Europe : défense future, la dimension militaire

Parallèlement aux menaces cyber, hybride et terroriste islamiste, les dépenses militaires s’accroissent dans le monde. La Chine et la Russie contestent la suprématie de l’Occident dans un nouveau rapport de forces.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 novembre 2019 à Paris, par la Fondation Robert Schuman et l’association Eurodéfense-France. Y sont notamment intervenus : le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées (2002-2006) et ex-président du comité militaire de l’Union européenne (2006-2009) ; le général (2S) Jean-Paul Perruche, ex-directeur général de l’état-major militaire de l’Union européenne ; Pierre Delsaux, directeur général adjoint à la Commission européenne pour le marché intérieur, l’industrie, l’entreprenariat et les petites et moyennes entreprises ; Françoise Grossetête, ex-députée européenne (1994-2019) et rapporteur du règlement sur le Fonds européen de défense ; l’ambassadeur de France Alain Le Roy, ex-secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure (2015-2016).

Vulnérabilités. Le recul du multilatéralisme met en échec la gouvernance mondiale, estime le général Bentégeat. Le retour du nationalisme, en Russie, aux Etats-Unis, en Chine et peut-être en Grande-Bretagne, va de pair avec la résurgence du radicalisme qui exerce un impact sur l’Union européenne (UE) depuis cinq ans. La montée en puissance du militarisme suit l’augmentation des dépenses de défense, sauf en Europe à peu de choses près. L’accès au numérique et à l’espace accroît la montée en puissance militaire. Le réchauffement climatique et le déséquilibre démographique augmentent l’instabilité. La dissuasion nucléaire, facteur stabilisateur depuis 1949, se trouve remise en cause dans les opinions publiques depuis que le Traité d’interdiction des essais nucléaires a été signé par 120 Etats. L’UE accumule les vulnérabilités : « Brexit » britannique et irrédentismes régionaux (Catalogne) ; dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et du Moyen-Orient ; dépendance technologique vis-à-vis des Etats-Unis et demain de la Chine ; « eldorado » pour les migrants africains. Selon un sondage réalisé sur la menace dans l’UE en 2015, 11 Etats de l’Est nomment la Russie et 13 du Centre et du Sud le terrorisme islamiste et le Sud de la Méditerranée. Une reprise de la guerre civile dans les Balkans et l’impact d’un conflit régional extérieur sur les approvisionnements et la soumission à des chantages apparaissent probables. Toutefois, une agression extérieure serait précédée par des cyberattaques au sein de l’UE et par la neutralisation des systèmes satellitaires. Ces deux menaces structurelles sont déjà à l’œuvre en Ukraine et au Moyen-Orient. La constante restera la « surprise », dans l’évolution sociale ou des actes analogues aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Selon le général Bentégeat, il s’agit donc de s’y préparer par l’agilité intellectuelle et de développer des capacités qui n’existent pas dans l’UE ni dans l’OTAN. Une agression sur un Etat membre aura une influence sur les autres et aucun ne pourra y résister seul. Enfin, malgré le « Brexit », la Grande-Bretagne et l’UE devront rester des partenaires majeurs.

Recherche et développement. Selon Pierre Delsaux, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure ont adopté un plan d’action en deux volets pour contrer la « cybermenace » : coopération pour mieux détecter une attaque ; redondance des mécanismes de fourniture d’énergie ou de moyens de transport au pays attaqué, par d’autres Etats membres. Il existe déjà un plan d’action au niveau OTAN contre les menaces cyber et dans l’espace. Ainsi, 10 % de l’économie française dépendent de satellites à protéger. Ces derniers sont surveillés par des satellites lancés par les Etats-Unis, l’Inde, la Chine et le Japon. Leur protection dépend des informations fournies, ou non, par les Etats-Unis. La capacité satellitaire européenne a donc été développée. Le système de positionnement Galileo, plus précis que le GPS américain, donne une autonomie stratégique pour les opérations militaires. Le programme d’observation de la terre Copernicus permet de surveiller les frontières et la Méditerranée. Les satellites sont mis sur orbite par des lanceurs européens ou russes en cas d’indisponibilité. Par ailleurs, la fragmentation de son industrie de défense (voir encadré) fait perdre 25 Md$/an à l’UE. Le Fonds européen de la défense (FED) a alors été mis sur pied pour financer des projets collectifs, développer des capacités nouvelles et orienter les recherches, dont les priorités seront définies par les Etats membres. Pour 2020, le FED a lancé 9 appels d’offres qui ont reçu une quarantaine de réponses de groupements d’entreprises. En 2021, il va proposer 13 Md€ sur 7 ans pour développer les technologies de « rupture », indispensables à l’avenir. La participation de pays tiers, par l’intermédiaire de leurs filiales européennes, n’est pas encore décidée. Des entreprises américaines tentent ainsi de bénéficier du financement du FED pour leurs propres recherches, de quoi mettre à mal l’autonomie de la stratégie européenne, souligne Françoise Grossetête.

Alliances. Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle menace apparaît à l’Est de l’Europe, car l’URSS n’a pas démobilisé ses troupes, rappelle le général Perruche. La création de l’Union de l’Europe occidentale estimée insuffisante pour résister à une invasion, le recours aux Etats-Unis et donc à l’OTAN devient indispensable. La disparition de cette menace en 1991 conduit à l’adaptation sécuritaire de l’OTAN, qui sera déployée au Kosovo (1998-1999) et en Afghanistan (2001-2014). Parallèlement, par le traité de Maastricht (1992) l’UE instaure une « Politique étrangère et de sécurité commune », qui sera révisée en « Politique de sécurité et de défense commune » par ceux de Nice (2001) et de Lisbonne (2009). Ainsi, l’UE pourrait prendre le relais de l’OTAN en cas de crise à proximité du territoire d’un Etat membre. Toutefois, seules la France et la Grande-Bretagne se montrent capables d’intervenir sur un théâtre d’opération. Les difficultés pour définir les capacités et les volumes nécessaires des armées des Etats membres, pour un engagement à un niveau supra national, impliquent alors le recours à l’OTAN comme pendant la guerre froide (1947-1991). Mais, la garantie sécuritaire des Etats-Unis devient incertaine en 2019, après l’annonce par Washington de l’abandon de ses alliés kurdes au Moyen-Orient.

Loïc Salmon

Selon l’ambassadeur Le Roy, sur un total mondial de dépenses militaires de 1.800 Md$ en 2018, la part des Etats-Unis atteint 650 Md$, contre 340 Md$ pour l’Union européenne (UE), 250 Md$ pour la Chine, 61 Md$ pour la Russie et 64 Md$ pour la France. L’UE dispose de 12,5 millions de soldats, 10.000 chars et 2.500 avions, mais n’en déploie que 3 % hors de ses frontières. Elle utilise 17 types de chars, 19 types de frégates et 20 types d’hélicoptères de transport. Elle consacre 10 Md$ pour l’aide aux réfugiés syriens. Quoique considérée comme un « bouc émissaire facile » par certains Etats membres, l’UE, donne l’impression de fonctionner, estime l’ambassadeur.

Europe : défense future, la dimension géopolitique

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes




Europe : défense future, la dimension géopolitique

La chute du mur de Berlin (1989) et la fin de l’antagonisme Etats-Unis-URSS ont finalement conduit au retour du jeu traditionnel des puissances, à la baisse du multilatéralisme et à la diminution de la sécurité collective en Europe.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 novembre 2019 à Paris, par la Fondation Robert Schuman et l’association EuroDéfense-France. Y sont notamment intervenus : Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat ; l’ambassadeur de France Alain Le Roy, ancien secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure (2015-2016) ; Michel Foucher, géographe et diplomate ; Jacques Rupnik, directeur de recherches à l’Institut d’études politiques de Paris ; Nadia Arbatova, Institut pour l’économie mondiale et les relations internationales, Académie des sciences de Russie.

Prise de conscience. La chute du mur de Berlin a laissé croire que la démocratie libérale et l’économie de marché avaient vocation à mettre fin à la guerre, rappelle Christian Cambon. Or les conflits du Golfe (1990-1991) et des Balkans (1991-2001) n’ont trouvé d’issues qu’avec l’intervention des Etats-Unis, soulignant l’incapacité des pays européens à assurer leur défense, sauf la Grande-Bretagne et la France qui disposent de l’arme nucléaire. Le concept français de l’autonomie stratégique, opposé à toute idée de vassalité et destiné à défendre ses intérêts vitaux, est de mieux en mieux compris en Europe. La Russie manifeste sa puissance en Crimée, dans le Donbass ukrainien et dans ses tentatives d’influencer les élections en Occident. Les Etats-Unis ont redéfini leur priorité en faveur du Pacifique, au détriment de l’Europe et du Moyen-Orient, région où ils laissent la main à la Russie. Le terrorisme islamique, qui déstabilise le Moyen-Orient et l’Afrique, constitue une menace pour tous les pays européens et provoque des flux migratoires. En 2013, l’administration Obama a refusé de condamner l’emploi de l’arme chimique en Syrie et, en 2019, l’administration Trump retire ses troupes de Syrie, offrant à la Turquie l’opportunité d’intervenir dans le Nord-Est syrien. Les Etats-Unis ont démontré : l’abandon de leur alliés kurdes, loyaux et efficaces, sans préavis ni consultation ; leur peu de souci de la menace de Daech en Europe ; leur désintérêt pour l’OTAN, avec des conséquences sur les relations entre l’UE et la Turquie. De son côté, la France a renoué le dialogue avec la Russie pour promouvoir la sécurité collective, souligne Christian Cambon.

Risque de fragmentation. L’Europe a inventé « l’Etat-nation » grâce à une communauté de langue, rappelle Michel Foucher. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, les nouveaux Etats, qui en sont issus, veulent les attributs de l’indépendance. Les frontières de l’Europe d’aujourd’hui correspondent à 72 % des tracés institués au XXème siècle. L’OTAN, garante de la sécurité et de l’équilibre en Europe, s’affaiblit du côté des Etats-Unis. La sécurité en Europe centrale se trouve menacée par deux puissances hostiles, à savoir la Russie et la Grande-Bretagne. Après le « Brexit », celle-ci devrait revenir à sa diplomatie traditionnelle de surveillance et de manipulation en Europe centrale, mais de façon limitée pour assurer sa propre sécurité. Après les conflits en Transnistrie (Etat reconnu par la Russie mais qualifié de « Région autonome de Moldavie » par l’ONU) en 1991-1992, Géorgie (2008) et Ukraine (depuis 2013), la Russie subit 876 sanctions de la part de l’Union européenne (UE), mais n’acceptera jamais que Sébastopol (Crimée) devienne un port militaire de l’OTAN. Selon Michel Foucher, la tendance au repli sur eux-mêmes des Etats-Unis devrait se poursuivre en 2030. Elle débute par l’abandon de ses alliés du Sud Viêt Nam (1975), puis d’Egypte (2011) et des Kurdes (2019). De fait, l’administration Trump exprime l’opinion d’une partie importante de la société américaine, qui ne veut plus de dépenses militaires à ses dépens, se méfie des affaires européennes et n’oublie pas ses millions de morts et de blessés dans des guerres extérieures.

Evolution à l’Est. En 1989, les frontières disparaissent entre les Europes de l’Ouest et de l’Est, entre Russie et Tchécoslovaquie, Pologne et Tchécoslovaquie et Russie et Hongrie, rappelle Jacques Rupnik. Alors que l’Europe du Centre et de l’Est se décloisonne, la Yougoslavie éclate. Après la dissolution du Pacte de Varsovie (1955-1991), la géopolitique se déplace vers l’Ouest et l’UE et l’OTAN vers l’Est, pour aboutir à des convergences économiques (rattrapage des pays de l’Est) et politiques (institutions et modes de vie), puis des clivages Nord-Sud, consécutifs à la crise de la dette de la zone euro (depuis 2010) et aux flux migratoires. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), qui n’ont pas connu les migrations des ressortissants des anciennes colonies des pays de l’Europe de l’Ouest, refusent les quotas de migrants instaurés par l’UE. Ils ont voulu adhérer à l’OTAN pour se protéger de l’Allemagne et de la Russie. La volonté des Etats-Unis de changer l’OTAN a incité la Pologne à conclure un accord bilatéral avec eux, portant sur le financement (2 Md$) de l’installation d’une base américaine sur son territoire.

Vision russe. Après la dislocation de l’URSS, la Russie, quoiqu’européenne par sa culture, n’a pas trouvé sa place sur le continent européen, indique Nadia Arbatova. Dépourvue de passé démocratique, son identité se fonde sur l’autocratie et la convergence entre pouvoir politique et puissance militaire. La Russie a cru que l’élargissement de l’UE, non considérée comme une rivale, serait une alternative à l’OTAN. Or, l’insistance des dirigeants occidentaux sur leur complémentarité se trouve à l’origine de la crise russo-ukrainienne. L’intégration de la Crimée à son territoire l’ayant exclue de tous les forums internationaux, elle s’est tournée vers le Sud de la Méditerranée. Par ailleurs, elle vend son gaz à bas prix pour garantir la stabilité politique à ses frontières. Le doute au sein de l’UE, qui y voit une volonté de restaurer l’empire des tsars, est perçu par la Russie comme une tentative de celle-ci pour empêcher son développement économique.

Loïc Salmon

Selon l’ambassadeur Le Roy, le poids démographique de l’Union européenne (UE), actuellement de 510 millions d’habitants (Mh) devrait rester le même en 2030, alors que la population mondiale devrait passer de 7,6 milliards d’habitants (Mdh) à 8,6 Mdh. Les projections 2030 s’établissent à 330 Mh pour les Etats-Unis, 140 Mh pour la Russie et 1,7 Mdh pour l’Afrique. En 2018, l’âge moyen atteint 42,8 ans au sein de l’UE, 38,1 ans aux Etats-Unis, 39,6 ans en Russie, 47,3 ans au Japon et 30,4 ans en Afrique. Dès 2014, le produit intérieur brut en parité de pouvoir d’achat de la Chine a dépassé ceux de l’UE et des Etats-Unis. Avec 1.830 Md$, le produit intérieur brut de la Russie reste inférieur à celui de l’Italie. Sur le plan commercial, la Chine « pèse » 2 Md$, l’UE 1,8 Md$ et les Etats-Unis 1,4 Md$. L’UE dépense 150 Md$ pour l’aide au développement et les Etats-Unis 34 Md$. Sur le plan monétaire, l’euro représente 21 % des réserves mondiales et le yuan chinois moins de 2 %. Premier investisseur étranger en Russie, l’UE reste son principal partenaire commercial et est considérée comme tel par la Chine.

Quel projet demain pour l’Union européenne d’aujourd’hui ?

Russie, alliance vitale

Chine : montée en puissance régionale et internationale




Opex, des vies pour la France

L’indépendance de la France et sa liberté d’action nécessitent souvent des opérations extérieures (Opex), où de nombreux soldats projetés y ont laissé la vie pour les défendre.

L’Anopex (Association nationale des participants aux opérations extérieures) leur rend hommage par cet ouvrage, qui explique en détail les différentes Opex engagées de 1963 à 2019. La politique étrangère de la France, à savoir son rôle mondial pour prévenir les conflits ou les circonscrire rapidement, est caractérisée par le général Charles de Gaulle dès novembre 1945 : la diplomatie l’exprime, l’armée la soutient et la police la couvre. En conséquence, la protection du territoire national, métropole et outre-mer, et des axes de communications maritimes et aériens ainsi que la défense des intérêts français dans le monde requièrent une projection de forces. Président de la République (1958-1969), il renforce cette indépendance diplomatique par une dissuasion nucléaire autonome et la sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN (1966). Le Livre blanc de la défense, publié en 1972 durant le mandat de son successeur, Georges Pompidou (1969-1974), présente la théorie des trois cercles. Le premier concerne le territoire national, protégé par la dissuasion nucléaire et les forces de défense opérationnelle du territoire. Le deuxième s’étend au glacis européen face au bloc soviétique. Le troisième englobe les départements et territoires d’outre-mer, dont le Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique et le Centre spatial guyanais, les forces pré-positionnées en Afrique, chez les Etats signataires d’accords de défense, et le libre passage sur les voies maritimes mondiales. Sous Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), la politique internationale et de défense reste liée aux approvisionnements pétroliers des Proche et Moyen-Orient, accompagnés de ventes d’armes et de fourniture de matériel nucléaire, la France n’ayant pas encore adhéré au traité de 1968 sur la non-prolifération. En outre, des militaires français participent, sous casque bleu, à la Force intérimaire des nations unies au Liban (1978-1979). François Mitterrand (1981-1995) crée la Brigade franco-allemande et se prononce pour le déploiement des euromissiles en Allemagne de l’Ouest face aux SS 20 soviétiques jusqu’à la dissolution du Pacte de Varsovie (1991). Une division française participe à la guerre de libération du Koweït sous l’égide de l’ONU (1990-1991). Le retour d’expérience conduit à la réorganisation du renseignement militaire avec une dimension spatiale, qui renforce l’autonomie d’appréciation stratégique. La participation française au conflit des Balkans en 1993, sous drapeau de l’ONU, se poursuit jusqu’à l’élection de Jacques Chirac (1995-2007). Ce dernier engage un contingent français en Afghanistan (2002-2014) au sein la Force internationale d’assistance et de sécurité, sous commandement OTAN et décision de l’ONU, au nom de la lutte contre le terrorisme. Partisan du multilatéralisme, il refuse de suivre l’offensive anglo-saxonne en Irak (2003) sans mandat de l’ONU. Nicolas Sarkozy (2007-2012) crée le Conseil de défense et de sécurité nationale, qui définit les priorités en matière de renseignement, contre-terrorisme, programmation militaire, dissuasion et Opex. En 2009, la France réintègre le commandement militaire intégré de l’OTAN, pour peser sur son avenir et sur ses décisions en matière d’Opex. Toutefois, elle conserve l’autonomie de sa dissuasion nucléaire.

Loïc Salmon

« Opex, des vies pour la France », ouvrage collectif. Editions Historien-Conseil, 456 pages, 38 €.

Défense : la mort, au cœur de la singularité militaire

Engagés pour la France, opérations extérieures 1978-2018

Chefs d’Etat en guerre




OTAN : évolution, partenariat, élargissement et cyber

L’OTAN s’adapte aux transformations de l’espace stratégique, qui inclut aussi le cyber. La dynamique politique, commerciale, civile et militaire de ce dernier multiplie les moyens d’actions discrètes et indirectes, rendant difficile l’établir la responsabilité d’un Etat.

Ce domaine a fait l’objet d’un colloque organisé, le 16 septembre 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à l’occasion du 70ème anniversaire de l’OTAN. Y sont notamment intervenus : le général (2S) Michel Yakovleff, titulaire de différents postes à l’OTAN de 2009 à 2016 puis enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris ; Guillaume Lasconjarias, délégué défense au ministère de l’Education nationale ; Camille Morel, Université Lyon 3. En outre, la FRS a diffusé une note de recherche intitulée « Du cyber et de la guerre », écrite par son chercheur associé, le général (2S) Olivier Kempf.

Alliance militaire évolutive. L’OTAN consiste en exercices et partenariats qui produisent du dialogue et de la sécurité, mais a tendance à militariser la situation du monde, explique le général Yakovleff. Depuis 50 ans, elle développe ses capacités par des exercices, dont les normes constituent un label fort, au point que la Russie a réformé ses forces armées en conséquence. Les opérations entreprises par l’OTAN au Kosovo, en Afghanistan et en Irak depuis 1999 apparaissent comme des « accidents historiques ». L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord a en effet évolué au cours d’une succession de réformes. Créée face à l’URSS en 1949 par des pays occidentaux démocratiques, elle s’est réinventée dans le « Partenariat pour la paix », passant d’une alliance « contre » à une alliance « pour » agir ensemble. Fondée sur le consensus, l’OTAN n’est pas le « faux-nez » des Etats-Unis, qui fédèrent l’espace stratégique en profondeur dans le respect des opinions des autres, souligne le général. Même si les Etats-Unis représentent 25 % de la structure militaire de l’OTAN, une opération peut se faire sans eux, notamment par une coalition spécifique avec les structures existantes. La France le démontre au Sahel, sans pour autant conduire une opération « à l’américaine ». Peu pourvue en implantations et en fonctionnaires, l’OTAN constitue une véritable école de partage pour les milliers d’officiers des pays membres qui y sont affectés trois ans. Toutefois, elle se trouve fragilisée par l’un de ses membres, la Turquie, qui représente une menace existentielle plus grave que la résurgence de la Russie, avertit le général. Selon lui, la puissance militaire turque face à l’URSS d’autrefois a diminué, depuis que le régime actuel terrorise les élites militaires, a décapité l’armée de l’Air et a accumulé les erreurs tactiques en Syrie face à Daech, causant des pertes colossales malgré les moyens engagés.

Défense et sécurité. Après l’éclatement du Pacte de Varsovie (1991), l’OTAN s’est élargie pour se transformer en alliance de sécurité collective et assurer une légitimité maximale, indique Guillaume Lasconjarias. Elle a accueilli son 30ème membre, la Macédoine du Nord, en 2019 à l’issue d’un compromis sur son nom avec la Grèce. L’OTAN promeut les valeurs occidentales, dont l’état de droit, dans les forces armées des membres du « Partenariat pour la paix » (20 pays, pour la plupart neutres ou de l’ex-URSS), mais le dialogue avec la Russie a été interrompu après son annexion de la Crimée en 2014. L’OTAN entretient d’autres partenariats dans le monde : « Dialogue méditerranéen » (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc et Tunisie) ; « lnitiative de coopération d’Istanbul » (Bahreïn, Qatar, Koweït et Emirats arabes unis) ; « Partners around the Globe » (Afghanistan, Australie, Colombie, Irak, Japon, Corée du Sud, Mongolie, Nouvelle-Zélande et Pakistan). S’y ajoutent ceux avec diverses organisations internationales : ONU ; Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ; Union européenne ; Union africaine ; Ligue arabe. La Géorgie et l’Ukraine ne peuvent encore la rejoindre, à cause de leurs conflits territoriaux en cours : Abkhazie et Ossétie du Sud pour la première et Crimée pour la seconde. Par ailleurs, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie veulent y adhérer, car la présence des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, principaux pays membres, permettrait de créer une coalition spécifique en cas de conflit multinational dans leur environnement proche. En raison de ses engagements internationaux et de ses capacités expéditionnaires, l’OTAN se trouve sur deux fronts. Sa direction stratégique Est traite la Russie, les menaces hybrides, la pression économique et la dissuasion nucléaire. Sa direction stratégique Sud s’occupe du djihadisme, du terrorisme et des migrations. L’OTAN doit gérer les crises, assurer une défense collective et coopérer en matière de sécurité. Elle considère que si les Etats du Sud sont en sécurité, ceux du Nord le seront aussi.

Conflictualité nouvelle. Selon le général Kempf, la lutte générale dans le cyber mélange : les intérêts de puissance, réservés aux Etats ; les intérêts économiques des firmes multinationales et des mafias ; les intérêts politiques ou idéologiques (organisation non gouvernementales, djihadistes, Wikileaks, Anonymous et « cyberpatriotes ») ; les intérêts individuels (hackers). En outre, le cyber constitue un outil remarquable pour des actions hostiles, en-deçà du seuil de la guerre et en dehors d’actions militaires classiques : sanctions juridiques ; blocus économiques ; amendes ; guerre économique ; actions massives d’influence. La « cyberconflictualité » s’est développée en même temps que la mondialisation. Elle sape la concurrence par l’emploi souterrain et quotidien de l’espionnage, du sabotage et de la subversion. Aux Etats-Unis, sous prétexte de lutte-anti-terrorisme, la NSA espionne surtout les pays concurrents et collabore, dans une relation à double sens, avec les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). La Chine, pratique une stratégie d’espionnage économique par tous les moyens, y compris le cyber. Russie, Israël et Singapour entretiennent une symbiose étroite entre les services spécialisés et les jeunes passionnés d’informatique. A terme, conclut le général, cette nouvelle conflictualité va fusionner les guerres militaires, les oppositions géopolitiques et les concurrences économiques. Toutefois, elle n’a pas encore tué d’êtres humains.

Loïc Salmon

Selon Camille Morel, 350 câbles sous-marins acheminent 80 % des flux de données, publiques et privées, transitant sur internet. Les satellites ne jouent qu’un rôle complémentaire, notamment en Arctique et au Canada. Dès le XIXème siècle, ces réseaux de câbles font l’objet de menaces, surtout par l’espionnage. Depuis les années 1980, des Etats et des organisations non étatiques tentent de capter les informations en transit sur la fibre optique des câbles et peuvent, éventuellement, s’attaquer à leurs réseaux de gestion. L’OTAN a pris conscience de la vulnérabilité des câbles sous-marins et les considère comme des cibles militaires en temps de guerre. Elle a lancé une réflexion sur leur importance, le droit de la mer et la nécessité d’accroître la résilience dans ce domaine. De leur côté, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne réglementent l’exportation des matériaux et éléments les concernant.

OTAN : synergie pour traiter les symptômes et causes des crises

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)




Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

L’Initiative européenne d’intervention (IEI), forte de dix membres, devrait bientôt en compter quatre de plus, à savoir deux au Nord et deux au Sud.

Sa deuxième réunion des ministres de la Défense s’est tenue le 20 septembre 2019 à Hilversum (Pays-Bas). Selon l’Agence France Presse, l’IEI doit examiner les candidatures de la Norvège et de la Suède (d’après une source proche du dossier), de l’Italie (communiqué du gouvernement italien) et de la Grèce (annonce du président de la République française à la conférence des ambassadeurs fin août). L’IEI a été lancée par la France en juin 2018, en raison du nouveau contexte stratégique et des nouvelles formes de conflit. Elle compte l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Portugal.

Coopération franco-estonienne. En marge de la réunion d’Hilversum, Florence Parly, ministre des Armées, a rencontré son homologue estonien Jüri Luik pour célébrer et approfondir les 25 ans de l’accord de coopération bilatérale de défense. Des militaires des deux pays ont servi ensemble au bataillon de la « présence avancée renforcée » de l’OTAN en Estonie, élément essentiel de la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance atlantique. La France, qui y a contribué en 2017 et 2019, va renouveler son engagement opérationnel en 2021. Depuis 2018, l’Estonie participe à l’opération « Barkhane » de lutte contre le terrorisme au Sahel en portant assistance aux forces armées maliennes pour développer leur capacité en matière de sécurité. En 2020, elle va accroître sa présence par le déploiement d’une section d’infanterie et des forces spéciales. Enfin, France et Estonie coopèrent en matière de cyberdéfense.

Culture stratégique commune. Selon un document du ministère des Armées, les dix membres actuels de l’IEI totalisent plus 300 millions d’habitants, dépensent plus de 160 Md€ par an pour leur défense et déploient 25.000 soldats en opérations extérieures. Depuis novembre 2018, Les rencontres militaires, au niveau des hauts représentants d’états-majors, portent sur la conduite de travaux opérationnels pour répondre ensemble aux menaces actuelles et futures. Elles reposent sur le partage du renseignement et l’anticipation stratégique commune sur les zones de crise actuelles et potentielles. Elles conduisent des planifications concrètes sur des questions ou thématiques transverses entre les pays membres intéressés. Elles portent aussi sur le retour d’expérience, l’appui aux opérations et le partage de doctrines. Il s’agit de développer une capacité commune à réagir rapidement aux catastrophes naturelles, par des opérations non-combattantes d’évacuation des ressortissants, et à mener des opérations militaires de haute intensité dans le monde entier. Quoiqu’indépendante de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN, l’IEI partage avec elles l’objectif commun de la sécurité de l’Europe. Elle vise à les renforcer par une action militaire dans leur cadre respectif, celui de l’ONU ou celui d’une coalition spécifique. Complémentaire de l’OTAN et de l’UE, l’IEI devrait couvrir, par des coopérations opérationnelles pragmatiques, des domaines incomplètement traités par l’OTAN et l’UE, notamment dans le cadre de la « Coopération structurée permanente » du traité de Lisbonne (2009), relative à la défense des pays membres de l’UE.

Loïc Salmon

Europe : une défense commune par des réalisations progressives et protéiformes

Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise




14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

L’édition 2019 du défilé sur les Champs-Elysées à Paris souligne l’engagement européen en matière de défense et de sécurité. Elle inclut une présentation des innovations dans les domaines de la robotique, de l’espace et du cyber.

Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué à la presse le 11 juin à Paris. L’édition 2019 fête divers anniversaires de formations participant au défilé : 80 ans du Bataillon des marins-pompiers de Marseille ; 70 ans de l’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air (école féminisée depuis 20 ans) ; 55 ans des Forces aériennes stratégiques (armée de l’Air et Marine nationale) ; 30 ans de la Brigade franco-allemande (BFA) ; 10 ans de l’Ecole des mousses.

Solidarité européenne. Le thème « Protéger ensemble » met en valeur les coopérations des armées européennes dans leurs accords bilatéraux et multilatéraux, leurs missions au sein de l’OTAN (police de l’air pour les pays baltes) ou dans le cadre de l’Union européenne et enfin l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Cette dernière regroupe dix pays : France ; Allemagne ; Belgique ; Danemark ; Espagne ; Estonie ; Finlande ; Pays-Bas ; Portugal ; Grande-Bretagne. Leurs écoles de formation accueillent des stagiaires étrangers. Ces pays sont représentés par : leurs emblèmes, à savoir détachement autour du drapeau national ; des troupes à pied pour la BFA, le Corps de réaction rapide France (OTAN), le Corps de réaction rapide européen, des frégates multi-missions FREMM et le porte-hélicoptères amphibie Mistral ; des aéronefs, dont des avions de chasse F18, Typhoon, F16 et Tornado et des hélicoptères NH90, Tigre et CH47. Les pays membres de l’IEI coopèrent à différents niveaux, de la réflexion stratégique à l’engagement commun au sol, sur mer et dans les airs. En particulier, la Grande-Bretagne et la France partagent la même culture dans ces domaines depuis longtemps.

Participations exceptionnelles. D’une durée de deux heures, le défilé totalise 4.212 personnels défilant à pied, 196 véhicules, 200 cavaliers de la Garde républicaine, 66 avions et 36 hélicoptères. Il se déroule sur 1,2 km le long de l’avenue des Champs-Elysées dont la largeur a été réduite à 19 m pour dégager 8 m de pistes cyclables. Il inclut notamment et pour la première fois : l’avion de transport et de ravitaillement en vol Airbus A330 MRTT ; l’avion de guerre électronique C160 Gabriel ; l’avion d’essais en vol Fokker 100 de la Direction générale de l’armement ; le Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie ; une formation des Centre médicaux des armées. Suite à la création de l’Agence de l’innovation de défense en 2018 destinée à acquérir la supériorité opérationnelle face aux menaces de demain, l’animation initiale présente les projets les plus avancés dans tous les milieux : terrestre avec le robot Stamina, capable de suivre un itinéraire sans GPS ; spatial, aérien et cybernétique par des projections de vidéos sur de grands écrans à la place de la Concorde. L’animation finale, centrée sur les blessés comme au défilé de la Victoire en 1919, présente : l’étendard de l’Institution nationale des Invalides avec une collecte de sang dans l’enceinte des Invalides l’après-midi ; la musique de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris et les chœurs des écoles militaires ; des jeunes du Service national universel et du Service civique ; des blessés qui se reconstruisent par le sport de haut niveau. Par ailleurs, chaque année, à l’occasion du 14 juillet, le Souvenir Français rend hommage aux 19 présidents de la République décédés et inhumés en France, dont 7 à Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Défense : démarche capacitaire, de la menace à l’organisation et à la coopération européenne




Guerre : complexité des approches politique et militaire

Conduire une guerre nécessite une solidarité entre autorité politique, direction militaire et soutien populaire. Cela repose sur la confiance qui se gagne et se maintient en toutes circonstances.

Cette équation complexe a été exposée par le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’état-major particulier du président de la République (1999-2002), d’Etat-major des armées (2002-2006) et du Comité militaire de l’Union européenne (2006-2009), lors d’une conférence débat organisée, le 16 mai 2019 à Paris, par les associations EuroDéfense-France et Minerve EMSST.

Evolution de la guerre. Les philosophes et les physiocrates du XVIIIème siècle pensaient que la démocratie et les échanges commerciaux supprimeraient la guerre. A l’issue de la guerre froide (1947-1991) l’opinion générale estimait impossible le retour d’un conflit majeur pour trois raisons : supériorité de la puissance économique à la puissance militaire ; forte dévaluation des valeurs guerrières traditionnelles ; coût de la guerre dépassant le bénéfice escompté. Seul ce dernier argument reste valable, estime le général Bentégeat, qui souligne que l’Europe de l’Ouest connaît la paix depuis 1945 et que le nombre de conflits dans le monde a diminué de moitié depuis 1991. Toutefois, des signes avant-coureurs d’un retour probable de la guerre n’ont pas disparu. D’abord, l’obstacle majeur, à savoir la terreur de l’arme nucléaire, se trouve ébranlé par le boycott, par les Etats-Unis, du vote sur le Traité d’interdiction des armes nucléaires, adopté en 2017 par 122 pays lors d’une assemblée générale de l’ONU. Ensuite, des conflits persistent localement au Yémen et dans la bande sahélo-saharienne. Sur le plan économique, le retour à l’unilatéralisme du XIXème siècle vide le G20 de sa substance. Le décalage démographique entre l’Union européenne et l’Afrique va accroître les flux migratoires et le réchauffement climatique entraîner des conflits en Afrique avec des répercussions en Europe. Les ressorts de la guerre persistent : fond d’agressivité lié à la peur du plus fort ; remise en cause de l’état de droit par la violence, la haine et l’intérêt. La guerre change de forme : absence de déclaration formelle ; conflits ethnique et religieux ; élargissements aux cyberespace et espace extra-atmosphérique ; porosité de la frontière entre guerre et paix. La guerre, selon le théoricien militaire Clausewitz (1780-1831), reste un affrontement de volontés, mais avec un caractère hybride, une multiplicité d’acteurs et un poids accru des opinions publiques. En effet, la société ne supporte plus le choc de la mort au combat et n’assume plus des pertes massives. En 1914, au début de la première guerre mondiale, ces dernières avaient atteint 20.000 morts en un jour, sans susciter une émotion comparable à celle des 10 morts dans une embuscade en Afghanistan en 2008.

Eléments-clés. Auteur du livre « Chefs d’Etat en guerre », le général Bentégeat en a dégagé des caractéristiques. Le chef de l’Etat, décideur de la guerre, doit avoir une vision réaliste de la situation, une ambition raisonnable et la capacité de mobiliser la nation et toutes ses ressources. Sans scrupules, il choisit un chef militaire compétent et garde son sang-froid pour ne pas céder à l’émotion ni à la colère. Loyal mais sans complaisance vis-à-vis de lui, le chef militaire a acquis sa compétence par une expérience opérationnelle, quoique pas toujours appropriée. Son « sens politique » lui permet de comprendre les motivations et contraintes du chef de l’Etat, sans pour autant porter atteinte aux exigences opérationnelles. L’adhésion du peuple, facteur crucial du succès, nécessite de gagner la bataille de l’information, notamment sur les réseaux sociaux qui génèrent désinformation, émotion et impatience.

Fonctionnement opérationnel. Dirigeants politiques et militaires partagent un intérêt commun dans l’art de la guerre. Or le succès d’une opération se trouve contraint à l’immédiateté par le calendrier électoral des dirigeants politiques, qui vient dans le temps court, alors que les chefs militaires travaillent dans le temps long. Le politique donne des directives floues pour ménager l’opinion publique, quand le militaire attend des ordres clairs pour une action la plus précise possible. Les armées sont destinées à combattre et à gagner la guerre. Mais ignorer sa finalité politique conduit au risque d’un enfermement technique et tactique. Les chefs d’Etat recherchent le compromis, quand les chefs militaires tendent à s’en tenir aux schémas et slogans de la culture OTAN, indique le général Bentégeat. Quoique s’impose la soumission du chef militaire à l’autorité politique, celle-ci conserve une certaine méfiance à son égard. Elle aura alors tendance à exercer un contrôle, soit absolu et permanent, soit discret et sournois. Normalement, le chef de l’Etat fixe le but à atteindre et les « lignes rouges » spatiale et temporelle à ne pas dépasser et le chef militaire exécute. Toutefois, un échec tactique aura un impact politique susceptible de modifier les équilibres diplomatiques dans la région. En effet, l’action militaire n’est qu’un élément de la stratégie globale, qui inclut des aspects financiers et économiques. L’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne implique directement la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad et, indirectement, l’Algérie à la frontière Nord et l’Arabie saoudite qui finance. Les militaires ont quelque chose à dire sur les opérations mais ne restent qu’un an sur zone. Le but politique porte sur les aides au développement et aux armées locales. Il nécessite une coordination des actions auprès des gouvernements locaux pour parvenir à une solution diplomatique.

Le cas français. Chaque semaine un conseil restreint de défense et de sécurité nationale réunit le président de la République, le Premier ministre, les ministres concernés et le chef d’Etat-major des armées. Avec pour objectif le succès des opérations, ce dernier assure le commandement opérationnel du feu, le chef d’état-major particulier du président de la République la fonction de conseil et, depuis 2013, le ministre des Armées celle de l’emploi des forces. Le Parlement n’est consulté qu’après quatre mois. Toutefois, la complexité des opérations renforce l’incertitude de la prise de décision, indique le général Bentégeat. En matière de renseignement, les services français donnent une appréciation de la situation complétée, sur le plan opérationnel, par des moyens américains. La conduite d’une guerre par la France seule devient impossible pour des raisons de capacité militaire et de légitimité internationale, toute action unilatérale engendrant la suspicion. Enfin, les sondages soulignent le renforcement du lien Armée-Nation depuis la suspension de la conscription.

Loïc Salmon

Selon le général Bentégeat, l’Union européenne, qui dispose de 1,5 million de militaires, parvient difficilement à en déployer 5.000…dont la moitié de Français ! Ses deux groupements tactiques en alerte n’ont pas été engagés depuis 2005, en raison de difficultés capacitaires et par manque de volonté politique des dirigeants des pays membres. La constitution, à terme, d’une armée de l’UE présuppose une politique étrangère commune. Mais l’idée rencontre déjà une opinion favorable de la part de 43 % des Européens.

Chefs d’Etat en guerre

État-major des armées : bilan de l’amiral Édouard Guillaud

CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions

 




Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Norvège, Suède, Finlande et Danemark considèrent l’OTAN comme leur principal partenaire de défense et disposent de bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Marin Lundmark, professeur associé à l’Université suédoise de défense, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 10 avril 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique.

Menace en Baltique. Les interventions de la Russie en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont conduit les pays nordiques à réévaluer sa menace en mer Baltique. Leur coopération mutuelle s’accroît par des exercices militaires, une meilleure interopérabilité et une intégration opérationnelle transfrontalière. Norvège, Suède, Finlande et Danemark participent à Nordefco, programme de collaboration en matière de défense, dont la fabrication de munitions et de tenues de combat. Des groupes de travail s’impliquent dans la logistique, la sécurité des approvisionnements et l’élaboration de normes communes pour le partage d’informations et de données. En mer Baltique, la coopération opérationnelle repose sur des accords bilatéraux et des collaborations régionales selon les conditions de l’OTAN. Quoique non membres de l’Alliance atlantique, la Finlande et la Suède en sont très proches. Les relations avec l’Allemagne et la Pologne restent peu développées. La participation à l’Europe de la défense reste limitée en matière de préparation opérationnelle et de capacités militaires. Le Danemark ne se manifeste guère au sein de l’Agence européenne de défense. Pologne, Estonie, Lettonie et Lituanie, ex-membres du pacte de Varsovie, préfèrent l’OTAN et se préparent à porter leur budget de défense à 2 % de leur produit national brut, objectif fixé par l’Alliance atlantique.

BITD croisées. Les quatre pays nordiques développent leurs capacités militaires et sécurisent leurs productions locales d’armements, qui leur permettent d’exporter des matériels d’armement, mais ils en importent aussi. Sur la période 2009-2018, la Suède se trouve en tête avec un ratio exportations/importations de 4,86, dont 3,62 Md$ à l’export et 745 M$ à l’import. Arrivent ensuite : la Norvège, 0,55, 1,52 Mds$ et 2,75 Mds$ ; la Finlande, 0,45, 625 M$ et 1,38 Md$ ; le Danemark, 0,29, 209 M$ et 722 M$. La BITD suédoise compte quatre entreprises : Saab, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 3,09 Md$, dont 84 % dans la défense, et emploie 16.400 personnes ; BAE Systems Hägglunds, 400M$ (90 %) et 700 personnes ; BAE Systems Bofors, 160 M$ (100 %) et 300 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Finlande, 60 M$ (% non divulgué) et 200 personnes. La BITD norvégienne compte deux entreprises : Kongsberg, 771 M$ (44 %) et 6.800 personnes ; Nammo, 432 $ (80 %) et 300 personnes. la BITD finlandaise compte deux compagnies : Patria, 486 Md$ (92 %) et 90 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Suède. L’influence et le contrôle de l’Etat se font sentir sur les BITD du Danemark, de la Finlande et de la Norvège mais guère sur celle de la Suède. Ainsi, l’Etat norvégien possède 63,2 % de Kongsberg et l’Etat finlandais 49,9 % de Patria. Kongsberg, actionnaire à 50,1 % de Patria, est propriétaire de Nammo qui exploite des usines en Norvège, Finlande et Suède. Le groupe britannique BAE Systems a racheté les sociétés suédoises Hägglunds et Bofors. Le groupe national français Nexter contrôle Eurenco, également filiale de Saab et Patria et qui dispose d’installations en Suède et en Finlande.

Loïc Salmon

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense




Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Alors que la Russie et les Etats-Unis planifient leurs moyens de défense en convergence avec leurs intérêts stratégiques, l’Union européenne (UE) se trouve fragilisée de l’intérieur et reste vulnérable à l’extérieur, faute de doctrine commune de défense.

Ce thème a été traité par Louis Gautier, ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (2014-2018), au cours d’une conférence-débat organisée le 13 mars 2019 à Paris par l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Qui tient qui ? La Russie s’est rétablie avec agressivité et désavoue les principes des accords d’Helsinki (1975), portant sur la sécurité et la coopération en Europe et signés par 35 Etats, dont l’Union soviétique et les Etats-Unis. Elle recourt à l’intimidation ou à la provocation et non à l’invasion, comme en Géorgie, en Ossétie du Sud ou au Dombass. En outre, elle s’est mise à l’écart du droit international par l’annexion de la Crimée. Autrefois, cette question aurait été réglée dans la discrétion diplomatique mais, aujourd’hui, le monde est devenu transparent. De retour sur le pourtour méditerranéen par son intervention en Syrie, la Russie y démontre son savoir-faire, sa technologie et sa diplomatie. Les Etats-Unis avaient fait de même lors de la guerre du Golfe (1991). Par ailleurs, les domaines cyber et spatial, qui permettent à la société de fonctionner, prennent, en cas de conflit, une dimension militaire qui évite un bombardement comme au Kosovo (1998-1999). Une cyberattaque russe en Ukraine s’est répercutée sur l’entreprise française Saint-Gobain, qui a perdu 250 M$ de chiffre d’affaires. Malgré quelques vulnérabilités, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne peuvent « durcir » efficacement leurs systèmes informatiques, contrairement aux autres pays de l’UE. Celle-ci ne prend pas conscience du danger, estime Louis Gautier, et s’en remet à l’OTAN en cas d’agression armée. Or, la stratégie russe ne recherche pas le conflit ouvert. Leur suspension des traités sur les Forces conventionnelles en Europe, les Forces nucléaires à portée intermédiaire et « Ciel ouvert » (surveillance des territoires des Etats signataires pour limiter la course aux armements) donnent carte libre à la Russie en Europe et aux Etats-Unis en Asie. Lors des opérations dans les Balkans (1998-2000) et en Libye (2011), ces derniers ont déclaré qu’ils ne s’engageraient pas à n’importe quel prix aux côtés de l’UE, en cas de crise cyber majeure ou de conflit armé à ses frontières.

Que faire ? L’UE dispose de 1,5 million de soldats et d’un budget de défense d’environ 240 Md€, supérieur à ceux de la Chine et de la Russie. La nécessité s’impose de redonner de la cohésion aux projets sur le volet capacitaire et la stratégie globale, faute de doctrine officielle sur l’évaluation de la menace, les missions et le contrôle opérationnel des moyens. L’OTAN assurant la défense collective, les missions « dures » relèvent de coalitions ou d’une nation cadre, comme pour les opérations de maintien de la paix ou l’évacuation de ressortissants en Chine et en Corée en cas de tension dans la péninsule coréenne. La cohérence dans le continuum défense sécurité (cyber et spatial inclus) implique des capacités civiles, militaires et civilo-militaires. Elle nécessite aussi de constituer une base industrielle et technologique de défense européenne, pour éviter le déclassement dans la compétition internationale. Ainsi, le crédit communautaire de 4 Mds€ pour la défense permettra d’investir dans la furtivité, l’hypervélocité et les nanotechnologies et soulagera les budgets nationaux.

Loïc Salmon

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Europe : la dimension militaire, une question de survie




Stratégie : la dissuasion, nucléaire pour longtemps

Les espaces aérien et extra-atmosphérique, la haute mer, le cyber, l’émergence d’acteurs non-étatiques et les violences terroristes constituent de nouvelles dissuasions. Celle par l’arme nucléaire, quoique contestée, perdure.

Ces questions ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 décembre 2018 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Eric Danon, ministère des Affaires étrangères.

La dissuasion nucléaire française. Clé de voûte de la stratégie de la France pour la protection de ses intérêts vitaux, la dissuasion nucléaire fonctionne en permanence depuis 1964, rappelle le général Lecointre. Elle induit chez l’adversaire la certitude que son action, au-delà d’une certaine limite, sera source de dégâts inacceptables pour lui et que le courage de les lui infliger existe. Les armes nucléaires peuvent être mises en œuvre à tout moment avec une palette d’options entre missiles M51 des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (500 patrouilles à ce jour) et le missile air-sol moyenne portée amélioré des Forces aériennes stratégiques (plus de 20.000 jours de vol). La dissuasion française exclut l’arme nucléaire tactique, la riposte graduée et l’abaissement du seuil, pour ne pas laisser à l’adversaire le temps de calculer les risques inhérents à une agression. Le président de la République, chef des armées, décide en dernier ressort et le chef d’état-major des armées prépare les plans de frappe nucléaire. La crédibilité de la dissuasion dépend de l’architecture entre forces nucléaires et forces conventionnelles. La situation géopolitique actuelle produit des ruptures non encore explorées et prend en compte les visions des compétiteurs et des adversaires. La menace évolue avec le perfectionnement des armes nucléaires et leurs capacités. Sa fluidité varie de l’affrontement de nature physique sur terre, sur mer et dans les airs, à la confrontation dans l’espace et le cyber. La conflictualité se durcit avec le retour des Etats puissances, la remise en cause des traités et les tensions à l’Est de l’Europe, aux Proche et Moyen-Orient et dans la zone Asie-Pacifique. La frontière se brouille entre intimidation, chantage nucléaire et agressions de type hybride. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5 Md€/an pour la modernisation des armes nucléaires, notamment la navigation inertielle, la discrétion acoustique et le ravitaillement en vol. Elle ne se fera pas au détriment des forces conventionnelles, pour éviter tout contournement de la dissuasion ou le dilemme ente escalade et renoncement.

Contestations récurrentes. La remise en cause de l’arme nucléaire, pour des raisons diverses, remonte aux bombardements de 1945 et à la constitution des arsenaux américain et soviétique, indique l’ambassadeur Danon. Le premier argument, d’ordre humanitaire et environnemental, rappelle les accidents techniques et les appréciations politiques contradictoires. Le deuxième en souligne l’inutilité, puisqu’elle a quand même conduit à la guerre par procuration en Afrique et en Asie du Sud-Est. Il repose sur la représentation de la détermination de l’adversaire à l’utiliser, à savoir que personne n’osera « appuyer sur le bouton » et assumer la responsabilité d’un suicide collectif. Selon le troisième, l’arme nucléaire ne profite qu’aux neuf pays détenteurs : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. Certains abusent de la situation pour agir sur des théâtres extérieurs en toute impunité, comme la Russie en Crimée, la Chine en mer de Chine et l’OTAN en Libye. Cette situation risquant de perdurer, les contestataires veulent forcer, par traité, les pays nucléaires à désarmer. Or seul le contexte stratégique impose un traité, souligne l’ambassadeur, d’autant plus que les accords de protection mutuelle bénéficient à une trentaine de pays, soit 64 % de la population mondiale. La dissuasion nucléaire, consistant à empêcher la guerre pour préserver la paix, prend aussi une dimension morale. Celle-ci a d’abord reposé sur l’éthique de « conviction » de Churchill, justifiant l’emploi de la bombe atomique en 1945 pour éviter un nombre supérieur de morts dans une guerre conventionnelle. Aujourd’hui, l’éthique de « responsabilité » préfère conserver le système de sécurité collective existant pour éviter une guerre mondiale. Après trente ans de mondialisation, le retour des rapports de puissance démontre que l’architecture de défense et de sécurité établi après la seconde guerre mondiale ne fonctionne plus. En outre, la pérennité des alliances est remise en question par l’administration américaine depuis l’introduction du doute sur l’automaticité de l’article V de l’OTAN. Cet article stipule : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la charte des Nations unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. » Il s’ensuit un clivage entre les pays européens, certains (à l’Est) souhaitant un rapprochement avec les Etats-Unis et les autres (à l’Ouest) voulant une autonomie européenne. La prolifération représente un risque considérable de déstabilisation mondiale car, si l’Iran décide de se doter effectivement de l’arme nucléaire, d’autres pays seront tentés de l’imiter. Nouveau champ d’affrontement, le cyber fait l’objet de réflexions comme autre moyen de dissuasion. Sur le plan technologique, l’utilisation de l’intelligence artificielle devrait permettre de contrer les cyberattaques. Elle existe déjà dans l’armement nucléaire. Le contexte nucléaire évolue en permanence, sans qu’apparaisse encore un autre système de sécurité collective, conclut l’ambassadeur Danon.

Loïc Salmon

Lors du colloque du 6 décembre 2018, la Fondation suisse « the House of the Rising Stars » a présenté un classement par pays en matière de sécurité globale. Elle a analysé l’action des gouvernements dans le domaine de la protection de l’intégrité du territoire et de la population, incluant la défense extérieure, la sécurité intérieure, la liberté d’opinion et d’expression, la santé publique et le développement durable. Voici les critères retenus : dépenses militaires (% du produit intérieur brut) ; dépenses courantes de santé (idem) ; homicides intentionnels pour 100.000 habitants ; espérance de vie à la naissance ; taux de mortalité infantile pour 1.000 enfants de moins de cinq ans ; indice de liberté d’opinion et d’expression ; indice de performance environnementale. Parmi les 127 pays étudiés, Israël arrive en tête des 10 premiers lauréats, devant les Etats-Unis, la France, la Norvège, l’Australie, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Suède, l’Allemagne et le Japon.

Stratégie : contexte évolutif de la dissuasion nucléaire

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Cyber : dilution des frontières territoriales et souveraineté