Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

Depuis l’offensive de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, la guerre s’enlise. Elle rappelle l’importance des forces morales, de l’accès aux ressources et du champ électromagnétique ainsi que le risque nucléaire. En outre, les deux belligérants s’adaptent en permanence.

Un retour d’expérience du conflit a été présenté à la presse, le 22 février 2024 à Paris, par le général de division aérienne Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations.

Haute intensité et attrition. La Russie occupe encore une partie de Ukraine pour agrandir son propre territoire (en rouge sur la carte de situation du 21 au 23 février 2024, établie par l’État-major des armées). Cette guerre entraîne une attrition des matériels et des hommes. Les pertes seraient de l’ordre de 100.000 morts de chaque côté avec un ratio de 2 à 4 blessés pour 1 décès. Dans le milieu terrestre, les combats de tranchées, les champs de mines et les échanges d’artillerie réapparaissent. Aucun des belligérants ne dispose de la supériorité aérienne, qui lui permettrait la liberté de manœuvre aux abords du front et des frappes dans la profondeur. Presque chaque nuit, la Russie tire des missiles de croisière, des missiles balistiques et des drones Shahid 131 et 136, munitions préprogrammées bon marché de conception iranienne. L’Ukraine a développé ses propres missiles de croisière capables de frapper des raffineries et des dépôts pétroliers au cœur du territoire russe. Elle tire des missiles de croisière français Scalp et britanniques Storm Shadow contre des centres de commandement russes en Crimée. Par une manœuvre très habile, sa défense sol-air a détruit un avion radar Iliouchine A50, spécialisé dans la surveillance aérienne et basé en Biélorussie. L’Ukraine compense son manque de munitions d’artillerie par l’emploi massif (1 million/an) de drones FPV britanniques utilisés pour l’observation, les relais radio et comme munitions téléopérées. Toutefois, la Russie a rattrapé et même dépassé l’Ukraine en la matière et l’emporte dans la guerre électromagnétique, employée pour le renseignement et le brouillage de drones, du GPS, d’émissions radio et de radars. Dans le domaine maritime, les deux belligérants se neutralisent. L’Ukraine ne possède pas assez de navires pour contrôler la mer Noire, mais sa défense côtière oblige la flotte russe à se replier plus à l’Ouest. En outre au cours des trois derniers mois, la destruction de cinq bâtiments amphibies entrave la capacité russe d’opérations de la mer vers la terre.

Cyber et propagande. Au début de la guerre, la Russie a lancé de nombreuses cyberattaques, mais guère décisives car l’Ukraine avait préparé sa protection en amont. Toutefois, la menace cyber reste permanente. Ainsi en décembre 2023, une attaque russe contre le principal opérateur ukrainien de téléphonie mobile a privé une partie de la population des sirènes d’alerte aérienne. En matière de propagande, internet et les réseaux sociaux offrent une caisse de résonance extraordinaire dans une société hypermédiatisée. La stratégie de communication de l’Ukraine lui permis d’obtenir un soutien massif de l’Occident. La machine de guerre informationnelle de la Russie, héritée du KGB soviétique, joue sur la lassitude de la guerre pour créer un doute et lézarder la cohésion occidentale, mais sans y parvenir. Vis-à-vis des pays émergents, elle tente de faire passer l’invasion de l’Ukraine comme une guerre défensive contre une pseudo-agression de l’Occident, en jouant sur le ressentiment global des pays du Sud à son égard.

Profondeur stratégique. L’Ukraine parvient à résister grâce à la résilience de sa population et l’aide de l’Occident. La Russie, qui dispose d’un quasi-continent riche en matières premières, a conservé des stocks considérables de matériels, d’équipements, de munitions et d’armements accumulés pendant la guerre froide (1947-1991). Enfin, ses intentions restent difficiles à déterminer.

Loïc Salmon

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »

Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

352 | Dossier : « L’Ukraine, un an de guerre




Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »

Une coalition, dirigée par la France et les États-Unis, vise à orienter, fédérer et coordonner les initiatives des pays participants pour équiper, former et structurer l’artillerie de l’Ukraine.

Annoncée le 18 janvier 2024 par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, cette coalition a été présentée à la presse le 25 janvier par le général de division Jean-Michel Guilloton, commandant de l’entraînement au combat interarmes et de la base de défense de Mourmelon-Mailly.

Selon le ministère des Armées, la France propose à l’Ukraine une offre complète de soutien militaire : livraisons capacitaires, de l’équipement individuel au char de combat ; maintien des matériels en condition opérationnelle ; munitions ; formation. Elle lui fournira 3.000 obus de 155 mm par mois, une quarantaine de missiles de croisière Scalp et plusieurs centaines de bombes A2SM longue portée.

La situation du front. Depuis l’invasion russe du 22 février 2022, indique le général Guilloton, l’armée ukrainienne montre des signes d’usure avec l’échec de la contre-offensive du printemps 2023, malgré la livraison importante de matériels occidentaux. En matière d’artillerie, l’armée russe tire six fois plus d’obus que la partie ukrainienne et accentue sa pression sur le front. Elle impose son tempo opérationnel et conserve l’initiative. A l’arrière, la Russie a transformé son industrie en économie et de guerre et, grâce à des partenariats, aurait reçu près d’un million d’obus de la Corée du Nord et des drones armés de l’Iran. Depuis la seconde guerre mondiale, l’armée russe compte sur son artillerie pour conduire la guerre avec une masse très variée de canons, lance-roquettes multiples, missiles longue portée et drones armés. Elle frappe, très loin dans la profondeur, les points névralgiques ukrainiens, les centres énergétiques et la population. Le champ de bataille devient transparent par la connexion directe des capteurs à l’artillerie longue portée et fait l’objet d’une guerre hybride via la propagande et l’influence. De son côté, l’Ukraine va bientôt atteindre son maximum en matière d’équipements, de logistique, de capacité de combat et de munitions. En face, la Russie s’est organisée en ordre de marche pour favoriser son rapport de force dans la durée.

La coalition « Artillerie ». Sur proposition des États-Unis, les 54 nations alliées pour la défense de l’Ukraine (31 membres de l’OTAN et 23 hors OTAN), réunies sur la base aérienne de l’OTAN à Ramstein (Allemagne), ont constitué un groupe de contact, dit « format Ramstein ». Le 19 septembre 2023 et afin de mieux coordonner l’aide apportée à l’Ukraine, rappelle le général Guilloton, elles ont défini cinq coalitions capacitaires majeures, à savoir maritime, aérienne, blindée, défense sol-air et artillerie sol-sol. Dans ce cadre, la France a pris la direction de la coalition de l’artillerie sol-sol. Actuellement, l’artillerie ukrainienne compte plusieurs milliers de pièces, dont 30 canons Caesar français et 19 Caesar danois. Le ministre des Armés a annoncé la livraison prochaine de 6 Caesar et une offre de 72 autres, dont 12 financés par la France et les autres par les diverses nations alliées. Une vingtaine d’États ont manifesté leur intérêt pour cette coalition, co-dirigée par les États-Unis qui ont déjà proposé plusieurs centaines de milliers d’obus. L’aide inclut tous les systèmes d’artillerie de 105 mm à 155 mm, les lance-roquettes et les capacités émergentes. En 2023, la France a formé 5.000 combattants ukrainiens, dont 350 artilleurs. L’objectif de 2024 porte sur 7.000-9.000 combattants, dont 220 artilleurs. A court terme, il s’agit de répondre aux besoins urgents en munitions et en maintenance et réparations des matériels cédés. Le moyen terme concerne la création d’une nouvelle armée ukrainienne interopérable au standard OTAN. Le long terme porte sur la mise en œuvre d’une production nationale ukrainienne, sous licence étrangère, de lanceurs, de munitions, de pièces détachées et de matériels logistiques.

Loïc Salmon

Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

Ukraine : ascendant opérationnel incertain dans le conflit en cours

Armements terrestres : enjeux capacitaires et industriels dans le contexte du conflit en Ukraine




Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

Durant l’hiver 2022-2023, les forces armées russes ont repris l’initiative. Elles limitent leurs frappes aériennes à distance de sécurité, portent leurs efforts sur le combat terrestre et accroissent leurs effectifs par une mobilisation partielle. Toutefois, la base industrielle et technologique de défense peine à suivre.

Dans une note publiée en région parisienne en avril 2023 par la Fondation pour la recherche stratégique, Philippe Gros, maître de recherche, et Vincent Tourret, chercheur associé, fondent leur analyse sur les sources ouvertes et la littérature technico-militaire russe, mais restent prudents en raison de la propagande des deux camps, des informations erronées et des lacunes dans les données disponibles.

Absence de supériorité aérienne. Lors du déclenchement de la guerre (24 février 2022), les forces aérospatiales russes (VKS) pouvaient déployer 300 avions de combat et environ 300 hélicoptères, souvent assez modernes, face à la centaine d’appareils et aux systèmes de défense anti-aérienne, vieillissants et parfaitement connus, de l’armée de l’Air ukrainienne. Pourtant, celle-ci a contraint les VKS à une posture largement défensive, voire passive, par des vols rasants et nocturnes, en deçà de la couverture radar, et par des frappes, sommaires mais efficaces, sur les bases aériennes russes. L’attrition qui s’ensuivit a dissuadé les VKS de s‘engager trop profondément dans l’espace aérien ukrainien. Selon la conception soviétique puis russe, l’aviation se réduit à une artillerie aéroportée, complémentaire de l’arsenal balistique pour la frappe en profondeur contre les centres de commandement et de conduite, aérodromes et systèmes anti-aériens stratégiques. En outre, elle doit protéger les systèmes de défense anti-aériens russes et saturer l’adversaire par ses feux, sans tenter de maîtriser l’espace de la manœuvre aérienne. La doctrine russe préconise le canon, la roquette, le missile et la guerre électronique pour percer des « corridors aériens » permettant le passage de l’aviation. Elle a privilégié le développement des missiles à longue portée Tochka-U et Iskander, pour des tirs à distance de sécurité depuis les bombardiers lourds Tu-160, Yu-95 et Tu-22, et le maintien d’un stock de bombes et de roquettes, non guidées et moins coûteuses, pour les bombardiers légers Su-30, Su-34 et Su-35. Par ailleurs, les équipages d’avions de combat ne volent qu’une centaine d’heures par an, contre 180 heures selon le standard OTAN, et les exercices avec des munitions guidées restent trop limités. En conséquence, les 66 hélicoptères et 67 avions russes déjà abattus ont entraîné la mort de 127 personnels navigants, dont 105 officiers. En outre, les appareils russes nécessitent une maintenance complexe, aggravée par le manque de pièces de rechange, une externalisation incohérente, un personnel insuffisamment qualifié et une documentation obsolète. Les frappes aériennes contre les villes et les infrastructures ukrainiennes critiques ou les dépôts de carburants et les lignes de communications dénotent un manque de stratégie d’interdiction basée sur les effets, vu la superficie de l’Ukraine, le nombre de ses infrastructures à cibler et sa capacité à réparer les matériels détruits. Le maintien des salves de missiles dans la durée dépend des stocks et de la production. De plus, les VKS ne disposent pas de capacités ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) pour le ciblage d’opportunité sur des objectifs délocalisables, comme les PC tactiques, ou liés aux activités d’une infrastructure. Dans le domaine spatial, la capacité de renseignement d’origine image varie entre l’obsolescence, voire la fin d’activités, des trois satellites Persona, l’échec de la mise en orbite des minisatellites Razbeg et le retard des deux grands programmes de remplacement : la famille de satellites de reconnaissance optique Razdan, équivalente au KH-11 américain ; la constellation de minisatellites de surveillance de la terre tout temps Berkut.

Effectifs terrestres affaiblis. Le volume des pertes russes depuis le début de la guerre s’avère difficile à évaluer. L’État-major de l’Union européenne les estiment à 60.000 morts et 250.000 blessés. Selon la terminologie russe les « pertes irrémédiables » incluent les morts, les prisonniers et les portés disparus, les blessés étant comptabilisés par le Service de santé. Le nombre des prisonniers aux mains des Ukrainiens se monterait à plusieurs milliers. En outre, il convient de tenir compte des milliers de soldats russes qui refusent de servir, préférant la sanction disciplinaire à la mort ou ne voulant pas tuer des Ukrainiens dans une guerre qu’ils estiment injustifiée. Pendant les premières semaines de guerre, de lourdes pertes ont été constatées parmi les unités les plus expérimentées, à savoir les « Spetsnaz » (forces spéciales), les parachutistes et l’infanterie de Marine. Le corps des officiers a été particulièrement touché, de l’ordre de 6.000 à 16.000 mis hors de combat (tués ou blessés graves). Or selon la doctrine russe du « commandement par un seul homme », les officiers assurent aussi une grande partie de l’expertise technique et de l’encadrement, fonctions confiées…aux sous-officiers dans les armées occidentales. Pour rétablir la parité numérique avec les forces armées ukrainiennes, le Kremlin a décidé une mobilisation partielle de 300.000 hommes, auxquels il faut ajouter les 50.000 repris de justice recrutés par la société paramilitaire privée Wagner. Mais ce flux de volontaires s’est tari après la mise hors de combat de 30.000 d’entre eux, dont 9.000 tués. Plus de 70 % des soldats mobilisés seraient inaptes au combat pour diverses raisons. D’abord, la formation initiale de deux semaines est considérée comme inadaptée et insuffisante. Démotivée, la plupart des recrues ne croit guère à la propagande sur la « dénazification » de l’Ukraine ni à l’objectif affiché de sa « démilitarisation ». Les troupes, souvent composées de conscrits, ne sont pas encadrées par des soldats plus expérimentés. S’y ajoutent les actes de sabotage, intentionnels ou non, les défaillances du Service de santé, le manque d’appui d’artillerie et l’insuffisance des moyens de communications.

Érosion de l’armement lourd. Au début des hostilités, les forces armées russes disposaient de 7.000 chars, dont 1.200 à 1.600 auraient été engagés, de la fourniture de 250 chars neufs par an et de 700 réparés et stockés. Depuis, elles en auraient déjà perdu 3.000 au combat, en panne définitive ou « cannibalisés ». Le maintien en condition opérationnelle (MCO) a surtout porté sur les chars anciens, moins compliqués à moderniser. En 2021, l’artillerie disposait de 4.000 canons automoteurs, 12.000 canons tractés et plus de 3.000 lance-roquettes en stocks. Elle pouvait déployer en opération 2.000 canons automoteurs (1.750 de 152 mm), 150 canons tractés, 1.000 lance-roquettes multiples (LRM) et 1.500 mortiers lourds. Selon la doctrine en vigueur sur la tactique, la manœuvre terrestre emploie l’artillerie comme effecteur principal et non pas comme appui des unités de mêlée. Déjà, les pertes sont estimées à 360 canons automoteurs, 180 LRM et 185 mortiers lourds et canons tractés. S’y ajoutent celles en artilleurs (25 % d’officiers), en drones (guidage et correction des feux) et dans le ravitaillement en munitions. L’inefficacité, voire l’absence, de l’artillerie d’appui a été compensée par les tirs des chars. Le rationnement des munitions de l’artillerie résulte de la baisse de production et des mauvaises conditions de leur stockage à l’air libre, où les grands écarts de température dégradent les charges propulsives. Par ailleurs, le rythme des salves accélère l’usure des pièces. Au-delà de 2.000 coups par canon, le tube risque de se déformer et donc de réduire la précision puis, à terme, d’éclater. Les pertes au combat et les déficiences du MCO auraient provoqué des diminutions des parcs : 45% pour les chars ; 40 % pour les véhicules blindés ; 30 % pour l’artillerie ; 25 % pour les LRM. Cette réduction de la puissance de feu ne permet plus aux forces russes les mêmes tactiques de manœuvre.

Loïc Salmon

Ukraine : ascendant opérationnel incertain dans le conflit en cours

Russie : perception et premier bilan de la guerre en Ukraine

Ukraine : sous-estimations stratégiques de la Russie




Ukraine : ascendant opérationnel incertain dans le conflit en cours

Dans la perspective de la contre-offensive annoncée, les forces armées ukrainiennes disposent d’une assistance occidentale massive en termes de renseignement et de soutien, mais doivent combiner la culture militaire soviétique avec les pratiques de l’OTAN. (Carte : situation au 26-4-2023)

Dans une note publiée en région parisienne en avril 2023 par la Fondation pour la recherche stratégique, Philippe Gros, maître de recherche, et Vincent Tourret, chercheur associé, fondent leur analyse sur les sources ouvertes et la littérature technico-militaire russe, mais restent prudents en raison de la propagande des deux camps, des informations erronées et des lacunes dans les données disponibles.

Une organisation perfectible. Depuis l’invasion russe de la Crimée en 2014, les forces armées ukrainiennes se sont préparées à une guerre défensive globale sur les plans doctrinaire, capacitaire et opérationnel en s’inspirant de la culture miliaire de l’OTAN. Toutefois, des officiers supérieurs, formés au modèle soviétique, laissent difficilement une marge d’initiative à leurs subordonnés. En outre, les unités régulières cohabitent avec des volontaires et des unités de défense territoriales dans le maintien d’une forte centralisation administrative. Cette hétérogénéité se retrouve dans la compétence des chefs, la gestion des ressources humaines, l’entraînement et les équipements des unités. Outre des critiques virulentes, elle entraîne trop de pertes pour pouvoir soutenir une guerre longue contre les forces russes. Cependant, les généraux et les états-majors ont démontré leur capacité à concevoir une manœuvre au niveau d’un théâtre grâce à leur maîtrise de l’offensive, par le siège et le mouvement, et à leur savoir-faire pour l’adapter aux menaces et à l’environnement. Dans le renseignement, le système de drones Delta, mis au point en 2016 par les développeurs civils nationaux selon les standards de l’OTAN, est déployé dans les sept zones de front. Il réalise une fusion des données ISR (renseignement multi-sources, surveillance et reconnaissance), accessible aux unités tactiques sur les tablettes ou les téléphones portables, via le réseau satellitaire privé américain Starlink. Si la parité avec les Russes apparaît au niveau des capteurs (mini-drones) au front, les Ukrainiens les surpassent pour le renseignement dans la profondeur du dispositif adverse, grâce d’abord à l’énorme capacité spatiale occidentale. Cette dernière combine la diffusion de renseignements de la part des pays alliés et les réponses rapides aux demandes de renseignement ukrainiennes. La production inclut le renseignement d’intérêt immédiat, celui de situation et celui d’appui au ciblage, avec une précision de 7 mètres pour la mise en œuvre des roquettes américaines Himars/M270 guidées par recalage GPS. En outre, les Ukrainiens disposent de nombreuses sources de renseignements d’origine humaine dans les zones occupées par les forces russes, mais peu dans le Donbass, et des moyens pour les récupérer et les fusionner dans le système Delta. En matière de soutien, le système ukrainien, très centralisé, manque de coordination et de plateformes logistiques aux échelons tactiques et repose sur des lignes de communications longues et confuses. Il dépend en grande partie de l’assistance des populations locales et des réseaux bénévoles ukrainiens et internationaux. Le ravitaillement, fourni par les États alliés et coordonné par des structures américaine, OTAN et européenne, se heurte à l’interopérabilité limitée des moyens mis en œuvre et à la réglementation des transports au sein de l’Union européenne. Le dysfonctionnement du service de santé auprès des unités en première ligne est compensé par l’assistance occidentale, à savoir équipements et formation pour les structures locales et accueil des blessés dans les hôpitaux des pays alliés. L’évacuation des blessés graves et des grands brûlés vers les hôpitaux de l’arrière, souvent entravée par l’état catastrophique des routes, se fait surtout par des trains médicalisés.

Des troupes à former. Les forces armées ukrainiennes, estimées à 120.000 hommes, subissent de lourdes pertes évaluées à plusieurs dizaines de morts et de blessés par jour, notamment parmi les troupes expérimentées et celles formées dans les pays de l’OTAN. Le grand nombre de contrats d’engagements militaires courts, souscrits durant la guerre dans le Donbass entre 2014 et 2022, a permis à l’Ukraine de disposer d’une certaine réserve expérimentée. Mais ce vivier a été mal exploité en raison de l’hétérogénéité des unités, de la guerre d’usure et d’une mauvaise gestion, comme l’envoi de conscrits au front sans un entraînement préalable de plusieurs semaines. La plupart des 400.000 « mobilisables » n’a aucune expérience militaire. La remontée en puissance des forces ukrainiennes repose donc sur la formation dans les pays alliés. L’opération britannique « Orbital » a ainsi formé 22.000 soldats entre 2015 et 2022. Puis l’opération « Interflex », qui rassemble plus de 800 instructeurs britanniques, australiens, danois, canadiens, lituaniens, néerlandais, néo-zélandais, norvégiens, finlandais et suédois, a organisé des stages de trois semaines à 10.000 hommes en 2022, chiffre qui devrait doubler en 2023. Un programme international, sous commandement américain et incluant des instructeurs britanniques, canadiens et lituaniens, a formé 23.000 officiers et sous-officiers entre 2015 et 2022. Entre avril et août 2022, la « Task Force Gator » (américaine) a formé 1.600 militaires sur 16 systèmes d’armes…américains ! En juin 2023, l’initiative « European Union Military Assistance Mission », qui rassemble 23 pays européens dont la Pologne, l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, aura formé 12.000 combattants et 2.800 spécialistes dans des stages de 30 jours.

Des armements lourds insuffisants. Malgré les captures d’équipements russes, dont seulement 30 % réutilisables, et les livraisons d’armes occidentales, l’usure opérationnelle et les pertes freinent la montée en puissance des parcs ukrainiens. Celui des chars, qui en a déjà perdu de 800 à 1.000, n’en compterait qu’entre 700 et 1.000. En raison de la perte plausible de 2.000 véhicules ukrainiens, le parc d’engins blindés atteindrait 3.000, grâce à la capture de quelques centaines de véhicules russes et surtout aux livraisons occidentales de 3.500 véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI), transports de troupes blindés et autres véhicules. S’y ajouteront les livraisons, promises et échelonnées sur plusieurs mois, de 300 chars tous modèles confondus, 200 VBCI, 450 véhicules tout terrain, 300 MRAP (véhicules conçus pour résister aux engins explosifs improvisés et aux embuscades) et 120 canons autopropulsés, qui subiront aussi des pertes et dont il faudra assurer le maintien en condition opérationnel. Leur expérience du combat, acquise depuis 2014, et leur formation à l’américaine ont permis aux Ukrainiens de réagir dans l’emploi de l’artillerie. Ils disposent de bombes de petit diamètre lancées du sol (bombes guidées planantes) combinant longue portée et précision, de lance-missiles balistiques Vilkha-M ukrainiens et de canons Caesar français et PzH 2000 allemands. Très utilisés, ces canons subissent une usure accélérée. Des centres de maintien en condition opérationnelle ont donc été installés en Lituanie, Pologne et Slovaquie.

Des stocks de munitions limités. L’intensité des combats entraîne des cadences de tirs de 5.000 à 7.000 obus/jour et réduit les stocks. Les 1.500 canons d’origine soviétique tirent des obus de 122 mm et 152 mm, mais les canons « occidentaux » surtout des obus de 155 mm. Or les tirs d’obus de 155 mm atteignent 3.500/jour. Entre mai 2022 et février 2023, les États-Unis ont livré 1,1 million d’obus de ce calibre et les autres pays alliés (France, Grande-Bretagne, Canada, Finlande, Allemagne, Italie, Norvège, Espagne et Suède) 100.000, soit en tout trois mois de munitions au rythme actuel. Enfin, le brouillage russe réduit le stock des drones. En moyenne, le drone d’une unité d’infanterie ne dure qu’un jour contre 40 pour une unité d’artillerie.

Loïc Salmon

Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité




Armée de Terre : polyvalence globale et cohérence à conserver

La capacité d’intervenir en permanence sur divers théâtres d’opérations terrestres implique de s’y préparer en termes de commandement, d’appui, de soutien et d’évolution technologique, notamment dans un conflit de haute intensité.

Le général d’armé Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 13 février 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Le conflit en Ukraine. La Russie a constitué un outil militaire pour employer la force en Ukraine, en vue de modifier l’ordre international au mépris du droit international, souligne le général Schill. Cette guerre, sur laquelle certains pays membres de l’ONU n’ont pas pris parti, provoque des répercussions économiques dans le monde (énergie et alimentation des populations), avec des risques de changement majeur. Ses premiers enseignements portent sur la force morale, à savoir la volonté de combattre des Ukrainiens, la capacité de soutien et la protection sol-air. La transparence du champ de bataille, acquise par les États-Unis, résulte de l’emploi des drones, de la guerre électronique, du cyber et des satellites. L’analyse des images par l’intelligence artificielle s’avère plus complexe sur un théâtre terrestre, en raison de la topographie et de la dispersion des forces. L’influence a montré son importance. La milice privée Wagner, outil de la Russie employé au seuil de la conflictualité, devait se développer. La frappe dans la profondeur mobilise drones, guerre électronique et forces spéciales. Le conflit entraîne une forte létalité, qui serait de l’ordre de 100.000 tués et blessés côté ukrainien mais moitié moins du côté russe. Pour gagner, un assaillant doit disposer d’un effectif au moins six fois supérieur à celui du défenseur. Actuellement, la Russie en déploie un d’environ une fois et demie le nombre de militaires ukrainiens. Le cyber s’est affirmé sur les plans défensif (effet stratégique) et offensif (effet tactique contre les moyens de communications du commandement) et aussi de l’influence (actions spéciales).

La transformation des forces terrestres. D’abord, indique son chef d’état-major, l’armée de Terre doit pouvoir continuer à remplir ses missions de défense du territoire national en métropole et outre-mer et ses engagements en Europe, au Sahel et au Moyen-Orient. Ensuite, en fonction de la situation internationale, elle doit être capable de s’engager de façon plus importante, quel que soit le moment, avec une réactivité strictement modulée selon les missions. La polyvalence globale prend du temps. Les réformes déjà entreprises portent sur le renseignement (compétences et filière), l’aviation légère de l’armée de Terre, la logistique, les systèmes d’information et de communications et les forces spéciales. Ces dernières, employées par le Commandement des opérations spéciales au niveau interarmées, peuvent l’être aussi au niveau tactique (division ou corps d’armée) pour cacher la manœuvre à l’adversaire. Facteur de supériorité, la masse opérationnelle se monte à 77.000 hommes, dont 20 % issus de l’outre-mer avec un recrutement de 15.000 jeunes par an (15 % en outre-mer). Actuellement, l’armée de Terre, qui fournit déjà les deux tiers des spécialistes cyber, va accroître le recrutement aux niveaux bac pro, BTS et ingénieur. Par ailleurs, elle dispose de 24.000 réservistes (2.400 employés par jour), dont 80 % pourraient être mobilisés en cas d’engagement majeur. Elle va créer un « commandement sur les effets », relatifs à l’artillerie, au renseignement et à l’aérocombat dans la profondeur. Au sein des armes de mêlée (infanterie et cavalerie), de nouveaux métiers seront créés et d’autres disparaîtront sans dissolution d’unités. A l’horizon 2030, grâce à la mise en service du système de combat collaboratif Scorpion, elle devrait pouvoir conserver sa capacité de commandement de corps d’armée de l’OTAN (Corps de réaction rapide-France).

Loïc Salmon

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité

Cyber : champ de lutte informatique et d’influence

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

 




Armée de l’Air et de l’Espace : complémentarité des moyens d’action et modernisation

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) doit pouvoir remplir ses missions, du combat de haute intensité et de la projection lointaine à la surveillance de la très haute altitude et de l’espace, tout en poursuivant sa modernisation.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Stéphane Mille, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 6 février 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Combat et projection de puissance. L’absence de contrôle de l’espace aérien de l’Ukraine, par l’aviation russe, et de toute tentative de neutralisation de sa défense sol-air, a surpris, constate le général Mille. Le conflit en Ukraine se réduit à une campagne d’artillerie. La vente ou la cession de Mirage 2000 français à l’Ukraine ou à un autre pays dépend de trois conditions préalables : besoins exprimés ; non escalade de conflit ; ne pas affecter les capacités de l’AAE. Les Mirage 2000 C de défense aérienne ne volent plus depuis juin 2022, mais certains pays sont intéressés par leurs pièces détachées. Pour les déplacements sur une longue distance, l’OTAN demande des capacités à 4 jours, 4 semaines ou 4 mois avec l’empreinte logistique la plus faible possible. L’AAE a démontré les siennes lors des missions « Pégase 2018 » et « Pégase 2022 » en zone Indo-Pacifique avec la participation à l’exercice « Pitch Black » en Australie. De tels raids ne sont guère réalisables depuis la Polynésie française ou la Nouvelle-Calédonie, faute d’infrastructures d’accueil suffisantes.

Nouveaux champs. Le survol des Etats-Unis à très haute altitude, par un ballon chinois qui a été détruit par un avion de chasse américain au-dessus de l’Atlantique (4 février 2023), entre dans la logique de cette « zone grise », estime le général Mille. Les innovations technologiques offrent des perspectives commerciales et militaires dans cet espace, compris entre 20 km et 100 km d’altitude mais non régulé par un traité ou une convention. En vue d’établir une doctrine d’action, le chef d’Etat-major des armées a donné mandat à l‘AAE pour réfléchir aux aspects juridiques et technologiques de la très haute altitude, avec remise des conclusions à l’été 2023. Il faudra aussi en évaluer la surveillance depuis le sol ou depuis l’espace. Quant aux menaces de vecteurs hypersoniques, la protection du territoire national reste assurée par la dissuasion nucléaire, souligne le général Mille. Les drones armés Reaper de l’AAE pourraient être déployés sur d’autres endroits stratégiques. Enfin, l’Eurodrone, futur drone européen MALE (moyenne altitude longue endurance), serait utilisable pour la surveillance d’un espace contesté ou comme relais en dehors d’un conflit de haute intensité.

Modernisation. Le général Mille a rappelé les enjeux de l’AAE : défense sol-air ; protection des troupes en opérations au sol ; dispositif particulier de sécurité aérienne lors d’un événement ; projection de bases aériennes avancées. Outre la mise en réseau de tous les simulateurs, la préparation des équipages à des missions de plus en plus complexes nécessite de mixer le virtuel et le réel…en vol ! Les partenariats seront recherchés avec des pays disposant d’une capacité aéronautique et spatiale, car la surveillance de l’espace concerne surtout les orbites basses. Pour les missions humanitaires dans les outre-mer, le successeur du Casa verra le jour en 2030. Quant à la défense et aux opérations aériennes, le passage au « tout Rafale » devrait être réalisé en 2035. Enfin, le nouveau missile ASN4G entrera en service dans la composante nucléaire aéroportée vers 2030.

Loïc Salmon

Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie




Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Face à la supériorité des forces armées russes, l’Ukraine a obtenu des armes à l’étranger et va recevoir des chars lourds. L’intensité et la durée du conflit entraînent l’usure des équipements. S’y ajoute le risque de détournement de livraisons.

Les 25 et 26 janvier 2023, une dizaine pays occidentaux ont annoncé les livraisons d’une centaine de chars lourds dans les prochains mois. Par ailleurs, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) a publié, le 5 janvier 2023 à Bruxelles, une étude sur les livraisons d’armes par des États membres de l’OTAN, de l’Union européenne (UE) et de pays tiers sur les onze premiers mois de 2022. Convaincus de l’imminence du conflit, les Etats-Unis avaient commencé à envoyer des armes à l‘Ukraine dès janvier.

La situation sur le terrain. Au 25 janvier, selon la carte de l’État-major français des armées, les forces armées russes procèdent à des attaques, depuis le Donbass à Kherson, et poursuivent l’enveloppement de Bakhmut. Sur le front Nord-Est, elles maintiennent leur pression sur les axes logistiques y menant, pour forcer les forces ukrainiennes à se replier, et continuent de tirer sur les secteurs de Soumy, Koupiansk et Khakiv. Sur le front Est, les combats se poursuivent autour de Donetsk. Sur le front Sud, les combats continuent dans le secteur de Zaporiziah, autour d’Orikhiv et de Kamianske, ainsi que les tirs sur Kherson.

Les armements. Les promesses d’envoi de chars lourds à l’Ukraine se répartissent ainsi : Etats-Unis, 31 Abrams (canon de 120 mm) ; Grande-Bretagne, 14 Challenger 2 (canon de 120 mm) ; Allemagne, 14 Leopard 2 (canon de 120 mm) et autorisations à ses clients d’en livrer ; Pologne, 14 Leopard 2 ; Espagne, plus de 20 Leopard 2 ; Norvège, 8 Leopard 2 ; Finlande, 14 Leopard 2 ; Portugal, 4 Leopard 2 ; Canada, 4 Leopard 2. Restent à confirmer : Pays-Bas, 18 Leopard 2 ; Danemark, 6 Leopard 2 ; Suède, 10 Stridsvagn 122 (version améliorée du Leopard 2) ; France, quelques Leclerc. De son côté, Le GRIP a identifié quatre catégories de matériels envoyés à l’Ukraine : ML1, armes automatiques d’un calibre inférieur ou égal à 12,7 mm et canons d’un calibre inférieur à 20 mm ; ML2, armes de calibres supérieurs à 12,7 mm et canons de calibres supérieurs à 20 mm ; ML3, munitions et dispositifs de réglage de fusées ; ML4, bombes, torpilles, roquettes, missiles et autres dispositifs et charges explosives. Les ML3 et 4 sont les plus employées. Cette guerre nécessite des approvisionnements en artillerie, munitions, véhicules blindés et systèmes antiaériens et antichars portables. Après avoir puisé dans leurs stocks, les armées européennes vont rencontrer des difficultés financières et logistiques pour les reconstituer et réapprovisionner les forces ukrainiennes, car les fournisseurs ne sont pas suffisamment dimensionnés. En outre, l’entretien ou le maintien en condition opérationnelle des matériels livrés ne peut se faire qu’en dehors de l’Ukraine, dont les infrastructures, sont prises pour cibles. Enfin, les Etats-Unis et l’UE ont pris, tardivement souligne le GRIP, des mesures pour limiter les risques de détournements d’armes, consécutifs aux livraisons massives et rapides à un pays connu pour ses trafics douteux et son niveau élevé de corruption.

Les aides financières. Le GRIP estime la valeur des livraisons des onze premiers mois de 2022 à 33,2 Mds$, dont 32,3 Mds$ pour l’OTAN. Sur les 30 États membres de l’OTAN, 27 ont livré des matériels militaires à l’Ukraine. L’Islande, le Monténégro et la Hongrie n’ont rien envoyé. En outre, 22 États membres de l’UE en ont livré pour un montant de 9,66 Md$. L’Autriche, Chypre, la Hongrie, l’Irlande et Malte se sont abstenues. Le 28 février 2022, l’UE a activé la « Facilité européenne pour la paix » pour financer le transfert d’armes à l’Ukraine. Par ailleurs, l’Australie, la Bosnie, Israël, le Pakistan et Taïwan ont fourni des armes à l’Ukraine. Le 25 janvier 2023, les Etats-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 3 Mds$ à l’Ukraine.

Loïc Salmon

Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Ukraine : sous-estimations stratégiques de la Russie




Armement : gestion des stocks dans un conflit de haute intensité

La compétition entre les États-Unis et la Chine et la déstabilisation probable des pays proches de la Russie pourraient entraîner des conflits locaux et la continuité de la logique d’affrontement par procuration. La guerre en Ukraine rappelle l’attrition des armements et équipements.

En décembre 2022, l’Institut français des relations internationales a publié une étude intitulée « Stocks militaires : une assurance-vie en haute intensité », réalisée par le chercheur Léo Péria-Peigné.

Conséquences de l’attrition. La simple « opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine s’est transformée en une guerre d’une durée indéterminée et grande consommatrice de munitions avec des pertes humaines et matérielles considérables. L’Ukraine a dû rouvrir ses arsenaux et faire appel d’abord à ses voisins d’Europe de l’Est, anciens membres du Pacte de Varsovie, puis aux États-Unis et aux pays européens. Il s’ensuit une cohabitation de systèmes d’armes soviétiques et de l’OTAN sur le terrain. De son côté, la Russie a commencé par puiser dans ses stocks hérités de l’URSS puis a sollicité la Biélorussie, la Corée du Nord et l’Iran. Pour intensifier les flux dans cette « guerre de matériel », les deux belligérants ne peuvent en effet augmenter les cadences de production, qui nécessitent une profonde transformation industrielle avec des délais longs et des financements pérennes. En revanche, pour les pays indirectement impliqués, une politique préalable d’exploitation de leurs stocks représente un atout dans le triptyque « compétition, contestation, affrontement ». Ainsi, le camp occidental a pu, jusqu’à présent, soutenir massivement l’Ukraine sans s’exposer à des représailles militaires directes de la part de la Russie. En outre, grâce à leurs stocks, les États-Unis amoindrissent considérablement le potentiel militaire de la Russie pour longtemps au prix de quelques dizaines de milliards de dollars, alors que le conflit en Afghanistan (2001-2021) leur a coûté plus de 1.000 Mds$. D’une façon générale, les stocks se constituent « en amont », lors de l’acquisition du matériel, ou « en aval » lors de son retrait du service actif. Les systèmes d’armes stockés peuvent ensuite remplacer ceux détruits ou indisponibles pour entretien. Ils peuvent aussi servir de réserves de pièces détachées pour des systèmes qui ne sont plus fabriqués. Les systèmes considérés comme prioritaires seront mis « sous cocon » avec des mesures particulières pour allonger au maximum leur durée de conservation dans un état satisfaisant. Certains systèmes stockés sont « rénovés » pour retrouver leur état d’origine. D’autres peuvent subir un « retrofit », à savoir une mise à niveau de leurs composants obsolètes, afin d’augmenter leurs performances.

Les Etats-Unis. Les forces armées américaines, qui ont conservé une partie importante de l’arsenal hérité de la guerre froide (1947-1991), peuvent proposer des matériels à prix réduits dans des délais courts. L’armée de l’Air a regroupé toutes ses aires de stockage sur la base de Davis Mothan en Arizona, caractérisé par la sècheresse de l’air et une faible pluviosité (photo). D’une superficie de 1.000 ha, la base accueille plus de 3.000 aéronefs de l’État fédéral, du chasseur-bombardier F-4 Phantom II mis en service en 1960 aux drone MQ-1 Prédator datant de 1995. Les bombardiers stratégiques B-52 y sont conservés pour un éventuel usage ultérieur ou pour récupérer des pièces. Les missiles balistiques y sont retraités et partiellement reconvertis pour un usage civil, notamment les propulseurs pour les fusées de la NASA. En outre, des cellules d’avions sont réparties en quatre catégories : 4.000 destinées à la vente en entier ou en pièces détachées ; 3.000 conservées avec précaution et mobilisables sous très court préavis ; 2.000 destinées à la « cannibalisation » interne (récupération de pièces en bon état qui ne sont plus fabriquées). Plus de 300 F-16 Fighting Falcon de différentes versions, mis en service à partir de 1978, peuvent être remis à niveau si nécessaire. Ainsi, certains ont effectué des missions de reconnaissance et d’appui feu pendant les guerres d’Irak (2003-2011) et d’Afghanistan (2001-2021). Déjà, des cellules ont été transformées en drones pour servir de cibles d’entraînement au tir. L’armée de Terre dispose d’entrepôts en Californie et en Alabama pour le stockage, la maintenance et la remise en état des matériels, du véhicule de transport de troupes M113 (1960) au char M1 Abrams (1980) en attente de rénovation. Des Abrams retirés du service du Corps des Marines ont ainsi été revendus à la Pologne au prix de leur remise à niveau. La moitié des 350 M113 fournis à l ‘Ukraine par les pays occidentaux provient des stocks américains. Enfin, le triptyque « stockage-maintenance, remise en état et modernisation » repousse le besoin de nouveaux chars lourds et de véhicules de combat d’infanterie. La Marine regroupe ses navires hors service (moins de 50 unités en 2010) sur les sites de Bremerton, Philadelphie et Pearl Harbor, en vue de leur cannibalisation au profit de navires en service ou transférés via le programme « Foreign Military Sales » (FMS). Ce dernier permet de céder ou vendre à un prix avantageux du matériel militaire et des services d’entraînement à des pays partenaires. En outre, le ministère fédéral des Transports préserve des coques à rendre opérationnelles entre 20 et 120 jours. Cette flotte de réserve, forte de 2.200 navires en 1950, a fourni les transports nécessaires durant les guerres de Corée (1950-1953) et du Viêt Nam (1955-1975), puis a été réduite à moins de 100 en 2021. A la fin des années 2010, la Marine a conclu que seulement certaines unités logistiques et quelques bâtiments d’assaut amphibies (conservés à Pearl Harbor) pourraient fournir une force d’appoint rapide en cas d’urgence. L’entretien et certaines réparations seront effectués plus près de la zone de conflit et les futurs navires de combat devront durer 40 ans (30 en 2022).

La Russie. De l’URSS, l’armée de Terre a hérité d’un énorme parc de véhicules blindés, voués à une vie courte en combat de haute intensité selon la conception soviétique. La cannibalisation et le remplacement complet l’ont emporté sur le maintien en condition opérationnelle par une réparation poussée, qui nécessite de rapprocher des ateliers et des services de soutien logistiques près du front. Cela permet à la Russie de maintenir son effort de guerre contre l’Ukraine malgré les pertes subies. Outre l’amélioration des conditions de stockage des munitions, une grande quantité d’obus a été rénovée au rythme d’un pour deux neufs produits. Plutôt que de mettre au rebut les navires anciens, la Marine préfère les maintenir en service malgré leur valeur opérationnelle réduite. En outre, la modernisation des coques de près de 30 ans permet de compenser la lenteur de la production navale neuve. Toutefois, la corruption concernant les contrats militaires met en doute la diligence de ces modernisations. L’armée de l’Air n’a pas constitué de stocks d’avions de combat, en raison des flux d’appareils neufs et de l’absence de pertes. Mais elle a rénové 95 avions de transport et modernisé les hélicoptères d’attaque Mi-24 (canon de 30 mm). Les stocks de missiles balistiques et de croisière, sous-estimés en Occident, démontrent leur puissance de feu en Ukraine. En revanche, l’armée de l’Air russe manque de pilotes jeunes pour les avions les plus modernes, qui nécessitent une sélection rigoureuse.

La Chine. Pékin critique régulièrement le programme FMS américain. Mais en fait, les matériels chinois anciens souffrent d’une réputation de fiabilité limitée. La Chine a retiré du service six sous-marins conventionnels 035, dont deux ont été modernisés et vendus au Bangladesh et un autre au Myanmar. Toutefois, les composants destinés à leur maintien en condition opérationnelle ne se trouvent qu’en Chine. Le char type 69, version modernisée du T-62 soviétique, est progressivement remplacé par le ZTZ-99 développé au début des années 2000. Mais les informations sur le stockage de matériels anciens restent difficiles d’accès.

Loïc Salmon

Ukraine : livraisons accrues d’armements étrangers

Défense : durer et vaincre dans un conflit de haute intensité

Armements terrestres : enjeux capacitaires et industriels dans le contexte du conflit en Ukraine




Marines : se préparer au combat naval de haute intensité

Agir dans la complexité qui s’impose à nous, trouver chez les autres ce qu’on n’a pas et se battre avec ce qu’on a après une longue réflexion en amont.

Ces conditions de la victoire sur mer ont été exposées par l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine, au cours d’un colloque organisé, le 17 octobre 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et la Sogena (Société d’organisation et de gestion d’événements navals dont le salon Euronaval à Paris). Sont également intervenus : le vice-amiral d’escadre Didier Piaton, N°2 du Commandement maritime allié de l’OTAN ; Bryan Clark, directeur de recherche au centre de recherche américain Hudson Institute ; Frédéric Le Lidec, directeur de la recherche, du développement et de l’innovation chez Naval Group.

Retour du combat à la mer. Le concept de l’attaque de la mer vers la terre a vécu, souligne l’amiral Vandier. Il faut à nouveau se préparer à la violence du combat entre unités navales, laquelle est passée de 400 morts à la bataille de Trafalgar (1805) à 1.400 morts pendant un affrontement de la seconde guerre mondiale. En outre, il faut vingt ans pour reconstruire ou construire une Marine de haute mer. Ainsi, celle de la Chine, en développement constant depuis 2015, devrait atteindre, en tonnage, le double de celui de la Marine américaine en 2035. Aujourd’hui, le groupe aéronaval français se trouve au contact d’une flotte russe en Méditerranée avec parfois des pointages radar (comportement hostile). Une frégate russe, chinoise ou turque parvient à naviguer dans les eaux internationales en face de Brest. Dès la sortie du port, il faut se préparer au combat et à tirer pour détruire l’adversaire. A Brest et par tout temps, l’escorte navale et aérienne protège le départ en patrouille de chaque sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Après la guerre en Ukraine, le comportement de la Russie sera très différent. Il s’agit de se préparer à combattre en mode dégradé, sans GPS ni communication satellitaire. L’avion de chasse embarqué Rafale, quoique beaucoup plus performant que le Super-Etandard, passe très difficilement en mode dégradé, comme les sous-marins nucléaires d’attaque de nouvelle génération ou les frégates multi-missions (FREMM). Dans ce contexte, l’exercice interarmées, interalliés et inter théâtres « Polaris » de préparation opérationnelle à un engagement de haute intensité a mobilisé 6.000 militaires français et étrangers, dont 4.000 de la Marine nationale, du 18 novembre au 3 décembre 2021. Outre la volonté de se battre jusqu’au bout, il faut de la chance, expression ultime du talent acquis par une longue réflexion préalable, conclut le chef d’état-major de la Marine.

Leçons de la guerre en Ukraine. Le Commandement naval de l’OTAN exerce un effet de dissuasion et une capacité de réaction au profit des États membres, explique l’amiral Piaton. Il assure la fusion des informations recueillies par les Marines de vingt pays et évalue en permanence les rapports de forces en Atlantique. Dès le début de la crise ukrainienne, il a suivi les déplacements de la Marine russe, de la Baltique au Pacifique et en mer Noire, et a établi une corrélation entre les mouvements des forces et les exercices terrestres, dès fin 2021. La frontière entre les forces russes et celles de l’OTAN n’existe pas. En raison de son soutien officiel à l’Ukraine, l’OTAN, qui n’est pas en guerre contre la Russie, a mené une action coordonnée pour renforcer son flanc Est. La gestion opérationnelle de la crise vise à éviter toute escalade et de donner à la Russie un prétexte pour en rendre l’OTAN responsable. Sur le plan naval, il s’agit de se coordonner face aux manifestations brutales, comme la présence de mines dérivantes en mer Noire ou l’attaque de gazoducs au large de la Scandinavie. Le maintien de la supériorité opérationnelle, à raison de trois contre un, repose sur l’expertise de tous les Alliés du flanc Est, de la Norvège à la Turquie, et sur la coordination de 200 bâtiments de combat. Plusieurs enseignements sont tirés de la guerre en Ukraine : création de zones de déni d’accès par l‘allonge des armes et la furtivité des plateformes navales ; détermination de cibles terrestres à partir d’armes navales ; ciblage d’objectifs navals à partir d’armes côtières. L’entrée en combat de haute intensité se ferait de façon soudaine, sans choisir le moment ni le lieu, ou par réaction à une provocation délibérée, comme le tir de la première torpille ou du premier missile. La Marine russe a déjà subi des revers, à savoir les pertes du croiseur Moskva et de l’île aux Serpents en mer Noire. Sa supériorité de fait se trouve limitée par des frappes parties de la terre, interdisant toute intervention amphibie. L’article V de l’Alliance Atlantique sur la défense collective implique le maintien de la supériorité navale par une volonté commune et la rapidité de décision de 30 nations en quelques heures. Il s’agit de durer et bénéficier de la mer pour la logistique de l’Union européenne, alors que les forces russes souffrent des retards de livraisons de munitions et rencontrent des difficultés de coordination. Les forces ukrainiennes reçoivent des technologies de pointe, à savoir armes à longue portée, dispositifs de brouillage et drones. La Marine russe renouvelle sa composante sous-marine, mais celles de l’OTAN modernisent la lutte anti-sous-marine, notamment avec les FREMM françaises et italiennes. La supériorité opérationnelle de l’OTAN s’entretient par des exercices interalliés comme « Polaris » (voir plus haut) et « Orion », qui mobilisera 10.000 soldats en 2023.

Stratégie navale américaine. La guerre russo-ukrainienne a modifié la stratégie américaine, estime Bryan Clark. La coopération militaire apportée à l’Ukraine par les pays européens, dont la France, facilite une action contre la Russie, sans engagement militaire des États-Unis qui interviennent par leur intermédiaire. La neutralisation du croiseur russe Moskva démontre l’efficacité des armes de précision peu onéreuses et des réseaux de surveillance commerciaux. Elle s’est déroulée en plusieurs phases. D’abord, deux missiles ukrainiens, tirés depuis la terre, provoquent une explosion. Ensuite des drones ukrainiens leurrent la défense anti-aérienne du croiseur. Puis, des missiles de croisière antinavires Neptune, lancés depuis la côte, le frappent. Enfin, le Moskva coule au cours d’une tempête lors de son remorquage vers le port de Sébastopol (Crimée). En conséquence, la Marine américaine va recourir davantage aux unités navales et aériennes sans équipage. Il ne s’agit plus d’empêcher une agression mais d’être efficace, notamment face à la Chine dont la Marine a atteint un niveau équivalent à celles des États-Unis et des pays de l’Union européenne. La Chine, indique Bryan Clark, évolue dans une « zone grise », à savoir montrer sa force mais ne pas l’utiliser dans les scénarios d’invasion de Taïwan. A une dissuasion par déni d’accès, les États-Unis préfèrent la création d’un sentiment d’incertitude quant à une victoire chinoise, afin de saper la détermination de la Chine comme au temps de la guerre froide de l’OTAN contre l’URSS (1947-1991).

Loïc Salmon

Selon Frédéric Le Lidec, les études portent sur des drones océaniques, catamarans ou non, (30-40 m de long) et sous-marins (10-15 m). Il s’agit d’accroître l’endurance du navire en réduisant son exposition en zone hostile et aussi de projeter des drones en toute sécurité, quel que soit l’état de la mer. En 2020, Naval Group a procédé à des expérimentations sous l’eau et dans les airs pour protéger la plongée d’un sous-marin. Grâce à l’intelligence artificielle, le drone doit pouvoir traiter et transmettre des données au commandement, en vue de la décision la plus appropriée à la situation tactique. Malgré l’autonomie du drone, le marin doit pouvoir reprendre la main sous faible préavis, grâce à des règles simples et compréhensibles. Le déploiement de petits drones en essaims représente une menace, dont il faut se prémunir, mais aussi des opportunités tactiques, s’ils sont concentrés ou dispersés. Leur mise en œuvre doit toujours relever du commandement.

Marines : outils politiques et de projection de puissance

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine




Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Une industrie locale de drones militarisés et l’acquisition de systèmes militaires étrangers ont permis à l’armée ukrainienne d’infliger de lourdes pertes à la force expéditionnaire russe au début de la guerre.

Aude Thomas, chargée de recherches, l’explique dans le numéro de juin 2022 de la revue Défense & Industries de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les fabrications ukrainiennes. La résistance ukrainienne résulte d’abord de la réforme des forces armées en 2016 avec le soutien financier et matériel des pays occidentaux, puis du renseignement fourni par le centre des opérations aériennes combinées de l’OTAN et enfin de la livraison d’armements de pays membres de l’Alliance Atlantique. En outre, l’armée ukrainienne a pu s’entraîner à l’extérieur du pays et a intégré les drones dans son dispositif. Dès mai 2014, la startup IT Academy de Kiev lance un programme de transformation de petits drones commerciaux à voilure tournante Phantom et Mavic-Air 2 de l’entreprise chinoise DJI. Depuis, celle-ci a vendu à l’Ukraine 2.372 modèles DJI Mavic 3, puis a suspendu ses activités en Russie et en Ukraine en avril 2022. Lors de l’invasion de la Crimée par les forces séparatistes pro-russes du Donbass à l’été 2014, l’armée ukrainienne s’est trouvé dépourvue d’une vision globale du champ de bataille et d’appui aérien rapproché. De plus, ses convois de ravitaillement sont tombés fréquemment dans des embuscades. Des diplômés en informatique fondent alors « l’unité Aerorozvidka », qui sera intégrée aux forces armées ukrainiennes. Outre la cybersécurité, cette unité collecte le renseignement sur les cibles de haute valeur par des capteurs sur le champ de bataille, drones de reconnaissance, interceptions de fréquences radio et sources humaines. Les forces ukrainiennes disposent d’une carte numérique en temps réel des mouvements des troupes russes et peuvent mener des frappes. Aerorozvidka fabrique ses propres drones R-18 (rayon d’action 4 km, endurance 40 mn) emportant une munition anti-char RPG ou une caméra thermique pour la reconnaissance de nuit. L’entreprise Athlon Avia produit l’A1-SM Furia à voilure fixe (50 km, 3 h) pour la reconnaissance et l’ajustement des tirs d’artillerie. Ukrspecsystems produit le Leleka-100 (45 km, 2h30) et SPE Urkjet l’UJ-22 (100 km, 7 h).

Les acquisitions étrangères. Le constructeur turc Baykar a vendu à l’Ukraine 20 systèmes de drones tactiques Bayrakar TB-2 (300 km, 27 h) en mars 2019, puis 16 de plus en janvier 2022. Les TB-2 ont ciblé des camions et véhicules de transport russes, puis des systèmes de défense sol-air Buk et Tor et des véhicules blindés. Le taux quotidien de destruction serait passé de 7 véhicules entre les 24 et 28 février 2022 à 0,9 entre le 1er et le 15 mars. Le 13 avril, il aurait servi de leurre contre la défense anti-aérienne du croiseur russe Moskva, touché par deux missiles antinavire RK-360 MT Neptune ukrainiens. Par ailleurs en avril, les Etats-Unis ont déjà livré à l’Ukraine : 700 munitions maraudeuses Switchblade (10-39 km, 15-40 mn), pour cibler des personnels, véhicules légers et chars ; des munitions à guidage laser compatibles avec les TB-2 ; 121 drones munitions maraudeuses Phœnix Ghost à capteur infrarouge pour usage de nuit. En outre, le milliardaire américain Elon Musk a livré gratuitement des antennes satellites Starlink à l’Ukraine. De plus, sa société Space X à mis à jour un logiciel protégeant les communications tactiques ukrainiennes contre les tentatives russes de brouillage.

Loïc Salmon

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Ukraine : risques nucléaire, biologique et chimique