres a permis d’éviter toute intrusion sur les quais aux approches du site, tout en maintenant une grande discrétion pour laisser les 300.000 spectateurs découvrir la cérémonie d’ouverture. Les patrouilles ont été intensifiées au large du château de Versailles et à Eurodisney, en passant par les plateformes de correspondance de transport, dont les gares, surtout après les sabotages du réseau TGV de la SNCF en juillet. Tout cela a été précédé par une longue préparation dès le printemps 2023. Débutée en novembre par l’exercice « Coubertin 23 » à Saint-Germain-en-Laye, la montée en puissance s’est poursuivie avec un séminaire de planification au printemps 2024, un exercice « Drone » en mai, l’installation du PC à l’École militaire et la prise de commandement tactique de la « brigade olympique » sur le dispositif « Sentinelle » en juin.

Médaillés olympiques. Les personnels des armées ont obtenu 4 médailles d’or sur les 16 de l’équipe de France, 6 d’argent (26) et 11 de bronze (22). Voici les militaires : second maître Shirine Boukli, médaille de bronze en judo -48 kg ; soldat de 1ère classe Luka Mkheidze, argent, en judo -60 kg ; maréchal des logis Manon Apithy-Brunet, or, en sabre individuel ; aviateur Nicolas Gestin, or, en canoë slalom ; sergent Thomas Chirault, argent, en tir à l’arc par équipe ; matelot Joan-Benjamin Gaba, argent, en judo -73kg ; adjudant Clarisse Agbegnénou, bronze, en judo -63kg ; sergent Léo Bergère, bronze, en triathlon ; sergent Anthony Jeanjean, bronze, en BMX Freestyle ; maître Charline Picon, bronze, en voile, série 49er FX; sergent Sylvain André, argent, en BMX Racing ; sergent Romain Mahieu, bronze, en BMX Racing ; matelot Johanne Defay, bronze, en surf ; soldat de 1ère classe Cyrian Ravet, bronze, en taekwondo -58 kg ; maréchal des logis Althéa Laurin, or, en taekwondo +67kg ; capitaine Élodie Clouvel, argent, en pentathlon moderne.

Loïc Salmon

Défense : contributions des armées à la sécurisation des Jeux Olympiques 2024

Défense : le CNSD, pôle d’excellence militaire et sportive

Influence du monde militaire sur les Jeux Olympiques




La Colombie : un pays en quête de paix et de justice

En Colombie, des zones pacifiées et prospères côtoient des territoires aux conditions de sécurité et de développement économique fortement dégradées. Les militaires doivent y combattre les groupes dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les narco-trafiquants.

Une douzaine de membres de l’Association des auditeurs de l’Institut national des hautes études de défense nationale l’ont constaté lors d’un voyage d’études du 19 au 29 mai 2024 et au cours de rencontres avec des responsables civils et militaires, des journalistes et des diplomates.

Une histoire unique en Amérique latine. La constitution de 1991, particulièrement progressiste et adoptée par référendum, se voulait un « modèle », mais le pays n’a pas eu les moyens de ses ambitions. La réforme agraire n’a pas été promulguée, l’éducation gratuite et l’amélioration du système de santé restent à l’état de promesses. Pourtant, la population aspire à vivre et travailler en paix. Depuis son indépendance de l’Espagne en 1819, la Colombie n’a pas connu de coups d’État militaires, sauf pendant quatre ans dans les années 1950. La population, instruite, est attachée à la démocratie et les militaires doivent uniquement protéger le territoire et la nation. Le fonctionnement institutionnel et le développement économique se fondent sur des principes démocratiques stables, où le respect de l’état de droit a toujours été recherché. Toutefois, une recrudescence des actes criminels, sans pourtant de référence idéologique systématique, est constatée et à laquelle s’ajoute le narcotrafic, source inépuisable de revenus.

Le combat contre le narcotrafic. La Colombie ne dispose pas de cadastre, la terre appartenant à de grands propriétaires. Le gouvernement actuel s’est engagé à distribuer 16 millions d’hectares de terre aux paysans, afin de les inciter à produire et commercialiser autre chose que la seule feuille de coca. Cette réforme, jugée trop lente et insuffisante, permettrait de réduire le narcotrafic et la guérilla…qui y trouve une partie de son financement !

Les responsabilités des armées. Configuration inédite, les forces armées colombienne sont parmi les rares au monde à combattre sur leur propre territoire depuis plusieurs décennies. L’armée de Terre assume l’essentiel de la sécurité intérieure sur l’ensemble du territoire, en sus de sa mission fondamentale de défense des intérêts souverains et vitaux du pays vis-à-vis de menaces extérieures. La police relevant du ministère de la Défense, l’armée de Terre assure donc les missions de sécurité extérieure et intérieure, notamment dans les nombreuses zones isolées et/ou en état de guerre. Selon un général, « les priorités sont d’assurer la sécurité de la population, de réduire la menace, de protéger les instances de gouvernance de l’État et également de renforcer les moyens nécessaires aux forces armées ». De son côté, la Marine doit assurer la sécurité extérieure et intérieure sur 2.900 km de côtes sur l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, un million de km² de la Zone économique exclusive et 2.000 km de fleuves et rivières. A la protection du territoire maritime et des infrastructures critiques du pays, s’ajoutent des actions auprès d’autres acteurs de l’État et de la société, à savoir pouvoirs publics centraux et locaux, services étatiques, entreprises publiques et privées, organisations sociales non gouvernementales (communautés religieuses, fondations et associations).

La construction de la paix. En 2016, les accords conclus avec les FARC et d’autres organisations armées prévoyaient plusieurs étapes jusqu’au cessez-le-feu définitif et au désarmement de toutes les forces non-gouvernementales. Cependant, la société civile a rejeté ces accords. En 2018, les activités violentes des factions dissidentes des FARC et celles, illégales, des groupes mafieux alimentés par le trafic de drogue ont repris. La crise sanitaire du Covid-19 a réduit l’efficacité des actions de l’Etat et des opérations militaires et a favorisé une remontée en puissance des groupes armés, plus nombreux et plus déterminés. Le trafic de drogue, celui de migrants et l’extraction illégale de l’or génèrent des sommes importantes et donnent aux trafiquants un grand pouvoir d’intimidation et de coercition. Mais ces diverses activités permettent de donner du travail aux populations locales, qui se soumettent à la loi du plus fort. Au cours des cinq premiers mois de l’année 2024, 210 tonnes de cocaïne ont été saisies, soit une hausse de 36 % par rapport à la même période en 2023. Cependant, le processus de construction de la paix reste au centre de la vie politique colombienne depuis de nombreuses années. Les accords de paix de 2016, malgré des difficultés d’application, constituent la base du projet actuel de reconstruction de la société colombienne. La nouvelle présidence de 2022 s’est engagée à faire appliquer les accords de paix de 2016 sur six points : réforme agraire complète ; participation de tous à la vie politique ; fin du conflit ; solution au problème des drogues illicites ; accord sur les victimes du conflit ; mécanismes de vérification des plaintes mettant en place la « Juridiction spéciale pour la paix ». Trois institutions composent le « Système intégré pour la vérité », car sans elle, il n’y a pas de réconciliation possible et le risque d’une reprise des combats par les FARC persiste. Pendant quatre ans, une commission, dite de la « vérité », a recueilli les témoignages de 30.000 personnes et étudié 1.236 dossiers de diverses organisations pour comprendre les faits et les motifs d’une guerre de près de 60 ans. Son rapport final de 900 pages, publié en juin 2022, met en évidence les principales caractéristiques du conflit et formule des recommandations pour un avenir plus serein. Il est divisé en 10 volumes : 6 à caractère général sur les droits de l’Homme, le droit international humanitaire et le droit de la Guerre appliqués à la Colombie ; 4 sur les ethnies, les jeunes (garçons et filles), les femmes et l’exil. La Commission estime à 700.000 les homicides sur un total de 9 millions de morts dus au conflit entre 1964 et 2019, dont 80 % de civils non-combattants. En outre, la « Juridiction spéciale pour la Paix », instance judiciaire, vise à redonner confiance dans les institutions. Elle diffère de la « Commission de la Vérité » et de « l’Unité de recherche des disparus », processus extrajudiciaires à caractère humanitaire. Il s’agit en effet d’un tribunal colombien autonome et non d’une juridiction internationale. Elle doit satisfaire les droits des victimes et dispose de 38 juges et d’une unité d’enquête. Même les auteurs des crimes participent à la recherche grâce à la justice transitionnelle, dite « restaurative » et qui établit un dialogue entre les accusés et les victimes. Par ailleurs, conformément à l’article 6.3.3 de l’accord de paix de 2016, le conseil de sécurité de l’ONU a mis en place une « Mission de vérification des nations unies en Colombie » avec un mandat initial de 12 mois, renouvelable tous les trois ans et dont le dernier remonte à octobre 2023. En outre, le 29 juin 2024, le chef de l’État Gustavo Petro et le groupe dissident des FARC « Segunda Marquetalia» ont signé un accord sur un cessez-le-feu unilatéral dès l’entrée en vigueur du décret présidentiel sur les opérations militaires offensives. Les deux parties doivent établir le calendrier de la désescalade et l’identification des projets sociaux. Le lien entre amélioration socio-économique et stabilisation politico-militaire y est à nouveau souligné. Une véritable réforme agraire avec une répartition équitable des terres, accompagnée de projets de développement menés par l’Etat dans toutes les parties du territoire, permettrait une reconstruction du lien social et diminuerait l’emprise des trafiquants. En dépit de longues années de guerre civile, la Colombie a réussi à préserver ses institutions, basées sur des principes démocratiques et une diversité de partis politiques. Malgré les difficultés restant à surmonter, une pacification totale et la reconstruction d’une Colombie stable et réconciliée apparaît comme un projet ambitieux mais pas utopique.

Hélène Mazeran

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Les services secrets en Indochine

La reddition du camp retranché dans la cuvette de Diên Biên Phu marque la fin de la guerre d’Indochine (1946-1954). Le commandement militaire français, surpris par la présence en surplomb de l’artillerie nord-vietnamienne, a reproché aux services de renseignement (SR) de ne pas l’avoir averti…alors qu’il l’avait été !

Les SR assurent un rôle capital dans le processus de décision des acteurs politiques et militaires Toutes les sources ont donc été utilisées, à savoir renseignement humain, infiltration d’agents sur les arrières ennemis, patrouilles, interrogatoires des déserteurs et des prisonniers, écoutes des communications du corps de bataille nord-vietnamien et renseignement aérien quand la météo le permet. Toutefois, lors de la bataille de Diên Biên Phu et des actions précédentes, les SR n’ont souvent rencontré que scepticisme et incrédulité. Dès 1945 après la reddition de l’armée japonaise en Indochine, le 2ème Bureau (SR) des Forces terrestres en Extrême-Orient va progressivement disposer des outils de recherche de la Marine et de l’armée de l’Air. Puis les différents hauts-commissaires créent des organismes de centralisation du renseignement, dont le contrôle devient le point de convergence des conflits entre les différentes autorités régionales d’Indochine et des luttes d’influences politiques en cours entre Saïgon et Paris. Le service de police et de sûreté assure la recherche du renseignement politique. Parmi les divers SR en Indochine, deux jouent un rôle fondamental. Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (prédécesseur de la DGSE), seul habilité à agir clandestinement sur les territoires ne relevant pas de la souveraineté française, va manifester son omnipotence. En 1953, il se révèle mêlé au trafic de l’opium…comme la République démocratique du Viêt Nam (Nord), qui finance une partie de sa guerre par le contrôle de 80 % de la production de l’opium cultivé par les montagnards à la frontière avec le Laos. Le Service technique de recherche, qui s’occupe du décryptement et de l’exploitation des communications du Viêt Minh (organisation politique et paramilitaire créée en 1941 par le Parti communiste vietnamien), travaille avec le Groupement des contrôles radioélectriques qui intercepte les liaisons radio adverses. Pourtant, malgré les bulletins de renseignement alarmistes, la sous-estimation des capacités ennemies par le commandement français provoque le désastre de la bataille de la Route coloniale 4 lors de l’opération d’évacuation de Cao Bang en 1950. L’une des causes se trouve dans les rapports mitigés entre le corps des officiers et les SR. S’y ajoutent le poids des habitudes, l’orgueil de la profession, le sentiment de supériorité et…l’ignorance des choses du renseignement ! De son côté, le commandement nord-vietnamien a utilisé pleinement le renseignement tactique fourni par ses services. Dès 1951, les autorités politiques et militaires d’Indochine partagent alors une nouvelle lecture du conflit avec la notion de guerre révolutionnaire combinant le choc des corps de bataille et le contrôle de la population. Les commandants en chef vont multiplier les sources de renseignement au plus près du terrain et resserrer le maillage du théâtre d’opérations par l’action des SR, afin de détruire l’appareil militaire adverse. En 1950, sur le plan international, les États d’Indochine (Laos, Cambodge et Sud-Viêt Nam) accèdent à une indépendance limitée et l’Armée de Chine populaire atteint la frontière avec le Tonkin. Le conflit entre alors dans le contexte de la guerre froide (1947-1991). Les dirigeants politiques français vont transformer une guerre néocoloniale en combat pour la défense du monde libre. La guerre de Corée (1950-1953) renforce la politique américaine d’endiguement en Asie du Sud-Est. Puis, les États-Unis interviennent militairement en Indochine de 1955 à 1975.

Loïc Salmon

« Les services secrets en Indochine », Jean-Marie Le Page. Nouveau Monde Éditions, 523 p, 11,90 €.

Renseignement : recomposition des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Les services secrets chinois, de Mao au Covid-19

Le livre noir de la CIA




OTAN : 75ème anniversaire, soutien accru à l’Ukraine et partenariats extérieurs

Lors du sommet de l’OTAN tenu à Washington du 9 au 11 juillet 2024, 75 ans après de sa création, les pays membres ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine jusqu’à la victoire contre la Russie. En outre, l’OTAN approfondit des partenariats extérieurs.

Conseil OTAN-Ukraine. Les 32 chefs d’État et de gouvernement ont souligné « l’entière responsabilité de la Russie dans cette guerre (contre l’Ukraine), « violation flagrante du droit international et notamment de la Charte des Nations Unies ». Ils ont déploré « les souffrances et la destruction causées par la guerre d’agression, illégale et injustifiable, que la Russie a déclenchée en l’absence de toute provocation ». Les Alliés ont lancé le programme « NSATU » de formation et d’assistance à la sécurité en faveur de l’Ukraine, destiné à coordonner les formations et les livraisons d’équipements militaires et aussi à fournir un soutien logistique. Ils ont aussi annoncé l’adoption d’un engagement durable à l’Ukraine pour assurer sa sécurité en incluant un financement de 40 Mds€ pour l’année à venir. Le 11 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rejoint la réunion du Conseil OTAN-Ukraine, dont les membres lui ont confirmé leur aide pour une adhésion à l’OTAN, lorsque les conditions seront réunies. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a indiqué que 20 États membres de l’OTAN ont signé des accords bilatéraux avec l’Ukraine et que ce nombre continue d’augmenter. Il a ajouté qu’un centre d’analyse, d’entraînement et de formation, dénommé JATEC et auquel participera l’Ukraine, sera établi en Pologne, afin d’exploiter les enseignements à tirer de la guerre russo-ukrainienne, notamment en matière de résilience.

Partenariats extérieurs. Le 11 juillet, les dirigeants de l’OTAN ont rencontré ceux d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon, de Corée du Sud et de l’Union européenne (UE) pour parler de la sécurité commune. Face à l’alignement croissant de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, l’OTAN coopère de plus en plus étroitement avec ses partenaires de la zone Indopacifique et avec l’UE pour préserver la paix et protéger l’ordre international fondé sur des règles. Son secrétaire général a expliqué le rôle déterminant de la Chine dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en 2025 à La Haye (Pays-Bas).

Participation française à l’OTAN. En 2024, la France consacre 2 % de son produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. En outre, sa crédibilité se manifeste par l’interopérabilité dans les exercices interalliés. Ainsi, l’exercice « Steadfast Defender », le plus important de l’OTAN, a mis en cohérence des manœuvres multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel) de la guerre hybride à celle de la haute intensité. Il a englobé les exercices : « Joint Warrior », défense navale en mer de Norvège (25 février-5 mars) ; « Dragon », combats de blindés de haute intensité en Pologne (29 février-14 mars) ; « Nordic Response », combats polaires en Norvège et en Finlande (5-14 mars) ; « Springstorm », défense du territoire en Estonie (22 avril-30 mai) ; « Swift Response », opération parachutiste en Roumanie (5-24 mai) ; « Gran Quadriga », défense du territoire en Lituanie (12-31 mai) ; « Dacian Spring », déploiement d’un poste de commandement de niveau brigade en Roumanie (18-26 mai) ; « Neptune Strike » avec les groupes aéronavals français, américain, espagnol, italien et turc en Méditerranée (26 avril-16 mai). S’y ajoutent notamment : la mission « Aigle » avec un bataillon multinational de 1.000 soldats en Roumanie, où la France est nation-cadre (depuis le 28 février 2022) ; la contribution régulière à la police du ciel dans les pays baltes à partir de la Lituanie (4 Rafale de novembre 2022 à mars 2023 puis 4 Mirage 2000-5 de novembre 2023 à mars 2024) ; le système de défense sol-air Mamba déployé en Roumanie (depuis le 16 mai 2022).

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe