Défense : prendre conscience de la menace du retour à la force

Contenu par le droit international garanti par l’ONU depuis la seconde guerre mondiale, l’emploi de la force redevient d’actualité avec la renaissance des empires.

Tel est le constat dressé par le général d’armée Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, lors d’une conférence organisée, le 16 mars 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La bascule stratégique. Trois éléments concourent aujourd’hui à un bouleversement géopolitique stratégique. D’abord, le monde connaît une bascule démographique vers l’Asie. S’appuyant sur la puissance économique, les États du BRICS (fondé par la Chine, la Russie et le Brésil et auquel divers pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont adhéré) considèrent la réalité historique du droit occidental comme temporaire et la contestent, manifestation d’une bascule culturelle. Ensuite, la révolution du numérique, commencée depuis des dizaines d’années, se poursuit et constitue la bascule technologique. Ses outils ont acquis une telle puissance dans l’activité humaine quotidienne permanente, qu’elle devient un espace ouvert à la confrontation et à la guerre. Cette révolution de l’information s’étend au cyberespace et à l’espace exo-atmosphérique. Il est tentant d’en faire un parallèle avec la première guerre mondiale, quand le pétrole et l’électricité existaient à peine en 1914 et que l’automobile et l’avion ont connu de grands progrès en 1918. Cette guerre entre puissances majeures a été transformée par la surmultiplication de la révolution technico-industrielle. Dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie, les drones déployés de deux côtés, qui se montaient à quelques dizaines en 2022, se comptent en plusieurs millions quatre ans plus tard. Ce conflit, l’attaque terroriste du Hamas palestinien contre Israël à partir de la bande de Gaza en 2023 et le changement radical de la posture des États-Unis en 2025 constituent les facteurs déclencheurs du basculement stratégique mondial.

L’hybridité et l’ambiguïté. Par rapport à un empire qui s’impose par la force, un pays doit se positionner en vassal ou en adversaire, estime le général Schill. Or la force peut contrôler, contraindre, détruire, neutraliser ou attaquer, mais pas nécessairement construire. Sans aller jusqu’à engager le combat, les empires veulent employer tous les moyens possibles de la politique, la paix n’étant finalement qu’un accident. Il s’agit alors d’en profiter pour exercer la contrainte sur l’adversaire, tradition de l’Empire soviétique puis russe. Un même état d’esprit pourrait se développer en Chine et aux États-Unis. Le monde a quitté l’état de paix pour se trouver dans un continuum de la compétition, forme normale des relations internationales y compris entre pays alliés, vers la contestation et peut-être l’affrontement. Les questions se posent sur l’action dans la dualité entre civils et militaires et dans celle autour de la compétition et de l’affrontement, sur l’action dans le domaine de l’information et comment ne pas franchir le seuil de la conflictualité, tout en faisant peser sa puissance sur l’adversaire. L’hypothèse d’un engagement majeur est redevenue possible. Il s’agit de tout faire pour empêcher la montée aux extrêmes. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine confirme que les armées gagnent les batailles, mais que les nations gagnent les guerres.

L’Europe et l’OTAN. L’Union européenne (UE) regroupe 27 nations et ne connaît pas de vassalisation, ni d’affrontement, ni de montée aux extrêmes, mais constitue une forme de puissance pour défendre son mode de vie et son avenir. Sur le plan militaire, cette idée est portée par l’OTAN. Les pays de son flanc Est estiment se trouver sous l’ombre portée de l’Empire russe, qui dispose de forces plus puissantes qu’en 2022 malgré leurs difficultés à conquérir l’Ukraine. Selon eux, cette évolution les menacera directement et leur seule protection reste l’OTAN. En 2022, l‘UE disposait des mêmes informations que les États-Unis sur le dispositif militaire en cours de la Russie et en a conclu qu’elle n’irait pas plus loin. Mais lorsque des poches de sang ont été distribuées dans les postes de secours avancés, les États-Unis ont estimé qu’elle allait attaquer, ce qui s’est effectivement produit. De leur côté, ils ont exprimé leur potentialité militaire contre l’Iran (en 2025 et 2026). Depuis 2022, la Pologne, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Suède et la Finlande prennent en compte la potentialité militaire de la Russie à leurs frontières et, pour s’en protéger, comptent sur l’OTAN dont les États-Unis restent l’allié majeur. En effet, l’article 5 de l’OTAN précise que l’attaque contre un de ses membres sera considérée par les autres comme une attaque contre chacun d’entre eux et qu’ils apporteront leur appui. De fait, l’OTAN est, aux yeux de ses membres européens, l’outil de l‘expression de la défense collective. La puissance de l’OTAN dépend en grande partie de la présence et de l’engagement de l’allié américain ainsi que de ses moyens que l’UE n’a pas encore. L’OTAN est aussi une coalition de puissances nucléaires, à savoir les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Deuxième piler de l’OTAN, les pays européens membres ont décidé de monter à 3,5 % de leur produit intérieur brut le montant de leur effort militaire et à 5 % en y incluant l’ensemble des dépenses s’agrégeant à la défense. La menace russe risquant de se manifester dans six mois ou dans un an selon certains, les pays est-européens veulent acquérir en urgence les équipements nécessaires auprès du pays qui leur en propose immédiatement, à savoir les États-Unis. Or une puissance durable et souveraine n’existe que par une industrie de défense, qui le soit aussi. Conserver les États-Unis au sein de l’OTAN tout en développant son pilier européen peut, éventuellement, conduire à une compétition avec eux dans le domaine des équipements de défense. Il s’agit pour l’Europe, souligne le général Schill, de se préparer à une confrontation et de pouvoir déterminer sa détermination face à la Russie. Or tous les jours, celle-ci perd de 1.000 à 1.500 soldats blessés, tués ou disparus en Ukraine, qu’elle dit vouloir conquérir petit à petit. Face à elle, l’Europe peut exprimer sa détermination par la coalition de l’OTAN. L’enjeu porte sur une stratégie de puissance dans les domaines économique, diplomatique et militaire en passant par…le moins possible de pertes humaines. Déjà, la France et la Grande-Bretagne dirigent une coalition de pays volontaires pour garantir la sécurité de l’Ukraine par une régénération de ses forces aériennes, navales et terrestres.

La France. La ligne stratégique de la France, qui remonte à Philippe-Auguste (1165-1223), consiste à peser sur son destin de manière souveraine. Sur le plan militaire, la souveraineté a un coût à assumer pour pouvoir disposer d’une appréciation autonome de la situation. Le général Schill, qui a été adjoint Terre au chef de l’état-major particulier du président de la République (2012-2017), estime que ce dernier est l’un des rares dirigeants du monde capable d’avoir, non pas une connaissance parfaite, mais une intime conviction sur quasiment tous les événements, base de la souveraineté au sens de la capacité à décider de l’action. Cette souveraineté repose sur le socle de la dissuasion nucléaire. Elle permet à la France, puissance d’équilibre, de générer des coalitions et de construire, notamment en tant que membre fondateur de l’ONU, de l’OTAN et de l’UE. Cette capacité de construction fait partie des outils de la puissance comme la diplomatie, la culture, l’économie et la défense. Celle-ci s’appuie sur la loi de programmation militaire 2024-2030, soit 413Mds€ pour transformer l’outil militaire. Son actualisation va l’augmenter de 36 Mds€ pour les années 2026 à 2030. L’exercice interarmées et multinational « Orion 26 », organisé en France (7 avril-1er mai), a préparé à un engagement majeur. Le déploiement au sol constitue un enjeu de détermination, rappelle le chef d’état-major de l’armée de Terre. Celle-ci, qui doit innover en permanence sur les plans tactique, technologique et organisationnel, recrute 15.000 jeunes hommes et femmes par an.

Loïc Salmon

Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Stratégie : la guerre « hybride », sous le seuil du confit armé ouvert

Défense : « Orion 26 », exercice interarmées et multinational




CEMA : la défense nationale se construit dans le temps long

La paix en Europe depuis 1945 a fait oublier que les États employaient la force dans leur politique étrangère. Les répercussions des décisions en matière de défense, prises en périodes de crises, se feront sentir 15 ou 20 ans plus tard.

Telle est l’opinion du chef d’état-major des armées (CEMA), le général d’armée aérienne Fabien Mandon, qui s’est exprimé devant 1.000 participants en ligne en plus des présents à une conférence-débat organisée, le 22 juin 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Les grands changements. Les crises se multiplient de façon simultanée avec une intensité acrue. La dégradation massive de l’environnement géopolitique se double d’une forte contestation des valeurs portées par la France. Des puissances frappent et discutent après, en espérant obtenir des gains qu’elles auraient normalement obtenus par la diplomatie. Les règles internationales sont contestées par certaines et même non respectées par d’autres. Les institutions, dont l’ONU, crées après plusieurs conflits mondiaux pour réguler la paix entre États et permettre, par le dialogue, d’éviter d’en arriver à la force, se trouvent paralysées. Après la guerre froide (1947-1991), les États-Unis, devenus une hyperpuissance qui a beaucoup forgé les relations en termes de défense dans le monde, sont aujourd’hui contestés. Le 3 septembre 2025, la Chine a organisé à Pékin un défilé militaire de grande ampleur pour montrer sa détermination en termes de volume de forces armées et de qualité d’équipements. Elle a pris de l’avance dans de très nombreux domaines technologiques, dont le numérique et l’intelligence artificielle. Les États-Unis se désengagent de l’Europe et de l’Afrique par nécessité, afin de garantir leurs priorités sur tout le continent américain et financer leur « Golden Dome » (bouclier contre les missiles balistiques, hypersoniques et de croisière). Après l’attentat terroriste du Hamas (2023), Israël a étendu sa riposte à Gaza, en Cisjordanie, en Iran avec les États-Unis et au Liban où la France déploie 800 soldats. Outre son programme nucléaire, l’Iran a entrepris la modernisation de son arsenal balistique, dont certains missiles peuvent atteindre la France. En outre, il encourage des groupes armés pour étendre son influence au Proche et Moyen-Orient et le déstabiliser. L’attaque israélo-américaine de 2026 aura des conséquences de longue durée dans la région avec des approches différentes entre les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Syrie qui tente de recouvrir sa souveraineté et l’Irak en pleine recomposition politique. Un déséquilibre similaire se produit en Afrique, notamment au Sahel où la présence militaire de la France s’est réduite considérablement à la suite des coups d’État aux Mali (2021), Burkina Faso (2022) et Niger (2023), alors qu’elle était intervenue (opérations « Serval », 2013-2014, puis « Barkhane », 2014-2022) à la demande des autorités locales pour lutter contre les groupes djihadistes. Malgré les discours diffusés sur les réseaux sociaux, les groupes terroristes gagnent beaucoup de terrain en 2026, jusqu’à la côte Est de l’Afrique avec des effets sur le long terme. Aux déséquilibres géopolitiques s’ajoute la « désinhibition » dans les actes, quand les États-Unis coulent (depuis 2025) des embarcations de trafiquants de drogue en l’absence de tout cadre juridique alors que la France, via ses forces armées aux Antilles, coopère avec eux dans la lutte contre les narcotrafics. En outre, la désinhibition dans les discours, y compris entre Alliés, fragilise la solidarité dans les échanges entre les militaires. Toutefois, souligne le CEMA, la France manifeste une très grande détermination à affirmer, sans compromission, les valeurs sur lesquelles elle fonde sa défense.

Les transformations essentielles. Quatre pays, à savoir la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, ont constitué, non pas une alliance comme l’OTAN ou une solidarité comme l’Union européenne, mais une convergence d’intérêts. Pendant la guerre en Ukraine, l’Iran a appris à la Russie comment utiliser les drones puis à en fabriquer chez elle sous licence. De plus en 2025, la Corée du Nord a fourni des obus et les trois quarts de l’artillerie de la Russie. En outre, des milliers de soldats nord-coréens se battent en Ukraine aux côtés de ses soldats. Certaines entreprises privées chinoises ont contribué à alimenter les équipements déployés en Ukraine et en Iran. Dans la guerre (2026) entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la Russie et la Corée du Nord ont aidé l’Iran. Sur un plan plus général, plusieurs pays ne se reconnaissent pas dans l‘ordre établi par d’autres au XXème siècle, selon des règles favorables aux pays occidentaux. La Russie, qui en a fait partie avant d’en être exclue, anime une dynamique d’alternative aux puissances occidentales, en y associant un discours sur leur déclin en vue de contester l’ordre international et de poser des règles de gouvernance différentes. Malgré des histoires et des modèles de société légèrement différents, les pays européens partagent la même géographie. Leur liberté, gage de souveraineté, a un coût à assumer pour défendre leurs intérêts qui divergent de ceux de la Chine et des États-Unis. Selon le CEMA, la défense de l’Europe se construit toujours au sein de l’OTAN avec sa promesse de solidarité (article V). La France dispose d’une défense pour se protéger le jour où le besoin s’en fera sentir. La continuité de sa souveraineté absolue sur sa dissuasion nucléaire n’exclut pas des discussions avec d’autres pays européens face aux rivaux stratégiques, mais elle ne suffit pas pour garantir leur sécurité. L’idée d’une armée européenne désincarnée des États est prématurée. Chaque chef d’État ou de gouvernement assume la responsabilité de la protection de son pays devant ses concitoyens. Cette souveraineté n’est pas incompatible avec une plus grande coordination et des réflexions communes sur la défense entre pays européens, via des Livres blancs et des exercices militaires. Les rivaux stratégiques exploitent tout le potentiel de la guerre hybride, qui rend difficile la compréhension de la situation d’une zone aux frontières floues, freine le processus décisionnel et ralentit les réactions. Récemment, la Russie a adopté une loi lui permettant d’intervenir militairement à l’étranger pour protéger une communauté russophone qui serait maltraitée, notamment dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie). Elle interviendrait avec des forces de sécurité intérieures, de généreux moyens de secours et une campagne médiatique très relayée dans les sociétés occidentales. Déjà, des chutes de drones dans les pays baltes ont conduit à l’arrêt de cours dans toutes les écoles. Début 2026, la Russie produit 7 millions de drones par an et l’Ukraine 10 millions avec un objectif de 20 millions à la fin de l’année. Malgré le bombardement intensif de ses défenses sol-air et de ses centres névralgiques par Israël et les États-Unis, l’Iran a pratiqué la guerre d’usure par l’envoi, dans toute la région, d’énormes quantités de drones stockés dans des tunnels depuis des années. L’intelligence artificielle va se cumuler avec la « dronisation » du champ de bataille. Enfin, la propagande sur les réseaux sociaux, organisée par l’intelligence artificielle, vise à fragiliser les sociétés des pays européens.

La stratégie de la France. Le CEMA veut développer la réactivité des armées françaises sur des scénarios de guerre hybride. Outre les chars, avions et bateaux, la manœuvre militaire inclut l’informationnel, l’espace et le cyber. Toutefois, alors que les trois quarts du renseignement technique israélien proviennent du cyber, celui-ci n’a pu confirmer les alertes d’origine humaine sur les mouvements du Hamas. Demain, la défense dépendra de la connectivité qui passe par l’espace. Vu que les grands compétiteurs mondiaux investissent beaucoup dans le spatial pour neutraliser les satellites qui les dérangeront, la France a élaboré une stratégie spatiale en 2019. Elle ne décidera pas la guerre, souligne le CEMA, mais en cas d’attaque contre un pays allié, les jeunes de ses armées iront l’aider…par solidarité !

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle




Défense : « Orion 26 », exercice interarmées et multinational

Inspiré des standards OTAN et basé sur un scénario crédible, l’exercice « Orion 26 » s’est déroulé du 7 avril au 1er mai 2026 dans 20 départements pour recréer les formes du combat actuel, de la menace hybride à la haute intensité.

La première phase (7-17 avril) a porté sur les combats assistés par ordinateurs et focalisés sur le poste de commandement. La seconde (18 avril-1er mai) a consisté en combats réels de troupes sur terrain libre en présence, le 30 avril dans l’Est de la France, du président de la République, Emmanuel Macron, et de la ministre des Armées, Catherine Vautrin (photo).

Au sein de l’OTAN. Mises en œuvre par le 1er Corps d’armée basé à Lille en tant que « Warfighting Corps » (corps d’armée de combat), les deux phases intègrent tous les milieux et champs d’action incluant les domaines cyber, informationnel et exo-atmosphérique, les forces spéciales, le renseignement et le soutien logistique. En tout, « « Orion 26 » a engagé 12.500 militaires, 1 état-major de niveau corps d’armée, 4 divisions (dont 3 multinationales) et 3 brigades interarmes pendant trois semaines d’opérations, dont 10 jours en terrain libre, ainsi que 90 directions, services et organismes interarmées du ministère des Armées et des Anciens Combattants. En outre, douze pays membres de l’OTAN ont envoyé des unités : Allemagne ; Belgique ; Espagne ; États-Unis ; Grèce ; Grande-Bretagne ; Italie ; Luxembourg ; Pays-Bas ; Pologne ; République tchèque ; Roumanie. L’armée de Terre, chargée de la reconquête de zone et de la réassurance de la population locale, a engagé un système de combat divisionnaire (voir plus loin) sous le commandement du 1er Corps d’armée et a déployé 1.800 véhicules tactiques, 30 hélicoptères et 800 drones de combat et de spécialité. Elle peut conduire des missions de renseignement dans la profondeur, s’engager dans la zone de contact et défendre des emprises sensibles. A partir des bases aériennes d’Orange et de Nancy, Saint-Dizier et Luxeuil, l’armée de l’Air et de l’Espace a assuré la sécurisation de l’espace aérien et le maintien de la supériorité aérienne, la coordination des frappes dans la profondeur et la maîtrise du ciel avec un contrôle aérien avancé. Chargée de la continuité de la coordination interarmées et de l’interopérabilité avec les unités alliées, elle a contribué à la combinaison des effets partout, y compris dans les champs cyber et spatial. Sous la direction du Commandement en chef pour l’Atlantique à Brest, la Marine nationale a assuré la supériorité aéro-maritime et a contribué aux frappes dans la profondeur par la mise en œuvre des Rafale Marine du porte-avions Charles-de-Gaulle et de la capacité de tirs de missiles de croisière navals par une frégate multi-missions et un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque de type Suffren, même en plongée.

Système de combat divisionnaire. Afin de dominer le champ de bataille de haute intensité, la division le structure en trois : « Deep », zone des combats de 40 km dans la profondeur ; « Close », zone des combats rapprochés de 60 km ; « Rear », zone arrière de 50-100 km. Elle intègre et synchronise les effets pour faire fondre la masse adverse, soutenir l’effort et permettre aux brigades au contact de porter le coup décisif. Dans « Rear », le Groupement de soutien interarmées de théâtre assure la sûreté, garantit la protection du commandement et des moyens logistiques (flux massifs et élongations) et coordonne les feux dans la profondeur pour mettre l’ennemi à la portée des brigades de combat. Dans « Close », trois brigades, équipées de canons Caesar, de chars Leclerc et de véhicules blindés, manœuvrent pour emporter la décision par des engagements directs. Dans « Deep », les moyens interarmées coordonnent les effets dans la profondeur : destruction des systèmes de défense aérienne et de moyens de guerre électronique ; destruction des capacités de feu longue portée ; désorganisation du commandement et des soutiens logistiques.

Loïc Salmon

Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Armée de Terre : l’action aéroterrestre en 204

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel




OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision




AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Dans le cadre du renforcement de la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN, l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) contribue à la police du ciel en Lituanie, Estonie et Lettonie dans le respect du droit international et de la liberté de circulation, mais en évitant toute escalade.

De décembre 2024 à fin mars 2025, l’AAE a participé au dispositif « enhanced Air Policing » (eAP) sur la base aérienne de Siauliai (Lituanie), conjointement avec l’Italie, qui en assuré la conduite. Le général de division aérienne Xavier Buisson, commandant en second du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, a présenté « l’eAP 67 » le 3 avril 2025 à Paris, qu’a complété le témoignage du commandant Mathieu, chef du détachement, par visioconférence assurée depuis Siauliai.

La police du ciel. Depuis 2004, l’OTAN assure les missions « Baltic Air Policing pour garantir l’intégrité de l’espace aérien balte en temps de paix, indique le général Masson. En 2014 après l’annexion de la Crimée par la Russie, l’OTAN met en œuvre les missions « eAP » de sûreté aérienne vis-à-vis des pays baltes. Celle qui s’est terminée le 31 mars 2025, dénommée « eAP 67 » constitue la 11ème participation de la France et le 8ème déploiement en Lituanie. Ce dernier s’est déroulé sous deux demi-mandats : le « Block eAP 67-1 », constitué de 4 Rafale B de la 2ème Escadre de chasse partis de la base 113 de Saint-Dizier ; le « Block eAP 67-2 », constitué de 4 Rafale C de la 30ème Escadre de chasse stationnée à la base 118 de Mont-de-Marsan. Chacun a mobilisé une centaine d’aviateurs, à savoir pilotes, mécaniciens, pompiers de l’air, fusiliers commandos, équipe médicale et spécialistes du renseignement et de la logistique. Le bilan s’établit à : 311 sorties en tout ; 497 heures de vol au-dessus de l’espace aérien balte ; 262 « Tango Scramble » (alerte d’entraînement) ; 18 « Alpha Scramble » (alerte réelle) ; 10 interceptions réelles d’aéronefs russes (voir plus loin) ; vols d’entraînement réguliers avec les nations alliées de l’OTAN pour renforcer l’interopérabilité. Au cours de ces derniers, un déploiement « ACE » pour « Agile Combat Employment » s’est déroulé du 24 au 28 février 2025 sur la base suédoise de Lulea avec 11sorties. Cela consiste à envoyer quelques avions faire escale dans un pays de l’OTAN avant de poursuivre leur mission ne nécessitant donc peu d’empreinte logistique. La Pologne et la Roumanie ont pris la relève « eAP 68 ».

Le vécu de « l’eAP 67 ». La Lituanie occupe une position stratégique entre la Biélorussie, l’enclave russe de Kaliningrad, et la Russie, rappelle le commandant Mathieu. L’opération « eAP 67 » était dirigée depuis une base aérienne en Allemagne, mais l’activité tétait coordonnée en Lituanie par les Pays-Bas, l’Italie et la France. Il a fallu déterminer les semaines « hot » d’astreinte pour le décollage effectif des avions en 15 minutes, et les semaines « cold » d’astreinte pour armer les avions et les avoir en vol en 180 minutes maximum, en vue d’une interception potentielle. La France et l’Italie étaient toujours en « hot » à la base de Siauliai et les Pays-Bas en « cold » à celle d’Amari en Estonie. Les équipages tournaient tous les jours pour maintenir une alerte permanente et s’entraîner. Le comportement douteux d’un aéronef entraîne l’alerte à 15 minutes ou une reprogrammation en vol durant un entraînement avec passage en régime d’alerte réelle. L’interception programmée consiste à aller voir ou identifier un aéronef s’approchant de l’espace aérien des pays baltes ou même le mettant en danger. Un comportement devient douteux s’il n’est pas conforme à son plan de vol ou ne respecte pas les ordres des centres baltes de contrôle aérien. La majorité des interceptions réelles a concerné des avions de transport russes faisant la liaison entre Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Toutefois, l’une a visé un Iliouchine II-20 de reconnaissance et de renseignement d’origine électromagnétique.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

AAE : préparation à la guerre de haute intensité au niveau OTAN




AAE : préparation à la guerre de haute intensité au niveau OTAN

La partie aérienne du programme OTAN annuel « Tactical Leadership Program » (TLP) prépare l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) aux missions massives en coalition dans un environnement hostile.

Elle se déroule à Albacete (Espagne) du 23 janvier au 14 février 2025. La préparation opérationnelle de l’AAE a été présentée à la presse le 9 janvier à Paris par le général Pierre Gaudillière, commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse, et le lieutenant-colonel Julien Fond, officier de liaison à la mission de défense à Madrid.

Préparation opérationnelle « chasse ». Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient montrent que la bataille dans le ciel, depuis le ciel et vers le ciel revient en force et que la puissance militaire aérospatiale se trouve en première ligne, souligne le général Gaudillière. La Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC) compte 40 unités, 4.000 aviateurs, 240 avions de chasse et de reconnaissance et 20 sections de défense sol-air réparties sur 20 sites en France et à l’étranger. La défense sol-air, présente sur les différents théâtres et conflits en cours, a été intégrée à la BAAC au titre d’une cohérence de la maîtrise du ciel et d’une complémentarité d’action de la défense aérienne, du sol aux plus hautes couches de la stratosphère. L’entraînement, qui prépare à des engagements de plus en plus durs dans un environnement dégradé et évolutif, inclut le brouillage des systèmes d’information, pour que les pilotes accomplissent des missions sans GPS, et des contraintes sur la mécanique et la logistique. Dans la logique de la haute intensité, il s’agit de réfléchir à des procédures s’éloignant des normes du temps de paix et de les mettre en œuvre, comme le ravitaillement en kérozène d’un Mirage 2000 moteur tournant ou la pose manuelle de missiles sur les avions. La BAAC renforce sa crédibilité dans des exercices internationaux. Ainsi lors de la mission « Pégase 24 » dans la zone Indopacifique, son détachement a participé aux exercices « Arctic Defender » en Alaska et « Pitch Black » en Australie dans des conditions agressives très réalistes. « Ramstein Flag 2024 », en Grèce, a mis en œuvre près de 200 avions et des systèmes sol-air dans un contexte très complexe.

« Tactical Leadership Program ». Le TLP organise trois stages majeurs « chef de mission » pour des opérations comprenant plus de 30 aéronefs de tous types et des moyens terrestres et navals, indique le lieutenant-colonel Fond. Les missions portent sur la défense aérienne, la pénétration, la destruction de systèmes sol-air, le bombardement, le sauvetage, la défense sol-air, la reconnaissance et le soutien de troupes au sol. Le TLP organise aussi 12 stages sur la récupération et le sauvetage, la simulation pour les jeunes équipages, la formation spécifique au renseignement et l’acquisition de connaissances théoriques. La France participe au stage de janvier-février 2025 avec 20 avions et 1 système de simulation de menace sol-air Arpège. Les stagiaires effectuent une mission complète différente chaque jour, soit 12 heures de travail d’affilée décomposé en 4 heures de préparation, 4 heures d’exécution et 4 heures de « débriefing ». En 2009, la France a rejoint le TLP qui accumule près de 50 ans d’expérience et inclut l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Grèce, l’Italie, le Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Capable de former près de 500 stagiaires par an, il est localisé en Espagne, qui le finance 20 % et jouit de bonnes conditions météorologiques permettant d’éviter toute annulation. Sa vaste zone d’entraînement est disponible quatre fois par an vis-à-vis du trafic aérien civil. Le TLP propose des scénarios incluant le cyber, l’espace et des composantes aériennes, maritimes, terrestres et forces spéciales. Le réalisme et la complexité sont accrus par l’intégration de menaces simulées dans des missions réelles. Toutefois le risque zéro n’existe pas. Ainsi le 26 janvier 2015 à Albacete, neuf aviateurs français sont morts dans un accident causé par un chasseur F16 grec.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »




OTAN : 75ème anniversaire, soutien accru à l’Ukraine et partenariats extérieurs

Lors du sommet de l’OTAN tenu à Washington du 9 au 11 juillet 2024, 75 ans après de sa création, les pays membres ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine jusqu’à la victoire contre la Russie. En outre, l’OTAN approfondit des partenariats extérieurs.

Conseil OTAN-Ukraine. Les 32 chefs d’État et de gouvernement ont souligné « l’entière responsabilité de la Russie dans cette guerre (contre l’Ukraine), « violation flagrante du droit international et notamment de la Charte des Nations Unies ». Ils ont déploré « les souffrances et la destruction causées par la guerre d’agression, illégale et injustifiable, que la Russie a déclenchée en l’absence de toute provocation ». Les Alliés ont lancé le programme « NSATU » de formation et d’assistance à la sécurité en faveur de l’Ukraine, destiné à coordonner les formations et les livraisons d’équipements militaires et aussi à fournir un soutien logistique. Ils ont aussi annoncé l’adoption d’un engagement durable à l’Ukraine pour assurer sa sécurité en incluant un financement de 40 Mds€ pour l’année à venir. Le 11 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rejoint la réunion du Conseil OTAN-Ukraine, dont les membres lui ont confirmé leur aide pour une adhésion à l’OTAN, lorsque les conditions seront réunies. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a indiqué que 20 États membres de l’OTAN ont signé des accords bilatéraux avec l’Ukraine et que ce nombre continue d’augmenter. Il a ajouté qu’un centre d’analyse, d’entraînement et de formation, dénommé JATEC et auquel participera l’Ukraine, sera établi en Pologne, afin d’exploiter les enseignements à tirer de la guerre russo-ukrainienne, notamment en matière de résilience.

Partenariats extérieurs. Le 11 juillet, les dirigeants de l’OTAN ont rencontré ceux d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon, de Corée du Sud et de l’Union européenne (UE) pour parler de la sécurité commune. Face à l’alignement croissant de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, l’OTAN coopère de plus en plus étroitement avec ses partenaires de la zone Indopacifique et avec l’UE pour préserver la paix et protéger l’ordre international fondé sur des règles. Son secrétaire général a expliqué le rôle déterminant de la Chine dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en 2025 à La Haye (Pays-Bas).

Participation française à l’OTAN. En 2024, la France consacre 2 % de son produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. En outre, sa crédibilité se manifeste par l’interopérabilité dans les exercices interalliés. Ainsi, l’exercice « Steadfast Defender », le plus important de l’OTAN, a mis en cohérence des manœuvres multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel) de la guerre hybride à celle de la haute intensité. Il a englobé les exercices : « Joint Warrior », défense navale en mer de Norvège (25 février-5 mars) ; « Dragon », combats de blindés de haute intensité en Pologne (29 février-14 mars) ; « Nordic Response », combats polaires en Norvège et en Finlande (5-14 mars) ; « Springstorm », défense du territoire en Estonie (22 avril-30 mai) ; « Swift Response », opération parachutiste en Roumanie (5-24 mai) ; « Gran Quadriga », défense du territoire en Lituanie (12-31 mai) ; « Dacian Spring », déploiement d’un poste de commandement de niveau brigade en Roumanie (18-26 mai) ; « Neptune Strike » avec les groupes aéronavals français, américain, espagnol, italien et turc en Méditerranée (26 avril-16 mai). S’y ajoutent notamment : la mission « Aigle » avec un bataillon multinational de 1.000 soldats en Roumanie, où la France est nation-cadre (depuis le 28 février 2022) ; la contribution régulière à la police du ciel dans les pays baltes à partir de la Lituanie (4 Rafale de novembre 2022 à mars 2023 puis 4 Mirage 2000-5 de novembre 2023 à mars 2024) ; le système de défense sol-air Mamba déployé en Roumanie (depuis le 16 mai 2022).

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe




Marine nationale : la mission « Akila » du GAN en Méditerranée

Le Groupe aéronaval (GAN) est déployé en Méditerranée orientale pendant six semaines, depuis le 22 avril 2024, pour la mission « Akila » de sécurité collective pour la stabilité régionale dans le cadre de l’OTAN.

Son commandant, le contre-amiral Jacques Mallard, a présenté le GAN et « Akila » à la presse le 11 avril 2024 à Paris.

La mission « Akila ». Au cours des longues campagnes précédentes, le GAN restait sous commandement opérationnel national. Seuls, ses avions passaient sous le celui de l’OTAN pendant la durée de leurs missions. Pour la première fois, précise l’amiral Mallard, le GAN en entier, à savoir le porte-avions Charles-de-Gaulle et son escorte (voir plus loin), est placé sous commandement OTAN pendant la mission « Akila ». Celle-ci, qui montre la capacité de la force de frappe de l’Alliance Atlantique, souligne l’engagement résolu de la France au sein de l’OTAN pour soutenir l’Ukraine, en conflit ouvert contre la Russie depuis le 24 février 2022. Elle renforce la posture défensive et dissuasive de l’Alliance Atlantique sur le flanc Est de l’Europe. Les Rafale Marine doivent participer à des actions communes avec l’armée de l’Air et de l’Espace et l’armée de Terre dans le cadre des opérations « Air Shielding » en Pologne et « Aigle » en Roumanie. Les missions portent sur la surveillance et la défense aérienne avec la participation du système de défense sol-air moyenne portée Mamba, déployé en Roumanie. Engagés à partir des bases de Mont-de-Marsan et d’Istres, les Rafale et les avions ravitailleurs de l’Armée de l’Air et de l’Espace conduisent des missions quotidiennes de défense aérienne sous commandement OTAN.

L’interopérabilité. Avant la mission « Akila » proprement dite, le GAN effectue des activités nationales de mobilité stratégique, de capacité de maîtrise des espaces aéromaritimes et d’appréciation autonome de situation, en vue de conserver la liberté d’action. Avec les forces armées italiennes, le GAN doit participer à l’exercice « Mare Aperto-Polaris », selon un scénario réaliste de conflit de haute intensité et multi-domaines (terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de renforcer la préparation au combat lors de la planification et la conduite d’une opération maritime ciblée. Outre le porte-avions, la force « Akila » compte : le bâtiment ravitailleur de forces Jacques-Chevalier avec son hélicoptère embarqué ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; une frégate de défense aérienne avec son hélicoptère ; une frégate multi-missions avec son hélicoptère. Elle accueille aussi des unités alliées (frégate, sous-marin ou avion de surveillance maritime) américaine, espagnole, portugaise, italienne et grecque. Cette interopérabilité, souligne l’amiral Mallard, englobe les procédures techniques autour de la connectivité, les liaisons de communication, les opportunités de soutien logistique mutuel et des méthodes de commandement communes. Ce savoir-faire partagé a construit une confiance entre Alliés, que chaque déploiement du GAN contribue à entretenir en démontrant la capacité de la Marine française à commander des unités étrangères pour remplir les missions que lui sont confiées. Depuis une dizaine d’années, le GAN a ainsi intégré une trentaine de navires étrangers de douze nations différentes.

Une base aéromaritime projetée. Le GAN engagé dans l’opération « Akila » compte 3.000 marins français et étrangers, dont 1.200 pour l’équipage du porte-avions qui embarque aussi un état-major de 80 militaires et les 600 personnels du groupe aérien. Les 18 chasseurs Rafale Marine du Charles-de-Gaulle assurent la protection aérienne et effectuent des frappes vers la mer et la terre. Ses deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye assurent le commandement aéroporté d’un raid et la détection des navires et aéronefs. Un avion de patrouille maritime, basé à terre, peut effectuer des missions de lutte antinavire et anti-sous-marine au profit du GAN.

Loïc Salmon

Stratégie : l’importance pérenne du groupe aéronaval

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OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Afin de conserver une longueur d’avance pour préserver sa liberté d’action dans un contexte militaire futur, l’OTAN devra disposer de structures et de forces capables de comprendre, de décider plus rapidement et d’agir ensemble.

Le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, commandant Suprême Allié Transformation (Allied Command Transformation en anglais, ACT) de l’OTAN, l’a expliqué à la presse le 14 septembre 2023, à l’occasion de la tenue de la conférence des communicants OTAN à Paris. (11-14 septembre).

Menaces nombreuses et rapides. En 74 ans d’existence, l’OTAN a bénéficié d’une avance technologique sur ses adversaires potentiels et a connu 30 ans de dividendes de la paix et 20 ans d’opérations hors de sa zone, contre des adversaires qui n’avaient pas de puissance équivalente. En 2003, l’OTAN a créé l’ACT pour se transformer en vue des menaces futures. Or, les menaces sont déjà plus nombreuses en raison de la prolifération des technologies et des quantités gigantesques de données sur le champ de bataille. En outre, depuis février 2022, la guerre entre la Russie et l’Ukraine consomme d’énormes quantités de munitions, que les industries occidentales d’armement pourraient difficilement produire. S’y ajoutent : les contestations multiformes, multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyberespace) et multi-champs (matériel et immatériel) avec une échelle géographique et une complexité d’interconnexion sans précédent ; les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle (IA) et les systèmes autonomes, auxquels les acteurs étatiques et non-étatiques ont aujourd’hui accès. Ainsi en Ukraine, des entreprises privées ont contribué à la survie numérique de l’État. Dès le début de l’invasion, la Russie a coupé l’accès à internet dans les territoires occupés. De plus, elle a lancé une propagande ciblée et des campagnes de désinformation destinées à l’Ukraine, mais aussi à sa propre population et à ses ennemis à l’étranger. En Afrique, elle recourt à des acteurs non-étatiques (notamment la société militaire privée Wagner) et utilise la désinformation pour déstabiliser des populations et réduire la compréhension et la légitimité des actions des pays occidentaux (dont celles de la France). En outre, l’OTAN observe l’Arctique et le Grand Nord, le Sud, l’espace et le champ informationnel. La compétition technologique porte notamment sur l’IA et le quantique (réalisation d’objets physiques au niveau microscopique), où la Chine investit massivement et dont ses forces armées bénéficient des avancées dans le domaine civil. De plus, celle-ci a conceptualisé la « guerre cognitive », qui lui permettrait de vaincre sans combattre. Dans les dix prochaines années, la majorité de la population mondiale aura accès à d’énormes quantités d’informations et à un déluge de fausses nouvelles. Enfin, le développement des armes hypervéloces (par la Russie et la Chine) réduit la capacité de l’OTAN à détecter, décider et agir.

Conceptualiser la défense future. Avant tout développement technologique, l’OTAN s’interroge, en toute transparence avec 31 nations partenaires, sur les limites éthiques et morales qu’elle se fixe. Cela s’applique aussi au champ informationnel, pour contrer les actions des compétiteurs et adversaires. En 2014, des actions de la Russie dans le champ informationnel, non détectées, ont précédé son attaque en Crimée. Actuellement, les experts de la communication de l’OTAN développent un outil d’IA, avec des partenariats extérieurs, pour comprendre la situation, mieux et plus vite. Il s’agit de la résumer quotidiennement et de présenter ce qui présente un intérêt militaire, notamment la détection d’une démarche hostile. L’ACT a aussi pour mission de renforcer au maximum l’interopérabilité des forces de l’OTAN et de structurer une planification de défense et de développement capacitaire, en s’appuyant sur l’innovation pour exploiter idées, procédures et technologies et expérimenter des solutions.

Loïc Salmon

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Turquie : recherche de puissance militaire et diplomatique

Dans sa volonté d’autonomie vis-à-vis de l’Occident, la Turquie entretient des relations compliquées avec la Russie. Elle maintient des influences multiformes dans les régions de l’ex-Empire ottoman (XIVème-XXème siècles) et continue de les étendre jusqu’en Afrique subsaharienne.

Georges Berghezan, chercheur au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, l’explique dans un rapport rendu public le 6 avril 2023 à Bruxelles.

Alliée rebelle de l’Occident. Membre de l’OTAN depuis 1952, la Turquie a autorisé les États-Unis à déployer des armes nucléaires tactiques sur la base aérienne d’Incirlik dès 1959. Depuis, Washington y entrepose une cinquantaine de bombes thermonucléaires B-61, dont la puissance varie de 0,3 kt (tactique) à plus de 100 kt (stratégique). Pendant la guerre froide (1947-1991), la Turquie était le seul pays membre de l’OTAN à partager une frontière avec l’URSS et constituait un poste avancé à la frontière de l’Iran et à proximité du golfe Arabo-Persique. Les relations entre Ankara et Washington ont commencé à se dégrader lors de la guerre des États-Unis contre l’Irak en 2003, de celle de l’OTAN en Libye en 2011 et au cours de la guerre civile en Syrie en 2014. Elle se sont durablement détériorées en 2017 lors de l’accord d’achat par la Turquie de systèmes anti-missiles russes S-400. L’année suivante, le Congères américain a bloqué la plupart des exportations d’armes vers la Turquie. L’annonce d’une co-production russo-turque des nouveaux missiles anti-aériens et antibalistiques mobiles S-500 a entraîné, de la part des États-Unis, l’exclusion de la Turquie du programme d’avion de combat américain F-35 en 2019 et l’annulation de la vente d’une centaine d’exemplaires. Les relations de la Turquie avec l’Union européenne (UE) se sont dégradées lors de la crise migratoire de 2015, quand près d’un million de réfugiés, surtout syriens, afghans et irakiens, ont franchi illégalement les frontières entre la Turquie, la Grèce et la Bulgarie. Le 18 mars 2016, la Turquie a accepté le retour des clandestins et s’est engagée à empêcher une nouvelle intrusion de réfugiés, en échange d’une aide européenne de plusieurs milliards d’euros pour mieux les accueillir sur son sol. Pourtant quelques mois plus tard, le Parlement européen a demandé un « gel provisoire » des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE à la suite de la répression disproportionnée d’Ankara après la tentative de coup d’État des 15 et 16 juillet 2016. La candidature turque a été déposée en 1987 et acceptée en 1999, mais les négociations, commencées en 2005, n’avancent pas. En août 2020, la Turquie a envoyé, sous escorte militaire, un navire de recherches sismiques prospecter d’éventuels gisements gaziers dans des eaux revendiquées par la Grèce et Chypre, suscitant ensuite des exercices navals grecs puis turcs. Par ailleurs, Ankara déploie près de 40.000 soldats sur la partie Nord de l’île de Chypre, occupée depuis 1974 sous le nom de « République turque de Chypre-Nord » non reconnue par les autres pays du monde. Avant le début du conflit russo-ukrainien (24 février 2022), la Turquie a vendu une vingtaine de drones tactiques Bayraktar TB-2 à l’Ukraine, qui en aurait acquis une cinquantaine d’autres, dont quelques-uns à titre gratuit, durant les premiers mois de combat. La Turquie a condamné à plusieurs reprises l’invasion et l’annexion de territoires ukrainiens par la Russie, mais a refusé de s’aligner sur les sanctions économiques prises par les États-Unis et l’UE à son encontre. En juillet 2022, elle a joué un rôle actif entre Kiev et Moscou dans les négociations sur un accord de libre passage des navires transportant des céréales dans la mer Noire et sur celui de l’échange de prisonniers en septembre.

Relations ambigües avec la Russie. Les sanctions économiques contre la Russie ont profité…à la Turquie ! En effet, celle-ci lui a acheté des hydrocarbures à prix réduits et a accru ses échanges commerciaux avec elle. Les importations provenant de la Russie ont augmenté de 213 % et les exportations vers elle de 113 % entre mars et octobre 2022 par rapport à la période 2017-2021. En outre, fin 2022, du gaz russe alimente la Macédoine du Nord, la Serbie et le Hongrie via le gazoduc TurkStream (inauguré le 8 janvier 2020), qui passe sous la mer Noire et débouche dans la partie européenne de la Turquie. La Russie double ainsi ses livraisons de gaz vers la Turquie, qui en reçoit depuis 2003 par le Blue Stream traversant l’Est de la mer Noire. Depuis 2015, la Russie construit la première centrale nucléaire turque. Les relations commerciales bilatérales russo-turques incluent l’armement. L’accord de 2017 sur l’achat de systèmes S-400 (voir plus haut) d’un montant de 2,5 Mds$ porte sur quatre batteries, à savoir deux fabriquées en Russie et deux assemblées en Turquie. La première a été installée en septembre 2019 sur la base aérienne de Mürted Akinci près d’Ankara. Un éventuel achat supplémentaire a été démenti en septembre 2022 par la Turquie, en raison de dysfonctionnements lors des essais et de l’insuffisance des transferts de technologie. Sur le plan opérationnel, les forces armées russes et turques se sont trouvées dans des camps opposés lors de guerres, notamment en Azerbaïdjan et en Syrie. En septembre 2020, les hostilités ont repris entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le contrôle de la région du Nagorno-Karabakh. La première achète des armes principalement à la Russie, qui y maintient une base militaire. Le second s’approvisionne en Russie, en Israël et, récemment, en Turquie avec laquelle il a conclu plusieurs accords de coopération militaire depuis 1992. L’Azerbaïdjan a reconquis la plus grande partie du Nagorno-Karabakh en six semaines, grâce notamment à des exercices préalables avec la participation de 11.000 soldats turcs et surtout aux drones Bayraktar TB2. Le cessez-le-feu de novembre 2020 a conduit à la sécurisation d’un corridor entre l’Arménie et le Nagorno-Karabakh par une force de maintien de la paix constituée de 2.000 militaires russes. En outre, un centre conjoint russo-turc a été ouvert en janvier 2021 pour contrôler le cessez-le-feu, qui a subi plusieurs violations sanglantes en novembre 2021 et septembre 2022. A la suite du « printemps arabe » de 2011, la Syrie connaît une guerre civile, attisée en sous-main par la CIA américaine (livraisons d’armes et formation de combattants) et la Turquie qui soutient une partie des rebelles. En septembre 2015, alors qu’il ne contrôle plus qu’un tiers du territoire, le régime en place reçoit un soutien militaire massif de la Russie (plusieurs milliers de soldats et des dizaines d’avions de combat), qui retourne la situation en sa faveur. Le 24 novembre 2015, dans l’espace aérien turc, un chasseur turc F16 abat un bombardier russe Su24, qui s’écrase en Syrie. La Russie impose alors des sanctions économiques à la Turquie et bombarde ses alliés turkmènes en Syrie. Puis en août 2016, Moscou et Ankara se réconcilient et organisent des négociations entre Damas et une partie de son opposition armée, lesquelles aboutissent à une désescalade.

Intérêt croissant pour l’Afrique. Conséquence de son « plan d’action pour une ouverture sur l’Afrique » de 1998, la Turquie obtient le statut d’observateur à l’Union africaine en 2005. Le nombre de ses ambassades y passe de 12 en 2009 à 43 en 2022. Sa diplomatie combine identification religieuse, discours anticolonialiste, aide humanitaire et investissements économiques. Parti de 4,09 Mds$ en 2000, le volume de son commerce avec l’Afrique atteint 29,4 Mds$ en 2021. Des accords de coopération en matière de sécurité ont été conclus, surtout en 2017 et 2018, avec 30 pays africains et portent sur la formation de personnels parmi les forces armées, la police et les garde-côtes. La Turquie dispose déjà d’une base militaire en Somalie. Elle a vendu des véhicules blindés à une quinzaine de pays et exporte vers l’Afrique des systèmes de surveillance et de capteurs électro-optiques, des véhicules de déminage et des fusils. Les exportations de matériels aéronautique et de défense y sont passées de 83 Mds$ en 2020 à 460 Mds$ en 2021 !

Loïc Salmon

Turquie : partenaire de fait aux Proche et Moyen-Orient

Moyen-Orient : Turquie et Arabie saoudite, vers la détente

Industrie de défense : émergence de la Corée du Sud et de la Turquie à l’exportation