Marine nationale : le futur porte-avions France-Libre, projection de puissance française et européenne

Le porte-avions France-Libre, opérationnel en 2038, prendra en compte les cycles rapides d’innovations technologiques, dont l’intelligence artificielle et les drones.

Pierre-Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, qui participe à sa construction, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point.

Bâtiment agrégateur de forces. Actuellement, le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dispose d’une escorte de frégates françaises, où s’intègre une frégate néerlandaise, allemande ou grecque pour les luttes anti-aérienne et anti-sous-marine. Outre cette protection, sa résilience repose sur sa mobilité car il peut parcourir 1.000 km par jour (11,57 m par seconde), de quoi rendre très difficile le guidage terminal d’un missile balistique (volant à 4 ou 5 km/s) ou hypervéloce (au moins 3 km/s) adverse. Les États-Unis n’ont pas suspendu la construction de porte-avions et commencent par envoyer un groupe aéronaval dans la zone où ils souhaitent intervenir. Le groupe aéronaval futur comptera des avions et des drones. La Chine, l’Inde, l’Italie et la Grande-Bretagne en développent et l’Espagne se pose la question. Demain, une flotte de surface hybride disposera de capacités de défense aérienne et anti-drones et élargira la bulle de protection du groupe aéronaval. Voici les caractéristiques du porte-avions France-Libre : longueur, 330 m ; largeur, 90 m ; vitesse maximale, 27 nœuds (50 km/h) ; poids total, 78.000 t ; surface du pont d’envol, environ 17.000 m2 ; équipage, 2.000 personnes ; durée du service, environ 45 ans. Outre Naval Group, Technic Atome et les Chantiers de l’Atlantique, 800 entreprises de tailles petite, moyenne et intermédiaire participent à sa réalisation et 90 % des achats seront effectués en France. La propulsion nucléaire donne au porte-avions son allonge et sa capacité de déploiement, comme l’a démontré le Charles-de-Gaulle, passé du Grand Nord à la Méditerranée en une huitaine de jours. Ce dernier aura connu trois arrêts techniques majeurs, un tous les dix ans, autour de la chaufferie (réacteur) nucléaire pour lui redonner de l’autonomie. Pour le France-Libre, tout a commencé en 2020 par des avant-projets détaillés, des études et de la préparation. L’étape actuelle a lieu au site de Cherbourg de Naval Group, où une nouvelle « nef d’intégration » de deux chaufferies nucléaires a été construite pour les installer sur le porte-avions et le sous-marin qui arrive en même temps. La phase d’après se déroulera à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique, qui construisent les coques des grands navires civils et des unités militaires, dont les porte-hélicoptères et les bâtiments ravitailleurs de forces. Enfin, sera réalisé le système de combat des bâtiments de surface (porte-avions et frégates), l’une des spécialités de Naval Group. A cet effet, il compte sur ses partenariats : le groupe Thalès pour les senseurs, les radars et les contre-mesures ; le missilier MBDA pour les armements ; le groupe Safran pour un certain nombre d’équipements.

Carnet de commandes rempli. Naval Group dispose de sites à Cherbourg et Lorient pour la construction navale, à Toulon pour l’entretien de la flotte de surface et à Brest pour la Force océanique stratégique (FOST). Il réalise un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, où il a récemment obtenu des contrats de sous-marins aux Pays-Bas et en Indonésie et de frégates en Grèce. Les deux autres tiers, en France, dépendent des lois de programmation militaire qui prévoient le renouvellement de toutes les composantes navales. Le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque de la série de 6 de la classe Barracuda effectue ses essais à la mer et les deux suivants seront livrés d’ici à 2030. Les 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la FOST seront renouvelés d’ici à 2050 et le premier, dénommé L’invincible, doit entrer en service vers 2035.

Loïc Salmon

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Explorations, une affaire d’État ?

Collectives, les explorations dépendent d’abord de l’État, qui y trouve le moyen d’approfondir la connaissance du monde, une occasion d’enrichissement scientifique, intellectuel et artistique et une condition nécessaire de sa souveraineté.

Celle entreprises par la France, au milieu du XVIIIème siècle, ont impliqué un processus de professionnalisation pour transformer les militaires en explorateurs et les explorateurs civils en militaires. Le militaire se distingue du civil notamment par des obligations, des compétences techniques et des cultures professionnelles multiples. Au cours du XIXème siècle, exploration et cartographie deviennent étroitement liées. Dans une première phase, les missions militaires restent très proches des voyages d’exploration. Dans une deuxième phase, elles consistent en interventions militaires et conquêtes coloniales. Après la période des conflits, la troisième phase correspond à l’administration et la mise en valeur des territoires conquis. La cartographie d’exploration se transforme en cartographie de reconnaissance puis en cartographie régulière. Dans le dernier tiers du XIXème siècle et le contexte de l’expansion coloniale de l’Europe, des civils interviennent dans l’organisation et la préparation des missions, les travaux menés sur le terrain, l’exploitation et la diffusion des résultats. Fondée en 1821 et reconnue d’utilité publique en 1827, la Société de Géographie a décerné des grands prix à autant de civils que de militaires. Dans les années 1880, les savoirs disponibles sur l’Afrique apparaissent insuffisants, car réalisés par des explorateurs peu équipés et moins bien formés que les officiers sortis de Saint-Cyr ou de l’École navale. Sur ce continent, les liens entre exploration et conquête diffèrent d’une région à l’autre. Dans sa partie occidentale, l’exploration à vocation scientifique, menée par des savants, des officiers ou des individus non affilés à une institution, précède la pénétration coloniale de plusieurs dizaines d’années. Il s’agit de reprendre les travaux géographiques précédents, selon de nouveaux objectifs, et de prendre contact avec les chefs des nouveaux États formés dans l’intervalle. En Afrique centrale, exploration et appropriation se confondent presque. Des officiers géodésiens et topographes participent à l’expédition militaire de 1894-1895, en vue de produire une cartographie systématique de la « Grande Île ». La pose des premiers câbles télégraphiques sous-marins, commencée au XIXème siècle, impose la connaissance des fonds marins pour des raisons économiques et militaires. Aujourd’hui, les câbles en fibre optique assurent 98 % des échanges numériques intercontinentaux. Depuis le « Brexit », la France est devenue le carrefour numérique de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Longtemps, la principale menace venait des coupures accidentelles par les ancres des navires. Certaines peuvent se révéler volontaires, notamment en mer Baltique, par des bateaux de pêche ou de commerce, et donc difficilement attribuables à un État (la Russie). Outre leurs ressources et les gazoducs, oléoducs et câbles électriques qui les parcourent, les fonds marins constituent un enjeu stratégique majeur. Depuis les années 2000, une nouvelle dynamique profite à la connaissance géographique, à savoir l’intégration multi-milieux et la fusion des données géolocalisées multi-capteurs. Comme dans les siècles passés, il s’agit de maîtriser les milieux géographiques à partir des récentes technologies et de penser différemment les espaces matériels (terre, mer, air et espace) et immatériels (réseaux sociaux et environnements numérique, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de répondre aux besoins immédiats de connaissance opérationnelle des armées et, pour le monde civil, de mieux exploiter les informations géographiques.

Loïc Salmon

« Explorations, une affaire d’État ? », ouvrage collectif. Éditions Locus Solus/Musée de l’Armée, 320 pages, 310 illustrations. 35 €

Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations




Intelligence artificielle : tirer parti de sa puissance en la maîtrisant

Le chef sur le terrain ne doit pas subir l’intelligence artificielle (IA), mais pouvoir profiter de ses possibilités et être toujours capable de justifier sa décision.

L’IA et les fonctions opérationnelles embarquées ont fait l’objet d’un colloque organisé, à Paris le 20 janvier 2026, par l’Académie militaire Saint Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France. Y sont notamment intervenus : le général de brigade Marc Espitalier, officier général « numérique et cyberdéfense » à l’État-major de l’armée de Terre ; Sylvain Thorel, KNDS / Robotics ; Alexandre Chapoutot, École nationale des techniques avancées (ENSTA) Paris ; le colonel Cédric Abriat, adjoint « Plans » à l’État-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; Laurent Duport, président de NEODE Systems ; Thierry Berthier, chercheur associé CReD / AMSCC, Université de Limoges ; Joël Bougron, doctorant, KNDS / ENSTA Paris.

Fonction mobilité. Le numérique, nouveau champ de conflictualité, agit directement sur ceux de la terre, de la mer, des airs et de l’espace, rappelle le général Espitalier. Il impacte les forces armées, mais aussi directement les décideurs et les populations par ses caractéristiques propres (actions cyber et informationnelles). Les drones et robots, nouveaux effecteurs qui incluent le numérique, permettent la saturation, le harcèlement et l’action dans des compartiments de terrain jusqu’à présent interdits à l’homme. Le numérique impacte les systèmes de décision, qui doivent accélérer autant que possible la boucle observation, orientation, décision et action, tout en maintenant la place de l’homme dans ce cycle. Au sein du Commandement des forces terrestres OTAN à Lille, une partie de l’équipe cyberdéfense étudie le projet de dissuasion et de défense à l’Est, consistant à mettre une masse robotique très importante sur le terrain entre les forces armées de la Russie et celles de l’OTAN pour pallier son manque de masse. Dans le domaine terrestre, les robots deviennent multiplicateurs de forces pour la sécurité du périmètre d’emploi et le déminage, mais ne doivent pas entraver la manœuvre, précise Sylvain Thorel. La taille conditionnant l’emploi, les « légers » (1-25 kg) sont utilisés pour la reconnaissance, la surveillance, la détection et l’intervention. Les « moyens » (25-500 kg) servent à la lutte contre les engins explosifs improvisés, la dépollution de munitions non explosées, et le combat. Les « lourds » (500 kg-5 t) sont utilisés pour la logistique notamment en Ukraine, la surveillance et la levée de doutes NRBC (risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Les « très lourds » (5-40 t) pourront servir pour l’ouverture d’itinéraire, les travaux du génie et le combat. Afin d’accroître l’autonomie de mobilité, la navigation téléopérée permet d’aller rapidement d’un point à un autre sans connaissance à priori ou presque, de nuit, de jour ou dans le brouillard, sur un terrain accidenté et glissant, de façon furtive et sans GPS. L’opérateur doit se repérer lui-même sur une carte en visuel, par lidar (détection et télémétrie par la lumière) ou radar, disposer d’une liaison radio à haut débit, mais de portée limitée et sensible au brouillage, et comprendre la situation. Cela entraîne un accroissement de la complexité et …de sa charge cognitive ! De fait, le domaine d’emploi dépend encore de la maturité technologique. La « traversabilité » du robot, qui dépend de ses capacités de franchissement, consiste à percevoir les espaces en temps réel grâce à des images aériennes ou satellitaires et la méthode SLAM lidar. Celle-ci lui permet de construire la carte d’un environnement inconnu, tout en suivant simultanément sa propre position sur cette carte. Dans la navigation autonome en terrain ouvert, l’IA répond aux besoins d’adaptation à une grande variété de types de terrain, de détection et d’évitement de divers types d’obstacles, indique Alexandre Chapoutot. La perception nécessite une carte satellitaire et les capteurs GPS, lidar, caméras et ultrasons pour caractériser les obstacles et planifier la trajectoire du robot. Les approches de l’IA permettent d’augmenter l’adaptabilité du robot pour la navigation, grâce à un apprentissage en ligne tout en restant vigilant sur les contraintes de l’IA embarquée. La réponse adéquate résulte du développement conjoint des approches théoriques et expérimentales. Dans les airs, une plateforme autonome progressant à basse altitude pourrait profiter des accidents de terrain, mais doit prendre en compte les conditions météorologiques et les masses nuageuses, rappelle le colonel Abriat. Avançant vite, elle doit pouvoir se maintenir en vol et ne pas s’écraser au sol. Dans un contexte de conflictualité accrue, il est probable qu’au cours d’un raid de vingt avions, quelques-uns ne reviendront pas en raison d’une panne de moteur, d’un « décrochage » (perte soudaine d’altitude) ou d’un tir de défense sol-air. Il s’agit de s’adapter à la menace et de reconfigurer rapidement les missions. Sur le terrain, les opérateurs devront traiter les algorithmes. L’agilité ne doit pas faire peser de risque sur la réussite de la mission.

Fonction gestion des effets. La société NEODE Systems, filiale du groupe MBDA, a développé un système senseur-effecteur augmenté par l’IA autour du missile antichar dénommé Akeron MP, indique Laurent Duport. D’une portée supérieure à 4.000 m, ce missile est équipé d’un autodirecteur TV ou infrarouge et d’une liaison de données par fibre optique. Le tireur doit détecter la cible dans le flux vidéo de l’autodirecteur et y « accrocher » le missile, qui va aller la frapper. Au-delà de la vue directe, derrière une colline ou des arbres, il faudra guider le missile dans la bonne direction. NEODE Systems développe donc le « Ground Warden », système senseur-effecteur au niveau du groupe de combat antichar débarqué, constitué de missiles et postes de tir, de missiles moyenne portée, de drones et de tablettes pour l’interface homme-machine. Le Ground Warden nécessite cinq personnes : un pilote de drone, deux tireurs et deux chefs de pièce derrière chaque place de tir. Il est équipé de nombreuses fonctionnalités : compas numérique avec l’IA ; pilotage automatique du drone ; détection automatique de cibles sur flux de données du drone par l’IA ; élaboration d’une situation tactique partagée ; allocation des cibles aux chefs de pièces ; tirs coordonnés de deux missiles ; aide à l’accrochage des missiles en vol grâce à l’IA ; évaluation des résultats des tirs. Dans le domaine aérien, la société EOS Technologie a fait voler, en 2025, un drone intercepteur hypervéloce dénommé Fury, premier vecteur de la robotique « vamafer », acronyme pour vélocité, autonomie, miniaturisation, agressivité, furtivité, endurance et résilience, explique Thierry Berthier. D’une envergure et d’une longueur de 110 cm, il emporte une charge explosive de 2 kg, vole déjà à 700 km/h et devrait bientôt atteindre 1.000 km/h grâce à son microréacteur. Il effectue des carrés dans le ciel par des braquages à plus de 20 G (196 m/s). Mis en œuvre par un seul homme, il se lance par catapulte, rampe ou verticalement. Insensible aux pluies et vents forts, températures hautes ou basses et tempêtes de sable, il peut voler ou planer, réacteur coupé, de manière furtive et concurrence le drone biréacteur américain Roadrunner d’Anduril. Par ailleurs, le champ de bataille se robotise et se massifie avec de plus en plus de télé-opérations à effectuer, souligne Joël Bougron. Cela crée une forte charge cognitive pour les opérateurs et un besoin d’embarquer et d’automatiser certaines fonctions, dont la planification pour assigner les meilleurs effecteurs possibles aux cibles les plus adéquates. La réalité du terrain est perçue par les capteurs, dont les informations peuvent être incomplètes, caduques ou même fausses. Afin de décider, l’humain, responsable, doit pouvoir réduire les incertitudes par l’automatisation de la planification des séquences d’actions (déplacements et engagements) et leur exécution. La hiérarchie algorithmique peut coïncider, partiellement, avec celle entre unités et entre un chef et ses subordonnés.

Loïc Salmon

Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul

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Défense : pouvoir augmenter la production d’équipements

Les industriels de défense doivent rendre soutenable sur le temps long l’action des opérationnels, tout en conservant leur souveraineté et leur compétitivité.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Y sont notamment intervenus : Vincent Quintana, directeur des affaires publiques du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres ; Pauline Martre, responsable des Affaires publiques et Partenariats chez Alta Ares, startup spécialisée dans la détection et l’interception de drones au moyen de l’intelligence artificielle.

Connexions politico-industrielles. Les commandes publiques impliquent une capacité de production technologiquement à jour pour, par exemple, multiplier par deux ou trois la production de munitions, indique Vincent Quintana. Les armées ne souhaitent pas disposer d’un stock de drones devenus obsolètes en six mois, comme pendant la guerre en Ukraine où les Russes ont trouvé la parade au retour du drone filaire. L’outil industriel se structure sur une commande et non sur une injonction politique. Il ne peut être poussé à 100 %, car l’offre ne crée pas la demande. Dans cette guerre, la masse devient un facteur dimensionnant susceptible d’emporter une décision sur le terrain. Elle s’accompagne d’une attrition remettant en cause la conception d’équipements, comme les missiles onéreux contre les drones bon marché, leur mode de production et leur utilisation. L’État achète un système d’arme et sa capacité de production. Une chaîne de production de missiles nécessitant des investissements lourds, l’industriel ne l’ouvrira pas sur une visibilité de 18 mois à 2 ans, temps d’action du personnel politique. Dans leur guerre contre l’Iran depuis le 28 février 2026, les États-Unis ont délivré en 30 jours une puissance de feu technologiquement très performante. Mais la question se pose du maintien de l’effort des chaînes de production dans la durée. Lors de la création par la France d’une base industrielle de défense (BITD) dans les années 1990, l’avionneur Dassault produisait un ou deux Rafale par mois pour le maintien des compétences et des bureaux d’études. Aujourd’hui, il faut produire plus au moment voulu, en équilibrant les commandes françaises (50 %) et celles à l’export (50 %).

Accélération des cycles technologiques. Il ne s’agit plus seulement de produire plus mais aussi de produire vite, souligne Pauline Martre. Cela implique de mettre en œuvre de nouvelles capacités tout en restant connecté au terrain, parce que l’innovation et son intégration sont très rapides. La recherche et le développement doivent se poursuivre pour pouvoir adapter la production. S’y ajoutent les besoins en financement pour passer de la production pour de la démonstration à celle à grande échelle, afin d’assurer les commandes et les livraisons dans des délais très contraints. Le champ de bataille a été complètement transformé par l’arrivée de drones, relativement peu chers, pour saturer l’espace aérien et obliger à repenser la défense sol-air. A la consolidation de la BITD pendant les années des dividendes de la paix succède une forme d’agilité, portée par les startups qui travaillent dans l’urgence. En outre, pour assurer les commandes, il faut constituer des stocks. Les retours d’expérience des forces armées induisent des adaptations, quasiment en temps réel, des modèles des productions avec des financements pour garantir celles-ci, tout en s’adaptant à l’évolution technologique. Par ailleurs, les industriels tentent de limiter les dépendances en matières premières et en composants électroniques, souvent fabriqués en Asie. Enfin, pour trouver des solutions très courtes à des technologies en évolution rapide et parfois permanente, ils doivent recruter des ingénieurs en systèmes embarqués, en intelligence artificielle et en robotique, compétences rares et très recherchées.

Loïc Salmon

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

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Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul




Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul

Le traitement massif de données nécessite les moyens de calcul de l’intelligence artificielle (IA), déportés sur des serveurs loin de la zone d’opération, Cela implique un accès au réseau, via le spectre électromagnétique, souvent soumis à des contraintes et au brouillage.

L’IA et les fonctions opérationnelles embarquées ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 20 janvier 2026 à Paris, par l’Académie militaire Saint Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Vincent Sébastien, directeur adjoint & adjoint forces de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) ; Cécile Jourdas, KNDS France ; le colonel Cédric Abriat, adjoint « Plans » à l’État-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; Frédéric Barbaresco, Thales ; Valentin Ligier, Dassault Aviation ; Olivier Viné, directeur d’Activité GdM & GF Exail.

Fonction perception. L’IA embarquée sert à augmenter la performance opérationnelle, donc à aller plus vite, souligne l’amiral Sébastien. Elle doit assister le combattant, le protéger et garantir l’autonomie des plateformes dans la durée. Elle implique la recherche académique, les industriels et les armées. La recherche nécessite des compromis économiques dans le hardware (équipements) et le software (logiciels), des curseurs dans les composants, la robustesse, le coût et l’organisation…et de la confiance ! L’AMIAD effectue des recherches, étudie, teste et réfléchit au déploiement de l’IA embarquée. KNDS France a procédé à un exercice de coordination aéroterrestre pour identifier des cas d’usage concrets, pertinents et acceptés, explique Cécile Jourdas. Pendant deux jours, des officiers-élèves de la 1ère brigade de l’École militaire interarmes se sont entraînés avec des robots modulaires Nerva de détection de personnes, de véhicules et d’armes, d’un poids de 5 à 15 kg et aux capacités de calcul embarqué limitées, en vue de leur validation opérationnelle. Les robots ont analysé le contexte et rendu une synthèse audio. Leurs enseignements opérationnels incluent une observation déportée et un soutien visuel pour la prise de décision. Outre son ergonomie, l’IA permet de poursuivre la mission en cas de brouillage ou de perte de signal. Les travaux futurs s’orientent vers une plus grande adaptation à l’environnement et vers la résistance au bruit pour l’analyse vocale. Dans le domaine aérien, l’IA doit pouvoir prioriser et expliquer les perceptions qui remontent au pilote, sans le déconcentrer lors du décollage, précise le colonel Abriat. S’il voit s’afficher des pannes sur son écran, il lui faudra des paramètres de confirmation. Il aura besoin d’explications de la part de l’algorithme sur la présentation d’une cible ou d’une décision. Cela nécessitera de la simulation et de l’entraînement. Il faudra de l’IA pour détecter les leurres ou les utiliser contre un adversaire disposant de l’IA. Dans un contexte de guerre ou dans un environnement contesté, le pilote devra allumer son radar…qui le fera repérer ! Il aura besoin d’algorithmes pour interpréter les données des capteurs passifs.

Fonction articulation. Un drone embarque de l’électronique pour effectuer de l’écoute et aussi du brouillage, indique Frédéric Barbaresco. Au cours de sa trajectoire de 180 km en 1 h 30, un drone peut procéder à de la géolocalisation. Des réseaux de drones embarquent des caméras à 360 °. La précision collaborative (par inertie) permet d’exploiter les informations disponibles de tous les capteurs, de tirer parti des mesures hétérogènes (vitesse et angle) ou d’enrichir une mesure homogène (vision binoculaire). Pour remplir la mission, la caméra commande la trajectoire d’un drone sous-marin pour détecter une mine. En surface et pour couvrir une zone plus large, un essaim de quatre drones équipés de caméras va se réorganiser en cas de destruction de l’un d’eux, afin de poursuivre la mission d’observation. Un drone ne pouvant communiquer au-delà de 30 km, un autre va servir de relais. Pour l’interception, les essais portent sur des trajectoires très élaborées avec plongeons, feintes de fuite ou arrêts soudains. Le champ de bataille aérien se densifie (acteurs et moyens de communications), inclut de nouvelles missions avec une multiplication et une complexification des fonctions embarquées (capteurs et effecteurs) et un contrôle à distance des plateformes inhabitées, explique Valentin Ligier. La gestion l’ensemble des missions augmente la charge de travail de l’équipage en cockpit. Un assistant virtuel ou interface humain-machine (IHM) permet de l’optimiser. L’autoprotection est assurée par des systèmes de leurres avec des articulations automatiques avec le sol. Il s’agit de concentrer les capacités cognitives du pilote sur la prise de décisions tactiques. L’IHM repose sur cinq piliers : centraliser, prioriser et alerter pour le choix de la bonne modalité par un canal sonore ou un texte si la radio est saturée ; exécution de macro-commandes complexes par l’automatisation de quelques-unes en gardant la capacité de contrôle des plateformes inhabitées de manière intuitive ; interprétation des échanges entre un pilote et son navigateur, entre un leader et son co-équipier, entre un avion et son C2 (commandement et contrôle) ; faire une requête en langage naturel, comme consulter une base de données ou trouver une aire de ravitaillement ; répartition des tâches en aidant l’équipage à comprendre ce qui ressort de l’humain ou de l’automatisme. L’IHM compte trois composants technologiques principaux : interaction intuitive avec le pilote par la reconnaissance vocale, la synthèse vocale ou la désignation du regard par les caméras intégrées dans le viseur du casque ; base de connaissances, grâce à des données interprétables et mises à jour régulièrement ; moteur de raisonnement pour traiter ces données, réaliser des synthèses pertinentes au bon moment ou traiter les requêtes du pilote. Cela nécessitera aussi de conserver une certaine indépendance vis-à-vis de la connectivité en territoire ennemi, où tout sera brouillé. S’y ajoutent : la fiabilité ; le développement des outils pour l’usage de ces données en raison de l’évolution du champ de bataille ; l’échange de données entre avions et plateformes hétérogènes ou non. Enfin, il faudra mesurer le facteur humain au sein de l’équipage par des capteurs pour suivre le regard du pilote et caractériser son comportement, afin de concevoir des contremesures et l’IHM. L’IA sera intégrée au standard F5 du Rafale. Dans le milieu marin, le navire chasseur de mines restera hors de la zone dangereuse et va y envoyer des robots à sa place, explique Olivier Viné. Auparavant, il faut évaluer très précisément l’environnement à traiter puis les phases de détection, classification, identification et neutralisation. Le dispositif nécessite une collaboration entre plusieurs drones. Alors que le drone suicide de la phase finale sera simple et le moins onéreux possible, les autres, équipés de sonars, coûteront beaucoup plus cher. Le drone aérien détectera les mines en surface et le drone sous-marin celles sous l’eau. Pour les communications, un drone de surface pourra servir de relais avec les autres. Tout se passe dans un système C2 avec différentes consoles pour les opérateurs, afin de réaliser la mission, depuis sa préparation puis son suivi jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Le logiciel Umisoft intègre une mission « management », qui analyse les données, notamment les images sonores qui détectent les mines potentielles et les confirment, puis planifie les missions des drones. Le module « contrôle » suit le déroulement de la mission de chaque drone. Par ailleurs, quelques drones disposent d’une certaine autonomie pour replanifier leur mission en fonction de la réalité qu’ils découvrent sur le terrain. La planification nécessite une cartographie des fonds marins. Un ensemble de logiciels définit la combinaison optimale des missions complexes de reconnaissance, de neutralisation et d’évaluation des résultats.

Loïc Salmon

Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle

Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future




Armée de Terre : l’action aéroterrestre en 2040

La victoire sur le terrain et dans la basse couche de l’atmosphère dépend d’une transformation collective de l’armée de Terre pour adapter sa létalité, sa manœuvre et sa protection, afin de pouvoir affronter tous les futurs possibles.

Ce thème a été abordé lors d’un séminaire organisé le 1er décembre 2025 à Paris par le Commandement du combat futur. Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Baratz, son commandant ; le colonel Doithier, chef du Bureau prospective, composante du Centre d’études stratégiques Terre.

Les menaces. Le milieu terrestre reste le cœur de l’affrontement des volontés, qui y commence et s’y termine et où se concentrent les effets recherchés, rappelle le colonel Doithier. Ce milieu, caractérisé par l’hétérogénéité, la difficulté, la rugosité et le cloisonnement, nécessite d’abord de l’endurance physique et morale. Son aspect humain, caractérisé par la densité, la variété et les sources de conflit, implique discernement et capacité à donner du sens. Sa dimension temporelle, caractérisée par la persistance, la persévérance et la « foudroyance » (frappe soudaine et brutale), impose d’organiser le chaos international. Des actualisations successives d’un document de 2016 font apparaître des ruptures stratégiques : recomposition de l’environnement international (primauté des intérêts sur les valeurs) ; dégradation environnementale ; accentuations des dépendances ; mutations technologiques (connectivité, robotique et intelligence artificielle). Le spectre de la conflictualité se répartit en risques multi-dimensionnels en deçà et au-delà du seuil de l’engagement armé. Ainsi, une puissance nucléaire fait courir des risques par la rhétorique et la prolifération nucléaires. Elle menace par l’emploi de la force sous parapluie nucléaire, que suit une escalade nucléaire incontrôlée. Un État-puissance contestataire pratique la cybermenace, la guerre cognitive et les actions hybrides sans engagement armé. Au-delà, elle recourt à des États subordonnés pour des actions hybrides plus violentes, emploie la force en vue d’un fait accompli et déclenche une guerre conventionnelle. Un groupe armé de type « techno-guérilla » exerce des actions de déstabilisation/subversion et des prestations criminelles. Au-delà, il organise un coup d’État, le harcèlement dans la profondeur du territoire visé et enfin l’engagement armé. Une milice paramilitaire effectue des actes de déstabilisation, par la guerre informationnelle, et des prédations criminelles. Au-delà, elle prend le contrôle d’un territoire par la force, provoque un coup d’État et conquiert le territoire. Une organisation terroriste commence par la subversion puis lance une cyberattaque et une action isolée. Au-delà, elle commet un attentat. Une organisation criminelle se limite aux vols, sabotages et prédations.

Le « radar prospectif ». La méthode prospective vise à imaginer les futurs possibles en étudiant un sujet thématique en profondeur à partir de variables et de scénarios, explique le colonel Doithier. Le Bureau prospective a rendu public, en décembre 2025, un document intitulé « Action aéroterrestre future », qui caractérise les formes d’engagement opérationnel en déclinant les équilibres et les capacités nécessaires pour créer des rapports de forces favorables et définir de nouvelles combinaisons pour réaliser des effets. L’horizon 2040 a été choisi pour se projeter dix ans après la loi de programmation militaire 2024-2030, qui fixe des engagements matériels et financiers. Le Bureau prospective a interrogé des experts en intelligence artificielle et en quantique ainsi que les Services de renseignement intérieur et extérieur pour connaître leur vision de l’horizon 2040. Ses réservistes ont utilisé des logiciels pour exploiter des centaines de documents, afin de repérer les thématiques les plus fréquentes sur la guerre et trier une cinquantaine de variables regroupées en cinq dynamiques du combat aéroterrestre. Celle de « l’accélération » concerne l’intelligence artificielle, les systèmes d’armes et la connectivité. Celle de « l’agilité » porte sur la robotisation, l’interface homme-machine, la maîtrise de la donnée et les technologies duales. Celle de la « complexification » concerne les capacités multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel), les ingérences d’acteurs privés et l’urbanisation. Celle du « durcissement » porte sur les systèmes redondants de défense aérienne, la létalité, la saturation des feux, les armes hypersoniques, le cyber et la guerre cognitive. Celle de la « vulnérabilité » concerne la transparence du champ de bataille et la congestion du champ électromagnétique. Ces dynamiques contribuent aux six fonctions stratégiques, qui resteront pertinentes en 2040 : rapport de forces stratégique potentiellement défavorable ; majorité des engagements en coalition multinationale ; engagement non choisi ; intégration multi-milieux multi champs systématique ; dimension nucléaire de l’engagement ; interconnexion du théâtre d’opérations extérieur et du territoire national. L’action aéroterrestre future se base sur une hiérarchie des normes. D’abord, la liberté d’action, l’économie des moyens et la concentration des efforts constituent les principes de la guerre, complétés par l’incertitude et la foudroyance. Les facteurs de supériorité opérationnelle sont les capacités ou qualités de nature à conférer l’ascendant sur l’adversaire. Cela nécessite des aptitudes pour remplir une mission fixée en termes généraux. L’aptitude s’exprime en termes de compétences, sans référence à un volume précis de moyens. Elle répond en termes stratégiques à la question : que doit-on pouvoir faire ? Elle sous-entend l’existence de capacités, à savoir doctrine (principes à suivre pour la réussite d’une action), organisation, ressources humaines, équipements, soutien et entraînement. Ces capacités, qui s’analysent par types de moyens (unités et systèmes d’armes) ou par fonction, représentent le « potentiel » du point de vue quantitatif.

La brigade de combat innovante. Le Commandement du combat futur crée un cadre facilitant l’innovation au sein de l’armée de Terre, indique le général Baratz. En 2025, il a conduit un projet de renforcement de l’efficacité d’une brigade de combat, susceptible d’être engagée ou de participer aux garanties de sécurité à l’Est de l’Europe. Avec la Direction générale de l’armement, il a recueilli les besoins de la 7ème Brigade blindée, équipée de chars Leclerc, et a dépensé 10,78 M€ pour des équipements disponibles. Ainsi pour la létalité, il a acquis : 300 claies de portage (équipements de transport de charges lourdes et encombrantes à dos d’homme) avec les kits de tireur d’élite à longue distance ; 180 claies de portage avec les kits de missiles moyenne portée ; 90 claies de portage avec les kits de poste de tir de missiles moyenne portée. Pour la protection, les achats ont porté sur 12 drones de reconnaissance dans un contexte de risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) et des cages de protection contre les drones, installées sur les tourelleaux de chars. Face la transparence du champ de bataille, les achats ont concerné : 14 leurres électromagnétiques autonomes et portables ; 2 systèmes de leurres gonflables, chacun correspondant à 1 équipement de protection collective, 1 véhicule poste de commandement, 1 véhicule de l’avant blindé et 1 plateforme Pamela pour système de missiles Mistral à courte portée. Pour la connectivité, les achats ont porté sur : 1 traducteur français/espagnol et 1 traducteur français/flamand pour le système d’information du combat collaboratif Scorpion ; des moyens de communications, à savoir 50 boîtiers d’anonymisation, 25 kits d’hybridation capables d’utiliser les moyens de communication commerciaux, 2 bulles tactiques 4G/5G et des déports d’antennes. Pour la guerre électronique, les achats ont concerné 18 détecteurs passifs, 20 détecteurs de brouillage, 3 détecteurs goniomètres et 13 brouilleurs offensifs.

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

Armée de Terre : le Commandement du combat futur

États-Unis : le combat aéroterrestre du futur




Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Opérations de rapprochement par des satellites patrouilleurs sur des satellites occidentaux, tirs de missiles antisatellites, brouillage GPS et cyberattaques en cours nécessitent de se préparer aux conflits de demain par des exercices type « SparteX ».

Le général de division aérienne Vincent Chusseau, qui dirige le Commandement de l’espace, l’a expliqué à la presse le 29 janvier 2026 à Paris.

La stratégie spatiale. Pour rester une puissance spatiale de premier rang d’ici à 2040, la France doit conserver l’accès autonome à l’espace et une industrie spatiale de défense. Cela implique de renforcer la résilience des infrastructures spatiales critiques, garantir l’autonomie opérationnelle de moyens spatiaux souverains de renseignement, d’alerte avancée et de communications. Il s’agit de renforcer les capacités françaises et européennes de surveillance de l’espace pour une autonomie d’appréciation et de décision face aux menaces orbitales et enfin de disposer d’une capacité nationale de défense active dans et vers l’espace, grâce à la mise en œuvre du système C2 (conduite des opérations et contrôle). La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 6 Mds$ pour l’espace. Le Commandement de l’espace se répartit entre Paris et la base aérienne 101 à Toulouse, qui abrite les trois quarts de l’effectif actuel de 370 personnes qui atteindra 500 en 2030. Les métiers portent sur l’action dans l’espace, le renseignement spatial, le droit spécialisé pour la planification des opérations, l’expertise numérique, le soutien, les ressources humaines, les finances et la stratégie pour appréhender les enjeux du futur dans la défense et le domaine civil. La formation dédiée à l’espace est dispensée par le Commandement de l’espace avec l’aide du Centre national d’études spatiales (CNES).

Le domaine opérationnel. Les efforts portent sur l’accélération de l’emploi de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l’acquisition de renseignements, le développement d’un système d’alerte avancée européenne, via l’initiative franco-allemande « Jewel » à l‘horizon 2030 avec une capacité spatiale, des radars de très longue portée et une capacité C2 de commandement et de fusion de l’information. Complémentaire des systèmes américains, Jewel contribuera à la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN. En octobre 2024, la France a rejoint l’opération multinationale permanente de défense spatiale « Olympic Defender », qui regroupe l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Olympic Defender vise à renforcer la coopération opérationnelle et la compréhension de l’environnement spatial par l’échange de données. Dans ce cadre à l’automne 2025, la France et les États-Unis ont mené avec succès une manœuvre orbitale de rapprochement de deux satellites. Dès 2027, la France disposera de la capacité de surveillance et d’inspection en orbite géostationnaire « Orbit Guard » pour mieux identifier les menaces suivies par deux nanosatellites patrouilleurs-guetteurs du programme « Yoda », complémentaire du programme « Toutatis » de deux nanosatellites en orbite basse.

L’exercice « SparteX ». La 6ème édition de l’exercice spatial militaire « AsterX », devenu « SparteX », se déroule sur la base aérienne 101 (8-27 février 2026) et s’intègre en finale à l’exercice interarmées « Orion 2026 » (15 février-1er mars) de conflit de haute intensité. En partenariat avec le CNES et l’Office national d’études et de recherche aérospatiales, SparteX se décompose en séquences agression, confrontation et sécurisation des opérations face à 10 menaces différentes. Il simule 4.000 satellites, organise 28 événements et mobilise 29 capteurs, 13 systèmes mission et 1 supercalculateur. Y participent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, le Japon, la Norvège, la Grande-Bretagne, la Pologne et la Suisse.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




Armée de ‘Air et de l’Espace : la Très Haute Attitude, nouvel espace de conflictualité

Par son ambigüité, la Très haute Altitude (THA) devient un enjeu de souveraineté. Sa complexité nécessite une coopération avec le monde civil, l’Union européenne et l’OTAN. Allonge, permanence et survivabilité des mobiles qui y évoluent donnent une supériorité opérationnelle.

Le général de brigade aérienne Alexis Rougier, officier général en charge de la THA, l’a expliqué lors d’une conférence organisée, le 9 février 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Contrer les menaces. La THA se situe entre 20 km et 100 km, mais les traités internationaux sur l’Air et l’Espace ne définissent pas clairement de frontière entre eux. Considérée de fait comme partie du milieu Air, elle relève de la souveraineté d’un État. Le droit international reconnaît celle-ci sur son territoire, ses eaux et son espace aérien et n’interdit pas des interventions au-delà de ses frontières dans le cadre de la légitime défense (article 51 de la Charte de l’ONU). Les HAPS (acronyme anglais pour système de plateforme à haute altitude), à savoir ballons sondes et stratosphériques, dirigeables et avions mus par l’énergie solaire, évoluent dans le bas de la THA et peuvent demeurer en vol plusieurs semaines, voire mois, et rester proches du territoire d’un pays. A l’autre extrémité du spectre, se trouvent les engins hypervéloces capables de manœuvrer à des vitesses supérieures à Mach 5 (6.174 km/h). Leurs vitesse et altitude leur permettent de parcourir plusieurs milliers de kilomètres. Grâce à leur manœuvrabilité, ils échappent aux systèmes sol-air de longue portée, (dont le S-400 russe), qu’ils peuvent neutraliser par la précision de leur guidage terminal. Il s’agit, par ordre croissant de difficultés technologiques, d’abord des missiles balistiques MaRV (Kinzhal russe tiré d’un chasseur MiG 31 et Fatah iranien tiré du sol), qui peuvent effectuer des rebonds ou des spirales en phase terminale (30 km d’altitude) pour modifier leur lieu d’impact et déjouer la menace sol-air. Ensuite, apparaissent les planeurs hypervéloces (DF-17 chinois) évoluant entre 30 km et 90 km après un lancement balistique. Enfin, les missiles de croisière hypervéloces volent entre 20 km et 40 km d’altitude. Tous ces armements s’appuient sur l’air encore présent pour manœuvrer et échapper aux radars adverses de trajectographie, grâce à la rotondité de la Terre, et préserver l’effet de surprise. Actuellement, les HAPS sont détectables par les satellites et les radars de veille, transhorizon et de poursuite et ceux embarqués sur des frégates dans une certaine limite. Ce n’est pas encore possible pour des cibles très lentes et à faible surface équivalente radar ni pour des vecteurs rapides à grande distance. Leur identification, par un chasseur intercepteur dans certains cas, nécessitera l’amélioration de ses capteurs optroniques. Ensuite, il faudra disposer de capacités d’attribution à un pays, compétiteur ou non, et de suivi sur une longue durée d’un mobile persistant en dépit de l’éloignement ou des pertes de détection, afin d’éviter un déni plausible. La Chine l’a fait en 2023 en invoquant le caractère scientifique de ses ballons stratosphériques repérés au-dessus du Canada, des États-Unis et de la Colombie. Cela nécessitera de s’entendre avec les pays alliés sur les procédures et le partage de données et d’exploiter des sources de détection à partir du sol, des airs et de l’espace. La détection d’engins hypervéloces relève de la défense anti-missile balistique (activée dès le lancement du missile) et des capacités des ondes UHF et HF transhorizon, qui rebondissent sur la couche ionosphérique et détectent des engins malgré la courbure de la Terre. Dans une approche multi-milieux et multi-champs, un C2 (commandement et contrôle) devra établit une situation opérationnelle en temps réel. Pour neutraliser les menaces en THA, les capacités de brouillage de satellites et d’éblouissement par laser sont utilisables contre les HAPS. En outre, la Délégation générale de l’armement et l’armée de l’Air et de l’Espace conduisent, depuis 2025, des simulations sur avions Mirage 2000 et Rafale pour améliorer leurs missiles et capteurs actuels et intercepter les HAPS. Toutefois, les opérations de défense aérienne contre des plateformes hypervéloces pose la question du préavis, lié à la profondeur d’espace nécessaire à leur mise en œuvre, et celle de l’incertitude sur la zone d’impact, levée au dernier moment. Pendant la guerre en Ukraine, la Russie utilise des systèmes d’alerte avancée (satellites en orbite basse et radar de 3.000 km de portée) et des intercepteurs adaptés aux missiles hypervéloces pendant leur trajectoire haute (30 km-10O km d’altitude) et lors de leur pénétration finale (sous les 30 km) où ils sont les plus manœuvrants.

Renforcer la supériorité aérienne. La faible empreinte logistique des ballons manœuvrants permettra de les déployer dans les outremers, sur les plus grands navires ou de les aérotransporter sur une zone d’intérêt. Ils pourront constituer des bulles de connectivité dans les zones lacunaires et en appui aux opérations, capter des renseignements d’origine électromagnétique, radar ou optique et prendre des vidéos retransmises en temps réel par des relais au sol ou satellitaires. Le largage, depuis la THA, d’armements air-sol et/ou d’effecteurs de guerre électronique offensive complètera, à coût modéré, la frappe dans la profondeur pour sécuriser la pénétration des raids de chasseurs. L’armée de l’Air et de l’Espace va créer une unité de HAPS à l’horizon 2030, dans le cadre du continuum aérospatial alliant supériorité opérationnelle et résilience. De leur côté, les vecteurs hypervéloces pourront frapper dans la profondeur du territoire adverse les défenses sol-air, les cibles à haute valeur ajoutée, les zones de déni d’accès et les flottes fortement défendues…sous réserve de la capacité de précision de guidage ! L’adversaire devra alors se doter d’un système de défense multicouches (0-30 km, 30-100 km et extra-atmosphérique). Les armes hypervéloces ont démontré leur efficacité en Ukraine dès 2022 et contre l’Iran en 2024. Côté russe, moins de 5 % des missiles de croisière Tsirkon, missiles antinavires Oniks et missiles balistiques Iskander-M ont été interceptés, contre 70 % des missiles classiques. Côté israélien, les missiles balistiques MaRV, tirés par des chasseurs F-15, ont neutralisé la majeure partie de la défense sol-air iranienne, y compris les systèmes à longue portée. Ces derniers protégeant des sites sensibles, leur destruction constitue un signal de nature stratégique, à savoir la vulnérabilité de l’Iran en cas de nouvelle attaque aérienne contre Israël.

Développements en cours. Avec les armes hypervéloces, une autorité politique peut dissuader un adversaire et l’affaiblir, tout en maîtrisant les risques d’attrition. Ainsi en prévision d’un conflit de haute intensité, les États-Unis ont développé le missile de croisière hypersonique AGM-183 Arrow et le missile hypersonique à longue portée (3.500 km) Dark Eagle. De son côté, la Chine a mis au point le missile balistique hypersonique moyenne portée (1.600 km) DF-17 et le missile hypersonique antinavire (1.500 km) YJ-21. Au niveau européen en 2024, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Pologne ont signé une lettre d’intention sur le projet ELSA, portant sur des missiles hypersoniques ou balistiques manœuvrants pour la frappe de précision dans la profondeur. La Base industrielle et technologique française de défense dispose déjà d’une grande expérience. Pour faire face aux stratégies de déni d’accès et repérer tout tentative du fait accompli, la France a établi une feuille de route pour la THA : HAPS et avion solaire en 2026-2027 ; ballon dirigeable en 2030-2032 ; vecteurs hypervéloces et laser vers 2030. Elle veut éviter toute dépendance envers les États-Unis, dont la loi d’extraterritorialité peut bloquer l’usage d’un équipement vendu à l’étranger et incluant des composants américains. Cela a un coût parfaitement assumé…comme pour la dissuasion nucléaire !

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

 

 




Défense : l’innovation, indispensable aux performances des systèmes d’armes

Dans le cadre des conflits de haute intensité, la maîtrise des nouveaux champs de conflictualité et l’anticipation des technologies de rupture visent à assurer en permanence la supériorité opérationnelle.

L’ingénieur général de l’armement Frédéric Bouyer, directeur de DGA Maîtrise de l’information (DGA MI), et Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), l’ont expliqué à la presse le 13 novembre 2025 à Bruz.

L’architecte numérique des systèmes d’armes. DGA Mi est né de la fusion, en 2009, du Centre électronique de l’armement et du Laboratoire de recherche balistique et aérodynamique, rappelle l’ingénieur général Bouyer. Cela a permis de rassembler les expertises complémentaires de l’électronique de défense, de la cybersécurité et des systèmes d’armes. Aujourd’hui, DGA MI est devenu le centre d’expertise et d’essais dédié à la cyberdéfense, aux systèmes d’information et de télécommunication sécurisés, au quantique, au spatial, à la guerre électronique, à l’autoprotection, au guidage-navigation et aux systèmes de missiles. Présent dans plus de 50 domaines d’expertise, DGA MI emploie 1.500 personnes, dispose de 54 moyens techniques et de 200 systèmes d’information et investit plus de 100 M€ par an. Éclaireur technologique, il doit anticiper les technologies de rupture pour maintenir une longueur d’avance face aux menaces émergentes. En tant que référent technique cyber du ministère des Armées et expert des systèmes numériques, il contribue directement à la performance et à la sécurité des systèmes d’armes français. DGA MI travaille avec le Commissariat du numérique de défense, l’AMIAD, l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration et des entreprises extérieures. Le site de Bruz, situé au cœur de la Bretagne, s’est engagé localement avec le Pôle d’excellence cyber et le « Cluster Bretagne Innovation Grand Ouest ». Il constitue le laboratoire des solutions de demain pour préparer l’efficacité opérationnelle des armées. Ainsi, les techniques innovantes en cyber et en numérique appliquées à l’autoprotection des systèmes d’armes permettent, d’analyser, de neutraliser et de contrer les menaces pesant sur les forces engagées sur un théâtre d’opération. Les moyens de survivre et d’évoluer dans un environnement brouillé, comme en Ukraine, sont devenus indispensables, en raison de l’omniprésence des brouillages ennemis et même…amis !

Les solutions d’intelligence artificielle. L’AMIAD doit rester connectée à l’ensemble de l’écosystème des armées et y déployer des solutions d’intelligence artificielle (IA), souligne Bertrand Rondepierre. L’innovation militaire ne fonctionne que lorsque l’opérationnel se trouve impliqué, notamment avec l’IA dans le numérique et les systèmes d’armes. La montée en puissance de la technologie dans la guerre impose de réfléchir à la conception du combat. En 18 mois d’existence, l’AMIAD a recruté 150 ingénieurs pour ses sites de Bruz (pôle technique et siège) et de Palaiseau (pôle recherche) et compte arriver à 300 personnes en 2026. Elle pourra alors « passer à l’échelle », à savoir changer de taille selon les besoins en matière d’IA et d’ingénierie. En mars 2025, elle s’est engagée à livrer, à l’automne 2027, une unité robotique de combat autonome avec des robots terrestres et des drones légers (photo). Il s’agit du projet « Pendragon », qui fonctionne avec de l’IA. Les moyens d’expérimentation et de développement sont déjà en cours. Par ailleurs, l’AMIAD a mis en œuvre le supercalculateur Asgard, qui commence à utiliser les volumes massifs de données issues de capteurs militaires pour l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées. Il s’agit d’entraîner des modèles spécifiques et non pas de reproduire ce qui se fait déjà dans le domaine civil.

Loïc Salmon

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle




Armée de l’Air et de l’Espace : l’innovation pour gagner le combat aérospatial

L’innovation dans le domaine aérien militaire vise à moderniser les capacités, préparer le combat futur et valoriser le personnel, en tenant compte de l’évolution du contexte stratégique et des menaces.

Le colonel Arnaud Déné, commandant en second du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), et le colonel Alexandre Ribot, directeur « technique et innovation » du CEAM, l’ont expliqué à la presse le 7 novembre 2025 à Paris.

Le Centre d’expertise aérienne militaire. Le CEAM doit remplir trois grandes missions, indique le colonel Déné. D’abord, il expérimente chaque nouvel équipement livré à l’arme de l’Air et de l’Espace (AAE) pour augmenter un peu son rendement opérationnel. Ensuite, il développe les expertises opérationnelles et les tactiques pour améliorer la préparation des forces. Enfin, il pilote l’innovation dans le domaine opérationnel et l’entraînement. L’innovation planifiée, expression d’un besoin, est prise en compte dans un programme d’armement, une étude technico-opérationnelle ou un programme technologique de défense. En liaison avec les industriels et les mondes académique et de la recherche, le CEAM (750 personnes et 70 métiers) développe des laboratoires dans la lutte anti-drones (Battle Lab Drone), les outils de commandement et de conduite (C2 Factory), la guerre électronique (exercice « Black Crow ») et le facteur humain (médecine aéronautique et recherche biomédicale des armées). L’innovation ouverte se présente sous la forme participative par la captation d’initiatives au sein de l’AAE dans huit domaines : opérations et entraînement ; maintien en condition opérationnelle ; commandement et conduite, ressources humaines ; simplification et organisation du travail ; transition écologique ; spatial ; protection des forces. Elle fournit aux industriels et chercheurs des espaces sur les bases aériennes pour mettre en œuvre sans risque leurs outils de conception et de fabrication. Cela permet de comprendre les limitations d’une nouvelle technologie et ainsi d’améliorer la définition d’un besoin.

Le développement capacitaire. L’AAE occupe le terrain de l’innovation, du numérique et de l’intelligence artificielle, souligne le colonel Ribot. Parmi les nombreux projets élaborés en interne, quatre, apparemment simplistes, présentent une véritable plus-value opérationnelle. « Hélibox » permet des livraisons par air de colis de vivres et de matériels jusqu’à 20 kg. Son conditionnement particulier le fait enter en rotation pour assurer un profil aérodynamique, sans utiliser de parachutes réservés pour d’autres matériels plus lourds. A bord de l’avion de transport tactique A 400 M, la tablette numérique « Cargo Ready » effectue les calculs de centrage des chargements, intégralement, sans erreur et rapidement, à la place de deux opérateurs. Pour la sûreté aérienne, le « Bras Strike Hélicoptère » stabilise le tireur d’élite embarqué à la place d’un opérateur. Le retrait du poids de ce dernier permet d’emporter plus de carburant et d’améliorer l’autonome de vol. Sur un théâtre d’opérations, « FR Ace », constitué d’adaptateurs techniques (quelques kg) aux groupes électrogènes et systèmes de traçage d’un pays allié, permet d’éviter d’emporter les siens (plusieurs tonnes) et ainsi de réduire l’empreinte logistique. Dans le cloud de combat du CEAM, « ISR Box », connecté au Centre de commandement et de conduite des opérations aérospatiales de Lyon-Mont Verdun, permet de partager la situation tactique au sein de l’équipage d’un drone Reaper (pilotage et recueil de données géographiques très précises). L’intelligence artificielle est en cours d’expérimentation. Pour l’aviation de combat, un Mirage 2000 D au cockpit rénové embarque un calculateur capable d’agréger des applications numériques diverses. L’unité de développeurs informatiques du CEAM code le besoin opérationnel et met à jour ces applications tous les neuf mois.

Loïc Salmon

DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones