Défense : le CNSD, pôle d’excellence militaire et sportive

Outre ses missions de cohésion, de préparation opérationnelle et de réinsertion des blessés, le Centre national des sports de la défense (CNSD) relance la performance française à travers la compétence et la disponibilité des armées.

Son commandant, le général Paul Sanzey, commissaire aux sports militaires, l’a présenté à la presse, le 5 octobre 2023 à Fontainebleau, dans le cadre de la préparation des sportifs de haut niveau de de la Défense aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris en 2024.

Les missions. Pendant la première guerre mondiale, les pratiques sportives dans les armées ont permis l’essor du sport en France. Hériter des bataillons d‘Antibes (formation des spécialistes militaires de sport) et du bataillon de Joinville (entraînement des sportifs de haut niveau) fondés en 1967, le CNSD regroupe l’École interarmées des sports (EIS) et l’École militaire d’équitation en 2006. En effet, le pentathlon militaire moderne compte cinq disciplines : la course à pied, la natation, l’escrime, le tir au pistolet et…l’équitation (saut d’obstacles). Outil de cohésion au sein des forces, les CNSD organise 20 championnats de France militaires et des actions entre les armées, les fédérations sportives et les collectivités territoriales, dont plusieurs au profit de 1.380 jeunes. Socle de la préparation opérationnelle individuelle et collective des armées, il organise chaque année 102 stages qui accueillent plus de 1.000 personnels. Le durcissement de opérations entraînant une augmentation du nombre des militaires blessés physiques et psychiques, le CNSD contribue à leur réinsertion sociale et professionnelle par l’offre de 1.168 places dans le cadre de 82 actions en 2022.

Le sport de haut niveau. Composées de militaires des armées de Terre et de l’Air et de l’Espace, de la Marine nationale et de la Gendarmerie ainsi que des personnels civils du Secrétariat général pour l’administration, les 39 équipes de France militaires en sport individuel, collectif et handisport ont remporté 82 médailles, dont 26 en or, aux jeux mondiaux militaires d’été à Wuhan (Chine) en 2019 et 104 médailles (49 en or) aux championnats du monde. Après sa mise en sommeil en 2002 lors de la suspension de la conscription, le bataillon de Joinville, réactivé en 2014 au sein de l’EIS, a déjà accueilli plus de 21.000 athlètes en 43 ans d’existence. Aujourd’hui, sélectionnés en raison de leur palmarès au sein des fédérations sportives locales, les jeunes athlètes civils se voient offrir un engagement dans les armées avec la possibilité de se perfectionner au bataillon de Joinville, dont ils portent l’écusson (photo) sur leur survêtement. Devenus membres de « l’Armée de champions », ils participent ensuite aux compétitions internationales et aux Jeux Olympiques et Paralympiques et renforcent les équipes de France militaires lors des compétitions internationales militaires. Depuis l’accord-cadre de 2003 entre le ministère de la Défense (dénomination à l‘époque) et celui des Sports portant sur le développement du sport de haut niveau et du sport de masse dans les armées, l’Armée de champions a déjà obtenu 117 médailles olympiques et paralympiques. Aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2021, la France a envoyé 378 participants qui ont remporté 33 médailles. Parmi eux, les 54 personnels du ministère de la Défense (14, 3 % de la délégation) en ont obtenu 13 (39,4 % du palmarès français), dont 5 d’or (50 %), 4 d’argent (33,3 %) et 4 de bronze (36,4 %). Aux Jeux Paralympiques, les 146 Français ont gagné 54 médailles. Les 20 participants du ministère de la Défense (13,7 % de la délégation) en ont rapporté 19 (35,2 % du palmarès français), dont 6 d’or (54,5 %), 4 d’argent (26,7%) et 9 de bronze (32,1 %). En 2021, l’Armée de champions comptait 138 athlètes. Pour les Jeux Olympiques de 2024 (26 juillet-11 août), elle en prépare 218, soit une augmentation de 60 %, souligne le général Sanzey. Parmi ces 218 sportifs de haut niveau dans 32 disciplines, 35 sont en situation de handicap dans 12 disciplines paralympiques.

Loïc Salmo

Défense : le sport, du haut niveau à la reconstruction

Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique




Sécurité : les armes légères et la lutte contre leurs trafics

La prolifération incontrôlée des armes à feu de petit calibre accroît la violence, déstabilise les États fragiles et freine leur développement. La lutte contre ces trafics nécessite une coordination mondiale.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le15 mai 2023 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées. Y sont notamment intervenus :  Julien Joly, programme « Small Arms Survey » (Enquête sur les armes légères) de l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève ; Leonardo Lara Villarroel, Office des nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ; Anna Mensah, Institut de recherche des nations unies pour le désarmement (UNIDIR) ; Juan Belikov et Aldan Serikbay, Bureau des nations unies pour la lutte contre le terrorisme (ONUCT).

Fabrications illicites. Selon Leonardo Lara Villarroel, environ 550.000 armes à feu de petit calibre ont été saisies dans le monde en 2016 et en 2017. Près de 90 % d’entre elles ont été fabriqués de façon industrielle, mais seulement 85 % étaient correctement marquées. Les fabrications illicites concernent les armes artisanales, celles constituées après assemblage de leurs diverses pièces et les armes réactivées, transformées ou modifiées notamment au moyen de l’impression en trois dimensions. D’après l’ONUDC, les saisies d’armes transformées ont eu lieu en Grande-Bretagne, Suède, Azerbaïdjan, Ukraine, Moldavie et au Danemark. Celles d’armes assemblées se sont produites en Lituanie, Moldavie, Ukraine, Azerbaïdjan et aux Philippines. Celles d’armes réactivées ont eu lieu en Tunisie, Grande-Bretagne, Norvège et Lituanie. Les armes modifiées ont été saisies en Grande-Bretagne, Moldavie, Slovaquie, Lituanie et au Portugal. Enfin, les armes artisanales proviennent du Népal, des Philippines, du Burkina Faso, de Centrafrique, d’Algérie et de la Jamaïque. Au Sahel, les groupes terroristes s’approvisionnent surtout en armes fabriquées industriellement, tandis que les milices paramilitaires et les chasseurs préfèrent les armes artisanales.

Engins explosifs improvisés. Selon Julien Joly, le « Small Arms Survey » a répertorié plus de 2.200 incidents relatifs aux engins explosifs improvisés (EEI) entre 2014 et 2022 avec leurs type, date, lieu, auteurs et cibles. Les EEI sont fabriqués à partir de munitions explosives volées dans des entrepôts militaires, d’explosifs extraits de munitions, d’explosifs en vente dans le commerce à des fins civiles, d’engrais et d’accessoires divers. Ils peuvent être déclenchés par la victime, radiocommandés, placés dans des véhicules en cas d’attaques suicides, activés par fil, activés à distance puis déclenchés par les victimes ou portés par des personnes. Une étude de cas réalisée entre 2019 et 2022 identifie le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Niger comme directement concernés ainsi que le Bénin et la Guinée comme pays de transit. Les composants font l’objet de trafics divers : détournement de produits importés légalement ; détournement de produits pendant le transport ; détournement sur le site de l’utilisateur final officiel ; utilisation illicite de produits à double usage importés légalement ; prise de matériels militaires sur le champ de bataille. Le cycle de vie des munitions s’étend de la planification d’acquisition des composants et leur approvisionnement à la gestion de leurs stocks et leur élimination quand elles sont périmées. Le programme « Small Arms Survey » a publié un guide pratique sur la sécurisation des stocks. Il recommande le contrôle de l’achat et de la distribution des composants commerciaux, la surveillance de leurs acheteurs (entreprises ou individus), l’acquisition d’équipements pour le suivi et la traçabilité des munitions, la sensibilisation des personnels et leur formation.

Transferts et stockages. Anna Mensah explique que les détournements d’armes légères et de produits connexes se produisent au niveau du fabricant, pendant le transfert, dans les stocks publics ou privés, pendant leur utilisation active ou leur déploiement. Ils résultent aussi de l’absence de régularisation et de lacunes dans les contrôles nationaux ou lors de mouvements transfrontaliers non autorisés. Ces détournements sont effectués par des personnes privées, des groupes armés non étatiques ou même…des agents de l’État ! Ils résultent notamment des faiblesses et défaillances institutionnelles de l’État concerné, de trafics illicites, de la mise en œuvre de moyens techniques et de stratagèmes pour tromper les autorités publiques. L’UNIDIR évalue les risques de détournement grâce à ses réseaux d’information. Ainsi, les agences de renseignements gouvernementales identifient les personnes physiques ou morales soupçonnées d’être impliquées dans des trafics d’armes, analysent les tendances internationales des marchés illicites, repèrent les pratiques de corruption à l’étranger et les produits recherchés par les États sous embargo, et enfin pistent les organisations terroristes et les réseaux criminels. Les missions diplomatiques, les douanes et la police effectuent des contrôles sur les entités impliquées dans les transferts d’armes légères et sur les documents fournis à l’appui d’une demande d’autorisation d’exportation ou d’un autre type de transfert. S’y ajoutent les rapports des groupes d’experts de l’ONU sur la mise en œuvre des embargos sur les armes, ceux d’organisations non-gouvernementales crédibles, les annuaires commerciaux et ceux en ligne qui communiquent des informations précises et objectives. En outre, l’UNIDIR a développé une grille d’analyse du détournement des armes conventionnelles, de leurs munitions et de leurs pièces et composants, dans le cadre du Traité sur le commerce des armes, signé par 130 États et entré en vigueur fin 2014.

Post-conflit et terrorisme. Aux 850 millions d’armes légères de petit calibre hors des mains de l’État (voir encadré), s’ajoutent plus de 2 milliards d’armes non enregistrées selon l’ONUCT. Juan Belikov souligne les difficultés pour les retrouver et les collecter après les conflits. Or, ces armes jouent un rôle majeur dans la violence résiduelle, à savoir vengeance, récupération de biens perdus, improbabilité du retour à la paix, difficultés pour les combattants ordinaires de s’intégrer à la vie civile, effondrement de l’économie, contestation de territoires et nécessité de l’auto-défense en l’absence de l’autorité de l’État. Dans ce contexte, ces armes constituent des sources importantes d’échanges et de revenus. L’ONUCT manque de compétences spécialisées pour mener des enquêtes complexes sur les trafics d’armes à feu et le terrorisme. S’y ajoutent : l’absence d’enregistrement et de traçage systématiques des armes ; l’insuffisance d’échanges d’informations et de coordination entre les diverses agences ; le manque de bases de données sur les armes, les acteurs des trafics, les routes et les modes opératoires. De son côté, Aldan Serikbay précise que les groupes terroristes tentent d’acquérir et d’utiliser des matériaux létaux chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, des armes légères, des engins explosifs improvisés et des drones. Depuis février 2021, environ 1.600 personnels militaires ont suivi des formations à la lutte contre le-terrorisme en Australie, Irak, Jordanie, Turquie, Malaisie, au Kenya, au Nigéria et aux Philippines.

Loïc Salmon

Le programme « Small Arms Survey » de l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genèveévalue le nombre d’armes à feu légères à environ un 1,013 milliard dans le monde en 2017. La répartition s’établit à 13 % (133 millions) des armes  détenues par les forces armées, 2 % (22,7 millions) par les forces de sécurité et 85 % (857 millions) par les populations civiles. Parmi ces dernières, 2,3 à 4,7 millions d’armes appartiennent à des entreprises privées de sécurité, 2 à 10 millions à des organisations criminelles et 2,1 à 2,8 millions à des groupes armés non-étatiques.

Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

Trafics d’armes légères : comment les contrer

Trafics d’armes : les Balkans, fournisseurs du terrorisme international et du crime organisé




Les sentinelles oubliées

Les missions militaires française, britannique et américaine de liaison à Berlin ont effectué des missions de renseignement opérationnel de 1947 à 1991 pour évaluer la menace des armées du Pacte de Varsovie et déceler toute tentative d’attaque surprise contre l’Ouest.

Des accords militaires, conclus après la seconde guerre mondiale, tolèrent une sorte d’espionnage réciproque par les missions militaires soviétique, américaine, britannique et française. Toutefois, alors que la mission soviétique opère à l’Ouest dans un pays démocratique, la République fédérale allemande, respectueuse du droit, les missions occidentales circulent à l’Est dans un pays totalitaire et hostile, la République démocratique allemande (RDA), où chaque citoyen a le devoir de surveiller l’autre. Le gouvernement est-allemand et la Stasi, sa police politique et service de contre-espionnage, veulent délibérément créer des incidents graves, considérant les missions occidentales comme des « nids d’espions » autorisés par « l’occupant soviétique » et susceptibles de « pervertir » la population est-allemande. Ainsi de 1975 à 1990, la mission britannique a répertorié 286 incidents graves, dont 13 tirs d’armes légères. Des équipes spécialisées mixtes soviétiques (spetsnaz) et est-allemandes (Stasi), constituées dans les années 1980, capturent des équipages et confisquent leurs matériels. En conséquence, les membres des missions militaires occidentales en RDA, dépourvus de toute immunité diplomatique, ont le sentiment d’avoir mené une guerre sans armes et assimilable à une opération extérieure, comme le prouvent la mort ou les blessures de nombre d’entre eux. Organisme interarmées placée sous l’autorité directe du général commandant en chef des forces françaises en Allemagne, la mission militaire française de liaison (MMFL) compte une quarantaine de personnels dans les années 1980, répartis en une section « air » et une section « terre ». Elle dispose de 18 « propousks », (carte d’accréditation soviétique leur permettant de circuler en RDA), la mission britannique 31 et son homologue américaine 14. Chaque semaine, la MMFL effectue notamment deux à trois reconnaissances aériennes et deux à trois sorties « terre » de 36 heures minimum, dont 24 heures d’observation, en RDA. En outre, en alternance avec ses homologues américaine et britannique, elle effectue deux ou trois missions de reconnaissance et d’alerte de 24 heures dans un rayon de 60 km autour de Berlin. Certaines missions « air » se font au sol sur des objectifs spécifiques, à savoir bases aériennes, sites radars, défense sol-air ou terrains d’exercices missiles et de bombardement. Cela implique des déplacements de nuit, discrets, rapides et en semant les « suiveurs » de la Stasi. Cette nécessité s’impose pour rejoindre en sécurité des postes d’observation et y rester dans l’attente d’activités aériennes à proximité des bases, tout en écoutant les communications en russe ou en allemand entre la tour de contrôle et les aéronefs. Les missions « terre » portent sur les nouveaux matériels, l’identification, l’équipement et les déplacements des unités, la surveillance et l’évolution de centaines d’objectifs, les indices dans les gares et les décomptes de convois. L’équipage de base (un observateur et un chauffeur), emporte deux appareils photos avec divers objectifs, deux magnétophones, des piles de rechange, des jumelles, de l’argent et des bons d’essence est-allemands. Il embarque sur un véhicule tout terrain, en partie blindé, avec des équipements particuliers. Les renseignements recueillis par la MMFL, fusionnés avec les écoutes électroniques, sont exploités dans les centres d’analyses des armées de Terre et de l’Air. La Direction du renseignement militaire, organisme interarmées, est créée en 1992 après la dissolution de l’URSS.

Loïc Salmon

« Les sentinelles oubliées », Roland Pietrini. Éditions Pierre de Taillac, 280 pages, nombreuses illustrations, 16,90 €. 

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

La DST sur le front de la guerre froide

Renseignement : recomposition des services au début de la guerre froide (1945-1955)




Marine nationale : dissuasion, protection, intervention et partenariats extérieurs

La Marine française doit se préparer à des engagements plus durs dans une guerre imposée et probablement d’une marnière très brutale.

Son chef d’état-major, l’amiral Nicolas Vaujour, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 27 septembre 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’environnement opérationnel. Le contexte mondial se caractérise d’abord par l’accélération du désordre. En cas de crise et selon l’évolution de la situation, des actions robustes et résilientes permettront de consolider une stratégie d’accès mondial. En outre, une tectonique des puissances se manifeste au large avec des débordements en mer Noire et en Asie, qu’il faut connaître, comprendre et contenir. S’y ajoutent les missions de protection des approches maritimes, comme le déminage des plages, le sauvetage en mer, la lutte contre les trafics de drogue et d’armes et la surpêche. La multiplication des usages de la mer, avec les énergies renouvelables et l’augmentation du trafic commercial, entraîne une sorte de territorialisation des mers. Les préfets maritimes assurent la coordination interministérielle sur ces usages, afin de garantir l’entraînement dans les zones d’exercices, les essais des armes, l’emploi du groupe aéronaval et les évolutions dans des endroits dangereux au large. Enfin, la guerre en cours en Ukraine s’accompagne du retour de la menace nucléaire russe, face à laquelle la Marine française doit maintenir une dissuasion crédible. La possibilité de débordement du combat en mer, réelle en mer Noire, peut survenir ailleurs. Dans cette guerre d’usure, l’Ukraine se défend en y contestant la capacité russe par des attaques de drones contre des frégates et des sous-marins à quai. Ce contournement de la bataille aéroterrestre par une puissance non navale ne constitue pas une menace immédiate. Toutefois, des organisations malveillantes pourraient déployer des essaims de drones, en vue de perturber la circulation en mer.

Les partenariats. Selon l’amiral Vaujour, la puissance navale repose sur le nombre de navires, la technologie, le savoir-faire et les partenariats. Ces derniers apportent la cohérence de la réponse et la capacité de performance dans certaines zones. L’échange d’informations permet de s’organiser entre Marines alliées, notamment avec celle des États-Unis. Toutefois, les intérêts souverains imposent parfois le recours au « caveat », à savoir la limite de la participation à certaines missions à préciser au chef militaire de la coalition sur zone. La France et la Grande-Bretagne ont développé en commun des travaux sur la force de dissuasion, les porte-avions, les sous-marins et la guerre des mines. En Méditerranée, la Marine française travaille avec ses homologues italienne, grecque et espagnole pour éviter de s’épuiser seule sur une mission. En Asie, elle coopère avec d’autres Marines pour améliorer la persistance de sa présence et sa capacité de compréhension et d’analyse, en vue d’obtenir un effet militaire supérieur. Elle dispose d’une base navale aux Émirats arabes unis d’où partent les missions « Agénor », contributions à l’initiative européenne de liberté de navigation dans le golfe Arabo-Persique. Dans le Pacifique, elle dispose de points d’appui robustes et accessibles en tout temps. L’Australie reste son principal partenaire par sa situation dans la zone stratégique d’accès et sa grande capacité d’accueil portuaire. Des partenariats spécifiques se développent avec le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines.

Loïc Salmon

Marines : se préparer au combat naval de haute intensité

Marines : défense et déni d’accès

Marine nationale : la TF 50 américaine sous commandement français




Corée du Sud : BITD performante, quasi-autosuffisance en armement et succès à l’exportation

Recherche et développement, autonomie industrielle, partenariats internationaux et soutien à l’exportation permettent à la Corée du Sud de produire des matériels militaires de technologies moyennes mais de hautes qualités et à des prix compétitifs.

Patrick Michon, ingénieur général de l’armement retraité devenu consultant, a présenté la base industrielle et technologique de défense (BITD) de la Corée du Sud au cours d’une visioconférence organisée, le16 mai 2023 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN et l’Association de l’armement terrestre.

Les forces armées. L’armée de Terre sud-coréenne a entamé sa numérisation et met en place un système de recueil du renseignement électromagnétique. Elle dispose de 400 chars K1A1 de 54 t, version améliorée du K1 (51 t), et de 68 canons automoteurs K9 Thunder de 155 mm. Elle a mis en service le char K2 Black Panther (56 t), de nouveaux systèmes antiaériens et des missiles à courte et moyenne portée. L’armée de l’Air a commandé une quarantaine de chasseurs F-35 et 4 AWACS (systèmes de détection et de commandement aéroportés) aux États-Unis. Avec l’assistance technique de l’avionneur américain Lockheed, la Corée du Sud a développé et produit les avions de chasse légers et d’entraînement TA-50 et FA-50 Golden Eagle. Elle a fait de même avec le constructeur européen Airbus Helicopters pour l’hélicoptère de transport tactique Surion et l’hélicoptère d’attaque léger LAH. En partenariat avec l’Indonésie, elle développe l’avion de combat multi-rôles de 5ème génération KF-21 Boramae, dont le prototype a effectué son premier vol en 2022. L’entrée en service du Boramae, prévue en 2026, permettra de remplacer ses F-4 Phantom II et F-5E/F Tiger II américains. La Marine dispose de 3 sous-marins à propulsion diesel-électrique avec une capacité de lancement de missiles mer-sol, 5 destroyers KDX-2 de 4.000 t, 3 destroyers KDX-3 de 7.000 t et de 3 porte-hélicoptères de 13.000 t. Elle a sélectionné le chantier sud-coréen Daewoo Shipbuilding pour la conception et la construction de trois « navires arsenaux » Joint Firepower Ships transportant chacun plus de 80 missiles balistiques nouveaux.

L’industrie d’armement. Outre le soutien de la BITD par tous les gouvernements depuis 1976 (encadré), la Corée du Sud augmente régulièrement son budget pour la recherche et le développement, passé de 4 % de son produit intérieur brut en 2018 à 5 % en 2020. En 2006, Le ministère de la Défense, qui disposait de huit agences d’acquisition d’équipements militaires, les a remplacées par la DARPA (Defense Acquisition Program Administration), inspirée de la Délégation générale de l’armement française avec un budget annuel de 10 Mds$. En outre, dans le domaine spatial, le KARI (Institut coréen de recherche aérospatiale), fondé en 1989, correspond à la NASA américaine ou, en France, à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales et au Centre national d’études spatiales réunis. Ses premières activités ont porté sur les fusées KSR-1 et KSR-2 à un ou deux étages puis sur le développement d’un moteur à oxygène liquide et kérosène. Pour accélérer le processus, il s’est associé à des partenaires russes pour réaliser la fusée KSLV, inspirée du lanceur russe Angara, mais dont les deux tirs ont échoué. Toutefois, le KARI a développé divers satellites : KOMPSAT Arirang (observation de la terre) ; COMS (météorologie) ; STSAT (expérimentations scientifiques).

La politique d’exportation. La Corée du Sud, qui a déjà gagné des contrats d’armements importants à l’exportation, vise 5 % du marché mondial d’ici à 2030. Ainsi, elle a réussi à vendre à la Malaisie des véhicules de combat d’infanterie KIFV (dérivés du M113 américain), mais pas de chars K1. Elle a vendu la licence du canon automoteur K9 Thunder à la Turquie et lui a transféré les technologies du char K2 Black Panther pour le développement du nouveau char turc Altay. Elle a conclu des options d’achats avec la Pologne se montant à 14 Mds€ et incluant une coopération industrielle et des transferts de technologies dont : 2,5 Mds€ pour la commande de 48 avions FA-50 Golden Eagle ; 2,25 Mds€ pour 180 chars K2 Black Panther avec une option sur 400 unités supplémentaires d’ici à 2030 ; 3 Mds€ pour 670 châssis de canons K9 Thunder. Ce dernier (ou sa licence de fabrication) a été aussi vendu à l’Australie, l’Inde, l’Égypte, l’Estonie, la Finlande et la Norvège. Dans le domaine naval, outre la construction d’une frégate de 2.300 t pour le Bengladesh, la Corée du Sud a vendu : plusieurs patrouilleurs côtiers à la Malaisie ; un bâtiment amphibie et un pétrolier-ravitailleur au Venezuela ; des chasseurs de mines à l’Inde avec une compétition en cours pour des sous-marins ; plusieurs bâtiments amphibies et 3 sous-marins avec une option sur 3 de plus à l’Indonésie. Dans le domaine aéronautique, la Corée du Sud a vendu : des avions d’entraînement KT1 et TA-50 à l’Indonésie ; des TA-50 version attaque au sol aux Philippines ; 40 KT1 à la Turquie ; 10 KT1 au Pérou. S’y ajoutent des commandes de FA-50 pour la Colombie, l’Irak et les Émirats arabes unis et de TA-50 pour le Sénégal, qui lui a acheté des KT1. Elle ne vend pas à des pays en guerre.

L’acquisition de connaissances. En 2023, la Corée du Sud dispose de bases industrielles civile, spatiale et de défense. En une cinquantaine d’années, elle est presque parvenue à la souveraineté dans ces domaines, dont elle maîtrise les technologies. Selon Patrick Michon, ces succès reposent sur l’éducation de masse et le confucianisme, qui régit les relations sociales et où la copie d’un « bon » maître est encouragée. Ainsi, le projet de réalisation « nationale » d’un sous-marin d’attaque à propulsion diesel-électrique en constitue une application. L’Inde puis la Corée du Sud ont décidé de le réaliser, à partir de la technologie du submersible allemand de la classe 209. La Corée du Sud y est parvenue en 2020, mais l’Inde pas encore. Tout commence en 1981, quand la Marine indienne achète quatre sous-marins 209/1500, dont deux sont construits au chantier allemand HDW et deux au chantier indien MDL dans le cadre d’un transfert de technologie, et les met en service entre 1986 et 1994 sous le nom de la classe Shishumar. A la suite de l’accord de 2005 avec la France, la Marine indienne a commandé six sous-marins conventionnels Scorpène (2.000 t en plongée), livrables entre 2017 et 2023, au chantier Naval Group. En 2022, ce dernier se retire de l’appel d’offres de la Marine indienne portant sur la construction, par MDL, de six unités anaérobies (autonomie de plongée accrue par rapport au unités conventionnelles grâce à la pile à combustibles), plus grandes que le Scorpène mais avec un nouveau transfert de technologie destiné au projet indien 75-i. De son côté mais en 1987, la Corée du Sud a acheté à l’Allemagne trois sous-marins 209/1300 (reclassés Chang Bogo). Ensuite, en 1993, la Marine sud-coréenne a commandé neuf sous-marins Chang Bogo construits sous licence au chantier sud-coréen Daewoo, tous livrés en 2001. Le programme national sud-coréen, lancé en 2007, porte sur la construction de neuf sous-marins de 3.000 t entre 2021 et 2029.

Loïc Salmon

La base industrielle et technologique de défense de la Corée du Sud repose sur des entreprises spécialisées, filiales des grands groupes industriels dénommés « Chaebols »  : domaine naval, Hyundai Heavy Industries, Hanjin Heavy Heavy Industries, Daewoo Shipbuilding et Wia ; aéronautique, Korean Aerospace Industries (KAI), Korean Air Lines (KAL), Hanwha Defence et Wia ; équipements terrestres, Hanwha Defence, Doosan, Rotem et Wia ; missiles, KAI, Hanwha Defence, Next One Future, Hanwha (pour les explosifs) et Poogham (munitions) ; électronique pour les trois armées, Hanhwa Defence et Next One Future ; drones, KAL, Uconsystem (RemoEye, drone léger à usages civil et militaire) et KAI (drone Night Intruder 300 pour l’observation, la reconnaissance et la surveillance du territoire). Enfin, STX Engine développe des moteurs pour les navires et les véhicules terrestres.

Industrie de défense : émergence de la Corée du Sud et de la Turquie à l’exportation

Missiles : amélioration de la technologie de la Corée du Nord

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est

Japon : protection et évacuation des ressortissants en cas de crise en Corée et à Taïwan




OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Afin de conserver une longueur d’avance pour préserver sa liberté d’action dans un contexte militaire futur, l’OTAN devra disposer de structures et de forces capables de comprendre, de décider plus rapidement et d’agir ensemble.

Le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, commandant Suprême Allié Transformation (Allied Command Transformation en anglais, ACT) de l’OTAN, l’a expliqué à la presse le 14 septembre 2023, à l’occasion de la tenue de la conférence des communicants OTAN à Paris. (11-14 septembre).

Menaces nombreuses et rapides. En 74 ans d’existence, l’OTAN a bénéficié d’une avance technologique sur ses adversaires potentiels et a connu 30 ans de dividendes de la paix et 20 ans d’opérations hors de sa zone, contre des adversaires qui n’avaient pas de puissance équivalente. En 2003, l’OTAN a créé l’ACT pour se transformer en vue des menaces futures. Or, les menaces sont déjà plus nombreuses en raison de la prolifération des technologies et des quantités gigantesques de données sur le champ de bataille. En outre, depuis février 2022, la guerre entre la Russie et l’Ukraine consomme d’énormes quantités de munitions, que les industries occidentales d’armement pourraient difficilement produire. S’y ajoutent : les contestations multiformes, multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyberespace) et multi-champs (matériel et immatériel) avec une échelle géographique et une complexité d’interconnexion sans précédent ; les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle (IA) et les systèmes autonomes, auxquels les acteurs étatiques et non-étatiques ont aujourd’hui accès. Ainsi en Ukraine, des entreprises privées ont contribué à la survie numérique de l’État. Dès le début de l’invasion, la Russie a coupé l’accès à internet dans les territoires occupés. De plus, elle a lancé une propagande ciblée et des campagnes de désinformation destinées à l’Ukraine, mais aussi à sa propre population et à ses ennemis à l’étranger. En Afrique, elle recourt à des acteurs non-étatiques (notamment la société militaire privée Wagner) et utilise la désinformation pour déstabiliser des populations et réduire la compréhension et la légitimité des actions des pays occidentaux (dont celles de la France). En outre, l’OTAN observe l’Arctique et le Grand Nord, le Sud, l’espace et le champ informationnel. La compétition technologique porte notamment sur l’IA et le quantique (réalisation d’objets physiques au niveau microscopique), où la Chine investit massivement et dont ses forces armées bénéficient des avancées dans le domaine civil. De plus, celle-ci a conceptualisé la « guerre cognitive », qui lui permettrait de vaincre sans combattre. Dans les dix prochaines années, la majorité de la population mondiale aura accès à d’énormes quantités d’informations et à un déluge de fausses nouvelles. Enfin, le développement des armes hypervéloces (par la Russie et la Chine) réduit la capacité de l’OTAN à détecter, décider et agir.

Conceptualiser la défense future. Avant tout développement technologique, l’OTAN s’interroge, en toute transparence avec 31 nations partenaires, sur les limites éthiques et morales qu’elle se fixe. Cela s’applique aussi au champ informationnel, pour contrer les actions des compétiteurs et adversaires. En 2014, des actions de la Russie dans le champ informationnel, non détectées, ont précédé son attaque en Crimée. Actuellement, les experts de la communication de l’OTAN développent un outil d’IA, avec des partenariats extérieurs, pour comprendre la situation, mieux et plus vite. Il s’agit de la résumer quotidiennement et de présenter ce qui présente un intérêt militaire, notamment la détection d’une démarche hostile. L’ACT a aussi pour mission de renforcer au maximum l’interopérabilité des forces de l’OTAN et de structurer une planification de défense et de développement capacitaire, en s’appuyant sur l’innovation pour exploiter idées, procédures et technologies et expérimenter des solutions.

Loïc Salmon

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

Industrie de défense : les armes hypersoniques à l’heure asiatique




Russie : partenariats en Afrique, son principal marché d’exportation d’armement

La coopération entre la Russie et les pays africains porte sur la sécurité, la défense et les ressources stratégiques. Elle s’inscrit dans une opposition commune aux pays occidentaux soupçonnés de « néo-colonialisme », notamment lors des coups d’État militaires au Mali (2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023).

Les relations russo-africaines ont fait l’objet de deux notes d’analyse : l’une sur la coopération proprement dite, publiée en juillet 2023 à Paris par Djenabou Cisse, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique ; l’autre intitulée « Ventes d’armes russes en Afrique, les effets contrariés des sanctions occidentales », publiée le 31 mai 2023 à Bruxelles par Agatha Verdebout du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).

Partenariats anciens réactivés. Dès la fin du XVIIIème siècle, la Russie ouvre deux consulats en Égypte (Alexandrie et Le Caire), rappelle Djenabou Cisse. En 1898, elle établit des relations diplomatiques avec l’Éthiopie et la République sud-africaine (Transvaal) et ouvre un consulat général au Maroc. Après la révolution bolchévique de 1917, la Russie attire de nombreux activistes africains, désireux d’y acquérir une formation politique. Pendant la guerre froide (1947-1991), l’Union soviétique soutient les mouvements indépendantistes contre les puissances coloniales occidentales, à savoir en Guinée et au Mali contre la France et au Ghana contre la Grande-Bretagne. Dans les années 1970, elle signe des accords de coopération avec l’Algérie, la Libye, le Mali, le Kenya et la Somalie. Outre la vente d’armes, elle apporte une assistance économique, sous formes de prêts, crédits et programmes de bourses d’études, et forme des milliers d’Africains dans ses universités, académies politiques et écoles militaires. Toutefois, Moscou n’est pas parvenu à transformer la plupart de ses partenariats africains en alliances stratégiques solides, en raison du nombre croissant d’États africains non-alignés. La dissolution de l’URSS, fin 1991, entraîne la fermeture de ses points d’appui militaires et de certaines représentations diplomatiques et culturelles en Afrique. La Russie abandonne même son projet d’aide au complexe sidérurgique d’Ajaokuta au Nigeria, pourtant construit à à 98 %. En 1993, la part africaine des échanges est tombée à 2 % de son commerce extérieur. Le retour de la Russie en Afrique, amorcé entre 2004 et 2008, s’accélère après son annexion de la Crimée en 2014, début des tensions avec l’Occident. Sa nouvelle politique d’influence met en avant son absence de passé colonial en Afrique et inclut l’offre de son expérience opérationnelle, acquise lors de son intervention en Syrie à partir de septembre 2015. Depuis 2017, Moscou a signé une vingtaine d’accords bilatéraux de défense, avec des pays africains (voir encadré). Un premier sommet entre la Russie et une quarantaine de pays africains est organisé à Sotchi, au bord de la mer Noire, en octobre 2019. En Centrafrique et au Mali, la Russie est devenue le principal partenaire de sécurité des régimes en place, isolés sur la scène internationale. De leur côté, les pays africains veulent diversifier leurs partenariats pour réduire leurs dépendances à certains alliés occidentaux, dans un contexte de réduction de l’aide publique européenne depuis plusieurs décennies. Actuellement, de nombreux pays africains maintiennent une coopération avec la Russie, mais aussi avec la Chine et quelques pays occidentaux.

Sécurité contre ressources stratégiques. La Russie, indique Djenabou Cisse, ne dispose pas de base militaire permanente en Afrique mais a conclu, avec le Soudan en 2020, un projet de construction d’un « point d’appui technique et matériel » à Port-Soudan, qui lui offrira un accès au golfe d’Aden et à la mer Rouge. Conformément à sa doctrine de non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains, la Russie ne déploie pas de forces armées régulières en Afrique mais recourt à des sociétés militaires privées, dont le groupe Wagner. La République centrafricaine (RCA) a servi de laboratoire à Wagner, qui assure la sécurité du régime en place en échange d’un accès direct aux ressources minières (diamants et or). Le groupe se déploie dans les pays où la Russie a des intérêts et où une crise politique et sécuritaire survient. Son intervention en Libye, en 2019, permet à la Russie de pérenniser sa présence au Soudan et en RCA. Au Mali, la junte militaire a sollicité Wagner pour lutter contre les groupes armés terroristes, après le départ des troupes françaises en 2016, et lui fournit des moyens logistiques (vivres, carburant et matériels). Actif dans l’orpaillage artisanal, Wagner y a créé deux sociétés minières en vue d’exploiter les mines d’or du pays, pour pallier les difficultés de paiement de la junte malienne. En outre, Wagner participe à la guerre informationnelle de la Russie en Afrique, basée sur une rhétorique anticoloniale, anti-occidentale et panafricaniste. Au réseau diplomatique et de coopération internationale de la Russie, s’ajoutent les médias Sputnik et Russia Today à l’audience significative dans de nombreux pays. Par ailleurs, l’entreprise d’exploration géologique russe Rosgeo a conclu un mémorandum d’accord avec le ministère malgache des Mines, de l’Industrie et du Pétrole en 2018. Dans le nucléaire civil, la Russie a signé des protocoles d’accord avec 18 pays africains, dont l’Éthiopie, le Nigeria, le Rwanda et la Zambie. En juin 2022, l’entreprise publique russe Rosatom a commencé la construction de la première centrale nucléaire d’Égypte pour un coût de 30 Mds$, financé à 85 % par un prêt russe.

Effets des sanctions occidentales. Selon Agatha Verdebout, la portée géographique des sanctions contre la Russie, prises à la suite de son attaque contre l’Ukraine en 2022, reste limitée. La Russie les contourne par des mécanismes d’importation via des pays tiers, de réexportation directe ou indirecte, de revente en cours de route ou de faux transits, notamment en Arménie et au Kazakhstan. En quelques mois, elle a ainsi rétabli ses approvisionnements en micro-puces et semi-conducteurs, indispensables à son industrie militaire. Elle en a aussi acquis en Chine, son principal fournisseur avant la guerre, et a lancé, en avril 2022, un plan massif d’investissement dans la production locale (38,6 Mds$ sur 8 ans). En outre, dans le cadre de son projet d’un ordre mondial multipolaire et pour briser son isolement économique et diplomatique, la Russie a réitéré ses propositions de ventes d’armement aux pays africains…qui disposent de 54 sièges à l’ONU ! Toutefois, souligne Agatha Verdebout, les États africains entendent maintenir une neutralité sur la question ukrainienne et préserver leurs intérêts stratégiques par des achats d’armement aux pays leur offrant les conditions les plus favorables.

Loïc Salmon

Selon l’Institut international de Stockholm de recherche sur la paix et pour la période 2018-2022, 40 % des importations africaines d’armes lourdes proviennent de la Russie, 16 % des États-Unis, 9,8 % de la Chine et 7,6 % de la France. La Russie vend des armes à 18 pays, dont l’Algérie, l’Égypte et l’Angola. En Afrique sub-saharienne, la part russe est passée de 23 % en 2013-2017 à 26 % en 2018-2022. Fournisseur des flottes aériennes de plusieurs pays africains depuis les années 1970, la Russie leur propose de réparer ou de remplacer leurs avions. Depuis 2017, elle a livré au Mali des hélicoptères de combat Mi-35, Mi-171 et Mi-8 ainsi que des avions de combat Su-25 et d’entraînement Albatros L-39. En 2019, elle a vendu 12 chasseurs Su-30K d’un montant d’un milliard de dollars à l’Angola, qui souhaite pouvoir assembler des matériels russes sur son territoire. Par ailleurs, selon le GRIP, la Russie a signé ou renouvelé des accords de coopération : en 2017 avec le Tchad, le Niger, le Nigeria, la Zambie et le Mozambique ; en 2018 avec la Guinée, le Soudan, l’Éthiopie, la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Botswana et Madagascar ; en 2019 avec le Mali, le Congo et l’Angola ; en 2021 avec la Mauritanie et le Gabon.

Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

Afrique : hétérogénéité des crises et conflits au Sahel

Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

 




Le livre noir de la CIA

Agence mondiale de collecte et d’évaluation du renseignement, la CIA renforce aussi l’influence des États-Unis dans le monde par l’action clandestine. Les liens entre les grandes entreprises multinationales et le pouvoir politique américain ont contribué à la dévoyer au cours de divers épisodes de son histoire.

Les archives de la CIA, les rapports d’enquêtes parlementaires ou les témoignages d’anciens agents donnent un solide aperçu de son envergure et de sa relation avec les décideurs politiques, destinataires de sa production mais aussi fournisseurs de ses ressources. Les archives dévoilent le lien entre l’élaboration de la politique extérieure des États-Unis et les services de renseignement, dont les outils incluent la traîtrise, la tromperie, la corruption et l’assassinat. Elles montrent les graves erreurs de jugement de la CIA concernant notamment le pont aérien de Berlin, l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Union soviétique, les guerres de Corée et du Viêt Nam, la crise des missiles de Cuba et le conflit israélo-arabe qui perdure. Ces événements et bien d’autres se sont déroulés au cours des mandats des présidents Truman et Eisenhower (1947-1962), Kennedy et Johnson (1960-1968), Nixon et Ford (1968-1976), Reagan et Bush père (1980-1992), Clinton et Bush fils (1992-2009), Obama (2009-2017) et Trump (2017-2021). Lors de l’inauguration du nouveau siège de la CIA à Langley, Kennedy conclut son discours aux personnels de l’agence par une phrase qui reste d’actualité : « Vos succès ne seront pas rendus publics. Vos échecs seront annoncés avec une sonnerie de trompette. » Après la guerre froide (1947-1991), la plus grande menace pour la sécurité des États-Unis est venue des attaques terroristes et du crime organisé, souvent étroitement liés. Les drogues de Colombie sont distribuées via les réseaux islamistes, qui revendent aussi les drogues synthétiques fabriquées dans les anciens laboratoires d’État de Pologne, de la République tchèque, de Lettonie, de Lituanie et d’Estonie. Les fautes de la CIA, en contradiction flagrante avec le modèle démocratique qu’elle est censée défendre, ont été mal acceptées par ses agents. Cela explique leurs révélations dans la presse, malgré les mesures strictes de cloisonnement. Au nom de la lutte contre le communisme, la CIA est intervenue dans le fonctionnement de la vie politique de nombreux pays en organisant des coups d’État contre des gouvernements démocratiquement élus, alors que bien peu de ces régimes étaient réellement communistes. Elle a déployé tous les moyens disponibles dans un but politique provisoire, sans en évaluer suffisamment les conséquences possibles, involontaires mais prévisibles, par rapport à leurs avantages immédiats. Aujourd’hui, la CIA a perdu le monopole des opérations clandestines à l’étranger. Selon un rapport publié en mai 2021, le ministère de la Défense dispose d’une « armée secrète » de plus de 60.000 agents, soit dix fois l’effectif clandestin de la CIA. Beaucoup agissent dans le monde entier sous une fausse identité avec une « légende » (passé vraisemblable fabriqué de toutes pièces). Certains accomplissent des tâches clandestines sous leur vrai nom, mais sans lien officiel avec l’État fédéral. Les bases de données des administrations publiques, comme les Services de la citoyenneté et de l’immigration ou l’Agence des douanes et de la protection des frontières, sont modifiées pour protéger ces fausses identités. Ces agents sont dotés d’équipements permettant d’échapper à la reconnaissance faciale et aux scanners d’empreintes digitales. Le programme de « réduction de la signature » des activités clandestines inclut la fourniture de « couvertures » contractuelles par des entreprises privées. Les agents peuvent ainsi travailler à l’étranger à titre civil sans lien officiel avec les ambassades ou les bases militaires américaines.

Loïc Salmon

« Le livre noir de la CIA », Yvonnick Denoël. nouveau monde éditions, 466 p, 10,90 €.

Etats-Unis : stratégie d’influence et politique étrangère

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes




Missiles : amélioration de la technologie de la Corée du Nord

Les essais du missile intercontinental Hwasong-15 visent à renforcer la capacité de frappe nucléaire de la Corée du Nord, dont le missile de portée intermédiaire Hwasong-12 pourrait déjà atteindre l’île américaine de Guam.

Ce thème a fait l’objet de deux notes publiées à Paris, l’une en février et l’autre en mars 2023, par la Fondation pour la recherche stratégique et rédigées par Antoine Bondaz, directeur du Programme Corée sur la sécurité et la diplomatie, Stéphane Delory, maître de recherche, et Christian Maire, chercheur associé.

Avancées réalisées. Le 18 février 2023, un missile Hwasong-15, tiré vraisemblablement depuis l’aéroport international de Pyongyang, a effectué une trajectoire « plongeante » pour vérifier tous les paramètres de propulsion. Selon l’agence de presse officielle KCNA, ce missile aurait atteint un apogée (point le plus éloigné de la terre) de 5. 768 km et une portée de 989 km pour un temps de vol de 67 minutes avec un retour précis dans une zone prédéterminée en mer. Ce troisième essai fait suite à celui du 3 novembre 2022, pour un apogée de 1.920 km, une portée de 760 km et une vitesse de 5km/s. L’essai du 29 novembre 2017 a réalisé un apogée de 4.475 km, une portée de 950 km et un vol de 53 minutes. A l’époque, Pyongyang avait déclaré que ce missile pouvait cibler tout le territoire américain, soit une portée minimale de 11.000 km…confirmée ultérieurement par les Forces américaines en Corée du Sud ! Tous les missiles nord-coréens de portées intermédiaires et intercontinentales utilisent la propulsion liquide des lanceurs spatiaux Taepodong et Unha, testés en 1999, 2006, 2009, 2012 et 2016. Ces engins dépendent d’infrastructures routières de bonne qualité pour des transits sur des distances limitées (photo). La propulsion liquide s’appuie sur la combustion de deux ergols, à savoir un comburant (peroxyde d’azote) et un carburant (kérosène), stockés dans deux réservoirs distincts et mélangés dans la chambre de combustion. La transformation structurelle de réservoirs à fonds séparés en réservoirs à fonds communs permet d’emporter jusqu’à 2.600 kg d’ergols supplémentaires, d’allonger la durée de combustion de 8 à 9 secondes et d’améliorer les performances en vol de façon sensible. L’acquisition de la technologie du moteur soviétique RD-250, qui utilise ces ergols stockables et très énergétiques, permet à la Corée du Nord de concevoir des missiles autour d’un système de propulsion de très forte poussée, indispensable pour s’affranchir de la pesanteur terrestre. Cette évolution a été démontrée avec succès lors des essais en vol des missiles à longue portée effectués à partir de 2017. Un autre enjeu technologique porte sur la forme du corps de rentrée dans l’atmosphère, soumis aux fortes contraintes des flux thermiques résultant de vitesses supérieures à 7 km/s. Le corps de rentrée du Hwasong-15 ressemble à celui du missile intercontinental américain Titan II (portée de 15.000 km) des années 1950-1960, dont la forme a évolué depuis. Mais cela a nécessité de nouveaux matériaux, dont la Corée du Nord ne maîtrise pas encore la technologie. Le corps de rentrée du Hwasong-15 lancé le 29 novembre 2017 emportait surtout des systèmes de mesures et d’instrumentation. Celui lancé le 18 février 2023 pourrait avoir emporté un lest, réplique d’une charge militaire.

Origines soviétiques puis chinoises. Client traditionnel de l’URSS, la Corée du Nord a bénéficié de son aide pour la conception de certains missiles à courte portée et à propulsion solide. Mais par la suite, les dimensions et la structure du Hwasong-15 présentent des analogies avec le missile chinois DF-4 à propulsion liquide, d’une portée de 5.000 km et emportant une charge utile de 2.200 kg. Le lanceur spatial chinois CZ-I dérive du DF4. La complexité des éléments d’un missile nécessite des outils industriels très spécialisés. La Corée du Nord semble en avoir acquis ainsi que les données techniques du CZ-I.

Loïc Salmon

Indo-Pacifique : éviter l’escalade nucléaire malgré la compétition stratégique accrue

Japon : protection et évacuation des ressortissants en cas de crise en Corée et à Taïwan

Corée du Nord : « royaume ermite » et facteur de crise en Asie du Nord-Est




Japon : stratégie de défense et de sécurité et programmation militaire renforcées

Conséquence de la guerre en Ukraine, le Japon a décidé de se doter des capacités de dissuasion d’une invasion de son territoire et de sa défense en première ligne. Toutefois, il doit trouver un équilibre entre les États-Unis, son protecteur militaire, et la Chine, son premier partenaire économique, dont la rivalité devrait s’exacerber dans les dix prochaines années.

Dans une note publiée le 24 mars 2023 en région parisienne par la Fondation pour la recherche stratégique, Valérie Niquet, maître de recherche, analyse la nouvelle stratégie de sécurité et de défense du Japon et son programme militaire 2023-2027.

Augmentation des capacités militaires. Dès 2027, le Japon veut pouvoir répondre efficacement à une invasion ennemie avec le soutien des États-Unis, conformément au traité bilatéral de sécurité de 1951 qui autorise la présence de forces armées américaines sur son territoire. A l’horizon 2030, il compte pouvoir repousser une attaque plus tôt et plus au large. Cela nécessite d’abord de développer des capacités dans sept domaines prioritaires : tirs à distance de sécurité ; renforcement de la défense anti-aérienne et antimissiles ; développement d’une force de drones ; renforcement de la synergie entre les opérations dans les milieux terrestre, aérien, maritime et spatial ; le cyber ; le commandement et la conduite des opérations (renseignement, déploiement et mobilité) ; l’action militaire dans la durée et la résilience. Par ailleurs, le Japon compte porter le budget de sa défense à 2 % de son produit intérieur brut en 2027 (voir encadré) et acquérir plusieurs centaines de missiles de croisière américains Tomahawk de 1.500 km de portée, afin de contre-attaquer jusque dans le territoire ennemi. Vers 2030, le Japon devrait étendre la portée de ses propres missiles antinavires T12 à 1.000 km, soit la distance le séparant de la Corée du Nord. Combinée à la défense anti-missiles, cette allonge vise à dissuader une attaque de l’ennemi par missiles balistiques, de croisière ou hypersoniques ou à l’empêcher de lancer une seconde frappe. Il s’agit de ralentir sa décision et de compliquer son calcul du bénéfice escompté par rapport au coût induit. Tout cela implique un partage du renseignement avec les États-Unis. Dès septembre 2022, les deux pays ont décidé d’analyser conjointement les informations fournies par les drones américains MQ9 Reaper. En novembre, les forces navales d’autodéfense japonaises ont procédé, au large de l’archipel d’Hawaï, à des tirs d’essais de missiles Aegis SM3 block IB et SM3 block IIA, développés en commun par les États-Unis et le Japon. Ce dernier va renforcer ses moyens satellitaires de renseignements optiques et coordonner leur exploitation. Aujourd’hui, seuls les États-Unis peuvent lui fournir les renseignements nécessaires au ciblage d’objectifs ennemis et aux frappes à longues distances.

Menaces en Extrême-Orient. Le Japon est d’abord préoccupé par l’activité de Chine dans la région, qui n’hésite pas à recourir à la force ou à la coercition pour modifier une situation. En effet, elle manifeste une présence navale constante devant les îles japonaises de Senkaku et multiplie les intimidations militaires autour de Taïwan, tout en prônant une réunification pacifique. En outre, elle accroît ses capacités militaires par l’intégration des technologies civiles et le développement de missiles hypersoniques, qui réduisent l’efficacité des systèmes japonais de défense antimissiles. Selon Tokyo, sa stratégie de déni d’accès vise à dissuader ou à ralentir l’intervention de puissances étrangères dans sa zone d’action potentielle, notamment face à Taïwan et au Japon. Toutefois, les intérêts économiques du Japon restent considérables en Chine, où sont installées plus de 40.000 de ses entreprises et où ses investissements représentent 16,9 % du total des investissements directs étrangers. La volonté de réduction de cette dépendance économique se heurte à l’impossibilité d’un découplage. Outre l’importance du marché chinois, les entreprises japonaises rentabilisent leurs investissements par la capacité de la Chine à produire de façon réactive à des prix encore compétitifs. Quoique 63 % des entreprises japonaises estiment que le rivalité Chine-États-Unis constitue un risque pour le monde, elles sont 30 % à l’imputer à la Chine et 70 % aux États-Unis, dont les règles de contrôle des investissements et des exportations sont perçues comme de entraves. Cette vision rejoint celle de l’Union européenne. Toutefois, comme les Pays-Bas, le Japon a décidé de ne pas fournir à la Chine les technologies de production de semi-conducteurs de dernière génération. Par ailleurs, la Corée du Nord reste la deuxième menace pour le Japon, en raison de la multiplication de tirs de missiles dans la mer du Japon de la perspective d’un nouvel essai nucléaire. La Russie arrive en troisième position, par suite de son rapprochement avec la Chine et de l’organisation d’exercices militaires communs au large du Japon, notamment dans le détroit de Tsushima séparant les îles de Honshu et de Hokkaïdo. Pour Tokyo, le conflit russo-ukrainien apparaît comme un signal d’alarme du risque de guerre imminente, avec la similitude des situations de l’Union européenne et du Japon face aux menaces russes et chinoises.

Coopérations interalliées accrues. Vu le contexte régional tendu, le Japon entend renforcer son alliance avec les États-Unis et profiter de sa dissuasion nucléaire. Lui-même s’interdit de posséder, d’importer ou d’introduire des armes nucléaires sur son territoire…depuis1967 ! De leur côté, les États-Unis attendent de lui un plan d’action en cas de conflit dans le détroit de Taïwan. Actuellement, les forces américaines stationnées au Japon ne peuvent intervenir à partir de leurs bases qu’avec l’autorisation de Tokyo. Le conflit russo-ukrainien a donné au Japon l’occasion de se ranger du côté de l’Occident, de fournir une aide économique et du matériel paramilitaire défensif à l’Ukraine et d’accueillir certains de ses ressortissants, qualifiés de « personnes déplacées » et non pas de « réfugiés » pour éviter de créer un précédent. Cette guerre souligne l’importance des stocks de munitions, des drones et de l’interaction entre le cyber, la guerre informationnelle et l’espace, domaines au centre de la réflexion stratégique de l’alliance nippo-américaine. Au début des années 2010, des accords de coopération en matière de transferts d’équipements et de logistique ont été conclus avec les États-Unis, l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Inde et la France. En outre, le Japon a signé des « accords d’accès réciproques » avec la Grande-Bretagne en janvier 2022 et avec l’Australie en janvier 2023, autorisant des exercices militaires communs de grande ampleur.

Loïc Salmon

Selon l’organisme « Global Firepower », qui classe 145 pays selon leurs capacités militaires conventionnelles (hors armements nucléaires), le Japon occupe le 8ème rang mondial en 2023 après les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud et le Pakistan. Il dispose de 1.400 aéronefs, 36 frégates dont 8 équipées du système d’armes naval américain Aegis (radars et missiles antinavires et anti-aériens), 21 sous-marins et 2 porte-aéronefs. En cas de crise, le ministère de la Défense exerce un contrôle direct sur les garde-côtes, qui dépendent du ministère des Territoires, des Infrastructures et du Tourisme. Partage d’informations et rapprochement opérationnel ont déjà eu lieu. Le ministère de la Défense devrait prendre à sa charge une partie du budget des garde-côtes. Par ailleurs, il pourra participer au financement de la recherche et du développement du pays en général et à celui des infrastructures publiques. En décembre 2022, le gouvernement japonais a décidé de porter le budget de la défense à 2 % du produit intérieur brut d’ici à 2027, pour donner suite aux demandes répétées des États-Unis et correspondant à l’objectif de l’OTAN. Le budget de la loi de programmation militaire 2023-2027 atteindra alors 315 Mds$. Celui de l’année fiscale 2023-2024 (avril-mars) se monte à 51 Mds$ avec une hausse annuelle de 26,3 %, la plus élevée depuis 1952.

Japon : protection et évacuation des ressortissants en cas de crise en Corée et à Taïwan

Missiles : amélioration de la technologie de la Corée du Nord

Japon : multilatéralisme dans un contexte stratégique tendu