Renseignement et espionnage pendant la première guerre mondiale

Les moyens techniques du renseignement connaissent des progrès considérables. La cryptologie et les interceptions des communications donnent naissance au renseignement électromagnétique. Les opérations clandestines portent surtout sur le sabotage et la subversion.

La reconnaissance aérienne renseigne le commandement en temps réel, grâce aux avions d’observations équipés de postes de radio. S’y ajoutent les prises de vues réalisées entre 50 m et 300 m d’altitude, pour les photos obliques, et entre 50 m et 4.200 m pour celles verticales. Pour les agents secrets, la microphotographie permet d’envoyer 21 pellicules contenant 38.000 dépêches, glissées dans un tube d’aluminium de 5 cm de long attaché à la patte d’un pigeon voyageur, moyen rustique mais considéré comme sûr. Le largage de pigeons derrière les lignes ennemies par voie aérienne reste d’actualité jusqu’à la fin de la guerre. Les écoutes et la radiogoniométrie permettent de situer les PC ennemis et reconstituer leur ordre de bataille, localiser les groupes d’artillerie et suivre les raids nocturnes des dirigeables allemands Zeppelin, lancés contre l’Angleterre et la France en 1916 et 1917. Dans le domaine naval, outre les informations des services de renseignement agissant en territoire neutre ou ennemi et celle des bureaux de renseignements maritimes dans les ports, la Marine française s’appuie sur le déchiffrement des interceptions radio et sur l’assistance britannique, qui va s’avérer déterminante pour la lutte contre les sous-marins ennemis, la protection du commerce maritime de la France avec ses colonies et le contrôle du blocus économique contre la coalition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman et du Royaume de Bulgarie. L‘Amirauté britannique crée un service de cryptologie dénommé « Room 40 », dont les experts parviennent à décrypter plus de 15.000 messages allemands et à détecter les actions navales planifiées, conduisant à la perte de la moitié de la flotte de surface impériale. Les stations d’écoute, installées le long des côtes britanniques, permettent, dès la fin de 1914, de pister un sous-marin allemand dès son appareillage jusqu’à sa plongée. En outre, depuis le début du XXème siècle, la Grande-Bretagne dispose d’un réseau de câbles sous-marins connectés jusqu’à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et ses possessions du Pacifique. En 1917, les câbles sous-marins allemands ayant été coupés, un message secret du ministre allemand des Affaires étrangères destiné au gouvernement mexicain dut transiter par le réseau des États-Unis…que les Britanniques interceptaient à leur insu ! Le fameux télégramme Zimmerman, décrypté par Room 40 et rendu public par le gouvernement britannique, provoque l’entrée en guerre des États-Unis le 5 avril 1917. Pour protéger le canal de Suez face à l’Empire ottoman, les services de renseignements britanniques suscitent la révolte des tribus arabes en 1917. De son côté, l’Empire allemand utilise les mêmes moyens techniques de renseignement et recourt aussi aux opérations secrètes. Dès juillet 1914, l’ambassade d’Allemagne à Washington reçoit pour mission de porter la « guerre clandestine » sur le territoire des États-Unis désignés comme « l’ennemi invisible ». Entre janvier et juillet 1915, 17 navires ont été sabotés dans des ports américains. En 1916 et 1917, des attentats sont perpétrés dans un dépôt de munitions à Jersey-City (7 morts), dans un chantier naval près de San Francisco (8 morts) et dans le port canadien de Halifax (2.000 morts). Mais le plus grand succès des opérations clandestines allemandes reste le soutien logistique et financier au Parti bolchevique pour instaurer une république en Russie, alliée de la France et de la Grande-Bretagne. Cela entraînera la paix séparée de Brest-Litovsk (3 mars 1918).

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage pendant la première guerre mondiale », ouvrage collectif. Éditions Cf2R Ellipses, 576 p., 29,50 €.

Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution (XVe-XVIIIe siècles)

Renseignement et espionnage du Premier Empire à l’affaire Dreyfus (XIXe siècle)

La nouvelle guerre secrète




Guerres : bilan 2022 et transferts mondiaux d’armements

Le nombre de conflits armés a progressé en 2022, alors que les transferts internationaux d’armes ont diminué. Toutefois, le nombre d’ogives nucléaires en alerte opérationnelle est resté stable.

C’est ce qui ressort du rapport annuel du Sipri (Institut international de Stockholm sur la paix), dont un résumé en français a été publié, début décembre 2023 à Bruxelles, par le Grip (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité).

Conflits armés. La guerre en Ukraine a été le seul conflit interétatique majeur impliquant des armées permanentes. Hors d’Europe, les conflits ont continué entre États aux frontières poreuses avec la participation de groupes armés non-étatiques, à savoir réseaux djihadistes, organisations criminelles, forces séparatistes et groupes rebelles. En tout, 56 pays se sont trouvés en état de guerre, soit 5 de plus qu’en 2021, avec plus de 147.600 morts, soit un peu moins qu’en 2021. Les combats ont causé plus de 10.000 morts en Ukraine, au Myanmar (Birmanie) et au Nigeria. Outre des conflits armés causant moins de 1.000 morts, l’Afrique a connu deux coups d’État réussis et trois tentatives infructueuses. Encore considéré comme un canal valable de coopération, le Conseil de sécurité de l’ONU a continué de mandater, au même rythme qu’en 2021, des opérations de paix, des régimes de sanctions et des initiatives de médiation, notamment en Afghanistan, en Haïti et au Myanmar. En Afrique, les forces armées nationales et multinationales sont parvenues à repousser les groupes djihadistes en Somalie et au Mozambique.

Privatisation croissante des conflits. Aucune définition universellement acceptée et juridiquement contraignante ne caractérise les sociétés militaires et de sécurité privées (SMSP), apparues lors des guerres en Irak (2003-2011) et d’Afghanistan (2001-2021). Actives dans le monde entier pour des clients très divers, les SMSP assument des responsabilités de sécurité mais aussi dans des fonctions essentielles de l’État et d’entreprises clés des pays d’accueil. Ceux-ci se procurent ainsi des compétences et des services à moindre coût. Selon le Sipri, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Afrique du Sud abriteraient 70 % des SMSP. Chine et Russie déploient les leurs en Afrique, en vue du contrôle et de l’extraction des ressources naturelles. Toutefois, la Russie, a utilisé ses SMSP au combat en Libye, Syrie, Ukraine et Afrique subsaharienne. L’une d’elles, le groupe Wagner, est connue pour ses violations des droits de l’homme et du droit humanitaire, contrats abusifs et ingérences dans les élections locales.

Transferts d’armements. Les États soumis à des conflits armés ou des tensions politiques internes ont tendance à acquérir de l’armement à l’étranger. Selon le Sipri, le volume de transferts internationaux d’armes majeures de la période 2018-2022 a diminué de 5,1 % par rapport à 2013-2017. Parmi les 63 États exportateurs, les États-Unis, la Russie, la France, la Chine et l’Allemagne contrôlent 76 % du marché mondial. En 2018-2022, la part des États-Unis est passée à 40 % du total mondial (+ 14 % par rapport à 2013-2017) et celle de la Russie à 16 % (- 31 %). Pendant la même période, les exportations d’armes de la France ont augmenté de 44 %, tandis que celles de la Chine ont diminué de 23 % et celles de l’Allemagne de 35 %. Parmi les 167 États acheteurs d’armes, l’Inde, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Australie et la Chine ont acquis 36 % du total. Par zones d’importation, l’Asie-Pacifique arrive en tête avec 41 % du total, suivie du Moyen-Orient (31 %), de l’Europe (16 %), des Amériques (5,8 %) et de l’Afrique (5 %). Le Sipri évalue le commerce des armes à 127 milliards de dollars en 2021, soit…0,5 % du commerce international mondial !

Forces nucléaires. Début 2023, États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël totalisent 12.512 armes nucléaires, dont 9.576 potentiellement disponibles sur le plan opérationnel. Les forces armées en déploient 3.844, dont 2.000 en état d’alerte.

Loïc Salmon

La nouvelle guerre secrète

Russie : partenariats en Afrique, son principal marché d’exportation d’armement

Afrique : zone d’intérêt stratégique accru pour la Chine

 




Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides

Au cours de l’Histoire et partout dans le monde, la victoire militaire, à la chasse ou sportive, se vit, se proclame et se perpétue par des souvenirs de natures diverses. Ses conséquences portent sur des enjeux stratégiques, politiques ou commerciaux.

L’entourage de la victoire. Plusieurs notions s’associent à celle de la victoire, considérée comme un succès sur l’adversaire après un affrontement, une bataille ou une compétition. Ainsi, le triomphe peut signifier une victoire éclatante ou l’honneur décerné à un général romain qui défile à Rome après avoi remporté une grande victoire. Armes, emblèmes, casques ou coupes constituent autant de trophées attestant d’une victoire. Celle-ci se célèbre par des manifestations festives ou l’accomplissement d’une cérémonie rituelle, notamment religieuse. En compensation des efforts consentis, les vainqueurs reçoivent une récompense sous forme d’un bien matériel ou financier. Ils connaissent alors la gloire, cette grande notoriété dont ils jouissent dans l’esprit d’un grand nombre de personnes. En revanche, les vaincus connaissent la défaite, déroute subie par une armée ou l’échec dans le cadre de l’opposition de deux ennemis ou concurrents.

Du trophée au symbole. Le mot « trophée » dérive du grec « tropaion » et du latin « tropæum » qui signifient…déroute ! Il s’agissait à l’origine d’un arbre taillé en forme de croix, auquel étaient suspendues les armes des vaincus. Élevé sur le champ de bataille et dédié à la divinité ayant donné la victoire, il rappelait le succès du camp vainqueur. Ensuite, il a été remplacé par un monument de pierre. Dans la mythologie grecque, Persée, fils de Zeus, décapite Méduse, monstre féminin aux cheveux de serpents changeant en pierre quiconque croisait son regard. Aujourd’hui encore, la tête de Méduse figure sur le bouclier de statues représentant Athéna, déesse guerrière. Autre fils de Zeus, Héraclès, portant la dépouille du lion de Némée, est conduit par la déesse de la victoire sur l’Olympe, où les dieux l’admettront comme l’un des leurs au terme de sa vie d’épreuves. Dans l’Illiade, le Grec Achille exhibe le corps du Troyen Hector comme trophée aux yeux de tous en le traînant, attaché à son char, autour de la ville de Troie. Selon la tradition, le coureur Philippidès s’effondra au sol après une course de 40 km pour annoncer aux Athéniens la victoire de l’armée grecque sur celle de l’Empire perse à Marathon (490 avant J.-C.). Le roi macédonien Alexandre le Grand, pharaon d’Égypte, conquiert l’Empire perse et pénètre en Inde jusqu’à la rive de l’Indus (326 avant J.-C.). N’ayant jamais perdu une bataille, il incarne le modèle du vainqueur pour de nombreux empereurs, rois (notamment Louis XIV) et généraux au cours de l’Histoire. Pendant la période hellénistique (IIème siècle avant J.-C.), la victoire est représentée par la déesse Niké, messagère des dieux qui apporte la gloire aux vainqueurs. L’exposition présente une réplique de la « Victoire de Samothrace » (photo), mondialement connue et dont l’original se trouve au musée du Louvre à Paris. Grand admirateur d’Alexandre, le Romain Jules César (100-44 avant J.-C.), honoré par quatre triomphes à Rome, était « imperator », titre décerné par la République romaine aux généraux victorieux, sans la connotation politique que lui donneront ses successeurs et divers souverains étrangers. Auguste, héritier de César et premier « empereur » romain, attribue au dieu Apollon sa victoire navale sur son rival Marc-Antoine et Cléopâtre, dernière reine d’Égypte, à Actium (31 avant J.C.). En remerciement et pour en perpétuer le souvenir, il fonde la ville de Nicopolis (Grèce) près du lieu de la bataille, dédie un temple à Apollon sur le mont Palatin à Rome, lui consacre des jeux sportifs et fait frapper à son effigie des monnaies diffusées dans tout l’Empire. Dans l’Égypte ancienne, le pharaon est souvent représenté piétinant des prisonniers couchés pour traduire la victoire de l’ordre du monde établi par les dieux. L’exposition présente une sculpture en grès (IIIème-IVème siècle avant J.-C.) figurant le dieu Horus en cavalier victorieux terrassant un crocodile, animal du dieu Seth meurtrier de son père Osiris. Cette iconographie se retrouve dans l‘empereur cavalier triomphant du monde barbare. Cette victoire du Bien sur le Mal perdure avec les images de saint-Georges et de saint-Michel terrassant le dragon. Ce thème apparaît aussi dans la mythologie hindouiste. Durga, déesse de la guerre, remporte la victoire contre le démon Mahîshâsura et ramène la paix sur terre. Les Aztèques associent le dieu Huitzilopochtli, leur principale divinité, à leurs victoires mais aussi à leurs défaites. Enfin dans la Chine antique, contrairement à d’autres divinités guerrières, Guandi, dieu taoïste de la guerre, accorde également sa bénédiction…à ceux faisant preuve de fraternité et de droiture !

Des célébrations aux monuments. En 217 avant J.-C., le roi d’Égypte Ptolémée IV fait distribuer à ses troupes 300.000 pièces d’or spécifiques pour célébrer sa victoire à Raphia sur les armées du roi séleucide Antiochos III. Vers 319-320, l’empereur romain Constantin Ier le Grand met en circulation une monnaie le représentant à l’avers et, au revers, deux captifs entravés au pied d’un trophée composé d’armes et d’éléments d’armures pour diffuser son image de vainqueur. Au XVème siècle, le roi Charles VII fait frapper des médailles pour commémorer l’expulsion définitive des Anglais hors de France. Durant l’Ancien Régime, l’Antiquité inspire une médaille célébrant la bataille d’Ivry (1590), où la victoire du roi protestant Henri IV sur les Ligueurs catholiques mettra fin aux guerres de religion. De même, une allégorie de la victoire illustre la médaille rappelant la bataille de Rocroi (1643), victoire du Grand Condé sur l’armée espagnole. Pour commémorer le passage du Rhin pendant la guerre de Hollande (1672-1678), Louis XIV fait frapper une médaille le montrant vêtu comme en général romain, qu’une victoire ailée couronne de lauriers. Dès les années 1540, les armuriers milanais s’inspirent des héros de l’Antiquité pour réaliser des armures d’apparat (photo). Le triomphe à la romaine devient un modèle de la glorification du prince au cours de fêtes dans toutes les cours d’Europe. Plus tard, il se transformera en défilé militaire, phénomène universel. Celui de la victoire de 1918 est conduit sous l’Arc de Triomphe à Paris par les maréchaux Joffre et Foch le 14 juillet 1919. En outre, les souverains puis les gouvernements ont édifié des monuments rappelant une victoire pour l’inscrire durablement dans la mémoire collective. En voici une rétrospective non exhaustive : Trophée d’Auguste (7-6 avant J.-C.), soumission des derniers peuples alpins par les Romains ; Arc d’Orange (10-25), victoires des Romains sur les Germains ; Colonne Trajane (107-113), victoire des Romains sur les Daces ; Basilique Notre-Dame des Victoires (1629), victoires de Louis XIII sur les ennemis du royaume de France ; Yorktown Victory Monument (1881-1884), victoire des Américains et de leurs alliés français sur les Britanniques en 1781 ; Arc de Triomphe du Carrousel (1806-1808), campagne d’Allemagne de l’armée napoléonienne sur la coalition austro-russe ; Colonne Vendôme (1806-1810), victoire de Napoléon à Austerlitz sur la coalition austro-russe ; Arc de Triomphe de l’Étoile (1806-1836), victoires des armées de la Révolution et de l’Empire ; Colonne Siegssaüle (1873), victoires prussiennes contre le Danemark (1864), l’Autriche (1866) et la France (1871) ; Monument commémoratif de la première bataille de la Marne (1938), victoire franco-britannique sur l’Allemagne en 1914. La crypte du tombeau de Napoléon aux Invalides rappelle ses hauts faits militaires et civils.

Loïc Salmon

L’exposition « Victoire ! La fabrique des héros » (11 octobre 2023–28 janvier 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des sculptures, tableaux, documents, photographies, armes, armures, objets, trophées, médailles et tenues diverses. Des visites guidées sont prévues. Renseignements : www.musee-armee.fr

Victoire ! La fabrique des héros

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

 




Victoire ! La fabrique des héros

Outre sa dimension guerrière, la notion de victoire s’applique aussi à la littérature et à la politique, mais surtout au sport de compétition. Elle y acquiert la même aura, après une longue préparation et des efforts intenses pour se dépasser et l’emporter.

Décidée selon des modalités diverses, la victoire sportive s’intègre dans une hiérarchie des valeurs et fait l’objet de réjouissances, allant des stades aux palais présidentiels, et renouvelle les expressions du sentiment national. La célébration de la victoire prend une place particulière dans le cadre des Jeux Olympiques, où les médailles acquises donnent une renommée plus durable que celles des championnats du monde. Dans l’Antiquité, les cités grecques organisaient des jeux sportifs dans à Olympie en l’honneur de Zeus olympien, du VIIIème siècle avant J.-C au IVème siècle après J.-C. Elles récompensaient uniquement les vainqueurs par un rameau d’olivier sauvage, symbole de la sagesse, de la gloire et de la paix. Lors de ses propres jeux, Athènes offrait aussi des amphores spécifiques remplies de l’huile des oliviers sacrés, produit très précieux et donc cher. Le vainqueur revendait alors l’huile et gagnait une importante somme d’argent. En 1894, le baron français Pierre de Coubertin fonde le Comité international olympique qui structure les Jeux dans le cadre de la Charte olympique. Le premiers Jeux olympiques modernes commencent en 1896 à Athènes avec un sacre sommaire. Le vainqueur est couronné d’olivier et reçoit une médaille d’argent. Le second obtient une couronne de laurier et une médaille de bronze. Ce n’est qu’en 1904, lors des Jeux de Saint Louis (États-Unis), que l’or, l’argent et le bronze sont remis aux athlètes. Le podium apparaît en1932, durant les Jeux d’hiver à Lake Placid (États-Unis), Désormais, la remise des médailles s’effectue sur une estrade selon un protocole strict. Le premier athlète, au centre, reçoit une médaille d’or et le titre de champion olympique. Le deuxième, placé à sa droite, obtient une médaille d’argent et le troisième, à sa gauche, une médaille de bronze. Les drapeaux des pays des trois vainqueurs sont hissés, mais seul l’hymne national du médaillé d’or retentit. Dans certains cas, les vaincus sont honorés presqu’à l’égal des vainqueurs : glorification des Spartiates défaits aux Thermopyles par l’armée perse (480 avant J.-C.) ; siège de Fort Alamo (Texas, 1836) ; résistance d’une compagnie de la Légion étrangère française à Camerone (Mexique, 1863). Ce goût des perdants magnifiques se retrouve dans le sport. Ainsi, lors de la Coupe de football des clubs de champions européens à Glasgow (Écosse) en 1975-1976, l’équipe française des Verts de Saint-Étienne, battue par l’équipe allemande du Bayern de Munich, est ovationnée le lendemain sur les Champs-Élysées à Paris. Quoique souvent associé aujourd’hui au monde du sport, le trophée témoigne d’abord d’une victoire militaire par l’exposition d’armes ou d’objets symboliques du vaincu, comme l’épée du roi François 1er, fait prisonnier à Pavie en 1525 par le général Juan de Aldana. Échangée par son fils contre une pension du roi d’Espagne Philippe II en 1585, elle sera récupérée par la France…en 1808, pendant la guerre de l’armée napoléonienne contre l’Espagne. Le trophée se perpétue dans le domaine de la chasse par la tête, naturalisée et montée sur un écusson, d’un animal d’une exceptionnelle splendeur, puissance ou rareté. Récompense de portée internationale, le prix Nobel, créé par le Suédois Alfred Nobel inventeur de la dynamite, honore une personnalité ou une organisation pour son action en faveur du bien-être de l’humanité. Il concerne six domaines : physique ; chimie ; littérature (Annie Ernaux, première Française en 2022) ; médecine ; économie ; paix (l e Sud-Africain Nelson Mandela en 1993, entré dans l’Histoire par la défaite).

Loïc Salmon

« Victoire ! La fabrique des héros », ouvrage collectif. Éditions In Fine et Musée de l’Armée, 344 pages, 275 illustrations, 35 €

Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides

Dans la peau d’un soldat

Les canons de l’élégance




Service de santé : IRBA, avoir un temps d’avance sur l’épidémie

L’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) participe à la préservation de la santé des militaires en opérations extérieures (Opex) par son expertise en matière de maladies infectieuses.

Le médecin chef des services Jean-Nicolas Tournier, chef de la division défense NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), l’a expliqué à la presse le 21 septembre 2023 à Paris.

Crises sanitaires. En 1918, le virus H1N1, connu sous le nom de grippe espagnole, a tué plus de 20 millions de personnes. En 1957, est survenu le virus H2N2 ou grippe asiatique, suivi en 1968 du H3N2 ou grippe de Hong-Kong. Au début du XXème siècle, arrivent d’autres virus, dont le risque est pris en compte par les armées : SARS-coronavirus en 2003 ; Chikungunya en 2005 ; H1N1 ou grippe porcine en 2009 ; MERS-covid en 2012 ; Ébola en 2015 ; Zika en 2016 ; covid-19 en 2019. Les virus de la Chikungunya, du Zika et de la dengue, appelés « arbovirus », sont transmis par les moustiques. La dengue menace entre 2 milliards et 3,7 milliards de personnes. Elle a déjà causé 2.000 morts en France, où 883 cas ont été détectés entre 15 mai et le 15 septembre 2023. Le paludisme, également transmis par les moustiques, tue encore 500.000 personnes par an. Ce parasite, découvert par le médecin militaire Alphonse Laveran, premier prix Nobel français de médecine en1888, a causé plus de 5.000 morts parmi les troupes françaises lors de l’expédition de Madagascar en 1895, contre 25 tués au combat. Aujourd’hui, le réchauffement climatique élargit le domaine d’infection virale et le transport aérien en facilite la diffusion, notamment celle du covid-19. L’IRBA travaille sur les maladies virales, très difficiles à détecter et qui prennent une forme asymptomatique. Ainsi, des patients porteurs du virus ne présentant aucun symptôme ne se savent pas infectés.

« Piège à moustiques ». Très peu d’arbovirus ont été découverts chez les moustiques, mais beaucoup dans leurs déjections. Partant de cette observation scientifique, deux jeunes chercheurs de l’IRBA, récompensés par le prix de l’Audace en 2022, l’ont appliquée à la surveillance de ces maladies virales en capturant et gardant en vie des moustiques pour récupérer leurs déjections. Ces moustiques constituent un échantillon de l’environnement facile à transporter et ne nécessitant pas de compétence particulière en entomologie. Des tests ont été effectués en Camargue et au Mali en 2020 et à Djibouti et en Gironde en 2023. Un virus a été identifié en 1937 en Ouganda dans la sous-région du Nil occidental. Transmis par les moustiques, il se reproduit chez les oiseaux, notamment migrateurs, et infecte les chevaux et même les hommes, dont 80 % sont asymptomatiques. Seuls les plus fragiles, soit 1 %, peuvent souffrir de maladies neurologiques comme la méningite ou l’encéphalite. Cet outil dénommé « projet MX », souligne le médecin chef des services Tournier, permet de savoir ce qui se passe en matière de maladies virales avec leurs conséquences importantes sur les forces armées françaises déployées en Opex dans des territoires en zone tropicales, où circulent les arbovirus. Des infections par arbovirus ont été détectées sur le territoire métropolitain. L’évaluation du projet MX se poursuit dans les armées pendant les Opex.

Autres axes de recherche. L’IRBA développe des programmes de recherche centrés en priorité sur le combattant, placé au cœur de la capacité de défense, avec des retombées pour la santé publique. Parmi eux, l’un porte sur les réponses adaptatives aux environnements extrêmes, dont les milieux d’emploi subaquatique et aéronautique et les climats contraignants. Un autre concerne la prévention des conséquences de la fatigue et la gestion du rythme veille-sommeil. Un troisième programme porte sur la neurobiologie des états de stress et la prévention de leurs conséquences. Un quatrième concerne la médecine régénérative, à savoir la thérapie cellulaire et la réparation tissulaire.

Loïc Salmon

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales

Service de santé : culture du retour d’expérience en opération extérieure

Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

 




Indopacifique : trafics d’armes à feu légères en hausse

Les trafics d’armes légères et de petit calibre (ALPC), liés à ceux de la drogue et d’êtres humains, au braconnage et à la piraterie, augmentent dans la zone Indopacifique, qui ne bénéficie d’aucune institution régionale de coordination de lutte et de prévention.

C’est ce qui ressort d’une étude, publiée, en mars 2023 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Éole militaire. Y ont notamment contribué : Marie-Pierre Arnold, section de lutte contre les armes à feu, Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC) ; Himayu Shiotani, directeur de la politique internationale à l’organisation britannique non gouvernementale Conflict Armement Research (CAR) ; Cyrille Poirier-Coutansais, directeur de recherche au Centre d’études stratégiques de la marine.

Les menaces. Selon un rapport du secrétaire général des Nations unies, les ALPC ont causé environ 30 % des décès civils dans les conflits armés en 2020 et ont été utilisées pour mener plus de 85.000 attaques terroristes entre 2011 et 2020. Des liens directs existent entre trafics d’armes, terrorisme et conflits armés, souligne Marie-Pierre Arnold. Les organisations criminelles, actives dans les trafics d’armes, d’ivoire, d’écailles de pangolin, d’animaux sauvages et de bois, vendent aux groupes terroristes les armes qu’ils auraient de grandes difficultés à acquérir, comme des missiles air-sol américains en échange de drogue d’origine sri-lankaise. En Asie du Sud-Est, le trafic illégal de bois nécessite des ALPC pour assurer la protection des sites déboisés et du transport du bois. En outre, certains États vendent légalement des bois à des groupes de criminalité organisée en échange d’armement. Par ailleurs, le Pakistan et l’Afghanistan jouent un rôle majeur dans les trafics d’armes dans la zone Indopacifique. Depuis les années 1980, de nombreuses armes en parfait état ont été laissées en Afghanistan par les forces armées soviétiques puis de l’OTAN. Puis, les talibans vendent ces armes, trop modernes pour eux, à des groupes terroristes capables de les utiliser. Les circuits des armes suivent ceux de la drogue d’Afghanistan vers l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est. Contrairement à CAR (voir plus loin), l’ONUDC ne peut effectuer d’enquêtes sur le terrain. Il se base sur les informations transmises par les États eux-mêmes et en disposent peu pour la zone Indopacifique. L’ONUDC est chargé du respect du Protocole contre la fabrication et le trafic illicite d’armes à feu, de leurs pièces éléments et munitions mais pas de celui du Traité sur le commerce des armes (TCA). Or ces instruments juridiques, très complémentaires, suscitent peu d’adhésions dans la zone. Ainsi, l’Australie, l’Archipel des Palaos et la Corée du Sud ont ratifié les deux, le Japon n’a pas ratifié le Protocole, l’Inde n’a pas signé le TCA et la Thaïlande n’a signé aucun des deux. Enfin, l’ONUDC a élaboré un programme d’enquêtes sur les flux financiers relatifs aux trafics d’ALPC, car les réseaux criminels ne sont pas toujours situés sur le territoire de certains États, mais utilisés au sein de leur diaspora à l’étranger.

Les détournements d’armes. Selon Himayu Shiotani, les enquêtes de terrain de CAR ont identifié plus de 600.000 armes, munitions et matériels connexes détournés dans 26 États. Ces détournements se classent en quatre catégories. La première porte sur la mauvaise gestion des stocks nationaux d’armes, facilitant des détournements accidentels ou volontaires par manque de suivi des livraisons, dont ont profité les talibans et d’autres groupes armés. La deuxième catégorie concerne les re-transferts non autorisés. Un importateur officiel redirige les armes vers un autre importateur, mais sans l’accord de l’exportateur initial. Des missiles antichars bulgares ont ainsi été exportés vers un pays tiers, d’où ils ont été retransférés à des destinataires irakiens. Soit l’exportateur initial n’avait pas demandé de garanties suffisantes quant à la réexportation des armes vendues, soit cela résulte de lacunes dans les contrôles post-livraisons, de difficultés posées par le traçage des armes détournées ou du manque de partage d’informations. La troisième catégorie porte sur la captation d’armes sur le champ de bataille. Ainsi, des systèmes portatifs de défense aérienne polonais, issus d’un lot envoyé en Géorgie pendant la guerre contre la Russie en 2008, ont été retrouvés en 2018 chez des groupes armés illégaux dans la région du Donbass (Ukraine). La quatrième catégorie concerne les détournements consécutifs à l’effondrement d’un État. Par exemple, des grenades antichars RPG-7 nord-coréennes, volées dans une caserne libyenne après la chute du régime Kadhafi en 2011, ont été interceptées en 2014 au Liban à bord d’un cargo venu de Libye. D’autres grenades, issues du même lot, ont été retrouvées en Centrafrique. Selon CAR, ce risque de détournement d’armes peut être évalué par des indices relatifs à l’importateur, à l’entité finançant l’achat, au destinataire ou à la logistique du transfert. Une enquête approfondie sur les réseaux de fournitures d’armes à l’État islamique, en Syrie et en Irak, a établi son intérêt pour le développement de moteurs d’aéronefs capables de larguer des engins explosifs improvisés, en montant de fausses entreprises dans des pays voisins et en y détournant des composants d’explosifs à l’insu des producteurs. En cas de détournement d’armes, souligne CAR, il faut d’abord identifier celles-ci. Les analyses de saisies d’ALPC ont identifié des copies non enregistrées d’armes, des oblitérations de leurs éléments d’identification ou des assemblages, sur place, d’armes envoyées en pièces détachées. En 2021-2022, CAR a répondu à plus de 4.500 demandes de traçage d’armes avec un taux de réussite de 42 %.

La voie maritime. La mondialisation et l’internet ont entraîné une extension considérable des trafics illicites par voie maritime sur toute la planète, indique Cyrille Poirier-Coutansais. La cocaïne entre massivement en Europe à bord de porte-conteneurs, car l’économie à flux tendus rend impossible un contrôle approfondi et facilite la dissimulation de quelques conteneurs remplis de drogue parmi des centaines d’autres. Par ailleurs, avec la fin de la guerre froide (1991), les États-Unis, la Russie et les pays européens ont réduit leur présence navale partout. Toutefois, un réarmement naval des pays asiatiques se manifeste dans toute la zone Indopacifique. En outre, depuis la crise financière de 2007-2008, la production industrielle se relocalise dans de grandes aires régionales. Malgré une reprise du transport maritime en 2020-2021 après la pandémie du Covid-19, sa croissance reste inférieure à celle du produit intérieur brut mondial depuis 2007-2008. La numérisation de l’industrie, qui accompagne la relocalisation de la production, renforce les compétitivités européenne et américaine face à la concurrence asiatique. Par ailleurs, la vision universaliste fait place à un raisonnement réduit à l’échelle d’un continent, estime Cyrille Poirier-Coutansais. Ainsi en matière de lutte contre le réchauffement climatique, l’Union européenne envisage l’instauration d’une taxe carbone à ses frontières, qui constitue, de fait, une barrière douanière et protège le fonctionnement propre à son organisation. Parmi les autres États européens, seule la France possède des intérêts directs dans la zone Indopacifique. La lutte contre la piraterie somalienne a nécessité une coopération entre les Marines européennes, américaine, indienne, chinoise, japonaise et russe dans la zone Indopacifique. Mais la guerre en Ukraine révèle déjà une forme d’indifférence vis-à-vis des événements internationaux dans certaines régions éloignées. En outre, les adoptions de convention internationales d’intérêt commun, comme l’utilisation durable de la biodiversité marine en haute mer, deviennent très difficiles, même dans le cadre de l’ONU. Or la lutte contre les trafics d’ALPC en Indopacifique nécessite un accord international pour la mise en œuvre d’outils juridiques et de moyens efficaces de surveillance des conteneurs (traqueurs de localisation et drones).

Loïc Salmon

Sécurité : les armes légères et la lutte contre leurs trafics

Stratégie : l’action de la France dans la zone indopacifique

Asie-Pacifique : Inde, Chine et Taïwan, acteurs de la sécurité




Défense : de la réserve de complément à celles de compétences et de combat

Composante essentielle des forces morales et incarnation de la cohésion nationale, la réserve militaire, en cours de rénovation, contribue à la défense et à la résilience.

Le général Frédéric Barbry, commandant la division « Cohésion nationale » de l’État-major des armées et délégué interarmées aux réserves, l’a présentée à la presse le 19 octobre 2023 à Paris.

Montée en puissance. En 2023, le ministère des Armées compte 40.000 réservistes opérationnels, dont 25.000 dans l’armée de Terre, 6.000 dans la Marine nationale et 5.000 dans l’armée de l’Air et de l’Espace. S’y’ajoutent ceux des services interarmées (Santé, Commissariat et Énergie opérationnelle) et de la Direction générale de l’armement (3.000 réservistes d’ici à 2030) dans un contexte d’économie de guerre pour renforcer l’industrie d’armement en cas de crise majeure. L’effectif de la réserve devrait atteindre 80.000 personnels en 2030 en l’adaptant, quantitativement et qualitativement, aux besoins des armées tout en intégrant les exigences nouvelles de la société civile. Son emploi porte sur la protection du territoire, l’intervention aux côtés des unités d’active et l’apport de compétences. Actuellement, 60.000 anciens militaires d’active, sous-utilisés, ont l’obligation de disponibilité de cinq ans à leur départ en retraite. Ils consolideront les unités d’active et de réserve pour les régénérer en cas de conflit majeur. Dès 2024, le premier centre de rappel des réservistes sera mis en œuvre, en vue d’une dizaine pour la métropole et les Outre-mer en 2030. En outre, l’armée de Terre va constituer six bataillons (500 militaires chacun) de réserve, six de plus en 2025 et enfin l’unité d’outre-mer, en captant des compétences civiles en cyber, logistique ou maintenance. En 2024, la Marine nationale va déployer trois flottilles côtières sur l’ensemble du littoral Atlantique puis, ultérieurement, en Méditerranée en en Manche ains que six escouades (une quinzaine de militaires chacune) en outre-mer avec un effort sur les Antilles en 2025 et 30 unités de réserve opérationnelle dans les ports. L’armée de l’Air et de l’Espace va constituer une base aérienne de réserve et des escadrons (une centaine de militaires chacun) de réserve, adossés à chaque base aérienne. Les directions et services vont aussi créer des unités nouvelles. Dès 2027, le Service des synergies opérationnelles va établir une unité pétrolière de soutien auprès de la base pétrolière interarmées, sur un modèle de parité entre militaires d’active et de réserve. La gestion des compétences sera mise en place dans le cadre des reconnaissances croisées des compétences à la fois civiles et militaires. Le temps d’entraînement du réserviste, actuellement de 17 % de son temps de service, sera porté à 25 %. Le Plan Réserve 2035 repose surtout sur la communication institutionnelle déclinée par les principales composantes Terre, Air et Espace, Marine nationale, Directions et Services. Le système d’informations ROC (réservistes opérationnels connectés) pilotera la montée en puissance. Un service d’assistance téléphonique permettra à chaque candidat réserviste d’avoir un correspondant pour guider son choix.

Être réserviste en 2023. Militaires à part entière, les réservistes ne font pas l’objet d’un distinguo en situation opérationnelle, souligne le général Barbry. Ils viennent du service nationalπ pour 7,3 %, des armées d’active pour 39,6 % et directement du monde civil…pour 53,2 % ! Âgé d’environ 7 ans de plus que son homologue d’active, le réserviste peut désormais servir jusqu’à 72 ans ! Les militaires du rang représentent 80 % des moins de 30 ans et les sous-officiers 55 % des 40-50 ans et 58 % des plus de 50 ans. Les officiers constituent 7 % des moins de 30 ans, 35 % des 30-50ans et 45 % des plus de 50 ans. La répartition s’établit ainsi : militaires du rang, 73 % d’hommes et 27 % de femmes ; sous-officiers, 77 % d’hommes et 23 % de femmes ; officiers, 84 % d’hommes et 16 % de femmes.

Loïc Salmon

Garde nationale : catalyser les réserves militaires et civiles

Défense : la réserve opérationnelle, outil indispensable aux armées

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

 




Armement : l’IA dans l’emploi des drones aériens et sous-marins

L’intelligence artificielle (IA) va inverser la logique d’utilisation des drones aériens. Elle doit devenir un équipier de confiance de l’humain dans la coordination des véhicules sous-marins semi-autonomes.

Cette problématique a été abordée lors du colloque « Intelligence artificielle et commandement militaire » organisé, le 28 septembre 2023 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) et le groupe Nexter, spécialisé dans les systèmes pour les forces terrestres. Y sont notamment intervenus : Jean-Marc Moschetta, professeur à l’Isae-Supaéro (Institut supérieur d’aéronautique et de l’espace) ; Jean-Michel Tran, directeur du domaine technique IA chez Naval Group (construction navale de défense).

Les essaims de drones aériens. Alors que la mise en œuvre d’un drone de combat de grandes dimensions mobilise plusieurs personnels, celle d’un essaim de petits drones ne nécessite qu’un seul opérateur, explique Jean-Marc Moschetta. Le rapport de mars 2021 du groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye indique que les forces armées et les convois logistiques de la faction du maréchal Khalifa Haftar ont été pourchassés et pris à partie à distance par des drones de combat ou des systèmes d’armes létaux autonomes et autres munitions rôdeuses, programmés pour attaquer des cibles en mode de guidage automatique. Cela a été possible grâce à la miniaturisation de drones peu onéreux et aux progrès réalisés dans l’informatique distribuée et dans l’information à fréquences millimétriques (60 GHz+ et très large bande). Les essaims de drones présentent des avantages : discrétion, facilitée par une faible signature visuelle ou radar ; saturation, qui désorganise la défense adverse par leur surnombre ; coût peu élevé, comme les drones en carton de 120 km de portée ; résilience par des réseaux « ad hoc » de relais d’information et des calculs en essaim. Toutefois, des faiblesses persistent : déploiement simultané à proximité de l’adversaire ; élongation et endurance réduites nécessitant des remplacements ou l’insertion de nouveaux drones ; sensibilité au vent limitant la vitesse d’évolution ; emport de charge utile réduite par la miniaturisation ; risque de piratage informatique. Déployés en masse par avion ou véhicule terrestre, les essaims de drones évoluent en patrouille avec une réduction des 30 % – 40 % de la traînée induite de chacun. Ils ne tirent pas leur efficacité de chacun d’eux mais de leurs relations et favorisent plus d’IA et d’intelligence collective, non traçable et capable d’initiatives. L’intelligence collective, indique Jean-Marc Moschetta, ne résulte pas du travail à plusieurs ni de la somme des intelligences individuelles. Elle existe dans la nature : dynamiques de groupes des oiseaux migrateurs, qui évitent la collision, conservent le cap par alignement et non-éloignement des individus ; saturation pratiquée par les gnous africains lors du passage d’un rivière infestée de crocodiles ; allocation dynamique des tâches parmi les « travailleurs à bec rouge », oiseaux sauvages d’Afrique. Selon Jean-Marc Moschetta, l’emploi de l’IA avec les essaims de drones présente certains risques. Le premier concerne la perte de contrôle sur l’exécution précise de l’action militaire, en raison de l’impossibilité de contrôler chaque drone et de la dispersion des sous-munitions avec des effets collatéraux. S’y ajoute l’effet d’emballement où plus rien ne fonctionne bien. Le deuxième risque porte sur l’infraction aux règles d’engagement en raison de l’absence de discrimination entre combattants et non-combattants et de l’obligation de nombreuses mises en situation.

Les véhicules sous-marins autonomes. L’autonomie d’un drone sous-marin repose sur une interdépendance entre la décision de l’opérateur, la communication avec le drone et la position du drone, explique Jean-Michel Tran. L’organe de décision mène la mission opérationnelle. Celui de la communication transmet les informations relatives au besoin opérationnel, les intentions et un possible recouvrement des communications après une période d’interruption. L’organe de positionnement permet une garantie contre une erreur de position. L’emploi des drones sous-marins rencontre des difficultés spécifiques : absence de système de positionnement externe type GPS ; impossibilité d’équiper la zone d’intervention de moyens de repères fixes ; soumission des mesures inertielles à la dérive du drone ; présence de courants, variables dans le temps et l’espace ; impossibilité d’utiliser parfois certains senseurs par souci de discrétion ; coûts très élevés des senseurs performants ; portée limitée à quelques kilomètres ; débits très réduits de l’ordre de 50 bits/s utiles ; absence de communication simultanée ; interférences avec certains senseurs acoustiques ; impossibilité de maintenir une ouverture permanente du canal de communication ; délai de propagation de plusieurs secondes ; variabilité de la qualité du canal en raison de trajets multiples, de la bathycélérimétrie, de l’environnement biologique, du trafic maritime et des conditions météorologiques (pluie ou vent). Dans ces conditions, le suivi humain s’avère difficile pour les missions de longue durée, en raison des évolutions imprévisibles dans un environnement non structuré, dynamique et pas ou partiellement connu. Le déplacement d’un drone coûte cher et prend du temps. Il convient donc de bien planifier une mission de haut niveau selon des objectifs et des contraintes. En effet, le drone « comprend » ses objectifs et peut s’adapter à des situations changeantes et imprévisibles durant toute la durée de sa mission. Par ailleurs, la doctrine militaire doit être prise en compte. Par exemple, dans le golfe Arabo-Persique, un drone pourrait devoir intercepter un navire transportant des véhicules et effectuer une recherche dans une zone présentant des endroits interdits à la navigation et des navires à éviter. L’opérateur a accepté la planification initiale, puis le drone effectue sa mission en ré-évaluant régulièrement différentes options. Il n’existe pas nécessairement de solution optimale, afin de respecter la doctrine militaire qui doit être facilement reprogrammable. Il convient donc de conserver une certaine part d’audace et de proposer des solutions alternatives plus efficaces, mais qui ne respectent pas strictement la doctrine. En intelligence artificielle, l’apprentissage par renforcement permet à un robot ou un drone d’apprendre à prendre des décisions dans un environnement dynamique, en tenant compte du temps, de l’incertitude et des conséquences, non immédiates, de ses actions. Au niveau de l’apprentissage, le drone est entraîné à résoudre les problèmes que rencontrent les marins. Lorsqu’il définit la mission du drone, l’opérateur doit en préciser les contraintes (navigation, émissions électromagnétiques et acoustiques), les marges à respecter (énergie, position) et les traits de caractères (curiosité, discrétion). Il doit aussi délivrer des autorisations d’autonomie pour une replanification de la mission : altération des paramètres des objectifs de mission ; abandon total ou partiel de certaines parties ; réengagement de la mission ; éloignement plus ou moins temporel et spatial du contrat initial. Vu le coût onéreux des drones sous-marins, leur emploi en essaim nécessitera une hétérogénéité de drones performants et chers avec d’autres qui le sont moins, mais qui sont spécialisés dans une mission précise pour un temps donné. La complexité d’emploi de tels systèmes nécessitera des systèmes d’aide à la décision et l’utilisation de grosses unités porte-drones ou porte-armes pour remplir la mission. Le déploiement des drones plus petits et perdables sera probablement laissé à ces grosses unités et échappera complètement aux opérateurs, afin de limiter la complexité de la mission. Grâce à des séquences d’action de haut niveau pour chaque drone, l’essaim pourra atteindre son objectif via une coopération entre les drones, malgré des communications marines limitées. Naval Group y travaille.

Loïc Salmon

Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées




D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Le vrai D’Artagnan, le plus célèbre mousquetaire du roi, reste toujours méconnu 350 ans après sa mort, alors que son mythe perdure dans monde. Une exposition, organisée par le Service historique de la défense à Vincennes, permet d’en savoir plus.

La compagnie des mousquetaires, instituée par Louis XIII en 1622, a pour mission première la protection du roi, après les deux régicides consécutifs contre Henri III (2 août 1589) et Henri IV (14 mai 1610). Dans les années 1620, le roi l’emploie aussi sur les champs de bataille, car ces cent mousquetaires, fantassins montés, constituent une nouveauté au début du XVIIème siècle. Ils combattent à pied ou à cheval en utilisant le mousquet à mèche ou l’épée. Leur renommée commence avec leur participation aux opérations du siège de La Rochelle (1627-1628) et au combat du Pas-de-Suse (1629). Pour soutenir les huguenots français qui se sentent menacés, l’Angleterre, protestante, envoie une troupe conquérir l’Île de Ré. Pour mater La Rochelle perçue comme un « État dans l’État », Louis XIII et le cardinal de Richelieu chassent les Anglais de l’Île de Ré et assiègent La Rochelle. Pendant la guerre de Trente ans (1618-1648) qui oppose des États catholiques et protestants d’Europe centrale, la France tente d’avancer des pions face à l’Espagne, très influente parmi les États italiens. L’armée française affronte les Savoyards, alliés des Espagnols, dans les Alpes dans un défilé en amont de la ville de Suse. Louis XIII charge en première ligne sur le champ de bataille et impose le déploiement des mousquetaires à pied. Très loin de l’image du roi faible et de la légende noire du cardinal que donne Alexandre Dumas dans « Les Trois mousquetaires », Louis XIII, dernier roi guerrier de France, et Richelieu mettent en place la monarchie absolue de droit divin…dont profitera Louis XIV quelques décennies plus tard !

Charles de Batz de Castelmore, comte D’Artagnan (vers 1610/1615-1673) figure parmi ces cadets de Gascogne, qui comptent sur leur bravoure au combat et leurs appuis à la Cour pour progresser dans la carrière des armes. Il n’a en effet guère d’autre choix que de s’engager au service du roi, car issu d’une famille de petite noblesse peu fortunée. Sa famille maternelle, les Montesquiou D’Artagnan, dont il prendra le nom, l’introduisent à la Cour dans les années 1630. Recensé lors d’une revue comme mousquetaire du roi en 1633, il poursuit sa carrière dans le Régiment des gardes françaises, où servent de nombreux Gascons sous les ordres du maréchal de Grammont. En 1646, il entre au service du cardinal Mazarin…en tant que messager ! Pendant la Fronde (1648-1653), D’Artagnan exerce ses fonctions entre le cardinal en exil et la Cour itinérante de la reine régente Anne d’Autriche et du jeune Louis XIV. Officier des Gardes françaises, il participe aux dernières campagnes de la guerre franco-espagnole, où il est blessé au siège de Stenay (1654). Nommé sous-lieutenant de la Compagnie des mousquetaires en 1658, il épouse, l’année suivante, Charlotte-Anne de Chalency, riche veuve issue d’une famille de la noblesse de Bourgogne. Son contrat de mariage, présenté à l’exposition, mentionne les signatures de Louis XIV et de Mazarin. A la mort de ce dernier (1661), Louis XIV ordonne à D’Artagnan d’arrêter le surintendant Nicolas Fouquet (condamné après trois ans de procès) et de l’escorter de prison en prison jusqu’à Pignerol (plaine du Pô) en 1665. Nommé gouverneur de Lille en 1672, il participe au siège de Maastricht, où il est tué l’année suivante…d’une balle de mousquet.

Loïc Salmon

L’exposition « Mousquetaires » (14 septembre 2023-13 janvier 2024) se tient au château de Vincennes, pavillon du Roi. Elle rassemble uniformes, livres, documents, tableaux et gravures. L’entrée est gratuite. Visites guidées possibles. Un catalogue, édité par le Service historique de la défense, est disponible au prix de 25 €. Renseignements : https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

Mousquetaires !




Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française

L’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM) regroupe, sur le même site, 21 organismes d’études et de recherche, rattachés au ministère des Armées, au ministère de l’Intérieur ou à vocation interministérielle, afin de nourrir le débat européen et atlantique et accroître la capacité d’influence de la France vers les pays partenaires et alliés.

L’ACADEM a été inaugurée le 26 octobre 2023 à Paris par le ministre de Armées, Sébastien Lecornu, qui a annoncé une subvention de 77 M€ pour le rayonnement de la pensée stratégique dans le cadre de la loi de programmations militaire 2024-2030, soit une augmentation de 40 % par rapport à la période précédente. Le président de l’ACADEM, le général de corps d’armée Benoît Durieux, l’avait présentée à la presse le 19 octobre à Paris.

Bouleversements stratégiques. Le contexte géopolitique est aujourd’hui déstabilisé : conflits en Afghanistan, en Libye, au Sahel et au Levant ; attaque de la Russie contre l’Ukraine ; reprise de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut Karabagh ; agression de l’organisation terroriste Hamas de la bande de Gaza contre Israël, suivie de la riposte israélienne à Gaza. De nouveaux concepts émergent : guerre hybride ; conflit de haute intensité ; débats sur la frontière entre guerre militaire, terrorisme, cyberdéfense, cybersécurité et guerre économique. S’y ajoute la fragilisation des cadres internationaux du multilatéralisme. La conception de stratégies et la réflexion sur la défense nationale deviennent vitales, souligne le général Durieux. Elles concernent la défense militaire, mais aussi toutes les menaces contre les libertés et les intérêts de la France, comme la souveraineté industrielle, la défense des zones (maritimes) économiques exclusives et les luttes contre la désinformation, les cyberattaques et les ingérences.

Forum et interface. L’ACADEM rassemble des chercheurs de diverses disciplines, notamment en droit, sciences politiques, histoire, sociologie et économie. Elle inclut des experts dans leurs domaines, des décideurs, des acteurs opérationnels et des ingénieurs qui travaillent à la mise au point de l’avion de chasse futur, mais aussi des militaires ayant combattu en Afghanistan, au Sahel et au Levant, d’autres qui ont pisté les sous-marins russes en Méditerranée orientale ou qui ont survolé des territoires hostiles au Levant et enfin des commissaires qui adaptent l’administration à chaque opération militaire. Au sein de la « confédération » ACADEM, chacun de ses 21 organismes (voir encadré ci-dessous) conserve sa pleine indépendance ou, au moins, reste au service de son autorité d’emploi. Tous ont validé une charte sur le travail en commun. Enfin, l’ACADEM souhaite constituer une interface avec des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, français et étrangers.

Loïc Salmon

L’ACADEM regroupe déjà vingt et un organismes à l’École militaire à Paris : Académie du renseignement ; Bibliothèque de l’École militaire ; Centre de doctrine et d’enseignement du commandement ; Centre d’enseignement militaire supérieur air ; Centre d’enseignement supérieur terre ; Centre d’études stratégiques de la marine ; Centre de formation des dirigeants de la gendarmerie ; Centre de formation au management de la défense ; Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale ; Centre des hautes études militaires ; Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation ; Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ; Chaire de cyberdéfense et souveraineté numérique de l’IHEDN ; Chaire d’économie de défense de l’IHEDN ; Chaire « Défense et sécurité du territoire national » de l’État-major interarmées du territoire national métropolitain ; Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) ; Chaire « stratégies aérienne et spatiale » appliquées intégrée au CESA ; Conseil général de l’armement ; École de guerre ; Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur ; Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : se réapproprier la question militaire

Histoire de l’IHEDN