DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

La Direction de la sécurité aéronautique d’État (DSAÉ) permet la réussite des opérations aériennes militaires et assure la sécurité des aéronefs civils et étatiques, face aux drones et jusqu’à la très haute altitude, nouvel espace de confrontation.

Son directeur, le général de division aérienne Cyrille Duvivier, en a présenté les missions à la presse, le 17 octobre 2025 à Paris. Ce service interministériel concerne les trois armées, la Direction générale de l’armement, la Gendarmerie nationale, la Direction générale des douanes et droits indirects, celle de la Sécurité civile et de la Gestion de crises et la Police nationale.

La sécurité aéronautique. Bien commun, l’espace aérien jusqu’à 20 km d’altitude est réglementé par le Code des transports (1924) et la Convention de Chicago (1944) à l’origine de l’Organisation internationale de l’aviation civile, qui en formule les règles. L’encombrement du ciel européen par des avions de plus en plus rapides a conduit à l’initiative « Ciel unique européen » (2004) et à la création de l’EASA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui élabore des règles de circulation pour les diverses Directions générales de l’aviation civile, qui les appliquent au niveau national sur les compagnies aériennes desservant l’Europe. Du fait de leur souveraineté, les États sont exonérés des règles commerciales ou civiles pour leur aéronefs militaires et étatiques, c’est-à-dire qu’ils les suivent mais n’y sont pas tenus lors de leurs missions opérationnelles. En France, la DSAÉ conseille, en matière de risques, les huit autorités d’emploi, citées plus haut, pour l’Aviation légère de l’armée de Terre, les aéronefs des Douanes et les chasseurs de la Marine nationale et de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elle élabore, avec elles, des règles spécifiques pour l’accomplissement des missions, les représente au sein de l’OTAN et de l’Union européenne et coordonne la surveillance de l’espace aérien. La Délégation générale pour l’armement apporte aux ministères des Armées, de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie l’expertise technique dans la conception ou l’usage d’un aéronef exploité par une autorité d’emploi, afin de garantir un cadre de sécurité maîtrisée.

Les principaux enjeux. En 1945, le général de Gaulle institue par décret le Commandement de la défense aérienne pour assurer la souveraineté du ciel français. Le Directoire de l’espace aérien met en œuvre l’accord cadre entre les ministères des Armées et des Transports pour élargir les zones d’entraînement des aéronefs des huit autorités d’emploi, notamment pour les distances de tirs de missiles Meteor (air-air longue portée). Une trentaine de plateformes aéronautiques assurent les contrôles aériens militaire et civil. La DSAÉ intervient dans le domaine de la navigabilité, à savoir l’ensemble des conditions techniques pour qu’un aéronef ne constitue pas un danger pour lui-même ou pour des tiers. En ce qui concerne l’exploitation des aéronefs civils et étatiques, elle aide les autorités d’emploi dans l’évolution des règles pour remplir de nouvelles missions ou celles de demain. La sécurité aéronautique se trouve souvent imbriquée avec la sûreté aéronautique, qui relève du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre). Par ailleurs, les flux aériens devraient doubler dans une dizaine d’années, réduisant d’autant l’espace de circulation disponible. A basse altitude l’accroissement du parc éolien constitue un triple risque pour l’État : pollution de la détection des radars, sûreté et sécurité aéronautiques. S’y ajoute l’émergence des services civils de drones nécessitant des espaces de vol. En outre, les armées devront pouvoir créer leurs propres services de drones. En haute altitude, la règlementation pourrait s’étendre à 50 km. Enfin, la préparation à un conflit de haute intensité implique une coordination interministérielle pour le contrôle de l’espace aérien civil au profit des aéronefs étatiques, pour garantir leur navigabilité et leur maintenance en temps de guerre.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones




Défense et sécurité : anticiper, prévenir et protéger, bilan 2024 du SGDSN

Pour assurer la souveraineté de la France et de l’Europe, le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) doit faire face aux menaces visibles et invisibles, à la compétition internationale et aux ruptures technologiques, qui présentent aussi des opportunités.

Son secrétaire général, Nicolas Roche, le souligne en tête du rapport d’activités 2024, rendu public en mai 2025.

Sécurisation des Jeux olympiques. Une posture Vigipirate a été spécialement élaborée pour couvrir l’ensemble de la période des Jeux Olympiques (26 juillet-11août) et Paralympiques (28 août-8 septembre). Auparavant, de janvier à mai, les démarches de coordination au niveau interministériel ou d’actions spécifiques ont été entreprises. Le suivi des événements s’est étendu de l’arrivée de la flamme olympique à l’issue des Jeux Paralympiques. Des outils spécifiques de l’aide à la décision ont été élaborés, dont le mémento pratique en cas de gestion de crise et de sécurité nationale et celui de la réponse opérationnelle, bâti autour d’une dizaine de scénarios critiques. Le retour d’expérience s’est concentré dans deux domaines particuliers. La gouvernance et l’articulation de centres de commandement ont nécessité un travail en amont avec tous les acteurs pour bien comprendre l’environnement et les procédures. Le cycle d’expérimentations des technologies, lancé en 2019, a permis de confronter les technologies d’avenir à la réalité du terrain, dont le contrôle des flux, l’utilisation des drones et la détection d’armes. Cette période a conforté les fonctionnements interministériels de la sûreté aéroportuaire et aérienne, la gestion des risques « explosifs » et NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique). Les Jeux ont nécessité quatre exercices gouvernementaux relatifs notamment à la sécurité aérienne et aux transports et cinq expérimentations en situation réelle de technologies d’avenir en matière de sécurité. Il a aussi fallu former 1.500 agents à la planification et la gestion de crise et 500 chiens à la détection d’explosifs.

Techniques de renseignement. Le SGDSN, qui dépend du Premier ministre, doit lui offrir, en temps réel, une vision synoptique des surveillances autorisées. Plusieurs mois avant l’arrivée de la flamme olympique, le Groupement interministériel de contrôle (GIC) s’est préparé techniquement pour éviter toute panne des systèmes d’information pendant les Jeux. Malgré la forte pression sécuritaire et le pic d’activités de l’été 2024, le dispositif des techniques de renseignement a maintenu l’équilibre entre les exigences de sécurité nationale et le droit au respect de la vie privée. Le nombre d’autorisations de géolocalisations, en temps réel, de personnes surveillées a progressé de 3 % de 2023 à 2024. Le décompte ne se fait plus par identifiant mais par personne surveillée, car la même personne peut utiliser plusieurs identifiants simultanément ou successivement. Pendant le même temps, le nombre d’interceptions de sécurité a augmenté de 10 %. Il dépasse celui, cumulé, des captations de paroles, d’images, de données informatiques et d’introductions dans les lieux privés. La technique des « écoutes » reste donc indispensable aux services de renseignement, même si elle n’est plus celle par laquelle ils apprennent la teneur détaillée des projets terroristes, d’ingérences, d’espionnage, de criminalité organisée ou de violences collectives. En 2024, le GIC a formé 1.174 agents des services de renseignement, délivré plus de 100.000 autorisations de techniques de renseignement, fourni 1.250 transcriptions contrôlées par jour et trouvé 21 nouveaux opérateurs interlocuteurs.

Cybermenaces. En 2024, dans un contexte de tensions internationales, les cyberattaquants ont ciblé la chaîne d’approvisionnements et les vulnérabilités des équipements des Jeux Olympiques et Paralympiques et des élections. L’espionnage a visé les infrastructures de télécommunications par l’emploi de « réseaux d’anonymisation » d’équipements compromis pour en détourner l’utilisation légitime, afin d’agir plus discrètement. Les intrus dissimulent ainsi leurs actions et en rendent l’attribution difficile à toutes les étapes de l’attaque informatique. La menace cybercriminelle se caractérise par des fuites de données et des attaques pour obtenir une rançon. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a constaté une hausse des attaques de déstabilisation, dont d’« hacktivistes » interdisant un service. En outre, la moitié de ces opérations de cyberdéfense ont porté sur la vulnérabilité des équipements des entités ciblées. Par ailleurs, la directive européenne NIS2 sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information vise à améliorer la cybersécurité en atténuant les menaces sur les secteurs public et économique clés, pour assurer la continuité de leurs services en cas d’incident. Adoptée en décembre 2022, la NIS2 est en cours de transposition dans le droit français en 2025. L’ANSSI accompagne les futures entités régulées en développant l’offre de ses services. En 2024, elle a détecté 4.386 événements de sécurité et 1.361 incidents. Elle a délivré 280 visas de sécurité,196 qualifications, 94 certifications, et 117.856 attestations « SecNumacademie ». Elle a formé 1.696 personnes et élaboré 68 formations labellisées « SecNumedu » et 35 formations labellisées « SecNumedu-FC ». Elle a aussi publié 22 articles scientifiques, 1 avis technique, 10 guides techniques et 12 logiciels en source ouverte.

Protection à l’international. Le SGDSN coordonne l’action interministérielle dans la lutte contre le financement du terrorisme. Au cours de l’année 2024, son groupe de travail sur le gel des avoirs à but antiterroriste a pris 459 mesures en ce sens sur le territoire national, soit dix fois plus que lors de sa création en 2017, et développé un volet de coopération internationale. En outre, depuis 2023, le Parlement a rendu publics trois rapports la menace des ingérences étrangères, qui ont abouti à la loi du 25 juillet 2024 visant à les prévenir en France. Outre le renfort des moyens administratifs et de l’arsenal répressif, cette loi instaure l’obligation de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique des personnes exerçant des activités d’influence pour le compte de puissances étrangères. Sont aussi visés les « think tanks » et les établissements éducatifs publics à but non lucratif, œuvrant avec un partenaire étranger et ayant pour vocation la diffusion d’une langue étrangère et la promotion des échanges culturels. Ces organismes doivent déclarer les dons et versements reçus de la part de personnes morales étrangères à l’Union européenne. Le SGDSN pilote les travaux réglementaires relatifs à ces deux dispositifs de transparence, entrés en vigueur le 1er juillet 2025. Par ailleurs, le SGDSN continue de s’engager sur les questions de sécurité au sein des instances de l’Union européenne et de l’OTAN. Il participe aussi à des forums internationaux, comme le « Manama Dialogue » à Bahreïn et le « Shangri-La Dialogue » à Singapour. Il entretient des relations bilatérales notamment avec l’Australie, l’Inde, Israël, le Japon, le Qatar, la Grande-Bretagne et Singapour.

Exportations de matériels de guerre. Le SGDSN préside la Commission interministérielle pour l’étude des exportations des matériels de guerre (CIEEMG), qui inclut les ministères des Affaires étrangères, des Armées et de l’Économie. En 2024, la CIEEMG a instruit 8.200 demandes de licences d’exportation, dont près de la moitié sur des modifications ou de prorogations de licences existantes. Elle a accéléré le traitement des licences au profit de l’Ukraine pour répondre à ses besoins opérationnels dans les meilleurs délais. Depuis 2023, le SGDSN préside la Commission interministérielle des biens à double usage civil et militaire, qui, en 2024, a examiné plus de 3.000 demandes individuelles. Enfin, il participe activement aux travaux européens d’élaboration, de mise à jour et d’application de sanctions visant la Russie et la Biélorussie.

Loïc Salmon

Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger

Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement




Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain




Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger

La Direction du renseignement et de la sécurité de défense (DRSD) détecte les vulnérabilités des personnels du ministère des Armées, des entreprises et des laboratoires de recherche liés à la défense, afin d’assurer leur protection.

Son directeur, le général de corps d’armée Philippe Susnjara, l’a expliqué à la presse le 10 avril 2025 à Paris. Dans le cadre de la fonction stratégique « connaissance et anticipation », la contre-ingérence militaire, composante du renseignement, tente de prévenir tout acte hostile visant à porter atteinte aux intérêts de la France ainsi qu’à sa défense et son secret, autrement que par la confrontation directe.

Les menaces. Vulnérabilités et menaces sont croisées sous le signe « TESCO » pour terrorisme, espionnage, sabotage, subversion et crime organisé. Le contexte sécuritaire se caractérise d’abord par la radicalisation de la société avec des mouvements et des groupuscules de plus en plus violents liés à l’islam radical et aux tentatives d’attentats terroristes ou à ceux qui ont réussi. Cette tendance touche tous les mouvements religieux, idéologiques (complotistes) ou politiques (ultra-droite, ultra-gauche et écologistes radicaux). Ces différents types de lutte tendent à converger, notamment les groupuscules antimilitaristes et les mouvements propalestiniens ciblant des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Par ailleurs, le retour des États puissances se manifeste par leur désinhibition générale pour agir et s’intéresser particulièrement à l’organisation de la défense de la France et ses capacités militaires et aux technologies de rupture, dont l’intelligence artificielle et le quantique (nanotechnologies). Certains agissent pour conserver leur avance, d’autres pour rattraper leur retard. Tous les États font l’objet d’ingérence, surtout dans le domaine économique. Toutefois, le niveau d’agressivité et les modes d’action varient. Cela va de l’intrusion de nuit dans un local fermé, pour y photocopier des documents confidentiels, à l’application de lois extraterritoriales (États-Unis et Chine). La révolution technologique exacerbe ces menaces, car le cyber, devenu espace de confrontation, offre de nouveaux modes d’actions en tant que caisse de résonnance de l’émotion et de la réputation. Cela va du logiciel (israélien) Pegasus, pour espionner les smartphones, à « l’ingénierie sociale » via les réseaux sociaux. Ainsi, une veille assidue sur Instagram (américain) permet de connaître l’adresse personnelle d’un internaute, son lieu de travail, sa famille, ses habitudes, ses activités de loisirs et ses prédilections de voyages. Par ailleurs, la guerre en Ukraine (depuis février 2022), les tensions et conflits chroniques aux Proche et Moyen-Orient ainsi que la compétition économique accrue, avant même la guerre commerciale déclenchée par la nouvelle administration américaine (depuis avril 2025), intensifient d’autres menaces. L’espionnage classique consiste en survols d’endroits sensibles par des drones, vols d’ordinateurs ou de téléphones portables et intrusions. Le regroupement de multiples petites informations donne des renseignements sérieux. Ainsi, la Russie s’intéresse à tout ce qui touche à la formation des Ukrainiens dans les pays occidentaux, aux grands exercices de l’OTAN et aux salons internationaux d’armement. En outre, la subversion vise à briser le lien de confiance entre l’État et son armée, entre l’armée et les citoyens, entre les autorités politiques et militaires, entre le soldat et ses matériels. Les mouvements extrémistes, cités plus haut, s’attaquent à la réputation par des actions symboliques (tags sur les murs ou tracts autocollants). Au niveau étatique, la Russie riposte par des actions d’influence à toute annonce considérée comme hostile dans le cadre du conflit en Ukraine. Elle bloque l’accès au portail internet d’entreprises associées à l’Ukraine ou en dénie les services. Sa société paramilitaire privée Wagner a procédé à des attaques informationnelles contre la France au Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) durant l’opération « Barkhane » (terminée en 2022). Des actes de sabotage contre des entreprises de défense ont été revendiqués sur les réseaux sociaux.

La BITD ciblée. Le domaine spatial, l’aéronautique et les technologies de rupture représentent plus de 50 % des domaines qui intéressent les pays compétiteurs de la France. Parmi les technologies de rupture figurent la lutte anti-mines et l’étude des grands fonds marins, futurs théâtres possibles d’affrontement. Les industries duales, souvent réalisées dans l’écosystème des startups, suscitent aussi beaucoup d’intérêt à l’étranger et sont donc suivies par la DRSD et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il en est de même pour les salons internationaux du Bourget, pour l’aéronautique et l’espace, Euronaval et Eurosatory. La volonté d’agents étrangers de capter des informations s’y manifeste par les prises de vues de maquettes ou des questions trop précises sur les caractéristiques des produits et leurs modes de fabrication.

Les armées. Dans tous les pays occidentaux et surtout en Grande-Bretagne et en France, des cadres militaires spécialisés ayant quitté les armées ont été embauchés par la Chine comme instructeurs. En 2022, aucun pays membre de l’OTAN ne disposait d’outils réglementaires ou législatifs pour les en empêcher. En France, à l’issue de travaux de réflexions, l’article 42 de la loi de programmation militaire 2024-2030 empêche la transmission de savoirs stratégiques dans les domaines d’excellence françaises à des puissances étrangères. Il permet au ministre des Armées de s’opposer à ce qu’un militaire ou un expert civil exerce une activité au profit d’une puissance étrangère. Les personnes ayant exercé des fonctions sensibles doivent, après les avoir cessées, faire une déclaration de leurs activités pendant dix ans. Lors des grands déplacements de l’armée de l’Air et de l’Espace (missions « Pégase ») et du groupe aéronaval (missions « Clemenceau »), la DRSD sensibilise les personnels et le commandement à la contre-ingérence et prépare les escales en amont avec l’ambassade de France et les acteurs portuaires pour évaluer les zones sensibles et les vulnérabilités particulières. Enfin, pour protéger les forces armées, la DRSD poursuit ses échanges avec les services des renseignement étrangers, prioritairement européens dont ceux d’Europe de l’Est (Pologne, Estonie et Roumanie), où sont stationnées des forces françaises.

L’action de la DRSD. L’effectif de la DRSD, qui se monte à 1.600 personnes en 2025, doit passer à 1.700 en 2O30 et son budget de 25 M€ à environ 30 M€. Les analystes du renseignement sont recrutés parmi les juristes, les diplômés en sciences politiques ou intelligence économique et les techniciens parmi les développeurs en informatique et autres métiers originaux. Ainsi avant chaque réunion confidentielle de défense, le « dépoussiéreur » vérifie que la salle n’est pas truffée de micros, caméras ou traceurs GPS dans les murs, faux plafonds, ampoules ou prises électriques. Par ailleurs, l’intelligence artificielle et les outils combinatoires croisent des informations pour détecter des signaux faibles et des comportements atypiques, afin d’anticiper une menace future. La meilleure protection nécessite de lever toute barrière entre le physique, le cyber, le droit et l’informationnel. Par exemple, derrière une simple caméra de surveillance (physique), se trouve un logiciel d’exploitation (cyber). En lien avec la DGSI et la Préfecture de police, la DRSD entretient des relations régulières avec les entreprises, afin de sensibiliser les exposants des salons d’armement aux ingérences étrangères. Elle procède à toutes les enquêtes administratives pour les habilitations « secret » et « très secret défense » (500.000 par an) pour l‘accès aux zones protégées ou réservées et sur le besoin d’en connaître, afin de détecter les vulnérabilités éventuelles des personnes concernées. Enfin, sa base de données est régulièrement contrôlée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Loïc Salmon

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

Renseignement : anticiper la surprise stratégique

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins




Union européenne : Livre blanc de la Défense à l’horizon 2030

Dans un Livre Blanc accompagné d’un train de mesures sur quatre ans, la Commission européenne a présenté ses objectifs et ses moyens pour combler le sous-investissement chronique de l’Union européenne en matière de Défense.

Ces documents, publiés le 19 mars 2025 à Bruxelles, ont fait l’objet d’une note de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale française le 20 mars. Ils visent à accélérer la transformation de la défense, renforcer la frontière terrestre avec la Russie et la Biélorussie et développer les partenariats avec d’autres pays partageant les mêmes valeurs.

Contexte stratégique. Le voisinage direct de l’Union européenne (UE) se trouve déstabilisé par les tensions croissantes dans les Balkans occidentaux, l’influence de la Russie en Géorgie, Moldavie et Arménie, et l’incertitude permanente en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, affectés par les guerres, le terrorisme, les migrations et les effets du changement climatique. S’y ajoutent les menaces hybrides, à savoir les cyberattaques massives, la désinformation à grande échelle, l’espionnage industriel et l’instrumentalisation des migrations. Quoique alliés de l’UE, les États-Unis réorientent leur attention stratégique vers l’Asie. La Chine poursuit une montée en puissance militaire, rapide et opaque, avec des visées hégémoniques en Indopacifique menaçant le détroit de Taïwan. La Russie consacre 40 % de son budget à ses forces armées avec une posture nucléaire agressive, notamment par le déploiement d’armes nucléaires en Biélorussie. L’UE prévoit d’augmenter son soutien militaire à l’Ukraine, même dans l’hypothèse d’une cessation des combats, par un approvisionnement annuel d’au moins deux millions d’obus, la fourniture de drones et de systèmes de défense aérienne avec un soutien au renforcement de ses capacités. Le Livre blanc prévoit des corridors de transport rapide d’équipements vers Ukraine et l’intégration de son retour d’expérience de la guerre de haute intensité dans les programmes européens de recherche et développement.

Montée en puissance. Le Livre blanc spécifie les déficiences à traiter en priorité pour restaurer une crédibilité militaire : défense aérienne et antimissile intégrée contre les missiles balistiques, systèmes hypersoniques et drones ; artillerie et systèmes de frappe longue portée en assurant un approvisionnement suffisant en munitions et missiles ; drones et systèmes anti-drones pour développer une capacité autonome de surveillance et de riposte. La mobilité militaire sera renfoncée par une circulation rapide et efficace de troupes et de matériels à travers l’UE par des investissements urgents dans les infrastructures critiques (ponts, tunnels, terminaux portuaires et aéroportuaires), la suppression des obstacles administratifs (harmonisation des règles douanières, logistiques et de circulation transfrontalière) et l’accès prioritaire des forces armées aux réseaux de transport. Les capacités avancées seront développées, notamment en intelligence artificielle, technologies quantiques, guerre électronique et cybersécurité. Les infrastructures stratégiques seront protégées par la sécurisation des réseaux logistiques, des systèmes de communication et des capacités spatiales. Les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques et composants essentiels seront sécurisées par leur production ou leur acquisition au sein de l’UE ou via des mécanismes d’achat commun. En outre, il s’agit de garantir visibilité et prévisibilité aux industriels par des commandes publiques pluriannuelles, structurées autour de la commande groupée entre États membres. Un mécanisme de ventes européennes vise à réduire les délais de livraison. L’instrument financier SAFE, qui exclut implicitement la Grande-Bretagne, sera doté de 150 Mds€ de prêts pour soutenir les investissements militaires conjoints, réaliser des économies d’échelle importantes et renforcer l’interopérabilité des systèmes militaires.

Loïc Salmon

Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais

A la suite de l’accord du 26 novembre 2024 entre Israël et le Liban, la Task Force (TF) franco-américaine Cèdre est chargée de contrôler la cessation des hostilités sur le terrain avec l’appui de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Le général de brigade Guillaume Ponchin, représentant de la France au sein de la TF Cèdre, l’a présentée à la presse le 27 février 2025 à Paris.

La TF Cèdre. L’article 12 de l’accord stipule notamment que seules les forces militaires et de sécurité libanaises peuvent être déployées dans le sud du Liban après le retrait de Tsahal (forces armées israéliennes). La TF Cèdre doit poursuivre la « déconfliction », à savoir une procédure de sécurité militaire spécifique visant à prévenir les attaques et les meurtres par erreur de soldats appartenant à la même partie ou à une partie alliée à un conflit armé. La TF Cèdre doit aussi appuyer la montée en puissances des forces armées libanaises (FAL) et démanteler des infrastructures et des équipements militaires non étatiques. Son action se traduit par un dialogue quotidien entre les FAL et Tsahal. Entre le 17 janvier et le 17 février 2025, Tsahal s’est  retiré de la partie occidentale de la zone Sud du fleuve Litani, sauf de cinq polygones estimés stratégiques (voir carte). Ensuite, les FAL ont enlevé, classé et détruit les armes et autres équipements militaires découverts sur le terrain. Leur implantation sur la zone évacuée prend du temps en raison des difficultés d’accès dues aux destructions survenues et au danger représenté par les mines, engins explosifs improvisés, obus non explosés et pièges. Le 18 février et après dépollution du terrain, les FAL ont pris position dans la plus grande partie de la zone évacuée par Tsahal pour permettre à la population de revenir et pour renforcer la crédibilité de l’action du nouveau gouvernement libanais en matière de sécurité. Du 27 novembre 2024 au 17 février 2025, la TF Cèdre a réalisé plus de 1.200 actions de médiations ou de déconfliction, menées jour et nuit. Les FAL ont procédé à plus de 170 actions de désarmement d’installations militaires illégales et à plus de 250 destructions. En coordination avec la Finul, la TF Cèdre poursuit ses missions pour permettre le retour de la pleine souveraineté de l’État libanais dans ses composantes régaliennes sur l’ensemble de son territoire.

La Finul. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban a été établie en mars 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du Sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Le mandat de la mission a été ajusté deux fois en raison de l’incursion de Tsahal en 1982 et de son retrait en 2000. Après la crise de juillet-août 2006, le Conseil a décidé que la Finul devra, en sus de l’exécution de son mandat d’origine, contrôler la cessation des hostilités, accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud et fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. En décembre 2024, les effectifs de la Finul se montent à 9.730 militaires, dont 208 officiers. Depuis sa création, la Finul déplore la mort de 338 personnels. Début 2025, les dix principaux pays qui fournissent des contingents et du personnel de police aux opérations sont : l’Indonésie, 1.252 personnels ; l’Inde, 897 personnels ; le Ghana, 878 personnels ; le Népal, 874 personnels ; l’Italie, 846 personnels ; la Malaisie, 852 personnels ; l’Espagne, 690 personnels ; la France, 615 personnels ; la Chine, 419 personnels ; l’Irlande, 326 personnels. La Finul comprend : la Force Commander Reserve, armée par un bataillon franco-finlandais pour réagir rapidement ; la Maritime Task Force pour la surveillance des approches maritimes ; l’Air Medical Evacuation Team avec deux équipes médicales, italienne et française, pour les secours d’urgence.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Liban : l’opération « Amitié », réactivité et efficacité

Liban (1978-1986) : actions de la Marine nationale




Économie : le rôle clé du Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité

Conseil du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, le Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (SHFDS) contribue à la gestion des risques et d’une ou de plusieurs crises en cours et protège l’information stratégique.

Son chef, Samuel Heuzé, en a expliqué les missions lors d’une conférence-débat organisée, le 28 janvier 2025 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Île-de-France.

Les missions. Tous les ministères participent à la défense et à la sécurité nationale, responsabilités assurées par le secrétaire général. Quant au ministère de l’Économie, le Code de la défense précise qu’il doit assurer la continuité de l’activité économique en cas de crise majeure, de la protection des intérêts économiques de la nation et de l’adoption de mesures d’ordre financier nécessitées par la conduite de la guerre. Ces missions sont exercées par le haut fonctionnaire de défense par délégation du secrétaire général et correspondant prioritaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui relève du Premier ministre. Pour cela, il dirige le SHFDS qui compte : 60 agents permanents; un réseau territorial placé auprès des préfets de zones de défense et de sécurité ; un secteur d’activités d’importance vitale regroupant environ 70 opérateurs publics et privés, hors énergie ; 183 zones pour la protection du potentiel scientifique et technique ; 8.400 habilitations au secret en gestion pour la protection du secret de la défense nationale ; 330 sites d’infrastructures sensibles de la Direction générale des finances publiques ; 34 plans de continuité de l’activité malgré la perte des ressources critiques. Ces plans incluent la posture Vigipirate pour la préparation, la vigilance et la réaction face à la menace terroriste, le plan contre la crue de la Seine, la lutte contre la pandémie ou la grippe aviaire et tous les plans interministériels. Une autre mission porte sur l’orientation de l’action des ministres responsables de la production, de l’approvisionnement et de l’utilisation des ressources nécessaires à la défense et la sécurité nationale. Le centre opérationnel du ministère de l’Économie, situé à Paris-Bercy, dispose de tous les moyens de communications adaptés pour coordonner une crise de son ressort et discuter des structures interministérielles avec la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, qui a pour correspondants tous les hauts fonctionnaires de de défense. Celui du ministère de l’Économie s’assure que chaque direction a pris toutes les mesures nécessaires pour continuer à fonctionner en mode dégradé, notamment en cas de crise numérique majeure. La France compte 350 entreprises et établissements publics, répartis entre tous les ministères, considérés comme essentiels à la continuité de l’État et devant faire face à toutes les crises possibles. Le ministère de l’Économie en surveille 70 dans quatre secteurs d’activités : télécommunications et opérateurs du numérique ; banques et grands organismes financiers ; l’audiovisuel, historiquement lié aux réseaux de télécommunications (photo), et les grands opérateurs de diffusion de l’information et des grands programmes audiovisuels ; l’industrie. Cette dernière compte une cinquantaine d’opérateurs, notamment dans l’énergie, la chimie et l’industrie lourde. Si l’un d’eux disparaît ou ne peut plus fonctionner, la continuité de l’État se trouve en péril. Il s’agit alors de continuer à remplir certaines missions de service public en tout temps et à tout moment, quelles que soient les catastrophes. Par exemple, le ministère de l’Économie s’assure que la chaîne de production de biens stratégiques spécifiques tourne malgré des coupures d’électricité, grâce à un groupe électrogène, ou une attaque informatique, par le renforcement de la cybersécurité.

La sécurisation. La protection du potentiel scientifique et technique concerne les innovations et les savoir-faire très spécifiques et stratégiques disséminés dans les grandes entreprises, les centres de recherche et les écoles d’ingénieurs. Des pays d’Asie, d’Europe et même les États-Unis veulent capter des savoirs, dont ils ont besoin pour développer certaines technologies. La protection consiste à créer, dans les entreprises, centres de recherches et laboratoires, des zones réservées aux personnes habilitées (chercheurs et étudiants), des contrôles d’accès et des enquêtes de sécurité sur les personnels étrangers invités. Il s’agit de contrer la menace sur l’avance technologique, que la France entend conserver, et d’éviter une concurrence économique déloyale. Une autre menace concerne le terrorisme, dont des organisations veulent acquérir des connaissances dans la bactériologie et la chimie, où travaillent des centaines d’entreprises françaises. Le ministère de l’Économie s’assure du respect des traités internationaux en matière de prolifération chimique et biologique dans le domaine civil. Certaines nations souhaitent disposer de savoir-faire pour développer des armes nucléaires ou une dissuasion à partir de sous-marins. Dans ces cas, il s’agit de s’assurer que les personnes travaillant dans un laboratoire spécialisé dans l’acoustique sous-marine ne cherchent pas à capter des informations susceptibles de mettre en difficulté la dissuasion nucléaire de la France ou utiles pour développer une flotte sous-marine transportant des armes biologiques ou chimiques. Un autre niveau de sécurité concerne le contrôle des investissements étrangers en France. L’État s’assure que les entreprises compétentes en matière de défense ou de sécurité ne fassent pas l’objet d’opérations de rachat ou de prises de participations agressives ou intrusives. Le Service de l’information stratégique et de sécurité économique s’assure que les grandes entreprises stratégiques pour la France se trouvent en bonne santé et ne font pas l’objet d’intentions malveillantes. Par ailleurs, le SHFDS coordonne la lutte contre la menace cyber dans un ministère qui compte 130.000 agents et 300 systèmes sensibles. Le Trésor, les Douanes et la Direction des finances publiques disposent d’outils performants pour développer des systèmes d‘information spécifiques pour traiter les fonctions classifiées. Il n’en est pas de même pour les structures plus petites qu’il faut accompagner dans le travail de cyberdéfense, notamment lors d’une saturation des services internet par un acte de malveillance pour en dénier l’accès.

La résilience nationale. En 2024, les hauts fonctionnaires de défense ont dû gérer trois crises différentes. Au cours de celle en Nouvelle-Calédonie (8 mois et 21 jours depuis le 13 mai), les émeutiers ont attaqué des infrastructures critiques, entraînant des coupures d’électricité et de télécommunications jusqu’à l’intervention des forces de sécurité. Lors des Jeux Olympiques à Paris (26 juillet-11 août), il a fallu renforcer les réseaux de télécommunications par 17 antennes supplémentaires en raison de l’affluence de visiteurs, afin garantir les services d’appels d’urgence, de distribution automatique de billets de banque et des terminaux de cartes bancaires. S’y sont ajoutés les renforcements de la cybersécurité et des services de dédouanement dans les aéroports. A Mayotte, le cyclone Chido (14 décembre) a balayé les antennes de télécommunications et les pylônes électriques. Il a fallu rétablir rapidement les réseaux de la Poste et de la Banque de France, car 50 % de la population mahoraise vit des allocations de minima sociaux. Le ministère de l’Économie y a mobilisé 17 personnes pendant un mois. Par ailleurs, le conflit en Ukraine rappelle les enjeux des câbles sous-marins pour le trafic internet (photo). En cas d’engagement majeur de plusieurs semaines à ses frontières, la France est identifiée comme pays d’accueil des troupes britanniques, américaines et canadiennes de l’OTAN en renfort. Quelque 60.000 militaires et des milliers de blindés devraient traverser la France pour se rendre vers l’Est de l’Europe. Des travaux sont en cours avec l’État-major des armées.

Loïc Salmon

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

Sécurité : la résilience, travail de fond préparé en amont




DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Face à la prolifération de missiles sur les théâtres d’opérations en cours, la Délégation générale de l’armement (DGA) développe de nombreux systèmes de défense, mis en œuvre principalement par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE).

La défense aérienne, de la basse à la très haute altitude, a été présentée à la presse le 14 novembre 2024 à Paris par l’ingénieur en chef de 2ème classe Christophe Cabaj, architecte capacitaire défense surface-air à la DGA, et le lieutenant-colonel Jérémy Gueye, adjoint sol-air du général commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse.

Menaces et neutralisations. Le spectre des menaces s’étend de l’essaim de micro-drones aux planeurs hypersoniques, indique l’ingénieur en chef Cabaj. Leurs caractéristiques varient : drones et munitions téléopérés, vitesses de 100 à 200km/heure, rayon d’action de 1.000 km et altitude jusqu’à 10.000 m ; hélicoptères et aéronefs, 150-1.000 km/h, altitude jusqu’à 20 km ; missiles de croisière, jusqu’à 1.000 km/h sur 1.000 km en vol à basse altitude en suivi de terrain ; missiles balistiques, plusieurs km/seconde en vol exo-atmosphérique et manœuvre en phase de pénétration sur des distances de 300 à 3.000 km ; missiles hypersoniques, plusieurs km/seconde en vol sur plus de 1.000 km avec des manœuvres en phase extra-atmosphérique et phase de pénétration. Ces menaces, de plus en plus furtives, peuvent brouiller et leurrer les systèmes de défense. La défense surface-air contribue à la maîtrise du ciel, depuis le sol ou la mer, et protège les points fixes, la manœuvre de la force terrestre et les opérations navales, dont celle du Groupe aéronaval, contre tout type de menaces. Elle doit détecter les cibles, les classifier en « amies » ou « ennemies » en caractérisant leur nature et, le cas échéant, les détruire par de l’artillerie ou des missiles de défense aérienne. La DGA et les armées ont choisi une approche de couches de solutions pour la lutte anti-drones et contre les intrus à très courte, courte et moyenne portées (photo). Chaque couche dispose de ses propres senseurs de détection (radars et moyens optiques au sol ou embarqués sur des navires ou des aéronefs) et systèmes C2 (commandement et contrôle) pour la classification et la décision du tir. Celle-ci peut être prise en quelques secondes, notamment contre les missiles de croisière. Un C2 de haut niveau organise la coordination des feux et choisit le meilleur effecteur à engager selon le type d’intrus : artillerie antiaérienne contre drone et aéronef jusqu’à 5 km ; missile Mistral à très courte portée contre drone, aéronef et missile de croisière subsonique jusqu’à 8 km ; missiles VL Mica, VL Mica nouvelle génération et Aster 15 contre aéronef et missile de croisière supersonique jusqu’à 50 km ; missiles Aster 15 et 30 contre aéronef et missile de croisière et missile balistique à courte portée jusqu’à 150 km ; missiles Aster 30 et 30 B1NT (livrables à partir de 2026), contre missile hypersonique et missile balistique à moyenne portée pour une interception au-delà de 20 km d’altitude.

Progressivité de la défense. La défense surface-air s’articule en trois axes, précise le lieutenant-colonel Gueye. La « Posture permanente de sûreté aérienne » (PPSA), consiste en la surveillance de l’espace aérien national avec un maillage dense de radars et le décollage d’avions de chasse sous très court préavis pour assister des aéronefs en détresse ou intercepter des missiles de croisière ou des avions de combat. Des hélicoptères Fennec peuvent intercepter des aéronefs. La PPSA est renforcée par un maillage de surveillance plus serré et des moyens d’interception plus importants lors de grands événements (80ème anniversaire du Débarquement en Normandie et Jeux Olympiques à Paris en 2024), en coordination avec la police et la gendarmerie. La défense sol-air est déployable en opération extérieure ou pour aider un pays tiers (système Mamba en Roumanie depuis 2022 et Marine nationale en mer Rouge depuis 2023).

Loïc Salmon

Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER




La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme

La Direction de la surveillance du territoire (DST, 1944-2008) a appliqué les méthodes du contre-espionnage à la lutte contre le terrorisme avec comme seules armes, particulièrement efficaces, le renseignement et l’action judiciaire.

Entre 1954 et 1962, la DST mobilise 80 % de ses effectifs pour lutter contre le terrorisme dans les départements français d’Algérie et en métropole. La rébellion, appellation à l’époque, du Front de libération nationale (FLN) bénéficie des réseaux de soutien de Français de métropole et d’Algérie et d’Européens. La DST a permis l’arrestation d’artificiers, de détenteurs d’armes et d’auteurs d’attentats. Elle apporte les preuves des collusions financières entre le FLN et les services spéciaux égyptiens. Elle surveille et décrypte le réseau radio du FLN pour suivre l’évolution de sa situation militaire, politique et logistique et guider les missions de brouillage des radiodiffusions subversives. Pendant cette période, elle déferre à la justice 14.328 individus, essentiellement des membres du FLN. En 1972, le massacre d’otages israéliens par le groupe palestinien « Septembre noir » lors des Jeux Olympiques de Munich et la volonté d’Israël d’en tuer les auteurs et leurs complices ont des effets en France et dans d’autres pays. Dès 1974, la DST crée une division ciblant le terrorisme palestinien et tous ceux frappant ou menaçant la France, notamment les organisations (Armée rouge japonaise et Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) et les États (Syrie, Irak, Libye, Iran et Yémen du Sud) soutenant le terrorisme jusqu’aux années 1990. La DST, chargée du renseignement intérieur mais n’effectuant aucune action offensive à l’étranger, a partagé ses informations en matière de contre-terrorisme avec les services étrangers homologues, tout en protégeant ses sources. Cela lui a permis d’implanter des officiers de liaison dans quelques pays dans les années 1990, quand apparaît la grande menace djihadiste. Celle-ci trouve ses origines dans trois événements de 1979 : l’avènement de la « Révolution islamique » en Iran avec la prise en otage de 52 personnels de l’ambassade américaine à Téhéran pendant 444 jours ; le soutien logistique secret des États-Unis aux « moudjahidin » afghans contre le pouvoir procommuniste de Kaboul ; l’invasion de l’Afghanistan par les forces spéciales soviétiques. Il s’ensuit une « djihad » (guerre sainte) des musulmans pour aider leurs frères afghans avec comme acteurs principaux : les États-Unis contre l’URSS ; l’Arabie saoudite pour récupérer la prééminence islamique sur l’Iran ; le Pakistan par où transite l’aide des deux premiers acteurs. Les volontaires arabes ne combattent presque pas (40 morts pendant la guerre d’Afghanistan 2001-2021) mais apprennent à utiliser des armes et des explosifs et, au contact de leurs « formateurs » religieux, deviennent des extrémistes faisant éclater la violence un peu partout. Des attentats terroristes sont perpétrés à Paris en 1995 et 1996 par le Groupe islamiste armé et à New York en 2001 (à l’origine de la guerre d’Afghanistan) par l’organisation Al-Qaïda. En France, l’octroi, par les magistrats du Parquet, d’une commission rogatoire dite des « filières afghanes » permet à la DST de judiciariser les informations obtenues auprès de ses sources, extraordinaire instrument de travail dans la lutte contre les cellules djihadistes. Celles-ci, d’obédience sunnite dépourvue de clergé, fonctionnent sans donneur d’ordres central ni organisation hiérarchisée. Chaque groupe peut faire allégeance à Al-Qaïda ou à l’État islamique (Daech), dont il peut recevoir aide et soutien mais pas d’instructions ni d’objectifs précis. Enfin, les contacts de la DST avec les services de renseignement d’États autoritaires ont permis d’éviter des attentats contre la France en indiquant les risques encourus.

Loïc Salmon

« La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme », par Louis Caprioli, Jean-François Clair et Michel Guérin. Mareuil Éditions, 212 pages 21 €

La DST sur le front de la guerre froide

Terrorisme : évolutions stratégiques et sociologiques

Afghanistan : un sanctuaire néo-djihadiste très incertain




Défense : les contributions des armées aux Jeux Olympiques 2024

Les armées ont déployé 18.000 militaires en appui des forces de sécurité intérieure lors des Jeux Olympiques de Paris (26juillet-11 août). Sur les 64 médailles obtenues par l’équipe de France, 21 ont été remportées par des personnels du ministère des Armées.

Le général Lionel Catar, commandant la 27ème Brigade d’infanterie de montagne et de la « brigade olympique », a présenté un bilan à la presse le 27 août 2024 à Paris. L’armée de l’Air et de l’Espace a déployé une « bulle de protection » pendant la cérémonie d’ouverture et la Marine nationale a contribué à la sécurisation de la rade de Marseille et des épreuves de surf à Tahiti. Outre les 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » contre le terrorisme, le gouverneur militaire de Paris a bénéficié, pour la première fois, du renfort d’une brigade interarmes de l‘armée de Terre, qui a pris l’appellation de « brigade olympique ». Le dispositif est adapté pendant les Jeux Paralympiques du 28 août au 8 septembre.

Sécurisation terrestre. Le déploiement de dispositifs visibles a dissuadé les éventuels perturbateurs des Jeux, qui se sont déroulés sans incident, souligne le général Catar. Plus de 45 régiments ont fourni 5.600 soldats pour renforcer les diverses unités de protection, en collaboration étroite avec les services du préfet de Police de Paris et les autorités civiles des départements de la Grande Couronne. Un détachement d’hélicoptères légers (Gazelle) et de manœuvre (Caïman) a été stationné en région parisienne. Des moyens spécifiques de contrôle de zone ont été mis en œuvre, dont la Seine sur quatre kilomètres. Le dispositif de lutte anti-drones inclut des radars et des brouilleurs. Les patrouilles fluviales avec un détachement spécialisé de l’armée de Terre ont sécurisé le port de Paris et escorté les convois de péniches, notamment de céréales, pendant la période des Jeux. Plus de 60 drones ont effectué 1.500 vols, depuis juillet, pour assurer l’étanchéité du dispositif de protection avec des sonars sous-marins et des barrières fluviales. Un maillage très dense de patrouilles terrestres a permis d’éviter toute intrusion sur les quais aux approches du site, tout en maintenant une grande discrétion pour laisser les 300.000 spectateurs découvrir la cérémonie d’ouverture. Les patrouilles ont été intensifiées au large du château de Versailles et à Eurodisney, en passant par les plateformes de correspondance de transport, dont les gares, surtout après les sabotages du réseau TGV de la SNCF en juillet. Tout cela a été précédé par une longue préparation dès le printemps 2023. Débutée en novembre par l’exercice « Coubertin 23 » à Saint-Germain-en-Laye, la montée en puissance s’est poursuivie avec un séminaire de planification au printemps 2024, un exercice « Drone » en mai, l’installation du PC à l’École militaire et la prise de commandement tactique de la « brigade olympique » sur le dispositif « Sentinelle » en juin.

Médaillés olympiques. Les personnels des armées ont obtenu 4 médailles d’or sur les 16 de l’équipe de France, 6 d’argent (26) et 11 de bronze (22). Voici les militaires : second maître Shirine Boukli, médaille de bronze en judo -48 kg ; soldat de 1ère classe Luka Mkheidze, argent, en judo -60 kg ; maréchal des logis Manon Apithy-Brunet, or, en sabre individuel ; aviateur Nicolas Gestin, or, en canoë slalom ; sergent Thomas Chirault, argent, en tir à l’arc par équipe ; matelot Joan-Benjamin Gaba, argent, en judo -73kg ; adjudant Clarisse Agbegnénou, bronze, en judo -63kg ; sergent Léo Bergère, bronze, en triathlon ; sergent Anthony Jeanjean, bronze, en BMX Freestyle ; maître Charline Picon, bronze, en voile, série 49er FX; sergent Sylvain André, argent, en BMX Racing ; sergent Romain Mahieu, bronze, en BMX Racing ; matelot Johanne Defay, bronze, en surf ; soldat de 1ère classe Cyrian Ravet, bronze, en taekwondo -58 kg ; maréchal des logis Althéa Laurin, or, en taekwondo +67kg ; capitaine Élodie Clouvel, argent, en pentathlon moderne.

Loïc Salmon

Défense : contributions des armées à la sécurisation des Jeux Olympiques 2024

Défense : le CNSD, pôle d’excellence militaire et sportive

Influence du monde militaire sur les Jeux Olympiques