Écoles militaires de santé de Lyon-Bron

 

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COMMANDO KIEFFER – 177 VISAGES DU JOUR «J»

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Rôle et évolution de la Gendarmerie maritime durant les deux guerres mondiales

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359 | Dossier : L’apocalypse nucléaire

Dossier : « L’apocalypse nucléaire »

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Quatre Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France pour le civisme et la citoyenneté

Chaque année 159.000 visiteurs se rendent au Mémorial du Mont-Valérien, au Mémorial des martyrs de la Déportation, au Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et au Monument aux morts pour la France en opérations extérieures.

Le 14 octobre 2025, le ministère des Armées et l’Office national des combattants et victimes de guerre ont organisé une visite guidée dans ces Hauts lieux de la mémoire nationale, dont trois sont à Paris.

Mémorial du Mont-Valérien. Situé à Suresnes (banlieue parisienne), ce Mémorial de la France combattante est dédié aux « Morts pour la France » de 1939 à 1945. Le Fort du Mont-Valérien fut le lieu où 1.108 hommes ont été fusillés entre 1941 et 1944. Extraits des prisons et des camps d’internement, les condamnés étaient conduits dans une clarière en contrebas où se dressaient les poteaux d’exécution. Trois photos, prises clandestinement le 21 février 1944 par un sous-officier allemand de la Feldgendarmerie, montrent des hommes du « groupe Manouchian » (Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée), attachés, les yeux bandés et fusillés par un peloton de soldats allemands en présence d’un médecin militaire. Sur l’une d’elles, figure, de dos, l’abbé Franz Stock, aumônier des prisons parisiennes qui a apporté un soutien moral à de nombreux condamnés. Il deviendra une figure de la réconciliation franco-allemande. Les corps étaient répartis dans différents cimetières de la région, afin d’éviter que les tombes deviennent un lieu de pèlerinage. Parmi les 1.008 fusillés, 40 % étaient des otages et 60 % des condamnés à mort par des tribunaux militaires allemands. En outre, 65 % étaient communistes, 17 % juifs et 20 % étrangers, certains issus de réseaux, organisations et mouvements clandestins. Leurs noms sont inscrits sur un monument de bronze en forme de cloche, face à une chapelle transformée en musée. Derrière une grande croix de Lorraine en pierre, une crypte abrite dix-sept cercueils.

Mémorial des martyrs de la Déportation. Entre 1933 à 1945, 15 à 20 millions de personnes ont été emprisonnées ou ont péri dans 40.000 sites en Europe et en Afrique du Nord. Situé à la pointe de l’île de la Cité, le Mémorial évoque le souvenir des déportés de la France vers l’Allemagne à partir de1943 et estimés aujourd’hui à 170.000, dont plus de 75.000 Juifs envoyés directement au camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). Une galerie présente le système concentrationnaire nazi, conçu pour terroriser, réprimer, « rééduquer » ou servir l’économie du IIIème Reich. Mal nourris, plongés dans un univers violent et placés au travail forcé, les détenus meurent en grand nombre dans les camps.

Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Après de nombreux combats, les protectorats de Tunisie (depuis 1881) et du Maroc (depuis 1912) acquièrent leur indépendance en 1956. La guerre d’Algérie (1954-1962) a mobilisé deux millions de soldats français. Le Mémorial concerne la période 1952-1964, car des massacres ont eu lieu en violation des accords d’Évian (19 mars 1962). Situé près de la tour Eiffel, il consiste en une grille de couleurs bleue, blanche et rouge avec trois colonnes : la première fait défiler, en bleu, les 23.000 noms des soldats français et supplétifs (harkis) tués ; la deuxième ceux, en blanc, des victimes civiles ou disparues ; la troisième permet d’appeler, à partir d’un écran tactile, un nom en rouge.

Monument aux morts pour la France en opérations extérieures. Situé dans un jardin public près du ministère des Armées, ce monument rappelle les engagements de la France depuis1963. Outre six représentants en bronze de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air portant un cercueil invisible (photo), il inclut un mur avec les noms des morts pour la France…loin de ses frontières.

Loïc Salmon

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 

 




Asie du Sud : l’affrontement Inde-Pakistan de mai 2025

En représailles à des attentats terroristes au Cachemire, l’Inde a lancé l’opération de quatre jours (7-10 mai 2025) « Sindoor » contre le Pakistan, qui a utilisé des armements chinois au combat.

Thibault Fournol et Tom Abram, chargés de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, analysent cette crise, la plus grave depuis la guerre indo-pakistanaise de 1971, dans un article publié dans la revue Défense & Industries de juillet 2025.

L’Inde. Selon New Delhi, la première phase de l’opération « Sindoor », qui a duré 23 minutes, a visé, avec une grande précision, des infrastructures situées dans neuf sites au Pakistan et attribuées aux mouvements terroristes Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed, en réduisant au maximum les dommages collatéraux. L’ONU a reconnu que le premier avait commis des attentats, contre le Parlement indien à New Delhi en 2001 et à Mumbai en 2006 et 2008, et que le second avait attaqué les forces de sécurité indiennes au Jammu-et-Cachemire en 2016 et 2019. Dans la nuit du 6 au 7 mai, l’armée de l’Air indienne a brouillé au préalable le système pakistanais de défense aérienne pour s’assurer une liberté d’action. La guerre électronique permet de neutraliser, temporairement, les capteurs adverses dans un souci d’éviter, autant que possible, des pertes humaines et matérielles. Les infrastructures militaires n’ont donc pas été ciblées par des frappes, afin d’éviter toute escalade qui aurait déclenché un conflit conventionnel plus coûteux que les pertes possibles encourues par « Sindoor » (voir plus loin). Le Pakistan a riposté par l’opération « Bunyan-un-Marsous » consistant en l’envoi de drones et de missiles qui, selon New Delhi, ont été neutralisés par la défense aérienne avancée. Celle-ci compte, notamment, des missiles moyenne portée Akash indiens, des missiles BrahMos russo-indiens et des systèmes anti-missiles sol-air S-400 russes de moyenne portée, dont trois sont opérationnels et deux autres seront livrés en 2026. Toutefois, le 8 mai, des drones indiens ont visé un site radar à proximité de Lahore. Le 9 mai, les chasseurs indiens ont procédé à des frappes contre quatre sites de défense aérienne. Une analyse de l’affrontement montre que la préservation physique des capteurs adverses, avant l’engagement aérien, semble s’inscrire dans le cadre d’une sous-estimation indienne des capacités du Pakistan à mener une guerre conventionnelle. S’y ajoute le manque d’anticipation, basé sur les expériences passées, des contre-attaques pakistanaises. En effet, en février 2019, l’Inde avait bombardé un camp d’entraînement terroriste dans la région de Balakot à la suite d’un attentat-suicide, perpétré par le Jaish-e-Mohammed contre des forces de sécurité indiennes et qui avait fait 44 victimes à Pulwama (Jammu-et-Cachemire). L’armée de l’Air pakistanaise avait alors procédé à des frappes limitées sur le Cachemire indien, déclenchant un affrontement aérien qui s’était soldé par la destruction d’un chasseur MiG-21 indien et la capture de son pilote, libéré deux jours plus tard en signe de désescalade. Pendant l’opération « Sindoor », le discours de New Delhi est passé de la légitimité de sa riposte aux attaques terroristes à la présentation des performances technologiques de ses moyens militaires engagés, notamment dans la défense aérienne. Le narratif du succès de « Sindoor » permet de valoriser les capacités de la production locale d’armement dans la cadre de l’initiative « Make in India », lancée en 2014 pour stimuler la production manufacturière nationale et attirer les investissements étrangers. Celle-ci vise aussi à réduire la dépendance extérieure dans le domaine de la défense, en favorisant la production locale d’équipements militaires et en encourageant les transferts de technologies et la montée en puissance de la base industrielle et technologique de défense. L’Inde souhaite en effet prendre place parmi les premiers producteurs et exportateurs d’armement dans le monde.

Le Pakistan. Dès le 9 mai, le Pakistan a annoncé la destruction de 5 avions de combat indiens, dont 3 Rafale, sur la base d’éléments matériels et techniques. Le 15 et le 28 mai, ce bilan passe à 6 avions, dont 4 Rafale. Or le 7 mai, la chaîne américaine CNN s’est fait confirmer la perte d’un seul Rafale par un représentant de l’avionneur français Dassault. Deux jours plus tard, le quotidien américain Washington Post cite plusieurs analystes qui ont identifié 1 Rafale et 1 Mirage 2000 parmi les débris. Le 31 mai à Singapour, en marge de la conférence internationale « Shangri-La Dialogue », le général Anil Chauhan, chef d’État-major des armées indiennes, a reconnu des pertes, sans les préciser, mais a réfuté les chiffres des autorités pakistanaises. En conséquence, il avait dû modifier la tactique pour assurer le succès des frappes ultérieures. Il a ajouté que 80 % de équipements militaires acquis par le Pakistan depuis quelques années proviennent de Chine, qui apporte aussi un soutien technique. Officiellement, celle-ci reste discrète sur les matériels utilisés, mais sa presse étatique souligne que le Pakistan a utilisé des chasseurs monomoteurs monoplaces J-10 chinois conter les Rafale indiens, alors qu’il possède aussi des F-16 américains. En outre, la Chine profite de l’occasion pour vanter les performances de ses équipements en situation de combat réel. Les médias chinois attribuent la « victoire pakistanaise » à l’interopérabilité entre le chasseur J-10, le missiles air-air longue portée (300 km) PL-15 et le systèmes sol-air HQ-9 (inspiré du S-300 russe), tous chinois. Le missile PL-15, qui équipe aussi l’avion de combat furtif J-20, intéresse particulièrement les autorités militaires américaines et taïwanaises. Toutefois, les performances des matériels chinois utilisés lors de l’affrontement indo-pakistanais restent difficiles à analyser en raison d’absence d’informations sur les conditions précises de l’engagement, la distance entre les aéronefs et l’altitude relative et l’usage du système de contremesures (détection et brouillage des menaces) Spectra du Rafale par les pilotes indiens. Le Pakistan importe de Chine des matériels pour ses forces armées terrestres, navales et aériennes. Il lui achète aussi des drones moyenne altitude longue endurance Wing Loong, CH-3 et CH-4. Son acquisition du J-10 semble répondre à celle du Rafale par l’Inde à la France. Enfin, l’affrontement de mai 2025 donne à la Chine l’opportunité de promouvoir ses matériels à l’export auprès des pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine. Déjà, elle a présenté le chasseur J-10 au salon international « Langkawi Air Show », tenu en Malaisie les 20-24 mai 2025, et au Salon international de l’aéronautique du Bourget les 16-22 juin.

Évolution du rapport de force. Ses victoires successives sur le Pakistan en 1948, 1965, 1971 et 1999 ont conforté l’Inde dans sa supériorité dans le domaine conventionnel. Le Pakistan, qui l’a prise en compte, a développé sa capacité nucléaire dès les années 1980 et renforcé ses moyens de guerre asymétrique. Il a cherché à accroître le coût d’une riposte conventionnelle pour l’Inde en s’appuyant sur le risque d’escalade nucléaire, tout en maintenant une pression constante sur la question du Cachemire en instrumentalisant la notion islamique de Djihad (guerre sainte). Dès sa création en tant que nation musulmane en 1947, le Pakistan a utilisé des groupes armés du Cachemire pour mener ses actions militaires, totalement ou en partie. L’utilisation avérée de matériels chinois dans l’affrontement indo-pakistanais de mai 2025 en fait de la Chine un acteur indirect. Cette dépendance accrue du Pakistan à l’égard de la Chine pourrait modifier l’équilibre stratégique avec l’Inde et la stabilité en Asie du Sud. En effet, le Pakistan envisage d’acheter à la Chine un avion d’alerte avancée KI-500, capable de détecter un chasseur à 470 km, et un système anti-missile balistique et antisatellite HQ-19, (portée 3.000 km). Selon des analystes indiens, la Chine peut transformer l’organisation et les capacités militaires du Pakistan et ainsi s’établir comme facteur d’équilibre face à l’inde.

Loïc Salmon

Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Chine : montée en puissance régionale et internationale

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial




DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

La Direction de la sécurité aéronautique d’État (DSAÉ) permet la réussite des opérations aériennes militaires et assure la sécurité des aéronefs civils et étatiques, face aux drones et jusqu’à la très haute altitude, nouvel espace de confrontation.

Son directeur, le général de division aérienne Cyrille Duvivier, en a présenté les missions à la presse, le 17 octobre 2025 à Paris. Ce service interministériel concerne les trois armées, la Direction générale de l’armement, la Gendarmerie nationale, la Direction générale des douanes et droits indirects, celle de la Sécurité civile et de la Gestion de crises et la Police nationale.

La sécurité aéronautique. Bien commun, l’espace aérien jusqu’à 20 km d’altitude est réglementé par le Code des transports (1924) et la Convention de Chicago (1944) à l’origine de l’Organisation internationale de l’aviation civile, qui en formule les règles. L’encombrement du ciel européen par des avions de plus en plus rapides a conduit à l’initiative « Ciel unique européen » (2004) et à la création de l’EASA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui élabore des règles de circulation pour les diverses Directions générales de l’aviation civile, qui les appliquent au niveau national sur les compagnies aériennes desservant l’Europe. Du fait de leur souveraineté, les États sont exonérés des règles commerciales ou civiles pour leur aéronefs militaires et étatiques, c’est-à-dire qu’ils les suivent mais n’y sont pas tenus lors de leurs missions opérationnelles. En France, la DSAÉ conseille, en matière de risques, les huit autorités d’emploi, citées plus haut, pour l’Aviation légère de l’armée de Terre, les aéronefs des Douanes et les chasseurs de la Marine nationale et de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elle élabore, avec elles, des règles spécifiques pour l’accomplissement des missions, les représente au sein de l’OTAN et de l’Union européenne et coordonne la surveillance de l’espace aérien. La Délégation générale pour l’armement apporte aux ministères des Armées, de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie l’expertise technique dans la conception ou l’usage d’un aéronef exploité par une autorité d’emploi, afin de garantir un cadre de sécurité maîtrisée.

Les principaux enjeux. En 1945, le général de Gaulle institue par décret le Commandement de la défense aérienne pour assurer la souveraineté du ciel français. Le Directoire de l’espace aérien met en œuvre l’accord cadre entre les ministères des Armées et des Transports pour élargir les zones d’entraînement des aéronefs des huit autorités d’emploi, notamment pour les distances de tirs de missiles Meteor (air-air longue portée). Une trentaine de plateformes aéronautiques assurent les contrôles aériens militaire et civil. La DSAÉ intervient dans le domaine de la navigabilité, à savoir l’ensemble des conditions techniques pour qu’un aéronef ne constitue pas un danger pour lui-même ou pour des tiers. En ce qui concerne l’exploitation des aéronefs civils et étatiques, elle aide les autorités d’emploi dans l’évolution des règles pour remplir de nouvelles missions ou celles de demain. La sécurité aéronautique se trouve souvent imbriquée avec la sûreté aéronautique, qui relève du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre). Par ailleurs, les flux aériens devraient doubler dans une dizaine d’années, réduisant d’autant l’espace de circulation disponible. A basse altitude l’accroissement du parc éolien constitue un triple risque pour l’État : pollution de la détection des radars, sûreté et sécurité aéronautiques. S’y ajoute l’émergence des services civils de drones nécessitant des espaces de vol. En outre, les armées devront pouvoir créer leurs propres services de drones. En haute altitude, la règlementation pourrait s’étendre à 50 km. Enfin, la préparation à un conflit de haute intensité implique une coordination interministérielle pour le contrôle de l’espace aérien civil au profit des aéronefs étatiques, pour garantir leur navigabilité et leur maintenance en temps de guerre.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones




Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle

Le Commissariat au numérique de défense (CND) rassemble les structures et compétences numériques du ministère des Armées depuis le 1er septembre 2025. Son supercalculateur classifié Asgard, dédié à l’intelligence artificielle et installé au Fort du Mont-Valérien (banlieue parisienne), sera opérationnel en novembre 2025.

Le Commissariat au numérique. Les conflits récents en Ukraine et au Moyen-Orient soulignent la nécessité d’innover dans le domaine du numérique sur le champ de bataille. Le CND concentre donc les ressources existantes pour remplir trois missions : apporter un appui numérique performant et résilient aux opérations ; faciliter la construction du futur système de combat autour du numérique et de la donnée ; apporter un appui numérique au fonctionnement du ministère. Il pilote les domaines répartis entre la Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la Défense et l’Agence du numérique de défense, dont il occupe les locaux. L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) l’intégrera en 2026. Le CND est dirigé par le général de corps d’armée Erwan Rolland (commissaire) et l’ingénieur général hors classe de l’armement Lionel Morin (commissaire adjoint). Doté d’un budget de 20 Mds€ par la loi de programmation militaire 2024-2030, le CND emploie 6.745 personnes (55 % de militaires et 45 % de civils), effectif qui augmentera de 5, 8 % d’ici à 2030. Il dispose de plus de 2.000 systèmes d’information et de communication et d’une enveloppe annuelle de 1,3 Md€ pour des acquisitions numériques. Il développe 220 projets numériques complexes, organiques et non organiques, sur 600 marchés actifs et procède à 530.000 interventions par an pour installer, assister et dépanner 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ses ressources humaines, métiers et compétences s’exercent dans cinq fonctions transverses. La gouvernance et la stratégie définissent la politique numérique du ministère des Armées, notamment en termes de souveraineté numérique. Le commandement numérique interarmées met en œuvre les systèmes numériques et de communication nécessaires au fonctionnement courant et à la conduite des opérations dans toutes les fonctions stratégiques, dont la dissuasion nucléaire. La fabrique numérique porte sur la fabrique des systèmes d’information et leur soutien. Les données et l’intelligences artificielle (IA) sont traitées par l’AMIAD. Les achats, la logistique et la distribution des ressources numériques sont assurés en cohérence avec les besoins opérationnels. Un secrétariat commun du « numérique de système de défense », qui réunit le CND, l’État-major des armées et la Direction générale de l’armement, intervient dans les programmes d’armement.

Le supercalculateur Asgard. Capable de traiter les données classifiées et celles non protégées, Asgard couvre l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées, directions et services. Il permet notamment d’entraîner des modèles d’IA générique adaptables à un large éventail de tâches nécessitant de grandes quantités de données et d’importantes capacités de calcul. Ses GPU (unités de traitement graphiques), optimisées pour les opérations matricielles et les algorithmes d’apprentissage profond, pourront traiter d’énormes quantités de données de manière collective. Mis en œuvre par l’AMIAD, Asgard est exclusivement opéré et maintenu en condition opérationnelle par des citoyens français habilités au secret de la Défense nationale. N’étant pas connecté à internet, il permet à la France de conserver sa souveraineté dans le traitement des données confidentielles pour les besoins de ses armées. Enfin, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 10 Mds€ pour l’innovation, dont notamment le développement de l’IA.

Loïc Salmon

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future




Extrême-Orient : l’axe stratégique Russie-Corée du Nord

L’accord de partenariat stratégique signé en juin 2024 entre Moscou et Pyongyang officialise l’envoi effectif de troupes nord-coréennes en Russie en échange d’une coopération technologique et économique.

Valérie Niquet, maître de recherche, l’explique dans une note publiée, le 7 janvier 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne), par la Fondation pour la recherche stratégique.

Coopération militaire. Pour la Corée du Nord, l’expérience de la guerre remonte à celle de Corée, commencée en 1950 et suspendue par l’armistice de 1953. La participation de soldats et d’officiers aux combats en Ukraine aux côtés des troupes russes lui donne l’opportunité d’évaluer leurs compétences opérationnelles. Les services de renseignement de la Corée du Sud estiment que les effectifs nord-coréens présents dans la région de Koursk en Russie seraient passés de 3.000 hommes à 10.000 au cours de l’année 2024. En septembre 2025, ils évaluent leurs pertes à 2.000 tués sur le front ukrainien. Selon Valérie Niquet, les informations divergent sur le degré d’intégration des troupes et officiers nord-coréens et sur leur niveau d’autonomie opérationnelle. Certaines sources nord-coréennes ont reconnu que six officiers auraient été tués dans une zone sous contrôle russe à l’Est de l’Ukraine. Le partenariat stratégique entre la Russie et la Corée du Nord inclut une clause d’assistance mutuelle. En cas de guerre résultant d’une invasion armée, les deux parties se garantissent une aide militaire, justifiant l’envoi de forces nord-coréennes d’appoint dans la région de Koursk ou dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie. Depuis 2022, début de la guerre en Ukraine, et jusqu’à la fin 2024, la Corée du Nord aurait fourni environ trois millions d’obus et plusieurs dizaines de missiles balistiques à la Russie, de quoi combler les manques de son industrie de défense. L’envoi de troupes nord-coréennes pourrait révéler leurs faiblesses dans leur préparation au combat. En outre, il permet, aux services de renseignement militaires sud-coréens, d’analyser et de mieux comprendre leurs modes opératoires, notamment le rôle des commissaires politiques et des officiers, surtout si ces troupes bénéficient d’une éventuelle autonomie opérationnelle. Il leur serait aussi possible de mener des opérations de guerre psychologique envers des soldats nord-coréens, inexpérimentés et peu motivés, pour les inciter à déserter. La coopération militaire avec la Russie permettrait à la Corée du Nord de tester, en temps de guerre, les performances de ses missiles dont la précision reste encore limitée. Le 30 octobre 2024, la Corée du Nord a tiré un missile intercontinental qui a parcouru 7.000 km, distance supérieure aux tirs précédents et indiquant des progrès dans la motorisation, consécutifs à la coopération avec la Russie. Cette coopération militaire pourrait s’étendre au développement d’un système nord-coréen de surveillance spatiale sous l’égide de la Russie. De son côté, celle-ci, en apportant un soutien militaire renforce la capacité de la Corée du Nord à mener un conflit contre la Corée du Sud. L’ampleur et la nature de cette aide pourraient accélérer le développement du programme balistique et nucléaire de la Corée du Nord et renforcer sa crédibilité. En effet, la Russie, qui a effectué des essais nucléaires dans l’atmosphère, pourrait fournir des informations importantes dans ce domaine à la Corée du Nord, qui n’a procédé qu’à des tirs souterrains. Enfin, l’assistance militaire russe pourrait inclure les capacités de ciblage des missiles et la production d’armes nucléaires tactiques et de torpilles avec une charge nucléaire.

Conséquences diplomatiques. Le partenariat stratégique porte aussi sur les approvisionnements de la Corée du Nord en denrées alimentaires, qui manquent, en charbon, pour le chauffage en hiver, et en pétrole, indispensable au fonctionnement des forces armées. En outre, la Russie aurait accepté de transférer 9 M$ en devises sur un total de 30 M$ gelés dans les banques russes. En effet, depuis 2006, la Corée du Nord reste soumise aux sanctions économiques internationales décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU à la suite du premier essai de son programme nucléaire militaire. Or la survie du régime nord-coréen, devenu héréditaire depuis 1945, dépend en effet des fournitures en nourriture, énergie et devises étrangères. Membre du conseil permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie, qui avaient soutenu ces sanctions, a opposé son veto, en mars 2024, au renouvellement du mandat du groupe d’experts chargés d’en surveiller l’application. Lors de sa visite à Pyongyang en juin 2024 pour la signature du partenariat stratégique, le président russe Vladimir Poutine s’est prononcé en faveur d’une révision du régime de sanctions imposées par le Conseil de sécurité, y compris celles contre la Corée du Nord. Par ailleurs, l’entrée des troupes nord-coréennes sur le théâtre ukrainien peut avoir des conséquences sur la stabilité en Asie. En effet, grâce à son expérience du combat, la Corée du Nord pourrait multiplier les provocations contre la Corée du Sud au risque d’un dérapage. La France, qui renforce ses partenariats dans la zone Indopacifique, a condamné cette participation nord-coréenne. Le 2 mai 2025, le site France Diplomatie du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères précise : « Il s’agit d’une escalade dans le soutien militaire massif de la Corée du Nord à la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. Cet acte hostile a des conséquences directes sur la sécurité des Européens et plus généralement sur la sécurité internationale ». Selon Valérie Niquet, l’implication de la Corée du Nord dans ce conflit consolide sa position diplomatique sur la scène internationale et accroît sa marge de manœuvre vis-à-vis de la Russie, du Japon et de la Chine. Pyongyang tente ainsi de retrouver sa position stratégique d’avant la chute de l’URSS (1991), quand la rivalité sino-soviétique permettait un jeu triangulaire plus favorable à ses intérêts. De son côté, la Chine, qui a signé un traité d’assistance mutuelle avec la Corée du Nord en 1961, entretient aujourd’hui un « partenariat sans limites » avec la Russie. Mais les intérêts de ces trois pays divergent en ce qui concerne la péninsule coréenne. La Chine considère la Corée du Nord comme un État tampon face à la Corée du Sud et à la présence américaine. Compte tenu de ses difficultés économiques croissantes et pour maintenir l’absence de tensions non maîtrisées dans on voisinage immédiat, elle s’oppose à tout ce qui pourrait encourager la Corée du Nord à l’escalade dans la péninsule. En revanche, la situation se présente différemment en Ukraine. Une participation accrue des forces nord-coréennes pourrait favoriser un prolongement de la guerre, accentuant la pression sur l’Europe et contribuant à diviser les Alliés, surtout avec le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis (janvier 2025). Une prolongation de la guerre pourrait également détourner l’attention des pays européens sur le maintien de la stabilité dans le détroit de Taïwan. De son côté, le Japon insiste régulièrement sur l’existence d’un lien direct entre la guerre en Ukraine et le risque d’un conflit en Asie, en raison de la coopération renforcée de la Corée du Nord avec la Russie. Outre une confrontation dans la péninsule coréenne, il redoute l’ouverture d’un autre front dans le détroit de Taïwan auquel son alliance avec les États-Unis devrait faire face. Il compte donc renforcer ses capacités militaires, notamment par l’acquisition de moyens de frappe à longue portée, censées avoir un effet dissuasif. Lors du sommet de l’APEC (coopération économique dans l’Asie-Pacifique) en novembre 2024, le Japon, les États-Unis et la Corée du Sud ont réaffirmé l’importance de leur coopération trilatérale dans la durée et rappelé que l’envoi de troupes nord-coréennes en Russie lie la sécurité de l’Europe à celle de l’Asie. Un accord sur l’Ukraine rendrait la Russie moins dépendante de la Chine et permettrait une relation moins tendue avec le Japon, qui revendique les îles Kouriles occupées par la Russie depuis 1945 (carte).

Loïc Salmon

Indopacifique : engagement accru de la Russie

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est

Missile : l’ICBM Hwasongpho-18 (HS-18) de la Corée du Nord




Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones

Le maintien de la souveraineté sur l’espace aérien national exige une vigilance accrue, une capacité constante d’anticipation et une grande réactivité aux menaces.

Le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), en a présenté le fonctionnement à la presse le 2 octobre 2025 à Paris.

Posture de sûreté aérienne. La défense aérienne de la France mobilise 450 aviateurs 24 heures sur 24, 365 jours par an. Elle s’appuie sur du renseignement en amont obtenu par un maillage de 70 radars répartis sur le territoire national et connectés aux centres de détection et de contrôle. S’y ajoutent les renseignements provenant de la Direction générale de l’aviation civile, de la Direction générale de douanes et droits indirects et de la Direction générale de la sécurité intérieure, afin d’évaluer la situation par rapport à un aéronef particulier. En cas de comportement anormal, 4 plots de chasseurs et 3 plots d’hélicoptères, en alerte permanente, peuvent intervenir en quelques minutes. Des avions ravitailleurs peuvent être déployés pour soutenir les chasseurs dans la durée et des avions E-3F AWACS (systèmes aéroportés de détection et de commandement aéroporté) permettent d’allonger la surveillance radar. Tout est coordonné à la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, centre du CDAOA connecté aux radars de l’OTAN pour anticiper et orienter les actions. En temps de paix, celles-ci peuvent débuter en vol avec la poursuite de l’aéronef pour le contraindre à se poser, afin que le pilote soit appréhendé par la Gendarmerie. Le dispositif inclut la participation des radars des bâtiments de la Marine nationale et la défense sol-air de l’armée de Terre. Des protocoles d’accord bilatéraux avec les pays voisins de la France permettent d’échanger des données et d’engager des poursuites au-delà des frontières. La chaîne d’engagement permanente relève de la Haute autorité de défense aérienne et du Premier ministre. Lors d’événements majeurs comme le Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, un « dispositif particulier de sûreté aérienne » est mis en place avec des zones de vol réglementées et d’interdiction temporaires.

Lutte anti-drones. Plusieurs milliers de drones, enregistrés dans des banques de données et mis en œuvre par des opérateurs privés ou étatiques (SNCF, pompiers, Douanes et prisons), survolent la France dans des couloirs spécifiques. La posture de sûreté aérienne s’applique aux drones selon le triptyque détection, classification et intervention, mais avec des particularités. Rarement métallique, un drone évolue souvent à basse altitude, de jour comme de nuit et souvent en milieu urbain. La détection associe radars, goniométrie, acoustique et caméras. Signalements électroniques et systèmes d’intelligence artificielle détectent les comportements erratiques. La classification « ami » ou « ennemi » permet de lever un doute. En cas d’engagement, les drones seront neutralisés par des moyens moins coûteux que les missiles. Cela va du brouillage, du sol ou d’un hélicoptère, à la capture électronique de la télécommande du drone, pour le renvoyer à son point de départ et appréhender le pilote, ou à la destruction par de l’artillerie ou un fusil de chasse. La Marine et les armées de Terre et de l’Air et de l’Espace développent leurs propres systèmes de protection et s’entraînent à la lutte anti-drones. Pendant les Jeux Olympiques, environ 400 drones contrevenants n’ont pas respecté la réglementation, entraînant brouillages, saisies et interpellations des télépilotes. L’arme à énergie dirigée (laser), capable de griller les composants électroniques d’un drone en quelques secondes, a été mise en œuvre. Ensuite, le CDAOA a monté l’exercice interarmées et interministériel XLAD (17-28 mars 2025) avec la société civile en mobilisant 230 participants et selon 40 scénarios de menaces multiples.

Loïc Salmon

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