Pierre Sellier, le « clairon de l’armistice »

Quatre fois blessé, titulaire de la croix de Guerre et de la Médaille militaire, le caporal Pierre Sellier (1892-1949), chevalier de la Légion d’honneur décoré aux Invalides à Paris, entre dans l’Histoire en novembre 1918.

La première guerre mondiale a mobilisé 8,5 millions de Français en 4 ans, dont 1,35 million sont morts et des millions d’autres blessés, gazés, défigurés et amputés. A l’époque, le clairon transmet les ordres sur la base de sonneries réglementaires. Le 7 novembre 1918, Sellier sonne le « Cessez-le-feu » (arrêt négocié des combats) sur la ligne de front, puis le 11 novembre à 11 h quand l’armistice est effectivement signé. Son parcours militaire a été reconstitué à partir des Journaux des marches et opérations des régiments où il a servi. Incorporé comme soldat de 2ème classe en 1913 au 172ème Régiment d’infanterie (RI) à Belfort, il devient clairon en 1915 et sert aussi au 171ème RI. Ce dernier reçoit la croix de Guerre en 1917 puis la fourragère en 1919. Le 7 novembre 1918, Sellier est agent de liaison du capitaine Lhuillier, commandant le 19ème bataillon de chasseurs stationné à La Capelle (Aisne). Le quotidien L’Intransigeant rapporte la scène suivante : « – Sellier dit le capitaine, j’aurai sûrement besoin de toi aujourd’hui pour sonner. Pour sonner quoi ? A quel propos ? Pour les avions ? Pour les gaz ? Sellier était trop peu bavard pour le demander. Aussi son capitaine succomba-t-il quelques instants plus tard sous le poids du secret. – Sellier, on attend les parlementaires boches. » Dans son unique interview au même journal, Sellier raconte : « « Alors monsieur, j’ai sonné le garde à vous ! J’ai sonné le refrain du 171ème : « Encore un bleu qu’a perdu son pompon » ; j’ai sonné le refrain du 19ème bataillon ; j’ai sonné celui du 20ème bataillon qui était en réserve ; en somme tous les refrains de la division. Puis j’ai sonné : « Cessez le feu », enfin « Halte-là », comme au champ de tir. Enfin, je suis monté sur le marchepied de l’auto des parlementaires et mon capitaine me criait sans cesse : « Sonne donc ! Sonne donc ! » » Le 25 août 1919, Sellier, démobilisé, reçoit son « certificat de bonne conduite », document de recommandation ou de référence pour l’accès à un futur emploi. Rappelé en 1939, promu maréchal des logis (sergent) le 23 mars 1940, il est démobilisé le 11 mai. Il entre alors en résistance, rejoint le maquis du Lomont puis s’engage dans la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny jusqu’en Allemagne du Sud. Il termine la guerre comme adjudant et retourne à la vie civile. Sa mort soudaine en 1949, à l’âge de 56 ans, est annoncée à la radio. Après des obsèques solennelles, il est d’abord inhumé au cimetière de Beaucourt, puis transféré en 1964 à celui de Reppe (Territoire de Belfort). Entre les deux guerres, Sellier avait décliné une première proposition de tournée triomphale, aux Etats-Unis, de l’American Legion, association des anciens combattants du corps expéditionnaire américain. Il en avait refusé une seconde, mais cette fois en compagnie de son homologue allemand, le maréchal des logis chef Arthur Zobrowski. Ce dernier a refusé de vendre sa trompette à un financier américain. Sellier, lui, a fait don de son clairon au musée de l’Armée aux Invalides. Son nom a été donné à une rue de sa ville natale, Beaucourt, où une stèle a été érigée en son honneur. Il figure sur un vitrail du temple protestant de Château-Thierry (Aisne) et sur des monuments à La Flamengrie (Aisne) et Beauwelz (Belgique).

Loïc Salmon

« Pierre Sellier, le clairon de l’armistice », par Damien Charlier et Eva Renucci. Éditions Le Livre d’histoire, 170 p/29 €

Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Novembre 1918, aléas d’une mission de paix

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne




Monde combattant : écoute, concertation, protection et modernisation

Aide et accompagnement des soldats et anciens combattants, honneur à la mémoire de ceux morts au feu ou à l’entraînement et renfort du lien Armées-Nation constituent des missions à remplir dans la durée.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, l’a expliqué, le 23 janvier 2019 à Paris, lors de ses vœux au monde combattant.

Actions en 2019. La carte du combattant est désormais attribuée aux soldats français engagés en Algérie entre juillet 1962 et juillet 1964. Cette mesure, qui coûtera 30 M€ par an, portera sur 50.000 cartes, dont plus de 8.000 dossiers ont déjà été instruits. A la suite des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie (18 mars 1962), quelque 75.000 soldats français, dont une majorité d’appelés, sont restés mobilisés pendant cette période. Malgré les demandes récurrentes d’associations d’anciens combattants, ils n’avaient jamais pu bénéficier de la carte de combattant, de la reconnaissance, de l’action sociale et des avantages y afférant. En revanche, cette carte est attribuée à tous les militaires déployés en opérations extérieures, dans le cadre des obligations internationales de la France. En outre, la reconnaissance de la nation envers les combattants de la première guerre mondiale s’exprimera aussi par l’entrée au Panthéon de l’écrivain Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14. Les combattants de la seconde seront honorés lors du 75ème anniversaire de la Libération. De plus, après dix ans de péripéties, le monument aux morts pour la France en opérations extérieures sera édifié dans le parc André Citroën à Paris. Par ailleurs, l’Institution nationale des Invalides recevra 35 M€ pour le renouvellement de ses infrastructures et la mise aux normes de ses installations pour les reconstructions physique et psychique des blessés. Un contrat d’objectifs 2019-2023 pour l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) sera signé au premier semestre. Pour les jeunes générations, une préfiguration du « service national universel », non militaire, va concerner 3.000 volontaires dans 13 départements en juin. Plus de 100 M€ seront investis dans les six lycées militaires entre 2019 et 2025.

Bilan 2018. Les noms des 1.400.000 morts pour la France inscrits sur les monuments de pierre sont désormais accessibles sur internet, grâce à l’indexation des fiches matricules. La Mission du centenaire 1914-1918 a labellisé plus de 6.000 projets et organisé des dizaines de cérémonies nationales et internationales. Par ailleurs, l’allocation de reconnaissance des anciens harkis et la rente viagère des veuves a été revalorisée de 400 € en septembre. En outre, un dispositif de solidarité en faveur de leurs enfants a été créé par décret en décembre. D’autre part, le processus d’attribution des pensions militaires d’invalidité (PMI) a été amélioré par la « présomption d’imputabilité » en cas d’accident en service. Le tarif des expertises médicales a été augmenté de 43 % pour les rendre plus attractives pour les médecins et accélérer les délais d’examen. De plus, le contentieux des PMI a été transféré vers les juridictions administratives et un recours administratif préalable devant une commission spécifique a été créé. En 2018, environ 770.000 jeunes ont effectué leur « Journée Défense et Citoyenneté ». Depuis son expérimentation en 2015, le « Service militaire volontaire » a totalisé plus de 2.500 contrats, dont 72 % ont débouché sur une insertion positive, à savoir un emploi ou une formation qualifiante.

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

307 – Dossier : « Les blessés en Opex, le retour et après »

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation




Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Alors que la Grande Guerre a connu sept armistices entre le 5 décembre 1917 et le 13 novembre 1918, seul celui du 11 novembre est resté dans les mémoires.

Une exposition (24 juillet-30 septembre 2018), labellisée par la Mission Centenaire 14-18 et organisée par le musée de l’Armée et Arquus (ex-Renault Truck Defense), en retrace les péripéties en une vingtaine de panneaux. Arquus a notamment financé la restauration d’un char Renault FT, à nouveau exposé dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. La période, entre l’avant et l’après 11 novembre 1918, marque en particulier l’étonnement du passage de l’état de guerre à une situation normale, la communion entre le front et l’arrière, la démobilisation et les conséquences politiques dans plusieurs pays.

Les tentatives de paix. La fin du premier conflit mondial est envisagée dès 1916 au cours de plusieurs tractations, plus ou moins secrètes, par différents camps. Elles échouent, car chacun campe sur ses positions. Le 1er février 1917, l’Allemagne déclenche la guerre sous-marine à outrance, qui entraîne la rupture de ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis le 3 février et leur entrée en guerre le 6 avril aux côtés des Alliés (France, Empire russe et Grande-Bretagne). Le 17 juillet, le Reichtag (Parlement allemand) vote à une très forte majorité une résolution de paix. Des négociations similaires ont lieu de la part de l’Empire austro-hongrois. Mais elles achoppent en avril 1918 sur la question de la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France, car l’Allemagne a lancé de grandes offensives en mars. Parvenir à la paix nécessite l’établissement d’une convention, entre deux ou plusieurs parties, qui se déroule en plusieurs phases : négociations par des plénipotentiaires représentant les Etats ; adoption d’un texte ; son authentification par les Etats ; sa signature par un ministre ; sa ratification par le Parlement, qui confirme les engagements pris par le chef de l’Etat, le chef du gouvernement ou une personne officielle dûment autorisée et après accord du Parlement.

Les armistices. La suspension des combats se matérialise par un cessez-le-feu communiqué aux combattants par la sonnerie d’un clairon. L’armistice, signé par des plénipotentiaires (militaires et civils), correspond à une période donnée et renouvelable, pour engager des négociations en vue de la paix. Le premier armistice de la Grande Guerre, qui débouchera sur le traité de paix de Brest-Litovsk, est signé le 5 décembre 1917 entre la Russie soviétique et les Puissances centrales (Royaume de Bulgarie et Empires allemand, austro-hongrois et ottoman). Le 2ème armistice, conclu le 9 décembre 1917 entre la Roumanie et les Puissances centrales, aboutit au traité de Bucarest, non ratifié. Le 3ème est signé le 29 septembre 1918 à Salonique (Grèce), par le général français Louis Franchet d’Espérey, entre les Alliés et la Bulgarie. La capitulation de cette dernière entraîne la chute de l’Empire ottoman, qui signe le 4ème armistice le 31 octobre à bord d’un cuirassé britannique. Cela aboutit aux traités de Sèvres et de Lausanne. Le 3 novembre, le 5ème armistice, entre l’Empire austro-hongrois et les Alliés rejoints par l’Italie en 1915, est signé uniquement par des généraux à Villa-Giusti (Italie). Le 6ème armistice, entre la France et l’Allemagne, est conclu le 11 novembre 1918 à Compiègne, dans un wagon de la clairière de Rethondes, et débouche sur le traité de Versailles. Le 7ème est signé le 13 novembre, à Belgrade et à nouveau par le général Franchet d’Esperey, entre les Alliés et la Hongrie, qui devient une République trois jours plus tard.

Loïc Salmon

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918




Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

La stratégie prend en compte les paramètres militaire, économique, diplomatique et médiatique d’une guerre, en vue d’atteindre un objectif politique. Napoléon Bonaparte (1769-1821) l’a incarnée, par son génie et sa grande capacité de travail.

Au début de l’exposition qui lui est consacré, quelques bustes en marbre rappellent ses modèles : le Macédonien Alexandre le Grand (356-323 avant JC), qui a conquis l’Empire perse et atteint l’Indus ; le Carthaginois Hannibal (247-183 avant JC), qui fit trembler Rome après avoir franchi les Pyrénées et les Alpes ; le Romain Jules César (101-44 avant JC) qui, après avoir conquis la Gaule, prépara la transformation de la République en Empire ; le Prussien Frédéric II (1712-1786), qui a su combiner mouvements, manœuvres et résolution contre une armée plus forte que la sienne. Leurs exploits se reflèteront dans le destin de Napoléon.

Trois fois chef. Napoléon cumule les fonctions de chef de l’Etat, commandant en chef des armées et général en chef sur les champs de bataille. Premier consul (1799-1804) puis empereur des Français (1804-1815), il dirige une France qui comptera jusqu’à 130 départements, promulgue les lois et définit la politique extérieure. Il commande ce qui deviendra la « Grande Armée », l’organise, l’équipe et l’entraîne comme il l’entend. Il dispose d’une totale liberté d’action pour conduire la guerre et négocier la paix. Il fixe aux généraux et diplomates des objectifs qui servent au mieux ses buts politiques. Contrairement à Louis XIV, il dirige lui-même l’armée en campagne. Toutes ses victoires confortent ces trois fonctions. Premier consul à la suite d’un coup d’Etat en 1799, Bonaparte veut apporter la paix en mettant un terme aux troubles de la Révolution française. Par les traités de Campo-Formio (1797), de Lunéville (1801) et d’Amiens (1802), il conclut ses campagnes militaires d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1801). Victoires et paix légitiment son rôle de chef de l’Etat, héritier de la Rome antique. Empereur, sacré pour reprendre la tradition monarchique française depuis Louis 1er le Débonnaire (816), il souhaite étendre l’influence de la France et son pouvoir en Europe occidentale par des accords ou des guerres victorieuses. Il n’a pas eu le temps de théoriser sa contribution à l’histoire de la stratégie. D’autres s’en chargeront, surtout le Prussien Clausewitz (1780-1831) et le Suisse Jomini (1779-1869), dont les travaux seront étudiés par des hommes politiques et des généraux, dont certains entreront ensuite en politique. Clausewitz inspirera, directement ou indirectement, les généraux allemands Moltke (guerre franco-prussienne de 1870-1871), Ludendorff (première guerre mondiale, 1914-1918) et Rommel (seconde guerre mondiale,1939-1945), les dirigeants politiques Lénine (fondateur de l’Union soviétique, 1922-1991) et Mao Tsé-Toung (fondateur de la République populaire de Chine en 1949), le général vietnamien Giap (guerre d’Indochine, 1946-1954) et même les généraux français Foch (première guerre mondiale) et De Gaulle (seconde guerre mondiale). De son côté, Jomini va influencer, directement ou indirectement, les généraux américains Lee, Grant et Sherman (guerre de Sécession, 1860-1865), Pershing (première guerre mondiale), Patton, Mac Arthur, Marshall et Eisenhower (seconde guerre mondiale) et enfin Schwarzkopf (guerre du Golfe, 1990-1991). Le chef d’état-major des armées des Etats-Unis (1989-1993), puis secrétaire d’Etat (2001-2005), Powell s’inspirera de Clausewitz et de Jomini.

Formation et apprentissage. Le jeune « Napoléone de Buonaparte », né en Corse un an après sa cession à la France par la République de Gênes, est admis à l’Ecole militaire de Brienne (1779-1784) puis à celle de Paris (1785), où il étudie l’histoire, les mathématiques, la géographie et l’art de la guerre. Il en sort à 16 ans avec le brevet de sous-lieutenant d’artillerie, signé de Louis XVI. Intéressé par les sciences naturelles et la géographie durant sa scolarité, il emmènera des savants lors de l’expédition d’Egypte (1798). Lecteur insatiable, il étudie, après les cours, les campagnes des grands capitaines de l’Histoire et celles des chefs de guerre et théoriciens militaires de son temps. Ainsi, le « Traité général de tactique » de Guibert, vétéran de la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’influence durablement sur la manœuvre, l’utilisation du feu, l’organisation et le déplacement des armées. Il lit aussi des ouvrages politiques dont « Le Prince de Machiavel (1469-1527), analyse pragmatique du pouvoir et de ses mécanismes. L’armée française s’est distinguée au cours de la guerre d’indépendance américaine (1778-1781) et dispose du nouveau système d’artillerie « Gribeauval » et du fusil à silex modèle 1777. Considérée comme l’une des meilleures d’Europe, elle bénéficie de la levée en masse puis de la conscription sous la Révolution pour aligner des effectifs inégalés. Après avoir francisé son nom, Bonaparte, promu capitaine, commande l’artillerie lors du siège de Toulon (1793), ville royaliste soutenue par la flotte britannique, et contribue à sa reconquête. A 27 ans, nommé à la tête de l’armée française d’Italie (45.000 hommes), il remporte de brillantes victoires, marche sur Vienne et impose la paix à l’Autriche…sans en référer au gouvernement français. En 1798, il commande l’expédition militaire et scientifique chargée de conquérir l’Egypte, qu’il va gouverner pendant un an. Il a alors acquis suffisamment d’expériences militaire, diplomatique et politique pour s’estimer capable de prendre le pouvoir en France…à 30 ans !

Planification et mobilité. Pour Napoléon, une campagne se prépare par la connaissance de l’ennemi (livres et rapports d’espions) et de son armée en détail (intendance, habillement, munitions, service de santé). Celle-ci, peu chargée, doit être capable de se déplacer rapidement pour créer la surprise. Il s’agit de vaincre l’ennemi militairement par la bataille et la prise de sa capitale, puis politiquement en lui imposant ses conditions de paix. Il remporte des victoires décisives à Arcole (1796), aux Pyramides (1798), à Marengo (1800), à Austerlitz (1805), Iéna (1806), Eylau (1807), Friedland (1807) et Wagram (1809). Mais la victoire de la Moscowa et la retraite de Russie (1812), trop coûteuses en hommes, annoncent les défaites de Leipzig (1813) et Waterloo (1815). En outre, l’Empereur a toujours laissé trop peu d’initiative à ses généraux.

Loïc Salmon

Napoléon stratège

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides

L’exposition « Napoléon stratège » (6 avril-22 juillet 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Outre des gravures, tableaux, documents, armes et objets, elle présente des témoignages sonores reconstitués à partir de lettres et mémoires de soldats et d’officiers. Des dispositifs multimédias permettent de comprendre les raisonnements stratégique et tactique de l’Empereur lors de ses victoires et ceux de ses adversaires lors de ses défaites. L’un facilite la compréhension de l’efficacité de la chaîne de commandement, en fonction des circonstances de la bataille. Un autre explique la justesse du choix, par Napoléon, des chefs militaires les plus aptes à remplir une mission correspondant à leurs qualités. Renseignements : www.musee-armee.fr




Napoléon stratège

Napoléon a indirectement enseigné l’art de la guerre à ceux qu’il a affrontés et battus, favorisant ainsi leurs propres victoires ultérieures avec des conséquences politiques. La capitulation de Paris en 1814 a entraîné sa première abdication et la défaite de Waterloo, en 1815 après les Cent-Jours, la seconde.

L’archiduc autrichien Charles (1771-1847) combat, sans succès, le jeune général Bonaparte pendant la campagne d’Italie (1797). Président du Conseil de guerre en 1801, il propose un plan détaillé de la réorganisation globale de l’armée. Nommé ministre de la Guerre et de la Marine, il procède à de nombreuses réformes, inspirées de celles mises en œuvre en France depuis la Révolution. Généralissime, il est vaincu par Napoléon à Eckmühl (1809), puis remporte la victoire d’Essling un mois plus tard. Cette première grande défaite de l’armée napoléonienne est compensée, après quelques jours, par la victoire de Wagram. L’archiduc prend alors une retraite anticipée (à 38 ans !) et rédige ses réflexions dans un ouvrage sur la stratégie, dont Napoléon entendra parler lors de son exil à Sainte-Hélène. Bien qu’il ait effectué l’essentiel de sa carrière contre l’Empire ottoman, le général russe Koutouzov (1745-1813) est rappelé en 1805 à la tête d’une avant-garde pour soutenir les troupes autrichiennes. Malgré une infériorité numérique, Napoléon remporte alors la grande victoire d’Austerlitz le 2 décembre, jour anniversaire de son sacre. En juin 1812 lors de la campagne de Russie, Koutouzov, nommé commandant en chef des forces russes, affronte la Grande Armée à Borodino en septembre. Cette bataille, connue en France sous le nom de la Moscowa, est gagnée par Napoléon au prix de lourdes pertes. Elle lui ouvre les portes de Moscou, désertée par ses habitants. L’incendie de leur capitale par les Russes contraint l’armée impériale à la retraite. La rigueur de l’hiver et la tactique de harcèlement par les cosaques et les partisans, choisie par Koutouzov, achèvent de la décimer. Le général anglais Wellington (1769-1852) a séjourné neuf ans en Inde britannique, où il a compris l’étroite imbrication entre buts militaires et ambitions politiques. Pendant la guerre d’Espagne (1808-1814), les nations européennes coalisées contre la France lancent une contre-offensive à partir du Portugal. Nommé à la tête du corps expéditionnaire britannique en 1809, Wellington sait exploiter les erreurs des généraux et maréchaux français en l’absence de Napoléon, reconnaissant qu’il aurait été battu dans le cas contraire. Il l’affronte directement à Waterloo, rassuré par l’arrivée imminente de renforts prussiens. Sa réputation de vainqueur de l’Empereur servira la carrière diplomatique et politique de Wellington, qui deviendra Premier ministre (1828 à 1830). Le général prussien Blücher (1742-1819) contribue, en 1813, à transformer un simple conflit entre la Prusse et la France en une guerre de libération de l’Allemagne entière de l’hégémonie française. La victoire des Coalisés à Leipzig à l’issue de la « Bataille des Nations », la même année, brise le contrôle de Napoléon sur l’Europe centrale. Comme lui, Blücher avait compris qu’une bataille, susceptible d’emporter la décision, ne doit être livrée que dans de bonnes conditions. Pendant ses campagnes de 1813-1815, ses manœuvres audacieuses et inattendues déconcertent l’Empereur, obligé de réagir au lieu de prendre l’initiative. Il ressemble au général Bonaparte de la campagne d’Italie !

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire

« Napoléon stratège », ouvrage collectif. Éditions Lienart/Musée de l’Armée, 304 pages, 29 €




Dans la peau d’un soldat

La vie quotidienne du soldat évolue lentement au fil du temps, alors qu’armes, équipements et techniques de la guerre connaissent des mutations.

Les objets de son univers, d’abord outils de survie, deviennent des compagnons intimes et rassurants. Son vêtement, uniforme et coloré à partir du XVIIème siècle, perd son utilité d’identification et de différenciation après l’invention de la poudre sans fumée (1884), au profit de tenues plus neutres pour se camoufler. Celle dite « léopard » des parachutistes français des guerres d’Indochine et d’Algérie, interdite en métropole après le putsch des généraux d’Alger (1961), réapparaît lors de la guerre du Golfe (1991) avec des variantes pour les théâtres européens. Protégé par son casque, sa cuirasse et son bouclier, le légionnaire romain sait se servir de toutes les armes existantes. Son éthique inclut le courage, le service de l’Etat et l’obéissance (« disciplina »). Au début du Moyen-Age, le guerrier, barbare, lié par la fidélité à son clan, lui doit un service militaire gratuit. Pendant la féodalité, la guerre devient l’affaire du cavalier noble, titulaire d’un fief en échange du service « d’ost » à son suzerain. Les charges de chevaliers à la lance couchée sous le bras, avec des montures spécialement dressées, en démultiplie la puissance. Ce dispositif reste au cœur de la tactique jusqu’au milieu du XVIème siècle. Les autorités politiques créent alors une « intendance » pour assurer leur subsistance et renouveler leurs armements et chevaux pendant la durée des opérations. Parallèlement, une administration dédiée veille au bon emploi des deniers du prince. Après la disparition de la chevalerie française à Azincourt, l’ordonnance royale de 1445 instaure la solde permanente. Progressivement, s’inspirant du modèle des piquiers suisses, l’infanterie et sa tactique s’imposent au détriment de la cavalerie. Le soldat ne dépend plus d’une maison noble, il vit et combat au milieu de son unité et de ses compagnons d’armes, ses égaux. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il ne connaît que le capitaine de sa compagnie, qui l’entretient, et le roi auquel il est personnellement lié par un engagement volontaire. Il apprend son métier pendant les campagnes par les exercices répétés et mécaniques de gestes et de mouvements. La discipline progresse et la désertion diminue, car les conditions de vie du soldat s’améliorent. Au XIXème siècle, à partir de la guerre de Sécession américaine, la logistique devient essentielle. Le chemin de fer devient un avantage militaire, même si le soldat continue de se déplacer souvent à pied ! Pendant la première guerre mondiale, les véhicules automobiles acheminent les troupes fraîches au front et en ramènent les blessés et les unités relevées. Au cours de la seconde, 20.000 véhicules de tous types débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Dans le camp retranché de Dien Bien Phu (1954), la destruction des pistes d’atterrissage a interrompu l’évacuation des blessés graves. Aujourd’hui, dans toute opération extérieure, la conjonction des transports automobiles et aériens permet de les rapatrier en quelques heures. Avec les affrontements dits « asymétriques, le « front » n’existe plus. L’environnement, simplement hostile, peut se transformer en champ de bataille en quelques secondes. Tout soldat, quelle que soit sa spécialité, redevient un combattant. Le soldat de demain, « augmenté » et hyper protégé, devra quand même conserver un visage et une identité vis-à-vis des populations civiles et de ses compagnons d’armes.

Loïc Salmon

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat et la putain

 

« Dans la peau d’un soldat », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 350 illustrations, 35 €




Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Toutes les catégories de soignants sont projetées au plus près des opérations. L’expertise acquise donne aux forces armées françaises la capacité de s’engager en premier sur un théâtre.

Cette action du Service de santé des armées (SSA) a été présentée à la presse, le 15 juin 2017 à Paris, par les médecins-chefs Chantal Roche et Thibaut Provost-Fleury.

Retour d’expérience. L’équipe médicale, intégrée à l’unité de combat et composée d’un médecin, d’un infirmier, d’auxiliaires sanitaires, est formée au secours d’urgence et vit avec le danger. Le stress devient un gage de la rapidité de la prise en chaerge du blessé grave. Afin de faire venir un hélicoptère, le médecin décrit par radio le bilan qu’il vient d’établir : blessure physique, brûlure et/ou « blast » (effet de souffle). L’aéronef devant rester le moins de temps possible au sol, il sait que quelqu’un va appliquer les mêmes procédures d’urgence que lui pendant le transfert et que, 24-35 heures plus tard, le grand blessé arrivera en métropole à l’hôpital Percy par avion médicalisé. La chaîne de soutien médical s’échelonne sur quatre « rôles » : survie du blessé dans les zones de contact par les soins d’urgence et de réanimation ; traitement au groupement médico-chirurgical du théâtre, pour limiter les séquelles et stabiliser le blessé ; hospitalisation puis, le cas échéant, évacuation sanitaire ; soins dans un hôpital d’instruction des armées. Chaque combattant, formé au sauvetage de combat, dispose d’une trousse individuelle : un garrot tourniquet, des pansements compressifs pour arrêter l’hémorragie, une syrette de morphine, un kit de perfusion et une poche de soluté. Les trois quarts des décès au combat sont dus à une hémorragie non compressible et non garrotable, que seul un chirurgien aurait pu traiter dans la première heure. Le concept français place l’équipe médicale au plus près de la victime, alors que le concept anglo-saxon privilégie la rapidité de l’évacuation médicalisée vers les structures hospitalières. Aujourd’hui, les soldats sont surtout atteints aux membres et moins au thorax et à la tête, mieux protégés que lors des conflits précédents. L’évolution des techniques et matériels médicaux résulte d’une connaissance plus fine des blessures. Dans le cadre de l’opération « Barkhane » en cours, 200 militaires du SSA sont déployés dans la bande sahélo-saharienne, avec une capacité logistique autonome, des services hospitaliers de pointe et une recherche de l’innovation, comme le plasma lyophilisé pour s’affranchir des contraintes du froid. Le SSA prend aussi en compte les retours d’expérience des armées étrangères. Rien que pour l’armée de Terre, il suit 11.500 blessés en opération extérieure, en service commandé, pendant une formation ou par accident.

Parcours de la réinsertion. Ensuite, le Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées met en œuvre un accompagnement social et juridique, des indemnisations et une aide à la reconversion professionnelle. Plus de 2.000 blessés en opérations bénéficient d’une pension militaire d’invalidité. Outre la prise en charge des blessés psychiques post-traumatiques, un « congé du blessé » a été instauré, en vue de son maintien en activité jusqu’à 18 mois au-delà des congés maladie. Puis, des associations et l’Office national de anciens combattants et victimes de guerre interviennent. Enfin, la première « journée nationale des blessés de l’armée de Terre » a eu lieu le 23 juin 2017 aux Invalides.

Loïc Salmon

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue




France Allemagne(s) 1870-1871

« L’Année terrible » (19 juillet 1870-28 mai 1871) transforme durablement les sociétés de chaque côté du Rhin. Un empire s’effondre, un autre surgit. Paris, capitale culturelle de l’Europe, devra se relever de ses ruines. Berlin deviendra celle du IIème Reich.

Napoléon III dirige 280.000 hommes (7 corps d’armée) et la Garde impériale. Malade, il en confie le commandement au maréchal Bazaine après 25 jours de guerre. Guillaume Ier, roi de Prusse, dispose de 500.000 soldats de la Confédération de l’Allemagne du Nord (16 corps d’armée). Toutefois, il délègue la conduite des opérations à son chef d’état-major, le général von Moltke. La modernisation de son armée a permis à la Prusse de gagner les guerres précédentes contre le Danemark (1864-1865) et contre l’Autriche (1866) : augmentation des effectifs ; service militaire obligatoire de 3 ans ; armée de réserve permanente. L’armement des forces prussiennes et françaises connaît des innovations importantes : chargement du fusil par la culasse ; canon rayé qui accroît la portée et la précision du projectile ; cartouche métallique ; remplacement des boulets par des obus, explosifs ou à balles. Après la déchéance de l’Empire consécutive à la défaite de Sedan (1er septembre 1870), le Gouvernement de la défense nationale favorise la fabrication, par l’industrie privée, de mitrailleuses multitubes pour les armées de secours. Mais elles ne sont guère décisives, faute de doctrine d’emploi et de formation du personnel. Par la suite, les hauts commandements vont minimiser les innovations de l’armement et la létalité du feu et privilégier l’esprit offensif de l’infanterie. L’Empire allemand est proclamé le 18 janvier dans la galerie des glaces du château de  Versailles, suivi de l’armistice du 28 janvier mettant fin au siège de Paris. Le 13 février, la capitulation de Belfort, également assiégé, entraîne un armistice complet le 15 février. L’instauration de la Commune de Paris, le 28 mars, est suivie d’une guerre civile jusqu’au 28 mai, faisant entre 5.700 et 7.400 victimes la dernière semaine. Paris, défiguré par le feu et les massacres, voit son économie dévastée et sa population diminuée de plus de 100.000 personnes. Cette guerre bouleverse la représentation réciproque de la France et de l’Allemagne, dans laquelle la culture joue un rôle décisif. Celle-ci s’incarne dans deux compositeurs allemands qui vont chercher dans le Paris du Second Empire une reconnaissance, tremplin pour une carrière internationale : Jacques Offenbach (1819-1880) et Richard Wagner (1813-1883). Créateur de l’opérette, Offenbach réussit et prendra la nationalité française en 1860. Wagner, précurseur de la musique romantique, échoue. La guerre de 1870 place Offenbach dans une position délicate, écartelé entre son pays d’origine et  celui qu’il a adopté. En revanche, Wagner triomphera avec le festival de Bayreuth inauguré en 1876. Un tableau de l’exposition montre l’empereur Guillaume Ier chevauchant sur un champ de bataille escorté de Walkyries germaniques. Après la guerre, la IIIème République développe l’enseignement de l’histoire de France et l’éducation civique pour exalter la patrie, l’héroïsme et le sacrifice. Les monuments aux morts se multiplient pour symboliser l’esprit de résistance. Le tourisme de mémoire se développe sur les champs de bataille de l’Est et du Nord. Dans la société allemande militarisée, la rhétorique commémorative perpétue la victoire de 1870 et la fidélité à l’empereur.

Loïc Salmon

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes

« France Allemagne(s) », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 304 pages, 35 €




Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

La guerre de 1870-1871 provoque le basculement de l’Europe. L’Allemagne en sort unifiée. La France va réformer ses armées en profondeur et cultiver la mémoire et l’esprit de revanche.

Le bouleversement géopolitique. La défaite de la Prusse à Iéna en 1806, face à la France, suscite un sentiment nationaliste parmi les diverses composantes du Saint-Empire romain germanique remontant à Charlemagne (800). En 1813, la défaite de la France à Leipzig, face à la coalition de la Russie, l’Autriche, la Suède, la Prusse et la Saxe, anéantit l’idée française de l’Europe et renforce le sentiment d’appartenance à la « nation allemande ». Mais le Congrès de Vienne (1814-1815) établit une « Confédération germanique » de monarchies (34) et villes libres (4) allemandes sous l’emprise de l’Empire d’Autriche. Après sa défaite à Sadowa en 1866 face à la Prusse, celui-ci se transforme en une double monarchie dénommée « Autriche-Hongrie ». Pendant cette période, la France a connu tous les régimes : Premier Empire jusqu’en 1815 ; Restauration de la monarchie absolue (1815-1830 avec l’épisode des Cent-Jours de 1815) ; Révolution de 1830 ; Monarchie constitutionnelle de Juillet (1830-1848) ; Révolution de 1848 ; IIème République (1848-1852) ; Second Empire (depuis 1852). Epoque fondatrice de la tumultueuse relation franco-allemande, la guerre de 1870-1871 met un terme à l’équilibre des puissances connu sous le nom de « Concert européen », qui repose sur la diplomatie. Les deux pays vont développer leurs empires coloniaux jusqu’à la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle l’Alsace-Lorraine, annexée par l’Allemagne en 1871, réintègrera la France en 1919. L’Allemagne perdra toutes ses colonies et songera, à son tour, à la revanche.

La guerre. Entre le 19 juillet et le 1er septembre 1870, les armées allemandes sous commandement prussien, plus nombreuses et mieux instruites, l’emportent sur les françaises, battues à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth, Rezonville-Mars-la-Tour, Gravelotte-Saint-Privat et Sedan. Soldée par 152.000 soldats mis hors de combat, cette première partie de la guerre surprend les belligérants : les Allemands par la facilité des victoires et la déliquescence de l’armée impériale ; les Français par la rapidité de l’invasion et l’enchaînement des défaites. Malgré la capitulation de Sedan et la capture de Napoléon III, la victoire allemande n’est pas encore totale. Un gouvernement provisoire, réuni à Paris, proclame la déchéance de l’Empire le 4 septembre, instaure la IIIème République et décide la poursuite des combats. Le Haut-commandement prussien envoie alors 400.000 soldats assiéger Paris dès le 20 septembre. Mais l’assaut n’aura pas lieu, en raison des solides protections de la capitale et du risque de sanglants combats de rues, face à 450.000 combattants soutenus par 1,75 million de civils. Les Parisiens en sont réduits à manger toute la faune disponible, surtout les chevaux. Les rats, bœufs et animaux exotiques du zoo de Vincennes et du Jardin des plantes ne figurent que sur les menus des restaurants. La rigueur de l’hiver affecte particulièrement les plus pauvres, qui manquent de charbon et de nourriture. La communication avec le reste du pays s’établit par des pigeons voyageurs transportant des microfilms. De nombreux ballons parviennent à quitter la capitale pour acheminer le courrier et évacuer les personnalités. La société d’armement Krupp met alors au point les premiers canons antiaériens, quoique peu efficaces en raison de l’altitude. Devant la résistance opiniâtre de la population, l’Etat-major prussien déclenche, le 5 janvier 1871, un intense bombardement sur la ville et sa banlieue, sans obtenir la reddition attendue. Cela concrétise la volonté de la Prusse d’accélérer puis de terminer la guerre, en vue de prévenir une prise de position des opinions publiques européennes en faveur de la France. En effet, la presse relaie les exactions contre les populations civiles et les dégâts des bombardements sur Strasbourg, Belfort et Paris. En outre, le nombre considérable de prisonniers dépasse les prévisions de l’Etat-major prussien : 398.000 Français pour 40.000 Allemands. Par ailleurs, chaque armée reproche à l’autre sa sauvagerie, personnifiée par le « uhlan » (lancier à cheval prussien) et le pilleur, d’un côté, et le franc-tireur et le « turco » (tirailleur algérien) de l’autre. Les armées françaises, reconstituées à partir d’unités impériales, de bataillons de la Garde nationale mobile et de volontaires, ne parviennent pas à libérer Paris et inverser le cours de la guerre, faute de cadres, d’instruction militaire et d’équipements suffisants. Finalement, le gouvernement de la Défense nationale parvient à négocier un armistice qui met fin, le 28 janvier, à un siège de 132 jours, assure le ravitaillement de la capitale et lui évite l’occupation allemande. Belfort résiste jusqu’au 13 février. Le traité de Francfort (10 mai 1871) termine cette guerre, qui aura coûté 139.000 morts et 143.000 blessés français pour 65.000 morts et 89.000 blessés allemands ainsi qu’une indemnité de guerre de 5 Mds de francs-or contre le retrait des troupes allemandes (septembre 1873).

La Commune. Le 1er mars 1871, le défilé des troupes allemandes à Paris provoque l’indignation d’une partie des habitants, qui vivent l’armistice comme une trahison. S’y ajoutent la fin du moratoire sur les loyers, qui s’envolent, et la suppression de la solde des gardes nationaux. Le 18 mars, une insurrection provoque la tenue d’élections municipales et la proclamation de la « Commune de Paris » par la Fédération républicaine de la garde nationale, suivie de celles de Lyon, Marseille et Toulouse, vite réprimées. Le gouvernement, installé à Versailles, envoie l’armée régulière reconquérir la capitale, avec l’accord de l’Allemagne qui facilite le retour des prisonniers à cet effet. La « semaine sanglante » (21-28 mai) donne lieu à de nombreuses destructions, dont l’incendie du palais des Tuileries et de l’Hôtel de Ville. Arrestations, exécutions, condamnations à la prison ou la déportation en Nouvelle-Calédonie s’ensuivent. Les « Communards » seront amnistiés en 1879 et 1880 et les victimes de la Commune réhabilitées en 2016.

Loïc Salmon

France Allemagne(s) 1870-1871

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’exposition « France-Allemagne (s) » (13 avril-30 juillet 2017), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Dans un angle de la cour d’honneur, est installé un « canon à balles », ancêtre de la mitrailleuse. Cette arme secrète de l’empereur Napoléon III a été sous-employée et mal utilisée pendant la guerre de 1870-1871, faute d’une formation suffisante des artilleurs. Le musée de l’Armée actuel résulte de la fusion du « musée d’Artillerie » du Second Empire et du « musée historique de l’Armée » de la IIIème République qui refondra l’outil militaire. L’Ecole supérieure de guerre sera créée en 1876 et l’Ecole supérieure de guerre navale en 1896. L’exposition présente plus de 320 objets, uniformes, armes et documents d’archives, prêtés par des institutions et musées français (35) et allemands (5) et quelques particuliers. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr




Guerres secrètes

Renseignement et actions secrètes nécessitent anticipation, investissement humain et pluridisciplinarité pour mieux comprendre un monde, imprévisible et en évolution permanente, et tenter d’y exercer une influence.

La distinction entre paix et guerre s’efface par le biais du renseignement, aspect le plus politique de la stratégie. En outre, la guerre secrète rend poreuses les frontières entre les forces armées et le monde civil. L’efficacité des agents secrets repose surtout sur leur absence de charisme et leur physique ordinaire. Leur plus grande frustration se manifeste par l’absence d’écho de l’usage et de l’utilité de leur travail, alors qu’il présente parfois des aspects violents et dangereux. L’ouvrage « Guerres secrètes » présente quelques portraits d’hommes et femmes, célèbres, de l’ombre :  Lavrenti Beria, directeur du NKVD ; Allen Dulles, directeur de la CIA ; Stewart Menzies, directeur du MI6, André Dewavrin, dit Passy, directeur du BCRA ; Alexandre de Marenches, directeur du SDECE ; le colonel Thomas Lawrence « d’Arabie » ; Georges-Jean Painvin, décrypteur des codes allemands de la première guerre mondiale ; Richard Sorge, agent soviétique au Japon qui annonce l’imminence de l’attaque allemande contre l’URSS, dont Staline ne tiendra pas compte ; Roger Marin, dit Wybot, directeur de la DST ; Marie-Madeleine Fourcade, MI6 puis animatrice d’un réseau de résistance en France ; Jeanne Bohec, BCRA puis parachutée en France ; Robert Maloubier, SOE puis créateur de l’école des nageurs de combat du SDECE ; Harold « Kim » Philby, le plus connu des « Cinq de Cambridge » au service de l’URSS ; Youri Andropov, directeur du KGB puis président de l’URSS. L’ouvrage énumère 37 « guerres secrètes » de 1874 à 1991 avec leurs caractéristiques : renseignement, opérations clandestines, désinformation, déstabilisation et contre-espionnage. Mata-Hari sera démasquée en 1917 par le décryptage d’un télégramme, intercepté par le poste militaire de la Tour Eiffel. Pendant la seconde guerre mondiale, les agents de l’OSS américain utilisent du matériel militaire et agissent le plus souvent en uniforme, pour être traités en prisonniers de guerre en cas de capture. En revanche, ceux du SOE britannique, qui interviennent en civil avec des équipements sans marque, risquent la torture et la mort. Le BCRA emploie de nombreuses femmes à Londres, mais en envoie peu en France. Par contre, le SOE en parachutera 50, dont 39 furent arrêtées et exécutées. L’univers des guerres secrètes exige duperie et intoxication, pour abuser l’adversaire, et un cloisonnement de sa propre organisation, afin que personne ne puisse la trahir en livrant les clefs d’un seul coup. Pendant la première guerre mondiale, l’opinion publique devient un enjeu majeur pour raffermir le moral de son camp et briser l’unité nationale de l’ennemi. Au début de la seconde, la Wehrmacht est pourvue d’unités de propagande chargées de semer la discorde parmi les Alliés, en faisant croire à l’existence d’une « 5ème colonne ». La Grande-Bretagne crée alors un service équivalent avec les émissions radio de la BBC dès 1941. Les avions américains larguent 3 milliards de tracts du 6 juin 1944 au 8 mai 1945. Pendant la guerre froide, la vague de pacifisme, lancée par l’URSS dans les années 1980, n’est pas parvenue à miner ni la solidarité atlantique ni la stratégie de dissuasion nucléaire, piliers de la sécurité des pays membres de l’OTAN.

Loïc Salmon

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

James Bond dans le spectre géopolitique

Espionnage : de la réalité à la fiction par l’écriture

« Guerres secrètes », ouvrage collectif. Éditions Musée de l’Armée et Somogy Éditions d’art, 368 pages, 450 illustrations, 32 €.