Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

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Le soldat consacre seulement 5 % de son temps au combat et il l’attend longtemps. Il doit s’y préparer par une formation continue, s’entraîner en permanence et subvenir à ses besoins dans un environnement souvent hostile.

24 h de la vie d’un soldat. Le rythme des déplacements détermine le confort nocturne. La légion romaine bâtit son camp, protégé par des palissades, pour la nuit que les soldats passent sous des tentes de cuir. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, le camp d’une armée en campagne, où hommes et animaux dorment sur la paille, constitue une véritable ville avec ses tentes, échoppes et cabanes. La vitesse des armées napoléoniennes nécessite de dormir dehors ou dans les granges croisées à l’étape. Les veillées autour d’un feu entretiennent la cohésion de l’unité, avant l’affrontement avec l’ennemi. Le lit pliant généralisé apparaît sous le Second Empire. Aujourd’hui, dans les opérations extérieures en pays chauds, le soldat reçoit aussi une moustiquaire. L’hygiène corporelle reste très rudimentaire jusqu’à la fin du XIXème siècle. Il s’ensuit une prolifération des maladies, principales causes de mortalité dans les armées. Pendant la première guerre mondiale, les « poilus » français des tranchées doivent vivre dans la boue et la saleté forcée. Mais dans l’armée impériale allemande, des officiers de santé s’occupent des troupes sur les plans hygiénique et prophylactique. La coupe de cheveux, très courte, facilite la prévention des infections par les poux ainsi que le port d’équipements spéciaux, comme le casque et le masque à gaz. Pendant la seconde guerre mondiale, l’intendance américaine fournit des trousses de toilette complètes aux soldats américains et français de l’armée de Libération. Du Moyen-Age à la seconde moitié du XVIIème siècle, les soldats, vêtus comme les civils mais souvent de loques, pillent ou dépouillent des cadavres après les combats, pour se procurer souliers et vêtements. Suite à l’essor des grandes nations centralisées et aux réorganisations des armées aux effectifs accrus, les Etats définissent et financent les uniformes, entraînant une chaîne de production et la fonte de l’individualité du soldat dans l’anonymat de l’institution militaire. Toutefois, couleurs, symboles et vêtements identifient les troupes de près et de loin et en renforcent le sentiment d’appartenance. Par la suite, sur les champs de bataille, les uniformes feront place aux « tenues de combat », moins voyantes, jusqu’à celle de 2010 en tissu anti-déchirure et qui s’adapte au port du gilet « balistique » (pare-balles). Toutefois, le soldat individualise sa tenue par les marques de grade, les insignes de spécialité ou de corps et les décorations, récompenses pour ses faits d’armes, ou la fourragère pour ceux de son unité. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les soldats de toutes les armées du monde se déplacent à pied et parcourent jusqu’à 40 km par jour. Les moyens de transport servent surtout à l’acheminement des vivres, armes et munitions en grandes quantités. Les semelles de cuir cloutées du fantassin perdurent de l’époque romaine au milieu du XXème siècle, où elles sont remplacées par du caoutchouc. Le bruit caractéristique d’une troupe à pied disparaît alors au profit de la marche silencieuse. Depuis 2010, des chaussures de randonnée à doublure étanche et « respirante » ont succédé aux « rangers ». En revanche, même si son matériau a été allégé, « l’armoire du soldat », 30 kg en moyenne, pèse toujours aussi lourd sur son dos depuis deux millénaires ! Durant les longues campagnes du Premier Empire à travers l’Europe, les officiers de cavalerie fortunés disposent d’un cheval supplémentaire pour le transport de vêtements et vivres dans des sacoches de part et d’autre du dos. Depuis la guerre franco-prussienne de 1870, la cadence de tir des armes à feu augmente et réduit l’autonomie du combattant. La « discipline du feu » vise à économiser ses munitions et assurer sa survie. En mission de combat, le soldat d’aujourd’hui emporte 6 kg de munitions, contre 3 kg pour celui de 1914. L’invention de la conserve (1795) et de la « marmite ambulante » (1806) révolutionnent l’alimentation du soldat jusqu’à l’arrivée de la ration de combat, dès 1942 dans l’armée américaine.

Au niveau de l’armée. Pour maintenir le moral des troupes entre les combats, le commandement doit veiller au versement de la solde à temps et aux conditions de la vie quotidienne, y compris les loisirs. Des relations dégradées entre chefs et soldats minent discipline et cohésion. Une mauvaise gestion des contacts avec la population civile et l’arrière (congés) favorise l’agitation ou la désertion. La logistique, autrefois confiée à des auxiliaires civils, devient progressivement militaire et se complexifie au XXème siècle, par suite de l’allongement des voies de communication, de la mécanisation des moyens de transport, de la multiplication des matériels indispensables et de la dépendance envers les sources d’énergie. En 2010, un soldat américain engagé en Afghanistan emporte 12 équipements électroniques contenant plus de 70 piles ! Bataille rangée, embuscade ou tir isolé, équilibré ou non, le début du combat provoque les symptômes universels de stress : accélération des battements du cœur, assèchement de la bouche et souffle court. Ensuite, le combat blesse beaucoup et gravement. Au XVIème siècle, le chirurgien Ambroise Paré améliore la ligature des artères et imagine une prothèse de main articulée. En 1671, Louis XIV fonde l’institution des « Invalides » pour ses soldats estropiés. Au cours du XXème siècle, les progrès de l’asepsie, de l’anesthésie, de la transfusion sanguine, de la chirurgie réparatrice (les « gueules cassées » de 1914-1918) et la rééducation fonctionnelle ont accru les chances de survie des combattants, malgré la souffrance physique persistante et les mutilations. Longtemps ignorés, les traumatismes psychiques sont aujourd’hui pris en compte. Le métier de soldat implique de donner la mort mais aussi de la recevoir. La postérité ne retient souvent que les personnalités mortes au combat et ignore les anonymes tombés loin de leur pays natal. Le rapatriement des corps ne se généralise qu’après 1950. Depuis quelques années seulement, tous les combattants morts pour la France reçoivent un hommage aux Invalides.

Loïc Salmon

Dans la peau d’un soldat

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L’exposition « Dans la peau du soldat » (12 octobre 2017-28 janvier 2018), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente plus de 330 objets, uniformes, armes et documents d’archives sur trois niveaux. La galerie du rez-de chaussée parcourt 2.000 ans de l’histoire du soldat, des guerres de l’Empire romain au conflit en Afghanistan, sur fond d’illustrations ou de photos d’ambiance. Des dispositifs multimédias interactifs abordent les réalités de la vie militaire : la place du soldat dans le contexte de son temps ; les multifonctions d’objets usuels ; l’influence des uniformes sur la mode civile ; les logistiques de masse pour acheminer les approvisionnements ; les diverses finalités du camouflage ; l’évolution technologique possible de l’équipement individuel. En outre, conférences, projections de films et concerts en la cathédrale Saint-Louis des Invalides ont été programmés. Renseignements : www.musee-armee.fr

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