Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Pour soutenir la France libre, des Français et des étrangers ont créé environ 500 comités dans une cinquantaine de pays pour fournir des fonds, des volontaires et de la propagande écrite et audiovisuelle.

L’École libre des hautes études, fondée en 1942, emploie, grâce à la fondation philanthropique américaine Rockefeller, des professeurs français et belges qui n’ont pas trouvé de postes dans les universités américaines. Son modèle d’enseignement sous forme de séminaires, recherche organisée par instituts, dialogues et recoupements disciplinaires inspire en partie l’École pratique des hautes études, fondée en 1947 et spécifique en sciences sociales. A Hollywood, la compagnie cinématographique Warner s’engage contre le gouvernement de Vichy. Son film « Casablanca », qui remporte deux Oscars et des recettes confortables, est tourné en quelques mois en 1942, et projeté en novembre, peu après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord. Acteur déjà connu, Jean Gabin, émigré aux États-Unis en1941, s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) à New York en avril 1943, mais le cabinet du général de Gaulle à Londres lui demande de rester aux États-Unis jusqu’à la fin du tournage du film « L’imposteur » à la gloire des FFL. Les comités de soutien les plus nombreux se créent en Amérique latine, où la guerre révivifie l’influence de la Révolution de 1789, des philosophes des Lumières et des écrivains français. En Afrique, la vie des comités de soutien se mêle aux initiatives militaires vis-à-vis de l’Empire colonial français. Indépendante, l’Égypte se trouve pourtant sous le contrôle militaire britannique en raison du canal de Suez. La propagande profite de la présence française, multiforme et ancienne, grâce à la compagnie concessionnaire du canal, à l’Institut d’archéologie et aux enseignants à l’Université du Caire. En Afrique de l’Est britannique, les comités servent de couverture à la préparation d’une opération éventuelle à Madagascar. Sur la côte Ouest, ils accueillent les FFL en transit et assurent renseignement et propagande vers l’Afrique occidentale française. En Asie, après les victoires japonaises au début de 1942, la propagande politique et culturelle vers l’Indochine s’exerce de New Delhi. En 1943, les comités de soutien aux FFL obtiennent cinq délégués à l’Assemblée consultative provisoire, inaugurant l’entrée au Parlement des Français de l’étranger, nouveauté entérinée au Sénat après la guerre. Parmi les « exilés combattants » figurent Jean El Mouhoub Amrouche (écrivain), Jacques Baïf (officier de marine marchande, écrivain), Paul Bénichou (écrivain), André Breton (poète, écrivain), Roger Caillois (écrivain), Natacha Carlu (artiste peintre), Aimé Césaire (écrivain), Marc Chagall (artiste peintre), Edmond Charlot (éditeur), Paul Claudel (diplomate, dramaturge), Marie-Alain Couturier (prêtre), Ève Curie (journaliste), Pierre Dac (humoriste, chansonnier), Marcel Duchamp (artiste), Roger Erell (architecte), Max-Pol Fouchet (homme de médias), Varian Fry (journaliste), Romain Gary (écrivain), Jean Gaulmier (inspecteur de l’Instruction publique), Albert Guérin (industriel), Henri Hoppenot (diplomate), Eugène Jolas (écrivain), Marie Jolas (directrice de publication), Joseph Kessel (journaliste, romancier), Wifredo Lam (artiste peintre), Pierre Lazareff (journaliste), Albert Ledoux (diplomate), Anna Marly (chanteuse), Elisabeth de Miribel (diplomate, femme de lettres), Théodore Monod (naturaliste), Paul Nelson (architecte), Jean Oberlé (journaliste), Jean Perrin (physicien, chimiste), Lily Pons(cantatrice, actrice), Louis Rapkine (biochimiste), Jules Romains (écrivain), Germaine Sablon (actrice, chanteuse), Antoine de Saint-Exupéry (écrivain, aviateur), Henri Seyrig (archéologue) et Jean Starcky (prêtre).

Loïc Salmon

« Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 », ouvrage collectif sous la direction de Vincent Giraudier et Sylvie Le Ray-Burimi. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 320 pages, 380 illustrations. 39 €

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




États-Unis : le combat aéroterrestre du futur

Plateformes habitées, drones, nouveaux armements et architecture modulaire constituent la vision américaine du combat aéroterrestre futur pour contribuer aux opérations multi-milieux, face aux dispositifs russes et chinois de déni d’accès et d’interdiction de zone.

Philippe Gros, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans la publication Défense & Industries de décembre 2024.

Modernisation et réorganisation. Les opérations multi-milieux reposent sur la synergie des systèmes d’armes des composantes terre, air, mer, cyber et espace pour obtenir la supériorité opérationnelle par la convergence des effets dans un ou plusieurs milieux, afin de disloquer le dispositif adverse. Il implique, pour l’aviation de l’armée de Terre, de moderniser, d’ici à 2028, ses flottes d’aéronefs en service par acquisition d’appareils neufs ou par « retrofit » (améliorations internes) d’anciens. Voici leur composition : 278 avions de renseignement ou de soutien ; 791 hélicoptères d’attaque Apache AH-64E utilisés avec les drones pour la reconnaissance ; 2.135 hélicoptères de manœuvre UH/HH-60 Blackhawk, appareil qui doit rester en service jusqu’en 2044 ; 538 hélicoptères lourds Chinook, dont 465 CH-47F et les 73 MH-47G des forces spéciales ; 280 hélicoptères légers ; 477 hélicoptères utilitaires. L’effectif de l’aviation de l’armée de Terre compte : 11 brigades, chacune disposant de 2.800 personnels, 48 Apache, 53 Blackhawk, 12 Chinook et 30 drones MQ-1 et RQ-7 Predator ; 1 demi-brigade de 40 Apache et Blackhawk qui sera renforcée pour constituer une brigade entière. Parmi elles et à l’horizon 2030, huit brigades verront leur effectif diminuer d’environ 500 personnels, 22 hélicoptères de tous types et 8 drones. Trois brigades d’aviation de combat, dont celle incluse dans la célèbre 82ème Division aéroportée, seront renforcées par 10 Blackhawk et 4 Chinook. Celle de la 101ème Division aéroportée perdra 4 Apache,4 drones MQ-1 et 4 drones RQ-7 mais sera renforcée de 500 personnels pour armer 10 Blackhawk et 24 Chinook supplémentaires pour totaliser 165 hélicoptères et 16 drones.

« Future Vertical Lift ». Le projet « Future Vertical Lift (FVL), élaboré en 2008 puis réévalué en fonction des conflits ultérieurs, vise à développer une famille d’aéronefs et de drones plus performants, faciles à entretenir et à empreinte au sol réduite. Le FVL doit remplacer partiellement les flottes actuelles de drones et d’hélicoptères conçus pendant la guerre froide, terminée en 1991, à savoir les hélicoptères de manœuvre H-60 Blackhawk, de reconnaissance et d’attaque AH-64E Apache et de transport lourd CH-47 Chinook. Dans le cadre du programme du futur aéronef d’assaut dans la profondeur, l’hélicoptère-avion à rotors basculants V-280 Valor (photo) a été retenu en décembre 2022 pour répondre aux besoins de l’armée de Terre, du Commandement des opérations spéciales et du Corps des Marines (USSMC). Sa vitesse de 518 km/h permet une évacuation sanitaire « zéro risque » en une heure en tout point de la zone d’opération de 300 km2 d’une brigade de combat. Ce point se trouve entre 150 km et 212 km du centre de la zone, où est situé l’hôpital de campagne. Ravitaillable en vol, le Valor embarque 4 membres d’équipage et 14 combattants et peut emporter une charge de 5,4 t. Pour l’armée de Terre, les rotations d’une flotte de Valor permettraient d’envisager la projection d’une brigade entière à plus de 800 km (3 km en 2024) en une nuit avec un dispositif de points de ravitaillement avancé, plus dispersé et allégé. Pour l’USMC, des Valor dotés d’un armement conviendraient aussi à l’appui aérien rapproché ou à l’escorte de ses hélicoptères-avions de transport V-22 Osprey. L’architecture ouverte modulaire du FLV doit rendre interopérables les armements, les capteurs, l’avionique (ensemble des appareils électroniques embarqués) et tous les autres équipements de mission puis les faire évoluer rapidement et de façon uniforme. Le FLV prévoit plusieurs types de plateformes, notamment : un hélicoptère léger de reconnaissance, d’attaque et d’action des forces spéciales ; un hélicoptère d’attaque de taille moyenne, utilisable aussi pour l’évacuation de ressortissants, la recherche et le sauvetage au combat ainsi que la lutte anti-sous-marine ; un hélicoptère plus grand pour l’assaut aéromobile et amphibie, l’évacuation de ressortissants et le soutien logistique. En temps normal, le FVL contribue à dissuader l’adversaire d’attaquer. En cas de conflit, hélicoptères, drones et munitions maraudeuses combinent leurs capacités avec les feux dans la grande profondeur pour lancer, depuis plusieurs centaines de kilomètres, des assauts contre la défense anti-aérienne de l’ennemi et son propre système de feux dans la grande profondeur. Une fois le dispositif de déni d’accès ou d’interdiction de zone disloqué, les moyens du FVL participent à des opérations aéroterrestres de plus grande ampleur et évaluent les dommages causés par les frappes.

« Dronisation » accrue. Les conflits du Haut-Karabagh (2020) et en Ukraine (depuis 2022) ont souligné l’emploi en masse des drones sur un « littoral sol-air » s’étendant du sol à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Ce littoral se caractérise par ses propres dynamiques de gestion de l’espace, de contrôle et d’interdiction de milieu, d’attrition, de soutenabilité et de logistique des moyens déployés. En conséquence, l’armée de Terre américaine s’est fixé six impératifs pour 2030 : délecter plus loin et de manière plus persistante ; concentrer des forces très létales et à faible signature ; se protéger contre les attaques aériennes, les missiles et les drones ; soutenir le combat sur un terrain contesté ; procéder à des tirs précis et à plus longue portée ; communiquer et partager des données au sein de l’armée de Terre, avec ses partenaires interarmées et en coalition. En 2024, l’armée de Terre ne disposait que de 10.000 drones. Toutefois, elle avait atteint la pleine capacité opérationnelle du système de drones de théâtre MQ-1C Gray Eagle (variante améliorée du Predator) en dotation dans 15 compagnies totalisant 204 dromes acquis, dont 11 pour l’entraînement et 13 pour la réserve d’attrition. Les deux tiers de ces drones ont été portés au standard longue distance avec une autonomie de 40 heures et un emport de charge utile plus importante et diversifiée. En outre, l’armée de Terre compte renforcer sa flotte de mini-drones d’ici à 2030. Au niveau compagnie, le RQ-11 Raven sera remplacé par un système d’une autonomie de 8 heures. Le système de reconnaissance à moyenne distance sera remplacé par un autre capable de voler 2 heures jusqu’à 20 km. Chaque compagnie disposera d’un essaim de 10 quadricoptères pour l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et la frappe. Au niveau de la section, chaque unité met en œuvre 6 systèmes de reconnaissance RQ-28 Skydio volant 30 minutes jusqu’à environ 10 km et dont 1.000 exemplaires sont en cours de livraison depuis 2022. Le Skydio sera remplacé par une version polyvalente capable d’emporter une charge létale. En outre, chaque section sera dotée de drones filaires Te-UAS utilisés pour l’ISR et comme relais de communication. Au niveau groupe de combat, le micro-drone Black Hornet sera modernisé et le micro-drone FPV à capacité ISR sera pris en dotation.

Nouveaux missiles. Hélicoptères-avions, hélicoptères et drones vont embarquer de nouveaux missiles. Pour la courte portée (5-7 km), la roquette guidée de précision APKWS est en cours de modernisation. Pour la moyenne portée (16 km), le missile JAGM remplace progressivement le Hellfire depuis 2020. Le futur missile LRPM permettra aux plateformes de tirer à distance de sécurité sur des cibles stationnaires ou mobiles, par tous les temps et en l’absence de GPS. Il atteindra la vitesse de 1.000 km/h et aura une portée de 30 km et une liaison de données. Déjà, le missile Spike-NLOS, aux capacités inférieures à celles du LRPM, a été testé avec succès sur un hélicoptère Apache.

Loïc Salmon

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

04ème Brigade d’aérocombat

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité




Union européenne : Livre blanc de la Défense à l’horizon 2030

Dans un Livre Blanc accompagné d’un train de mesures sur quatre ans, la Commission européenne a présenté ses objectifs et ses moyens pour combler le sous-investissement chronique de l’Union européenne en matière de Défense.

Ces documents, publiés le 19 mars 2025 à Bruxelles, ont fait l’objet d’une note de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale française le 20 mars. Ils visent à accélérer la transformation de la défense, renforcer la frontière terrestre avec la Russie et la Biélorussie et développer les partenariats avec d’autres pays partageant les mêmes valeurs.

Contexte stratégique. Le voisinage direct de l’Union européenne (UE) se trouve déstabilisé par les tensions croissantes dans les Balkans occidentaux, l’influence de la Russie en Géorgie, Moldavie et Arménie, et l’incertitude permanente en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, affectés par les guerres, le terrorisme, les migrations et les effets du changement climatique. S’y ajoutent les menaces hybrides, à savoir les cyberattaques massives, la désinformation à grande échelle, l’espionnage industriel et l’instrumentalisation des migrations. Quoique alliés de l’UE, les États-Unis réorientent leur attention stratégique vers l’Asie. La Chine poursuit une montée en puissance militaire, rapide et opaque, avec des visées hégémoniques en Indopacifique menaçant le détroit de Taïwan. La Russie consacre 40 % de son budget à ses forces armées avec une posture nucléaire agressive, notamment par le déploiement d’armes nucléaires en Biélorussie. L’UE prévoit d’augmenter son soutien militaire à l’Ukraine, même dans l’hypothèse d’une cessation des combats, par un approvisionnement annuel d’au moins deux millions d’obus, la fourniture de drones et de systèmes de défense aérienne avec un soutien au renforcement de ses capacités. Le Livre blanc prévoit des corridors de transport rapide d’équipements vers Ukraine et l’intégration de son retour d’expérience de la guerre de haute intensité dans les programmes européens de recherche et développement.

Montée en puissance. Le Livre blanc spécifie les déficiences à traiter en priorité pour restaurer une crédibilité militaire : défense aérienne et antimissile intégrée contre les missiles balistiques, systèmes hypersoniques et drones ; artillerie et systèmes de frappe longue portée en assurant un approvisionnement suffisant en munitions et missiles ; drones et systèmes anti-drones pour développer une capacité autonome de surveillance et de riposte. La mobilité militaire sera renfoncée par une circulation rapide et efficace de troupes et de matériels à travers l’UE par des investissements urgents dans les infrastructures critiques (ponts, tunnels, terminaux portuaires et aéroportuaires), la suppression des obstacles administratifs (harmonisation des règles douanières, logistiques et de circulation transfrontalière) et l’accès prioritaire des forces armées aux réseaux de transport. Les capacités avancées seront développées, notamment en intelligence artificielle, technologies quantiques, guerre électronique et cybersécurité. Les infrastructures stratégiques seront protégées par la sécurisation des réseaux logistiques, des systèmes de communication et des capacités spatiales. Les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques et composants essentiels seront sécurisées par leur production ou leur acquisition au sein de l’UE ou via des mécanismes d’achat commun. En outre, il s’agit de garantir visibilité et prévisibilité aux industriels par des commandes publiques pluriannuelles, structurées autour de la commande groupée entre États membres. Un mécanisme de ventes européennes vise à réduire les délais de livraison. L’instrument financier SAFE, qui exclut implicitement la Grande-Bretagne, sera doté de 150 Mds€ de prêts pour soutenir les investissements militaires conjoints, réaliser des économies d’échelle importantes et renforcer l’interopérabilité des systèmes militaires.

Loïc Salmon

Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Livre « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » sous la direction de Michel Merkel

Bon de commande

Pour commander le livre, merci de bien vouloir remplir ce bulletin et joindre votre règlement par chèque à l’ordre de : « ANCGVM » , à  Hôtel des Invalides – 129 rue de Grenelle 75007 PARIS

(Une commande par téléphone ainsi qu’un virement bancaire est bien sûr possible, nous contacter par mail à : ancgvm@sfr.fr.) 

Nom : __________________________________________________

Prénom : ________________________

Adresse : ___________________________________________________________________________________

Code postal :   _________________

Ville : _____________________________________________________

Adresse courriel :   _________________________________________ @ __________________

Téléphone :               _______________________________________

 Je souhaite commander :  ………. exemplaire (s) du livre :

 

« Les champions sportifs décorés de la croix de guerre »

Sous la direction de Michel Merckel

au prix de 15 euros par exemplaire (s)

 (Frais de port : rajouter 2 € pour un exemplaire ou 16% au prix de tous les exemplaires commandés)  

Total livres :                   ……… €              

 Port :                              ………

 Total TTC :                     ………

 

 

 

 

4




Histoire du drapeau de France et d’ailleurs

Emblèmes les plus importants d’une nation, les drapeaux sont disposés par ordre alphabétique dans la langue du pays d’accueil ou en anglais au siège des organisations et des conférences internationales ou d’événements sportifs.

Dans l’Antiquité, Gaulois et Germains se regroupent autour ou derrière d’une hampe surmontée d’un sanglier ou d’un taureau. Les Romains choisissent l’aigle jusqu’en 312, date de la conversion de l’empereur Constantin au christianisme. Pendant six siècles sur les champs de bataille, les rois de France adoptent comme emblème la chape rouge de Saint-Martin, devenue « oriflamme » de l’abbaye de Saint-Denis en 1124 jusqu’à la défaite d’Azincourt en 1415 face à l’Angleterre. Pendant les croisades des XIème et XIIème siècles, l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers arbore une oriflamme rouge à croix blanche sur terre et sur mer, constituant ainsi le premier des pavillons nationaux. Les cercueils des membres de l’ordre sont recouverts d’un drap rouge à croix blanche. L’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, devenu par la suite Ordre de Malte, adopte le même emblème mais avec une croix à huit pointes. Celui des Chevaliers Teutoniques porte la croix latine noire sur fond banc. Pendant la féodalité, l’héraldique différencie les figures peintes sur le bouclier, emblème individuel ou familial, de celles figurant sur la « bannière », signe de ralliement collectif appartenant non pas au seigneur qui en fait usage mais au territoire qu’il possède. La bannière, ancêtre du drapeau, est le signe de ralliement du « ban », ensemble des vassaux convoqués par leur suzerain pour la guerre. Celle du roi, suzerain de tous les suzerains du même pays, prend alors une importance considérable. A l’époque, la distinction est bien perçue entre la bannière du roi et l’oriflamme de Saint-Denis, qui conservait sa valeur sacrée. Les croisades ont provoqué la réunion de la totalité de l’islam sous l’emblème du croissant en opposition à la croix. Il ne sera repris que plus tardivement par les royaumes et empires musulmans et figure aujourd’hui sur les drapeaux de nombreuses nations musulmanes. Pour leur bannière, les rois d’Angleterre choisissent les léopards d’or sur fond rouge et ceux de France les fleurs de lys sur fond bleu, qui devient blanc sous Charles VII après 1422. La victoire de ce dernier à Castillon en 1453, grâce à l’artillerie, met fin à la guerre de Cent Ans. Les « bans » ont été remplacés dès 1445 par une armée royale permanente et soldée. Les bannières disparaissent alors au profit de l’unique « étendard » du roi (dénommé aussi « cornette » et en usage jusqu’en 1789), indiquant sa présence à la guerre. L’appellation d’étendard perdure dans les régiments de cavalerie, d’artillerie et du train. Le terme de « drapeau », dérivé de l’italien « drapello » (bannière) rapporté des guerres d’Italie (1494-1559), apparaît dans une ordonnance royale de 1684 pour désigner les emblèmes de l’infanterie. Dans son œuvre « Mes Rêveries » (1757), le maréchal Maurice de Saxe, artisan de la victoire de Fontenoy sur l’Angleterre en 1745, s’inspire de l’antique aigle romaine : « Les soldats (…) doivent se faire une religion de ne jamais abandonner leur drapeau ; il doit leur être sacré (…) et l’on ne saurait trop y attacher de cérémonies pour le rendre respectable et précieux ». La prise d’un drapeau à l’ennemi lui enlève un de ses moyens de communication sur le champ de bataille et affirme la victoire. En 1794, la Convention décrète que le pavillon des navires de guerre sera formé des trois couleurs nationales bleu, blanc et rouge, disposées verticalement. L’armée l’adopte pour ses drapeaux avec des dispositions en damier, rosace ou losange jusqu’en 1812. Il devient emblème national en 1880. Le drapeau britannique regroupe les croix rouges sur fond blanc de Saint George (Angleterre) et de Saint Patrick (Irlande du Nord) sur fond bleu (couleur de l’Écosse).

Loïc Salmon

« Histoire du drapeau de France et d’ailleurs » Bertrand Galimard Flavigny. Éditions Perrin, 294 pages 23 €.

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

L‘ordre de Saint-Michel

Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides




Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais

A la suite de l’accord du 26 novembre 2024 entre Israël et le Liban, la Task Force (TF) franco-américaine Cèdre est chargée de contrôler la cessation des hostilités sur le terrain avec l’appui de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Le général de brigade Guillaume Ponchin, représentant de la France au sein de la TF Cèdre, l’a présentée à la presse le 27 février 2025 à Paris.

La TF Cèdre. L’article 12 de l’accord stipule notamment que seules les forces militaires et de sécurité libanaises peuvent être déployées dans le sud du Liban après le retrait de Tsahal (forces armées israéliennes). La TF Cèdre doit poursuivre la « déconfliction », à savoir une procédure de sécurité militaire spécifique visant à prévenir les attaques et les meurtres par erreur de soldats appartenant à la même partie ou à une partie alliée à un conflit armé. La TF Cèdre doit aussi appuyer la montée en puissances des forces armées libanaises (FAL) et démanteler des infrastructures et des équipements militaires non étatiques. Son action se traduit par un dialogue quotidien entre les FAL et Tsahal. Entre le 17 janvier et le 17 février 2025, Tsahal s’est  retiré de la partie occidentale de la zone Sud du fleuve Litani, sauf de cinq polygones estimés stratégiques (voir carte). Ensuite, les FAL ont enlevé, classé et détruit les armes et autres équipements militaires découverts sur le terrain. Leur implantation sur la zone évacuée prend du temps en raison des difficultés d’accès dues aux destructions survenues et au danger représenté par les mines, engins explosifs improvisés, obus non explosés et pièges. Le 18 février et après dépollution du terrain, les FAL ont pris position dans la plus grande partie de la zone évacuée par Tsahal pour permettre à la population de revenir et pour renforcer la crédibilité de l’action du nouveau gouvernement libanais en matière de sécurité. Du 27 novembre 2024 au 17 février 2025, la TF Cèdre a réalisé plus de 1.200 actions de médiations ou de déconfliction, menées jour et nuit. Les FAL ont procédé à plus de 170 actions de désarmement d’installations militaires illégales et à plus de 250 destructions. En coordination avec la Finul, la TF Cèdre poursuit ses missions pour permettre le retour de la pleine souveraineté de l’État libanais dans ses composantes régaliennes sur l’ensemble de son territoire.

La Finul. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban a été établie en mars 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du Sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Le mandat de la mission a été ajusté deux fois en raison de l’incursion de Tsahal en 1982 et de son retrait en 2000. Après la crise de juillet-août 2006, le Conseil a décidé que la Finul devra, en sus de l’exécution de son mandat d’origine, contrôler la cessation des hostilités, accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud et fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. En décembre 2024, les effectifs de la Finul se montent à 9.730 militaires, dont 208 officiers. Depuis sa création, la Finul déplore la mort de 338 personnels. Début 2025, les dix principaux pays qui fournissent des contingents et du personnel de police aux opérations sont : l’Indonésie, 1.252 personnels ; l’Inde, 897 personnels ; le Ghana, 878 personnels ; le Népal, 874 personnels ; l’Italie, 846 personnels ; la Malaisie, 852 personnels ; l’Espagne, 690 personnels ; la France, 615 personnels ; la Chine, 419 personnels ; l’Irlande, 326 personnels. La Finul comprend : la Force Commander Reserve, armée par un bataillon franco-finlandais pour réagir rapidement ; la Maritime Task Force pour la surveillance des approches maritimes ; l’Air Medical Evacuation Team avec deux équipes médicales, italienne et française, pour les secours d’urgence.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Liban : l’opération « Amitié », réactivité et efficacité

Liban (1978-1986) : actions de la Marine nationale




Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

L’Europe a engagé son réarmement en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, lequel s’est accéléré en 2022 après l’attaque contre l’Ukraine. Le 6 mars 2025, les pays membres de l’Union européenne ont approuvé un investissement de 800 Mds€ pour la défense, en raison des risques de désengagement militaire et de guerre commerciale des États-Unis.

Hélène Masson, maître de recherche, a présenté la situation actuelle dans une note publiée le 7 mars 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne) par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Les domaines capacitaires. Pour tous les pays européens, ces guerres ont souligné l’urgence de moderniser leurs moyens de défense, accentuée par l’aide qu’ils ont accordée à l’Ukraine (blindés, systèmes d’artillerie, munitions, et systèmes de missiles), et de reconstituer leurs stocks d’équipements et de munitions. Le réarmement européen se déroule en deux phases. La première, entre 2014 et 2021, concerne l’engagement de l’OTAN à disposer d’une brigade opérationnelle en 2026. Elle inclut : la remise à niveau des véhicules blindés légers (à roues), médians (à chenilles) et lourds (chars) et des camions pour la logistique ; les systèmes d’artillerie constitués par les mortiers sous tourelle, systèmes d’artillerie à roues ou à chenilles, systèmes antichars et lance-roquettes multiples ; les équipements du combattant, armes légères et de petit calibre, fusils d’assaut et leurs munitions ; systèmes de drones de reconnaissance ; systèmes de communications et radars. La composante aérienne comprend les hélicoptères et les avions de combat, d’entraînement et de transport. Outre la défense antimissile, la composante missile inclut les roquettes guidées et les systèmes de missiles air-air, sol-air, antichars et antinavires. La deuxième phase du réarmement européen, commencée en 2022, prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine et augmente les investissements dans divers domaines : drones aériens, terrestres et navals (sous-marins et de surface) pour le renseignement, la surveillance et la frappe avec les technologies contre les leurres ou le brouillage du système de navigation ; lutte anti-drones par la détection, l’identification et la neutralisation ; munitions téléopérées (drones kamikazes) ; défense à portées courte (15 km), moyenne (plusieurs centaines de km) et longue (jusqu’à 3.000 km) ; défense antiaérienne ; défense côtière par missiles antinavires, batteries et radars ; guerre électronique (cyber et espace) ; emploi de l’intelligence artificielle pour améliorer la protection des systèmes d’armes. Par ailleurs, un réarmement naval se manifeste au niveau européen mais aussi mondial, par suite des tensions résultant des ambitions de puissance en mer Baltique, Atlantique Nord, Méditerranée, golfe de Guinée, mer Rouge, océan Indien et Indopacifique (rivalité Chine-États-Unis). La nécessité de protéger les oléoducs, gazoducs et câbles sous-marins incitent les États à augmenter leurs capacités en frégates, patrouilleurs, sous-marins et robots téléopérés en grande profondeur.

Les ambitions industrielles. Les producteurs et exportateurs d’armement européens se répartissent en trois cercles. Le premier et le plus ancien regroupe la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède. Le deuxième rassemble les Pays-Bas, la Finlande, la Norvège et la Belgique. Le troisième cercle est constitué par les pays issus du bloc de l’Est après la dislocation de l’Union soviétique en 1991, à savoir Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Lettonie, Estonie et Lituanie. Certains États ont constitué des partenariats en bilatéral ou multilatéral, reposant sur des coopérations industrielles et technologiques avec des accompagnements financiers (crédits et/ou aides) pour lutter contre la concurrence des États-Unis, d’Israël, de la Corée du Sud, du Brésil et de la Turquie. La croissance de la demande d’équipements intervient dans un contexte sécuritaire marqué par l’urgence opérationnelle. Les dirigeants européens demandent aux industriels d’augmenter la cadence de production et de réduire les délais de livraison. Or ces exigences se manifestent juste après la crise consécutive à la pandémie du Covid-19 et en même temps que la reprise du marché aéronautique civil. Les industriels de défense doivent, très vite, adapter leur chaîne d’approvisionnement dans une période de tensions sur le marché mondial des matières premières, de renchérissement du coût de l’énergie et de difficultés à recruter du personnel hautement qualifié.

Les efforts budgétaires. Lors du sommet de l’OTAN à Vilnius en juillet 2023, les dirigeants des pays membres se sont engagés à consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’effort de défense chaque année. Selon les statistiques de l’OTAN, 23 États sur 32 y sont parvenus en 2024, contre 3 en 2014, 7 en 2022 et 12 en 2023. La Croatie, le Portugal, l’Italie, le Canada, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et l’Espagne ne l’ont pas encore atteint. Voici les pourcentages calculés par l’OTAN et les annonces gouvernementales de chaque pays relatives aux dépenses de défense, par ordre décroissant : Pologne, 4,12 % du PIB en 2024 et un budget de 43 Mds€ en 2025 ; Estonie, 3,43 % (1,3 Mds€) du PIB en 2024 avec des objectifs de 3,7 % en 2026 et, à terme, de 5 % (objectif de l’administration américaine) ; Lettonie, 3,15 % du PIB en 2024 et un budget de 1,56 Mds€ pour 2025, soit 3,45 % du PIB, puis un objectif de 3,7 % les deux années suivantes ; Grèce, 3,08 % du PIB en 2024 et un budget de 6,1 Mds€ en 2025 (le double de celui de 2019) ; Lituanie, 2,85 % du PIB en 2024 avec un budget de 3,3 Mds€ pour 2025 et l’objectif de 5,5 % du PIB entre 2026 et 2030 ; Finlande, 2,41 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,5 Mds€ en 2025 avec l’objectif de 3,3 % du PIB d’ici à 2032 ; Danemark, 2,37 % du PIB en 2024 avec un financement supplémentaire de 1,9 Md€ pour la défense de l’Arctique, afin d’y renforcer la présence militaire, et la création d’un fonds de 6,8 Mds€ en 2025 et 2026 pour atteindre 3,2 % du PIB ; Grande-Bretagne, 2,33 % du PIB en 2024 avec un budget de 59,8 Mds€ pour l’exercice 2025-2026, des hausses annuelles de 6 Mds€ pour atteindre 2,5 % du PIB d’ici à 2027 et la publication d’un nouveau Livre blanc sur la Défense (« Strategic Defence Review ») ; Roumanie, 2,25 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 3 % du PIB sur la période 2025-2029 ; Norvège, 2,20 % du PIB en 2024 avec un budget de 9,3 % Mds€ pour 2025 et l’objectif de 15,6 Mds€ en 2036 ; Bulgarie, 2,18 % du PIB et l’objectif de s’y tenir jusqu’en 2032 ; Suède, 2,14 % du PIB en 2024 avec un budget de 12Mds€ en  2025 et l’objectif de 2,6 % du PIB en 2030 ; Allemagne, 2,12 % du PIB avec un budget de 53,2 Mds€ en 2025 grâce à une exemption du désendettement du pays ; Hongrie, 2,11 % du PIB en 2024 avec un budget 4,2 Mds€ en 2025 ; République tchèque, 2,10 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,85 Mds€ en 2025 ; France, 2,06 % du PIB en 2024, un budget de 50,54 Mds€ en 2025 et des réflexions en cours sur de nouveaux leviers de financements, publics et privés, supplémentaires ; Pays-Bas, 2,05 % du PIB en 2024, un budget de 2,4 Mds€ en 2025 et l’objectif d’inscrire les 2 % dans la loi ; Slovaquie, 2 % du PIB en 2024 mais avec une baisse à 1,8 % à partir de 2027 ; Croatie, 1,81% du PIB en 2024 et un budget de 1,5 Md€ en 2025 ; Portugal, 1,55 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2029 ; Italie, 1,49 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2028 ; Belgique, 1,30 % du PIB en 2024 avec les objectifs de 1,5 % en 2030 et de 2 % en 2035 ; Luxembourg, 1,29 % du PIB en 2024 avec un budget de 798 € en 2025 ; Slovénie, 1,29 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2030 ; Espagne, 1,28 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2029. La liste de la FRS inclut trois pays non-membres de l’OTAN : Autriche, 1,07 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 1,5 % en 2027 ; Chypre, budget de 563 M€ en 2024 avec l’objectif de 2 % du PIB en 2029 ; Irlande, budgets de 1,35 Md€ en 2025 et de 1,5 Mds€ en 2028 ; Malte, 0,56 % du PIB en 2023.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Europe : vers une nouvelle stratégie énergétique

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Déclenchée le 24 février 2022 par la Russie, la guerre en Ukraine se déploie dans tous les milieux (terre, air, mer, cyber et espace) et le champ informationnel et celui des perceptions. Elle est passée de la haute intensité à un format hybride mêlant armes d’usure et haute technologie.

Cette évolution a été présentée à la presse, le 20 février 2025 à Paris, par le général de brigade Rodolphe Hardy, commandant en second du Combat futur de l’armée de Terre et chargé du retour d’expérience, et le vice-amiral Emmanuel Slaars, sous-chef d’état-major « opérations aéronavales » de l’état-major de la Marine.

Opérations terrestres. Sur la défensive depuis le 30 novembre 2023, les forces armées ukrainiennes (FAU) semblent dans l’incapacité de reprendre l’ascendant sur les forces armées russes (FAFR), indique le général Hardy. Au cours de 2024, ces dernières enregistrent progressivement des gains territoriaux en recherchant l’anéantissement de l’ennemi. Tactiquement, elles pratiquent le combat en zone urbaine, modélisé en phase préparatoire, encerclement, attrition et conquête. Le 17 février, après quatre mois de combats et le repli des FAU, les FAFR ont investi la ville d’Avdiivka (Sud de l’Ukraine) et reprennent l’initiative dans le Donbass. La contre-offensive ukrainienne de 2023 ayant échoué, la loi sur la mobilisation entre en vigueur le 18 mai, baisse l’âge de la mobilisation de 27 à 25 ans et rend l’engagement possible jusqu’à 60 ans. Il s’agit en effet de tenir un front de près de 1.000 km et de compenser les pertes massives. Le 6 août, les FAU entrent dans l’oblast (division administrative) russe de Koursk (Est de l’Ukraine) et progressent rapidement dans le secteur de Soudja, mais les FAFR se réorganisent et forment de nouvelles lignes défensives. Le 2 octobre, ces dernières prennent, en deux mois, la ville de Vouhledar, bastion ukrainien de la région du Donetsk et qui avait résisté deux ans. Le 18 octobre, les services renseignement sud-coréens signalent un déploiement ferroviaire de 12.000 soldats nord-coréens vers la Russie. Le 21 novembre, un missile balistique intercontinental russe Orechnik, de portée intermédiaire (3.000-5.500 km) et capable d’emporter une charge nucléaire, frappe la ville de Dnipro. Le conflit se caractérise par l’incapacité des deux côtés à maîtriser le ciel à cause des défenses sol-air, par l’emploi de l’artillerie et de la frappe dans la profondeur, la transparence du champ de bataille (drones et satellites) et le raccourcissement du cycle innovation, mise en service et retour d’expérience. Mais la technologie ne remplace pas l’engagement du soldat ni la nécessité des réserves.

Opérations navales. Selon l’amiral Slaars, de nombreux navires russes, venus de Mourmansk, Kaliningrad, Méditerranée et Vladivostok, ont rallié la mer Noire dès janvier 2022, afin de la verrouiller : 2 croiseurs ; 2 destroyers ; 1 frégate ; 1 pétrolier-ravitailleur ; 6 bâtiments amphibies. Pourtant les FAFR abandonnent l’idée d’un débarquement dans les ports ukrainiens d’Odessa et de Kherson en juin 2022, privilégiant des assauts terrestres sur Kiev et Hostomel, qui échouent. De juillet 2022 à juillet 2023, des initiatives internationales, notamment de la Turquie, tentent de restaurer la liberté de navigation en mer Noire. De juillet 2023 à octobre 2024, la plupart des navires russes sont détruits ou endommagés, à quai ou dans des bassins d’entretien, par des missiles de croisière ukrainiens. Depuis juin 2023, l’Ukraine a pu reprendre ses exportations de céréales au niveau de celui de 2021 (45 Mt) et de pétrole (60 % des exportations en volume financier) grâce à la mise sur pied d’un corridor. La Russie contourne les sanctions internationales par la mise en œuvre d’une flotte de commerce fantôme. Toutefois, la mer Noire reste infestée d’un millier de mines défensives et offensives. Le conflit souligne l’importance des armes de précision, de la maîtrise du spectre électromagnétique (données venant de l’espace ou du sol), du traitement de la donnée et de la lutte anti-drones.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

 




Économie : le rôle clé du Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité

Conseil du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, le Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (SHFDS) contribue à la gestion des risques et d’une ou de plusieurs crises en cours et protège l’information stratégique.

Son chef, Samuel Heuzé, en a expliqué les missions lors d’une conférence-débat organisée, le 28 janvier 2025 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Île-de-France.

Les missions. Tous les ministères participent à la défense et à la sécurité nationale, responsabilités assurées par le secrétaire général. Quant au ministère de l’Économie, le Code de la défense précise qu’il doit assurer la continuité de l’activité économique en cas de crise majeure, de la protection des intérêts économiques de la nation et de l’adoption de mesures d’ordre financier nécessitées par la conduite de la guerre. Ces missions sont exercées par le haut fonctionnaire de défense par délégation du secrétaire général et correspondant prioritaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui relève du Premier ministre. Pour cela, il dirige le SHFDS qui compte : 60 agents permanents; un réseau territorial placé auprès des préfets de zones de défense et de sécurité ; un secteur d’activités d’importance vitale regroupant environ 70 opérateurs publics et privés, hors énergie ; 183 zones pour la protection du potentiel scientifique et technique ; 8.400 habilitations au secret en gestion pour la protection du secret de la défense nationale ; 330 sites d’infrastructures sensibles de la Direction générale des finances publiques ; 34 plans de continuité de l’activité malgré la perte des ressources critiques. Ces plans incluent la posture Vigipirate pour la préparation, la vigilance et la réaction face à la menace terroriste, le plan contre la crue de la Seine, la lutte contre la pandémie ou la grippe aviaire et tous les plans interministériels. Une autre mission porte sur l’orientation de l’action des ministres responsables de la production, de l’approvisionnement et de l’utilisation des ressources nécessaires à la défense et la sécurité nationale. Le centre opérationnel du ministère de l’Économie, situé à Paris-Bercy, dispose de tous les moyens de communications adaptés pour coordonner une crise de son ressort et discuter des structures interministérielles avec la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, qui a pour correspondants tous les hauts fonctionnaires de de défense. Celui du ministère de l’Économie s’assure que chaque direction a pris toutes les mesures nécessaires pour continuer à fonctionner en mode dégradé, notamment en cas de crise numérique majeure. La France compte 350 entreprises et établissements publics, répartis entre tous les ministères, considérés comme essentiels à la continuité de l’État et devant faire face à toutes les crises possibles. Le ministère de l’Économie en surveille 70 dans quatre secteurs d’activités : télécommunications et opérateurs du numérique ; banques et grands organismes financiers ; l’audiovisuel, historiquement lié aux réseaux de télécommunications (photo), et les grands opérateurs de diffusion de l’information et des grands programmes audiovisuels ; l’industrie. Cette dernière compte une cinquantaine d’opérateurs, notamment dans l’énergie, la chimie et l’industrie lourde. Si l’un d’eux disparaît ou ne peut plus fonctionner, la continuité de l’État se trouve en péril. Il s’agit alors de continuer à remplir certaines missions de service public en tout temps et à tout moment, quelles que soient les catastrophes. Par exemple, le ministère de l’Économie s’assure que la chaîne de production de biens stratégiques spécifiques tourne malgré des coupures d’électricité, grâce à un groupe électrogène, ou une attaque informatique, par le renforcement de la cybersécurité.

La sécurisation. La protection du potentiel scientifique et technique concerne les innovations et les savoir-faire très spécifiques et stratégiques disséminés dans les grandes entreprises, les centres de recherche et les écoles d’ingénieurs. Des pays d’Asie, d’Europe et même les États-Unis veulent capter des savoirs, dont ils ont besoin pour développer certaines technologies. La protection consiste à créer, dans les entreprises, centres de recherches et laboratoires, des zones réservées aux personnes habilitées (chercheurs et étudiants), des contrôles d’accès et des enquêtes de sécurité sur les personnels étrangers invités. Il s’agit de contrer la menace sur l’avance technologique, que la France entend conserver, et d’éviter une concurrence économique déloyale. Une autre menace concerne le terrorisme, dont des organisations veulent acquérir des connaissances dans la bactériologie et la chimie, où travaillent des centaines d’entreprises françaises. Le ministère de l’Économie s’assure du respect des traités internationaux en matière de prolifération chimique et biologique dans le domaine civil. Certaines nations souhaitent disposer de savoir-faire pour développer des armes nucléaires ou une dissuasion à partir de sous-marins. Dans ces cas, il s’agit de s’assurer que les personnes travaillant dans un laboratoire spécialisé dans l’acoustique sous-marine ne cherchent pas à capter des informations susceptibles de mettre en difficulté la dissuasion nucléaire de la France ou utiles pour développer une flotte sous-marine transportant des armes biologiques ou chimiques. Un autre niveau de sécurité concerne le contrôle des investissements étrangers en France. L’État s’assure que les entreprises compétentes en matière de défense ou de sécurité ne fassent pas l’objet d’opérations de rachat ou de prises de participations agressives ou intrusives. Le Service de l’information stratégique et de sécurité économique s’assure que les grandes entreprises stratégiques pour la France se trouvent en bonne santé et ne font pas l’objet d’intentions malveillantes. Par ailleurs, le SHFDS coordonne la lutte contre la menace cyber dans un ministère qui compte 130.000 agents et 300 systèmes sensibles. Le Trésor, les Douanes et la Direction des finances publiques disposent d’outils performants pour développer des systèmes d‘information spécifiques pour traiter les fonctions classifiées. Il n’en est pas de même pour les structures plus petites qu’il faut accompagner dans le travail de cyberdéfense, notamment lors d’une saturation des services internet par un acte de malveillance pour en dénier l’accès.

La résilience nationale. En 2024, les hauts fonctionnaires de défense ont dû gérer trois crises différentes. Au cours de celle en Nouvelle-Calédonie (8 mois et 21 jours depuis le 13 mai), les émeutiers ont attaqué des infrastructures critiques, entraînant des coupures d’électricité et de télécommunications jusqu’à l’intervention des forces de sécurité. Lors des Jeux Olympiques à Paris (26 juillet-11 août), il a fallu renforcer les réseaux de télécommunications par 17 antennes supplémentaires en raison de l’affluence de visiteurs, afin garantir les services d’appels d’urgence, de distribution automatique de billets de banque et des terminaux de cartes bancaires. S’y sont ajoutés les renforcements de la cybersécurité et des services de dédouanement dans les aéroports. A Mayotte, le cyclone Chido (14 décembre) a balayé les antennes de télécommunications et les pylônes électriques. Il a fallu rétablir rapidement les réseaux de la Poste et de la Banque de France, car 50 % de la population mahoraise vit des allocations de minima sociaux. Le ministère de l’Économie y a mobilisé 17 personnes pendant un mois. Par ailleurs, le conflit en Ukraine rappelle les enjeux des câbles sous-marins pour le trafic internet (photo). En cas d’engagement majeur de plusieurs semaines à ses frontières, la France est identifiée comme pays d’accueil des troupes britanniques, américaines et canadiennes de l’OTAN en renfort. Quelque 60.000 militaires et des milliers de blindés devraient traverser la France pour se rendre vers l’Est de l’Europe. Des travaux sont en cours avec l’État-major des armées.

Loïc Salmon

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

Sécurité : la résilience, travail de fond préparé en amont




Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Avec déjà plus de 400 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA), le ministère des Armées développe l’accès aux données, les infrastructures, les capteurs et les capacités de calcul dans l’administration et les opérations. Un investissement massif dans ce domaine en France a été annoncé lors du sommet mondial pour l’action sur l’IA tenu à Paris les 10 et 11 février 2025.

Orienter, anticiper et accélérer. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), créée en mai 2024, dispose d’un pôle recherche, situé à l’École polytechnique à Palaiseau (banlieue parisienne), et d’un pôle technique, localisé chez DGA Maîtrise de l’Information à Bruz (Bretagne), afin que la France conserve sa souveraineté en matière d’IA. Son effectif de 100 personnes au 1er janvier 2025 doit passer à 300 en 2026, dont 250 au pôle technique et 50 au pôle recherche. Le 10 février, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 Mds€, auquel participent les Émirats arabes unis, sur les cinq prochaines années pour la construction de centres de données et d’infrastructures associées dans une trentaine de sites en France. Dès 2025, un super calculateur permettra de mettre en œuvre des opérations mathématiques considérables pour préserver et traiter les données confidentielles. L’IA pourra traiter la masse de données générées par les satellites, radars, smartphones et réseaux sociaux pour proposer des choix prévus à l’avance, afin de gagner du temps en raison de l’urgence d’une situation ou du volume trop important de données. Elle devient indispensable dans l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, la logistique, le ravitaillement, la santé du personnel et les ressources humaines. Sur le champ de bataille où chaque seconde compte, l’IA permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire. L’IA analyse et traite l’information de façon plus globale et rapide qu’un opérateur humain.

Combat collaboratif info-valorisé. Les forces armées vont se transformer en réseaux de systèmes interconnectés, capables de s’adapter rapidement à un environnement opérationnel en constante évolution. L’IA va collecter et fusionner les données de multiples capteurs (radars, caméras, véhicules et drones) pour fournir une image complète de l’environnement opérationnel en temps réel. Ce sera le cas pour l’armée de l’Air et de l’Espace avec le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) et pour l’armée de Terre avec le programme Scorpion (Synergie du contact transformée par la polyvalence et l’info-valorisation). Pour les systèmes d’observation de Scorpion, l’Amiad a mis au point une « détection d’engins assistée par l’IA » (Demaia) qui alerte l’équipage d’un véhicule des premiers indices de danger et accélère sa compréhension de l’environnement en vue d’une décision plus rapide. Libéré des tâches d’observation, l’équipage se concentre alors sur ses actions en vue d’un avantage décisif sur le terrain. La Demaia dispose de viseurs optroniques de nouvelle génération enrichissant en temps réel les flux vidéo des différents capteurs. Son algorithme avancé assure une détection précise des véhicules amis ou ennemis, tout en intégrant ces données à l’environnement tactique. Il s’ensuit un gain en sécurité et en réactivité. Par ailleurs, l’Amiad et DGA Maîtrise de l’Information ont développé le démonstrateur Oasis qui détecte et identifie les drones amis ou ennemis dans l’environnement électromagnétique, grâce à une analyse fine et précise par l’IA. En outre, Oasis neutralise les capacités adverses par un brouillage sélectif rendant la détection du brouilleur plus difficile, tout en préservant les capacités opérationnelles alliées. L’Amiad et la section technique de l’armée de Terre travaillent sur le système Proteus standard 2, constitué d’un canon anti-aérien de 20 mm, d’une caméra et d’un ordinateur, pour intégrer l’IA, prédire la position future de la cible, proposer la visée et calculer des tirs ultraprécis.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle