Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

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Deux siècles après la campagne de Russie, une exposition au château de Vincennes, intitulée « Des Aigles et des Hommes », retrace l’épopée de la Grande Armée de 1805 à 1812, avec son cadre institutionnel, son fonctionnement et l’expérience de la guerre vécue par ceux qui ont fait l’Empire.

Origine. Cette armée, qui se battra dans toute l’Europe, voit le jour en 1798 avec la loi Jourdan-Delbrel de 1798, qui institue la conscription. En 1803, Bonaparte, Premier Consul, envisage d’envahir l’Angleterre et rassemble 164.000 hommes dans les camps de Bruges, Montreuil, Saint-Omer et Boulogne. Deux ans plus tard, le 29 août 1805, cette « armée des côtes de l’Océan » prend le nom de « Grande Armée » et lève discrètement le camp pour traverser l’Europe et vaincre la coalition  austro-russe à Austerlitz le 2 décembre de la même année. C’est son baptême du feu. Un document autographe de Napoléon relate cette bataille, la plus glorieuse de son règne : « Soldats, il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on vous réponde : voilà un brave ». Auparavant, le Premier Consul a choisi et institué l’Ordre de la Légion d’Honneur (19 mars 1802) et en a distribué les premiers insignes à l’Hôtel des Invalides le 14 juillet 1804,  quelques mois avant son sacre. Cette récompense, destinée aux militaires et aux civils qui se sont distingués, devient très populaire. Elle sera attribuée à 38.163 titulaires jusqu’à la chute de l’Empire en 1815. Par ailleurs, l’aigle romaine est devenue l’emblème officiel du nouveau régime politique et…  de l’armée qui l’arbore sur la hampe de ses drapeaux !

Histoire. Synonyme de l’armée française sous l’Empire, la « Grande Armée » ne désigne en fait qu’une partie des troupes impériales, de 1805 à 1808 puis de 1811 à 1814. Répartie en corps d’armée, elle s’illustre pendant les campagnes de 1805, 1806 et 1807 et perd cette appellation en 1808 par un décret, qui la place sous les ordres du maréchal Davout. Ainsi, dans la péninsule ibérique, l’armée impériale est désignée comme « armée d’Espagne », même quand Napoléon en prend le commandement de novembre 1808 à février 1809. Elle devient « armée du Rhin », quoique commandée par l’Empereur en personne, pendant la campagne de 1809 en Europe continentale jusqu’au traité de Vienne. Finalement, dans une correspondance datée du 15 février 1811, Napoléon manifeste sa volonté d’organiser à nouveau, en prévision de la campagne de Russie, une « Grande Armée » constituée de trois armées différentes, où se côtoient plus de vingt nations et peuples européens : 50 % des effectifs sont composés d’étrangers… considérés comme « français » de fait. Vaincue, mais reconstituée pour affronter les troupes de la sixième coalition (Grande-Bretagne, Russie, Autriche, Prusse et quelques Etats allemands), la Grande Armée se distingue pendant les campagnes d’Allemagne (1813) et de France (1814). Elle disparaît avec l’exil de l’Empereur à l’île d’Elbe. Pendant les Cent-Jours, Napoléon ne commande qu’une « armée du Nord », qui sera défaite à Waterloo.

Organisation. L’exposition met en lumière les hommes et la vie militaire au sein de la Grande Armée : archives, dessins et même un tambour évoquant les parcours des combattants et le quotidien des « grognards », avec l’exaltation des victoires et la détresse des revers à partir de 1812. Sont aussi évoquées l’organisation et l’administration de l’énorme machine militaire, où les états-majors travaillent dans l’ombre des maréchaux. La « Garde impériale », qui regroupe les combattants d’élite, restera une unité de réserve qui ne combattra vraiment que pendant la campagne de France. Six cents de ses membres accompagneront l’Empereur à l’île d’Elbe. En campagne, la Grande Armée élève des fortifications, jugées indispensables par Napoléon pour assurer la projection des forces et la maîtrise de leurs lignes de communications. Le renseignement revêt une importance primordiale. En effet, la stratégie napoléonienne impose la remontée rapide et la centralisation des informations. Les opérations nécessitent une connaissance très fine de l’espace de bataille et la production de cartes précises et tenues à jour. Les ingénieurs géographes dépendent du Dépôt de la Guerre en temps de paix et du service topographique de la Grande Armée pendant les campagnes. Les officiers du génie participent également à l’élaboration des cartes. En temps de paix, les reconnaissances permettent de collecter des informations pour connaître la géographie physique et humaine du théâtre des opérations. En temps de guerre, elles servent à déterminer la position des armées ennemies et leurs itinéraires. Elles sont complétées par les interrogatoires des prisonniers de guerre et des civils. Les renseignements recueillis au niveau des unités et des bureaux de « partie secrète » des états-majors des corps d’armée remontent au grand quartier général, lui-même doté d’un service topographique. De son côté, l’Empereur dispose de son propre cabinet topographique, d’interprètes et…même d’un bureau de statistiques à partir de 1812. Bien entendu, les transmissions étaient cryptées. Quand il avait intercepté des estafettes, l’ennemi tentait de casser le code… qui avait déjà changé quand il y parvenait.

Héritiers de la fougue des combattants révolutionnaires et guidés par le génie militaire de leur chef, les soldats de la Grande Armée ont mené leurs aigles de victoire en victoire, dont les noms inscrits sur leurs drapeaux… font désormais partie du roman national !

Loïc Salmon

L’exposition « Des Aigles et des Hommes » se tient au pavillon du Roi dans le château de Vincennes (banlieue parisienne) du 29 novembre 2012 au 24 février 2013. Elle est organisée par la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives et le Service historique de la défense, en collaboration avec le musée de l’Armée, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, le musée Carnavalet (Ville de Paris) et la Fondation Napoléon. En marge de l’exposition, les conférences suivantes sont prévues au pavillon de la Reine : « Le recrutement de la Grande Armée » (12 décembre) ; « La proclamation d’Austerlitz » (19 décembre) ; « La symbolique impériale et son héritage » (9 janvier) ; « La campagne de Russie » (16 janvier) ; « La correspondance de Napoléon » (23 janvier 2013) ; « Les campagnes de la Grande Armée dans l’œuvre des artistes du Dépôt de la Guerre » (30 janvier) ; « Napoléon et l’Europe » (6 février). Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

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