Exposition « La Marine & Les Peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir » à Paris

Pendant quatre cents ans, la Marine a eu besoin des artistes pour communiquer. Elle a su ramener des talents qui soient en cohérence avec ses objectifs.

Selon Bertrand de Sainte-Marie (photo), chef du service de la Conservation du musée national de la Marine, « le sujet naval mêle étroitement art visuel, pouvoir, histoire nationale et enjeux navals ». Les œuvres des artistes témoignent de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers par la France du XVIIème siècle à la fin du XXème siècle.

Une longue histoire. En 1626, Louis XIII confie au cardinal de Richelieu, chef de son Conseil depuis deux ans, la charge de « Grand Maître, Chef et Surintendant général de la navigation et commerce de France ». Cette centralisation du pouvoir sur mer s’étend jusqu’en Nouvelle-France (Canada). Comme il n’existe pas de Corps d’officiers de Marine, le cardinal recrute des gentilshommes de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre de Malte), qui dispose d’une flotte importante, pour diriger la future escadre de la France. Le sujet naval bénéficie alors de la scène artistique parisienne, marquée par une forte présence d’artistes d’Europe du Nord, surtout flamands, qui maîtrisent la peinture de marine. Le siège de La Rochelle (septembre 1627-octobre 1628), place de sûreté du parti protestant soutenu par l’Angleterre, constitue une victoire militaire et politique majeure et devient un sujet de gravures, comme l’attaque du fort de Saint-Martin-de-Ré. L’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée à Paris en 1648, permet aux « peintres du Roy pour les mers » de fusionner la tradition nordique du paysage maritime avec celle des sujets italiens de l’Antiquité. Après la victoire sur la Fronde et la mort du cardinal Mazarin, Louis XIV nomme, en 1669, ministre puis secrétaire d’État à la Marine Colbert qui dotera la France d’une puissante armée navale. L’Académie accueille des artistes chargés de représenter les hauts faits maritimes du roi. Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’arsenal de Toulon et l’esthétisation du fait naval atteint son apogée. La paix, sous la Régence (1715-1723) et au début de règne de Louis XV, puis les revers de la Marine française pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) reportent l’attention sur les ports, symboles de l’expansion économique. L’art unit grand genre, vraisemblance et naturel, parallèlement à l’essor des sciences, notamment en matière de navigation. Le duc de Choiseul, nommé secrétaire d’État à la Marine en 1761, amorce son redressement, qui s’accentue pendant le règne de Louis XVI, formé aux enjeux maritimes et féru d’expéditions lointaines. Secrétaire d’État à la Marine en 1780, le maréchal de Castries assure la victoire française lors de la guerre d’indépendance américaine (1775-1783), grâce notamment aux officiers de Marine d’Estaing, Suffren, de Grasse, la Motte-Piquet et du Couëdic. Louis XVI commande des peintures des victoires navales de ce conflit, revanche sur l’Angleterre. La Marine de la Révolution et du Premier Empire ne parvient pas à vaincre l’Angleterre, mais trouve dans la peinture de batailles navales le moyen de magnifier les actes de courage. Sous la Restauration, le naufrage du navire La-Méduse projette le Salon de 1819 en pleine mer. Les peintures de marine et d’histoire navale reviennent au goût du jour. En vue de la réconciliation nationale, Louis-Philippe institue le musée de l’Histoire de France au château de Versailles, dont la galerie des Batailles inclut des sujets navals. La IIème République (1848-1852) poursuit les commandes des peintures d’histoire, célèbre l’abolition de l’esclavage et consacre l’essor de la peinture de genre et de paysage. Son président, Louis-Napoléon Bonaparte, qui deviendra l’empereur Napoléon III, favorise les innovations techniques et scientifiques en matière navale. Sous le Second Empire, les commandes de tableaux valorisent aussi les expéditions coloniales à travers le monde. La peinture navale évolue vers le genre, le décoratif et l’histoire sociale. La IIIème République commande et achète des œuvres traitant la fête maritime et les parades d’escadres, dans le cadre diplomatique et l’expansion coloniale, ainsi que la stratégie navale. Pendant la première guerre mondiale, la Marine envoie des artistes dans les ports et à bord des bâtiments. Pendant la seconde, la représentation de la Marine reflète la complexité du positionnement des peintres par rapport au gouvernement de Vichy et à celui de la France Libre. Après la Libération, les pratiques picturales se diversifient entre réalisme et utopisme.

Le Salon de la Marine. Du XVIIème siècle à 1881, le Salon de peinture et de sculpture consacre des carrières d’artistes et rythme la vie des arts. La IIIème République met fin au monopole de l’Académie des beaux-arts sur le Salon qu’elle renomme « Salon des artistes français ». Apparaissent alors d’autres sociétés d’artistes comme la « Société nationale des beaux-arts », le « Salon des indépendants » et le « Salon d’automne ». La plupart des artistes participent au Salon officiel et aux autres. En 1905, se crée la « Société des peintres de Marine », qui se fixe pour but d’aider au développement de la Marine française. En 1924, la « Société nationale des beaux-arts de la mer » voit le jour sous le haut patronage du ministre de la Marine Georges Leygues. Puis le gouvernement de Vichy récupère ces aspirations à des fins de propagande. En 1942, il inaugure le premier « Salon de la Marine » puis un autre l’année suivante au musée national de la Marine, qui vient de quitter le Louvre pour le Palais de Chaillot à Paris. En 2026, ce Salon tient sa 46ème édition en même temps que l’exposition. Sur les 281 candidatures reçues lors de l’appel à concours, son jury a retenu 43 artistes dont 38 candidats au titre de « Peintre officiel de la Marine » (voir plus loin). Le Salon expose 84 œuvres, dont plus de la moitié issue du concours. A l’occasion de chaque Salon, le jury et des institutions engagées dans le rayonnement culturel et maritime décernent des prix récompensant des démarches artistiques variées reflétant la diversité des regards sur la mer, les marins et les enjeux contemporains de la Marine. Il s’agit du prix du ministre des Armées et des Anciens Combattants, du prix Marine, du prix du jury et du prix spécial du jury.

Les Peintres officiels de la Marine. L’origine du Corps des peintres officiels de la Marine remonte à 1830, quand les peintres Louis-Philippe Crépin (1792-1851) et Théodore Gudin (1802-1880) sont officiellement rattachés au ministère de la Marine, mais sans texte réglementaire. En 1920, un décret institue le statut de « Peintre du département de la Marine ». En 1981, un autre consacre le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine » pour les artistes dont l’œuvre entretient un lien durable avec a mer, les marins et le patrimoine maritime. Ces peintres sont nommés par le ministre des Armées et des Anciens Combattants sur proposition du jury du Salon. Ils ne reçoivent pas de rétribution ni de promesse de commande officielle, mais peuvent embarquer dans les unités de la Marine à terre, en mer et dans les airs. Ils ont rang d’officier et peuvent porter l’uniforme mais sans galon. Privilège accordé par un décret de 1953, tous apposent une ancre de marine à la signature de leurs œuvres, signe distinctif de leur appartenance au Corps et symbole de leur attachement à la Marine nationale. Ils se répartissent en deux catégories : les « peintres agréés », nommés pour trois ans renouvelables ; les « peintres titulaires », nommés après trois agréments successifs.

Le titre de « Peintre officiel de la Marine » inclut aussi des graveurs, sculpteurs, photographes et gens du cinéma. En 2026, le Corps en compte 38, dont une femme.

Loïc Salmon

L’exposition « La Marine & Les Peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir » (13 mai-2 août 2026), organisée par le musée national de la Marine, se tient à Paris. Elle présente près de 150 œuvres et accompagne le 46ème Salon de la Marine. Renseignements : www.musee-marine.fr

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Les guerres des mers

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage




Exposition « Du courage à l’honneur » au musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie

La croix de Guerre, marque du courage, et la Légion d’honneur, celle du prestige, s’inscrivent dans la lignée des récompenses nationales, miroir des valeurs de la République qu’elle incarne et de destinées humaines exemplaires.

De la décoration à l’ordre. « Parler du courage, c’est parler de lucidité, d’une capacité à affronter l’adversité en l’ayant regardée en face et sans regret, sans nostalgie et étant prêt à combattre », a déclaré le général d’armée François Lecointre, Grand Chancelier de la Légion d’honneur et Chancelier de l’ordre national du Mérite, devant quelques journalistes le 21 avril 2026, veille de l’inauguration de l’exposition. Toutefois, il a souligné que le courage ne concerne pas que les militaires et que la Légion d’honneur a une vocation universelle. « L’Empereur (Napoléon 1er), dit-il, a tout de suite voulu, en créant un ordre universel, bien expliquer qu’on devait mélanger le courage et la bravoure du militaire avec la science des savants et le talent des artistes. Parce que pour faire une société unifiée et complète, il fallait que tous les talents, tous les services, tous les engagements de la société, donc que tous les champs d’activité de la société puissent être récompensés par un ordre unique. » L’ordre de Saint-Louis, créé par Louis XIV, était réservé aux militaires et son ruban rouge a inspiré celui de la Légion d’honneur. De même, la croix à quatre branches de l’ordre de Malte a servi de modèle à celle de la Légion d’honneur qui en compte une de plus. L’ordre national de la Légion d’honneur, plus haute distinction française créée en 1802 par Napoléon Bonaparte Premier consul, récompense les mérites éminents acquis au service de la France pendant vingt années au moins. En 2025, il compte 77.000 membres et, chaque année, 2.200 Français et 300 étrangers sont décorés dans les trois grades (chevalier, officier et commandeur) et deux dignités (grand officier et grand-croix). Deuxième décoration française dans l’ordre de préséance, la Médaille militaire, créée en 1852 par Napoléon III, empereur des Français, et concédée aux soldats et sous-officiers d’active, de réserve ou anciens combattants, récompense des exploits extraordinaires ou au moins huit ans passés sous les drapeaux. En 2025, elle compte 142.000 titulaires et, chaque année, environ 2.700 Français et 30 étrangers en sont décorés. Universel comme la Légion d’honneur mais n’exigeant qu’au moins dix ans de services, l’ordre national du Mérite, créée en 1963 par le président de la République Charles de Gaulle, récompense les mérites distingués acquis soit dans la fonction publique, civile ou militaire, soit dans l’exercice d’une activité privée. En 2025, il compte 176.000 membres et, chaque année, 3.800 Français et 300 étrangers sont décorés dans les trois grades (chevalier, officier et commandeur) et deux dignités (grand officier et grand-croix). La Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, créée en 2016 par le président de la République François Hollande, a vocation à leur manifester l’hommage de la France à la suite d’attentats commis sur le territoire national ou à l’étranger. Attribuée à la demande des intéressées depuis 2018, elle se place au quatrième rang dans la hiérarchie des distinctions françaises.

Des objets rares. Selon son directeur-conservateur Peter Keller, le musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie est « un musée de société et d’histoire, qui présente l’histoire sociale de la France à partir du XVIème siècle, voire avant, et cherche à faire découvrir la Légion d’honneur et les valeurs que représentent l’exemplarité, l’universalité, le civisme et mettre en lumière des parcours des hommes et des femmes, qui se sont engagées pour le bien commun et ont rendu des services à la nation. » Le musée s’est associé au Service historique de la Défense pour réaliser l’exposition « Du courage à l’honneur » et son catalogue, car tous deux conservent des fonds historiques et iconographiques symboliques, des médailles et des objets d’art et d’histoire. Héritier des dépôts de la Guerre et de la Marine créés sous Louis XIV, le Service historique de la Défense résulte de la fusion en 2005 des Services historiques de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air, de la Marine nationale et de la Gendarmerie nationale. L’exposition montre pour la première fois de beaux objets rarissimes et qui racontent un contexte. Ainsi, l’insigne et la plaque métallique de grand-croix de l’ordre autrichien de Léopold, créé en 1808, a récompensé onze personnalités civiles et militaires selon des critères similaires à ceux de la Légion d’honneur. Quoique l’Autriche des Habsbourg fut l’une des principales adversaires de Napoléon, celui-ci en devint le premier récipiendaire et épousera deux ans plus tard Marie-Louise, petite-nièce de la reine Marie-Antoinette guillotinée en 1793. L’unique ensemble identique de ces décorations se trouve…au Kremlin ! Par ailleurs, une présentation chronologique des objets et documents symboliques permet de mettre en avant les ruptures et les continuités dans la création d’une structure de récompenses de la bravoure. Cela commence sous l’Ancien Régime et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, avec des adaptations. L’exposition présente un des deux exemplaires (1788) restants des statuts de l’ordre du Saint-Esprit, créé en 1578 par Henri III. Le second se trouve à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. Il avait été envisagé, vers 1775-1780, de créer des décorations pour récompenser des « actions glorieuses et éclatantes du service de mer ». Un « tableau » inédit présente ce projet de six décorations sous forme de médaillons portés sur la poitrine et réservés aux officiers de la Marine royale : une épée et un pistolet enlacés de laurier pour un « capitaine qui prendra un vaisseau à l’abordage plus fort que le sien » ; un pistolet et une épée entrecroisés pour un « capitaine qui prendra un vaisseau à l’abordage égal au sien » ; deux canons en croix pour un « capitaine qui prendra au canon un vaisseau plus fort que le sien » ; deux pistolets pour une « capitaine en second qui prendra à l’abordage une vaisseau plus fort que le sien » ; un canon seulement pour un « capitaine, qui prendra au canon un vaisseau égal au sien » ; une grenade enflammée pour un « capitaine commandant un brûlot (navire chargé d’explosifs) qui brûlera l’ennemi ». Ce projet restera sans suite malgré la victoire de la baie de Chesapeake (1781) de l’amiral de Grasse sur la flotte anglaise, bataille décisive pour l’indépendance américaine. Alors que seuls les officiers catholiques étaient récompensés, Louis XV institue le « Mérite militaire » pour les non-catholiques au service de la France. En outre, les soldats ayant servi 24 ans sous les drapeaux ou sur les bateaux sont récompensés par le « Médaillon des deux épées », qui perdurera jusqu’en 1830. L’insigne de la petite grenade, contemporaine, est encore porté dans la Gendarmerie et l’armée de Terre…250 ans après sa création. Une aquarelle représente la cérémonie du 16 août 1804, quand Napoléon remet la Légion d’honneur à certains des 80.000 soldats rassemblés au camp de Boulogne, en vue d’un hypothétique débarquement en Angleterre, et qui deviendront la Grande Armée. Un trône du roi Dagobert a symbolisé le lien entre les Bonaparte et les Mérovingiens et, pour souligner la continuité de la bravoure militaire, les insignes étaient déposés dans les armures de Bayard et de Du Guesclin. L’exposition présente aussi le premier insigne de la croix la Légion d’honneur que Napoléon a porté à cette occasion et celui de grand-aigle (grand-croix aujourd’hui), porté à Sainte-Hélène et qu’il a légué à son frère Lucien. Au-dessus, se trouve son exemplaire personnel de l’almanach, document administratif des fonctionnaires des 130 départements de 1811, volé puis retrouvé en 1915, cent ans après Waterloo.

Loïc Salmon

L’exposition « Du courage à l’honneur » (22 avril-20 septembre 2026), organisée par le Service historique de la défense et le musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie se tient à Paris. Elle présente des décorations, objets, tableaux et documents. Renseignements : www.legiondhonneur.fr

Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense

Exposition « Honneur aux braves, la croix de Guerre » à Vincennes

La Légion d’honneur

 




Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense

La vertu militaire, récompensée par une décoration, reflète le dévouement de tous les combattants à leur pays, du simple soldat à l’officier général, et même des unités entières. Les ordres nationaux mettent sur un pied d’égalité les plus hautes personnalités civiles et les militaires récipiendaires les plus anonymes.

Héritière de la cavalerie romaine, la « chevalerie » médiévale, progressivement confondue avec la noblesse, recouvre peu à peu une catégorie sociale et professionnelle et un ensemble de valeurs et de pratiques culturelles. Quoique la chevalerie des XIVème et XVème siècles diffère de celle apparue entre les Xème et XIIème siècles, Louis XI instaure l’ordre de Saint-Michel en 1469 et y intègre les idéaux de la chevalerie médiévale. Des ordres de chevalerie l’ont précédé en Europe et d’autres lui succéderont. Conformément aux statuts, chaque nouveau chevalier se voit contraint de suivre des règles et de respecter des engagements, dont la fidélité au souverain. L’ordre du Saint-Esprit, créé par Henri III en 1578, est réservé à a noblesse. Une rupture se produit en 1693 quand Louis XIV instaure l’ordre royal de Saint-Louis pour récompenser le mérite militaire, où l’appartenance à la noblesse n’est plus requise et seule compte la bravoure au combat, assortie de dix ans de service. Au cours du XVIIIème siècle, les réflexions portent sur l’importance de distinguer les récompenses de longévité de service de celles pour action d’éclat, notifiées par un « médaillon de vétérance » avec deux épées entrecroisées. Ainsi Jean Thuret (1699-1807), le « plus vieux soldat de France », l’a servie 72 ans et a reçu trois médaillons avant d’être nommé dans la Légion d’honneur en 1804. Entretemps, la Révolution a aboli les ordres chevaleresques. Institué en 1802, l’ordre de la Légion d’honneur puise dans le symbolisme de la Révolution pour souligner son caractère universel en associant, en 1804, son insigne à une couronne composée d’une branche de laurier pour la victoire et d’une branche de chêne pour la vertu civique. En 1857, Napoléon III institue la « médaille de Sainte-Hélène » pour la reconnaissance rétrospective des anciens combattants des guerres de la Révolution et de l’Empire (1792-1815), officiellement désignée « commémorative », et première distinction française de ce type. L’affrontement de millions de combattants au cours de la première guerre mondiale nécessite, pour le commandement, de disposer d’une récompense égalitaire tout en hiérarchisant les faits d’armes et en assurant la reconnaissance au plus près des événements. C’est la croix de Guerre 1914-1918, qui sera décernée pour acte de bravoure au simple soldat comme au maréchal, à des civils, à des femmes, à des étrangers des armées alliées et même à des animaux ! Par la suite, seront instituées la croix de Guerre de théâtres d’opérations extérieurs en 1921, toujours attribuée en cas de guerre déclarée, et la croix de Guerre 1939-1945. Des unités militaires, des communes, des institutions et des entreprises ont reçu une croix de Guerre et, parfois, la Légion d’honneur. En 1930, est instaurée la « croix du Combattant » pour tout militaire présent au front pendant une durée minimale au sein d’une unité engagée au combat. Cette croix, dont le dessin se rapproche de celle de la croix de Guerre mais sans les glaives, inspirera celle de la Valeur militaire de 1956 encore décernée à l‘occasion d’opérations, mais non de guerres, extérieures. Compagnon de la Libération, le général Ralph Monclar (1892-1964) a reçu la Légion d’honneur (grand-croix), la Médaille militaire, les trois croix de Guerre, la médaille de la Résistance et celle des blessés (7 étoiles).

Loïc Salmon

« Du courage à l’honneur, trésors de la symbolique du Service historique de la Défense », ouvrage collectif sous la direction de Jean-François Dubos, Tom Dutheil et Marcel Joussen-Anglade. Éditions Pierre de Taillac, 384 pages, nombreuses illustrations, 45 €

Exposition « Du courage à l’honneur » au musée de la Légion d’honneur et des ordres de Chevalerie

L‘ordre de Saint-Michel

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 




Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides

 Depuis le XVIIIème siècle, la France mène des explorations dans le monde pour assurer sa souveraineté au prix d’immenses efforts financiers, logistiques, technologiques et humains. Les militaires y contribuent par leurs compétences en navigation, cartographie, ingénierie, médecine, sécurité et recherche.

Enjeux et découvertes. Pendant trois siècles, en matière d’explorations, pouvoir, connaissance et gloire vont de pair avec danger et échec. En Europe, la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763) bouleverse l’ordre mondial. La France a perdu le Canada et la Louisiane en Amérique et ne conserve que cinq comptoirs aux Indes. En outre, elle accuse un retard dans l’exploration du monde par rapport au Portugal, à l’Espagne, aux Pays-Bas et à l’Angleterre. Louis XV mobilise alors savants, ingénieurs et militaires dans de grandes expéditions autour du monde pour reconnaître des régions encore inconnues et souvent déjà peuplées. La cartographie facilite le développement du commerce par l’implantation de comptoirs et l’exploitation des ressources et, dans certains territoires, l’installation de colonies. Au cours de son voyage autour du monde (1766-1769), le capitaine de frégate Bougainville doit rechercher un « continent austral » (L’Antarctique, qui sera découvert en 1819). Par la suite, Louis XVI nomme le capitaine de vaisseau La Pérouse à la tête d’une expédition maritime autour du monde (1785-1788), laquelle disparaît corps et biens à Vanikoro dans le Pacifique. A partir des récits de voyage, l’Institut de France, créé en 1795, soutient des commissions scientifiques par le choix des savants, la définition des objectifs et le financement. Les publications de leurs travaux participent au rayonnement de la France en Europe. Outre leur apport à la connaissance, les vestiges archéologiques et spécimens rapportés en France contribuent à enrichir les musées et à promouvoir les victoires militaires françaises. Ces commissions lient souvent science et armée : campagne d’Égypte (1798-1801) du général Bonaparte ; voyage des découvertes aux Terres australes (1800-1804) du capitaine de vaisseau Baudin ; expédition de Morée (Grèce, 1829) et exploration de l’Algérie (1839-1841) du colonel Bory de Saint-Vincent ; voyage au Pôle Sud et dans l’Océanie (1837-1840) du capitaine de vaisseau Dumont d’Urville ; commissions scientifiques pendant la guerre du Mexique (1864-1867) ; exploration du Mékong (1866-1868) du capitaine de frégate Doudart de Lagrée ; Mission saharienne de l’Algérie au lac Tchad (1898-1900) de Fernand Foureau et du commandant Lamy ; Mission Saoura-Tidiket dans le Sud de l’Algérie (1919) du commandant Bettembourg. Après la seconde guerre mondiale, la compétition technologique s’accélère entre les grandes puissances, dont la France : création des expéditions polaires par Paul-Émile Victor (1947) ; plongée du bathyscaphe FNRS-3 à 4.050 m au large de Dakar (1954) ; lancement du satellite Astérix (1965) ; premier vol spatial habité du colonel Jean-Loup Chrétien à bord de la station russe Saliout 7 (1982) ; Mission Epsilon de la colonelle et astronaute Sophie Adenot à bord de la station spatiale internationale (2026). L’approche décloisonnée entre grands fonds marins et espace décuple la connaissance. La découverte des ressources potentielles attise les tensions entre États et menacent les écosystèmes. Toutefois, les grands programmes de recherches appliquées aux milieux extrêmes ont fait émerger la notion de « patrimoine commun de l’Humanité » pour l’Antarctique, l’espace et les fonds marins au-delà des juridictions nationales. Les nouvelles technologies (satellites, drones et intelligence artificielle) appuient l’innovation scientifique, en vue d’une meilleure compréhension de l’état du monde. L’exploration contemporaine, encouragée par l’État, peut se modéliser dans une approche multi-milieux. Employée pour la recherche militaire et civile, cette démarche globale se fonde sur l’analyse simultanée des données produites par des capteurs installés sur un satellite, un drone, un bateau, des plongeurs, des animaux ou des bouées équipées de balises GPS. Cette vaste collecte d’informations permet de disposer d’éléments précis pour la connaissance la plus exacte possible d’un milieu déterminé.

Évolution des moyens. Au fil des époques, l’État s’impose comme principal organisateur et financeur des expéditions françaises, via les ministères de la Guerre, de la Marine, de Colonies, de l’Instruction publique et des Affaires étrangères. Certaines missions sont financées par des souscriptions publiques ou des acteurs privés, comme les explorateurs eux-mêmes ou des sociétés savantes, dont la Société de Géographie et le Comité d’Afrique française. A chaque fois, la réussite dépend d’une préparation minutieuse sur les plans administratif et financier. Leur très coûteuse logistique nécessite d’importantes ressources en hommes, matériels, nourriture et armements. Outre des scientifiques civils, des militaires sont recrutés parmi les corps des ingénieurs-géographes, du génie, de la médecine navale et du service hydrographique et dans les spécialités de botaniste, de cartographe, d’astronome et de plongeur. Après la première guerre mondiale, l’avion, l’automobile et l’installation de postes de télégraphie sans fil démultiplient les possibilités d’exploration.

Colonisation puis coopération. Entre 1870 et les années1930, les explorations françaises se mettent au service de la colonisation en Afrique et en Asie. Lors de la conférence de Berlin de 1884-1885, quelques nations européennes (Allemagne, Belgique, France et Grande-Bretagne) se partagent le continent africain. Des militaires mènent alors des missions d’agrandissement de la zone d’influence française ou de maîtrise de terres et de ressources, sans oublier des motifs géographiques, cartographiques et économiques. L’effectif varie d’un seul homme à une colonne de 1.700 personnes, incluant des troupes d’escorte, des scientifiques civils, des guides, des porteurs et des interprètes Certains officiers explorateurs deviennent, plus tard, les administrateurs des territoires qu’ils ont reconnus. Toujours dirigées par des militaires, ces expéditions permettent à l’État français de conclure des traités avec les autorités locales, d’établir des réseaux de postes et d’étudier les mœurs des populations. Elle se déroulent dans un contexte de rivalités entre les puissances impériales européennes. S’y ajoutent les guerres locales, notamment en Afrique de l’Ouest où éclatent des révoltes et des insurrections dans les royaumes et sultanats. L’expansion coloniale exacerbe les rapports de violence. Une fois conquis, un territoire fait l’objet de nombreuses missions d’exploration pour délimiter les frontières, rechercher de nouvelles voies de communication maritimes, fluviales navigables et ferroviaires à tracer. Ainsi, la France organise des expéditions en Chine, formellement indépendante mais dont une grande partie du territoire est découpée, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, en zones d’influence des grandes puissances européennes. Elle y procède à des relevés géographiques sur des territoires encore inconnus de ses savants et étudie la possibilité d’y implanter de comptoirs commerciaux. Après 1945, les grandes puissances explorent les abysses et l’espace, en concurrence ou en coopération. Puis des entreprises privées accèdent à l’espace au début du XXIème siècle. En France, la loi de programmation militaire 2024-2030 donne aux armées les moyens de maîtriser les fonds marins et de préserver les équipements (câbles et engins spatiaux).

Loïc Salmon

L’exposition « Explorations : une affaire d’État ? » (15 avril-16 août 2026), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des cartes, tableaux, documents, photographies, objets, armes et instruments scientifiques. Des conférences, visites guidées, concerts et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Explorations, une affaire d’État ?

Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins




Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

Le Service historique de la Défense (SHD) conserve la mémoire des armées depuis le XVIIème siècle. En 2005, il réunit les archives des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales. De septembre 2025 à janvier 2026, une exposition itinérante retrace son histoire et ses missions dans ses dix sites en France.

Les Vingt Ans. Premier service national d’archives en France avec 450 km linéaires de documents et première bibliothèque d’Europe en histoire militaire (1 million de documents), le SHD est rattaché à la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), qui dépend du Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées. Il a fêté son vingtième anniversaire le 17 septembre 2025 à Vincennes, en présence du directeur de la DMCA, Évence Richard, et de la nouvelle cheffe du SHD, Nadine Marienstras. Ce fut l’occasion de présenter la collection d’insignes militaires réalisée par la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie Maroc et Tunisie et léguée au SHD en 2025. Cette collection de 1.460 pièces constitue l’image symbolique de l’ensemble des unités militaires françaises stationnées en Afrique du Nord, directement engagées dans la guerre d’Algérie ou qui ont contribué à former et instruire les appelés du contingent depuis la métropole. Le SHD conserve, étudie et valorise les emblèmes, drapeaux, insignes et décorations des armées. Il veille à leur homologation, leur bon usage et leur transmission. Au cours de la journée du 17 septembre, ont été présentés des documents acquis par le SHD lors de la vente aux enchères des archives privées du général de Gaulle chez Artcurial en décembre 2024 (photo). En effet, des documents originaux de tout type (lettres, journaux intimes, carnets de notes, photographies, dessins etc.) et de toute époque peuvent avoir vocation à rejoindre les collections du SHD. En outre, les archives publiques (documents papier ou numériques), produits ou reçus par le ministère des Armées et ses prédécesseurs, présentent un caractère inaliénable et imprescriptible, qu’elles soient administratives, opérationnelles, techniques ou scientifiques. Enfin, depuis 1974, le SHD collecte plusieurs milliers de témoignages oraux de civils et de militaires de tous grades portant sur l’histoire militaire de la France de la première guerre mondiale aux opérations extérieures.

Les missions. Les archives du SHD sont accessibles gratuitement et sans conditions, en dehors des réserves juridiques induites par le Code du patrimoine et la protection des secrets de l’État. Ses fonds et collections sont répartis ainsi : Centre historique de archives à Vincennes (Val-de-Marne) et Caen (Calvados) ; Centre des archives de l’armement et du personnel civil à Châtellerault (Vienne) et Le Blanc (Indre) ; Centre des archives du personnel miliaire à Pau (Pyrénées-Atlantiques) ; Centre du réseau territorial à Cherbourg (Manche), Brest (Finistère), Lorient (Morbihan), Rochefort (Charente-Maritime) et Toulon (Var). Le SHD valorise ses fonds par des conférences et colloques ouverts aux chercheurs et au grand public. Il diffuse l’histoire militaire par la publication d’ouvrages, de catalogues et de revues scientifiques, dont la Revue historique des armées qui consacre son N°317 (2ème trimestre 2025) aux « 20 Ans du SHD ». Outre la rédaction de notes, fiches et études pour répondre aux demandes d’expertise historique, il mène des recherches administratives pour la reconstitution de carrières militaires, l’appui aux commissions de décorations, celui aux politiques publiques de mémoire et la vérification de faits historiques.

Les « talents ». Le SHD nécessite divers métiers, dont ceux d’archiviste, de bibliothécaire et de chargé de recherches. L’intelligence artificielle leur permet d’extraire des données et des images et d’améliorer la qualité de l’information. La numérisation des fonds d’archives du SHD les rend accessibles au plus grand nombre.

Loïc Salmon

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Renseignement : les archives secrètes françaises et allemandes de la seconde guerre mondiale accessibles




Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Pendant la seconde guerre mondiale, des scientifiques, des intellectuels et des artistes français ou étrangers francophones fuient la France occupée et émigrent en Angleterre, Australie, Afrique et Amérique du Sud ou aux États-Unis pour y poursuivre, à leur manière, le combat pour la liberté et la dignité humaines.

La lutte culturelle. Ils veulent mobiliser l’opinion publique de pays neutres ou alliés à la cause de la résistance au nazisme et au régime collaborationniste de Vichy. La résistance culturelle s’exerce aussi dans les territoires français d’Asie, d’Afrique et d’Océanie ralliés à la France libre et où se maintient une permanence de la tradition française de liberté d’action et de création. Dès 1941 à Londres, le Comité national français, embryon d’un gouvernement en exil, crée le service de l’Instruction publique chargé de toutes les questions scolaires et universitaires au bénéfice des Français libres expatriés et au sein des territoires ralliés. Ce service, présent dans divers organismes culturels internationaux dont le Comité des ministres alliés de l’Éducation, organise aussi des expositions, concerts, représentations théâtrales, colloques et conférences. Face à la précarité de son statut et au manque de moyens, la France libre délègue et endosse ces initiatives. Son chef, le général Charles de Gaulle, encourage sa mission militaire à Washington à « faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Son rayonnement culturel repose sur des réseaux académiques et artistiques existants ou créés à cet effet. Entre tradition et innovation, les artistes et intellectuels français réussissent à tisser un lien puissant entre patrimoine national et aspirations contemporaines.

La communication. La reconnaissance du général de Gaulle comme « chef des Français libres » par le gouvernement britannique permet la création d’une administration civile et militaire. Jusqu’à la libération du territoire français en 1944, la liaison avec la Résistance intérieure et la France occupée s’organise depuis Londres. Même si l’appel radiophonique du général de Gaulle le 18 juin 1940 a été, de fait, très peu entendu, la « radio de Londres » devient très vite un espoir grâce aux émissions en français de deux services. L’émission « Les Français parlent aux Français », créée dès le 14 juillet, dépend directement des autorités britanniques. A partir du 18 juillet, la France libre reçoit un temps d’antenne pour l’émission « Honneur et Patrie », dont l’animateur doit faire valider ses textes. Il s’ensuit des heurts en fonction des relations, parfois houleuses, entre le général de Gaulle et les dirigeants britanniques. Pour alimenter cette émission et favoriser les relations avec la presse clandestine, la France libre se dote d’un important service de communications et de documentation en lien direct avec ses propres services de renseignement. Les nombreux. Journaux clandestins, dupliqués et parfois transposés sur d’autres supports (dont des foulards), sont présentés à l’étranger en tant que signe de l’existence d’une résistance intérieure et de la diversité des courants d’opinion représentés par la France libre. A la suite des débarquements des Alliés en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août), la station radiophonique britannique publie une brochure intitulée « Voici la BBC » pour faire découvrir les coulisses de ses émissions, de son organisation et de son fonctionnement à ses auditeurs. Elle incite ainsi les lecteurs-auditeurs à poursuivre leur écoute après la guerre, grâce à ses émissions quotidiennes à travers l’Europe. Les paroles du « Chant des partisans », véritable hymne de la Résistance composé en mai 1943, sont diffusées sur des tracts largués sur la France occupée par des avions militaires britanniques. En septembre, elles sont publiées dans le premier numéro des Cahiers de la Libération sous le titre « Les partisans (chant de la Libération) ». Après la guerre, le chant conserve une grande popularité et constitue encore un hommage aux résistants et un symbole de lutte et d’espoir. Son manuscrit, présenté à l’exposition, a été classé monument historique en 2006. De nombreuses institutions, associations ou syndicats des pays alliés apportent leur soutien à la France libre et à la Résistance française, dont les résolutions traduites en français sont imprimées sur des tracts destinées à être parachutés. Les brochures de propagande de la France libre visent à la légitimer comme un pays à part entière au même titre que les États-Unis, la Grande-Bretagne et, à partir de 1941, l’URSS. Des artistes et des dessinateurs coopèrent par la réalisation d’affiches (photo, œuvres de Natacha et Jean Carlu). A Londres, le joailler Cartier réalise des bijoux, supports de messages adaptés aux pays où ils sont proposés à la vente. Les produits dérivés, à savoir jeux de cartes, paquets de cigarettes, timbres et objets divers, contribuent à la communication auprès des militaires et des civils, hommes et femmes. Aux États-Unis, le comité « France Forever », constitué en 1940, les crée, les vend et en reverse les bénéfices à la France libre. Son service cinématographique organise un festival permanent du film français à New York. A partir du 3 juin 1942, tous les mouvements de la Résistance intérieure reconnaissent officiellement l’autorité du Comité national français et, le 13 juillet, la « France libre » devient la « France combattante » qui, elle aussi, produit des films de propagande où sont mobilisés des artistes français.

L’exil. Quitter la France nécessite financements, références, contacts, patience, courage, témérité et…chance ! Entre juillet 1940 et juin 1941, des réseaux organisent les transferts de 5.000 personnes vers les États-Unis, via la Martinique, au départ de Marseille et de Casablanca (Maroc). Plus souvent à bord de cargos que de paquebots, le voyage ne garantit guère la destination prévue. Entre 1940 et 1942, environ 9.000 Français émigrent aux États-Unis. Tous ces exilés volontaires ne comptent pas s’installer défectivement aux États-Unis et veulent rentrer en France dès la victoire espérée et attendue. Toutefois, la France libre manque de la reconnaissance officielle des autorités américaines, car certains exilés français restent favorables au gouvernement de Vichy. Grâce à l’appui des intellectuels et des artistes et le soutien des médias et du comité France Forever, la sympathie envers elle s’accroît. En continuant à créer, notamment en Amérique du Sud et du Nord, les artistes exilés maintiennent une culture cosmopolite, contribuant à transformer New York et Los Angeles en nouveaux centres artistiques mondiaux. La présence d’un important lectorat potentiel francophone dans les pays d’accueil favorise la naissance des maisons d’édition et la constitution d’un réseau éditorial. Entre 1940 et 1944, environ 240 livres en français sont publiés aux États-Unis, 182 au Brésil et 66 en Argentine. Entre 1940 et 1942, plus d’une centaine d’universitaires et de biochimistes, physiciens, anthropologues et philosophes parviennent à entrer aux États-Unis. Mais des scientifiques, exclus des programmes américains de défense, poursuivent leurs travaux sur la radioactivité en Grande-Bretagne et au Canada.

L’héritage. Malgré ses difficultés à s’imposer comme un acteur du concert diplomatique à la fin de la guerre, la France accueille à Paris l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture), fondée le 16 novembre 1945. Les Français libres Henri Laugier (physiologiste) et René Cassin (juriste) participent à la commission américaine préparatoire à la création, en 1946, de la Commission permanente des droits de l’homme à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948.

Loïc Salmon

L’exposition « Un exil combattant » (26 février–22 juin 2025), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, affiches, photographies, bijoux, insignes et documents. Des conférences, visites guidées, et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides




27 août – 27 septembre 2024, exposition « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » à Clermont-Fderrand

L’exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre », présentée au public par le Service historique de la Défense au Château de Vincennes, Pavillon du Roi, Salle des Armoires, du jeudi 25 avril au samedi 22 juin 2024, se déplace à Clermont-Ferrand du 27 août au 27 septembre 2024.

L’exposition est ouverte de 9 h à 17 h à la mairie de Clermont-Ferrand, Salle des Pas Perdus.

L’exposition a été inaugurée le jeudi 25 avril 2024 au Château de Vincennes par Madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire.
L’exposition et le livre mémorial, édité à cette occasion, ont été réalisés par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire en partenariat avec le Service historique de la Défense, le Centre national des sports de la Défense et la Fédération des clubs de la Défense.

25 avril – décembre 2024, exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » Exemplaire

« Les institutions civiles décorées de la croix de Guerre », journée d’étude du 30 juin 2022 à l’Institut national du service public

Journée d’étude : « Honneur de la cité, cités à l’honneur Villes et villages décorés des deux guerres »

 

 

 

 




Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Forme de violence ritualisée, parfois chorégraphiée et légitimée, le duel a été plus ou moins autorisé partout dans le monde depuis l’Antiquité. Ses caractéristiques ont inspiré tableaux, estampes, romans et pièces de théâtre, avant de triompher au cinéma.

Combat singulier. Le duel se pratique pour régler un litige, laver son honneur ou marquer le passage à l’âge adulte. Les armes utilisées, qui varient selon les époques et cultures, incluent glaives, épées, sabres, couteaux, poignards, massues, faucilles, longs bâtons et pistolets. Lors des rencontres, les deux adversaires, qualifiés de « champions », représentent parfois leur cité et, à eux seuls, les deux armées qui s’affrontent. Les codes des combats singuliers antiques influencent les pratiques guerrières médiévales, notamment la « joute » qui oppose deux chevaliers dans un champ clos. En effet, les modalités du combat à pied dans les joutes, consistent, pour l’un des adversaires à défendre un passage symbolique à l’intérieur d’un espace fermé. Arrêter un ennemi en un endroit précis constitue un modèle en vigueur dès l’Antiquité. Ainsi, l’Illiade d’Homère, qui évoque le combat entre le Grec Achille et le Troyen Hector devant les remparts de Troie, et d’autres récits mythologiques alimentent la production littéraire du Moyen-Âge, qui inspire à son tour la création artistique des XVIème et XVIIème siècles en Europe. Ces emprunts et références dessinent peu à peu le modèle des héros chevaleresques. En outre, les combats célèbres finissent par incarner l’idéal de tout un peuple.

Duels mémorables. En France à l’époque médiévale, les tribunaux recourent parfois au duel judiciaire, héritier de l’ordalie franque par l’eau ou le feu, pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un accusé. En 1386, Marguerite de Thibouville déclare à son mari, Jean IV de Carrouges, qu’elle a été violée par Jacques Le Gris dans la nuit du 13 février. En l’absence de preuves, son seul témoignage et les alibis de l’accusé aboutissent à une ordonnance royale, qui s’en remet au jugement de Dieu pour régler l’affaire par un combat à mort Place Sainte-Catherine à Paris le 29 décembre. L’affrontement débute à cheval, puis les deux adversaires, qui ont tué leur monture, continuent le combat à pied. Quoique blessé à la cuisse, Carrouges parvient à renverser Le Gris et le tue au sol d’un coup de dague dans la mâchoire. Or, plus tard, des chroniqueurs affirment qu’un criminel aurait avoué le viol par la suite. Un innocent a donc été condamné en raison d’un témoignage erroné. Le doute sur ce mode d’expression de la justice divine conduit à l’abandon, en France, du duel judiciaire. En 1547 en France, un duel oppose Guy Chabot, baron de Jarnac, à François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, à Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet, en présence du roi Henri II. Deux ans plus tôt, La Châtaigneraie, favori de Henri alors dauphin, lui révèle que Jarnac entretient des relations incestueuses avec sa belle-mère. Le démenti public de Jarnac fait alors passer La Châtaigneraie pour un menteur. Pour sauver sa réputation, ce dernier demande un duel judicaire au roi François Ier, qui le refuse mais que son fils Henri, devenu roi, lui accorde. Peu expérimenté, Jarnac va, au préalable, s’entraîner auprès du maître d’armes italien Caize, qui lui enseigne la « botte au jarret », coup rare et surprenant mais parfaitement régulier. Cette botte, entrée dans l’Histoire sous le nom de « coup de Jarnac », permet à ce dernier de remporter la victoire. En 1612 au Japon, un duel oppose deux grandes figures du « kendô » (art martial du sabre) le 12 avril sur une petite île du détroit de Kanmon. Pour prouver sa valeur et mettre sa technique à l’épreuve, le jeune Musashi Miyamoto parvient à convaincre Tadaoki Hosokawa, seigneur de Kokura, de l’autoriser à croiser le fer avec Kojirô Sasaki, son maître d’armes. Miyamoto arrive volontairement en retard et nargue Sasaki impatient. Ce dernier, furieux, manque sa première attaque. De son côté, Miyamoto frappe au front Sasaki, qui s’effondre. Celui-ci tente un nouvel assaut mais Miyamoto lui fracasse les côtes. A la fin du XVIIème siècle en France, deux duellistes s’affrontent dans un champ après une querelle dans une auberge. Il s’agit de Joseph d’Albert de Luynes, capitaine au Régiment Royal-Étranger, et de Julie d’Aubigny, dite « la Maupin » mais habillée en homme et qui gagne sa vie en organisant des spectacles d’escrime itinérants. Après avoir blessé Luynes, surpris d’avoir été vaincu par une femme, la Maupin le soigne jusqu’à son rétablissement. Tous deux tombent amoureux l’un de l’autre et entretiennent une liaison épisodique pendant des années. Luynes poursuit sa carrière militaire, jusqu’à ce qu’un nouveau duel le contraigne à l’exil. La Maupin devient chanteuse à l’Académie royale de musique de Paris et continue à remporter des combats singuliers. En 1834, le poète et critique d’art, Théophile Gautier, s’en inspire pour son premier roman intitulé « Mademoiselle de Maupin », qui sera porté à l’écran en 1966. En 1787, en Angleterre, deux chevaliers s’affrontent, le 9 avril à Londres, pour un « duel blanc » en présence du prince de Galles, futur George IV. Il s’agit de Joseph Bologne de Saint-George, fils d’un colon français noble et d’une esclave guadeloupéenne, et Charles d’Éon de Beaumont, souvent travesti en femme. Ce type de spectacle, très prisé à l’époque, surtout entre deux personnages connus, apparaît plutôt comme une démonstration d’escrime qu’un combat. Quoique de 17 ans plus âgé(e), D’Éon, espion français puis bretteuse professionnelle, l’emport sur Saint-Georges, célèbre compositeur et escrimeur.

Interdiction et tolérance. La perception du duel par les autorités politiques a varié au cours des siècles. Ainsi Manlius Torquatus, consul de Rome entre 347 et 340 avant J.-C., fait condamner à mort son fils qui, à l’encontre des lois militaires, va affronter un ennemi en combat singulier. Dès le Moyen-Âge en France, le pouvoir royal tente de circonscrire ces combats aux seuls duels judiciaires (voir plus haut). A la Renaissance, devant la récurrence des duels, les édits se durcissent mais sans qu’ils soient réellement appliqués. Au début du XVIIème siècle en France, malgré une législation renforcée, les duels sont rarement punis. La justice ne sévit que lorsqu’un duelliste récidive trop souvent. Ainsi François de Montmorency-Bouteville, bretteur invétéré, engage, en juillet 1627 à Paris, un duel qui entraîne sa condamnation à mort. Pourtant, le succès du duel au sein de la noblesse ne faiblit pas, car la défense de l’honneur prime sur le respect de la loi. Les épées, plus fines et plus légères que celles utilisées pour la guerre, se portent à la ceinture et nécessitent de bien viser plutôt que de frapper fort. L’abolition de tous les textes d’interdiction par la Révolution entraîne une multiplication des duels. Dans le monde militaire, le duel reste intrinsèquement lié à la guerre et aux deux grandes figures de héros, à savoir le chevalier et le mousquetaire. Tous deux incarnent le devoir moral qui incite les hommes à affirmer leur point de vue « à la pointe de l’épée ». L’honneur a toujours été le moteur de la vaillance, sentiment capable d’aider les soldats à affronter la mort. Toutefois, cet honneur les pousse à chercher querelle à leurs camarades avec, souvent, l’assentiment de leur hiérarchie. Alors que les duels sont considérés comme éradiqués du royaume de France, l’armée les tolère en son sein. Ils témoignent de l’idéal chevaleresque qui anime encore les officiers à la fin du XVIIème siècle et deviennent même une coutume d’intégration des recrues. Au XIXème siècle, malgré son importance dérisoire sur le champ de bataille, l’épée conserve son aura et l’enseignement de son maniement perdure entre les deux guerres mondiales.

Loïc Salmon

L’exposition « Duels, l’art du combat » (24 avril–18 août 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des gravures, tableaux, affiches livres, armes, armures et objets. Des visites guidées, projections de films et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Duels, l’art du combat

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

 




Duels, l’art du combat

La femme a occupé une place importante dans le combat d’homme à homme, qui se transformera en un sport spectaculaire au cours de l’Histoire jusqu’à aujourd’hui.

En effet, la femme constitue souvent l’élément déclencheur des duels masculins, qui trouvent ainsi une légitimité. Dès l’Antiquité, le duel se justifie par une rivalité amoureuse. Ainsi, dans l’Illiade, l’enlèvement d’Hélène, épouse du roi de Sparte Ménélas, par la prince troyen Pâris provoque la guerre de Troie. Par la suite, l’amour contrarié se révèle un prétexte récurrent. Au Moyen-Âge en France, l’interdiction pour une femme offensée de se battre elle-même l’oblige à choisir un « champion », qui combattra à sa place. Entre 1560 et 1679, dans vingt cas répertoriés, le duel consiste, pour celui qui le demande, à défendre, venger ou exalter l’honneur de sa fille, pupille ou maîtresse. Les modalités du combat singulier règlementent progressivement les statuts d’offenseurs et d’offensés. Au XXème siècle, selon l’ouvrage « Le Point d’honneur du duel », le « frôleur », qui se serait livré à un attouchement sur une femme et qui aurait été giflé par l’homme qui l’accompagne, reste l’offenseur. Par ailleurs, le duel ne vise pas à conquérir l’amour d’une femme, mais à se venger de celui qui l’a obtenu. Parfois, il permet d’assurer la survie économique de la famille par un mariage avantageux, face à un prétendant sans fortune, et ainsi maintenir l’ordre social établi. Toutefois, en France au XVIIème siècle, le duel peut entraîner la perte de la fortune et du statut social des combattants, dont les femmes sont les premières victimes. Sur le plan judiciaire, il peut entraîner l’exil et la confiscation des biens du vainqueur, laissant son épouse sans ressources pour subvenir aux besoins des enfants. Devant la fréquence des duels, l’édit royal de 1651 ordonne de lui adjuger ce qu’il faut pour les entretenir toute leur vie. Au XIXème siècle, la pratique de l’escrime féminine se répand dans les pays germanophones et anglo-saxons, car elle est vue comme un sport noble permettant de développer les compétences physiques et morales des femmes au même titre que celles des hommes. L’intérêt du public pour le spectacle d’escrime féminine conduit à inclure cette discipline dans l’enseignement de l’art dramatique. Les aspects sportif et spectaculaire du duel apparaissent dès l’Antiquité. En Égypte, le pharaon Ramsès III (1180 avant J.-C.) fait graver dans la pierre des combats avec des bâtons ferrés sous le contrôle d’un arbitre. A Rome, les combats de gladiateurs durent de 264 avant J.-C. à 410 après J.-C. avec des variantes, à savoir duels mixtes, à deux ou par équipes, à armes différentes ou avec handicap, sur terre ou sur l’eau. Jusqu’au XVIème siècle, les tournois sont utilisés pour le spectacle, le loisir l’entraînement à la guerre ou la pratique honorifique et lucrative. En outre, ils permettent au jouteur de parader et de prouver sa vaillance au combat. Quoique les armes soient émoussées ou épointées, la violence des affrontements fait de nombreux blessés. Malgré le port de cuirasses, tous les coups ne sont pas permis et certains sont fortement sanctionnés. Dans les salles d’armes, l’escrime atteint son sommet au XVIème siècle avec l’invention du « fleuret », qui permet d’apprendre et de s’entraîner sans trop de risque. Le masque protecteur du visage n’apparaît qu’au XVIIIème siècle. Mais il n’est vraiment accepté que lorsque le chevalier de Saint-George, escrimeur réputé, en lance la mode. Dès lors, le fleuret connaît des progrès extraordinaires, car plus rien n’entrave la dextérité, la vitesse et la précision. Sport artistique, l’escrime devient discipline olympique dès la résurrection des Jeux olympiques en 1896. Le duel à poings nus, pratiqué dans le monde méditerranéen dès 2000 avant J.-C. jusqu’à la chute de l’Empire romain en 476, réapparaît en Europe à la fin du XVIème siècle sous le nom de…« boxe anglaise » !

Loïc Salmon

« Duels, l’art du combat », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 336 pages, 275 illustrations, 35 €

Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Mousquetaires !




25 avril – décembre 2024, exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre »

L’exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre », présentée au public par le Service historique de la Défense, Château de Vincennes, Pavillon du Roi, Salle des Armoires, du jeudi 25 avril au samedi 22 juin 2024, doit se déplacer dans toute la France jusqu’à la fin de l’année 2024.
Au Château de Vincennes, les horaires d’ouverture de l’exposition sont les suivants :
–     lundi : 13h00 – 17h00
–     mardi : 9h00 – 17h00
–     mercredi : 9h00 – 17h00
–     jeudi : 9h00 – 17h00
–     vendredi : 9h00 – 16h00
–     samedi : 9h30 – 15h00
–      dimanche : fermé
L’exposition a été inaugurée le jeudi 25 avril 2024 par Madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire.
L’exposition et le livre mémorial, édité à cette occasion, ont été réalisés par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire en partenariat avec le Service historique de la Défense, le Centre national des sports de la Défense et la Fédération des clubs de la Défense.

« Les institutions civiles décorées de la croix de Guerre », journée d’étude du 30 juin 2022 à l’Institut national du service public

Journée d’étude : « Honneur de la cité, cités à l’honneur Villes et villages décorés des deux guerres »