Armée de l’Air et de l’Espace : voir plus haut et décider plus vite que l’adversaire

Les opérations aériennes vont d’une durée de plusieurs heures à un temps fulgurant dans l’action. Leur tempo nécessite souplesse, intelligence et réactivité pour gagner du délai.

Elles ont fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 24 novembre 2020 à Paris, par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Y sont notamment intervenus : Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales ; le général de corps aérien Vincent Cousin, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes ; le général de division Pascal Facon, ancien commandant de la Force Barkhane au Sahel ; le général d’armée aérienne Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’AAE ; Emilien Dereclenne, docteur en philosophie, Université de Compiègne.

L’évolution de la menace. La guerre du Golfe (1991) a souligné l’importance de la maîtrise du ciel par le renseignement, la surveillance et la reconnaissance, rappelle Elie Tenenbaum. Depuis les attentats terroristes aux Etats-Unis en 2001, la puissance armée a été contournée par la décentralisation, la dissimulation, la « déception » (induire l’adversaire en erreur pour l’inciter à réagir contre ses propres intérêts) et le durcissement d’attaques nécessitant de plus en plus de moyens pour les contrer. Au cours des trente dernières années, les initiatives militaires des pays occidentaux ont cherché à produire des effets politiques. Les anciennes puissances, à savoir Russie, Chine, Inde, Iran et Turquie observent avec attention leurs points forts et leurs failles, notamment en matière de renseignement et d’actions cyber. La qualité des armements ne remplace pas leur quantité dans tous les domaines. L’émergence de la puissance économique et technologique se fait au profit de l’Asie-Pacifique. Par ailleurs, apparaît la volonté de remettre en cause le statut quo fondé sur le droit. Des zones territoriales se trouvent contestées en Syrie et en mer de Chine du Sud, affectant la liberté d’intervenir par la pratique du fait accompli. Il se crée des zones « grises », où la manœuvre en deçà du seuil critique réduit les risques d’escalade. Enfin, le coût militaire et politique d’une agression exerce un effet dissuasif.

L’intervention aérienne. En alerte permanente, l’AAE doit pouvoir intervenir sur 12.000 objectifs dans l’espace aérien au quotidien ; souligne le général Cousin. Lors des grands événements, elle doit détecter intrus et objets malveillants (drones). Dans une opération, la puissance aérienne devient un outil politique. En opération extérieure, elle donne une crédibilité à la parade politique par des frappes contre l’adversaire avec une faible empreinte au sol, comme l’a montré la guerre du Golfe. Elle est mise en œuvre à partir de la base de Lyon-Mont-Verdun pour l’opération « Barkhane » au Sahel ou, en coalition, à partir des Emirats arabes unis ou de Jordanie pour les actions au Levant. L’AAE doit acquérir des prototypes pour s’adapter aux menaces et anticiper leur évolution. Grâce à la numérisation et au partage d’informations, elle planifie et conduit les opérations « multi-domaines ». Celles-ci intègrent l’espace, le cyber, la guerre électronique et bientôt l’intelligence artificielle dans la défense anti-missiles, par la synchronisation des actions de tous les systèmes de combat. L’état final idéal consiste à fusionner les moyens pour une plus grande efficacité.

L’effet au sol. L’opération « Barkhane » contre les organisations terroristes Al Qaïda et Etat islamique dans le Grand Sahara se déroule sur un espace de 4 Mkm2, rappelle le général Facon. Chaque année, elle totalise 50 opérations majeures, 30 actions commandos et 10 opérations logistiques. Très sollicitée pour les liaisons aériennes et l’appui des troupes au sol, l’AAE joue un rôle majeur avec 1.200 sorties de chasse, 1.600 missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et 800 engagements. Les troupes partenaires africaines ont compris l’intérêt de la capacité de guidage aérien contre des cibles mobiles. L’évolution porte sur un partenariat de combat avec les drones armés, qui permettent de gagner du temps. Ces troupes partenaires ont besoin d’avoir accès à la technologie. Les industriels français devraient réfléchir à l’exportation d’armes faciles à utiliser et dont le maintien en condition opérationnelle devrait être rustique et soutenable financièrement, estime le général Facon. Selon lui, les forces terrestres doivent se préparer à maîtriser la très haute technologie dans un environnement exigeant et avec des pertes importantes dans des combats marqués par une très grande violence. Enfin, le changement climatique aura un impact sur les opérations futures.

La montée en puissance. Employée au niveau stratégique par sa participation à la dissuasion nucléaire, l’AAE a maintenu sa capacité pendant la pandémie du Covid-19, souligne son chef d’état-major. En cas de crise sur le territoire national ou à l’extérieur, elle réagit à partir de ses bases, outils de résilience. Elle détecte, identifie et caractérise des menaces accrues, dont les drones chargés d’explosifs. Son segment spatial lui permet de voir jusqu’à 36.000 km d’altitude et non plus 10 km. La Chine démontre sa puissance dans l’espace. La Russie envoie ses avions à long rayon d’action jusqu’en Espagne et les Etats-Unis les leurs jusqu’en mer Noire et en Méditerranée. Aucune mission militaire ne peut bénéficier d’une complète liberté d’action sans le contrôle du ciel, qui permet de connaître, d’anticiper et de frapper l’adversaire pour le neutraliser. Afin de comprendre et décider plus vite que lui, il s’agit de discerner l’essentiel dans la masse des données. Au sein de la Force Barkhane, les officiers de renseignement analysent en direct les flux d’informations pour les traduire rapidement en action. Pour conserver la supériorité opérationnelle, les Rafale emportent le missile air-air Meteor d’une portée supérieure à 150 km. La concentration des moyens crée des opportunités, estime le général Lavigne. Bientôt, grâce à l’intelligence artificielle, les capteurs permettront aux pilotes, navigateurs et tireurs de moduler leurs effets. L’AAE devra innover dans les modes d’action et se doter d’équipements adaptés aux opérations. Un entraînement plus réaliste portera sur la simulation des menaces par les radars embarqués dans les aéronefs. Afin de répondre au besoin de puissance aérienne collective, l’AAE est déjà capable de combattre avec ses homologues belge, allemande et américaine dans le cadre de l’OTAN.

Loïc Salmon

L’avenir des opérations aériennes devra prendre en compte la technologie et l’éthique, estime Emilien Dereclenne. Il s’agit de combiner automatisation et autonomie en gardant l’homme dans la boucle, car il juge en fonction de ses valeurs. Le drone agit à distance mais son pilote reste omnipotent. Quoiqu’hyperconnecté et toujours plus automatisé, le SCAF (Système de combat aérien du futur, photo) maintiendra la place de l’homme au sein des mégadonnées, de l’intelligence artificielle et de l’interopérabilité entre alliés. L’espace ouvre un nouveau front sur le plan industriel avec des technologies d’innovations et de ruptures, mais aussi sur les plans éthique et politique.

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Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Deux coopérations internationales se sont concrétisées le 20 février 2020 : contrat du démonstrateur de l’avion du système de combat aérien futur (SCAF) et tir de qualification du missile anti-navire léger (ANL/Sea Venom). Le lendemain, la ministre des Armées a évoqué le Commandement de l’espace.

Le SCAF tripartite. Florence Parly, ministre des Armées, Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre allemande de la Défense, et Angel Olivares Ramirez secrétaire d’Etat auprès de la ministre espagnole de la Défense, ont signé à Paris le contrat du démonstrateur de l’avion de combat du SCAF. Réalisé en coopération entre les trois pays pour un besoin militaire commun, le SCAF (photo) comprend : un avion de combat ; des drones d’accompagnement ; un « cloud » de combat, « système de systèmes » qui leur permet d’être connectés et d’interagir. Les vols d’essai du démonstrateur commenceront en 2026, pour une mise en service opérationnelle du SCAF après 2050.

L’ANL/Sea Venom bipartite. Suite aux tirs de développement effectués en 2017 et 2018, le tir de qualification du missile anti-navire léger franco-britannique a été réalisé avec succès sur le site d’essais de la Direction générale de l’armement, au large de l’île du Levant (Var), à partir d’un hélicoptère. Il s’agit d’un tir à longue portée avec vol du missile à très basse puis moyenne altitude et accrochage automatique de la cible en milieu de course. Pour la première fois, il a permis la mise en œuvre de la capacité du mode « homme dans la boucle ». Ainsi, grâce à la retransmission, à bord de l’hélicoptère, de l’image de la cible observée par le missile, un opérateur, qui s’y trouvait, a pu modifier le point d’impact du missile sur la cible. L’ANL/Sea Venom doit équiper, à terme, les hélicoptères AW-159 Wildcat britanniques et les futurs Guépard français. Le programme de ce missile a été lancé en 2014, dans le cadre de la coopération franco-britannique du traité bilatéral de Lancaster House (2010).

Le Commandement de l’espace. La ministre des Armées, Florence Parly, s’est rendue au Centre national d’études spatiales (CNES) à Paris pour évoquer la future implantation du Commandement de l’espace (CdE) de l’armée de l’Air, qui deviendra « l’armée de l’Air et de l’Espace ». Le CdE sera intégré dans les locaux du CNES jusqu’en 2021 avant de s’installer dans un site temporaire de 200 postes de travail au sein du CNES. Vers 2025, il déménagera à Toulouse dans un bâtiment de 5.000 m2. Ce centre répondra à trois objectifs : renforcement des usages militaires en matière d’observation, de communications et de recueil de renseignement ; extension des capacités de connaissance de la situation spatiale ; développement d’une capacité d’action. Le centre comprendra : 400 postes de travail ; une salle d’opérations organisée autour de toutes les compétences spatiales de surveillance, d’écoute et de repérage ; un laboratoire d’innovation ; un centre de formation ; une salle technique. Ce projet mettra en synergie tous les domaines relatifs au CdE et au CNES : opérations ; formation ; innovation ; infrastructure ; ressources humaines ; domaine juridique. Le CdE doit assurer la préservation et l’intégrité des satellites français et européens. Chaque jour, les citoyens français utilisent entre 10 et 40 satellites, via leurs applications personnelles ou professionnelles. Les opérations militaires françaises nécessitent de grandes capacités d’images et de géolocalisation. Le nombre de satellites en orbite, actuellement de 1.500, devrait passer à 7.000 d’ici à 2030.

Loïc Salmon

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De la terreur à la lune

Buts idéologiques, coût exorbitant, réussite scientifique, après de nombreux déboires, caractérisent les armes secrètes allemandes, à l’origine des missiles et des fusées spatiales.

Sur le plan militaire, dès 1232, des Chinois assiégés tirent des fusées improvisées contre les Mongols. L’idée, reprise par les Anglais entre 1802 et 1812, est abandonnée devant les progrès de l’artillerie. Il faut attendre les années 1920 pour que soient théorisé le principe de la fusée par l’Allemand Peter Wegener, à savoir une faible résistance à l’air, la stabilité par des ailerons à volets orientables et une trajectoire contrôlable. De son côté, le physicien américain Robert Goddard met au point une fusée à propergol liquide. Dès 1929, l’armée allemande s’intéresse au potentiel militaire de cet engin, qui lui permettrait de pallier l’absence de canons à longue portée proscrits par le Traité de Versailles (1919). Un centre d’essais de propulsion à réaction et de développement des fusées à combustible liquide est installé à Kummersdorf, dans le plus grand secret. Le savant Wernher von Braun (1912-1977), qui rêve d’exploration spatiale, et l’ingénieur et général Walter Dornberger (1895-1980) travaillent sur les projets d’armes secrètes allemandes, jusqu’à leur reddition aux forces armées américaines en mai 1945. Les recherches sur les fusées deviennent un secret d’Etat en 1933 et les chercheurs indépendants sont contraints d’y participer. L’année suivante, deux fusées atteignent 2.200 m d’altitude. Sont alors construits un site de tir et des infrastructures pour une soufflerie supersonique et un centre de mesures dans le petit port de Peenemünde, dans l’île d’Usedom (Baltique). Opérationnel en 1939, l’ensemble emploie 18.000 ingénieurs, scientifiques et techniciens qui développent, au cours des années suivantes, la « bombe volante V1 », avion sans pilote de la Luftwaffe, et la fusée « V2 » pour la Whermacht. Ces armes, dites de représailles par la propagande nazie, doivent briser le moral de la population britannique après l’échec de la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre (1940). Les services de renseignement britanniques apprennent l’existence de Peenemünde, confirmée par des vols de reconnaissance qui découvrent, dans le Nord de la France, des structures bétonnées avec des rampes de lancement orientées vers Londres. Les bombardements aériens « Hydra » (britannique) et « Crossbow » (anglo-américaine) sont effectués de 1943 à 1945 contre les installations de V1, dont un grand nombre tombe sur Londres, Anvers et Liège. Dès août 1943, les SS s’approprient les V2, dont la production est assurée, dans une usine souterraine, par les détenus du camp de concentration de Dora dans des conditions inhumaines. A la date du 3 octobre 1944, 156 V2 ont touché 14 villes en Angleterre, France et Belgique pour saper le moral des populations civiles. Après l’arrivée de l’armée américaine à Peenemünde en 1945, des centaines de V2 sont envoyées par trains vers le port d’Anvers puis embarquées sur 16 navires avec 14 tonnes de plans à destination des Etats-Unis…juste avant l’arrivée des troupes soviétiques, car Peenemünde se trouve dans leur zone d’occupation décidée à la conférence de Yalta. Malgré leur impact limité sur l’issue de la guerre, les V1 et V2 vont bouleverser les rapports de forces dans les décennies suivantes, tant sur le plan tactique (missiles de croisière tirés d’avions, de navires ou de sous-marins) qu’au niveau stratégique (missiles balistiques intercontinentaux).

Loïc Salmon

« De la terreur à la lune », Hughes Wenkin. Editions Pierre de Taillac, 232 p, nombreuses illustrations, 29,90 €.

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Armée de l’Air : création du « Commandement de l’espace »

Depuis le 1er septembre 2019, l’armée de l’Air dispose du « Commandement de l’espace », dont le centre opérationnel est basé à Toulouse avec 220 personnes.

Annoncée le 25 juillet par la ministre des Armées Florence Parly, la création de ce centre vise à fédérer et coordonner tous les moyens du domaine spatial de défense, sous les ordres du chef d’Etat-major des armées et en lien avec le Centre de planification et de conduite des opérations. En outre, un campus spatial sera constitué autour du centre opérationnel avec un « Space Lab », laboratoire innovant du « spatial de défense », en collaboration avec la Direction générale de l’armement et le Centre national d’études spatiales. Enfin, une « Académie de l’espace » sera créée.

Opérations spatiales militaires. Selon le document « Stratégie spatiale de défense », rendu public en juillet 2019 par le ministère des Armées, l’espace exo-atmosphérique devient le cinquième domaine d’action après les milieux terrestre, maritime, aérien et cyber. Les opérations spatiales militaires (OSM) nécessitent des capacités spécifiques : segments sol, moyens de transmission et de contrôle, segments spatiaux, moyens d’exploitation et personnels qualifiés. La « connaissance de la situation spatiale » (sigle anglais SSA) complète et interprète les informations fournies par la surveillance et la trajectographie, obtenues partiellement en France par le système radar Graves, en vue d’élaborer une représentation de la situation dans l’espace. La SSA permet l’évaluation de la menace des systèmes spatiaux adverses sur les satellites français, le territoire national et les forces déployées ainsi que l’identification de l’origine étatique d’un acte illicite. Outre la prévention des risques de collision dans l’espace, elle assure la coordination en cas de brouillage involontaire. Les plateformes spatiales concourent aux fonctions interarmées : renseignement, surveillance et reconnaissance ; alerte avancée et suivi des lancements ; surveillance de l’environnement géographique, physique et humain ; communications ; positionnement, navigation et datation. En toute circonstance, les OSM visent à : conserver les libertés d’accès et d’action dans l’espace ; décourager et mettre en échec tout acteur tiers. Outre des capacités de résilience des moyens spatiaux et de défense dans l’espace, cela implique des mesures préventives sur les plans juridique, économique, médiatique et diplomatique.

Communauté spatiale militaire alliée. Les Etats-Unis jouent un rôle central en matière de SSA, car tous les opérateurs de satellites bénéficient de leur dispositif « Space Track » (suivi des objets spatiaux). L’Allemagne apporte une complémentarité radar au satellite optique français CSO avec le système SARah, pour la reconnaissance, et au radar Graves avec le système Gestra, pour la veille-poursuite. Outre l’échange de données d’observations optique et radar, l’Italie participe aux programmes bilatéraux de satellites de télécommunications, militaire avec Sicral 2 et dual avec Athena-Fidus. Depuis 2016, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale pilote un dialogue avec le Japon pour la surveillance de l’espace. Partenaire stratégique de la France dans la zone indopacifique, l’Australie va développer son secteur spatial. Devenue elle aussi partenaire stratégique, l’Inde entretient une coopération historique dans le domaine des lanceurs spatiaux. L’Union européenne développe les programmes civils Galileo (positionnement et navigation) et Copernicus (observation de la terre), avec des volets « sécurité ».

Loïc Salmon

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Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire




Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Le système de combat aérien futur repose sur une démarche « incrémentale », où chaque ajout technologique doit apporter une amélioration sans créer de dysfonctionnement opérationnel. En outre, son emploi en coalition dépendra des incertitudes liées aux situations intérieures des pays participants.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 6 juin 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à l’occasion du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget (17-23 juin 2019). Y sont notamment intervenus : le général de division aérienne Frédéric Parisot, sous-chef « préparation de l’avenir » à l’état-major de l’armée de l’Air ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS ; Anne Fort, Commission européenne.

Moyens actuels et futurs. Le général Parisot a repris les principaux éléments de l’audition (15 mai 2019) du général Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air, par la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale. Plusieurs fois par mois, sont détectés, au Nord-Est de l’Europe, des dispositifs aériens comprenant des bombardiers stratégiques russes TU 160 à long rayon d’action capables d’atteindre les capitales européennes avec des missiles de croisière. Le partage d’information de défense aérienne avec les alliés et partenaires européens et de l’OTAN permet de les suivre, de les maintenir à distance des côtes européennes et d’intervenir immédiatement en cas d’acte hostile. Dernièrement, dans le cadre de la posture de dissuasion, deux Rafale et un avion ravitailleur A330 Phénix ont effectué un vol direct retour de 11 heures depuis l’île de La Réunion, au milieu de l’océan Indien vers la métropole. A l’issue d’un vol d’une durée équivalente en France, un tir d’évaluation du missile de croisière ASMPA (air-sol moyenne portée amélioré) a été réalisé avec succès. Le vol a été effectué au travers d’un dispositif de déni d’accès, composé d’avions de combat, de systèmes air-sol et de brouillage, comparable à ceux rencontré sur les théâtres d’opérations extérieurs (Syrie). Ces deux missions démontrent la capacité de conduire un raid, conventionnel ou nucléaire, depuis la métropole et dans un dispositif fortement défendu. D’ici à 2023, l’armée de l’Air pourra projeter 20 Rafale en moins de 48 heures en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie, grâce au couple Rafale-Phénix pour intervenir dans une crise régionale ou protéger des territoires ou départements d’outre-mer. Par ailleurs, certains Etats tentent de déstabiliser des pays européens par des stratégies hybrides, des cyberattaques et l’espionnage. En outre ils développent des armes nouvelles, à savoir avions de chasse de 5ème et 6ème générations, bombardiers furtifs, drones de tous types, missiles balistiques intercontinentaux, missiles de croisière aéroportés ou tirés depuis la surface, planeurs hypersoniques ou lasers anti-aériens. Des dispositifs de déni d’accès prolifèrent aux frontières de l’Europe et de la Méditerranée. En Asie-Pacifique, l’Inde a récemment procédé à un tir de destruction de satellite, démontrant que l’espace devient un champ de conflictualité. Lors de son audition par les députés le 15 mai, le général Lavigne a indiqué que la Chine et la Russie disposeront de 750 à 1.000 avions de combat en 2030, dont les deux tiers de 4ème génération au moins. En outre, elles modernisent leurs moyens aériens de déni d’accès, notamment les systèmes sol-air S-400 (déployés en Syrie) et développent la génération suivante S-500. Le système de combat aérien futur (SCAF), porteur d’enjeux opérationnels, technologiques et de souveraineté, consiste en de multiples systèmes travaillant en réseau autour d’un avion. En janvier 2019, une étude de concept conjointe a été lancée par la France, l’Allemagne et l’Espagne pour en définir l’architecture, afin de pouvoir gagner la « guerre des opportunités », face à la furtivité de certains équipements, et de lutter contre l’allonge de certains missiles ennemis en récupérant de l’information par des drones volant au-dessus des lignes ennemies. Un premier démonstrateur de SCAF devrait voler vers 2026 pour valider les différents concepts, dont le moteur, et développer un système complet vers 2040. Des négociations sont en cours sur les protocoles de connectivité du SCAF et du F35, avion américain multi-rôles de 5ème génération.

Opérations en coalition. Décliné en plusieurs versions pour l’armée de l’Air, les porte-avions et le Corps des marines (décollage et atterrissage vertical), le F35 peut opérer en coalition avec les avions de chasse britanniques, italiens, néerlandais, turcs, australiens, norvégiens, danois et canadiens, indique Philippe Gros. En outre, la Pologne, la Belgique, Israël, le Japon, la Corée du Sud et Singapour en ont déjà commandé. Marché estimé à 3.000 appareils, son coût de possession (acquisition et entretien) avoisine 1.200 Mds€. Mais il présente encore des déficiences techniques et de maintien en condition opérationnelle, entraînant une disponibilité jugée très insuffisante. Toutefois, il peut être employé seul comme « effecteur » cinétique et électronique (système d’armes permettant l’interception), grâce à sa grande autonomie dans l’exécution des missions en environnement contesté. En outre, il peut diriger un groupe de combat aérien en tant que centre de fusion du renseignement pour les avions de chasse furtifs américains F22 Raptor de 4ème génération. L’instabilité à l’Est de l’Europe, en Afrique et aux Proche et Moyen Orient conduit à des conflits, surtout asymétriques à court et moyen termes, avec une recomposition des puissances et une diminution des projections terrestres. Les interventions internationales en Afghanistan (2006-2014), en Libye (2011), en Irak et Syrie (2014-2018) et au Sahel (depuis 2013) montrent que seulement six pays européens partenaires d’une coalition consentent au recours à la force et que l’engagement américain, déterminant, devient une variable. La montée en puissance des pays européens acquéreurs de F35 n’arrivera à maturité qu’en 2026, excluant d’ici là leur participation à une coalition, où le partage du renseignement, élément clé dans la conduite d’une opération, constitue un facteur limitatif de nature non pas technique mais politique.

Loïc Salmon

Selon Anne Fort, le contexte géopolitique, l’émergence des nouvelles menaces et du retour des menaces conventionnelles ont incité l’Union européenne (UE) à relancer la coopération en matière de défense, afin d’éviter un décrochage technologique et la perte de sa liberté d’action. Il s’agit de stimuler les programmes de développement capacitaire pour favoriser la compétitivité et l’innovation, en vue de contribuer à l’autonomie stratégique. L’UE ne va pas acquérir les technologies ainsi développées, qui resteront la propriété des Etats membres, mais va soutenir leurs projets. Le fonds européen de la défense prévoit 90 M$ sur trois ans pour les instituts de recherche, afin qu’ils puissent répondre aux appels d’offres. Pour la période 2019-2020, il ajoute 100 M€ pour cofinancer des démonstrateurs. Enfin, pour 2025-2027, il prévoit 13 Mds€, dont 4 Mds€ pour la recherche et 9 Mds€ pour le développement, contre 598 Mds€ en 2017-2019.

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Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups

Le ministère des Armées participe au salon mondial Viva Technology (Paris, 16-18 mai 2019), en vue de détecter les innovations civiles à potentiel militaire dans la robotique, l’intelligence artificielle ou la gestion des « Big Data ».

Florence Pavie, chef de la division valorisation de l’Agence Innovation Défense (AID), l’a expliqué à la presse, le 9 mai 2019 à Paris. Viva Technology accueille 5.000 startups et attend 100.000 visiteurs de 125 pays.

Le fantassin du futur. Les unités de combattants en mission ont besoin d’une meilleure ergonomie, d’une protection renforcée, d’une connectivité à l’aide de capteurs et d’une robotique intégrée. La réalité augmentée facilite la tâche des forces spéciales, des unités d’intervention anti-terroristes et des équipes d’élimination d’engins explosifs par : l’utilisation de technologies pour le système de lutte anti-mines marines en remplacement du GPS ; le module collaboratif des casques ; de nouveaux modes de représentation de la situation tactique en opération. En outre, le système « Vigifélin » de maintenance numérisée du parc « Félin » (fantassin à équipement et liaisons intégrés) suit les flux logistiques en temps quasi-réel, connaît l’état du stock industriel et gère le maintien en condition opérationnelle.

Les véhicules. L’acquisition automatique de cibles par imagerie, à bord d’un engin blindé, repose sur l’intelligence artificielle et trouve des applications dans : la protection d’un périmètre par une veille continue ; le poste de tir de missiles terrestres à moyenne portée pour l’aide à l’accrochage ; l’autoguidage des missiles sur une cible terrestre ; la détection de cibles aériennes, du drone à l’avion. Destiné aux opérations extérieures et à la protection de frontières ou de sites sensibles, le robot « Stamina » embarque une caméra et une base de données d’images définissant les points de passage sur un itinéraire. Piloté via la navigation par satellite, il assure la surveillance ou la reconnaissance du terrain ou d’un port de charge. Le robot d’assistance technique télé-opéré TC800 repère un terrain en toute discrétion, réalise des opérations d’appui aux unités du génie, retire des mines et installe des contre-mesures. Transportable sur véhicule utilitaire ou aérotransportable, il est mis en œuvre en moins de 10 secondes par un opérateur formé en moins d’une heure. Le robot mule polyvalent « Barakuda » apporte une assistance dans les relevés d’informations sur le terrain et dans le transport d’équipements ou de blessés. Avec ses capacités d’emport (1 t) et de traction (2 t à 15 km/h), il dispose d’une autonomie de 8 heures avec une portée de 500 m en extérieur. Le système de camouflage « Caméléon » adapte automatiquement la signature visuelle et infrarouge d’un véhicule terrestre à son environnement et en améliore la furtivité dynamique. A terme, il permettra une invisibilité du véhicule et la confection d’une tenue pour le soldat. Les systèmes « Icar » et « Dédal » de numérisation du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres visent à automatiser la chaîne technique et à fiabiliser le recueil des données.

Le renseignement et le spatial. Destiné au renseignement en milieu hostile et à la surveillance des forces en opération, le « Deep Learning », outil de traitement de l’information, fournit au combattant une aide à la prise de décision en position de sécurité. Sa capacité de classification des événements les analyse en temps réel. Enfin, le système « Géotac » permet de prédire les positions adverses à partir de données de ressources, de géographie et de logistique.

Loïc Salmon

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Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique




Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

L’autonomie d’accès à l’espace permet d’apprécier une situation et d’entrer en premier sur un théâtre, grâce aux renseignements image et électromagnétique, à des communications sécurisées et à une navigation précise pour la mise en œuvre des systèmes d’armes et d’armements guidés.

Savoir-faire et expertise. Le 19 décembre 2018, la mise en orbite du premier satellite de la Composante spatiale optique (CSO) a été suivie en direct à l’Ecole militaire à Paris (photo). Elle a nécessité le renforcement de l’opération « Titan » de sécurisation du centre spatial guyanais. Pendant 15 jours, ce dernier a été protégé par une « bulle » pour détecter, dérouter ou neutraliser tout intrus. « Titan » a engagé 575 militaires : patrouilles à terre et en hélicoptère ; un patrouilleur de haute mer ; deux Rafale ; un avion ravitailleur C135 ; un avion d’alerte avancée AWACS. Le même jour, Florence Parly, ministre des Armées, a annoncé le lancement, en 2020, de trois satellites du programme CERES (capacité d’écoute et de renseignement électromagnétique et spatial) pour détecter les centres de commandement et les flottes ennemies. Il sera suivi, d’ici à 2022, de celui des deux premiers satellites de télécommunication sécurisée Syracuse 4, en remplacement des deux satellites Syracuse 3, pour compléter les stations sol et répondre aux besoins accrus en termes de débit, d’utilisation tactique des stations, de capacité à communiquer en mouvement et d’interopérabilité avec l’OTAN. Un troisième satellite sera commandé en 2023, pour répondre aux besoins croissants et spécifiques des plates-formes aéronautiques d’ici à 2030. La ministre des Armées a mis en garde : « Le ciel est devenu un espace de rivalité, de confrontation. Les actes inamicaux s’y multiplient, l’espionnage peut s’y faire, de nouveaux acteurs y ont accès, tandis que, sur le sol, les puissances développent des capacités antisatellites. Il nous faut surveiller plus et mieux nos satellites. Il nous faut connaître parfaitement les objets qui les entourent, qui croisent leurs trajectoires. Il nous faut une cartographie parfaite du ciel. Il nous faut décourager quiconque voudrait s’attaquer à nos satellites. » Le premier satellite CSO a été mis en orbite par une fusée russe Soyouz. Toutefois, pour éviter toute dépendance étrangère dans la conduite des opérations militaires, a précisé la ministre, ArianeGroup et le Centre national d’études spatiales vont développer, d’ici à 2020, le lanceur Ariane 6 qui devrait mettre en orbite le troisième satellite CSO l’année suivante. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit le développement de la coopération avec des partenaires stratégiques, notamment européens, dans le domaine spatial. Les programmes successeurs des satellites CSO et CERES seront lancés en 2023. Pour la surveillance de l’espace, les moyens radar de veille GRAVES (opérationnel depuis 2004) et de poursuite SATAM (2003) des orbites basses des satellites espions seront modernisés. La capacité des orbites hautes sera consolidée. La version améliorée du Système d’information spatiale sera déployée en 2019, pour renforcer la capacité d’élaboration de la situation dans l’espace. Le programme Omega va moderniser les équipements de navigation par satellite des armées à partir de 2024. Résistant aux interférences et au brouillage, il apportera une capacité autonome de géolocalisation par l’utilisation simultanée des signaux des systèmes américain GPS et européen Galileo.

Imagerie opérationnelle. Les armées françaises en opération recourent aux systèmes Syracuse, Pléiades (2 satellites optiques d’observation de la terre à destination civile et militaire), Hélios II (2 satellites optiques), SAR-Lupe (5 satellites radar allemands), COSMO-SkyMed (4 satellites radar italiens) et CSO (3 satellites optiques prévus). Le cycle commence par une demande d’images des troupes au sol sur une zone d’intérêt au poste de commandement du théâtre d’opérations (PC théâtre). Ce dernier dirige un drone sur la zone via un satellite de télécommunications, mis en œuvre par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information. Le drone transmet images et vidéos en temps réel. En outre, le PC théâtre sélectionne le capteur spatial le plus approprié et effectue la demande via Syracuse ou les systèmes de télécommunications franco-italiens Sicral (1 satellite) et Athena-Fidus (1 satellite). La Direction du renseignement militaire valide la demande dans le plan de programmation. Puis le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS) la relaie vers SAR-Lupe et COSMO-SkyMed ou vers le Centre national d’études spatiales (CNES), opérateur des systèmes français d’observation optique. Ce dernier télécharge alors les plans de programmation de Pléiades, d’Hélios II et de CSO. Le CMOS collecte toutes les prises de vues satellitaires et les transmet immédiatement au PC théâtre pour appréciation. En cas d’intervention, les données sont transmises à l’avion chargé de traiter l’objectif.

« New Space ». Entre le lancement de CSO1 et sa mise en orbite, une table ronde sur le « New Space » a réuni, à l’Ecole militaire, un colonel du Commandement interarmées de l’espace et des ingénieurs de la Direction générale de l’armement, du CNES, d’Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space. Le « New Space », industrie spatiale américaine privée, rend l’espace accessible à des technologies issues du numérique, des « Big Data » et de l’aéronautique, mais aussi à des acteurs non étatiques dont les « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon). Leurs gros investissements (2-2,5 Md$) facilitent les fabrications de satellites en grande série, plus vite et moins cher. Les constellations de nanosatellites entraînent un changement d’échelle par la possibilité de millions, non plus d’images mais « d’informations d’images ». Ces offres diversifient les achats d’images et de services, raccourcissant ainsi le temps d’acquisition de capacités de renseignement par un acteur non étatique. Mais, la « fraîcheur » des images, primant sur la qualité, nécessite une capacité souveraine par le CSO, complétée par des services civils. Le traitement des images pourra bientôt être effectué à bord de satellites à images diversifiées : optiques et vidéos ; radar ; infrarouge. Ces futurs satellites auront une durée de vie plus courte, pour profiter des technologies émergentes, et nécessiteront des opérateurs de confiance.

Loïc Salmon

Le système Composante spatiale optique (CSO) s’articule en trois éléments. La partie spatiale comprend les satellites CSO-1, CSO-2 et CSO-3. Le segment sol mission (SSM) assure le contrôle des satellites. Le segment sol utilisateur (SSU) prépare les demandes de programmation des satellites et récupère les images correspondantes. CSO, SSM et SSU ont été développés en garantissant, dès leur conception, un très haut niveau de sécurité, notamment contre les cyberattaques. Le programme CSO a ainsi nécessité la mise au point d’équipements spécifiques : boîtiers « chiffre » pour la protection cryptographique des communications avec les satellites ; passerelles multi-niveaux pour le contrôle des échanges informatiques avec le monde extérieur.

Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

La Composante spatiale optique (CSO), constellation de trois satellites d’observation, d’écoute, de surveillance et de télécommunication du programme MUSIS, va remplacer, d’ici à 2021, les deux satellites Hélios 2A et 2B en orbite.

Elle a été présentée à la presse le 11 décembre 2018 à Paris, à l’occasion du lancement du premier satellite CSO, le 19 décembre au Centre spatial guyanais. Sont intervenus : Hervé Grandjean, conseiller de la ministre des Armées pour les affaires industrielles ; le commandant (Air) officier du programme MUSIS-CSO à l’Etat-major des armées ; l’ingénieur en chef de l’armement directeur du programme MUSIS-CSO ; Gilles Chalon, chef du service observation défense du Centre national d’études spatiales (CNES).

Innovations technologiques. La loi de programmation militaire 2019-2025 mobilisera 3,5 Md€ pour le programme CSO. D’une durée de vie de dix ans et d’un poids de 3,5 t, chaque satellite doit évoluer sur une orbite de 800 km pour la reconnaissance et une de 480 km pour l’identification. Il embarque une charge optique infrarouge et une charge optique visible, à savoir panchromatique (noir et blanc) et multispectrale (couleur haute définition). De Toulouse, le CNES assure le maintien à poste des satellites et le calcul de leur plan de travail ainsi que le maintien de la qualité image durant toute leur vie. Le suivi technique est assuré à Creil, par le Centre militaire d’observation par satellite, et le contrôle opérationnel par la Direction du renseignement militaire. Les utilisateurs demandent des images en vue d’analyse, selon le cycle priorisation/hiérarchisation, production et livraison (photo). La qualité d’image, unique en Europe, et l’imagerie stéréoscopique résultent d’innovations pour les plans focaux et la fabrication du téléscope de grand diamètre. Capable de prendre 800 vues/jour avec recherche et analyse automatique par l’intelligence artificielle, le satellite CSO acquiert, au cours d’un seul survol, de nombreuses images sur la même zone géographique. Il mesure sa position et corrige lui-même sa trajectoire par calcul des manœuvres à effectuer et activation du système de propulsion.

Atouts opérationnels. Le CSO complet appuiera les opérations militaires, de jour comme de nuit, sur une zone de crise en simplifiant le travail des opérateurs et analystes au sol. Réactif grâce au réseau mondial de stations au sol, il s’adaptera au rythme des opérations, qui réclament des données précises et récentes de localisation. Il permettra de constituer des dossiers de ciblage, par le suivi des sites d’intérêt militaire, de contrôler le respect des traités internationaux et d’évaluer les menaces. Celles-ci s’exerceront au sol, dans l’espace (éblouissement par arme à énergie dirigée) ou sur la liaison sol-espace (cyberattaques). Elles incluront l’espionnage, le sabotage, le déni de service et la neutralisation d’un satellite. Les menaces futures, plus graves, et les vulnérabilités de CSO seront prises en compte. Actuellement, 750.000 débris (supérieurs à 5 cm) en orbite peuvent compromettre la capacité d’action militaire. L’imagerie optique d’Hélios 2 et de CSO se complète par l’imagerie radar, grâce à des accords bilatéraux d’échange avec l’Italie (système Cosmo-Skymed puis CSG) et l’Allemagne (SAR-Lupe puis SARah). Un accord avec la Suède permet à CSO d’utiliser sa station sur le cercle polaire, toutes les 90 minutes. La Belgique a conclu un accord d’accès aux images CSO et des négociations sont en cours avec d’autres pays européens. Enfin, le nombre de satellites en orbite, de 1.500 en 2018, passera à 6.000-7.000 en 2025.

Loïc Salmon

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique

Guyane : zone stratégique sur le continent sud-américain

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements




Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance