Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain




Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

L’Agence d’innovation de défense (AID), ouverte sur le monde civil, tire parti du retour d’expérience pour intégrer l’innovation sur tout le cycle des systèmes d’armes dans une recherche permanente de la performance.

Le 17 avril 2025 à Paris, son directeur, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, en a présenté à la presse les enjeux, à savoir consolider la supériorité technologique des forces et maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité, que constituent le cyber, le champ informationnel, les grands fonds marins et la lutte dans le spectre électromagnétique.

Fédérer les initiatives. Placée sous la responsabilité du délégué général pour l’Armement, l’AID a été créée en 2018 dans un contexte marqué par le foisonnement de solutions innovantes provenant du monde civil, à la fois opportunités et menaces, et par une accélération des technologies de rupture. L’innovation « planifiée » consiste à préparer la réponse à des besoins prévisibles en développant des briques technologiques dans les prochains programmes d’armement, indispensables aux futures capacités militaires. Ainsi, le gravimètre quantique, qui mesure le champ gravitationnel pour réaliser la cartographie des fonds marins, a été étudié pendant une vingtaine d’années dans un laboratoire de l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales, fabriqué par une société civile puis intégré à une plateforme du Service hydrographique et océanographique de la marine en 2024. L’innovation « ouverte » et duale doit répondre à des besoins immédiats, notamment les véhicules autonomes, le cyber, le maintien en condition opérationnelle, l’énergie, le « newspace » (exploitation du domaine spatial par des entreprises privées), la santé et l’humain augmenté. Ainsi les 200 premières munitions téléopérées françaises ont été livrées fin 2024 et déjà utilisées sur le théâtre ukrainien. L’AID avait lancé un appel à projet en mai 2022, sélectionnée deux solutions en septembre, notifié le contrat en décembre et effectué les essais d’un prototype avec une charge inerte fin 2023 puis avec une charge explosive et quelques corrections en juin 2024. Dans l’ensemble, l’AID lance des projets pour deux tiers en innovation ouverte et un tiers en innovation planifiée. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit que l’AID investisse massivement en priorité dans les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, la guerre électronique, les technologies de communications, celles de l’énergie, le calcul quantique et les capteurs quantiques. L’AID conduit quatre types de projets. Le premier concerne les technologies de défense de demain. Le deuxième encourage l’innovation provenant du ministère des Armées. Le troisième consiste à capter l’innovation issue du marché civil pour l’adapter et la déployer au plus tôt. Le quatrième consiste à détecter et faire émerger les futures technologies stratégiques auprès des universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires de recherche et certaines startups et petites et moyennes entreprises. Chaque année, l’AID soutient plus de 400 projets, dont 200 de recherche, (une centaine de thèses), 150 à 180 projets d’accélération de l’innovation et 20 à 30 projets d’innovation participative.

Dispositifs financiers. La LPM 2024-2030 prévoit un budget de 10 Mds€ pour l’AID, qui emploie 130 personnes. L’AID accorde des subventions et conclut des contrats pour permettre aux industriels émergents de réaliser un chiffre d’affaires suffisant pour attirer les investisseurs. Elle détecte 300 à 400 nouvelles startups par an et assure un suivi régulier avec celles dont la technologie présente une maturité par rapport aux besoins militaires, afin de lancer le projet au bon moment. Elle facilite les expérimentations dans des conditions réelles avec la mise en œuvre des grands moyens de la Marine nationale ou la participation à des exercices militaires.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

Avec 10 Mkm2 dont 97 % dans les Outre-mer, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive après les États-Unis et devant l’Australie et la Russie. Elle développe sa connaissance des grands fonds marins pour y défendre ses intérêts.

Le 13 février 2025 à Paris, le contre-amiral Cédric Chetaille, adjoint à l’amiral commandant les opérations et coordonnateur central pour la maîtrise des fonds marins, a présenté à la presse un premier bilan sur trois ans, depuis la décision de la ministre de la Défense Florence Parly en février 2022.

Connaître. Lieu de ressources considérables, le domaine des grandes profondeurs marines, quasiment inviolé, est un milieu pour les infrastructures indispensable aux flux énergétiques (oléoducs et gazoducs) et transocéaniques (câbles de communications). Il pourrait donc devenir un nouveau théâtre de conflictualité. La grande profondeur échappe à la plongée humaine, la guerre des mines et l’activité des sous-marins. Depuis trois ans, la Marine nationale a entrepris dix opérations « Calliope » de connaissance des fonds marins, soit 120 jours de mer, en collaboration avec la Direction des affaires juridiques du ministère des Armées, la Direction du renseignement milliaire, l’Agence de l’innovation de défense et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. La connaissance des fonds marins et de leur environnement inclut la bathymétrie pour la topographie du sol de la mer, la gravimétrie pour les centrales inertielles embarquées sur les navires de surface et les sous-marins, la nature des sédiments pour la propagation des ondes acoustiques et enfin les variations de température. Le Service hydrographique et océanographique de la marine met en œuvre les bâtiments Beautemps-Beaupré et Pourquoi-Pas et va recevoir le drone autonome sous-marin Ulyx capable de plonger à 6.000 m, alors que les engins de prospections pétrolières ne dépassent pas 3.000 m. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer développe des capteurs pour perfectionner les données numériques (modélisation de masses d’eau chaudes et froides ou simulation de courants dans le détroit de Gibraltar) pour vaincre l’opacité du milieu marin profond. Le développement capacitaire porte sur la livraison de robots téléopérés en 2026 et autonomes en 2027. Les données collectées seront traitées par l’intelligence artificielle.

Surveiller. Des réflexions sont en cours entre la Marine et la Direction générale de l’armement pour assurer une surveillance des infrastructures « sensibles » (câbles et répéteurs sous-marins) et de l’activité dans l’espace océanique avec des capteurs fixes, semi-fixes ou mobiles pour en contrôler l‘intégrité. Ainsi en septembre 2023, une inspection, par un drone sous-marin A18 Exail, a été lancée à la suite de la découverte d’une avarie jugée douteuse, suspecte ou inexpliquée par les opérateurs du câble transatlantique entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il s’agissait de relever des indices, avant que l’opérateur intervienne lui-même, pour conclure à un acte de sabotage ou…une cause naturelle ! Ce câble se trouve à 4.000 m de fond, alors que les capteurs les plus perfectionnés ne voient que des objets de plus de 200 m depuis 4.000 m de distance. Or un objet d’un mètre de long n’est visible qu’à 40 m au-dessus du fond.

Agir. Afin de préserver la liberté d’action des forces navales et de protéger les intérêts nationaux, il faut pouvoir agir, en réaction ou par anticipation, par une opération planifiée, ouvertement ou en toute discrétion. Un robot téléopéré (photo) depuis la surface peut récupérer un objet « sensible », une munition tirée ou le composant stratégique d’un appareil perdu en mer. Outre la neutralisation ou la destruction de cibles adverses, des options offensives sont développées et proposées au chef d’État-major des armées. Enfin, les exercices majeurs « Polaris 2025 » et « Orion 2026 » incluent des scénarios de maîtrise des fonds marins.

Loïc Salmon

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

Marine nationale : l’application de l’IA à l’acoustique sous-marine

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées




Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

L’Europe a engagé son réarmement en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, lequel s’est accéléré en 2022 après l’attaque contre l’Ukraine. Le 6 mars 2025, les pays membres de l’Union européenne ont approuvé un investissement de 800 Mds€ pour la défense, en raison des risques de désengagement militaire et de guerre commerciale des États-Unis.

Hélène Masson, maître de recherche, a présenté la situation actuelle dans une note publiée le 7 mars 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne) par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Les domaines capacitaires. Pour tous les pays européens, ces guerres ont souligné l’urgence de moderniser leurs moyens de défense, accentuée par l’aide qu’ils ont accordée à l’Ukraine (blindés, systèmes d’artillerie, munitions, et systèmes de missiles), et de reconstituer leurs stocks d’équipements et de munitions. Le réarmement européen se déroule en deux phases. La première, entre 2014 et 2021, concerne l’engagement de l’OTAN à disposer d’une brigade opérationnelle en 2026. Elle inclut : la remise à niveau des véhicules blindés légers (à roues), médians (à chenilles) et lourds (chars) et des camions pour la logistique ; les systèmes d’artillerie constitués par les mortiers sous tourelle, systèmes d’artillerie à roues ou à chenilles, systèmes antichars et lance-roquettes multiples ; les équipements du combattant, armes légères et de petit calibre, fusils d’assaut et leurs munitions ; systèmes de drones de reconnaissance ; systèmes de communications et radars. La composante aérienne comprend les hélicoptères et les avions de combat, d’entraînement et de transport. Outre la défense antimissile, la composante missile inclut les roquettes guidées et les systèmes de missiles air-air, sol-air, antichars et antinavires. La deuxième phase du réarmement européen, commencée en 2022, prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine et augmente les investissements dans divers domaines : drones aériens, terrestres et navals (sous-marins et de surface) pour le renseignement, la surveillance et la frappe avec les technologies contre les leurres ou le brouillage du système de navigation ; lutte anti-drones par la détection, l’identification et la neutralisation ; munitions téléopérées (drones kamikazes) ; défense à portées courte (15 km), moyenne (plusieurs centaines de km) et longue (jusqu’à 3.000 km) ; défense antiaérienne ; défense côtière par missiles antinavires, batteries et radars ; guerre électronique (cyber et espace) ; emploi de l’intelligence artificielle pour améliorer la protection des systèmes d’armes. Par ailleurs, un réarmement naval se manifeste au niveau européen mais aussi mondial, par suite des tensions résultant des ambitions de puissance en mer Baltique, Atlantique Nord, Méditerranée, golfe de Guinée, mer Rouge, océan Indien et Indopacifique (rivalité Chine-États-Unis). La nécessité de protéger les oléoducs, gazoducs et câbles sous-marins incitent les États à augmenter leurs capacités en frégates, patrouilleurs, sous-marins et robots téléopérés en grande profondeur.

Les ambitions industrielles. Les producteurs et exportateurs d’armement européens se répartissent en trois cercles. Le premier et le plus ancien regroupe la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède. Le deuxième rassemble les Pays-Bas, la Finlande, la Norvège et la Belgique. Le troisième cercle est constitué par les pays issus du bloc de l’Est après la dislocation de l’Union soviétique en 1991, à savoir Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Lettonie, Estonie et Lituanie. Certains États ont constitué des partenariats en bilatéral ou multilatéral, reposant sur des coopérations industrielles et technologiques avec des accompagnements financiers (crédits et/ou aides) pour lutter contre la concurrence des États-Unis, d’Israël, de la Corée du Sud, du Brésil et de la Turquie. La croissance de la demande d’équipements intervient dans un contexte sécuritaire marqué par l’urgence opérationnelle. Les dirigeants européens demandent aux industriels d’augmenter la cadence de production et de réduire les délais de livraison. Or ces exigences se manifestent juste après la crise consécutive à la pandémie du Covid-19 et en même temps que la reprise du marché aéronautique civil. Les industriels de défense doivent, très vite, adapter leur chaîne d’approvisionnement dans une période de tensions sur le marché mondial des matières premières, de renchérissement du coût de l’énergie et de difficultés à recruter du personnel hautement qualifié.

Les efforts budgétaires. Lors du sommet de l’OTAN à Vilnius en juillet 2023, les dirigeants des pays membres se sont engagés à consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’effort de défense chaque année. Selon les statistiques de l’OTAN, 23 États sur 32 y sont parvenus en 2024, contre 3 en 2014, 7 en 2022 et 12 en 2023. La Croatie, le Portugal, l’Italie, le Canada, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et l’Espagne ne l’ont pas encore atteint. Voici les pourcentages calculés par l’OTAN et les annonces gouvernementales de chaque pays relatives aux dépenses de défense, par ordre décroissant : Pologne, 4,12 % du PIB en 2024 et un budget de 43 Mds€ en 2025 ; Estonie, 3,43 % (1,3 Mds€) du PIB en 2024 avec des objectifs de 3,7 % en 2026 et, à terme, de 5 % (objectif de l’administration américaine) ; Lettonie, 3,15 % du PIB en 2024 et un budget de 1,56 Mds€ pour 2025, soit 3,45 % du PIB, puis un objectif de 3,7 % les deux années suivantes ; Grèce, 3,08 % du PIB en 2024 et un budget de 6,1 Mds€ en 2025 (le double de celui de 2019) ; Lituanie, 2,85 % du PIB en 2024 avec un budget de 3,3 Mds€ pour 2025 et l’objectif de 5,5 % du PIB entre 2026 et 2030 ; Finlande, 2,41 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,5 Mds€ en 2025 avec l’objectif de 3,3 % du PIB d’ici à 2032 ; Danemark, 2,37 % du PIB en 2024 avec un financement supplémentaire de 1,9 Md€ pour la défense de l’Arctique, afin d’y renforcer la présence militaire, et la création d’un fonds de 6,8 Mds€ en 2025 et 2026 pour atteindre 3,2 % du PIB ; Grande-Bretagne, 2,33 % du PIB en 2024 avec un budget de 59,8 Mds€ pour l’exercice 2025-2026, des hausses annuelles de 6 Mds€ pour atteindre 2,5 % du PIB d’ici à 2027 et la publication d’un nouveau Livre blanc sur la Défense (« Strategic Defence Review ») ; Roumanie, 2,25 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 3 % du PIB sur la période 2025-2029 ; Norvège, 2,20 % du PIB en 2024 avec un budget de 9,3 % Mds€ pour 2025 et l’objectif de 15,6 Mds€ en 2036 ; Bulgarie, 2,18 % du PIB et l’objectif de s’y tenir jusqu’en 2032 ; Suède, 2,14 % du PIB en 2024 avec un budget de 12Mds€ en  2025 et l’objectif de 2,6 % du PIB en 2030 ; Allemagne, 2,12 % du PIB avec un budget de 53,2 Mds€ en 2025 grâce à une exemption du désendettement du pays ; Hongrie, 2,11 % du PIB en 2024 avec un budget 4,2 Mds€ en 2025 ; République tchèque, 2,10 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,85 Mds€ en 2025 ; France, 2,06 % du PIB en 2024, un budget de 50,54 Mds€ en 2025 et des réflexions en cours sur de nouveaux leviers de financements, publics et privés, supplémentaires ; Pays-Bas, 2,05 % du PIB en 2024, un budget de 2,4 Mds€ en 2025 et l’objectif d’inscrire les 2 % dans la loi ; Slovaquie, 2 % du PIB en 2024 mais avec une baisse à 1,8 % à partir de 2027 ; Croatie, 1,81% du PIB en 2024 et un budget de 1,5 Md€ en 2025 ; Portugal, 1,55 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2029 ; Italie, 1,49 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2028 ; Belgique, 1,30 % du PIB en 2024 avec les objectifs de 1,5 % en 2030 et de 2 % en 2035 ; Luxembourg, 1,29 % du PIB en 2024 avec un budget de 798 € en 2025 ; Slovénie, 1,29 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2030 ; Espagne, 1,28 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2029. La liste de la FRS inclut trois pays non-membres de l’OTAN : Autriche, 1,07 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 1,5 % en 2027 ; Chypre, budget de 563 M€ en 2024 avec l’objectif de 2 % du PIB en 2029 ; Irlande, budgets de 1,35 Md€ en 2025 et de 1,5 Mds€ en 2028 ; Malte, 0,56 % du PIB en 2023.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Europe : vers une nouvelle stratégie énergétique

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Avec déjà plus de 400 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA), le ministère des Armées développe l’accès aux données, les infrastructures, les capteurs et les capacités de calcul dans l’administration et les opérations. Un investissement massif dans ce domaine en France a été annoncé lors du sommet mondial pour l’action sur l’IA tenu à Paris les 10 et 11 février 2025.

Orienter, anticiper et accélérer. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), créée en mai 2024, dispose d’un pôle recherche, situé à l’École polytechnique à Palaiseau (banlieue parisienne), et d’un pôle technique, localisé chez DGA Maîtrise de l’Information à Bruz (Bretagne), afin que la France conserve sa souveraineté en matière d’IA. Son effectif de 100 personnes au 1er janvier 2025 doit passer à 300 en 2026, dont 250 au pôle technique et 50 au pôle recherche. Le 10 février, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 Mds€, auquel participent les Émirats arabes unis, sur les cinq prochaines années pour la construction de centres de données et d’infrastructures associées dans une trentaine de sites en France. Dès 2025, un super calculateur permettra de mettre en œuvre des opérations mathématiques considérables pour préserver et traiter les données confidentielles. L’IA pourra traiter la masse de données générées par les satellites, radars, smartphones et réseaux sociaux pour proposer des choix prévus à l’avance, afin de gagner du temps en raison de l’urgence d’une situation ou du volume trop important de données. Elle devient indispensable dans l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, la logistique, le ravitaillement, la santé du personnel et les ressources humaines. Sur le champ de bataille où chaque seconde compte, l’IA permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire. L’IA analyse et traite l’information de façon plus globale et rapide qu’un opérateur humain.

Combat collaboratif info-valorisé. Les forces armées vont se transformer en réseaux de systèmes interconnectés, capables de s’adapter rapidement à un environnement opérationnel en constante évolution. L’IA va collecter et fusionner les données de multiples capteurs (radars, caméras, véhicules et drones) pour fournir une image complète de l’environnement opérationnel en temps réel. Ce sera le cas pour l’armée de l’Air et de l’Espace avec le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) et pour l’armée de Terre avec le programme Scorpion (Synergie du contact transformée par la polyvalence et l’info-valorisation). Pour les systèmes d’observation de Scorpion, l’Amiad a mis au point une « détection d’engins assistée par l’IA » (Demaia) qui alerte l’équipage d’un véhicule des premiers indices de danger et accélère sa compréhension de l’environnement en vue d’une décision plus rapide. Libéré des tâches d’observation, l’équipage se concentre alors sur ses actions en vue d’un avantage décisif sur le terrain. La Demaia dispose de viseurs optroniques de nouvelle génération enrichissant en temps réel les flux vidéo des différents capteurs. Son algorithme avancé assure une détection précise des véhicules amis ou ennemis, tout en intégrant ces données à l’environnement tactique. Il s’ensuit un gain en sécurité et en réactivité. Par ailleurs, l’Amiad et DGA Maîtrise de l’Information ont développé le démonstrateur Oasis qui détecte et identifie les drones amis ou ennemis dans l’environnement électromagnétique, grâce à une analyse fine et précise par l’IA. En outre, Oasis neutralise les capacités adverses par un brouillage sélectif rendant la détection du brouilleur plus difficile, tout en préservant les capacités opérationnelles alliées. L’Amiad et la section technique de l’armée de Terre travaillent sur le système Proteus standard 2, constitué d’un canon anti-aérien de 20 mm, d’une caméra et d’un ordinateur, pour intégrer l’IA, prédire la position future de la cible, proposer la visée et calculer des tirs ultraprécis.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

 




Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

La modélisation numérique des blindés, drones et robots multi-milieux permet une immersion dans un contexte tactique complexe. L’intelligence artificielle (IA) peut les confronter à un ennemi réactif dès la conception et évaluer leurs avantages, points faibles et doctrines d’emploi.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense). Y sont notamment intervenus : Fabien Lionti, doctorant à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ; Olivier Parodi, expert en autodirecteurs, et Jean-Michel Tran, responsable du domaine scientifique IA chez Naval Group ; Thierry Berthier, chercheur au CReC ; Bruno Ricaud, spécialiste IA chez KNDS France.

Véhicule terrestre. L’IA sert à construire des modèles pour valider le comportement d’un véhicule afin d’en analyser la sécurité, indiquent Fabien Lionti. La modélisation de toute l’enveloppe dynamique du véhicule sur de longs horizons temporels pourra limiter l’accumulation des erreurs. Celles-ci résultent de la faible quantité de données, de données parasitées par des bruits ou perturbées et des limitations des instruments de mesure eux-mêmes. En revanche, l’IA permet d’exploiter des connaissances « a priori » (déjà acquises) sur la dynamique du véhicule et réutilise des campagnes d’essais antérieures. Elle établit des méthodologies d’apprentissage robustes au bruit. La recherche porte sur la maîtrise des connaissances « a priori », en identifiant les informations utiles parmi toutes celles disponibles. La prise en compte de phénomènes dynamiques implicites (stabilité du véhicule) entraîne une complexification de l’architecture.

Domaine naval. La simulation d’un combat naval consiste à entraîner une IA face à d’autres IA, expliquent Olivier Parodi et Jean-Michel Tran. L’accélération du temps de calcul permet de confronter l’IA apprenante à des scénarios qu’un être humain n’a peut-être pas encore imaginés. Cela répond au besoin de réponses en temps réel, voire plus rapides que le temps réel, de modèles souvent complexes. L’IA doit générer des solutions tactiques respectant les doctrines en usage dans les armées. Pour cela, il faut réaliser des aides à la décision pour l’emploi de systèmes d’armes qui soient entraînées, en amont, à répondre dans le cadre des doctrines. Celles-ci vont évoluer grâce aux scénarios inédits de l’IA, qui va d’abord en détecter les failles puis les améliorer. Les images synthétiques et la base de données permettront de déterminer plus rapidement la classification d’un navire et son fonctionnement. L’IA permettra d’hybrider la situation tactique d’un sous-marin, d’un porte-avions ou d’une frégate en simulant des adversaires qui n’existent pas et d’autres mus par une certaine intelligence. Par exemple, des IA ennemies conduiront des torpilles, tandis que des IA amies proposeront des solutions de trajectoires, de plans et de contre-mesures. Puis, petit à petit, le niveau des incidents va monter. L’idée consiste à modéliser les doctrines à partir de machines, d’entraîner un réseau et, dans un second temps, de les utiliser avec des humains dans la boucle. Par ailleurs, l’emploi de l’IA et de la simulation nécessite une approche complémentaire pour la validation des comportements des drones de surface et sous-marins. Cette dernière subit diverses contraintes : travail dans un environnement marin européen tout en préservant la sécurité de défense ; protection de la confidentialité de la doctrine vis-à-vis des industriels ; interfaçage avec d’autres acteurs ; rapidité de la mise à disposition de prototypes à bord des navires ; ressources très limitées ; simplicité d’emploi pour l’opérateur. Outre les aspects technique et opérationnel cités plus haut, la « war room » (salle de crise) doit transférer plus rapidement la recherche et le développement dans les mains des opérationnels et rationaliser l’utilisation des ressources. Les simulateurs d’entraînement embarqués sur des navires de surface permettent d’expérimenter, sous contrôle humain, les solutions à base d’IA, d’évaluer les IA en environnement réel et de tester le facteur humain face à l’IA. Simulation et IA vont entraîner l’évolution des systèmes d’armes autonomes : drones ; torpilles ; aides à la décision ; outils d’analyse et de conduite de l’action. L’apprentissage par renforcement permet à un agent autonome (robot) d’apprendre à prendre des décisions face à une menace dans un environnement dynamique, en fonction du temps, de l’incertitude et des conséquences non immédiates de ses actions.

Drones aériens. La robotique, notamment aérienne, connaît une montée en puissance en termes de vélocité, d’autonomie, de miniaturisation, d’agressivité, de furtivité, d’endurance et de résilience, indique Thierry Berthier. Ainsi, le 26 septembre 2024, la Chine a procédé au-dessus du parc de la baie de Shenzhen à un vol simultané de 10.197 drones d’une vitesse de 200 km/h. Pour militariser cet essaim civil, il suffit d’embarquer 1 kg d’explosif sur chaque drone, portant sa puissance destructrice à plus de 10 tonnes d’explosif conventionnel. L’attaquant a l’avantage, car la défense s’avère plus complexe et doit se constituer elle aussi en essaim. Un intercepteur, en vol automatique, doit détecter une cible mobile, effectuer un suivi de vol, la rattraper et la neutraliser par choc cinétique, détonation à distance pour l’endommager ou déclencher sa charge militaire. La société française Eos Technologie a déjà mis au point le drone Veloce 330 « kamikaze » (munition opérée à distance) d’une vitesse de 500 km/h avec une extension possible à 800 km/h. Grâce à l’IA, le simulateur capacitaire de combat Blacksoft a déjà intégré : l’autopilote embarqué ; les détection, suivi, poursuite et ciblage ; l’identification amie ou ennemie ; l’optimisation de trajectoires d’interception ; l’optimisation de trajectoire pour échapper à l’intercepteur. Un essaim de lutte anti-drones à vitesse faible peut contrer l’attaque d’un essaim adverse à vitesse élevée si son propre effectif lui est supérieur en nombre.

Coopération humain-robot. Le domaine militaire terrestre évolue selon le contexte géopolitique et le niveau technologique qui intègre très rapidement les innovations civiles, rappelle Bruno Ricaud. L’IA accroît l’automatisation pour améliorer la protection des opérationnels, en évitant le contact direct, et l’optimisation des forces par rapport à l’adversaire. Sur le terrain, la coopération entre un robot et un être humain vise à laisser à ce dernier la prise de décision d’ouvrir le feu. La simulation de l’activité opérationnelle prépare et accompagne les changements, anticipe les besoins d’utilisateurs futurs et mesure les incidences d’un nouveau système dans le déroulement des activités des opérateurs. Ainsi le moyen d’étude, dénommé « principe du magicien d’Oz », consiste à immerger l’utilisateur de systèmes blindés futurs au sein de robots hautement automatisés, en se concentrant sur son « ressenti ». Il simule un niveau variable d’automatisation et de robotisation ainsi que des interactions via la commande vocale pour donner des ordres de haut niveau. Il varie aussi le nombre d’opérateurs et la fréquence d’apparitions d’impondérables. Le facteur humain s’y trouve associé par le recueil de données objectives et subjectives. Les résultats de la répartition des rôles entre l’humain et le robot portent sur l’identification des informations cruciales pour l’opérateur et l’évaluation de la collaboration de l’humain avec des systèmes automatisés. Ils identifient le moment et de la raison de la reprise du contrôle de leurs robots par les humains, grâce à l’analyse et la gestion de la complexité de l’imprévu par l’humain. Toutes ces informations permettent une analyse fine de l’intégration de l’IA et des systèmes automatisés dans les opérations, afin d’orienter les développements technologiques effectués en parallèle pour, finalement, disposer de technologies répondant aux besoins opérationnels.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées




Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

L’immersion des combattants dans des environnements opérationnels virtuels, grâce à la simulation puis l’intelligence artificielle (IA), permet d’évaluer l’acquisition de leurs savoir-faire.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense).Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur ; le lieutenant-colonel Grégory Fierling, officier de synthèse de la fonction simulation à la section technique de l’armée de Terre ; le capitaine de frégate Laurent Ollivier, division Plans & Programmes à l’état-major de la Marine ; le capitaine Erwan Le Garrec, officier de cohérence opérationnelle sur la simulation, armée de l’Air et de l’Espace.

Le combat futur. La simulation permet de se préparer à faire face à tous les types de conflit possibles afin d’améliorer les capacités de l’armée de Terre, estime le général Baratz. Elle sera encore plus utilisée pour la formation des combattants avec l’arrivée des systèmes immersifs, générés par l’IA, pour un apprentissage en ciblant des pédagogies pour chaque soldat confronté à des situations anormales. La simulation, très employée pour la formation des équipages de blindés et d’hélicoptères, vise à mécaniser systématiquement certaines activités. Chaque régiment dispose d’un espace de simulation et de numérisation, en vue du combat info-valorisé du système Scorpion qui met en réseau l’ensemble des moyens. L’armée de Terre envisage de mettre en réseaux tous les systèmes d’entraînement collectif afin d’entrevoir des scénarios. Ainsi, le simulateur Élite permet de faire travailler plusieurs équipages simultanément en variant les conditions métrologiques et d’engagement, en vue d’une acquisition plus rapide de compétences. Pour l’entraînement tactique, la simulation permet d’avoir une vision objective de la phase d’entraînement lors du « débriefing » du soir et de gagner en réalisme et en efficacité.  En outre, la simulation collective, accrue par l’IA, forge les esprits des officiers d’état-major. Via les « jeux de guerre », ces derniers s’habituent à saisir les opportunités face à un adversaire manœuvrant. Les analyses à froid avec des algorithmes dégagent des tendances, notamment l’efficacité des combinaisons des capacités, et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La simulation valide des hypothèses ou des choix possibles. Enfin, elle permet de tester des doctrines, d’envisager les armements futurs et de préparer des opérations.

L’armée de Terre. Les outils de simulation, apparus en 1992 pour l’entraînement des états-majors, atteindront la 6ème génération dénommée Taran et utilisant l’IA en 2026-2030, indique le lieutenant-colonel Fierling. En école, le soldat apprend à utiliser un système d’arme avec des simulations d’armements légers en cabine pour qu’il puisse manœuvrer. L’IA facilitera l’adaptation des processus pédagogiques aux caractéristiques des différents individus ou à leur amélioration. Des outils de simulation permettent déjà de générer des situations tactiques pour provoquer la rédaction d’ordres de la part des chefs et la rédaction de comptes rendus de la part des servants. Ensuite, tous sont envoyés dans des structures de combat en zone ouverte ou en zone urbaine, où leurs savoir-faire et aguerrissement sont contrôlés face à un ennemi réaliste en vue de combattre dans les engagements les plus durs. Des outils de simulation, disposés sur des engins et des systèmes réels, modélisent les cibles à viser et les tirs par des rayons laser. Ils optimisent les savoir-faire individuels et collectifs avant l’emploi effectif de matériels très onéreux. L’armée de Terre dispose de 6.000 machines installées dans 120 sites et reliées par 160 serveurs. Les outils de simulation génèrent des situations tactiques pour entraîner les postes de commandement, du niveau de groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie et génie ou artillerie) à celui de la division. Ce dispositif permet de faire travailler, ensemble et dans leur garnison, des individus issus de ces différentes fonctions opérationnelles. Il permet aussi aux états-majors de brigades de s’entraîner depuis leur garnison avec des unités subordonnées du niveau régiment qui restent chez elles. Il intègre des situations tactiques réalisées de manière réelle sur le terrain. Grâce à l’IA, les outils de simulation procèdent à la confrontation des modes d’action amis et ennemis. Ils donnent une indication sur la manœuvre interarmes (combinaison du feu et du mouvement) choisie et sur ses chances de succès. Le prochain enjeu porte sur le combat interarmées.

La Marine nationale. La formation à de nombreux métiers s’effectue sur des simulateurs d’apprentissage avec des instructeurs, explique le capitaine de frégate Ollivier. Les simulateurs, embarqués ou à terre et destinés à l’entraînement tactique, correspondent aux composantes de la Marine. Ceux des forces sous-marines sont installés à Toulon : Sycobs pour la sécurité/plongée ; Mercure pour la conduite normale de propulsion ; Vulcain pour la conduite en cas d’incident de propulsion ; Jupiter et Minerve pour la conduite des opérations et Mars pour la mise en œuvre des armes. Les simulateurs Espadon et Esturgeon reconstituent l’environnement du Central Opérations d’un bâtiment de surface pour les luttes anti-sous-marine, sur la mer et anti-aérienne. L’aviation navale dispose du Simulateur d’entraînement tactique pour l’équipage d’avion de patrouille maritime ATL2 et du Centre de simulation de la base aéronavale de Landivisiau pour les Rafale Marine et les avions de guet aérien avancé E2C Hawkeye du porte-avions Charles-de-Gaulle. L’entraînement des états-majors de niveaux opératif et stratégique est réalisé avec Taran (technologie de l’IA), Direct CGF et CMO (Command Moderne Operations) pour configurer des scénarios impliquant différents types de plateformes en interaction (jeux de guerre). A terme, la Marine nationale va disposer de simulateurs drones, d’autres pour la lutte asymétrique (défense à vue) ainsi que d’une simulation distribuée entre les navires de surface et les aéronefs et des liaisons entre simulateurs des unités en mer et à quai. L’IA présente des avantages pour l’analyse et la reprise de scénarios simulés mais également des contraintes : capacité d’enregistrement et de stockage des informations ; définition de critères de succès pour les tactiques envisagées ; confidentialité de la modélisation, réalisée par les industriels, des tactiques et doctrines de la Marine nationale.

L’armée de l’Air et de l’Espace. La simulation existe pour tous les types d’aéronefs, de systèmes et de missions simples, rappelle le capitaine Le Garrec. Les pilotes passent 70.000 heures chaque année dans une cabine de simulateur Rafale qui coûte plus cher qu’un avion, soit un peu moins de la moitié des heures de vol. Mais la simulation reste insuffisante pour les misions complexes et les exercices nationaux et internationaux, qui nécessitent un environnement réaliste et immersif. Les outils doivent être complétés pour : l’entraînement à la haute intensité impliquant de plus en plus de moyens et d’acteurs connectés ; la maîtrise des coûts ; l’enrichissement des missions d’entraînement en vol ; la diversification et la densification de l’entraînement tactique simulé. Le spectre s’élargit avec le combat collaboratif et l’arrivée du système de combat aérien futur dans un contexte multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyber) et multi-champs (informationnel et électromagnétique). La simulation massive en réseau permet de réaliser des missions tactiques, simples et complexes, faisant intervenir des acteurs plus variés et en plus grand nombre. Sur la période 2023-2025, les 12 bases aériennes auront remplacé 12 anciennes cabines et reçu 65 nouvelles : 31 typées chasse ; 13 typées avions de transport tactique ; 21 typées hélicoptères.

Loïc Salmon

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle




DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

En anticipant les menaces, la Direction générale de l’armement (DGA) conçoit et réalise les armes futures de la dissuasion nucléaire, qui représente 13 % de l’effort financier national pour la défense.

La dissuasion prévient toute attaque d’un pays étranger envers les intérêts vitaux de la France. Elle se fonde sur la peur de la riposte française par l’arme nucléaire, qui causerait chez l’adversaire des dégâts jugés inacceptables. La mission de la DGA dans ce domaine a été présentée à la presse, le 9 décembre 2024 à Paris, par un ingénieur général de l’armement.

Capacités et responsabilités. La dissuasion, en constante évolution, constitue un ensemble cohérent entre la Force océanique stratégique, les Forces aériennes stratégiques, la Force aéronavale nucléaire, les transmissions nucléaires et les moyens et programmes annexes d’infrastructures, de protection et de projection. Elle implique les industriels, le Commissariat à l’énergie atomique, les armées et la DGA. Celle-ci emploie un millier d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécifiquement formés et dispose de 15 implantations, de 9 centres d’essais et du bâtiment d’essais et de mesures Monge, pour assurer la sécurité des essais en vol (mer, air et espace) et tester les armements nucléaires. Elle suit les tendances, compare les armements concurrents, évalue des technologies en amont et conçoit les moyens de s’en prémunir. Elle travaille sur les rejets gazeux et la signature magnétique des sous-marins, les raids aériens en pays ennemi et le planeur hypersonique. Les équipements les plus perfectionnés restent réservés à la dissuasion. Vu les durées de vie d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE, 40 ans) et des missiles balistiques stratégiques (15-30 ans), elle explique au pouvoir politique que ses décisions prendront effet dans 10 à 20 ans.

Scénarios et essais. Selon la DGA, la dissuasion nucléaire ne consiste pas à reproduire les mêmes schémas avec des avions et missiles identiques, car les radars de détection et les systèmes de défense sol-air évoluent. Les scénarios portent, non pas sur la confrontation, mais sur l’évaluation des moyens adverses et modes d’emplois futurs pour le maintien de leur crédibilité. Le concept français de l’ultime avertissement est plus facile à appliquer par la composante aéroportée que par le tir d’un missile balistique depuis le fond des mers. La DGA propose au président de la République une gradation dans la démonstration, la dialectique avec les pays compétiteurs, voire l’action. Un raid nucléaire mobiliserait les Rafale porteurs du missile moyenne portée amélioré actuel, des avions ravitailleurs, des AWACS (alerte avancée), les frégates de défense aérienne du groupe aéronaval, les bâtiments ravitailleurs et les sous-marins d’attaque. Outre des messages plus discrets, la détermination et la capacité de la France se manifestent par le départ en patrouille d’un SNLE et des essais en conditions représentatives de l’utilisation opérationnelle, notamment le tir annoncé d’un missile balistique au milieu de l’océan.

Alliés et compétiteurs. La Grande-Bretagne a abandonné la composante aérienne. La tranche missiles et les postes de contrôle et de tir de ses SNLE sont de conceptions américaines, mais les têtes nucléaires et le système de décision restent nationaux. Israël, les États-Unis et la Russie disposent de composantes aéroportées. La Chine se concentre sur les missiles balistiques, tirés du sol ou de sous-marins. Le bouclier anti-missiles n’est pas étanche. Les États-Unis ne peuvent intercepter tous les missiles de croisière ou balistiques et leurs têtes, que tirerait la Russie et réciproquement, car un missile balistique emporte jusqu’à 36 têtes nucléaires et les lourds moyens d’interception coûtent très cher. La doctrine de la Russie consiste en un continuum entre les armements conventionnel, nucléaire tactique et nucléaire stratégique. Un missile de croisière russe ou chinois peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : résultat de la puissance militaire et de l’excellence industrielle




Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

Outil d’agilité stratégique de projection de puissance, le Groupe aéronaval (GAN) constitue un instrument essentiel de la défense nationale et contribue à la sécurité et la coopération internationale. L’édition 2025 de sa mission « Clemenceau », qui durera plus de quatre mois, le conduira dans l’océan Pacifique, via la mer Rouge.

« Clemenceau 2025 » a été présentée à la presse, le 8 novembre 2024 à Paris, par le contre-amiral Jacques Mallard, commandant la Force aéromaritime française de réaction rapide, constituée du GAN et des forces de surface, amphibie et de guerre des mines. Après une période d’entretien, le porte-avions Charles-de-Gaulle a repris la mer en septembre pour requalifier son équipage et qualifier les jeunes pilotes du groupe aérien embarqué, à savoir une vingtaine de chasseurs Rafale et deux avions de guet aérien Hawkeye.

Missions. Transporteur de l’arme nucléaire, le GAN contribue à la dissuasion, comme les Forces aériennes stratégiques et les sous-marins lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. Capable de durer sur un théâtre d’opérations et parcourir 1.000 km par jour, il permet de délivrer un message de pression ou de réassurance pendant de longues périodes, afin d’appuyer une manœuvre diplomatique. Il peut s’intégrer dans des forces interalliées comme lors de la mission « Aquila » (avril 2024), où ses avions ont été placés sous commandement de l’OTAN. « Clemenceau 2025 » contribue également aux opérations nationales et européennes de renforcement de la sécurité maritime en mer Rouge et en océan Indien. Elle permet de développer l’interopérabilité avec les Marines des pays partenaires et alliés dans les océans Indien et Pacifique. Ce déploiement promeut un espace de navigation libre et ouvert dans le cadre du droit international et contribue à la protection des populations et des intérêts français dans la zone. Présidente du Symposium naval de l’océan Indien en 2021-2022, destiné à améliorer la coopération entre les Marines des pays riverains, la France reprendra cette fonction en 2026-2027.

Moyens. Outil offensif, le GAN voit et comprend la situation dans les airs, sur et sous la mer, le champ électromagnétique, celui des perceptions et le cyber. Outre ses Rafale et Hawkeye, le Charles-de-Gaulle embarque cinq hélicoptères et un état-major. Son escorte compte : un bâtiment ravitailleur pour le soutien logistique ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour l’usage de la force ou la protection rapprochée ; un avion de patrouille maritime, stationné sur des points d’appui tout au long de son parcours et destiné à apporter un certain préavis pour les luttes antinavires et anti-sous-marine ; trois frégates françaises pour les défenses anti-aérienne et anti-sous-marine. Afin de maintenir l’interopérabilité avec les Marines alliées, effective depuis une dizaine d’années, cette escorte sera renforcée par des bâtiments de combat grec, portugais, italien, marocain, britannique, australien, canadien, japonais et américain. Après le transit en Méditerranée et en mer Rouge, le GAN participera à divers exercices : « Varuna » avec la Marine indienne ; « La Pérouse » pour la sécurité maritime avec les Marines des pays riverains de l’archipel indonésien ; « Pacific Steller » avec la VIIème Flotte américaine.

Laboratoire d’innovations. « Clemenceau 2025 » va utiliser massivement la donnée. Plusieurs « datacenters », mis en œuvre par des réservistes spécialisés, vont collecter, exploiter et partager les données des senseurs pour augmenter la capacité d’analyse, au sein de la force et via des échanges avec les Marines alliées. Ces données seront mises en commun avec celles de l’historique du théâtre pour une analyse plus pertinente. L’ascendant informationnel libèrera du temps pour des prises de décision plus rapides et plus efficaces par l’état-major embarqué et les commandants des bâtiments de combat.

Loïc Salmon

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

Marine nationale : la mission « Akila » du GAN en Méditerranée

Stratégie : l’Indopacifique, vision du monde et concept militaire




Défense : l’AND et le traitement des données géographiques

L’Agence numérique de défense (AND) exploite l’imagerie géospatiale pour mieux comprendre les environnements, en vue d’apporter une supériorité opérationnelle.

Sa directrice, la générale de division Anne-Cécile Ortemann, l’a expliqué lors d’un séminaire tenu au Campus Pierre et Marie Curie de Paris le 1er octobre 2024.

L’écosystème numérique. Créée en 2021 et relevant de la Direction générale de l’armement, l’AND conduit d’abord les projets numériques pour le ministère des Armées, notamment pour la préparation des forces, le maintien en condition opérationnelle, le commandement et la conduite interarmées, le renseignement militaire, l’appui aux systèmes d’information et de commandement, le soutien aux Services du commissariat et de santé, les systèmes numériques de l’armement, le renseignement de sécurité et de défense et les ressources humaines. En outre, elle conseille les états-majors, directions et services sur la définition des besoins numériques des systèmes d‘information et l’optimisation des ressources humaines et financières induites. L’AND emploie 450 personnes réparties sur les sites de Paris-Balard, du Kremlin-Bicêtre (banlieue parisienne) et de Bruz (Bretagne). Elle met en œuvre la politique industrielle du ministère des Armées dans les technologies numériques des systèmes d’information. A ce titre, elle a conclu des contrats avec une vingtaine d’entreprises, dont Thales, Naval Group et Airbus. Son écosystème inclut les sous-traitants des entreprises sous contrat et celles avec qui elle a établi des contacts.

Le renseignement géospatial. La transformation numérique facilite une analyse prédictive grâce à des scénarios d’intervention, afin de prendre des décisions plus rapides. L’analyse des données massives issues de sources multiples permet d’anticiper. L’intelligence artificielle (IA) interprète en temps réel des données géospatiales complexes. Ses modèles d’apprentissage automatique aident à détecter des comportements inhabituels. L’emploi de l’IA, couplée au renseignement géospatial, permet d’identifier des menaces en amont et donne un avantage stratégique déterminant. Ainsi, le programme Géode 4 D, composé de 21 systèmes, mobilise une dizaine de personnes, en plus des experts, pour traiter la géographie, l’hydrographie, l’océanographie, la météorologie et l’espace. Il analyse les données recueillies par des capteurs et fournit des reproductions qu’il diffuse. Géode 4 D facilite la planification et la conduite des opérations en alimentant les systèmes d’armes. Par exemple, il assure un suivi de terrain à un avion volant à basse altitude, afin d’éviter un impact au sol. Le système anticollision détecte un obstacle imminent et prévient le pilote. Si celui-ci ne réagit pas, le système prend alors temporairement le contrôle de l’avion pour le dévier de sa route dangereuse. Une fois l’altitude de sécurité atteinte, il rend le contrôle au pilote. Dans le cadre de l’OTAN, l’interopérabilité de Géode 4 D s’établit au niveau des données géographiques brutes et à celui des produits utilisables par les personnels opérationnels. Ainsi, la France apporte une contribution de 10 Mkm2 d’élévations de terrain.

Géographie militaire. En 2021, le ministère des Armées a renouvelé son partenariat avec l’Institut national de l’information géographique et forestière, notamment via Géode 4 D pour maîtriser la connaissance de l’environnement géophysique et en prévoir lses effets sur le déroulement des opérations. Géode 4 D facilite le positionnement et la navigation en trois dimensions, grâce aux cartes papier pour l’environnement tactique, aux levées topographiques pour le recalage de positions ou de centrales inertielles, aux modèles numériques de terrain et aux modèles d’infrastructures en trois dimensions. Actuellement, 90 % des systèmes d’armes utilisent une information géographique complète de l’environnement opérationnel.

Loïc Salmon

Interarmées : anticipation et numérisation, gages de la supériorité opérationnelle

Armée de Terre : l’IA dans la préparation de la mission

Défense : l’innovation numérique à tous les niveaux