Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Pendant la seconde guerre mondiale, des scientifiques, des intellectuels et des artistes français ou étrangers francophones fuient la France occupée et émigrent en Angleterre, Australie, Afrique et Amérique du Sud ou aux États-Unis pour y poursuivre, à leur manière, le combat pour la liberté et la dignité humaines.

La lutte culturelle. Ils veulent mobiliser l’opinion publique de pays neutres ou alliés à la cause de la résistance au nazisme et au régime collaborationniste de Vichy. La résistance culturelle s’exerce aussi dans les territoires français d’Asie, d’Afrique et d’Océanie ralliés à la France libre et où se maintient une permanence de la tradition française de liberté d’action et de création. Dès 1941 à Londres, le Comité national français, embryon d’un gouvernement en exil, crée le service de l’Instruction publique chargé de toutes les questions scolaires et universitaires au bénéfice des Français libres expatriés et au sein des territoires ralliés. Ce service, présent dans divers organismes culturels internationaux dont le Comité des ministres alliés de l’Éducation, organise aussi des expositions, concerts, représentations théâtrales, colloques et conférences. Face à la précarité de son statut et au manque de moyens, la France libre délègue et endosse ces initiatives. Son chef, le général Charles de Gaulle, encourage sa mission militaire à Washington à « faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Son rayonnement culturel repose sur des réseaux académiques et artistiques existants ou créés à cet effet. Entre tradition et innovation, les artistes et intellectuels français réussissent à tisser un lien puissant entre patrimoine national et aspirations contemporaines.

La communication. La reconnaissance du général de Gaulle comme « chef des Français libres » par le gouvernement britannique permet la création d’une administration civile et militaire. Jusqu’à la libération du territoire français en 1944, la liaison avec la Résistance intérieure et la France occupée s’organise depuis Londres. Même si l’appel radiophonique du général de Gaulle le 18 juin 1940 a été, de fait, très peu entendu, la « radio de Londres » devient très vite un espoir grâce aux émissions en français de deux services. L’émission « Les Français parlent aux Français », créée dès le 14 juillet, dépend directement des autorités britanniques. A partir du 18 juillet, la France libre reçoit un temps d’antenne pour l’émission « Honneur et Patrie », dont l’animateur doit faire valider ses textes. Il s’ensuit des heurts en fonction des relations, parfois houleuses, entre le général de Gaulle et les dirigeants britanniques. Pour alimenter cette émission et favoriser les relations avec la presse clandestine, la France libre se dote d’un important service de communications et de documentation en lien direct avec ses propres services de renseignement. Les nombreux. Journaux clandestins, dupliqués et parfois transposés sur d’autres supports (dont des foulards), sont présentés à l’étranger en tant que signe de l’existence d’une résistance intérieure et de la diversité des courants d’opinion représentés par la France libre. A la suite des débarquements des Alliés en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août), la station radiophonique britannique publie une brochure intitulée « Voici la BBC » pour faire découvrir les coulisses de ses émissions, de son organisation et de son fonctionnement à ses auditeurs. Elle incite ainsi les lecteurs-auditeurs à poursuivre leur écoute après la guerre, grâce à ses émissions quotidiennes à travers l’Europe. Les paroles du « Chant des partisans », véritable hymne de la Résistance composé en mai 1943, sont diffusées sur des tracts largués sur la France occupée par des avions militaires britanniques. En septembre, elles sont publiées dans le premier numéro des Cahiers de la Libération sous le titre « Les partisans (chant de la Libération) ». Après la guerre, le chant conserve une grande popularité et constitue encore un hommage aux résistants et un symbole de lutte et d’espoir. Son manuscrit, présenté à l’exposition, a été classé monument historique en 2006. De nombreuses institutions, associations ou syndicats des pays alliés apportent leur soutien à la France libre et à la Résistance française, dont les résolutions traduites en français sont imprimées sur des tracts destinées à être parachutés. Les brochures de propagande de la France libre visent à la légitimer comme un pays à part entière au même titre que les États-Unis, la Grande-Bretagne et, à partir de 1941, l’URSS. Des artistes et des dessinateurs coopèrent par la réalisation d’affiches (photo, œuvres de Natacha et Jean Carlu). A Londres, le joailler Cartier réalise des bijoux, supports de messages adaptés aux pays où ils sont proposés à la vente. Les produits dérivés, à savoir jeux de cartes, paquets de cigarettes, timbres et objets divers, contribuent à la communication auprès des militaires et des civils, hommes et femmes. Aux États-Unis, le comité « France Forever », constitué en 1940, les crée, les vend et en reverse les bénéfices à la France libre. Son service cinématographique organise un festival permanent du film français à New York. A partir du 3 juin 1942, tous les mouvements de la Résistance intérieure reconnaissent officiellement l’autorité du Comité national français et, le 13 juillet, la « France libre » devient la « France combattante » qui, elle aussi, produit des films de propagande où sont mobilisés des artistes français.

L’exil. Quitter la France nécessite financements, références, contacts, patience, courage, témérité et…chance ! Entre juillet 1940 et juin 1941, des réseaux organisent les transferts de 5.000 personnes vers les États-Unis, via la Martinique, au départ de Marseille et de Casablanca (Maroc). Plus souvent à bord de cargos que de paquebots, le voyage ne garantit guère la destination prévue. Entre 1940 et 1942, environ 9.000 Français émigrent aux États-Unis. Tous ces exilés volontaires ne comptent pas s’installer défectivement aux États-Unis et veulent rentrer en France dès la victoire espérée et attendue. Toutefois, la France libre manque de la reconnaissance officielle des autorités américaines, car certains exilés français restent favorables au gouvernement de Vichy. Grâce à l’appui des intellectuels et des artistes et le soutien des médias et du comité France Forever, la sympathie envers elle s’accroît. En continuant à créer, notamment en Amérique du Sud et du Nord, les artistes exilés maintiennent une culture cosmopolite, contribuant à transformer New York et Los Angeles en nouveaux centres artistiques mondiaux. La présence d’un important lectorat potentiel francophone dans les pays d’accueil favorise la naissance des maisons d’édition et la constitution d’un réseau éditorial. Entre 1940 et 1944, environ 240 livres en français sont publiés aux États-Unis, 182 au Brésil et 66 en Argentine. Entre 1940 et 1942, plus d’une centaine d’universitaires et de biochimistes, physiciens, anthropologues et philosophes parviennent à entrer aux États-Unis. Mais des scientifiques, exclus des programmes américains de défense, poursuivent leurs travaux sur la radioactivité en Grande-Bretagne et au Canada.

L’héritage. Malgré ses difficultés à s’imposer comme un acteur du concert diplomatique à la fin de la guerre, la France accueille à Paris l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture), fondée le 16 novembre 1945. Les Français libres Henri Laugier (physiologiste) et René Cassin (juriste) participent à la commission américaine préparatoire à la création, en 1946, de la Commission permanente des droits de l’homme à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948.

Loïc Salmon

L’exposition « Un exil combattant » (26 février–22 juin 2025), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, affiches, photographies, bijoux, insignes et documents. Des conférences, visites guidées, et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides




L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Le musée de l’Armée fait revivre les débarquements de Normandie et de Provence et la libération de Paris en 1944 par une exposition immersive aux Invalides…80 ans plus tard !

L’intelligence artificielle (IA) permet en effet de classer, contextualiser et animer une sélection d’archives vidéo et photographiques en vue d’une immersion au plus près de l’action. En recréant des environnements en trois dimensions, en colorisant des photographies d’époque et en les détourant, l’IA redonne vie à des moments historiques lointains. Elle facilite la perception et la compréhension de trois événements majeurs de l’été 1944 en France dans leur contexte global. Conjuguée avec l’offensive de l’armée soviétique à l’Est de l’Europe, l’ouverture d’un premier front au Nord puis d’un second au Sud de la France marque un tournant majeur du cours de la deuxième guerre mondiale et accélère la chute de l’Allemagne nazie. Le 6 juin, dans le cadre de l’opération « Overlord », 156.000 soldats alliés (Américains, Britanniques, Canadiens et Français) débarquent sur les plages de Normandie pour créer un point d’appui en France occupée. Malgré des combats difficiles et de lourdes pertes, « Overlord » permet aux Alliés de progresser vers l’intérieur des terres et de libérer progressivement des territoires français. Puis, afin de prendre à revers les troupes allemandes, les Alliés lancent l’opération »Dragoon » pour débarquer 130.000 soldats, en majorité français et issus des colonies, afin d’ouvrir, en priorité, un second front en France et de sécuriser les ports de Toulon et de Marseille. Après le succès de ces deux débarquements, les plans alliés ne considèrent pas la libération de la capitale française comme un objectif militaire. Mais Paris représente un symbole fort et un objectif politique, dont le général de Gaulle, chef de la France libre, a saisi l’importance. Organisée et menée par la Résistance intérieure de 19 au 24 août, l’insurrection populaire facilite la progression de la 2ème Division blindée du général Leclerc (photo) dans Paris. La bataille de Paris se termine après de durs combats. Cette libération, qui connaît un retentissement mondial, sera perçue comme le début de la chute du IIIème Reich, qui surviendra officiellement le 8 mai 1945. Après l’immersion dans les combats et la liesse populaire, l’exposition présente 17 témoignages d’acteurs, hommes et femmes, de ces événements : combattants français et étrangers sur les plages de Normandie, de Provence ou dans les rues de Paris ; résistants, membres de Forces françaises de l’intérieur ou anonymes. Apparaissent, en creux, les portraits des ceux qui constituent aujourd’hui la mémoire de la Libération. Une tablette tactile permet d’écouter leur récit personnel.

Archives augmentées. L’IA permet d’explorer et de redécouvrir les lieux précis des images d’archives et de reconstituer les scènes dans leur environnement réel. Les nouvelles technologies de géolocalisation dynamiques, appliquées à ces photographies, permettent de renouveler le regard du public…et des historiens ! Elles ouvrent la voie à une meilleure compréhension des lieux et des événements. Pour l’exposition « Revivez la Libération de 1944 », l’IA a permis la recherche et le classement de documents par thèmes et l’enrichissement de données historiques, afin de mieux documenter les événements. L’exposition donne l’occasion d’expérimenter à grande échelle le potentiel de l’IA, technologie de rupture, dont les applications futures permettront d’ouvrir des horizons encore peu connus. Sa réalisation technique revient à Iconem, entreprise spécialisée dans la numérisation 3D de sites patrimoniaux dans le monde,.

Loïc Salmon

L’exposition immersive « Revivez la Libération de 1944 » (8 novembre – 18 décembre 2024), organisée par le musée de l’Armée en partenariat avec Microsoft, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des photos, films et témoignages d’archives. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Les Français du jour J

Provence 1944

La France libérée




Exposition « Duels, l’art du combat » aux Invalides

Forme de violence ritualisée, parfois chorégraphiée et légitimée, le duel a été plus ou moins autorisé partout dans le monde depuis l’Antiquité. Ses caractéristiques ont inspiré tableaux, estampes, romans et pièces de théâtre, avant de triompher au cinéma.

Combat singulier. Le duel se pratique pour régler un litige, laver son honneur ou marquer le passage à l’âge adulte. Les armes utilisées, qui varient selon les époques et cultures, incluent glaives, épées, sabres, couteaux, poignards, massues, faucilles, longs bâtons et pistolets. Lors des rencontres, les deux adversaires, qualifiés de « champions », représentent parfois leur cité et, à eux seuls, les deux armées qui s’affrontent. Les codes des combats singuliers antiques influencent les pratiques guerrières médiévales, notamment la « joute » qui oppose deux chevaliers dans un champ clos. En effet, les modalités du combat à pied dans les joutes, consistent, pour l’un des adversaires à défendre un passage symbolique à l’intérieur d’un espace fermé. Arrêter un ennemi en un endroit précis constitue un modèle en vigueur dès l’Antiquité. Ainsi, l’Illiade d’Homère, qui évoque le combat entre le Grec Achille et le Troyen Hector devant les remparts de Troie, et d’autres récits mythologiques alimentent la production littéraire du Moyen-Âge, qui inspire à son tour la création artistique des XVIème et XVIIème siècles en Europe. Ces emprunts et références dessinent peu à peu le modèle des héros chevaleresques. En outre, les combats célèbres finissent par incarner l’idéal de tout un peuple.

Duels mémorables. En France à l’époque médiévale, les tribunaux recourent parfois au duel judiciaire, héritier de l’ordalie franque par l’eau ou le feu, pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un accusé. En 1386, Marguerite de Thibouville déclare à son mari, Jean IV de Carrouges, qu’elle a été violée par Jacques Le Gris dans la nuit du 13 février. En l’absence de preuves, son seul témoignage et les alibis de l’accusé aboutissent à une ordonnance royale, qui s’en remet au jugement de Dieu pour régler l’affaire par un combat à mort Place Sainte-Catherine à Paris le 29 décembre. L’affrontement débute à cheval, puis les deux adversaires, qui ont tué leur monture, continuent le combat à pied. Quoique blessé à la cuisse, Carrouges parvient à renverser Le Gris et le tue au sol d’un coup de dague dans la mâchoire. Or, plus tard, des chroniqueurs affirment qu’un criminel aurait avoué le viol par la suite. Un innocent a donc été condamné en raison d’un témoignage erroné. Le doute sur ce mode d’expression de la justice divine conduit à l’abandon, en France, du duel judiciaire. En 1547 en France, un duel oppose Guy Chabot, baron de Jarnac, à François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, à Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet, en présence du roi Henri II. Deux ans plus tôt, La Châtaigneraie, favori de Henri alors dauphin, lui révèle que Jarnac entretient des relations incestueuses avec sa belle-mère. Le démenti public de Jarnac fait alors passer La Châtaigneraie pour un menteur. Pour sauver sa réputation, ce dernier demande un duel judicaire au roi François Ier, qui le refuse mais que son fils Henri, devenu roi, lui accorde. Peu expérimenté, Jarnac va, au préalable, s’entraîner auprès du maître d’armes italien Caize, qui lui enseigne la « botte au jarret », coup rare et surprenant mais parfaitement régulier. Cette botte, entrée dans l’Histoire sous le nom de « coup de Jarnac », permet à ce dernier de remporter la victoire. En 1612 au Japon, un duel oppose deux grandes figures du « kendô » (art martial du sabre) le 12 avril sur une petite île du détroit de Kanmon. Pour prouver sa valeur et mettre sa technique à l’épreuve, le jeune Musashi Miyamoto parvient à convaincre Tadaoki Hosokawa, seigneur de Kokura, de l’autoriser à croiser le fer avec Kojirô Sasaki, son maître d’armes. Miyamoto arrive volontairement en retard et nargue Sasaki impatient. Ce dernier, furieux, manque sa première attaque. De son côté, Miyamoto frappe au front Sasaki, qui s’effondre. Celui-ci tente un nouvel assaut mais Miyamoto lui fracasse les côtes. A la fin du XVIIème siècle en France, deux duellistes s’affrontent dans un champ après une querelle dans une auberge. Il s’agit de Joseph d’Albert de Luynes, capitaine au Régiment Royal-Étranger, et de Julie d’Aubigny, dite « la Maupin » mais habillée en homme et qui gagne sa vie en organisant des spectacles d’escrime itinérants. Après avoir blessé Luynes, surpris d’avoir été vaincu par une femme, la Maupin le soigne jusqu’à son rétablissement. Tous deux tombent amoureux l’un de l’autre et entretiennent une liaison épisodique pendant des années. Luynes poursuit sa carrière militaire, jusqu’à ce qu’un nouveau duel le contraigne à l’exil. La Maupin devient chanteuse à l’Académie royale de musique de Paris et continue à remporter des combats singuliers. En 1834, le poète et critique d’art, Théophile Gautier, s’en inspire pour son premier roman intitulé « Mademoiselle de Maupin », qui sera porté à l’écran en 1966. En 1787, en Angleterre, deux chevaliers s’affrontent, le 9 avril à Londres, pour un « duel blanc » en présence du prince de Galles, futur George IV. Il s’agit de Joseph Bologne de Saint-George, fils d’un colon français noble et d’une esclave guadeloupéenne, et Charles d’Éon de Beaumont, souvent travesti en femme. Ce type de spectacle, très prisé à l’époque, surtout entre deux personnages connus, apparaît plutôt comme une démonstration d’escrime qu’un combat. Quoique de 17 ans plus âgé(e), D’Éon, espion français puis bretteuse professionnelle, l’emport sur Saint-Georges, célèbre compositeur et escrimeur.

Interdiction et tolérance. La perception du duel par les autorités politiques a varié au cours des siècles. Ainsi Manlius Torquatus, consul de Rome entre 347 et 340 avant J.-C., fait condamner à mort son fils qui, à l’encontre des lois militaires, va affronter un ennemi en combat singulier. Dès le Moyen-Âge en France, le pouvoir royal tente de circonscrire ces combats aux seuls duels judiciaires (voir plus haut). A la Renaissance, devant la récurrence des duels, les édits se durcissent mais sans qu’ils soient réellement appliqués. Au début du XVIIème siècle en France, malgré une législation renforcée, les duels sont rarement punis. La justice ne sévit que lorsqu’un duelliste récidive trop souvent. Ainsi François de Montmorency-Bouteville, bretteur invétéré, engage, en juillet 1627 à Paris, un duel qui entraîne sa condamnation à mort. Pourtant, le succès du duel au sein de la noblesse ne faiblit pas, car la défense de l’honneur prime sur le respect de la loi. Les épées, plus fines et plus légères que celles utilisées pour la guerre, se portent à la ceinture et nécessitent de bien viser plutôt que de frapper fort. L’abolition de tous les textes d’interdiction par la Révolution entraîne une multiplication des duels. Dans le monde militaire, le duel reste intrinsèquement lié à la guerre et aux deux grandes figures de héros, à savoir le chevalier et le mousquetaire. Tous deux incarnent le devoir moral qui incite les hommes à affirmer leur point de vue « à la pointe de l’épée ». L’honneur a toujours été le moteur de la vaillance, sentiment capable d’aider les soldats à affronter la mort. Toutefois, cet honneur les pousse à chercher querelle à leurs camarades avec, souvent, l’assentiment de leur hiérarchie. Alors que les duels sont considérés comme éradiqués du royaume de France, l’armée les tolère en son sein. Ils témoignent de l’idéal chevaleresque qui anime encore les officiers à la fin du XVIIème siècle et deviennent même une coutume d’intégration des recrues. Au XIXème siècle, malgré son importance dérisoire sur le champ de bataille, l’épée conserve son aura et l’enseignement de son maniement perdure entre les deux guerres mondiales.

Loïc Salmon

L’exposition « Duels, l’art du combat » (24 avril–18 août 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des gravures, tableaux, affiches livres, armes, armures et objets. Des visites guidées, projections de films et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Duels, l’art du combat

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

 




Défense : les forces morales, patriotisme et mémoire

Face à l’évolution de l’environnement stratégique, les forces morales permettent d’affronter l’incertitude. « L’esprit de défense », prise de conscience du citoyen sur les enjeux de défense nationale, implique une culture et une mémoire de l’engagement au service de la nation.

Les forces morales ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 15 janvier 2024 à Paris, par le Centre de recherche de Saint-Cyr Coëtquidan (CReC). Y sont notamment intervenus : le général Guillaume Couëtoux, zone de défense et de sécurité Ouest ; Martine Cuttier, Université de Toulouse 3 ; la capitaine ® Aude Nicolas, délégation au patrimoine, État-major de l’armée de Terre.

Le soldat. Aux capacités physiques et intellectuelles du soldat, il convient d’ajouter la conscience, souligne le général Couëtoux. Nourri par ses racines et ses héritages, le soldat se trouve tiré vers le haut grâce aux valeurs et aux vertus qui animent le sens donné à sa mission. La force morale du guerrier dépend aussi de ses appartenances, des influences qui s’exercent sur lui, notamment la guerre informationnelle, et de ce que la technologie peut lui apporter. La sensibilisation aux enjeux de défense par les armées vise les élus et représentants de l’État, les associations, le monde économique et la jeunesse. Les menaces internes et externes ont fait prendre conscience de la nécessité d’éduquer les futurs enseignants en matière de défense, au sein des écoles de formation du ministère de l’Éducation nationale. La force morale du soldat et des forces armées n’existe pas sans celle de toute la nation et vice-versa, précise le général. Pendant une trentaine d’années, l’expression « lien armée-nation » a distillé et entretenu un malentendu laissant croire que l‘armée et la nation peuvent constituer deux entités distinctes devant simplement dialoguer entre elles et que la défense de la nation était uniquement assurée par les armées. La formule « défense de la nation par la nation », où s’immisce la notion de confiance, semble plus efficace. La réappropriation de l’esprit de défense et des forces morales par la société se manifestera quand les militaires n’auront plus besoin de les transmettre et se concentreront sur leurs missions, tout en témoignant de ce qu’ils font et de ce qu’il les anime. Les familles constituent les charnières essentielles entre les militaires et la société civile, en vue du partage de la fierté de s’engager et de servir la nation jusqu’à la mort, s’il le faut. Le ministère des Armées investit massivement dans l’accueil des familles dans les nouvelles garnisons successives, le logement, les transports, l’emploi du conjoint, les stages à trouver dans des environnements nouveaux, les places dans les crèches et la continuité des parcours de soins. Les nombreuses conventions signées entre le ministère des Armées et les entreprises expriment une prise de conscience de la nécessité de renforcer l’attractivité du métier militaire dans une période de bascule stratégique. Le général Couëtoux conclut en citant le philosophe grec Aristote (384-322 avant J.-C.) au sujet de la force morale du soldat : « Le courage ne se découvre pas sur les champs de bataille, mais il est le fruit d’une disposition cultivée peu à peu ».

L’hommage aux morts au combat. La nation exprime sa reconnaissance aux soldats morts en opération extérieure pour le bien commun par un hommage solennel avec les honneurs militaires, explique Martine Cuttier. Une première cérémonie se déroule sur le lieu du décès puis à l’aéroport avant le rapatriement des corps en France. A Paris, tout commence le matin ou en raison du décalage horaire, en présence des familles, de cadres de l’unité où ils ont servi, de l’aumônier et de l’assistante sociale. Le fourgon mortuaire est escorté par des motocyclistes de la Garde républicaine jusqu’à l’Hôtel national des Invalides. L’Association du soutien à l’armée française et d’autres organisations se sont mobilisées pour qu’un cortège accueille les cercueils. De son côté, l’État-major des armées a pris l’initiative d’inviter les Français à leur rendre hommage lors du passage sur le pont Alexandre III, comme cela se pratique depuis longtemps aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada. Par sa présence aux Invalides, la foule manifeste son soutien à l‘armée de métier, au nom du lien entre l’armée et la nation et pour le moral de troupes. Certaines cérémonies aux Invalides sont présidées par le président de la République en présence de membres du gouvernement et des autorités militaires, civiles et religieuses. Le président prononce l’éloge funèbre et décerne la Légion d’honneur à chaque mort pour la France, promu au grade supérieur pour la circonstance. Puis les cercueils, portés par des soldats de l’unité concernée, quittent la cour d’honneur au rythme de la marche funèbre de Chopin. Un ultime hommage est rendu à la garnison de l’unité endeuillée. Depuis l’attentat terroriste de l’immeuble du Drakkar qui a tué 58 parachutistes à Beyrouth en 1983, à chaque éloge de gratitude, les présidents successifs mettent l’accent sur les valeurs de la France, à savoir la paix, la liberté, la démocratie et la souveraineté de son peuple. La tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe à Paris (photo) constitue le meilleur symbole de la longue liste de héros qui ont donné leur vie pour la défense de la France. Pourtant, estime Martine Cuttier, le terme de « héros » semble compliqué pour les militaires qui pensent que les morts pour la France n’ont fait que leur devoir. En revanche, la relative indifférence des médias est mal ressentie par ceux qui attendent la considération, la solidarité et l’attention de la nation qui leur a délégué le droit à l’usage de la force pour l’intérêt général. Après la guerre d’Algérie (1954-1962), l’idée d’un monument aux morts pour la France en opérations extérieures (sans déclaration de guerre par le Parlement) émerge en 2011. Un mémorial interarmées est finalement inauguré à Paris le 11 novembre 2019.

Le patrimoine militaire. L’histoire de l’art et du patrimoine militaires constituent des vecteurs de l’appropriation des forces morales, estime la capitaine Nicolas. Dans leurs œuvres, les artistes ont voulu exprimer la bravoure et l’esprit de sacrifice. Il s’agit de conserver le souvenir des vertus des héros et de les ériger en modèles de célébration pour la postérité. Depuis le XVIIème siècle, la production artistique sur la thématique militaire porte sur la recomposition imaginaire d’un événement ou la recherche d’exactitude, choix des peintres et des sculpteurs. Le peintre va sélectionner l’essentiel de la bataille. Dans le cas d’un bas ou d’un haut-relief, le sculpteur va pousser la synthèse sur un personnage ou un groupe en privilégiant un moment important en fonction de valeurs à transmettre et relevant des forces morales. Ainsi sur l’Arc de Triomphe à Paris, la représentation de la résistance en 1814 dépasse le personnage et l’événement historique pour exprimer le courage, l’abnégation, l’esprit de sacrifice et la volonté de vaincre. Tout monument commémoratif prend en compte la notion d’exemplarité. Ainsi, la bataille du pont d’Arcole (1796), représentée aussi sur l’Arc de Triomphe, montre Napoléon Bonaparte brandissant un drapeau pour galvaniser ses troupes. Le jeune tambour André Estienne, qui avait franchi le torrent à la nage sous le feu de l’ennemi, a permis d’accélérer la victoire. Un monument à sa gloire érigé à Cardenet, sa ville natale, symbolise la jeunesse engagée et l’élan patriotique. La Troisième République réhabilite l’image de l’épopée impériale avec les commandes de grands tableaux des batailles d’Austerlitz (1805) et d’Iéna (1806). La représentation de la charge des cuirassiers, lors des batailles de Reichshoffen, de Fréjus et de La Chapelle (1870), souligne la priorité de la résilience autour des notions de courage et de sacrifice. A l’exemple de la galerie des batailles créée par Louis-Philippe au château de Versailles, des salles d’honneur sont ouvertes dans les régiments et ornées de tableaux rappelant leurs hauts faits. L’œuvre d’art, même ancienne, véhicule des valeurs intemporelles et consolide la cohésion autour d’un héritage commun.

Loïc Salmon

Défense : les forces morales, histoire et culture

Défense : les forces morales, la nation et son armée

Défense : la mort, au cœur de la singularité militaire




Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides

Au cours de l’Histoire et partout dans le monde, la victoire militaire, à la chasse ou sportive, se vit, se proclame et se perpétue par des souvenirs de natures diverses. Ses conséquences portent sur des enjeux stratégiques, politiques ou commerciaux.

L’entourage de la victoire. Plusieurs notions s’associent à celle de la victoire, considérée comme un succès sur l’adversaire après un affrontement, une bataille ou une compétition. Ainsi, le triomphe peut signifier une victoire éclatante ou l’honneur décerné à un général romain qui défile à Rome après avoi remporté une grande victoire. Armes, emblèmes, casques ou coupes constituent autant de trophées attestant d’une victoire. Celle-ci se célèbre par des manifestations festives ou l’accomplissement d’une cérémonie rituelle, notamment religieuse. En compensation des efforts consentis, les vainqueurs reçoivent une récompense sous forme d’un bien matériel ou financier. Ils connaissent alors la gloire, cette grande notoriété dont ils jouissent dans l’esprit d’un grand nombre de personnes. En revanche, les vaincus connaissent la défaite, déroute subie par une armée ou l’échec dans le cadre de l’opposition de deux ennemis ou concurrents.

Du trophée au symbole. Le mot « trophée » dérive du grec « tropaion » et du latin « tropæum » qui signifient…déroute ! Il s’agissait à l’origine d’un arbre taillé en forme de croix, auquel étaient suspendues les armes des vaincus. Élevé sur le champ de bataille et dédié à la divinité ayant donné la victoire, il rappelait le succès du camp vainqueur. Ensuite, il a été remplacé par un monument de pierre. Dans la mythologie grecque, Persée, fils de Zeus, décapite Méduse, monstre féminin aux cheveux de serpents changeant en pierre quiconque croisait son regard. Aujourd’hui encore, la tête de Méduse figure sur le bouclier de statues représentant Athéna, déesse guerrière. Autre fils de Zeus, Héraclès, portant la dépouille du lion de Némée, est conduit par la déesse de la victoire sur l’Olympe, où les dieux l’admettront comme l’un des leurs au terme de sa vie d’épreuves. Dans l’Illiade, le Grec Achille exhibe le corps du Troyen Hector comme trophée aux yeux de tous en le traînant, attaché à son char, autour de la ville de Troie. Selon la tradition, le coureur Philippidès s’effondra au sol après une course de 40 km pour annoncer aux Athéniens la victoire de l’armée grecque sur celle de l’Empire perse à Marathon (490 avant J.-C.). Le roi macédonien Alexandre le Grand, pharaon d’Égypte, conquiert l’Empire perse et pénètre en Inde jusqu’à la rive de l’Indus (326 avant J.-C.). N’ayant jamais perdu une bataille, il incarne le modèle du vainqueur pour de nombreux empereurs, rois (notamment Louis XIV) et généraux au cours de l’Histoire. Pendant la période hellénistique (IIème siècle avant J.-C.), la victoire est représentée par la déesse Niké, messagère des dieux qui apporte la gloire aux vainqueurs. L’exposition présente une réplique de la « Victoire de Samothrace » (photo), mondialement connue et dont l’original se trouve au musée du Louvre à Paris. Grand admirateur d’Alexandre, le Romain Jules César (100-44 avant J.-C.), honoré par quatre triomphes à Rome, était « imperator », titre décerné par la République romaine aux généraux victorieux, sans la connotation politique que lui donneront ses successeurs et divers souverains étrangers. Auguste, héritier de César et premier « empereur » romain, attribue au dieu Apollon sa victoire navale sur son rival Marc-Antoine et Cléopâtre, dernière reine d’Égypte, à Actium (31 avant J.C.). En remerciement et pour en perpétuer le souvenir, il fonde la ville de Nicopolis (Grèce) près du lieu de la bataille, dédie un temple à Apollon sur le mont Palatin à Rome, lui consacre des jeux sportifs et fait frapper à son effigie des monnaies diffusées dans tout l’Empire. Dans l’Égypte ancienne, le pharaon est souvent représenté piétinant des prisonniers couchés pour traduire la victoire de l’ordre du monde établi par les dieux. L’exposition présente une sculpture en grès (IIIème-IVème siècle avant J.-C.) figurant le dieu Horus en cavalier victorieux terrassant un crocodile, animal du dieu Seth meurtrier de son père Osiris. Cette iconographie se retrouve dans l‘empereur cavalier triomphant du monde barbare. Cette victoire du Bien sur le Mal perdure avec les images de saint-Georges et de saint-Michel terrassant le dragon. Ce thème apparaît aussi dans la mythologie hindouiste. Durga, déesse de la guerre, remporte la victoire contre le démon Mahîshâsura et ramène la paix sur terre. Les Aztèques associent le dieu Huitzilopochtli, leur principale divinité, à leurs victoires mais aussi à leurs défaites. Enfin dans la Chine antique, contrairement à d’autres divinités guerrières, Guandi, dieu taoïste de la guerre, accorde également sa bénédiction…à ceux faisant preuve de fraternité et de droiture !

Des célébrations aux monuments. En 217 avant J.-C., le roi d’Égypte Ptolémée IV fait distribuer à ses troupes 300.000 pièces d’or spécifiques pour célébrer sa victoire à Raphia sur les armées du roi séleucide Antiochos III. Vers 319-320, l’empereur romain Constantin Ier le Grand met en circulation une monnaie le représentant à l’avers et, au revers, deux captifs entravés au pied d’un trophée composé d’armes et d’éléments d’armures pour diffuser son image de vainqueur. Au XVème siècle, le roi Charles VII fait frapper des médailles pour commémorer l’expulsion définitive des Anglais hors de France. Durant l’Ancien Régime, l’Antiquité inspire une médaille célébrant la bataille d’Ivry (1590), où la victoire du roi protestant Henri IV sur les Ligueurs catholiques mettra fin aux guerres de religion. De même, une allégorie de la victoire illustre la médaille rappelant la bataille de Rocroi (1643), victoire du Grand Condé sur l’armée espagnole. Pour commémorer le passage du Rhin pendant la guerre de Hollande (1672-1678), Louis XIV fait frapper une médaille le montrant vêtu comme en général romain, qu’une victoire ailée couronne de lauriers. Dès les années 1540, les armuriers milanais s’inspirent des héros de l’Antiquité pour réaliser des armures d’apparat (photo). Le triomphe à la romaine devient un modèle de la glorification du prince au cours de fêtes dans toutes les cours d’Europe. Plus tard, il se transformera en défilé militaire, phénomène universel. Celui de la victoire de 1918 est conduit sous l’Arc de Triomphe à Paris par les maréchaux Joffre et Foch le 14 juillet 1919. En outre, les souverains puis les gouvernements ont édifié des monuments rappelant une victoire pour l’inscrire durablement dans la mémoire collective. En voici une rétrospective non exhaustive : Trophée d’Auguste (7-6 avant J.-C.), soumission des derniers peuples alpins par les Romains ; Arc d’Orange (10-25), victoires des Romains sur les Germains ; Colonne Trajane (107-113), victoire des Romains sur les Daces ; Basilique Notre-Dame des Victoires (1629), victoires de Louis XIII sur les ennemis du royaume de France ; Yorktown Victory Monument (1881-1884), victoire des Américains et de leurs alliés français sur les Britanniques en 1781 ; Arc de Triomphe du Carrousel (1806-1808), campagne d’Allemagne de l’armée napoléonienne sur la coalition austro-russe ; Colonne Vendôme (1806-1810), victoire de Napoléon à Austerlitz sur la coalition austro-russe ; Arc de Triomphe de l’Étoile (1806-1836), victoires des armées de la Révolution et de l’Empire ; Colonne Siegssaüle (1873), victoires prussiennes contre le Danemark (1864), l’Autriche (1866) et la France (1871) ; Monument commémoratif de la première bataille de la Marne (1938), victoire franco-britannique sur l’Allemagne en 1914. La crypte du tombeau de Napoléon aux Invalides rappelle ses hauts faits militaires et civils.

Loïc Salmon

L’exposition « Victoire ! La fabrique des héros » (11 octobre 2023–28 janvier 2024), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des sculptures, tableaux, documents, photographies, armes, armures, objets, trophées, médailles et tenues diverses. Des visites guidées sont prévues. Renseignements : www.musee-armee.fr

Victoire ! La fabrique des héros

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Exposition « Les canons de l’élégance » aux Invalides

 




Exposition « Forces spéciales » aux Invalides

Capables de mener des opérations ciblées, discrètes mais non clandestines, les 4.500 hommes et femmes des 16 unités spéciales, issues des composantes Terre, Air, Mer et Service de santé, agissent en tout temps, tout lieu et dans tous les milieux.

Ces opérations, déclenchées sur ordre des plus hautes autorités politiques et militaires, sont planifiées et conduites par l’état-major du Commandement des opérations spéciales (COS), pour atteindre des objectifs d’intérêt stratégique. Les forces spéciales s’adaptent à l’évolution des conflits et aux méthodes et techniques de l’adversaire. Débriefings et retours d’expérience aux niveaux des unités et des équipiers incitent à une remise en question permanente, vitale pour conserver l’ascendant en opération.

Modes d’action et techniques. Les forces spéciales doivent pouvoir intervenir en quelques heures avec des moyens de déplacement spécifiques. Ainsi, l’hélicoptère Caracal peut transporter une vingtaine de commandos, évacuer des blessés ou apporter un appui feu avec une mitrailleuse ou un canon de 20 mm. Ravitaillable en vol par l’avion de transport tactique C-130 Hercules américain ou bientôt l’avion polyvalent A400M européen, il peut recevoir en 7 minutes suffisamment de carburant pour voler 3 à 4 heures supplémentaires. S’il ne peut pas se poser, les commandos en sortent le long d’une corde lisse d’une vingtaine de mètres. Leur récupération se fait par grappe, où chacun s’accroche avec des mousquetons sur une corde spécifique, ou par nacelle. Un hélicoptère Tigre, armé d’un canon de 30 mm, de roquettes, de missiles air-air et de missiles antichars, escorte les hélicoptères de manœuvre et appuie les commandos lors de leur mise en place et pendant les combats au sol. Par ailleurs, un chuteur opérationnel (photo) effectue, sous oxygène, des sauts en parachute à ouverture entre 4.000 et 8.000 m d’altitude, afin de réaliser une infiltration de plusieurs dizaines de km sous voile en profitant des vents pour atterrir derrière le lignes adverses. Il est équipé d’appareils de navigation (compas boule et GPS) et d’un altimètre de poignet. En mer, les commandos, équipés de tenue néoprène, masque, tuba et palmes, effectuent des sauts à ouverture automatique avec un matériel contenu dans une gaine étanche. La moto tout terrain améliorée, utilisée dans le cadre de l’opération « Barkhane » au Sahel, permet des patrouilles en milieu désertique. Le « buggy » (jeep d’aujourd’hui), tout terrain, aérotransportable et aérolargable, transporte 680 kg (3 personnels et charge) jusqu’à 100 km/h. Projetable par tous les moyens de transport terrestres, aériens, maritimes ou sous-marins, le propulseur sous-marin, option silencieuse mise en œuvre par deux nageurs de combat, franchit de longues distances ou emporte de grandes quantités d’explosifs ou du matériel vers ou hors d’une zone sensible. Le drone Reaper (480 km/h), armé de bombes à guidage GPS et de missiles air-sol, est utilisé dans la lutte contre les groupes armés terroristes. Un blessé est pris en charge dans une antenne spécialisée proche de la zone de combat.

Dispositif interarmées. Renseignement, systèmes d’information et de commandement, logistique, soutien santé, appui et dimension aérienne font partie de la planification d’une opération spéciale. La première phase porte sur la recherche des informations, l’analyse et l’élaboration du renseignement. La deuxième phase concerne l’appréciation de la situation à partir des renseignements obtenus et selon les moyens disponibles, afin d’élaborer un plan soumis pour validation au général commandant des opérations spéciales. Après son accord, l’opération est déclenchée et suivie à partir du poste de commandement, les décisions relevant alors du chef de la « Task Force » (force opérationnelle mobilisée). Dans l’exposition aux Invalides, une vidéo présente un cas d’école. Un soir, dans une ville fictive dénommée Baloa, une dizaine de terroristes s’infiltrent dans un hôtel et prennent en otage l’ambassadeur français, sa famille et sa garde rapprochée. Ils exigent une rançon et la libération de terroristes sous 72 heures. A quelques mètres de là, d’autres terroristes s’emparent d’un bâtiment administratif. Un drone est alors envoyé sur place pour collecter du renseignement. Des équipiers du 13ème Régiment de dragons parachutistes sont largués sur les abords de Baloa, afin de poursuivre la phase de renseignement. Dès la mise en alerte, la Task Force s’apprête à déployer un dispositif adapté à la libération des otages et du bâtiment administratif. Le président de la République donne son feu vert pour l’assaut et l’opération spéciale. A bord d’un zodiac, des commandos Marine quittent une frégate, qui croise au large de Baloa. Au même moment à quelques kilomètres de là, un avion de transport tactique a effectué un poser d’assaut. Deux groupes action embarquent sur des véhicules armés pour rejoindre le bâtiment administratif. Un hélicoptère Tigre et deux hélicoptères Caracal complètent le dispositif. Les commandos se rapprochent de l’hôtel. Ils lancent l’assaut, neutralisent les terroristes et libèrent les otages. D’autres commandos, descendus des Caracal près du bâtiment administratif, neutralisent les terroristes et libèrent le bâtiment. Enfin, les autorités militaires, puis politiques, sont informées de la réussite de l’opération.

Longue histoire. En 1245 avant J.-C., Gédéon choisit 300 soldats israélites pour lancer une attaque surprise contre le camp des Madianites, pris de panique. Dans l’Odyssée, Ulysse fait construire un grand cheval de bois, offert à la cité de Troie assiégée depuis dix ans. Pendant la nuit, les soldats qui y sont cachés ouvrent les portes de la ville à l’armée grecque, qui l’envahit. En 217 avant J.-C., le général carthaginois Hannibal fait accrocher des torches enflammées sur 2.000 bœufs, qui partent dans une direction opposée à ses troupes, créant une diversion face à l’armée romaine. En 1350, pendant la guerre de Cent-Ans, déguisés en bûcherons et portant leurs armes dissimulées dans des fagots de bois, Bertrand du Guesclin et 30 hommes reprennent le château de Grand-Fougeray aux mains des partisans des Anglais. Au XVème siècle pendant les guerres civiles au Japon, les guerriers « ninjas », déguisés en paysans, prêtres ou moines, se spécialisent dans l’espionnage, le sabotage et l’assassinat. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) pour la suprématie en Amérique du Nord, Grande-Bretagne et France emploient des trappeurs habitués au combat en forêt. Les fantassins « Rangers » se spécialisent dans les missions de reconnaissance et les opérations contre des cibles éloignées. En 1804, sur ordre du Premier consul Napoléon Bonaparte, 300 soldats franchissent le Rhin et enlèvent le duc d’Enghien à Ettenheim. Pendant la guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud, les « Kommandos » boers, unités à cheval, harcèlent les troupes britanniques. Pendant la première guerre mondiale, les unités d’élite allemandes « Sturmtruppen » créent des brèches dans les lignes ennemies pour faciliter l’assaut des troupes classiques. En 1916, l’agent britannique Laurence d’Arabie se comporte et vit comme les Bédouins pour mener la révolte arabe contre les Turcs. En 1941 en Égypte, l’officier écossais David Stirling crée le « Special Air Service » pour harceler, sur des Jeep armées, les arrières de l’ennemi. Dissoutes en 1945, les forces spéciales sont reconstituées lors de guerres de décolonisation puis des opérations extérieures. Le COS a perdu 28 hommes en mission depuis sa création en 1992.

Loïc Salmon

L’exposition « Forces spéciales » (12 octobre 2022-29 janvier 2023), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris à l’occasion du 30ème anniversaire du Commandement des opérations spéciales. Elle présente des équipements, matériels, armements, archives, photographies et témoignages ainsi que des extraits de films, qui ont contribué à fixer l’image des forces spéciales dans le grand public. Visites guidées, conférences et concerts sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr

Forces spéciales

Marine : Patmar et Forfusco, de l’action de l’Etat en mer au combat

DGA : qualifications du mini-drone Marine et du parachute pour chuteurs opérationnels




Défense : découvrir le passé pour réfléchir sur l’avenir

Le patrimoine du ministère des Armées constitue un héritage de l’histoire de la Nation et des principes qui ont maintenu sa cohésion au cours des siècles.

Dominique Espinasse, sous-directrice de la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), l’a présenté à la presse, le 8 septembre 2022 à Paris, à l’occasion des « Journées européennes du patrimoine » des 17 et 18 septembre. En 2021, malgré les restrictions sanitaires dues à la pandémie du Covid19, 109.000 personnes ont visité 82 sites militaires. En 2022, 91 sites ont été inscrits. La fréquentation moyenne du patrimoine du ministère se monte à 125.000 visiteurs par an.

Patrimoine durable. Le ministère des Armées dispose du deuxième patrimoine de l’Etat, après celui du ministère de la Culture. Témoins de l’histoire militaire, l’Hôtel national des Invalides et l’Ecole militaire à Paris, le château de Vincennes et le lycée militaire de Saint-Cyr-l’Ecole constituent ses biens immobiliers en Ile-de-France. Ceux en province incluent les lycées militaires de la Flèche et d’Autun, les châteaux de Brest et de Lunéville, les citadelles et les hôtels de commandement. Ses biens mobiliers concernent : les collections des musées militaires, plus d’un million d’objets ; celles du Service historique de la défense (SHD) à Vincennes, un million d’ouvrages, plus de 450 km linéaires d’archives et 50.000 cartes et plans ; celles de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), 13 millions de photos et 36.000 films ; celles de 53 unités documentaires et bibliothèques. Le patrimoine mémoriel inclut 290 nécropoles, 2.170 « carrés militaires » et 1.000 lieux de sépulture dans environ 80 pays. En outre, dix endroits ont été labellisés « hauts lieux de la mémoire nationale » : le Cimetière national de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) ; le Cimetière national de Fleury-devant-Douaumont et la tranchée des baïonnettes (Meuse) ; l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) ; le Mont-Valérien (Hauts-de-Seine) ; le Mémorial des martyrs de la déportation de l’île de la Cité (Paris) ; le Mémorial de la prison de Montluc (Rhône) ; le Mémorial du débarquement allié de Provence au Mont-Faron (Var) ; le Mémorial des guerres en Indochine (Var) ; le Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie (Paris) ; le Monument aux morts en opérations extérieures (Paris).

Politique culturelle. La DMCA dispose d’un budget annuel de 53,5 M€, dont 25,7 M€ pour la gestion du musée de l’Armée aux Invalides (photo), de celui de l’Air et de l’espace au Bourget et de celui de la Marine. Ce dernier compte cinq sites, celui de Paris devant rouvrir au second semestre 2023. Son réseau comprend : les délégués au patrimoine ; 13 musées d’arme (celui du Service de santé des armées et 12 de l’armée de Terre) ; le SHD (10 centres) ; l’ECPAD ; le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains ; les partenaires institutionnels et privés (producteurs de documentaires, éditeurs et mécènes). En 2019 (avant la pandémie), la fréquentation des musées militaires a totalisé plus de deux millions de visiteurs. Le SHD communique 133.000 documents d’archives et 6.500 ouvrages par an et effectue 176.000 recherches administratives. Chaque année, la DMCA apporte son soutien à 30 films et coéditions, collecte 750.000 photos et restaure 5 km d’archives. Sa politique culturelle porte sur l’archivage numérique, la valorisation du patrimoine militaire, l’entretien de la mémoire des conflits contemporains et la préparation de musées futurs.

Loïc Salmon

Défense : mémoire et culture, véhicules des valeurs militaires

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Défense : la MCIC, promouvoir les armées dans le respect de la liberté de création




Exposition « Les agents secrets du Général » aux Invalides

Entre 1940 et 1944, les services secrets de la France libre ont fourni 80 % des renseignements utilisés dans la préparation du débarquement en Normandie, permis aux résistants français de participer à la libération du pays et évité une guerre civile.

Ces résultats exceptionnels ont été obtenus par quelques dizaines d’officiers et quelques centaines de personnes à Londres, moins de 1.000 agents envoyés en mission clandestine en France et près de 80.000 recrutés en France. En 1940, les cadres des services secrets de la IIIème République restent au service du gouvernement de Vichy. En juillet à Londres, des officiers inexpérimentés créent un 2ème Bureau, qui élargit ses fonctions et devient Service de renseignement en avril 1941, puis Bureau central de renseignement et d’action militaire en janvier 1942 et enfin Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) en juin 1942. Ce dernier organise toutes les missions secrètes, militaires ou politiques, en France et en Afrique du Nord. Il pose les fondations des services secrets français jusqu’à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), créée en avril 1982. Le 17septembre 2018, dans la cour d’honneur des Invalides, la ministre des Armées, Florence Parly, a remis la fourragère de l’Ordre de la Libération au 44ème Régiment d’infanterie, unité des personnels militaires de la DGSE. En 2020, l’institution d’un insigne spécifique souligne la filiation entre le BCRA et la DGSE. Portant les couleurs de l’Ordre de la Libération, le vert de l’espérance et le noir du deuil, cet écusson, orné de la croix de Lorraine, reprend une partie de la devise latine de l’ordre « Patriam Servando » (En servant la patrie).

Les services secrets. Depuis la fin du XIXème siècle, la France dispose de services de renseignement permanents, essentiellement militaires. Après la première guerre mondiale, ils se composent de la Section de recherche (SR) pour l’espionnage et de la Section de centralisation du renseignement (SCR) pour le contre-espionnage. Ceux de la France libre, basés en Grande-Bretagne, assurent d’abord le lien avec les résistants en France en organisant des liaisons radio et des opérations aériennes clandestines. Ils créent en France des réseaux de renseignement et d’évasion. Sur le plan militaire, ils participent à l’organisation de l’Armée secrète et des maquis et assurent la liaison avec l’Etat-major allié. Sur le plan politique, ils travaillent à unifier les divers mouvements de résistance derrière le général de Gaulle. Créé en mai 1943, le Conseil national de la Résistance permet d’affirmer l’autorité de l’Etat, reconstitué à Londres et à Alger. Or la Grande-Bretagne ne reconnaît pas la France libre comme un gouvernement en exil. Les services de renseignement britanniques coopèrent directement avec des résistants français qui n’ont aucun lien avec elle. Le SIS (Secret Intelligence Service) collecte le renseignement, le SOE (Special Operations Executive) s’occupe de l’action et le MI9 (Direction du renseignement militaire) des évasions. Ils recrutent des Français et agissent en France sans en référer au général de Gaulle. A partir de 1942, les Etats-Unis disposent de l’OSS (Office of Strategic Services) pour toutes ces missions. Les services secrets gaullistes ne peuvent agir en France qu’avec le soutien de leurs homologues britanniques, lequel comprend : la formation et l’équipement (postes de radio et armes) des agents ; l’acheminement en France et le retour en Grande-Bretagne par bateau ou avion ; le maintien du contact au moyen d’une centrale radio. Enfin, les services britanniques et américains fournissent armes et matériel à la Résistance.

Les agents clandestins. Contrairement aux membres des mouvements de résistance, les agents secrets de la France libre, volontaires civils ou militaires, sont soumis à l’autorité de son chef. Plusieurs centaines sont recrutés en Grande-Bretagne et en Afrique du Nord, formés puis envoyés en France comme « chargés de mission ». D’autres sont recrutés en France et formés en Grande-Bretagne. Les plus nombreux, recrutés eux aussi en France, restent sur place mais sont reconnus comme agents des autorités françaises. Comme tous les résistants, les agents clandestins se trouvent plongés dans une société, dont ils dépendent pour survivre et mener à bien leur mission sous une fausse identité. Ils savent qu’ils risquent la capture et la mort, mais aussi la torture et l’enfer des camps de concentration. En Angleterre, le BCRA recrute ses agents parmi les volontaires de la France libre après les avoir repérés lors de leur interrogatoire de sécurité. A partir de 1943, il en sélectionne aussi en Afrique du Nord. A l’issue des tests pratiques et psychologiques et selon leur profil, les candidats sont orientés vers le renseignement, l’action, l’encadrement (délégué militaire) ou la technique (opérateur radio, saboteur ou officier d’opérations aériennes). Infiltrés en France, ils recrutent d’autres agents parmi leurs relations ou dans les organisations clandestines. Comme tous les militaires de la France libre à Londres, les agents clandestins vivent sous le nom adopté lors de leur engagement, revêtent leur uniforme d’officier et fréquent les lieux de convivialité prisés des Français, mais cachent leur véritable affectation et leur future mission. En théorie, ils ne doivent pas se rencontrer, mais la consigne n’est pas toujours respectée. De nombreux agents, résidant en Angleterre ou y séjournant, suivent une formation dans les écoles britanniques. Ainsi, le SOE installe des dizaines de centres dans des châteaux isolés, dédiés au parachutisme (presque tous les agents sont brevetés), au sabotage, aux transmissions, aux opérations aériennes ou à la vie clandestine. Avant son départ en mission, l’agent abandonne le nom adopté lors de son engagement dans la France libre, confie au BCRA son testament et ses effets personnels. Il prend une fausse identité, apprend sa « légende » (biographie fictive mêlant le vrai et le faux), reçoit de l’argent et se familiarise avec ses faux papiers (carte d’identité, feuille de démobilisation, tickets de rationnement etc.). En France, les agents se procurent parfois de « vrais faux papiers », provenant réellement de l’administration. Désigné désormais par un pseudonyme lors de ses échanges avec Londres, l’agent clandestin revêt des habits en usage en France après vérification qu’il ne transporte rien qui puisse trahir son passage en Angleterre. Des matériels sont conçus pour cacher des messages et les postes de radio progressivement miniaturisés. Outre des renseignements militaires, le BCRA recueille des documents officiels pour ses agents et des renseignements politiques et économiques pour la propagande de la France libre et ses projets futurs. Traqués par la police française et les services allemands, les agents clandestins ne sont pas protégés par le droit de la guerre. Ceux qui le souhaitent reçoivent une pilule de cyanure (poison violent et efficace).

Loïc Salmon

Organisée par l’Ordre de la Libération et la Direction générale de la sécurité extérieure, l’exposition « Les agents secrets du général » (23 juin-16 octobre 2022) se tient aux Invalides à Paris. Elle présente objets, armes, archives photographiques et documents. Renseignements : ordredelaliberation.fr.

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Résistance et dissuasion




Toute une histoire !

Dédié à l’armée de Terre lors de sa création en 1905 aux Invalides à Paris, le musée de l’Armée s’engage dans une mission interarmées. La guerre y est évoquée sous son aspect militaire.

Ses collections, d’environ 500.000 objets, incluent armures, uniformes, armes blanches et à feu, pièces d’artillerie, emblèmes, décorations, figurines historiques, trophées et même objets de la vie quotidienne du soldat. S’y ajoutent : un fonds de peintures, d’estampes, de dessins, de photographies et de sculptures ; une bibliothèque de manuscrits, de livres, de périodiques et d’archives privées ; des pièces ethnographiques dépassant le cadre européen et celui de l’ancien empire colonial français. Le musée de l’Armée a hérité des collections du Garde-Meuble de la Couronne, des saisies révolutionnaires, des campagnes militaires des XVIIIème et XIXème siècles et du musée de l’Artillerie. Pendant son mandat, le directeur du musée reçoit l’appellation de « gardien du tombeau de l’Empereur », car l’Hôtel national des Invalides abrite la sépulture de Napoléon 1er depuis 1840. Conformément à une politique scientifique et cohérente, les collections s’enrichissent par des achats, commandes, dons, legs, « dations » (remplacements exceptionnels de droits de succession) et collectes. Ensuite, une longue procédure les rend inaliénables, imprescriptibles et insaisissables, en vue de leur exposition au public. Déjà, près de 1.000 actes d’achats ont complété les cessions à titre gracieux de plus de 6.000 personnes, associations, sociétés, établissements et ministères. Toutefois, les aléas de l’histoire militaire ont gravement affecté les collections. La fin des guerres napoléoniennes conduit au pillage du musée de l’Artillerie en 1815. C’est pourquoi, dès le début de la guerre de 1870, la partie la plus riche des collections a été évacuée en province. En 1921, les dispositions du traité de Versailles suscitent l’afflux d’objets issus des guerres de 1870-1871 et de 1914-1918. Les mêmes événements se reproduisent en 1940 et 1949. Le musée a aussi connu des pertes par vols, demandes des restitutions, accidents ou destructions volontaires. Ainsi le 30 mars 1814, le maréchal Sérurier, gouverneur des Invalides depuis 1803, ordonne de brûler les drapeaux conquis par la France, pour éviter leur remise à l’ennemi. En 1938, un incendie a ravagé la façade Nord de l’Hôtel des Invalides et détruit le décor du Grand Salon. Parmi les pièces rares, rescapées de toutes ces péripéties, figurent deux armures japonaises datant de 1580-1590, cadeaux d’une ambassade nippone à la Couronne d’Espagne. Puis le roi Charles III les a offertes à la Cour de France lors du mariage de sa fille Anne à Louis XIII en 1615. Le musée possède les bâtons de maréchalat de quatre généraux de la seconde guerre mondiale, à savoir Leclerc, de Lattre de Tassigny et Kœnig à titre posthume et Juin de son vivant. De Gaulle a refusé cette dignité, prestigieuse sous l’Ancien régime, abolie pendant la Révolution et rétablie sous le Premier Empire. « L’Historial Charles de Gaulle », réalisé entre 2003 et 2008, a été intégré au programme de modernisation du musée (1994-2010), dénommé ATHENA (Armes, Technique, Histoire, Emblématique, Nation, Armée). Son expérience sert au projet MINERVE (Mémoire, Invalides, Engagement, Recherche, Visite évolutive). En 2025, trois nouveaux parcours concerneront l’histoire de la colonisation et de la décolonisation, l’histoire militaire de la France après 1945 et l’actualité des engagements militaires français.

Loïc Salmon

 « Toute une histoire ! », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 197 illustrations, 32 €.

Défense : mémoire et culture, véhicules des valeurs militaires

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante




S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle

Au cours de l’Histoire, les armées professionnelles n’ont jamais suffi pour défendre un pays en cas de menace directe. Les circonstances ont imposé le recours aux réserves fournies par la conscription, pas toujours universelle.

Dans la Grèce antique, remplir ses obligations militaires à 18 ans donne au jeune homme accès aux droits civiques. Les conquêtes et le développement du commerce favorisent le recours aux mercenaires. Sous la République romaine, tout citoyen est mobilisable dès 17 ans. Au IIIème siècle, la défense de l’Empire ne repose plus que sur une armée de métier et surtout les tribus barbares alliées…qui finiront par provoquer sa chute en 476. En Gaule, en contrepartie de terres, la dynastie mérovingienne institue le « ban », forme embryonnaire du service militaire pour les nobles. Pendant la féodalité, celui-ci devient « l’ost », où la garantie de l’Etat en Grèce et à Rome est remplacée par une relation d’assistance mutuelle entre le vassal et son seigneur. Charlemagne impose à ces derniers l’obligation de fournir le dixième de leurs serfs pour assurer la logistique de l’ost. La guerre ne se pratique qu’au printemps. En 1303, Philippe le Bel convoque exceptionnellement le ban pour quatre mois au lieu de trois. Dès le Xème siècle, certaines villes constituent des milices pour se défendre. Par ailleurs, les nobles subissent la concurrence des bourgeois au sein du ban, qui se dévalorise avec l’apparition d’une armée royale de soldats de métier soldés par la « taille », impôt permanent. Cette armée, bien organisée, mieux entraînée et immédiatement disponible, se diversifie en infanterie, cavalerie et artillerie au cours de la guerre dite de Cent Ans (1337-1453). A partir du XVIIème siècle, la fonction militaire devient une profession à part entière, où l’éducation initiale et le perfectionnement des connaissances supplantent le respect des traditions ancestrales. L’entrée de la France dans la guerre de Trente Ans (1618-1648) et la disparition du mercenariat conduisent à un recrutement des troupes, pendant l’hiver, par les sous-officiers et les « bas-officiers » qui assurent la continuité de l’encadrement et du commandement. Les nobles, colonels ou capitaines propriétaires de leur unité, ne sont militaires que pendant les périodes de combat puis se retirent dans leurs terres. Les ordonnances royales améliorent la condition du soldat, notamment par la constitution d’un cops d’inspecteurs des troupes et de leur matériel (1667) et la construction de l’Hôtel royal des Invalides (1675). Pour compléter les effectifs, Louis XIV institue, au sein des paroisses, la milice royale, fondement du devoir militaire des sujets du roi par tirage au sort mais avec des exemptions possibles. La désertion, passible de la peine de mort depuis l’ordonnance de 1635, se trouve, dans les faits, commuée en condamnation aux galères de la Marine royale. Devant la menace d’invasion de la France par les armées européennes l’Assemblée nationale déclare la patrie en danger en 1793 et décrète la levée en masse des volontaires. La conscription, officialisée par la loi Jourdan-Delbrel de 1798, perdure, avec le retour des exemptions et du tirage au sort, pendant les guerres napoléoniennes et après. Les deux conflits mondiaux nécessitent la mobilisation générale. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), 80 % des soldats déployés sont des « appelés ». Depuis 2002, la conscription, suspendue mais pas supprimée, concerne aussi les filles.

Loïc Salmon

« S’engager ! De l’Antiquité au XXIème siècle », Matthieu Chillaud. Editions Pierre de Taillac, 200 pages, illustrations, 29,90 €.

Soldats de Napoléon

Défense : durer et vaincre dans un conflit de haute

intensité

Faut-il recréer un service national ?