États-Unis : le combat aéroterrestre du futur

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Plateformes habitées, drones, nouveaux armements et architecture modulaire constituent la vision américaine du combat aéroterrestre futur pour contribuer aux opérations multi-milieux, face aux dispositifs russes et chinois de déni d’accès et d’interdiction de zone.

Philippe Gros, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans la publication Défense & Industries de décembre 2024.

Modernisation et réorganisation. Les opérations multi-milieux reposent sur la synergie des systèmes d’armes des composantes terre, air, mer, cyber et espace pour obtenir la supériorité opérationnelle par la convergence des effets dans un ou plusieurs milieux, afin de disloquer le dispositif adverse. Il implique, pour l’aviation de l’armée de Terre, de moderniser, d’ici à 2028, ses flottes d’aéronefs en service par acquisition d’appareils neufs ou par « retrofit » (améliorations internes) d’anciens. Voici leur composition : 278 avions de renseignement ou de soutien ; 791 hélicoptères d’attaque Apache AH-64E utilisés avec les drones pour la reconnaissance ; 2.135 hélicoptères de manœuvre UH/HH-60 Blackhawk, appareil qui doit rester en service jusqu’en 2044 ; 538 hélicoptères lourds Chinook, dont 465 CH-47F et les 73 MH-47G des forces spéciales ; 280 hélicoptères légers ; 477 hélicoptères utilitaires. L’effectif de l’aviation de l’armée de Terre compte : 11 brigades, chacune disposant de 2.800 personnels, 48 Apache, 53 Blackhawk, 12 Chinook et 30 drones MQ-1 et RQ-7 Predator ; 1 demi-brigade de 40 Apache et Blackhawk qui sera renforcée pour constituer une brigade entière. Parmi elles et à l’horizon 2030, huit brigades verront leur effectif diminuer d’environ 500 personnels, 22 hélicoptères de tous types et 8 drones. Trois brigades d’aviation de combat, dont celle incluse dans la célèbre 82ème Division aéroportée, seront renforcées par 10 Blackhawk et 4 Chinook. Celle de la 101ème Division aéroportée perdra 4 Apache,4 drones MQ-1 et 4 drones RQ-7 mais sera renforcée de 500 personnels pour armer 10 Blackhawk et 24 Chinook supplémentaires pour totaliser 165 hélicoptères et 16 drones.

« Future Vertical Lift ». Le projet « Future Vertical Lift (FVL), élaboré en 2008 puis réévalué en fonction des conflits ultérieurs, vise à développer une famille d’aéronefs et de drones plus performants, faciles à entretenir et à empreinte au sol réduite. Le FVL doit remplacer partiellement les flottes actuelles de drones et d’hélicoptères conçus pendant la guerre froide, terminée en 1991, à savoir les hélicoptères de manœuvre H-60 Blackhawk, de reconnaissance et d’attaque AH-64E Apache et de transport lourd CH-47 Chinook. Dans le cadre du programme du futur aéronef d’assaut dans la profondeur, l’hélicoptère-avion à rotors basculants V-280 Valor (photo) a été retenu en décembre 2022 pour répondre aux besoins de l’armée de Terre, du Commandement des opérations spéciales et du Corps des Marines (USSMC). Sa vitesse de 518 km/h permet une évacuation sanitaire « zéro risque » en une heure en tout point de la zone d’opération de 300 km2 d’une brigade de combat. Ce point se trouve entre 150 km et 212 km du centre de la zone, où est situé l’hôpital de campagne. Ravitaillable en vol, le Valor embarque 4 membres d’équipage et 14 combattants et peut emporter une charge de 5,4 t. Pour l’armée de Terre, les rotations d’une flotte de Valor permettraient d’envisager la projection d’une brigade entière à plus de 800 km (3 km en 2024) en une nuit avec un dispositif de points de ravitaillement avancé, plus dispersé et allégé. Pour l’USMC, des Valor dotés d’un armement conviendraient aussi à l’appui aérien rapproché ou à l’escorte de ses hélicoptères-avions de transport V-22 Osprey. L’architecture ouverte modulaire du FLV doit rendre interopérables les armements, les capteurs, l’avionique (ensemble des appareils électroniques embarqués) et tous les autres équipements de mission puis les faire évoluer rapidement et de façon uniforme. Le FLV prévoit plusieurs types de plateformes, notamment : un hélicoptère léger de reconnaissance, d’attaque et d’action des forces spéciales ; un hélicoptère d’attaque de taille moyenne, utilisable aussi pour l’évacuation de ressortissants, la recherche et le sauvetage au combat ainsi que la lutte anti-sous-marine ; un hélicoptère plus grand pour l’assaut aéromobile et amphibie, l’évacuation de ressortissants et le soutien logistique. En temps normal, le FVL contribue à dissuader l’adversaire d’attaquer. En cas de conflit, hélicoptères, drones et munitions maraudeuses combinent leurs capacités avec les feux dans la grande profondeur pour lancer, depuis plusieurs centaines de kilomètres, des assauts contre la défense anti-aérienne de l’ennemi et son propre système de feux dans la grande profondeur. Une fois le dispositif de déni d’accès ou d’interdiction de zone disloqué, les moyens du FVL participent à des opérations aéroterrestres de plus grande ampleur et évaluent les dommages causés par les frappes.

« Dronisation » accrue. Les conflits du Haut-Karabagh (2020) et en Ukraine (depuis 2022) ont souligné l’emploi en masse des drones sur un « littoral sol-air » s’étendant du sol à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Ce littoral se caractérise par ses propres dynamiques de gestion de l’espace, de contrôle et d’interdiction de milieu, d’attrition, de soutenabilité et de logistique des moyens déployés. En conséquence, l’armée de Terre américaine s’est fixé six impératifs pour 2030 : délecter plus loin et de manière plus persistante ; concentrer des forces très létales et à faible signature ; se protéger contre les attaques aériennes, les missiles et les drones ; soutenir le combat sur un terrain contesté ; procéder à des tirs précis et à plus longue portée ; communiquer et partager des données au sein de l’armée de Terre, avec ses partenaires interarmées et en coalition. En 2024, l’armée de Terre ne disposait que de 10.000 drones. Toutefois, elle avait atteint la pleine capacité opérationnelle du système de drones de théâtre MQ-1C Gray Eagle (variante améliorée du Predator) en dotation dans 15 compagnies totalisant 204 dromes acquis, dont 11 pour l’entraînement et 13 pour la réserve d’attrition. Les deux tiers de ces drones ont été portés au standard longue distance avec une autonomie de 40 heures et un emport de charge utile plus importante et diversifiée. En outre, l’armée de Terre compte renforcer sa flotte de mini-drones d’ici à 2030. Au niveau compagnie, le RQ-11 Raven sera remplacé par un système d’une autonomie de 8 heures. Le système de reconnaissance à moyenne distance sera remplacé par un autre capable de voler 2 heures jusqu’à 20 km. Chaque compagnie disposera d’un essaim de 10 quadricoptères pour l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et la frappe. Au niveau de la section, chaque unité met en œuvre 6 systèmes de reconnaissance RQ-28 Skydio volant 30 minutes jusqu’à environ 10 km et dont 1.000 exemplaires sont en cours de livraison depuis 2022. Le Skydio sera remplacé par une version polyvalente capable d’emporter une charge létale. En outre, chaque section sera dotée de drones filaires Te-UAS utilisés pour l’ISR et comme relais de communication. Au niveau groupe de combat, le micro-drone Black Hornet sera modernisé et le micro-drone FPV à capacité ISR sera pris en dotation.

Nouveaux missiles. Hélicoptères-avions, hélicoptères et drones vont embarquer de nouveaux missiles. Pour la courte portée (5-7 km), la roquette guidée de précision APKWS est en cours de modernisation. Pour la moyenne portée (16 km), le missile JAGM remplace progressivement le Hellfire depuis 2020. Le futur missile LRPM permettra aux plateformes de tirer à distance de sécurité sur des cibles stationnaires ou mobiles, par tous les temps et en l’absence de GPS. Il atteindra la vitesse de 1.000 km/h et aura une portée de 30 km et une liaison de données. Déjà, le missile Spike-NLOS, aux capacités inférieures à celles du LRPM, a été testé avec succès sur un hélicoptère Apache.

Loïc Salmon

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