Chine : capacité militaire accrue et puissance perturbatrice

La Chine affirme sa puissance militaire en termes de masse mais avec des lacunes sur le plan qualitatif. Sa volonté expansionniste inquiète la région et l’intégration pacifique de Taïwan s’avère complexe.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 février 2025 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont notamment intervenus : Marc Julienne, directeur du Centre Asie à l’Institut français des relations internationales ; Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales à l’Institut Montaigne.

Capacités militaires. Élu président de la République en 2013 puis réélu en 2018 et 2023, Xi Jinping avait lancé des réflexions sur la réorganisation de l’Armée populaire de libération (APL) dès 2012 après son élection comme secrétaire général du Parti communiste, indique Marc Julienne. Aujourd’hui, il assure aussi les fonctions de président de la Commission militaire centrale (CMC) et de commandant des opérations interarmées, après le limogeage de dirigeants pour corruption ou incompétence. La réforme de 2016 renforce les prérogatives et missions de la CMC, organe suprême de commandement de l’APL. La Force de seconde artillerie, à savoir les missiles de théâtre d’opération, qui a pris en compte les missiles balistiques emportant une charge conventionnelle ou nucléaire, a été renommée armée des Missiles et placée au même rang que la Marine et les armées de Terre et de l’Air. La Force de soutien stratégique, créée en 2016 pour traiter l’espace et le cyber, a été dissoute en 2024 puis scindée en Force aérospatiale, Force Cyber et Force de soutien à l’information. La réforme de 2016 répartit le territoire national en cinq théâtres de commandement et crée le Centre de commandement des opérations interarmées. La CMC exerce une autorité directe sur la Police armée du peuple. Cette force paramilitaire, instituée dans les années 1980 et mises sous les tutelles des ministères de la Sécurité publique et de la Défense, a été totalement militarisée en 2018 et ne remplit plus les missions de lutte contre le feu et de protection des forêts et des ressources hydriques. Elle a pris le contrôle des garde-côtes, auparavant civils, et de la milice maritime, composée de bateaux de pêche au service du Parti communiste. Cette police maritime joue un rôle dans les revendications de Pékin en mer de Chine méridionale, dans le détroit, autour de Taïwan et en mer de Chine de l’Est. Dès les années 1950 et 1960 et malgré les désastres économiques, la Chine a maintenu les budgets dédiés au développement des missiles de tous types, qu’ils soient antinavires, balistiques ou hypersoniques. Depuis une quinzaine d’années, elle augmente considérablement sa Marine en tonnage de navires équipés de systèmes de plus en plus performants. En 2025, elle dispose notamment de trois porte-avions : l’un datant de l’époque de l’Union soviétique et racheté à l’Ukraine ; le deuxième construit en Chine ; le troisième également construit sur place mais encore plus moderne (photo).

Dissuasion nucléaire. Outre une dissuasion crédible et efficace pour protéger le territoire chinois, la possession d’un arsenal nucléaire doit, selon Xi Jinping, « apporter un soutien stratégique au statut de grande puissance de la Chine. » L’armée des Missiles fournit des lanceurs de plus en plus nombreux et modernise les vecteurs balistiques. D’après des images satellitaires américaines, elle dispose, en 2024, de plus de 300 silos de missiles balistiques intercontinentaux et de 600 ogives nucléaires, soit un doublement de l’arsenal en cinq ans.     Enfin, le centre d‘essai de Lop Nor dans la partie désertique du Xinjiang (Ouest de la Chine), inactif depuis plusieurs décennies, est en cours de modernisation.

Lacunes à combler. La stratégie de « défense active » du territoire n’a pas évolué depuis la publication du dernier Livre Blanc de 2019. Elle se manifeste par la construction d’une Marine de haute mer capable d’une projection de forces, de mener un combat naval et de denier l’accès jusqu’à la deuxième chaînes d’îles autour de la Chine continentale. Pourtant, l’APL pourrait difficilement mener des opérations de grande ampleur, estime Marc Julienne. Elle ne possède pas suffisamment d’avions ravitailleurs (photo) pour soutenir le raid lointain d’une escadre de chasse. Ses sous-marins sont très bruyants et la lutte anti-sous-marine, malgré des progrès certains, doit être améliorée. Sur le plan humain, l’APL doit réduire ses effectifs pléthoriques, notamment dans l’armée de Terre. Pour armer ses bâtiments de plus en plus nombreux, la Marine doit recruter des personnels qualifiés dont la formation dure plusieurs années et combler le déficit d’expérience maritime des officiers mariniers et des officiers. Depuis 2008, elle maintient une permanence à la mer dans l’océan Indien et le golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie. En outre, l’APL procède à des exercices interarmées de grande ampleur autour de Taïwan pour améliorer l’interopérabilité entre ses moyens navals, aériens et cyber ainsi que les communications spatiales.

Scénarios sur Taïwan. Les politiques de modernisation des forces armées de la Chine et de Taïwan se sont ajustées aux enseignements tirés de la guerre russo-ukrainienne, indique Mathieu Duchâtel. Actuellement, la Chine dispose d’une supériorité aérienne, capable de mener des frappes contre les centres de commandement et de décision politiques de Taïwan, ainsi que d’une capacité cyber pour des opérations de neutralisation par des forces spéciales. Ces atouts accréditent l’hypothèse d’une capitulation de Taïwan en quelques jours. Or, en mer Noire, les Ukrainiens ont paralysé la flotte russe avec des missiles antinavires, empêchant toute opération amphibie contre les ports d’Odessa et de Kherson, hypothèse tout aussi plausible dans le détroit de Taïwan et présentant une prise de risque démesurée. Par ailleurs, les relations économiques entre les deux pays se sont développées à partir de 1987. Mais les investissements taïwanais en Chine continentale, de l’ordre de 10 Mds$ en 2017 sont tombés ensuite à 5 Mds$ par an. Cette perte d’attractivité de l’économie chinoise par Taïwan s’accompagne d’une tendance lourde de l’identité nationale parmi la population de l’île. Selon Pékin, le « principe d’une seule Chine » (Chine continentale et insulaire) légitime des opérations ou des actes présentés comme du maintien de l’ordre dans une escalade de faits accomplis policiers. Ainsi en mer de Chine du Sud, la Chine construit des îles artificielles ou envoie des garde-côtes dans des zones où se trouvent des atolls revendiqués par le Japon (Senkaku), les Philippines (Banc Second Thomas dans l’archipel des Spratleys) ou d’autres par le Viêt Nam et la Malaisie. Elle y teste un mode opératoire vis-à-vis de Taïwan, où ses exercices navals ou opérations d’intimidation ne franchissent jamais la limite de 12 milles marins (22 km) des eaux territoriales et l’espace aérien de l’île, respectant tacitement sa souveraineté. En revanche, elle intensifie la « guerre par le droit », notamment par la loi de sécurité nationale de Hong Kong, qui réprime les actes de sécession, de subversion, de collusion avec un État étranger et d’extraterritorialité pour des actes commis hors de Hong Kong. Au nom du « principe d’une seule Chine », les articles concernant la subversion pourraient nourrir la fiction d’un exercice de la souveraineté de la République populaire de Chine sur Taïwan. Ceux sur la collusion pourraient s’appliquer à la présence de Taïwan sur les réseaux sociaux américains. Afin d’initier un découplage entre Taïwan et la communauté internationale non étatique, la Chine tente de compliquer les activités politiques taïwanaises en pays tiers, en créant un risque d’extradition, et pour dissuader des entreprises étrangères d’opérer à Taïwan. Celles qui auraient aussi des intérêts en Chine pourraient constituer des cibles pour des sanctions. Des réponses désordonnées de leur part et une perception excessive ou erronée des risques pourraient accélérer les effets recherchés par la Chine.

Loïc Salmon

Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan

Chine : désinformation et guerre informationnelle

Les services secrets chinois, de Mao au Covid-19




A l’assaut des murailles

La cité concentre population, richesses et pouvoirs exécutif, législatif, religieux, économique et juridique. La saisie ou la destruction de la capitale adverse constitue l’acte final d’une guerre de domination.

Outre la défense de la cité, les murailles symbolisent la protection du territoire avec des objectifs divers. La muraille de Chine, construite entre le IIIème siècle avant J.-C. et le XVIIIème siècle, doit empêcher la pénétration des peuples nomades. Le mur d’Hadrien en Grande-Bretagne (122-127 après J.-C.) protège la civilisation romaine en freinant les offensives des peuples barbares, pour laisser le temps aux forces mobiles en arrière de la fortification de se concentrer puis d’intervenir. La même approche tactique s’applique aux lignes Maginot (France) et Siegfried (Allemagne) avant la seconde guerre mondiale. La défense d’une ville fortifiée est surtout assurée par ses habitants, capables de livrer des combats acharnés et très coûteux en soldats chez l’assaillant. Pour s’emparer de la cité, celui-ci recourt à la brutalité et l’action psychologique. L’évolution de la guerre avec l’emploi du canon à la fin du XIVème siècle conduit à revoir la solidité et la conception des murailles. Sur le plan stratégique, la création d’un réseau de « places fortes » sur l’ensemble du territoire permet aux armées de se constituer, de se ravitailler et d’élaborer des bases de départ pour briser une offensive ennemie visant le cœur de l’État. L’art du siège présente divers modes opératoires, récurrents au cours de l’Histoire. Une ville assiégée doit impérativement conserver un espace pour la circulation des flux économiques avec l’extérieur, qui lui fournit l’essentiel pour vivre et résister. L’assiégeant doit alors au préalable couper ce cordon ombilical avec la zone arrière. Ainsi à Orléans (23 octobre-8 mai 1429), Jeanne d’Arc et des renforts ont pu ainsi y entrer, contraignant les troupes anglaises à lever le siège. Lors de celui de La Rochelle (13 août 1627-28 octobre 1628), le cardinal de Richelieu a construit une digue pour empêcher les ravitaillements anglais par mer. Assiégés et assiégeants doivent gérer le temps de disponibilité de leurs ressources. A Metz (20 août-28 octobre 1870), l’attentisme et les négociations secrètes du maréchal Bazaine, gouverneur, entraînent la capitulation et l’occupation pendant 48 ans. Murs, murailles ou fortifications constituent toujours un avantage, dont l’assaillant doit percer le système défensif. A Syracuse (213-212 avant J.-C.), le Sénat romain veille à fournir à son armée les ressources nécessaires pour maintenir durablement le siège. Mais à Saint Jean d’Acre (5 avril-28 mai 1291), les États chrétiens ne conduisent aucune action directe contre l’Égypte pour soulager le siège. La prise d’une infrastructure-clé rend inutile toute résistance et précipite la capitulation. A Carthage (149-146 avant J.-C.), la prise par les troupes romaines de la colline, où se trouve le temple de Baal, met fin aux violents combats de rues. A Tenochtitlan (30 mai-13 août 1521), l’armée espagnole coupe l’aqueduc alimentant la ville en eau et atteint, par attaques successives, les lieux symboliques du pouvoir mexicain. Une fois entré dans la ville assiégée, l’assaillant doit empêcher toute manœuvre coordonnée des défenseurs. A Aix-la-Chapelle (16 septembre-21 octobre 1944), l’intégration interarmes (infanterie, chars, artillerie et génie) permet à l’armée américaine de contrôler la ville, sans laisser aux défenseurs allemands la moindre disposition de l’espace urbain. A Mossoul (17 octobre 2016-10 juillet 2017) occupée par les djihadistes de l’État islamique, les troupes de la coalition internationale (onze pays) combinent le dispositif progressant au sol avec les appuis feux terrestres et aériens et évitent tout tir fratricide. Enfin, l’assaillant doit disposer d’un ascendant moral, incarné par des valeurs supérieures à celles des défenseurs, afin d’inhiber leur volonté de combattre.

Loïc Salmon

« A l’assaut des murailles », général Gilles Haberey. Éditions Pierre de Taillac, 288 pages, illustrations, 26,90 €.

Qui ose vaincra

Le Moyen-Age en sept batailles

La seconde guerre mondiale en six batailles




Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

L’expérimentation et le perfectionnement des drones et de leurs doctrines d’emploi dans le conflit russo-ukrainien permettent de conserver l’ascendant et d’obliger l’adversaire à trouver vite la parade.

Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, l’a expliqué à la presse le 5 juin 2025 à Paris, à la suite de l’opération spéciale ukrainienne « Toile d’araignée » durant la nuit du 31 mai au 1er juin. Celle-ci a consisté en frappes coordonnées de 117 drones, dont des petits FPV (photo) transportés cachés dans des camions, contre 5 bases aériennes russes et qui ont détruit ou endommagé 41 appareils, dont des bombardiers nucléaires stratégiques à long rayon d’action Tu-95 (8) et Tu-22M (4) effectivement détruits ainsi qu’un avion de détection et de contrôle aérien A-50 touché.

Drones en opérations. Les deux belligérants utilisent des drones terrestres, navals et aériens. Les drones terrestres sont armés ou servent au transport du ravitaillement ou des blessés. Leur emploi reste limité par les terrains très accidentés, aux abords du front, et leur vulnérabilité face aux drones aériens. Les drones navals kamikazes, qui se font exploser sur la coque des navires, ou armés de missiles anti-aériens, pour la défense côtière, ont permis à l’Ukraine, dépourvue de Marine de guerre depuis 2022, de chasser les bâtiments tusses de la partie occidentale de la mer Noire. La Marine russe en a perdu une vingtaine et a dû quitter ses ports en Crimée pour se replier plus à l’Est. Les drones aériens se répartissent en plusieurs catégories. Les drones MAME (moyenne latitude moyenne endurance) et MALE (moyenne altitude longue endurance) Bayraktar TB2 (1 t) d’origine turque, capables de rester plusieurs dizaines d’heures sur zone, ont permis à l’Ukraine de détruire des colonnes blindées russes au début de la guerre. Devenus vulnérables à la défense anti-aérienne, ils restent éloignés du front et surveillent la mer Noire. La Russie emploie des drones d’attaque à sens unique préprogrammés Shahed 136 d’origine iranienne, mais aujourd’hui fabriqués sur place et capables parcourir plus de 300 km pour frapper des sites militaires ou des usines. Peu manœouvrants, ils sont neutralisés à près de 90 % en vol. Mais, leur coût peu élevé facilitent des tirs (2.500 à 4.000 par mois depuis janvier 2025) en salves, qui dissimulent des missiles de croisière supersoniques ou hypersoniques, plus performants mais plus chers. Les drones à bas coût saturent les défenses ukrainiennes pour que ceux de haute technologie atteignent leurs cibles. Les micro et mini drones (25 kg à 50 kg), au contact du front, remplissent diverses missions. Les drones de surveillance et d’observation rendent le champ de bataille transparent sur une profondeur de 10-20 km. Les drones bombardiers et FPV ukrainiens, qui subissent 75 % d’attrition, intègrent des briques d’intelligence artificielle pour un guidage automatique sur la phase terminale de l’attaque, face au brouillage électromagnétique. Les drones filoguidés par une bobine de fibre optique de 10-15 km y sont insensibles. Les véhicules blindés et les chars russes ne se déplacent presque plus et restent camouflés pour tenir leurs positions. Outre les drones lance-flammes, poseurs de mines ou chasseurs de drones ou d’hélicoptères, il existe des drones « mères » porteurs de relais radio et de drones FPV, par grappes de deux pour augmenter leur rayon d’action. Les forces armées ukrainiennes doivent recevoir plus de quatre millions de drones, surtout de contact, en prévision d’une consommation de 10.000 par jour.

Facteurs de succès. Les micro et mini drones permettent de produire des effets militaires en masse et à très bas coût (de 500 € à 3.000 € pièce). Considérés consommables comme les munitions, ils nécessitent aussi des mises à jour de leurs fonctions de communication et de navigation toutes les 6 à 12 semaines.

Loïc Salmon

Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine




Chine : désinformation et guerre informationnelle

Champ de bataille dans la compétition géopolitique, la désinformation apporte des avantages stratégiques aux régimes totalitaires, sans recourir au conflit militaire. La Chine y investit massivement mais son image s’est profondément dégradée en Occident…qu’elle cible !

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 février 2025 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : Valérie Niquet, maître de recherche à la FRS ; Paul Charon, directeur influence et renseignement à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

L’influence et l’ingérence. Dans une note publiée par la FRS le même jour, Valérie Niquet souligne la nécessité, pour les nations démocratiques de mettre en place des stratégies globales et coordonnées pour lutter contre la désinformation, afin de sauvegarder leurs intérêts. Cela nécessite de renforcer l’éducation aux médias et la sensibilisation au numérique pour reconnaître et rejeter les fausses informations et les stratégies de manipulation. Sinon, la désinformation continuera d’être utilisée comme une arme pour affaiblir la confiance des populations des pays démocratiques et accroître les risques de déstabilisation. Des acteurs, étatiques ou non, exploitent les plateformes des médias sociaux pour diffuser de fausses informations exacerbant les divisions au sein des sociétés ou entre les États. Aujourd’hui, grâce aux technologies du cyber, l’ampleur et la rapidité de diffusion de la désinformation la rendent de plus en plus difficile à combattre. En effet, celle-ci se propage six fois plus vite que l’information factuelle. Selon des études, l’efficacité de la vérification des faits nécessite de diffuser des corrections dans un délai d’une à deux heures après l’émission des fausses informations. La prolifération incontrôlée de ces dernières augmente depuis que le média social américain Meta (ex-Facebook), également propriétaire d’Instagram (photos et vidéos), a décidé de mettre fin à la vérification en 2025. De plus, les changements apportés à la politique de modération des contenus ont entraîné une hausse du nombre d’informations fausses et non vérifiées sur X (ex-Twitter). Cependant, mêmes disponibles, les vérifications des faits ne convainquent pas les gens les plus sensible aux opérations de désinformation. En effet, elles peuvent parfois renforcer leurs fausses croyances, au lieu de les corriger, car ces personnes les perçoivent comme motivées par des considérations politiques. Ainsi aux États-Unis, les partisans du président Donald Trump les estiment biaisées et peuvent engager des poursuites judiciaires contre les agences de vérifications des faits et les chercheurs, perçus comme ciblant sélectivement des groupes politiques spécifiques. Cela érode la confiance du public, dont profitent les propagateurs de fausses informations. Par ailleurs, les acteurs étrangers utilisent de plus en plus la désinformation pour peser sur les processus démocratiques des sociétés ouvertes en tentant de manipuler les résultats électoraux. Ainsi, lors des élections présidentielles américaines du 5 novembre 2024, l’opération d’influence « Spamouflage », lancée par la Chine et montée en puissance en octobre, a ciblé les membres du Congrès favorables à Taïwan et prônant une position dure face à Pékin. Des campagnes similaires menées par la Russie, directement ou indirectement, se sont intensifiées dès septembre. Toutes visaient à miner la confiance dans les institutions dans la durée.

La guerre informationnelle. L’ouvrage « L’art de la guerre » du général chinois Sun Tzu (VIème siècle avant J.-C.) fait partie du programme des académies militaires de la Chine depuis les années 1980, indique Valérie Niquet. Outre la tromperie, la guerre de l’information est un principe fondamental de la pensée stratégique chinoise. Sur le plan intérieur, elle vise à renforcer la légitimité du Parti communiste par la censure et la propagande. Sur le plan international, elle façonne les perceptions en vue d’atteindre des objectifs géopolitiques. Elle se décompose en trois : guerre psychologique pour démoraliser l’adversaire par une désinformation et une propagande ciblée ; guerre médiatique par l’emploi des médias de l’État et des plateformes numériques pour façonner des perceptions en faveur de la Chine ; guerre juridique par la manipulation des lois et des normes internationales pour justifier les actions de Pékin en délégitimant ses détracteurs. Aujourd’hui, le recours à l’intelligence artificielle permet de contourner l’obstacle d’une langue orientale rare. La guerre de l’information se manifeste par des campagnes concrètes pour influencer l’opinion publique mondiale et affaiblir la confiance dans les gouvernements démocratiques au niveau régional. Ainsi, en 2023, les médias étatiques chinois ont propagé de fausses allégations sur le rejet des eaux traitées de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima et les risques de ressources marines dans tout le Pacifique. Fin 2024, un porte-parole du ministère chinois de la Défense a accusé les forces américaines stationnées au Japon d’actes criminels, pour alimenter le sentiment anti-américain et affaiblir l’alliance entre le Japon et les États-Unis dans le contexte d’un conflit éventuel avec Taïwan.

Les ambitions chinoises. Depuis l’époque soviétique, la Chine continue d’emprunter le répertoire d’actions des services de renseignement de la Russie, indique Paul Charon. Elle veut retirer toute légitimité à l’Occident et en particulier aux États-Unis en contestant l’universalisme de leurs valeurs, qui ne peuvent s’appliquer telles quelles au monde entier. Le gouvernement chinois a décidé de hisser cinq médias au niveau international des chaînes de télévisions CNN (États-Unis) et Al-Jazeera (Qatar) : l’agence de presse Xin hua (services en anglais et en français) ; les quotidiens Global Times(chinois et anglais) et China Daily (anglais) ; Radio Chine Internationale (plusieurs langues) ; la chaîne de télévision CGTN (anglais, français, arabe, espagnol et russe). Il entend aussi contrôler tous les médias en langue chinoise à l’étranger, qui s’adressent aux diasporas chinoises désireuses de s’informer sur leur pays d’origine. China Watch, supplément de huit pages d’articles rédigés par le Parti communiste et mélangeant information et publicité, est proposé à la publication et avec une rémunération à de grands quotidiens, notamment les Wall Street Journal et Los Angeles Timesaméricains, le Times britannique et Le Figaro français. Malgré son peu d’effet direct sur leur lectorat, il crée une dépendance financière qui les incitent à ne pas écrire ce qui pourrait fâcher Pékin. S’y ajoute la diffusion gratuite ou à prix modiques d’articles auprès de médias étrangers, dont l’agence sénégalaise Seneweb, principal média francophone d’Afrique. Outre le rachat de médias étrangers dont le Diario de Noticias et le Jornal de Noticias portugais, la Chine propose des formations de journalisme à des étudiants étrangers pour les encourager à écrire des articles positifs à son égard. Elle forme des Chinois pour influencer les médias sociaux étrangers et recrute aussi des influenceurs étrangers. Par ailleurs, elle construit un pouvoir « discursif », basé sur des techniques de communication pour persuader ou influencer un auditoire. Ainsi, la satire détourne les contes populaires de l’Occident en le ridiculisant avec humour. La caricature par dessins animés s’attaque aux grands symboles de l’Occident pour les discréditer. Ses valeurs sont présentées comme des mystifications destinées à étendre ses intérêts partout dans le monde. La Chine cherche à acquérir une position dominante sur les plans moral et civilisationnel, non pas pour servir de modèle à des pays mais pour les inspirer. Afin de redessiner l’ordre international, médias, intellectuels et universitaires chinois utilisent le concept de « guerre totale » en ce qui concerne la propagande par la création de centres internationaux, au niveau des provinces en Chine, avec la participation d’étudiants étrangers.

Loïc Salmon

Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux

Chine : ingérence et « guerre politique » croissantes

Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan




Armée de Terre : le « Battle Lab Terre », catalyseur d’innovations

Incubateur d’innovations, le « Battle Lab Terre » vise à faire émerger des projets novateurs répondant à des besoins opérationnels et à renforcer la synergie entre les mondes civil et militaire.

Son directeur, le colonel Thomas Brucker, a expliqué à la presse, le 29 avril 2025 à Paris, comment l’apport de systèmes robotisés peut conférer un avantage technique décisif, afin d’optimiser la complémentarité entre le soldat et la machine sur le terrain.

Détection et évaluation. Le Commandement du combat futur et l’Agence de l’innovation défense organisent l’innovation « planifiée », destinée aux chars et véhicules blindés. La section technique de l’armée de Terre coordonne l’innovation « ouverte », qu’elle soit incrémentale (amélioration des matériels existants par le retour d’expérience), participative (propositions des soldats eux-mêmes) ou en boucle courte (drones et robots terrestres civils, voir photo). Au sein du Battle Lab Terre, le groupement innovation dispose d’un effectif d’une vingtaine de militaires issus de toutes les fonctions opérationnelles (une trentaine prévue en 2026) et d’une douzaine de réservistes venus d’autres ministères et du secteur privé. Il participe à une quarantaine de salons d’innovations technologiques par an, dont Viva Tech à Paris. Chaque année, le Battle Lab Terre accueille 120 startups, dont 10 % à 20 % sont retenues. Il pratique une démarche en cinq phases. La première identifie un projet, issu de l’innovation participative, de la recherche académique ou de l’industrie et qui pourrait répondre à un besoin opérationnel. La deuxième phase cherche à atténuer les risques juridiques, financiers et industriels du projet et de la sécurité des personnes et des biens, grâce au recours aux expertises internes. La troisième expérimente la solution par des utilisateurs dans des conditions les plus proches du réel en entraînement avec l’École militaire de haute montagne et des unités parachutistes ou en opération. La quatrième phase analyse les performances de la solution, en condition d’utilisation, et la qualité de la réponse au besoin de l’utilisateur. Sur la base de ce retour d’expérience, la cinquième phase émet des recommandations, en interne et au sein de l’écosystème de l’innovation de défense dont fait partie le ministère de l’Intérieur, sur la pertinence du projet pour un emploi effectif ou le réoriente.

Collaboration homme-machine. La mise en situation tactique évalue périodiquement l’état de l’art lié à la robotique. Elle apprécie la maturation des briques technologiques. Elle mesure les effets de la collaboration homme-machine au niveau du groupe de combat. Elle suscite l’émergence d’une communauté élargie de la robotique. Enfin, elle éclaire le prisme « DORESE » (doctrine, organisation, ressources humaines, équipement, soutien, et entraînement) de la robotique et des systèmes autonomes. A cet effet, le Battle Lab Terre a organisé trois exercices dénommés « Challenge Col-Ho-Ma » en 2022, 2023 et 2025. Dans une approche du bas vers le haut de la vision de temps long, Col-Ho-Ma vise à tirer parti des possibilités offertes par l’innovation robotique, afin de produire une rupture opérationnelle sur le champ de bataille à l’horizon 2040. Doté d’un budget d’un million d’euros, il rassemble 10 équipes issues de l’industrie, des startups, des écoles d’ingénieurs et de instituts de recherche, qui passent 6 semaines sur le terrain et dont les analyses du retour d’expérience durent 6 mois. Ensuite, le Battle Lab Terre assure un suivi personnalisé des équipes pendant deux ans. Du 6 au 28 mai 2025, Col-Ho-Ma III a porté sur l’allongement de la portée des communications entre les opérateurs et les systèmes, l’amélioration de la mobilité des robots terrestres et l’automatisation accrue des déplacements. Face à un ennemi multiformes, il a mis en œuvre des essaims de drones, de la cartographie, de la détection de l’ennemi et des relais de communications sur un terrain exigeant.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

La robotique militaire terrestre, aujourd’hui et demain

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain




Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux

L’ingérence numérique russe en Ukraine et dans les pays occidentaux se manifeste par la diffusion de narratifs négatifs pour influencer leurs opinions publiques, en réagissant à l’actualité et en discréditant leurs dirigeants et leurs institutions.

Viginum, service rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, le démontre dans un rapport rendu public à Paris en mai 2025.

Ciblage. Entre août 2023 et mars 2025, « Storm-1516 », mode opératoire informationnel russe, a attaqué l’Ukraine, les États-Unis, la Commission européenne, la France et l’Allemagne au cours de 77 opérations. L’Ukraine a été visée par 35 d’entre elles via le recyclage de narratifs employés par la Russie depuis la Révolution ukrainienne de Maïdan en février 2O14, qui avait entraîné la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch et l’annexion de la Crimée. Après le déclenchement de la nouvelle agression russe contre l’Ukraine en 2022, Storm-1516 cherche à la discréditer auprès des audiences occidentales, afin de saper le soutien des populations européennes à l’assistance fournie par leurs gouvernements. Par exemple, ses narratifs accusent l’Ukraine de complicité de terrorisme, en recrutant des membres de l’État islamique pour venir combattre chez elle, ou en organisant des entraînements communs entre des membres de l’organisation palestinienne Hamas (Gaza) et du bataillon Azov (volontaires ukrainiens nazis et ultra-nationalistes). Mais les 14 attaques les plus virulentes sont dirigées contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et ses proches, accusés de détourner l’aide financière occidentale à leur profit personnel. Pendant la période analysée par Viginum, 42 attaques informationnelles ciblent directement l’Occident par des narratifs adaptés à des contextes politiques variés pour affecter durablement les audiences européennes et nord-américaines. Ainsi avant les élections présidentielles aux États-Unis en 2024, les opérateurs de Storm-1516 propagent les théories conspirationnistes comme la mise sur écoutes d’une des propriétés du candidat républicain Donald Trump par le FBI, l’implication de l’ex-président démocrate Barack Obama dans la tentative d’assassinat de ce dernier le 13 juillet 2024 ou encore le financement de l’opposition russe par Washington. Entre avril et novembre 2024, 12 opérations informationnelles ciblent le processus électoral lui-même, dont certaines ont été attribuées au gouvernement russe par les autorités américaines. En Europe, Storm-1516 choisit des thématiques clivantes, liées à l’immigration, ou anxiogènes, relatives au terrorisme (menaces d’attentats du Hamas pendant les Jeux olympiques de Paris). En outre, 20 opérations ont visé les élections européennes de juin 2024, les élections législatives françaises anticipées de juillet 2024 et les élections fédérales allemandes de février 2025. Elles ont cherché à dénigrer un candidat à des élections nationales, soutenir des candidats de partis favorables à Moscou et au positionnement « antisystème » ou remettre en cause l’intégrité du scrutin. Dès le 26 mai 2024, , Storm-1516 a diffusé sur You Tube une vidéo accusant Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, d’avoir aidé une entreprise métallurgique russe à contourner les sanctions de l’Union européenne imposées à la Russie après son attaque contre l’Ukraine en février 2022. Cette vidéo, où apparaît une fausse activiste du parti écologiste allemand Die Grünen, a été amplifiée par des comptes à fortes audiences sur le réseau social X (ex-Twitter). La France est ciblée après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024. Le 19 juin, les opérateurs de Storm-1516 enregistrent le nom de domaine « ensemble-24.fr» en usurpant l’identité graphique du site officiel de la coalition « Ensemble ». Le faux site « ensemble24.fr » propose aux électeurs une prime de 100 € en échange de leur voix, à condition d’envoyer leur numéro de sécurité sociale à une adresse officielle du parti Renaissance. L’Allemagne est ciblée dès la chute de la coalition du chancelier Olaf Scholz mi-novembre 2024, entraînant la dissolution du Bundestag et des élections législatives le 23 février 2025. Entre le 19 novembre 2024 et le 5 janvier 2025, plus d’une centaine de noms de domaines sont enregistrés et exploités par les opérateurs de Storm-1516.

Falsifications. Depuis février 2024, les opérateurs de Storm-1516 utilisent des outils capables de générer artificiellement des voix ou des images pour rendre crédibles les profils de « lanceurs d’alerte », en mettant en scène des individus à visage découvert, et pour usurper l’identité de personnalités politiques et d’internautes sans lien avec les narratifs. Selon la communauté américaine du renseignement, citée en mai 2024 par le quotidien New York Times, la vidéo accusant la CIA de conduire à Kiev des « fermes à trolls » (internautes, voire hackers, diffusant des messages provocateurs pour susciter une polémique), en faveur du candidat démocrate Joe Biden, contient une voix réalisée de manière synthétique. En octobre, des opérateurs de Storm-1516 publient un faux témoignage mettant en cause Timothy Walz, colistier de la candidate démocrate Kamala Harris. Le même mois et à partir d’un document d’un service de renseignement (SR) européen, le journal Washington Post révèle que le SR militaire russe GRU a aidé un opérateur de Storm-1516 à obtenir un serveur générateur de vidéos et de textes falsifiés par l’intelligence artificielle. Le 31 décembre, le ministère américain du Trésor corrobore cette information par l’annonce de sanctions à l’encontre de plusieurs opérateurs de Storm-1516. Pour rendre crédibles ses narratifs, Storm-1516 y inclut des montages photos et vidéos pour contrefaire logos de médias, affiches de films, registres publics, documents étatiques, factures, articles de presse ou captures d’écran de réseaux sociaux. Il en utilise pour prouver la prétendue existence de transactions compromettantes ou de malversations relatives à des personnalités politiques ukrainiennes. Dans la moitié de ses opérations, les opérateurs de Storm-1516 emploient des acteurs, recrutés en Russie et à l’étranger, pour enregistrer des voix en « off », jouer les lanceurs d’alerte ou intervenir dans une mise en scène.

Diffusion. En analysant 77 opérations informationnelles de Storm-1516, Viginum en a reconstitué les cinq étapes et les principaux vecteurs. La première étape porte sur la planification, qui inclut la conception des narratifs, le recrutement d’acteurs amateurs, la génération de vidéos falsifiées et le montage de photos, audios et vidéos. La deuxième étape ou primo-diffusion concerne les sites internet dédiés, les comptes de réseaux sociaux, les comptes de tierces personnes rémunérées, les comptes X liés au « projet Lakhta » (opération de manipulation et d’influence favorable à la Russie) et des comptes anonymes « jetables », créés pour les besoins d’une seule opération. Les opérateurs de Storm-1516 ont diffusé leurs contenus sur les plateformes You Tube, Instagram, Facebook, TikTok et Rumble mais dont peu de faux comptes, pourtant identifiés comme liés à lui, ont été suspendus. La troisième étape porte sur le « blanchiment » des narratifs, via des médias étrangers rémunérés et des comptes de réseaux sociaux rémunérés. La quatrième étape concerne l’amplification des informations fallacieuses sur de faux sites locaux, des comptes rémunérés, des comptes X liés au projet Lakhta, les chaînes Telegram et les influenceurs BJA et FCI. Les étapes 2, 3 et 4 sont réalisées sur le réseau d’influence russe CopyCop, qui utilise l’intelligence artificielle générative. La cinquième étape porte sur les reprises des contenus falsifiés par d’autres modes opératoires informationnels, le réseau diplomatique russe, les médias liés aux SR russes, les médias d’État russes, les médias biélorusses et les écosystèmes occidentaux favorables à la Russie.

Loïc Salmon

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Défense : la désinformation, la comprendre puis la contrer

Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024




Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

L’Agence d’innovation de défense (AID), ouverte sur le monde civil, tire parti du retour d’expérience pour intégrer l’innovation sur tout le cycle des systèmes d’armes dans une recherche permanente de la performance.

Le 17 avril 2025 à Paris, son directeur, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, en a présenté à la presse les enjeux, à savoir consolider la supériorité technologique des forces et maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité, que constituent le cyber, le champ informationnel, les grands fonds marins et la lutte dans le spectre électromagnétique.

Fédérer les initiatives. Placée sous la responsabilité du délégué général pour l’Armement, l’AID a été créée en 2018 dans un contexte marqué par le foisonnement de solutions innovantes provenant du monde civil, à la fois opportunités et menaces, et par une accélération des technologies de rupture. L’innovation « planifiée » consiste à préparer la réponse à des besoins prévisibles en développant des briques technologiques dans les prochains programmes d’armement, indispensables aux futures capacités militaires. Ainsi, le gravimètre quantique, qui mesure le champ gravitationnel pour réaliser la cartographie des fonds marins, a été étudié pendant une vingtaine d’années dans un laboratoire de l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales, fabriqué par une société civile puis intégré à une plateforme du Service hydrographique et océanographique de la marine en 2024. L’innovation « ouverte » et duale doit répondre à des besoins immédiats, notamment les véhicules autonomes, le cyber, le maintien en condition opérationnelle, l’énergie, le « newspace » (exploitation du domaine spatial par des entreprises privées), la santé et l’humain augmenté. Ainsi les 200 premières munitions téléopérées françaises ont été livrées fin 2024 et déjà utilisées sur le théâtre ukrainien. L’AID avait lancé un appel à projet en mai 2022, sélectionnée deux solutions en septembre, notifié le contrat en décembre et effectué les essais d’un prototype avec une charge inerte fin 2023 puis avec une charge explosive et quelques corrections en juin 2024. Dans l’ensemble, l’AID lance des projets pour deux tiers en innovation ouverte et un tiers en innovation planifiée. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit que l’AID investisse massivement en priorité dans les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, la guerre électronique, les technologies de communications, celles de l’énergie, le calcul quantique et les capteurs quantiques. L’AID conduit quatre types de projets. Le premier concerne les technologies de défense de demain. Le deuxième encourage l’innovation provenant du ministère des Armées. Le troisième consiste à capter l’innovation issue du marché civil pour l’adapter et la déployer au plus tôt. Le quatrième consiste à détecter et faire émerger les futures technologies stratégiques auprès des universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires de recherche et certaines startups et petites et moyennes entreprises. Chaque année, l’AID soutient plus de 400 projets, dont 200 de recherche, (une centaine de thèses), 150 à 180 projets d’accélération de l’innovation et 20 à 30 projets d’innovation participative.

Dispositifs financiers. La LPM 2024-2030 prévoit un budget de 10 Mds€ pour l’AID, qui emploie 130 personnes. L’AID accorde des subventions et conclut des contrats pour permettre aux industriels émergents de réaliser un chiffre d’affaires suffisant pour attirer les investisseurs. Elle détecte 300 à 400 nouvelles startups par an et assure un suivi régulier avec celles dont la technologie présente une maturité par rapport aux besoins militaires, afin de lancer le projet au bon moment. Elle facilite les expérimentations dans des conditions réelles avec la mise en œuvre des grands moyens de la Marine nationale ou la participation à des exercices militaires.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Face à l’environnement stratégique en constante évolution, la Direction générale de l’armement (DGA) a piloté l’adaptation de l’industrie de défense en 2024 par un effort financier et la mise en place de commandes globales sur plusieurs années.

Selon un document rendu public le 30 avril 2025, la DGA a dépensé 21,7 Mds€ pour équiper les forces armées et passé des commandes d’un montant de 16,6 Mds€ en 2024. Pour préparer l’avenir, elle a effectué des paiements totalisant 1,6 Md€ et pris des engagements pour 1,3 Md€.

Productivité industrielle améliorée. La DGA a augmenté la capacité de production de plusieurs armements par l’introduction de nouveaux procédés, la renégociation de contrats et l’accompagnement dans la chaîne de production. Ainsi en 2024, chez Thales, les temps de production de radars est passé de 18 à 6 mois. Chez MBDA, la cadence de production de missiles anti-aériens transportables légers Mistral aura été multipliée par quatre entre 2022 et 2025 et six fois plus de missiles Aster que prévu seront livrés en 2025. Chez KNDS, la cadence de production des canons Caesar, dont le délai entre la commande et la livraison est passée de 30 à 15 mois, a triplé et la production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. Safran a doublé la production de bombes AASM (armement sol-air modulaire). En mars 2024 et avec l’aide de BpiFrance (banque publique d’investissements), la DGA a mis en place le « dispositif accélérateur défense » au profit de 28 entreprises (petites, moyennes et de taille intermédiaire), sous-traitantes de programmes d’armement. Ce dispositif d’une durée de 12 mois les accompagne pour adapter leurs moyens industriels afin de répondre aux nouvelles exigences des industriels de défense et pérenniser leur positionnement dans ce domaine.

Innovations déployées en 2024. L’Agence de l’innovation de défense, intégrée à la DGA, a piloté 16 projets de passage à l’échelle d’innovation, dont certaines sont déjà utilisées en opérations. Celles déployées en 2024 ont apporté des contributions : à la sécurisation des réseaux de communications ; à l’amélioration des communications navales ; à la mise en place d’un logiciel d’analyse et de caractérisation des manœuvres orbitales au profit du Commandement de l’espace ; au déploiement d’un simulateur de drone ; au développement des capacités d’observation satellitaire ; à l’optimisation de l’alimentation des véhicules tactiques.

Livraisons en 2024. L’armée de Terre a reçu :  12 canons Caesar ; 1 prototype opérationnel de système de lutte anti-drones laser ; 1 lot d’obus de 155 mm ; 35 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 150 blindés multi-rôles Griffon ; 1 mortier embarqué pour l’appui au contact ; 103 engins blindés multi-rôles légers Serval ; 21 chars Leclerc rénovés ; 102 véhicules blindés légers régénérés ; 6 infrastructures pour la mise en œuvre, la formation et l’entraînement aux matériels Scorpion ; 2 hélicoptères de manœuvre de nouvelle génération Caracal ; 1 hélicoptère de transport tactique NH90 Caïman ; 3 hélicoptères appui-destruction Tigre rénovés ; 8.000 fusils HK416F ; un ensemble d’équipements Cinabre pour la défense biologique, radiologique et chimique. L’armée de l’Air et de l’Espace a reçu : 2 avions de transport militaire A400M ; 1 avion de liaison Falcon 900 ; 1 centre de formation et bâtiment opérations de l’avion ravitailleur multi-rôles MRTT ; 1 mise en service du satellite de communications Syracuse 4B et 24 segments sol ; 14 avions de chasse Rafale ; 13 rénovations à mi-vie de l’avion de chasse Mirage 2000D ; 1 infrastructure pour l’entretien du Rafale ; 2 systèmes de défense sol-air courte portée Mica ; 1 lot de missiles anti-aériens Mica remotorisés ; 2 radars fixes de surveillance arienne M/BA 3D ; La Marine nationale a reçu : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Tourville de la classe Barrcuda ; 1 module amovible sur SNA pour les opérations spéciales ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c ; 1 lot de torpilles lourdes F21 Atemis ; 1 patrouilleur outre-mer ; 1 drone de surface de guerre des mines. Le domaine interarmées « Connectivité et renseignement » a reçu : 680 postes véhicules et 28 postes portatifs Contact ; 8 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique.

Commandes passées en 2024. Pour l’armée de Terre, la DGA a commandé : 45 blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 253 engins blindés multi-rôles Griffon ; 97 blindés multi-rôles légers Serval ; 100 chars Leclerc rénovés ; 120 véhicules blindés légers régénérés ; 8.000 fusils HK416F ; 100 fusils brouilleurs de lutte anti-drones ; 100 kits Medevac NH90 dédiés à l’évacuation médicale. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, la DGA a commandé : 2 palettes Evasan A400M pour l’évacuation sanitaire ; 8 systèmes sol-air moyenne portée/terrestre de nouvelle génération ; 11 stations sol pour les communications satellitaires Syracuse IV ; 51 nœuds de réseaux tactiques Astride. Pour la Marine nationale, la DGA a commandé : 2 lots de torpilles lourdes F21 Artémis ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c. Pour le domaine interarmées « connectivité et renseignement », la DGA a commandé : 7 relais sécurisés Descartes du réseau de télécommunications du ministère des Armées ; 52 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) ; 1 avion de ROEM Archange, équipé de la capacité universelle de guerre électronique.

Prochains systèmes d’armes. Sur la base de connaissances précises des technologies et d’une appréciation de la menace enrichie par le renseignement, la DGA analyse les besoins opérationnels. Ensuite, elle définit les futurs systèmes d’armes et leurs performances critiques en cohérence avec les enjeux industriels, de coopération et d’export. Les prises de commandes en coopération et à l’export se montent à 18 Mds€ en 2024. Cette année-là, les travaux capacitaires ont débouché sur le lancement de nombreux projet à effet majeurs dont le drone de combat, la robotisation du combat terrestre, l’évolution des frégates et la simulation massive. Ces travaux ont permis la création de la communauté d’intérêt aéroterrestre, qui a notamment réorienté le programme Contact de communications numériques tactiques et de théâtre d’opérations. Ils ont donné lieu à la création de la communauté d’intérêt aéronaval à l’origine du développement du système de combat du porte-avions de novelle génération. Ils ont aussi débouché sur la feuille de route RM2SE (réseaux multi-senseurs multi-effecteurs) pour mettre la donnée au centre du combat.

Supériorité opérationnelle future. Depuis 2006, le Centre d’analyse technico-opérationnelle de défense (CATOD) de la DGA dispose des savoir-faire pour préparer les capacités militaires et l’emploi des systèmes d’armes, dont les caractéristiques majeures seront évaluées tout au long de leur cycle de vie. En 2024, ses travaux ont contribué à définir les prochaines générations des moyens de la dissuasion nucléaire : sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération ; missile nucléaire air-sol hypersonique ASN 4G, futur successeur de l’ASMP en service dans les Forces aériennes et aéronavales stratégiques ; missile mer-sol balistique stratégique M51 du SNLE ; porte-avions de nouvelle génération. Outre l’analyse de la valeur et des coûts, la recherche opérationnelle, la modélisation et la simulation, le CATOD développe le « wargaming » (jeu de guerre) pour mobiliser l’intelligence collective de manière collaborative. En 2024, il a mené une vingtaine d’actions de wargaming, dont : la démarche Titan pour l’aide à la définition de la future capacité de niveau division de l’armée de Terre ; l’optimisation des processus organisationnels de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; l’amélioration des capacités de maîtrise des frontières du ministère de l’Intérieur.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire




Petite histoire de l’armée française

La France a forgé son destin par les armes, depuis la conquête de la Gaule par l’armée romaine jusqu’à la suspension du service militaire, effective en 2001.

Tout commence en 52 avant J.-C., quand Jules César assiège sans succès la ville sacrée de Gergovie, devenue symbole de la résistance à l’envahisseur. Au début du Moyen-Âge, les rois de France lèvent des troupes en convoquant le « ban » pour des opérations de conquête et « l’arrière-ban » pour repousser une invasion. Le « devoir d’ost » oblige les hommes d’armes à suivre leur seigneur. Base de toutes les traditions militaires, la chevalerie devient une caste de combattants avec ses codes : équilibre des vertus guerrières, de courage et d’honneur mais aussi de respect de l’adversaire et protection des plus faibles. Héritages des huit croisades (1095-1270), les musiques militaires avec trompettes, timbales et tambours, importées d’Orient, rythment encore la vie des soldats. A Bouvines, le 27 juillet 1214, l’armée royale et les milices communales repoussent les troupes germaniques, anglaises et flamandes, pourtant plus nombreuses. De cette victoire naît le sentiment d’appartenance à une même nation avec le profond dévouement à la patrie (terre des pères). Pendant la guerre de Cent Ans au XIVème siècle, le connétable Bertrand Du Guesclin harcèle l’armée anglaise par des embuscades et des « coups de main » derrière leurs lignes, ancêtres de la tactique « commando » souvent mise en œuvre pendant la seconde guerre mondiale et par les forces spéciales d’aujourd’hui. A Azincourt (1415), les archers anglais anéantissent la cavalerie française, marquant ainsi la fin de la chevalerie. A Castillon (1453), la cavalerie anglaise, fauchée par les 300 canons français, est achevée par la cavalerie royale et celle de la Bretagne (rattachée pacifiquement à la France en 1532). Cette victoire met fin à la guerre de Cent Ans. Au XVIIème siècle, le cardinal de Richelieu Premier ministre, organise le corps des intendants d’armée (ancêtre du Service du commissariat) et la Marine de guerre. Puis le secrétaire d’État à la Guerre, Michel Le Tellier, instaure les grades, encore en vigueur, de sous-lieutenant à colonel dans chaque régiment. Son fils et successeur, François-Michel Le Tellier marquis de Louvois, généralise l’uniforme et la discipline. Louis XIV édifie à Paris l’Hôtel royal des Invalides, hôpital et hospice pour les anciens soldats. Il instaure aussi l’ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693 pour honorer les plus valeureux ayant au moins dix ans de service. Abolie sous la Révolution, cette récompense sera rétablie sous le nom de Légion d’honneur en 1802 par Bonaparte Premier consul. En 1792, face aux menaces des monarchies européennes, l’Assemblée nationale décrète « la Patrie en danger » et la levée en masse de volontaires, qui remportent les victoires de Jemappes et de Valmy au son du « chant de guerre de l’armée du Rhin », renommé ensuite la « Marseillaise ». La bataille d’Austerlitz (1805) contre les Austro-Russes, victoire la plus éclatante de Napoléon 1er, est reconstituée chaque année par les élèves de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, qu’il a fondée en 1802. Louis-Philippe crée la Légion étrangère en 1831, dans la lignée des lansquenets, Gardes suisses, hussards et mamelouks entrés au service de la France. La victoire de Napoléon III sur l’Autriche à Solferino (1859) ouvre la voie à l’unité de l’Italie. Mais le nombre considérable de morts et les déplorables conditions de secours aux blessés incitent le Suisse Henri Dunant, présent, à créer la Croix-Rouge. La défaite de 1870, face à la Prusse, conduit à la création de l’École de guerre à Paris pour former des futurs grands chefs. Le souvenir de la meurtrière victoire de Verdun, contre l’Allemagne, perdure par la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe à Paris, symbole des morts pour la France.

Loïc Salmon

« Petite histoire de l’armée française », Efflam Maizières et Charles-François Ngo. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages, illustrations, 22,90 €.

Grands discours de guerre de l’Histoire de France

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse




Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

Avec 10 Mkm2 dont 97 % dans les Outre-mer, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive après les États-Unis et devant l’Australie et la Russie. Elle développe sa connaissance des grands fonds marins pour y défendre ses intérêts.

Le 13 février 2025 à Paris, le contre-amiral Cédric Chetaille, adjoint à l’amiral commandant les opérations et coordonnateur central pour la maîtrise des fonds marins, a présenté à la presse un premier bilan sur trois ans, depuis la décision de la ministre de la Défense Florence Parly en février 2022.

Connaître. Lieu de ressources considérables, le domaine des grandes profondeurs marines, quasiment inviolé, est un milieu pour les infrastructures indispensable aux flux énergétiques (oléoducs et gazoducs) et transocéaniques (câbles de communications). Il pourrait donc devenir un nouveau théâtre de conflictualité. La grande profondeur échappe à la plongée humaine, la guerre des mines et l’activité des sous-marins. Depuis trois ans, la Marine nationale a entrepris dix opérations « Calliope » de connaissance des fonds marins, soit 120 jours de mer, en collaboration avec la Direction des affaires juridiques du ministère des Armées, la Direction du renseignement milliaire, l’Agence de l’innovation de défense et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie. La connaissance des fonds marins et de leur environnement inclut la bathymétrie pour la topographie du sol de la mer, la gravimétrie pour les centrales inertielles embarquées sur les navires de surface et les sous-marins, la nature des sédiments pour la propagation des ondes acoustiques et enfin les variations de température. Le Service hydrographique et océanographique de la marine met en œuvre les bâtiments Beautemps-Beaupré et Pourquoi-Pas et va recevoir le drone autonome sous-marin Ulyx capable de plonger à 6.000 m, alors que les engins de prospections pétrolières ne dépassent pas 3.000 m. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer développe des capteurs pour perfectionner les données numériques (modélisation de masses d’eau chaudes et froides ou simulation de courants dans le détroit de Gibraltar) pour vaincre l’opacité du milieu marin profond. Le développement capacitaire porte sur la livraison de robots téléopérés en 2026 et autonomes en 2027. Les données collectées seront traitées par l’intelligence artificielle.

Surveiller. Des réflexions sont en cours entre la Marine et la Direction générale de l’armement pour assurer une surveillance des infrastructures « sensibles » (câbles et répéteurs sous-marins) et de l’activité dans l’espace océanique avec des capteurs fixes, semi-fixes ou mobiles pour en contrôler l‘intégrité. Ainsi en septembre 2023, une inspection, par un drone sous-marin A18 Exail, a été lancée à la suite de la découverte d’une avarie jugée douteuse, suspecte ou inexpliquée par les opérateurs du câble transatlantique entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il s’agissait de relever des indices, avant que l’opérateur intervienne lui-même, pour conclure à un acte de sabotage ou…une cause naturelle ! Ce câble se trouve à 4.000 m de fond, alors que les capteurs les plus perfectionnés ne voient que des objets de plus de 200 m depuis 4.000 m de distance. Or un objet d’un mètre de long n’est visible qu’à 40 m au-dessus du fond.

Agir. Afin de préserver la liberté d’action des forces navales et de protéger les intérêts nationaux, il faut pouvoir agir, en réaction ou par anticipation, par une opération planifiée, ouvertement ou en toute discrétion. Un robot téléopéré (photo) depuis la surface peut récupérer un objet « sensible », une munition tirée ou le composant stratégique d’un appareil perdu en mer. Outre la neutralisation ou la destruction de cibles adverses, des options offensives sont développées et proposées au chef d’État-major des armées. Enfin, les exercices majeurs « Polaris 2025 » et « Orion 2026 » incluent des scénarios de maîtrise des fonds marins.

Loïc Salmon

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

Marine nationale : l’application de l’IA à l’acoustique sous-marine

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées