Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

Le Service historique de la Défense (SHD) conserve la mémoire des armées depuis le XVIIème siècle. En 2005, il réunit les archives des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales. De septembre 2025 à janvier 2026, une exposition itinérante retrace son histoire et ses missions dans ses dix sites en France.

Les Vingt Ans. Premier service national d’archives en France avec 450 km linéaires de documents et première bibliothèque d’Europe en histoire militaire (1 million de documents), le SHD est rattaché à la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), qui dépend du Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées. Il a fêté son vingtième anniversaire le 17 septembre 2025 à Vincennes, en présence du directeur de la DMCA, Évence Richard, et de la nouvelle cheffe du SHD, Nadine Marienstras. Ce fut l’occasion de présenter la collection d’insignes militaires réalisée par la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie Maroc et Tunisie et léguée au SHD en 2025. Cette collection de 1.460 pièces constitue l’image symbolique de l’ensemble des unités militaires françaises stationnées en Afrique du Nord, directement engagées dans la guerre d’Algérie ou qui ont contribué à former et instruire les appelés du contingent depuis la métropole. Le SHD conserve, étudie et valorise les emblèmes, drapeaux, insignes et décorations des armées. Il veille à leur homologation, leur bon usage et leur transmission. Au cours de la journée du 17 septembre, ont été présentés des documents acquis par le SHD lors de la vente aux enchères des archives privées du général de Gaulle chez Artcurial en décembre 2024 (photo). En effet, des documents originaux de tout type (lettres, journaux intimes, carnets de notes, photographies, dessins etc.) et de toute époque peuvent avoir vocation à rejoindre les collections du SHD. En outre, les archives publiques (documents papier ou numériques), produits ou reçus par le ministère des Armées et ses prédécesseurs, présentent un caractère inaliénable et imprescriptible, qu’elles soient administratives, opérationnelles, techniques ou scientifiques. Enfin, depuis 1974, le SHD collecte plusieurs milliers de témoignages oraux de civils et de militaires de tous grades portant sur l’histoire militaire de la France de la première guerre mondiale aux opérations extérieures.

Les missions. Les archives du SHD sont accessibles gratuitement et sans conditions, en dehors des réserves juridiques induites par le Code du patrimoine et la protection des secrets de l’État. Ses fonds et collections sont répartis ainsi : Centre historique de archives à Vincennes (Val-de-Marne) et Caen (Calvados) ; Centre des archives de l’armement et du personnel civil à Châtellerault (Vienne) et Le Blanc (Indre) ; Centre des archives du personnel miliaire à Pau (Pyrénées-Atlantiques) ; Centre du réseau territorial à Cherbourg (Manche), Brest (Finistère), Lorient (Morbihan), Rochefort (Charente-Maritime) et Toulon (Var). Le SHD valorise ses fonds par des conférences et colloques ouverts aux chercheurs et au grand public. Il diffuse l’histoire militaire par la publication d’ouvrages, de catalogues et de revues scientifiques, dont la Revue historique des armées qui consacre son N°317 (2ème trimestre 2025) aux « 20 Ans du SHD ». Outre la rédaction de notes, fiches et études pour répondre aux demandes d’expertise historique, il mène des recherches administratives pour la reconstitution de carrières militaires, l’appui aux commissions de décorations, celui aux politiques publiques de mémoire et la vérification de faits historiques.

Les « talents ». Le SHD nécessite divers métiers, dont ceux d’archiviste, de bibliothécaire et de chargé de recherches. L’intelligence artificielle leur permet d’extraire des données et des images et d’améliorer la qualité de l’information. La numérisation des fonds d’archives du SHD les rend accessibles au plus grand nombre.

Loïc Salmon

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Renseignement : les archives secrètes françaises et allemandes de la seconde guerre mondiale accessibles




Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Pendant la seconde guerre mondiale, des scientifiques, des intellectuels et des artistes français ou étrangers francophones fuient la France occupée et émigrent en Angleterre, Australie, Afrique et Amérique du Sud ou aux États-Unis pour y poursuivre, à leur manière, le combat pour la liberté et la dignité humaines.

La lutte culturelle. Ils veulent mobiliser l’opinion publique de pays neutres ou alliés à la cause de la résistance au nazisme et au régime collaborationniste de Vichy. La résistance culturelle s’exerce aussi dans les territoires français d’Asie, d’Afrique et d’Océanie ralliés à la France libre et où se maintient une permanence de la tradition française de liberté d’action et de création. Dès 1941 à Londres, le Comité national français, embryon d’un gouvernement en exil, crée le service de l’Instruction publique chargé de toutes les questions scolaires et universitaires au bénéfice des Français libres expatriés et au sein des territoires ralliés. Ce service, présent dans divers organismes culturels internationaux dont le Comité des ministres alliés de l’Éducation, organise aussi des expositions, concerts, représentations théâtrales, colloques et conférences. Face à la précarité de son statut et au manque de moyens, la France libre délègue et endosse ces initiatives. Son chef, le général Charles de Gaulle, encourage sa mission militaire à Washington à « faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Son rayonnement culturel repose sur des réseaux académiques et artistiques existants ou créés à cet effet. Entre tradition et innovation, les artistes et intellectuels français réussissent à tisser un lien puissant entre patrimoine national et aspirations contemporaines.

La communication. La reconnaissance du général de Gaulle comme « chef des Français libres » par le gouvernement britannique permet la création d’une administration civile et militaire. Jusqu’à la libération du territoire français en 1944, la liaison avec la Résistance intérieure et la France occupée s’organise depuis Londres. Même si l’appel radiophonique du général de Gaulle le 18 juin 1940 a été, de fait, très peu entendu, la « radio de Londres » devient très vite un espoir grâce aux émissions en français de deux services. L’émission « Les Français parlent aux Français », créée dès le 14 juillet, dépend directement des autorités britanniques. A partir du 18 juillet, la France libre reçoit un temps d’antenne pour l’émission « Honneur et Patrie », dont l’animateur doit faire valider ses textes. Il s’ensuit des heurts en fonction des relations, parfois houleuses, entre le général de Gaulle et les dirigeants britanniques. Pour alimenter cette émission et favoriser les relations avec la presse clandestine, la France libre se dote d’un important service de communications et de documentation en lien direct avec ses propres services de renseignement. Les nombreux. Journaux clandestins, dupliqués et parfois transposés sur d’autres supports (dont des foulards), sont présentés à l’étranger en tant que signe de l’existence d’une résistance intérieure et de la diversité des courants d’opinion représentés par la France libre. A la suite des débarquements des Alliés en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août), la station radiophonique britannique publie une brochure intitulée « Voici la BBC » pour faire découvrir les coulisses de ses émissions, de son organisation et de son fonctionnement à ses auditeurs. Elle incite ainsi les lecteurs-auditeurs à poursuivre leur écoute après la guerre, grâce à ses émissions quotidiennes à travers l’Europe. Les paroles du « Chant des partisans », véritable hymne de la Résistance composé en mai 1943, sont diffusées sur des tracts largués sur la France occupée par des avions militaires britanniques. En septembre, elles sont publiées dans le premier numéro des Cahiers de la Libération sous le titre « Les partisans (chant de la Libération) ». Après la guerre, le chant conserve une grande popularité et constitue encore un hommage aux résistants et un symbole de lutte et d’espoir. Son manuscrit, présenté à l’exposition, a été classé monument historique en 2006. De nombreuses institutions, associations ou syndicats des pays alliés apportent leur soutien à la France libre et à la Résistance française, dont les résolutions traduites en français sont imprimées sur des tracts destinées à être parachutés. Les brochures de propagande de la France libre visent à la légitimer comme un pays à part entière au même titre que les États-Unis, la Grande-Bretagne et, à partir de 1941, l’URSS. Des artistes et des dessinateurs coopèrent par la réalisation d’affiches (photo, œuvres de Natacha et Jean Carlu). A Londres, le joailler Cartier réalise des bijoux, supports de messages adaptés aux pays où ils sont proposés à la vente. Les produits dérivés, à savoir jeux de cartes, paquets de cigarettes, timbres et objets divers, contribuent à la communication auprès des militaires et des civils, hommes et femmes. Aux États-Unis, le comité « France Forever », constitué en 1940, les crée, les vend et en reverse les bénéfices à la France libre. Son service cinématographique organise un festival permanent du film français à New York. A partir du 3 juin 1942, tous les mouvements de la Résistance intérieure reconnaissent officiellement l’autorité du Comité national français et, le 13 juillet, la « France libre » devient la « France combattante » qui, elle aussi, produit des films de propagande où sont mobilisés des artistes français.

L’exil. Quitter la France nécessite financements, références, contacts, patience, courage, témérité et…chance ! Entre juillet 1940 et juin 1941, des réseaux organisent les transferts de 5.000 personnes vers les États-Unis, via la Martinique, au départ de Marseille et de Casablanca (Maroc). Plus souvent à bord de cargos que de paquebots, le voyage ne garantit guère la destination prévue. Entre 1940 et 1942, environ 9.000 Français émigrent aux États-Unis. Tous ces exilés volontaires ne comptent pas s’installer défectivement aux États-Unis et veulent rentrer en France dès la victoire espérée et attendue. Toutefois, la France libre manque de la reconnaissance officielle des autorités américaines, car certains exilés français restent favorables au gouvernement de Vichy. Grâce à l’appui des intellectuels et des artistes et le soutien des médias et du comité France Forever, la sympathie envers elle s’accroît. En continuant à créer, notamment en Amérique du Sud et du Nord, les artistes exilés maintiennent une culture cosmopolite, contribuant à transformer New York et Los Angeles en nouveaux centres artistiques mondiaux. La présence d’un important lectorat potentiel francophone dans les pays d’accueil favorise la naissance des maisons d’édition et la constitution d’un réseau éditorial. Entre 1940 et 1944, environ 240 livres en français sont publiés aux États-Unis, 182 au Brésil et 66 en Argentine. Entre 1940 et 1942, plus d’une centaine d’universitaires et de biochimistes, physiciens, anthropologues et philosophes parviennent à entrer aux États-Unis. Mais des scientifiques, exclus des programmes américains de défense, poursuivent leurs travaux sur la radioactivité en Grande-Bretagne et au Canada.

L’héritage. Malgré ses difficultés à s’imposer comme un acteur du concert diplomatique à la fin de la guerre, la France accueille à Paris l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture), fondée le 16 novembre 1945. Les Français libres Henri Laugier (physiologiste) et René Cassin (juriste) participent à la commission américaine préparatoire à la création, en 1946, de la Commission permanente des droits de l’homme à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948.

Loïc Salmon

L’exposition « Un exil combattant » (26 février–22 juin 2025), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, affiches, photographies, bijoux, insignes et documents. Des conférences, visites guidées, et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides




27 août – 27 septembre 2024, exposition « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » à Clermont-Fderrand

L’exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre », présentée au public par le Service historique de la Défense au Château de Vincennes, Pavillon du Roi, Salle des Armoires, du jeudi 25 avril au samedi 22 juin 2024, se déplace à Clermont-Ferrand du 27 août au 27 septembre 2024.

L’exposition est ouverte de 9 h à 17 h à la mairie de Clermont-Ferrand, Salle des Pas Perdus.

L’exposition a été inaugurée le jeudi 25 avril 2024 au Château de Vincennes par Madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire.
L’exposition et le livre mémorial, édité à cette occasion, ont été réalisés par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire en partenariat avec le Service historique de la Défense, le Centre national des sports de la Défense et la Fédération des clubs de la Défense.

25 avril – décembre 2024, exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre » Exemplaire

« Les institutions civiles décorées de la croix de Guerre », journée d’étude du 30 juin 2022 à l’Institut national du service public

Journée d’étude : « Honneur de la cité, cités à l’honneur Villes et villages décorés des deux guerres »

 

 

 

 




Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Forme de violence ritualisée, parfois chorégraphiée et légitimée, le duel a été plus ou moins autorisé partout dans le monde depuis l’Antiquité. Ses caractéristiques ont inspiré tableaux, estampes, romans et pièces de théâtre, avant de triompher au cinéma.

Combat singulier. Le duel se pratique pour régler un litige, laver son honneur ou marquer le passage à l’âge adulte. Les armes utilisées, qui varient selon les époques et cultures, incluent glaives, épées, sabres, couteaux, poignards, massues, faucilles, longs bâtons et pistolets. Lors des rencontres, les deux adversaires, qualifiés de « champions », représentent parfois leur cité et, à eux seuls, les deux armées qui s’affrontent. Les codes des combats singuliers antiques influencent les pratiques guerrières médiévales, notamment la « joute » qui oppose deux chevaliers dans un champ clos. En effet, les modalités du combat à pied dans les joutes, consistent, pour l’un des adversaires à défendre un passage symbolique à l’intérieur d’un espace fermé. Arrêter un ennemi en un endroit précis constitue un modèle en vigueur dès l’Antiquité. Ainsi, l’Illiade d’Homère, qui évoque le combat entre le Grec Achille et le Troyen Hector devant les remparts de Troie, et d’autres récits mythologiques alimentent la production littéraire du Moyen-Âge, qui inspire à son tour la création artistique des XVIème et XVIIème siècles en Europe. Ces emprunts et références dessinent peu à peu le modèle des héros chevaleresques. En outre, les combats célèbres finissent par incarner l’idéal de tout un peuple.

Duels mémorables. En France à l’époque médiévale, les tribunaux recourent parfois au duel judiciaire, héritier de l’ordalie franque par l’eau ou le feu, pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un accusé. En 1386, Marguerite de Thibouville déclare à son mari, Jean IV de Carrouges, qu’elle a été violée par Jacques Le Gris dans la nuit du 13 février. En l’absence de preuves, son seul témoignage et les alibis de l’accusé aboutissent à une ordonnance royale, qui s’en remet au jugement de Dieu pour régler l’affaire par un combat à mort Place Sainte-Catherine à Paris le 29 décembre. L’affrontement débute à cheval, puis les deux adversaires, qui ont tué leur monture, continuent le combat à pied. Quoique blessé à la cuisse, Carrouges parvient à renverser Le Gris et le tue au sol d’un coup de dague dans la mâchoire. Or, plus tard, des chroniqueurs affirment qu’un criminel aurait avoué le viol par la suite. Un innocent a donc été condamné en raison d’un témoignage erroné. Le doute sur ce mode d’expression de la justice divine conduit à l’abandon, en France, du duel judiciaire. En 1547 en France, un duel oppose Guy Chabot, baron de Jarnac, à François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, à Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet, en présence du roi Henri II. Deux ans plus tôt, La Châtaigneraie, favori de Henri alors dauphin, lui révèle que Jarnac entretient des relations incestueuses avec sa belle-mère. Le démenti public de Jarnac fait alors passer La Châtaigneraie pour un menteur. Pour sauver sa réputation, ce dernier demande un duel judicaire au roi François Ier, qui le refuse mais que son fils Henri, devenu roi, lui accorde. Peu expérimenté, Jarnac va, au préalable, s’entraîner auprès du maître d’armes italien Caize, qui lui enseigne la « botte au jarret », coup rare et surprenant mais parfaitement régulier. Cette botte, entrée dans l’Histoire sous le nom de « coup de Jarnac », permet à ce dernier de remporter la victoire. En 1612 au Japon, un duel oppose deux grandes figures du « kendô » (art martial du sabre) le 12 avril sur une petite île du détroit de Kanmon. Pour prouver sa valeur et mettre sa technique à l’épreuve, le jeune Musashi Miyamoto parvient à convaincre Tadaoki Hosokawa, seigneur de Kokura, de l’autoriser à croiser le fer avec Kojirô Sasaki, son maître d’armes. Miyamoto arrive volontairement en retard et nargue Sasaki impatient. Ce dernier, furieux, manque sa première attaque. De son côté, Miyamoto frappe au front Sasaki, qui s’effondre. Celui-ci tente un nouvel assaut mais Miyamoto lui fracasse les côtes. A la fin du XVIIème siècle en France, deux duellistes s’affrontent dans un champ après une querelle dans une auberge. Il s’agit de Joseph d’Albert de Luynes, capitaine au Régiment Royal-Étranger, et de Julie d’Aubigny, dite « la Maupin » mais habillée en homme et qui gagne sa vie en organisant des spectacles d’escrime itinérants. Après avoir blessé Luynes, surpris d’avoir été vaincu par une femme, la Maupin le soigne jusqu’à son rétablissement. Tous deux tombent amoureux l’un de l’autre et entretiennent une liaison épisodique pendant des années. Luynes poursuit sa carrière militaire, jusqu’à ce qu’un nouveau duel le contraigne à l’exil. La Maupin devient chanteuse à l’Académie royale de musique de Paris et continue à remporter des combats singuliers. En 1834, le poète et critique d’art, Théophile Gautier, s’en inspire pour son premier roman intitulé « Mademoiselle de Maupin », qui sera porté à l’écran en 1966. En 1787, en Angleterre, deux chevaliers s’affrontent, le 9 avril à Londres, pour un « duel blanc » en présence du prince de Galles, futur George IV. Il s’agit de Joseph Bologne de Saint-George, fils d’un colon français noble et d’une esclave guadeloupéenne, et Charles d’Éon de Beaumont, souvent travesti en femme. Ce type de spectacle, très prisé à l’époque, surtout entre deux personnages connus, apparaît plutôt comme une démonstration d’escrime qu’un combat. Quoique de 17 ans plus âgé(e), D’Éon, espion français puis bretteuse professionnelle, l’emport sur Saint-Georges, célèbre compositeur et escrimeur.

Interdiction et tolérance. La perception du duel par les autorités politiques a varié au cours des siècles. Ainsi Manlius Torquatus, consul de Rome entre 347 et 340 avant J.-C., fait condamner à mort son fils qui, à l’encontre des lois militaires, va affronter un ennemi en combat singulier. Dès le Moyen-Âge en France, le pouvoir royal tente de circonscrire ces combats aux seuls duels judiciaires (voir plus haut). A la Renaissance, devant la récurrence des duels, les édits se durcissent mais sans qu’ils soient réellement appliqués. Au début du XVIIème siècle en France, malgré une législation renforcée, les duels sont rarement punis. La justice ne sévit que lorsqu’un duelliste récidive trop souvent. Ainsi François de Montmorency-Bouteville, bretteur invétéré, engage, en juillet 1627 à Paris, un duel qui entraîne sa condamnation à mort. Pourtant, le succès du duel au sein de la noblesse ne faiblit pas, car la défense de l’honneur prime sur le respect de la loi. Les épées, plus fines et plus légères que celles utilisées pour la guerre, se portent à la ceinture et nécessitent de bien viser plutôt que de frapper fort. L’abolition de tous les textes d’interdiction par la Révolution entraîne une multiplication des duels. Dans le monde militaire, le duel reste intrinsèquement lié à la guerre et aux deux grandes figures de héros, à savoir le chevalier et le mousquetaire. Tous deux incarnent le devoir moral qui incite les hommes à affirmer leur point de vue « à la pointe de l’épée ». L’honneur a toujours été le moteur de la vaillance, sentiment capable d’aider les soldats à affronter la mort. Toutefois, cet honneur les pousse à chercher querelle à leurs camarades avec, souvent, l’assentiment de leur hiérarchie. Alors que les duels sont considérés comme éradiqués du royaume de France, l’armée les tolère en son sein. Ils témoignent de l’idéal chevaleresque qui anime encore les officiers à la fin du XVIIème siècle et deviennent même une coutume d’intégration des recrues. Au XIXème siècle, malgré son importance dérisoire sur le champ de bataille, l’épée conserve son aura et l’enseignement de son maniement perdure entre les deux guerres mondiales.

Loïc Salmon

L’exposition « Duels, l’art du combat » (24 avril–18 août 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des gravures, tableaux, affiches livres, armes, armures et objets. Des visites guidées, projections de films et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Duels, l’art du combat

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

 




Duels, l’art du combat

La femme a occupé une place importante dans le combat d’homme à homme, qui se transformera en un sport spectaculaire au cours de l’Histoire jusqu’à aujourd’hui.

En effet, la femme constitue souvent l’élément déclencheur des duels masculins, qui trouvent ainsi une légitimité. Dès l’Antiquité, le duel se justifie par une rivalité amoureuse. Ainsi, dans l’Illiade, l’enlèvement d’Hélène, épouse du roi de Sparte Ménélas, par la prince troyen Pâris provoque la guerre de Troie. Par la suite, l’amour contrarié se révèle un prétexte récurrent. Au Moyen-Âge en France, l’interdiction pour une femme offensée de se battre elle-même l’oblige à choisir un « champion », qui combattra à sa place. Entre 1560 et 1679, dans vingt cas répertoriés, le duel consiste, pour celui qui le demande, à défendre, venger ou exalter l’honneur de sa fille, pupille ou maîtresse. Les modalités du combat singulier règlementent progressivement les statuts d’offenseurs et d’offensés. Au XXème siècle, selon l’ouvrage « Le Point d’honneur du duel », le « frôleur », qui se serait livré à un attouchement sur une femme et qui aurait été giflé par l’homme qui l’accompagne, reste l’offenseur. Par ailleurs, le duel ne vise pas à conquérir l’amour d’une femme, mais à se venger de celui qui l’a obtenu. Parfois, il permet d’assurer la survie économique de la famille par un mariage avantageux, face à un prétendant sans fortune, et ainsi maintenir l’ordre social établi. Toutefois, en France au XVIIème siècle, le duel peut entraîner la perte de la fortune et du statut social des combattants, dont les femmes sont les premières victimes. Sur le plan judiciaire, il peut entraîner l’exil et la confiscation des biens du vainqueur, laissant son épouse sans ressources pour subvenir aux besoins des enfants. Devant la fréquence des duels, l’édit royal de 1651 ordonne de lui adjuger ce qu’il faut pour les entretenir toute leur vie. Au XIXème siècle, la pratique de l’escrime féminine se répand dans les pays germanophones et anglo-saxons, car elle est vue comme un sport noble permettant de développer les compétences physiques et morales des femmes au même titre que celles des hommes. L’intérêt du public pour le spectacle d’escrime féminine conduit à inclure cette discipline dans l’enseignement de l’art dramatique. Les aspects sportif et spectaculaire du duel apparaissent dès l’Antiquité. En Égypte, le pharaon Ramsès III (1180 avant J.-C.) fait graver dans la pierre des combats avec des bâtons ferrés sous le contrôle d’un arbitre. A Rome, les combats de gladiateurs durent de 264 avant J.-C. à 410 après J.-C. avec des variantes, à savoir duels mixtes, à deux ou par équipes, à armes différentes ou avec handicap, sur terre ou sur l’eau. Jusqu’au XVIème siècle, les tournois sont utilisés pour le spectacle, le loisir l’entraînement à la guerre ou la pratique honorifique et lucrative. En outre, ils permettent au jouteur de parader et de prouver sa vaillance au combat. Quoique les armes soient émoussées ou épointées, la violence des affrontements fait de nombreux blessés. Malgré le port de cuirasses, tous les coups ne sont pas permis et certains sont fortement sanctionnés. Dans les salles d’armes, l’escrime atteint son sommet au XVIème siècle avec l’invention du « fleuret », qui permet d’apprendre et de s’entraîner sans trop de risque. Le masque protecteur du visage n’apparaît qu’au XVIIIème siècle. Mais il n’est vraiment accepté que lorsque le chevalier de Saint-George, escrimeur réputé, en lance la mode. Dès lors, le fleuret connaît des progrès extraordinaires, car plus rien n’entrave la dextérité, la vitesse et la précision. Sport artistique, l’escrime devient discipline olympique dès la résurrection des Jeux olympiques en 1896. Le duel à poings nus, pratiqué dans le monde méditerranéen dès 2000 avant J.-C. jusqu’à la chute de l’Empire romain en 476, réapparaît en Europe à la fin du XVIème siècle sous le nom de…« boxe anglaise » !

Loïc Salmon

« Duels, l’art du combat », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 336 pages, 275 illustrations, 35 €

Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Mousquetaires !




25 avril – décembre 2024, exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre »

L’exposition itinérante « Les champions sportifs décorés de la croix de Guerre », présentée au public par le Service historique de la Défense, Château de Vincennes, Pavillon du Roi, Salle des Armoires, du jeudi 25 avril au samedi 22 juin 2024, doit se déplacer dans toute la France jusqu’à la fin de l’année 2024.
Au Château de Vincennes, les horaires d’ouverture de l’exposition sont les suivants :
–     lundi : 13h00 – 17h00
–     mardi : 9h00 – 17h00
–     mercredi : 9h00 – 17h00
–     jeudi : 9h00 – 17h00
–     vendredi : 9h00 – 16h00
–     samedi : 9h30 – 15h00
–      dimanche : fermé
L’exposition a été inaugurée le jeudi 25 avril 2024 par Madame Patricia Mirallès, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire.
L’exposition et le livre mémorial, édité à cette occasion, ont été réalisés par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire en partenariat avec le Service historique de la Défense, le Centre national des sports de la Défense et la Fédération des clubs de la Défense.

« Les institutions civiles décorées de la croix de Guerre », journée d’étude du 30 juin 2022 à l’Institut national du service public

Journée d’étude : « Honneur de la cité, cités à l’honneur Villes et villages décorés des deux guerres »

 

 

 

 




Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides

Au cours de l’Histoire et partout dans le monde, la victoire militaire, à la chasse ou sportive, se vit, se proclame et se perpétue par des souvenirs de natures diverses. Ses conséquences portent sur des enjeux stratégiques, politiques ou commerciaux.

L’entourage de la victoire. Plusieurs notions s’associent à celle de la victoire, considérée comme un succès sur l’adversaire après un affrontement, une bataille ou une compétition. Ainsi, le triomphe peut signifier une victoire éclatante ou l’honneur décerné à un général romain qui défile à Rome après avoi remporté une grande victoire. Armes, emblèmes, casques ou coupes constituent autant de trophées attestant d’une victoire. Celle-ci se célèbre par des manifestations festives ou l’accomplissement d’une cérémonie rituelle, notamment religieuse. En compensation des efforts consentis, les vainqueurs reçoivent une récompense sous forme d’un bien matériel ou financier. Ils connaissent alors la gloire, cette grande notoriété dont ils jouissent dans l’esprit d’un grand nombre de personnes. En revanche, les vaincus connaissent la défaite, déroute subie par une armée ou l’échec dans le cadre de l’opposition de deux ennemis ou concurrents.

Du trophée au symbole. Le mot « trophée » dérive du grec « tropaion » et du latin « tropæum » qui signifient…déroute ! Il s’agissait à l’origine d’un arbre taillé en forme de croix, auquel étaient suspendues les armes des vaincus. Élevé sur le champ de bataille et dédié à la divinité ayant donné la victoire, il rappelait le succès du camp vainqueur. Ensuite, il a été remplacé par un monument de pierre. Dans la mythologie grecque, Persée, fils de Zeus, décapite Méduse, monstre féminin aux cheveux de serpents changeant en pierre quiconque croisait son regard. Aujourd’hui encore, la tête de Méduse figure sur le bouclier de statues représentant Athéna, déesse guerrière. Autre fils de Zeus, Héraclès, portant la dépouille du lion de Némée, est conduit par la déesse de la victoire sur l’Olympe, où les dieux l’admettront comme l’un des leurs au terme de sa vie d’épreuves. Dans l’Illiade, le Grec Achille exhibe le corps du Troyen Hector comme trophée aux yeux de tous en le traînant, attaché à son char, autour de la ville de Troie. Selon la tradition, le coureur Philippidès s’effondra au sol après une course de 40 km pour annoncer aux Athéniens la victoire de l’armée grecque sur celle de l’Empire perse à Marathon (490 avant J.-C.). Le roi macédonien Alexandre le Grand, pharaon d’Égypte, conquiert l’Empire perse et pénètre en Inde jusqu’à la rive de l’Indus (326 avant J.-C.). N’ayant jamais perdu une bataille, il incarne le modèle du vainqueur pour de nombreux empereurs, rois (notamment Louis XIV) et généraux au cours de l’Histoire. Pendant la période hellénistique (IIème siècle avant J.-C.), la victoire est représentée par la déesse Niké, messagère des dieux qui apporte la gloire aux vainqueurs. L’exposition présente une réplique de la « Victoire de Samothrace » (photo), mondialement connue et dont l’original se trouve au musée du Louvre à Paris. Grand admirateur d’Alexandre, le Romain Jules César (100-44 avant J.-C.), honoré par quatre triomphes à Rome, était « imperator », titre décerné par la République romaine aux généraux victorieux, sans la connotation politique que lui donneront ses successeurs et divers souverains étrangers. Auguste, héritier de César et premier « empereur » romain, attribue au dieu Apollon sa victoire navale sur son rival Marc-Antoine et Cléopâtre, dernière reine d’Égypte, à Actium (31 avant J.C.). En remerciement et pour en perpétuer le souvenir, il fonde la ville de Nicopolis (Grèce) près du lieu de la bataille, dédie un temple à Apollon sur le mont Palatin à Rome, lui consacre des jeux sportifs et fait frapper à son effigie des monnaies diffusées dans tout l’Empire. Dans l’Égypte ancienne, le pharaon est souvent représenté piétinant des prisonniers couchés pour traduire la victoire de l’ordre du monde établi par les dieux. L’exposition présente une sculpture en grès (IIIème-IVème siècle avant J.-C.) figurant le dieu Horus en cavalier victorieux terrassant un crocodile, animal du dieu Seth meurtrier de son père Osiris. Cette iconographie se retrouve dans l‘empereur cavalier triomphant du monde barbare. Cette victoire du Bien sur le Mal perdure avec les images de saint-Georges et de saint-Michel terrassant le dragon. Ce thème apparaît aussi dans la mythologie hindouiste. Durga, déesse de la guerre, remporte la victoire contre le démon Mahîshâsura et ramène la paix sur terre. Les Aztèques associent le dieu Huitzilopochtli, leur principale divinité, à leurs victoires mais aussi à leurs défaites. Enfin dans la Chine antique, contrairement à d’autres divinités guerrières, Guandi, dieu taoïste de la guerre, accorde également sa bénédiction…à ceux faisant preuve de fraternité et de droiture !

Des célébrations aux monuments. En 217 avant J.-C., le roi d’Égypte Ptolémée IV fait distribuer à ses troupes 300.000 pièces d’or spécifiques pour célébrer sa victoire à Raphia sur les armées du roi séleucide Antiochos III. Vers 319-320, l’empereur romain Constantin Ier le Grand met en circulation une monnaie le représentant à l’avers et, au revers, deux captifs entravés au pied d’un trophée composé d’armes et d’éléments d’armures pour diffuser son image de vainqueur. Au XVème siècle, le roi Charles VII fait frapper des médailles pour commémorer l’expulsion définitive des Anglais hors de France. Durant l’Ancien Régime, l’Antiquité inspire une médaille célébrant la bataille d’Ivry (1590), où la victoire du roi protestant Henri IV sur les Ligueurs catholiques mettra fin aux guerres de religion. De même, une allégorie de la victoire illustre la médaille rappelant la bataille de Rocroi (1643), victoire du Grand Condé sur l’armée espagnole. Pour commémorer le passage du Rhin pendant la guerre de Hollande (1672-1678), Louis XIV fait frapper une médaille le montrant vêtu comme en général romain, qu’une victoire ailée couronne de lauriers. Dès les années 1540, les armuriers milanais s’inspirent des héros de l’Antiquité pour réaliser des armures d’apparat (photo). Le triomphe à la romaine devient un modèle de la glorification du prince au cours de fêtes dans toutes les cours d’Europe. Plus tard, il se transformera en défilé militaire, phénomène universel. Celui de la victoire de 1918 est conduit sous l’Arc de Triomphe à Paris par les maréchaux Joffre et Foch le 14 juillet 1919. En outre, les souverains puis les gouvernements ont édifié des monuments rappelant une victoire pour l’inscrire durablement dans la mémoire collective. En voici une rétrospective non exhaustive : Trophée d’Auguste (7-6 avant J.-C.), soumission des derniers peuples alpins par les Romains ; Arc d’Orange (10-25), victoires des Romains sur les Germains ; Colonne Trajane (107-113), victoire des Romains sur les Daces ; Basilique Notre-Dame des Victoires (1629), victoires de Louis XIII sur les ennemis du royaume de France ; Yorktown Victory Monument (1881-1884), victoire des Américains et de leurs alliés français sur les Britanniques en 1781 ; Arc de Triomphe du Carrousel (1806-1808), campagne d’Allemagne de l’armée napoléonienne sur la coalition austro-russe ; Colonne Vendôme (1806-1810), victoire de Napoléon à Austerlitz sur la coalition austro-russe ; Arc de Triomphe de l’Étoile (1806-1836), victoires des armées de la Révolution et de l’Empire ; Colonne Siegssaüle (1873), victoires prussiennes contre le Danemark (1864), l’Autriche (1866) et la France (1871) ; Monument commémoratif de la première bataille de la Marne (1938), victoire franco-britannique sur l’Allemagne en 1914. La crypte du tombeau de Napoléon aux Invalides rappelle ses hauts faits militaires et civils.

Loïc Salmon

L’exposition « Victoire ! La fabrique des héros » (11 octobre 2023–28 janvier 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des sculptures, tableaux, documents, photographies, armes, armures, objets, trophées, médailles et tenues diverses. Des visites guidées sont prévues. Renseignements : www.musee-armee.fr

Victoire ! La fabrique des héros

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

 




D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Le vrai D’Artagnan, le plus célèbre mousquetaire du roi, reste toujours méconnu 350 ans après sa mort, alors que son mythe perdure dans monde. Une exposition, organisée par le Service historique de la défense à Vincennes, permet d’en savoir plus.

La compagnie des mousquetaires, instituée par Louis XIII en 1622, a pour mission première la protection du roi, après les deux régicides consécutifs contre Henri III (2 août 1589) et Henri IV (14 mai 1610). Dans les années 1620, le roi l’emploie aussi sur les champs de bataille, car ces cent mousquetaires, fantassins montés, constituent une nouveauté au début du XVIIème siècle. Ils combattent à pied ou à cheval en utilisant le mousquet à mèche ou l’épée. Leur renommée commence avec leur participation aux opérations du siège de La Rochelle (1627-1628) et au combat du Pas-de-Suse (1629). Pour soutenir les huguenots français qui se sentent menacés, l’Angleterre, protestante, envoie une troupe conquérir l’Île de Ré. Pour mater La Rochelle perçue comme un « État dans l’État », Louis XIII et le cardinal de Richelieu chassent les Anglais de l’Île de Ré et assiègent La Rochelle. Pendant la guerre de Trente ans (1618-1648) qui oppose des États catholiques et protestants d’Europe centrale, la France tente d’avancer des pions face à l’Espagne, très influente parmi les États italiens. L’armée française affronte les Savoyards, alliés des Espagnols, dans les Alpes dans un défilé en amont de la ville de Suse. Louis XIII charge en première ligne sur le champ de bataille et impose le déploiement des mousquetaires à pied. Très loin de l’image du roi faible et de la légende noire du cardinal que donne Alexandre Dumas dans « Les Trois mousquetaires », Louis XIII, dernier roi guerrier de France, et Richelieu mettent en place la monarchie absolue de droit divin…dont profitera Louis XIV quelques décennies plus tard !

Charles de Batz de Castelmore, comte D’Artagnan (vers 1610/1615-1673) figure parmi ces cadets de Gascogne, qui comptent sur leur bravoure au combat et leurs appuis à la Cour pour progresser dans la carrière des armes. Il n’a en effet guère d’autre choix que de s’engager au service du roi, car issu d’une famille de petite noblesse peu fortunée. Sa famille maternelle, les Montesquiou D’Artagnan, dont il prendra le nom, l’introduisent à la Cour dans les années 1630. Recensé lors d’une revue comme mousquetaire du roi en 1633, il poursuit sa carrière dans le Régiment des gardes françaises, où servent de nombreux Gascons sous les ordres du maréchal de Grammont. En 1646, il entre au service du cardinal Mazarin…en tant que messager ! Pendant la Fronde (1648-1653), D’Artagnan exerce ses fonctions entre le cardinal en exil et la Cour itinérante de la reine régente Anne d’Autriche et du jeune Louis XIV. Officier des Gardes françaises, il participe aux dernières campagnes de la guerre franco-espagnole, où il est blessé au siège de Stenay (1654). Nommé sous-lieutenant de la Compagnie des mousquetaires en 1658, il épouse, l’année suivante, Charlotte-Anne de Chalency, riche veuve issue d’une famille de la noblesse de Bourgogne. Son contrat de mariage, présenté à l’exposition, mentionne les signatures de Louis XIV et de Mazarin. A la mort de ce dernier (1661), Louis XIV ordonne à D’Artagnan d’arrêter le surintendant Nicolas Fouquet (condamné après trois ans de procès) et de l’escorter de prison en prison jusqu’à Pignerol (plaine du Pô) en 1665. Nommé gouverneur de Lille en 1672, il participe au siège de Maastricht, où il est tué l’année suivante…d’une balle de mousquet.

Loïc Salmon

L’exposition « Mousquetaires » (14 septembre 2023-13 janvier 2024) se tient au château de Vincennes, pavillon du Roi. Elle rassemble uniformes, livres, documents, tableaux et gravures. L’entrée est gratuite. Visites guidées possibles. Un catalogue, édité par le Service historique de la défense, est disponible au prix de 25 €. Renseignements : https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

Mousquetaires !




Ramsès II de retour à Paris

Avec un règne de 67 ans, le plus long de l’Égypte ancienne, Ramsès II reste aussi le seul pharaon dont la momie a reçu, à Paris en 1976, les honneurs militaires… de la Garde républicaine française !

La Grande Halle de la Villette accueille l’exposition « Ramsès II & L’or des pharaons » (7 avril-6 septembre 2023), la deuxième à Paris dédiée au souverain égyptien le plus connu dans le monde après Toutankhamon. La première, intitulée « Ramsès II le Grand » et visitée par des centaines de milliers de personnes, s’était tenue au Grand Palais en 1976. Elle avait été organisée lors du traitement de la momie de Ramsès II, pendant huit mois au musée de l’Homme, laquelle commençait à se dégrader dans le musée des Antiquités du Caire. La Garde républicaine, casquée et sabre au clair, lui avait rendu hommage le 26 septembre à l’aéroport du Bourget. Le cortège était ensuite passé devant l’obélisque de la Place de la Concorde.

Le guerrier. Dès le début de son règne, Ramsès II (né en 1304 avant J.-C et décédé en 1213 avant J.-C.) doit repousser les invasions nubiennes au Sud, les attaques des forces libyennes à l’Ouest et les assauts des Hittites en Syrie. Il met aussi fin aux pillages du littoral méditerranéen par les pirates shardanes, qui donneront leur nom à l’île de la Sardaigne. Nommé capitaine à un très jeune âge, Ramsès accompagne son père Séthi 1er sur les champs de bataille. Adolescent, il commande en second et combat avec son père en Libye et en Palestine. Pharaon à 25 ans, il conduit des opérations en Nubie (Soudan actuel), accompagné de ses jeunes fils. Au cours de son rège, il dispose d’une armée estimée à 20.000 hommes, armés principalement d’arcs et de flèches. En équilibre debout sur les chars ou en formation à pied, les archers déciment les ennemis sous des pluies de flèches. Très rapides, les chars tirés par de chevaux constituent les plus mortelles machines de guerre. Ils auraient été introduits en Égypte environ 1.600 ans avant J.-C. par les Hyksôs, présentés comme des envahisseurs venus du Nord-Est. La bataille de Qadesh, l’une des plus célèbres de l’Antiquité, se déroule probablement vers 1274 avant J.-C. au Sud-Ouest de la Syrie actuelle. L’armée de Ramsès qui compte 20.000 hommes, dont 16.000 fantassins et 2.000 chars, affronte les forces hittites composées d’environ 50.000 hommes, dont 40.000 fantassins et 3.700 chars. Elle a intégré des guerriers nubiens, libyens et shardanes enrôlés lors des précédentes conquêtes. L’issue étant indécise, le roi hittite Muwatalli II demande une trêve. Pour dénombrer les morts, les Égyptiens coupent une main de chaque Hittite tué au combat. Un traité, le premier à être mentionné dans l’Histoire, instaure la paix dans la région pour près d’un siècle.

Le bâtisseur. Pendant le règne de Ramsès II, l’Égypte jouit d’une supériorité militaire régionale. Ses monuments et ses temples en racontent les batailles et le présentent toujours comme vainqueur, même s’il a perdu ou a battu en retraite. Les prisonniers de guerre participent de force à leur construction. Après l’achèvement des temples de son père Séthi, Ramsès bâtit, usurpe et modifie de nombreux temples, monuments et statues. Il établit la ville royale de Pi-Ramsès sur une branche du Nil à proximité d’Avaris, ancienne capitale des Hyksôs, et érige notamment les temples de Karnak, de Louxor, d’Abydos et d’Abou Simbel. Pour les sauver de l’inondation consécutive à la construction du futur barrage d’Assouan, les temples d’Abou Simbel ont été déplacés de 180 m et surélevés de 64 m, grâce à une campagne internationale lancée par l’UNESCO en 1960. Les travaux ont duré quatre ans et demi, sous la direction de l’égyptologue française Christiane Desroches Noblecourt.

Loïc Salmon

L’exposition « Ramsès II & L’or des pharaons » présente statues, sarcophages, masques royaux, bijoux, armes et momies d’animaux. Une « réalité virtuelle immersive » permet de visiter les temples d’Abou Simbel, dédiés à Ramsès II, et la tombe de la reine Néfertari, son épouse préférée. Visites guidées possibles. Renseignements : www.expo-ramses.com

Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine

Exposition « L’épopée du canal de Suez » à l’Institut du monde arabe à Paris




Exposition « La haine des clans, guerres de religion 1559-1610 » aux Invalides

Huit guerres entre catholiques et protestants ensanglantent la France, conflits où interviennent les rivalités aristocratiques exacerbées par les images et les rhétoriques. La tolérance religieuse finale débouchera sur la laïcité…en 1905 !

Le contexte. Au milieu du XVIème siècle, la France, pays le plus peuplé d’Europe qui dispose de riches terres agricoles et d’une importante production manufacturière, prend conscience du sentiment national. L’autorité royale se renforce et l’administration se centralise. Par le Traité de Cateau-Cambrésis de 1559 conclu à l’issue des guerres d’Italie, la France récupère Calais sur l’Angleterre et les évêchés de Metz, Toul et Verdun sur le Saint-Empire romain germanique, mais l’Espagne devient la première puissance européenne. Toutefois, comme la France a renoncé à la majorité de ses possessions italiennes, sa noblesse, qui se voit privée de son champ d’honneur et de richesses, ressent un déclassement social. Cette année-là, Henri II, roi depuis 1547, meurt accidentellement dans un tournoi sans héritier en âge de régner. En outre, l’État se trouve en banqueroute et la société confrontée à la hausse des prix, aux disettes et au retour des épidémies de peste. Elle se tourne alors vers Dieu mais perd confiance dans l’Église romaine et le clergé, de quoi susciter une grande angoisse et des conversions à la « Réforme ». Celle-ci remonte aux 95 thèses du moine allemand Martin Luther (1521) et à l’ouvrage « Institution de la religion chrétienne » par le théologien français Jean Calvin (1536). L’imprimerie les diffusent dans toute l’Europe. Les premières communautés protestantes, mises en place en France en 1555, regroupent près de 2 millions de fidèles en1562, soit 10 % de la population, dans diverses couches de la société. Les querelles théologiques prennent une dimension politique par la conversion de princes protestants, auxquels s’allie le roi catholique François 1er (1515-1547), lors de ses guerres contre l’empereur d’Allemagne et roi d’Espagne Charles-Quint (1519-1558), pourtant catholique lui aussi.

Les guerres civiles. En 1560, le jeune roi François II fait entrer ses oncles François de Lorraine, duc de Guise, et Charles, cardinal de Lorraine, au Conseil royal. Des nobles protestants tentent alors de l’enlever à Amboise pour le soustraire à leur influence. Cette conjuration donne lieu à une sanglante répression contre les protestants. A François II, mort la même année, succède son frère Charles IX, encore mineur. La reine-mère Catherine de Médicis exerce alors la régence et tente, sans succès, des réconciliations en 1560, 1561 et 1562. Le massacre de protestants à Wassy en 1562, par les troupes du duc de Guise, déclenche la première guerre de religion, qui se termine l’année suivante par l’édit d’Amboise accordant la liberté de conscience aux protestants avec une liberté de culte limitée. La tentative d’enlèvement à Meaux de la famille royale par les protestants, en septembre 1567, provoque la deuxième guerre de religion qui dure jusqu’en mars 1568. Au cours de la troisième guerre de religion, commencée en août de la même année, Louis 1er de Bourbon, prince de Condé, principal chef protestant et impliqué dans la conjuration d’Amboise, est assassiné sur le champ de bataille de Jarnac (1569) et remplacé par l’amiral Gaspard de Coligny. Cette guerre se termine en 1570 par la paix de Saint-Germain. Pour réconcilier les deux partis, Catherine de Médicis organise, deux ans plus tard, de grandes fêtes à l’occasion du mariage de sa fille Marguerite de Valois, qui entrera dans l’Histoire sous le nom de « Reine Margot », avec le roi de Navarre Henri de Bourbon, neveu de Louis 1er et qui a abjuré le protestantisme. Le 24 août, jour de la Saint-Barthélemy et lendemain de la cérémonie, l’amiral de Coligny et les chefs protestants présents à Paris sont assassinés, prélude à trois jours de massacre de protestants dans la capitale et plusieurs villes du royaume. La quatrième guerre de religion, qui s’ensuit, s’achève en 1573. L’année suivante, Henri III succède à son frère Charles IX, décédé, et les hostilités reprennent. La cinquième guerre de religion se termine en 1576 avec la « Paix de Monsieur », frère du roi et duc d’Alençon. Les victimes de la Saint-Barthélemy sont réhabilitées et les protestants se voient accorder la liberté générale de culte, sauf à Paris et dans les villes royales. La sixième guerre de religion, la plus courte, dure du 15 mars au 14 septembre 1577. La paix de Bergerac y met fin, puis l’édit de pacification de Poitiers accorde le droit au culte réformé dans les faubourgs. La septième guerre de religion (1579-1580) se clôt par la paix du Fleix, qui confirme les édits de Poitiers puis de Nérac (1579) accordant 14 places de sûreté supplémentaires aux protestants pendant six mois. En septembre 1584, le clan des Guise crée la Ligue (catholique) parisienne. La huitième et dernière guerre de religion dure du 31 mars au 30 avril 1598 avec plusieurs faits marquants. A Paris, la « Journée des Barricades » des 12-13 mai 1588 consiste en un soulèvement organisé par le duc de Guise, au motif qu’Henri III envisage de désigner Henri de Bourbon (redevenu protestant en 1576) comme son successeur. Les 23 et 24 décembre 1588 à Blois, la seconde génération des chefs du clan des Guise est assassinée : Henri dit le Balafré, duc de Guise et fils de François de Lorraine ; le cardinal Louis de Lorraine, son frère et neveu du cardinal Charles. Le 1er août 1589 à Saint-Cloud, Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Le 25 juillet 1593 à Saint-Denis, Henri de Bourbon, qui lui a succédé, abjure le protestantisme. Le 27 février 1594 à Chartres, Henri IV est sacré roi de France. Le 30 avril 1598, l’édit de Nantes garantit les libertés religieuses et met fin à quarante ans de guerres civiles. Le 2 mai 1598, la paix de Vervins termine celle avec l’Espagne, déclenchée en 1595.

L’activité diplomatique. Entre 1559 et 1589 et au-delà des différences religieuses, la royauté française constitue le réseau d‘ambassadeurs permanents auprès des cours étrangères le plus étendu d’Europe. Catherine de Médicis propose une politique matrimoniale impliquant ses enfants. Son fils Henri, duc d’Anjou, est élu roi de la Confédération de Pologne en 1573 et gouverne 7 millions de sujets catholiques, protestants et orthodoxes. Devenu roi de France l’année suivante, il met sur pied le premier « ministère » des Affaires étrangères. Dès 1555, l’amiral de Coligny lance des expéditions au Brésil et en Floride, où d’éphémères colonies donnent vie au rêve d’un Empire français aux Amériques où cohabiteraient catholiques et protestants. Mais, l’Espagne et le Portugal y voient une menace pour leur propre Empire colonial et…la foi catholique ! L’Angleterre, protestante, soutient financièrement ses coreligionnaires allemands, français et ceux des Provinces-Unies (qui deviendront l’État des Pays-Bas) en révolte contre l’Espagne, dont Londres veut contenir la puissance. Le traité de Blois de 1572 entre la France et l’Angleterre établit une alliance contre l’Espagne et assure la neutralité de l’Angleterre dans les guerres civiles en France. Par ailleurs, les Pays-Bas et le Palatinat allemand, États protestants, procurent argent et troupes aux « huguenots » français, moins par solidarité religieuse que par appât du gain ou des considérations politiques. L’alliance de la France avec les cantons suisses, conclue en 1516 et renouvelée en 1521, 1582 et 1602 sauf avec celui de Zurich (protestant), fournit des mercenaires à l’armée royale.

Loïc Salmon

L’exposition « La haine des clans, guerres de religion » (5 avril–30 juillet 2023), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Cette époque fait l’objet de deux autres expositions : « Visages des guerres de religion au château de Chantilly (4 mars- 21 mai) ; Antoine Caron (1521-1599), le théâtre de l’Histoire » au Musée national de la Renaissance, château d’Écouen (5 avril-3 juillet). L’exposition aux Invalides présente des tableaux, armes, armures, objets, livres et archives. Visites guidées, conférences et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr

Les guerres de religion, 1559-1610, la haine des clans

Défense : la laïcité, facteur de cohésion dans les armées

Quand le lys affrontait les aigles