James Bond dans le spectre géopolitique

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Le succès international, continu depuis un demi-siècle, du personnage de James Bond, champion de la lutte antiterroriste en tous genres du début de la guerre froide à aujourd’hui, tient au fait que la fiction « colle » à la réalité des affaires du monde et parfois l’anticipe.

Ce livre l’explique par une analyse poussée des 12 romans de Ian Fleming (1908-1964) et des 24 films (1962-2015) consacrés à cet agent secret hors normes, enfin pas tout à fait. En effet, l’enquête effectue au passage un survol historique des principaux services de renseignements britanniques, américains, français et soviétiques. Sur le plan personnel, Bond et Fleming présentent, naturellement, certaines ressemblances : le premier est orphelin  à 11 ans et le second perd son père dans un bombardement en Picardie en 1917. Tous deux sont entrés au collège aristocratique d’Eton, dont ils seront renvoyés… pour une histoire de fille ! Ils partagent les mêmes goûts pour la belle vie, les voitures de rêve et les jolies femmes. Capitaines de frégate dans la Marine britannique, ils s’intéressent aux nouveautés techniques et pas seulement en matière de renseignement. Mais Bond n’est pas la copie conforme de son « père ». Outre sa propre expérience pendant la seconde guerre mondiale, Fleming s’inspire d’agents bien réels et hauts en couleur, qu’il a rencontrés ou dont il a entendu parler à cette époque. Il admire William Sommerset Maugham (1874-1965), médecin et membre du British Secret Service pendant la première guerre mondiale puis reconverti dans la littérature d’espionnage. Arrivent ensuite : Sydney Reilly d’origine polonaise né en 1874 et disparu mystérieusement en Union soviétique dans les années 1930 ;  William Stephenson (1897-1989), as de la Royal Air Force et passionné de cryptographie ; l’Américain William Donovan (1883-1969), fondateur de l’Office of Strategic Services qui deviendra la Central Intelligence Agency (CIA) ; le Serbe Dusco Popov (1912-1981), agent double au service des Allemands et des Britanniques ; le capitaine de corvette Patrick Dalzel-Job (1913-2003), membre du NID30AU (unité navale de renseignement commando) ; l’Américain Allen Dulles (1893-1969), premier directeur civil de la CIA de1953 à 1961. Du point de vue américain, l’agent idéal doit être capable de foncer tête baissée dans une mission difficile et dangereuse, afin de calmer sa colère et donner un sens à une vie futile. En revanche, pour les Britanniques, il doit avoir un niveau intellectuel supérieur et toujours maîtriser son énergie exubérante. Par ailleurs, les relations entre les « cousins » de chaque côté de l’Atlantique n’ont pas toujours été au beau fixe. Ainsi, l’infiltration de « taupes » soviétiques jusqu’au sommet de l’État, dès le début de la guerre froide, inspire également la saga de Bond. Il s’agit des « Cinq de Cambridge » (Kim Philby, Guy Burgess, Donald Maclean, Anthony Blunt et John Cairncross) et surtout de George Blake. Pendant la seconde guerre mondiale, ce dernier a servi sous les ordres de Fleming… qui lui aurait conseillé de poser sa candidature au service de renseignement extérieur MI6 ! Selon Fleming, Bond est un personnage ordinaire, à qui il arrive des histoires extraordinaires, et aussi le « miroir de son temps ». Après l’adaptation cinématographique de tous ses romans, les scénaristes respecteront ces principes pour propulser l’homme d’action 007 dans un univers technologique toujours plus pointu.

Loïc Salmon

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« James Bond dans le spectre géopolitique » par Jean-Antoine Duprat. Éditions L’esprit du temps, 272 pages, prix 21 €.

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