L’École militaire, une histoire en cartes postales

Depuis sa création en1751, l’École militaire es à la fois témoin et actrice de l’histoire militaire, de celle de Paris et de celle de la France. Média populaire à partir du XXème siècle, la carte postale en donne un aperçu.

Décidée par Louis XV, la construction de l’école répond au besoin de doter l’armée française de chefs et d’officiers maîtrisant le métier des armes et l’art du commandement. A l’issue de leur scolarité, les jeunes officiers rejoignent un régiment, d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie ou la Marine. La création de l’école fait suite à la victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de France Maurice de Saxe contre l’Angleterre (1745) … et à l’édification de l’Hôtel des Invalides par Louis XIV (1674) ! Le financement est assuré par l’impôt prélevé sur les jeux de cartes, l’établissement d’une loterie, devenue nationale par la suite, et les contributions personnelles du financier Joseph Pâris-Duverney et de la marquise de Pompadour, favorite du roi. Les travaux durent 80 ans, en raison de l’aménagement de l’esplanade du Champ-de-Mars, de plusieurs arrêts et des évènements politiques. Ils mobilisent successivement les architectes Ange-Jacques Gabriel (dont le restaurant intérieur de la Rotonde porte le nom), Étienne-Louis Bouillé et Alexandre-Théodore Brongniart, qui réalisera en partie le Palais de la Bourse à Paris. Un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 16 ans, sort de l’École royale militaire de Paris en 1785 avec son brevet de sous-lieutenant d’artillerie. Dix ans plus tard, général de brigade, il y installe le quartier général de l’armée de l’Intérieur qu’il commande. Son neveu, Napoléon III, agrandit l’école en 1856 avec les pavillons « Cavalerie » et « Artillerie ». Lors de la Commune de Paris, l’École militaire, abandonnée par la Garde impériale, est investie en 1871 par les Fédérés, qui y installent 200 pièces d’artillerie mais ne s’en servent pas face aux troupes du général Douay, dont les premières balles touchent la façade le 22 mai. L’une d’elles frappe le grand miroir du Salon des maréchaux, dont l’impact est toujours visible. Les « Cours militaires spéciaux », institués par décret le 18 février 1876 et installés à l’Hôtel des Invalides, sont transformés en « École supérieure de guerre » en 1880, transférée l’année suivante à l’École militaire. Élève en 1885-1887, le chef d’escadron Ferdinand Foch y enseigne plus tard l’histoire militaire, la stratégie et la tactique générale. Il en prend le commandement comme général de brigade entre 1908 et 1911 et termine sa carrière comme généralissime des armées alliés et maréchal de France en 1918. L’École militaire a servi de cadre à deux événements de l’affaire Dreyfus. Le capitaine Alfred Dreyfus, déclaré coupable de trahison au profit de l’Allemagne, y est dégradé devant 4.000 soldats le 5 janvier 1895 puis envoyé au bagne en Guyane. L’événement n’a pas été immortalisé par des cartes postales mais par une illustration, largement reproduite dans la presse, et la couverture en couleurs de l’hebdomadaire Le Petit journal du 13 janvier 1895. Réhabilité par la Cour de cassation le 16 juillet 1906, Dreyfus est réintégré dans l’armée et promu chef d’escadron le lendemain puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet dans l’enceinte de l’École militaire. Cette fois-ci, chaque étape de la cérémonie est décrite sous forme de reportage par une dizaine de cartes postales. En juin 1940, l’établissement est transformé en caserne par les autorités militaires allemandes. Le 25 août 1944, il est libéré par des éléments de la 2ème Division blindée du général Leclerc. Devenue centre de réflexion et de stratégie, l’École militaire, héberge une vingtaine d’organismes de formation supérieure, qui reçoivent des officiers aguerris et des gens issus du monde civil. Les cursus des officiers les destinent à occuper des responsabilités de haut commandement et, pour certains, au sein des hautes institutions de l‘État.

Loïc Salmon

« L’École militaire, une histoire en cartes postales », Lionel Pétillon. Éditions Pierre de Taillac, 152 p., illustrations, 24,90 €.

L’École militaire, une histoire illustrée

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française




Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Face au risque de déclassement, la Marine doit adapter les technologies et méthodes éprouvées dans le monde civil, dont l‘approche centrée-donnée augmentée par l’intelligence artificielle (IA), la connectivité et l’amélioration continue. L’autonomie de décision restera garantie par un regard critique sur les informations transmises.

La Marine nationale a présenté son projet de « Stratégie d’intelligence artificielle pour la guerre navale » (SIGNAL) dans un document rendu public en mai 2025.

Conserver l’avantage dans la durée. Le domaine naval allie en permanence des dynamiques capacitaires dans le temps immédiat avec des programmes inscrits dans le temps long. Les prochaines ruptures capacitaires incluent l’accélération de renouvellement des puces à hautes performances, les télécommunications laser, le quantique, le développement des drones et les systèmes autonomes. Il s’agit de les intégrer aux grands programmes navals pour leur permettre d’évoluer. Le porte-avions de nouvelle génération, l’avion de patrouille maritime futur et le sous-marin lanceur d’engins de troisième génération, déjà en cours de préparation, devraient entrer en service après 2035. SIGNAL vise à valoriser les données contribuant au combat naval, à la résilience et à la performance des forces à la mer. L’intégration des briques technologiques de la donnée et de l’IA améliore les capacités d’analyse pour gagner du préavis dans l’action. L’IA embarquée sur des plateformes (aéronefs et bâtiments de surface) assure le continuum entre le contrôle de l’équipement et le contrôle des données. Cela permet de croiser des données issues à chaud du système de combat (environnement immédiat) avec celles à froid provenant de systèmes opérationnels et organiques. Dans une logique de combat, il s’agira d’accroître le niveau d’informations pertinentes de bout en but, via des connectivités adaptées aux contraintes des technologies de la donnée qui permettent débits importants et faible latence (temps total entre l’action de l’utilisateur et la réception de la réponse). Parallèlement, il faudra conserver le socle de connectivité résiliente : capacité de déconnection ; gammes de fréquences moyennes et basses ; liaisons de données tactiques ; messagerie non classifiée. Des algorithmes d’IA permettront d’échanger des données au sein de la force navale et avec les centres à terre dans le tempo du besoin opérationnel.

Efficacité opérationnelle. Dans le domaine aéromaritime, l’ascendant opérationnel s’articule autour des supériorités informationnelle, décisionnelle et de l’engagement. Il s’inscrit dans un contexte de révolution numérique, de développement exponentiel des drones, des capacités aéronavales et de l’IA. L’adversaire combine les effets d’action dans les zones « grises » (seuil d’agression entre la guerre et la paix), d’une masse considérable de drones et de l’autonomie de systèmes létaux. La prise de décision dépend d’une profonde transformation des architectures et mécanismes de traitement et de valorisation des données. SIGNAL cherche à mieux comprendre la situation afin de décider à temps, grâce aux outils de la configuration « homme-machines ». Dans le traitement manuel, les processus nécessitent l’intervention humaine directe. Dans un cycle partiellement automatisé, les machines effectuent une partie du travail tandis que l’humain s’assure que les processus se déroulent normalement et vérifie l’exactitude des données. Lorsque les machines sont suffisamment précises et autonomes pour fonctionner de manière indépendante, l’humain se contente de surveiller les automatismes. Déjà, la guerre russo-ukrainienne en mer Noire et les ripostes occidentales aux attaques des rebelles Houthis en mer Rouge modifient la conduite de la guerre navale. Elles mettent en œuvre des architectures de stockage de données, des algorithmes d’IA et de nouvelles formes de connectivité, comme le « New Space » (industrie spatiale d’initiative privée) et les radios à très haut débit. Les pays compétiteurs de la France profitent aussi de ces technologies, qui contribuent au développement de nouvelles menaces imposant de repenser les processus et les systèmes. D’ici à 2030, toutes les unités de combat de la Marine auront embarqué l’IA. A l’horizon 2035, celles en service auront suffisamment évolué pour bénéficier des possibilités du partage de la donnée et de l’IA à l’échelle de la force navale. La réalisation du projet « Artemis.IA », piloté par l’Agence du numérique de défense, a été lancé en 2022 par la Direction générale de l’armement pour le traitement massif de données et d’IA, dont profitera la Marine nationale. Cela implique de nouveaux métiers pour ses personnels, afin d’acquérir et de développer les compétences nécessaires.

Soutien industriel. Le secteur privé, notamment les groupes américains GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), investit considérablement dans le numérique, l’IA et le quantique. Le champ d’application de l’IA se trouve porté par les cas d’usage (aides à la décision) civils, duaux et militaires. Les marins « experts métiers », embarqués sur des unités navales et aéronavales, peuvent construire les cas d’usages spécifiques avec les développeurs, tout en apportant les garanties de protection du secret industriel. Les marins disposeront de ces technologies, intégrées aux systèmes d’armes, pendant la préparation opérationnelle et en opérations. L’usage de l’IA militaire embarquée repose sur quatre briques technologiques complémentaires. La première, dite infrastructure de stockage et de traitement de données, permet les technologies du « Cloud » (disponibilité de ressources informatiques à la demande) et des puces à hautes performances telles que les GPU (circuits électroniques capables d’effectuer des calculs mathématiques à grande vitesse). Elle inclut des architectures logicielles de serveurs aux performances élevées, à haute sécurité et présentant une faible latence. La deuxième brique ou infrastructure d’échange et de partage de données s’appuie sur des algorithmes d’IA d’optimisation de l’emploi du spectre électromagnétique, afin de parer aux risques d’une exposition accrue aux cyberattaques et de l’indiscrétion électromagnétique d’une force. La troisième brique concerne les mécanismes d’interopérabilité et de sécurité par la technologie émergente ZT/DCS. La sécurité est traitée par le réseau mais aussi par la donnée elle-même, dans une logique de défense en profondeur autorisant l’usage de technologies duales sans renoncer à la souveraineté. Les investissements de recherche des GAFAM permettent les avancées les plus rapides qui s’imposent comme normes d’interopérabilité, car elles irriguent les industries de défense et l’OTAN. La quatrième brique concerne la capacité de production d’algorithmes en interne au sein de la Marine. L’IA sera intégrée par étapes successives. En deux ans, un prototype de croisement de données, dénommé « Data Hub Embarqué », a été conçu, réalisé et déployé sur une puis plusieurs unités de combat. Grâce à lui, un bâtiment de surface reçoit, d’un satellite surveillant une zone, des informations qui sont d’abord labellisées par des experts métiers puis exploitées par des ingénieurs « Cloud » et des développeurs « big data ». Ces informations sont lors valorisées par l’État-major de la marine, l’État-major des armées, la Direction générale de l’armement et les industriels, en vue de leur réutilisation par les forces maritimes. A moyen terme, il faudra définir les systèmes embarqués sur les futurs sous-marins, navires de surface, hélicoptères et drones avec des « architectures centrées-données ». Celles-ci permettront aux plateformes de s’affranchir des Data Hub Embarqués.

Synergie interarmées. Le projet SIGNAL s’inscrit dans le réseau Multi-Senseurs Multi-Effecteurs de l’État-major des armées pour accélérer la boucle OODA (observer, orienter, décider, agir) en partageant les mêmes standards de sécurité portés par la donnée, afin de dominer l’adversaire.

Loïc Salmon

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels




OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision




Méditerranée : champ d’actions parallèles de la Russie et de la Chine, mais visées différentes

La Russie et la Chine cherchent à contrer l’influence des pays occidentaux en Méditerranée, l’une par le déploiement de moyens militaires importants et l’autre surtout par des échanges commerciaux et des investissements accrus.

Dans une étude publiée en octobre 2024 par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, les chercheuses Céline Marangé, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine, et Carine Pina, spécialiste de la Chine, ont présenté les ambitions de Moscou et de Pékin en Méditerranée.

Stratégies divergentes. Depuis une décennie, la Russie place la région méditerranéenne au centre de sa contestation de l’influence occidentale. Elle recourt à des interventions armées et des actions hybrides, s’appuie sur des grands projets énergétiques et d’importants transferts d’armements et cultive des relations privilégiées avec les dirigeants de pays soutenus autrefois par l’Union soviétique. La Chine poursuit son expansion économique en augmentant ses échanges commerciaux et ses investissements dans les entreprises stratégiques et les infrastructures régionales. Afin de protéger ses intérêts matériels et humains dans la région, elle y a développé des capacités sécuritaires et policières. Outre des déploiements navals en Méditerranée, elle y procède à des exercices militaires bilatéraux. Par ailleurs, tout en maintenant un fort potentiel en mer de Chine et dans le détroit de Taïwan, elle démontre sa capacité de projection lointaine de forces en participant à des exercices communs avec des forces armées russes, biélorusses, tanzaniennes et mozambicaines. Toutefois, la sécurité se conçoit différemment en Chine et en Russie. Pour Pékin, le maintien de la sécurité interne et externe nécessite un développement économique et social du territoire national et de celui des partenaires commerciaux. Pour Moscou, la sécurité passe d’abord par le contrôle des pays limitrophes et la puissance s’exprime par la domination. En Méditerranée, Chine et Russie ne connaissent pas de fortes rivalités ni de répartitions tacites des rôles, comme en Asie centrale, susceptibles de déboucher sur une alliance militaire.

Russie, volonté de puissance. La mer permet d’attaquer la terre, rappelle Céline Marangé, mais aussi à démultiplier les moyens de frappe et de dissuader. Les sous-marins lanceurs d’engins russes restent stationnés en mer Blanche pour la dissuasion nucléaire. La présence d’une flotte russe en Méditerranée facilite l’accès aux océans mondiaux et réduit le temps de transfert de forces armées dans la région en cas de conflit. Comme à l’époque soviétique, cela nécessite d’obtenir des facilités portuaires pour protéger le Sud et les eaux territoriales de la Russie et contester la domination des flottes de l’OTAN. En outre, la Marine russe développe ses capacités de dissuasion conventionnelle et de déni d’accès à un théâtre. Présente pendant 30 ans en Méditerranée, la 5ème Escadre soviétique a été démantelée en 1992 puis reconstituée en 2013 sous le nom d’Escadrille de la Méditerranée à partir de bâtiments de surface de la Flotte de la mer Noire et de sous-marins de celle du Nord. L’Escadrille a bénéficié de la modernisation de la Flotte de la mer Noire qui a acquis trois frégates et six sous-marins d’attaque, dont deux étaient stationnés sur la base navale de Tartous (Syrie) avant 2022. Les autres accès à la mer restent difficiles, en raison du sous-développement de l’Extrême-Orient russe et de la complication du passage par la Baltique, peu profonde. Avant l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 et les attaques de drones et missiles ukrainiens, la base navale de Sébastopol (Crimée) constituait un havre plus sûr que celle de Novorossijsk (voir carte), pourtant renforcée depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991. Les sous-marins et navires de surface de la Flotte de la mer Noire sont équipés de missiles de croisière Kalibr d’une portée de 2.000 km. Déployée en Méditerranée, cette flotte a bénéficié de la bulle de défense sol-air des bases de Tartous (navale) et Hmeimim (aérienne). Dix jours avant l’attaque russe contre l’Ukraine, des exercices des forces navales et aériennes russes de Méditerranée ont mobilisé 15 navires et 30 avions, dont un bombardier Tu-22M3, des chasseurs MiG-31K et des systèmes de missiles hypersoniques Kinjal. Ce dispositif visait à parer à toute éventualité en raison du déploiement d’un groupe aéronaval américain en Méditerranée orientale. Le 28 février, au titre de la Convention de Montreux, la Turquie a fermé l’accès des détroits des Dardanelles et du Bosphore aux bâtiments de guerre russes. Ceux présents à Tartous ont été ravitaillés par des navires civils venus de la mer Noire puis envoyés en Baltique. Depuis, les forces ukrainiennes ont coulé 28 bâtiments russes, dont le croiseur Moskva. En janvier 2023, la flotte russe en Méditerranée comptait 10 navires, dont 5 armés de missiles Kalibr. Fin 2023, le dernier sous-marin équipé de Kalibr a quitté Tartous pour la Baltique. Tous les bâtiments stationnés en Crimée ont rejoint Novorossijsk. La guerre en Ukraine affecte la posture russe en mer Noire et en Méditerranée, car la construction navale russe subit les effets des sanctions occidentales. Sans l’annexion de la Crimée en 2014 et son soutien à l’armée syrienne pendant la guerre civile en 2015, la Russie n’aurait pu accroître sa puissance en Méditerranée. Depuis 2022, elle chercherait à obtenir des facilités portuaires à Tobrouk (Libye), l’île de Djerba (Tunisie) et Mers el-Kébir (Algérie).

Chine, rayonnement mondial. Depuis le lancement du projet « Nouvelles Routes de la Soie » en 2013, la Chine a développé sa flotte maritime de commerce, qui totalise 249,2 millions de tonnes de jauge brute en 2023 et transporte 15,9 % du trafic mondial. En outre, indique Carine Pina, elle investit dans les ports concernés par ce projet pour en améliorer les services logistiques. Ses entreprises publiques Cosco, China Merchant Port et Hutchison Port Holdings détiennent des parts importantes dans les infrastructures des ports de Malte, du Pirée (Grèce), de Valence (Espagne), de Gênes, Savone, Trieste et Naples (Italie), de Fos (France), de Sines (Portugal), de Cherchell (Algérie), de Port-Saïd et Alexandrie (Égypte), d’Ashdod et de Haïfa (Israël), d’Istanbul Ambarli (Turquie) et de Tanger (Maroc). La Chine a aussi construit la voie ferrée rapide entre le Pirée, Belgrade (Serbie) et Budapest (Hongrie). Par ailleurs, Huawei Marine Networks a investi dans le câble sous-marin Hannibal, entre la Tunisie et l’Italie, et dans le câble Peace entre le Pakistan, l’Est de l’Afrique, le détroit de Bab el-Mandeb et la zone économique et commerciale de Teda au bord du canal de Suez. Des entreprises chinoises ont construit ou pris des participations dans neuf autres câbles sous-marins desservant le Moyen-Orient. Les exportations de la Chine vers les pays méditerranéens ont progressé grâce aux Nouvelles Routes de la Soie, sauf vers Chypre, Malte et la Syrie : France, 42.094 M$ en 2023 contre 28.975 M$ en 2014 ; Espagne, 39.661 M$ (21.501 M$) ; Italie, 44.536 M$ (28.759 M$) ; Portugal, 5.794 M$ (3.137 M$) ; Grèce, 12.798 M$ (4.185 M$) ; Turquie, 38.919 M$ (19.305 M$) ; Algérie, 9.498 M$ (7.395 M$) ; Libye, 3.917 M$ (2.157 M$) ; Maroc, 6.477 M$ (2.963 M$) ; Tunisie, 2.024 M$ (1.235 M$) ; Égypte, 14.980 M$ (10.460 M$) ; Israël, 15.023 M$ (7.739 M$) ; Liban, 2.389 M$ (2.604 M$). Parallèlement et depuis vingt ans, la Chine développe sa « diplomatie militaire » par la projection de forces navales avec des escales en Algérie, au Maroc, en Tunisie, au Portugal, en Grèce, en Italie et en Turquie. Ses navires ont participé à des exercices avec la Marine égyptienne. En 2015, deux frégates et un pétrolier-ravitailleur chinois, qui participaient à la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden, ont rejoint six bâtiments russes pour des manœuvres. En 2017 et 2018, des bâtiments chinois ont franchi le canal de Suez et traversé la Méditerranée pour participer à des exercices avec la Marine russe en Baltique.

Loïc Salmon

Chine et Russie : affirmations de puissance et difficultés internes

Asie centrale : enjeu sécuritaire pour la Chine et la Russie

Chine : une stratégie de plus en plus mondiale




CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

La Russie, l’Iran et la Chine, principaux pays compétiteurs de la France, constituent des menaces périphériques sur le respect de ses engagements, à savoir la fiabilité de ses positionnements, en Europe, au Moyen-Orient et dans la zone Indopacifique.

Le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’État-major des armées (CEMA), l’a expliqué au cours d’une conférence de presse, tenue le 11 juillet 2025 à Paris.

La Russie. Puissance conventionnelle et nucléaire, la Russie constitue la menace la plus proche et la plus durable de la France, qu’elle a qualifiée officiellement d’adversaire principal en Europe. Par sa mentalité d’État totalitaire et ses efforts colossaux pour construire son système de forces, elle se positionne en puissance de nuisance. Elle dispose d’un modèle d’armée complet avec des capacités de brouillage, de guerre électronique, de défense sol-air et d’artillerie à longue portée. L’étagement de l’engagement de ses forces conventionnelles s’agrège à la guerre informationnelle. Sa dissuasion nucléaire repose sur des vecteurs terrestres, sous-marins et aériens à long rayon d’action et des armes stratégiques et tactiques avec une doctrine et une chaîne de commandement robuste et testée. La Russie dispose d’un grande profondeur stratégique caractérisée par sa superficie, qui s’étend sur 11 fuseaux horaires et lui permet de tenir économiquement, et la capacité d’endurance de sa population, renforcée par un endoctrinement de la jeunesse remis en œuvre depuis les années 2000. Vis-à-vis de la France, les actions de la Russie s’exercent sous la forme de la guerre hybride, multi-milieux et multi-champs. Dans le champ informationnel, qui s’étend aux pays occidentaux, elles visent, via des agents tiers utilisables qu’une fois, à dénigrer l’image de la France en Afrique et à déstabiliser la cohésion de sa population sur le territoire national. Dans le cyber, la Russie a déjà recouru à des sous-traitants pour saboter des entreprises d’armement allemandes. Des satellites russes manœuvrent pour gêner les trajectoires de satellites français ou s’approcher d’eux pour les brouiller ou les espionner. Des indices portent à croire que la Russie pourrait mettre en orbite des satellites spécialisés, qui seraient un peu en dehors des règles du Droit de non-militarisation de l’espace. Sous les mers, des sous-marins nucléaires d’attaque russes pénètrent régulièrement en Atlantique Nord près de la Grande-Bretagne, s’approchent même des côtes américaines et vont parfois jusqu’en Méditerranée surveiller des zones importantes pour la France. En surface, le navire océanographique Yantar, collecteur de renseignements, embarque des robots sous-marins autonomes capables de couper des câbles sous-marins à 6.000 m de profondeur. Les bombardiers à long rayon d’action, basés au Nord de la Russie et capables d’emporter des armes nucléaires, contournent la Norvège et passent au-delà de la Grande-Bretagne pour rechercher les groupes de porte-avions américains et alliés. Enfin, la Russie a conduit des opérations offensives sous une forme de couverture nucléaire pour dissuader les autres pays d’aider l’Ukraine. Sa dissuasion nucléaire, défensive, y a perdu un peu de sa crédibilité et de sa clarté d’emploi.

L’Iran. Par la détention d’otages, l’Iran pratique le terrorisme d’État et mène des actions déstabilisatrices aux Proche et Moyen-Orient. Il apporte son soutien aux organisations terroristes Hamas à Gaza et Hezbollah au Liban ainsi qu’aux Houthis au Yémen. Outre sa menace récurrente de fermer le détroit d’Ormuz, il tente de relancer son programme nucléaire militaire en dehors de toute surveillance.

La Chine. Dans sa compétition systémique avec les États-Unis, la Chine n’épargne pas la France dans les domaines économique et technologique, en pratiquant l’espionnage et le dénigrement. Elle remet en cause la liberté de circulation en mer de Chine méridionale et agit directement pour influer sur les modes de gouvernance des États de l’Asie du Sud-Est.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

Chine : capacité militaire accrue et puissance perturbatrice




Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

L’affrontement direct entre Israël, aidé par les États-Unis, et l’Iran du 13 au 24 juin 2025 laisse des incertitudes sur les destructions des infrastructures et des vecteurs balistiques relatifs au programme nucléaire iranien et leurs conséquences.

Tel a été le thème d’une conférence en ligne organisée, le 2 juillet 2025, par la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont notamment intervenus Laure Foucher, maître de recherche et Alice Joyeux, chargée de recherche.

Stratégie de l’Iran. A l’issue de la guerre Iran-Irak (1980-1988), Téhéran développe un programme balistique, pilier d’une dissuasion conventionnelle, faute d’une force aérienne capable de frapper loin, explique Alice Joyeux. Un arsenal massif de missiles balistiques devrait dissuader ou punir d’éventuelles agressions. Le programme inclut les missiles de croisière et les drones. Il doit pouvoir menacer des cibles stratégiques, à savoir des villes, des bases militaires et des infrastructures énergétiques en Israël, mais aussi dans les autres pays du golfe Arabo-Persique. Cette force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique compte trois catégories de missiles. D’abord  les Shahab 3 balistiques, dérivés des Scud et datant de l’époque soviétique, manquent de précision. Ensuite, sauf le Qader de courte portée (220 km), les missiles de moyennes portées, comme l’Emad (1.700 km), le Sejil (2.000 km), le Kheibar Shekan (1.450 km) et les Fattah 1 et 2 (1.400 km), peuvent atteindre Israël. Avant juin 2025, le parc iranien était estimé à 3.000 missiles balistiques. Par ailleurs, les sites de lancement, souvent souterrains et répartis dans des dizaines de bases dans le pays et surtout à l’Ouest pour atteindre Israël, sont configurés pour coordonner des salves afin de saturer les défenses sol-air ennemies.

Stratégie d’Israël. Face à une dissuasion conventionnelle iranienne statique reposant sur le volume et la saturation, Israël a adopté une dissuasion active, mobile, technologiquement très avancée et interopérable avec celle des États-Unis, indique Alice Joyeux. L’opération « Rising Lion » visait à désorganiser la chaîne du commandement militaire de l’Iran, neutraliser ses capacités balistiques et porter un coup d’arrêt à son programme nucléaire. Israël a justifié cette attaque préventive pour empêcher des représailles massives par des missiles conventionnels ou, à terme, nucléaires. L’opération a commencé par l’élimination physique d’une trentaine d’officiers supérieurs, dont le chef d’État-major général des armées, le commandant du Corps de gardiens de la révolution islamique et des responsables de haut niveau du programme balistique (15 auraient été tués). Dès le 13 juin, ont été ciblés les sites d’enrichissement d’uranium de Natanz, d’Ispahan et d’Arak, les sièges des centres de recherche et des archives nucléaires et les ateliers de fabrication des centrifugeuses. Dans la nuit du 21 au 22 juin, des bombardiers lourds américains Northrop B2 Spirit sont intervenus pour détruire des sites enfouis, dont celui de Fordo, avec des bombes anti-bunker GBU-57 guidées avec précision et à fort pouvoir de pénétration (60 m avant explosion). Les avions de chasse israéliens F-15 ont frappé les tunnels d’accès aux dépôts et sites souterrains de fabrication de missiles balistiques. Des drones suicides, infiltrés en Iran par le Mossad (service de renseignement extérieur israélien), ont été lancés contre des lanceurs mobiles, repérés lors des attaques aériennes israéliennes en avril et octobre 2024. Chaque activation à distance de ces lanceurs émet un signal radar ou thermique, qui permet de les détruire très rapidement. Selon Israël, environ 120 lanceurs mobiles auraient été détruits, soit le tiers du parc iranien. En outre, des drones et des chasseurs F-35 auraient neutralisé 80 batteries sol-air, dont des S300, des Bavar 373 et des Khordad 15. Pendant 12 jours, environ 1.000 sorties aériennes, avec des engagements simultanés de plus de 200 avions ont été rendues possibles grâce à plus de 600 ravitaillements en vol, dont une partie par l’armée de l’Air américaine, et l’ouverture des espaces aériens jordanien et irakien avec l’accord des États-Unis. Outre les frappes, la guerre électronique (brouillage radar et désactivation des communications) a désorganisé la réponse iranienne. De son côté, l’Iran aurait tiré environ 550 missiles balistiques et plus de 1.000 drones pour saturer les défenses israéliennes. Selon Israël, 90 % des interceptions auraient réussi, contre 80 % en 2024, grâce à une architecture de défense aérienne multicouches qui inclut : le « Dôme de fer » avec des missiles de courte portée (40-70 km) ; la « Fronde de David », moyenne portée (jusqu’à 300 km) ; les missiles Arrow 2 et 3 capables d’interception dans l’espace exo-atmosphérique. La contribution américaine inclut les systèmes THAAD (150-5.000 km), contre les missiles balistiques, les Aegis embarqués sur des bâtiments en mer, les radars, la coordination du commandement et le réseau de surveillance spatiale. Aucun avion israélien n’a été abattu et l’aviation iranienne est restée invisible. Selon Alice Joyeux, cela s’explique par l’asymétrie entre la technologie et la doctrine iraniennes. Téhéran dispose de nombreux missiles S200, anciens et faiblement connectés, et de quelques S300, plus performants, mais pas de défense aérienne multicouches ni de doctrine unifiée. Drones, brouillages et missiles ont rendu aveugles tous les systèmes de défense aérienne et désarticulé la chaîne de commandement, rendue partiellement inefficace. Censée être la mieux défendue, la capitale Téhéran a été frappée sans rencontrer d’opposition. Juste avant le cessez-le-feu, un radar actif iranien, qui s’était allumé, a été immédiatement neutralisé. Toutefois, en douze jours, Israël a consommé une grande partie de son stock de missiles, qui coûtent plusieurs millions d’euros l’unité. Outre ceux du « Dôme de fer », il aurait tiré 40 missiles Arrow et 39 THAAD. Au bout de cinq jours, il a dû demander aux États-Unis un renfort de sa capacité de défense.

Incertitudes sur la suite. La viabilité du cessez-le feu depuis le 24 juin semble incertaine sur le long terme, estime Laure Foucher. Une évaluation fiable des frappes américano-israéliennes prendra du temps et dépend de la reprise effective des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur les sites nucléaires iraniens. Malgré les tractations en cours entre le Qatar, l’Iran, Israël et les États-Unis, il s’agit davantage d’une cessation des hostilités qu’un véritable cessez-le feu. Celui-ci détermine les engagements des parties et les « lignes rouges » à ne pas dépasser. La perspective d’un accord politique et technique permettrait de régler durablement la question du programme nucléaire militaire de l’Iran. Sa capacité de dissuasion conventionnelle est quasiment anéantie. Sa première erreur stratégique porte sur son entrée en confrontation militaire directe avec Israël en octobre 2024, après la frappe israélienne contre son consulat à Damas (Syrie) en avril. Sa deuxième erreur consiste en une incompréhension de l’État hébreu. Ses dirigeants n’ont pas saisi l’impact de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas en Israël (1.188 tués, 4.834 blessés et 251 personnes prises en otage). La doctrine stratégique et les mentalités ont en effet complètement changé et ont rendu Israël moins vulnérable aux attaques de l’Iran. Israël se perçoit en état de guerre et a abaissé son seuil de tolérance de pertes humaines en cas de confrontation. Or, c’est sur cette asymétrie du seuil de tolérance que reposait, en partie, la dissuasion de l’Iran et de ses alliés, dont le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. Même si l’Iran accepte des négociations, la question de son programme nucléaire militaire se posera avec le risque de frappes américaines en cas de reprise. Pour Israël, cela représenterait une opportunité pour à avancer sur le projet de paix régionale. A Washington, ce dossier est en effet jugé moins complexe et risqué que celui de la guerre en Ukraine.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais




14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

De retour sur les Champs-Élysées, le défilé militaire du 14 juillet 2025 invite l’Indonésie et met à l’honneur la Force binationale franco-finlandaise, la Flottille de lutte contre les mines, la Base aérienne à vocation spatiale, le Régiment du service militaire adapté de Nouvelle-Calédonie et le Service militaire volontaire.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 10 juin aux Invalides. Le défilé compte 7.005 participants, dont 5.618 à pied, 63 avions, 33 hélicoptères et 200 chevaux de la Garde républicaine.

Commémorations. L’édition 2025 souligne le centenaire du « Bleuet de France », symbole de la mémoire et de la solidarité envers les anciens combattants, victimes, veuves et orphelins de guerre. Il marque aussi les 100 ans de l’association « La Flamme sous l’Arc de Triomphe » et les 80 ans de la Défense aérienne.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 8 Alphajet. La Défense aérienne est représentée par 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), 2 chasseurs Rafale C, 1 Rafale B, 1 chasseur F18 suisse, 1 chasseur Typhoon allemand, 2 Mirage 2000-5, 1 Typhoon espagnol et 1 Typhoon britannique. La Dissuasion nucléaire aéroportée est représentée par 1 ravitailleur KC-135 et 4 Rafale B. La supériorité aérienne est représentée par 1 avion de transport et de ravitaillement A330 Phénix, 2 Mirage 2000 D, 1 Rafale C et 1 Rafale B et l’innovation aérienne militaire par 1 avion de transport tactique A400M Atlas, 1 Mirage 2000 D et 2 Rafale B. La Formation de l’aviation de chasse présente 2 avions d’entraînement militaire avancé Pilatus PC-21, 2 Alphajet, 2 Mirage 2000 B et 2 Rafale B. Le Groupe aérien embarqué est représenté par 5 Rafale Marine, 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 1 avion biréacteur Falcon 10. La Patrouille de surveillance maritime est représentée par avion triréacteur Falcon 50 et 1 avion de lutte anti-sous-marine ATL2. Le Soutien aux populations comprend : la projection de force représentée par 3 A400M Altas de l’AAE et 1 A400M espagnol ; l’assaut et l’appui outre-mer représentés par 1 triréacteur Falcon 900, 1 avion de transport tactique C-130J Super Hercules et 2 avions tactiques CN-235 Casa. Le Transport aérien est représenté par 1 bimoteur Xingu, 2 monomoteurs TBM 700 et 2 monomoteurs légers SR22 Cirrus. La Reconnaissance et le Renseignement sont représentés par 1 drone de combat Reaper et 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance Vador. La lutte contre les incendies est représentée par 1 bombardier d’eau Dash 8 de la Sécurité civile (SC). Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’AAE, de la Marine nationale (1Caïman italien inclus), de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la SC et de la Douane.

Troupes à pied. Les 17 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre (incluant la compagnie belgo-luxembourgeoise), de la Marine nationale, de l’AAE, de la Direction générale de l’armement et des Services de santé, du commissariat des armées, d’Infrastructures de la défense et de l’Énergie opérationnelle. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Absentes du défilé en 2024, les unités motorisées reviennent en force. L’armée de Terre déploie les éléments suivants : 7ème Brigade blindée, représentée par six régiments (tirailleurs, infanterie, chasseurs, artillerie d’Afrique et génie) ; 13ème Demi-Brigade de légion étrangère ; 1er Régiment de chasseurs parachutistes ; 1er Régiment de spahis ; Brigade d’appui numérique et du cyber ; Brigade de renseignement et cyber électronique ; Brigade logistique ; Brigade maintenance. Suivent des unités de l’AAE, de la Gendarmerie nationale, de la Police nationale, de la Douane et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine




Défense et sécurité : anticiper, prévenir et protéger, bilan 2024 du SGDSN

Pour assurer la souveraineté de la France et de l’Europe, le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) doit faire face aux menaces visibles et invisibles, à la compétition internationale et aux ruptures technologiques, qui présentent aussi des opportunités.

Son secrétaire général, Nicolas Roche, le souligne en tête du rapport d’activités 2024, rendu public en mai 2025.

Sécurisation des Jeux olympiques. Une posture Vigipirate a été spécialement élaborée pour couvrir l’ensemble de la période des Jeux Olympiques (26 juillet-11août) et Paralympiques (28 août-8 septembre). Auparavant, de janvier à mai, les démarches de coordination au niveau interministériel ou d’actions spécifiques ont été entreprises. Le suivi des événements s’est étendu de l’arrivée de la flamme olympique à l’issue des Jeux Paralympiques. Des outils spécifiques de l’aide à la décision ont été élaborés, dont le mémento pratique en cas de gestion de crise et de sécurité nationale et celui de la réponse opérationnelle, bâti autour d’une dizaine de scénarios critiques. Le retour d’expérience s’est concentré dans deux domaines particuliers. La gouvernance et l’articulation de centres de commandement ont nécessité un travail en amont avec tous les acteurs pour bien comprendre l’environnement et les procédures. Le cycle d’expérimentations des technologies, lancé en 2019, a permis de confronter les technologies d’avenir à la réalité du terrain, dont le contrôle des flux, l’utilisation des drones et la détection d’armes. Cette période a conforté les fonctionnements interministériels de la sûreté aéroportuaire et aérienne, la gestion des risques « explosifs » et NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique). Les Jeux ont nécessité quatre exercices gouvernementaux relatifs notamment à la sécurité aérienne et aux transports et cinq expérimentations en situation réelle de technologies d’avenir en matière de sécurité. Il a aussi fallu former 1.500 agents à la planification et la gestion de crise et 500 chiens à la détection d’explosifs.

Techniques de renseignement. Le SGDSN, qui dépend du Premier ministre, doit lui offrir, en temps réel, une vision synoptique des surveillances autorisées. Plusieurs mois avant l’arrivée de la flamme olympique, le Groupement interministériel de contrôle (GIC) s’est préparé techniquement pour éviter toute panne des systèmes d’information pendant les Jeux. Malgré la forte pression sécuritaire et le pic d’activités de l’été 2024, le dispositif des techniques de renseignement a maintenu l’équilibre entre les exigences de sécurité nationale et le droit au respect de la vie privée. Le nombre d’autorisations de géolocalisations, en temps réel, de personnes surveillées a progressé de 3 % de 2023 à 2024. Le décompte ne se fait plus par identifiant mais par personne surveillée, car la même personne peut utiliser plusieurs identifiants simultanément ou successivement. Pendant le même temps, le nombre d’interceptions de sécurité a augmenté de 10 %. Il dépasse celui, cumulé, des captations de paroles, d’images, de données informatiques et d’introductions dans les lieux privés. La technique des « écoutes » reste donc indispensable aux services de renseignement, même si elle n’est plus celle par laquelle ils apprennent la teneur détaillée des projets terroristes, d’ingérences, d’espionnage, de criminalité organisée ou de violences collectives. En 2024, le GIC a formé 1.174 agents des services de renseignement, délivré plus de 100.000 autorisations de techniques de renseignement, fourni 1.250 transcriptions contrôlées par jour et trouvé 21 nouveaux opérateurs interlocuteurs.

Cybermenaces. En 2024, dans un contexte de tensions internationales, les cyberattaquants ont ciblé la chaîne d’approvisionnements et les vulnérabilités des équipements des Jeux Olympiques et Paralympiques et des élections. L’espionnage a visé les infrastructures de télécommunications par l’emploi de « réseaux d’anonymisation » d’équipements compromis pour en détourner l’utilisation légitime, afin d’agir plus discrètement. Les intrus dissimulent ainsi leurs actions et en rendent l’attribution difficile à toutes les étapes de l’attaque informatique. La menace cybercriminelle se caractérise par des fuites de données et des attaques pour obtenir une rançon. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a constaté une hausse des attaques de déstabilisation, dont d’« hacktivistes » interdisant un service. En outre, la moitié de ces opérations de cyberdéfense ont porté sur la vulnérabilité des équipements des entités ciblées. Par ailleurs, la directive européenne NIS2 sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information vise à améliorer la cybersécurité en atténuant les menaces sur les secteurs public et économique clés, pour assurer la continuité de leurs services en cas d’incident. Adoptée en décembre 2022, la NIS2 est en cours de transposition dans le droit français en 2025. L’ANSSI accompagne les futures entités régulées en développant l’offre de ses services. En 2024, elle a détecté 4.386 événements de sécurité et 1.361 incidents. Elle a délivré 280 visas de sécurité,196 qualifications, 94 certifications, et 117.856 attestations « SecNumacademie ». Elle a formé 1.696 personnes et élaboré 68 formations labellisées « SecNumedu » et 35 formations labellisées « SecNumedu-FC ». Elle a aussi publié 22 articles scientifiques, 1 avis technique, 10 guides techniques et 12 logiciels en source ouverte.

Protection à l’international. Le SGDSN coordonne l’action interministérielle dans la lutte contre le financement du terrorisme. Au cours de l’année 2024, son groupe de travail sur le gel des avoirs à but antiterroriste a pris 459 mesures en ce sens sur le territoire national, soit dix fois plus que lors de sa création en 2017, et développé un volet de coopération internationale. En outre, depuis 2023, le Parlement a rendu publics trois rapports la menace des ingérences étrangères, qui ont abouti à la loi du 25 juillet 2024 visant à les prévenir en France. Outre le renfort des moyens administratifs et de l’arsenal répressif, cette loi instaure l’obligation de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique des personnes exerçant des activités d’influence pour le compte de puissances étrangères. Sont aussi visés les « think tanks » et les établissements éducatifs publics à but non lucratif, œuvrant avec un partenaire étranger et ayant pour vocation la diffusion d’une langue étrangère et la promotion des échanges culturels. Ces organismes doivent déclarer les dons et versements reçus de la part de personnes morales étrangères à l’Union européenne. Le SGDSN pilote les travaux réglementaires relatifs à ces deux dispositifs de transparence, entrés en vigueur le 1er juillet 2025. Par ailleurs, le SGDSN continue de s’engager sur les questions de sécurité au sein des instances de l’Union européenne et de l’OTAN. Il participe aussi à des forums internationaux, comme le « Manama Dialogue » à Bahreïn et le « Shangri-La Dialogue » à Singapour. Il entretient des relations bilatérales notamment avec l’Australie, l’Inde, Israël, le Japon, le Qatar, la Grande-Bretagne et Singapour.

Exportations de matériels de guerre. Le SGDSN préside la Commission interministérielle pour l’étude des exportations des matériels de guerre (CIEEMG), qui inclut les ministères des Affaires étrangères, des Armées et de l’Économie. En 2024, la CIEEMG a instruit 8.200 demandes de licences d’exportation, dont près de la moitié sur des modifications ou de prorogations de licences existantes. Elle a accéléré le traitement des licences au profit de l’Ukraine pour répondre à ses besoins opérationnels dans les meilleurs délais. Depuis 2023, le SGDSN préside la Commission interministérielle des biens à double usage civil et militaire, qui, en 2024, a examiné plus de 3.000 demandes individuelles. Enfin, il participe activement aux travaux européens d’élaboration, de mise à jour et d’application de sanctions visant la Russie et la Biélorussie.

Loïc Salmon

Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger

Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement




DANIEL GYRE, VICE-PRÉSIDENT DE L’ANCGVM, TITULAIRE DE LA CROIX DE GUERRE DES TOE

Né le 8 février 1943 à Ostricourt (Nord), Daniel Gyre a servi dans l’armée de l’Air du 15 mars 1961 au 8 février 1995. Il commence sa carrière comme soldat de 2ème classe et la termine avec le grade de capitaine dans le Corps des mécaniciens. Réserviste « opérationnel » de 1995 à 2001, il commande notamment le Centre d’instruction militaire de la Base aérienne 115 d’Orange (1997) puis le Centre Air de perfectionnement et d’instruction des réserves (1997-2001). Promu commandant dans la réserve le 1er octobre 1999, il est admis dans l’honorariat le 18 avril 2012.

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