Covid-19 : conséquences stratégiques en Asie

La Chine compense sa gestion discutable du Covid-19 par une réaffirmation de sa puissance régionale, face aux régimes démocratiques du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan et de Hong Kong et pour y contrer l’influence des Etats-Unis.

C’est ce qui ressort d’une visioconférence-débat organisée, le 28 mai 2020 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et animée par Bruno Tertrais, directeur adjoint. Y sont intervenus : Valérie Niquet, maître de recherche à la FRS ; Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hong Kong ; Antoine Bondaz, chargé de recherche à la FRS.

Chine. Le retard de la Chine dans le traitement de l’épidémie du Covid-19 et l’opacité des chiffres, jugés peu crédibles à l’étranger, sur le nombre des victimes, a suscité localement une inquiétude, accrue par la situation économique, souligne Jean-Pierre Cabestan. Les exportations reprennent lentement, la consommation ne répond pas et le chômage touche les migrants, contraignant le gouvernement à des réformes économiques et sociales. Son discours nationaliste rencontre du succès sur le plan intérieur, surtout après la reprise, en mai, des manifestations pro-démocratie à Hong Kong. Là, la prévention du Covid-19 a été efficace grâce à la fermeture de la frontière avec la Chine, sous la pression du corps médical menaçant de faire grève. Une reprise en main trop brutale par Pékin risque de provoquer un exil de plusieurs banques et entreprises étrangères vers Singapour ou le Japon. Déjà, sa diplomatie agressive contre la démocratie alimente la tension avec les Etats-Unis et nuit à l’image de la Chine parmi les pays en développement. Les pays récipiendaires du projet des « Routes de la Soie » demandent à renégocier leurs dettes. Malgré leur présence navale dans la région, les Etats-Unis n‘ont pu empêcher la Chine de construire des installations militaires sur des îles artificielles et des atolls.

Japon. Dès l’apparition du Covid-19, le Japon a fermé ses frontières, indique Valérie Niquet. Le gouvernement central a su mobiliser les divers ministères et les gouverneurs (élus) des préfectures qui ont montré leur efficacité. Fin mai, seulement 850 décès ont été imputés au Covid-19, sur une population de 126 millions d’habitants. Toutefois, l’état d’urgence ne peut être imposé, pas plus que le confinement de la population, qui se voit seulement « conseillée » en matière de prévention. Les hôpitaux disposent de beaucoup de lits, mais de peu de lits de réanimation. Sur le plan économique, le gouvernement a distribué 1.000 $ par habitant et préparé un plan de relance équivalant à 20 % du produit intérieur brut. Premier partenaire commercial, la Chine constitue les deux tiers des 30 millions de touristes étrangers annuels au Japon et y alimente des chaînes de productions industrielles. En conséquence, certaines entreprises de haute technologie seront relocalisées au Japon et dans d’autres pays asiatiques. Par ailleurs, le Japon a demandé une enquête sur l’influence chinoise au sein de l’Organisation mondiale de la santé et souligne les incidents graves aux îles Senkaku (territoire japonais revendiqué par la Chine) et les intrusions de la Chine dans ses relations avec Taïwan.

Corées du Sud et du Nord. Forte de son expérience de l’épidémie de Sras (2005), la Corée du Sud a appliqué les trois « T » à celle du Covid-19 : tester, tracer et traiter, explique Antoine Bondaz. Elle n’a pas fermé ses frontières, se contentant d’un contrôle sanitaire aux aéroports. La Corée du Nord a fermé les siennes et poursuivi ses programmes militaires (nucléaire et balistique).

Loïc Salmon

Chine : diplomatie « sanitaire » via les « Routes de la Soie »

Défense : opération « Résilience » contre le covid-19

Chine : l’instrumentalisation de l’Afrique et ses conséquences




Afrique : hétérogénéité des crises et conflits au Sahel

Les groupes de rebelles djihadistes de la bande sahélo-saharienne présentent des spécificités, selon leurs implantations, leurs idéologies et leurs modes d’action.

Niagalé Bagayoko, présidente de l’African Security Sector Network (ASSN), l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 9 mars 2020 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale. Organisation d’experts de la sécurité en Afrique, l’ASSN a son siège au Ghana et dispose d’antennes au Soudan du Sud, au Kenya et en Afrique du Sud.

Les acteurs. Les différents groupes armés actifs au Sahel, minés par les rivalités et la corruption, font allégeance au organisations terroristes Al Qaïda au Maghreb islamique ou Daech (voir encadré). Le « Groupe de soutien à l‘islam et aux musulmans » (GSIM), dirigé par le touareg Iyad Ag Ghali impliqué en 2010 dans la libération d’otages occidentaux, a décidé de négocier avec le gouvernement malien, en application des recommandations du dialogue national au Mali (8 mars 2020). Le GSIM veut obtenir le départ des troupes étrangères, notamment françaises. Le mouvement « Islamic States in West Africa » compte deux branches. La première, présente autour du lac Tchad, inclut le « Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest » et la branche armée du mouvement « Boko Haram », actif au Nigeria ; la seconde, « l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), est responsable de la plupart des violences contre la population civile, les forces armées et les représentants de l’Etat. L’EIGS, qui profite de nombreuses défections en raison de ses succès militaires au Mali et au Niger, obtient des ressources sur les territoires contrôlés et prélève un droit de passage sur les éleveurs en transhumance vers le delta du Niger. Les chefs des groupes armés se positionnent en fonction de la religion, de motifs politiques, de raisons économiques ou de vengeances interethniques. Le sommet de Pau (13 janvier 2020), qui a réuni les chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) à l’initiative de la France, a défini une stratégie contre l’EIGS.

Une grande complexité. Selon Niagalé Bagayoko, le Sahel se trouve en situation insurrectionnelle, avec des groupes qui remettent en cause le modèle d’Etat actuel, deuxième phase de la décolonisation. Les populations civiles se sentent abandonnées, en raison des faillites dans plusieurs domaines : la démocratisation, faute de transparence et d’alternance ; la décentralisation, qui gère mal les régions ; l’éducation, qui n’améliore pas les conditions sociales avec, pour conséquences, la fermeture d’écoles autour du lac Tchad et des menaces contre les enseignants par Boko Haram, qui a brûlé des livres venus de l’Occident ; l’urbanisation, qui laisse les zones rurales de côté ; le développement, car les populations ne tirent aucun bénéfice des réformes de l’Etat. En outre, les groupes armés bénéficient de la collaboration de la part des populations civiles, victimes des exactions des forces de défense et de sécurité. Les revendications indépendantistes se manifestent dans les régions exclues du développement depuis l’indépendance du pays. Depuis 2015 au Mali, un groupe armé s’oppose au gouvernement de Bamako et un autre, s’en sentant proche, veut négocier avec lui. Les fréquents conflits intercommunautaires se focalisent sur la gestion des ressources agro-pastorales et forestières au Sahel, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. S’y ajoutent ceux entre catégories professionnelles, à savoir entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires et ceux entre autochtones et allochtones (extérieurs au territoire), sans liens avec les groupes islamistes. En outre, des querelles opposent les tenants des normes traditionnelles sur l’eau, la terre et le bétail et les partisans des règles de décentralisation des décennies 1990-2000. D’autres conflits portent sur l’exploitation des ressources du sous-sol, notamment l’or du Sud du Mali et de l’Ouest du Burkina Faso. Dans les sociétés très hiérarchisées des Touaregs et des Peuls, les « dominés » estiment avoir droit à l’égalité. La sécurité se « communautarise » au Mali avec la constitution de groupes d’auto-défense et de milices, à l’origine de massacres en 2019. Le gouvernement, qui a favorisé leur émergence, tente de les dissoudre. Au Burkina Faso, le gouvernement a fait voter une loi pour institutionnaliser les groupes d’auto-défense, plébiscités par la population qui les considère comme plus aptes à les protéger que les forces de sécurité. Enfin, les groupes criminels, qui vivent notamment sur le trafic de stupéfiants, entretiennent des liens avec la plupart des autres acteurs.

Les limites des interventions. Depuis 2019, se développe un ressentiment à l’égard de la politique étrangère de la France et non pas un sentiment anti-français, car les communautés françaises ne sont pas prises à partie, estime Niagalé Bagayoko. S’y ajoutent la difficulté à comprendre que l’opération « Barkhane » (5.100 militaires déployés) ne parvienne pas à éradiquer les groupes armés et l’impossibilité de vérifier les chiffres des résultats annoncés, pour en évaluer l’efficacité. L’objectif de restaurer l’autorité de l’Etat (sommet de Pau) ne parle pas aux populations, qui en dénoncent le modèle actuel. L’architecture de sécurité repose sur un conseil de paix et de sécurité et une force africaine pré-positionnée, encore en attente, et huit communautés économiques régionales. Selon Niagalé Bagayoko, ce dispositif ne fonctionne pas dans une conflictualité transrégionale. En outre, la MINUSMA (force de l’ONU) n’est pas capable de protéger les populations civiles. Enfin, les actions européennes de formation des forces armées africaines ne sont guère adaptées au contexte.

Les pistes possibles. Niagalé Bagayoko préconise de revoir les paramètres d’analyse des crises et conflits en Afrique, avec des sociologues et des anthropologues qui maîtrisent les langues locales. Au-delà de l’action militaire, il conviendrait de renforcer les capacités de la Police, de la Justice, du Parlement, de la Cour des comptes et du Médiateur (litiges entre les citoyens et l’Etat). La dimension « droits de l’homme » devrait s’intégrer à tous les échelons. La prise de décision, « hybride », devrait prendre en compte l’informalité, très importante en Afrique. Le concept de conflit de basse intensité nécessite une révision, en vue d’élaborer une pensée stratégique spécifique. Celle-ci, basée sur des références historiques africaines, devrait d’abord viser la protection des populations et en assumer le coût. Enfin, les Etats africains devraient définir eux-mêmes leurs propres besoins en armement.

Loïc Salmon

Deux coalitions terroristes se font concurrence au Sahel. La première, dénommée « Groupe de soutien à l‘islam et aux musulmans », créée en 2017, réunit plusieurs formations affiliées à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) : le groupe Ansar Dine qui avait participé à la prise de contrôle du Nord du Mali, renommé « Azawad » en 2012-2013 avant l’opération « Serval », lancée par la France en janvier 2013 à la demande du gouvernement malien ; le groupe Al-Mourabitoune ; la Katiba du Macina. La seconde, dénommée « Etat islamique au Grand Sahara », s’est ralliée à Daech et sévit dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Opex : bilans de « Chammal » et de « Barkhane » en 2019

Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises




Lève-toi et tue le premier

L’efficacité de ses services de renseignement (SR) et de ses forces armées a sauvé Israël lors de crises graves. Les succès de ses opérations clandestines n’ont pu remplacer la diplomatie pour mettre un terme aux affrontements avec ses adversaires, Etats ou organisations terroristes.

Cet ouvrage se fonde sur un millier d’entretiens avec des dirigeants politiques, des hauts responsables du renseignement et même des agents d’exécution ainsi que sur des milliers de documents fournis par ces sources. Toute opération secrète du Mossad (SR extérieur), du Shin Bet (SR intérieur), de l’Aman (SR militaire) ou des forces spéciales nécessite l’autorisation écrite du Premier ministre…qui peut l’annuler au dernier moment ! Tous les Premiers ministres, qui se sont succédé depuis 1974, avaient servi auparavant dans les SR ou les unités spéciales. Dès la création de l’Etat en 1948, les SR envisagent de recourir à des opérations ciblées, loin derrière les lignes des nations arabes hostiles. A la suite d’un premier échec, le recours à des juifs autochtones dans les pays « cibles » a été exclu, à cause des répercussions sur toute la communauté juive locale. En outre, tout juif « traître » doit être ramené devant un tribunal israélien et non pas exécuté, en raison de la tradition de responsabilité mutuelle et du sentiment d’appartenance à une seule grande famille après deux millénaires d’exil. Israël accède au rang de grande puissance du renseignement en 1956, par l’obtention du rapport secret sur la dénonciation des crimes du stalinisme, présenté devant le XXème Congrès du Parti communiste soviétique. La remise d’un exemplaire à la CIA marque le début de l’alliance secrète entre les SR américains et israéliens. La guerre secrète inclut rivalités entre SR, mésententes avec les dirigeants politiques, échecs et dommages collatéraux. Suite à une opération indirecte concernant un pays allié et ayant entraîné de graves conséquences sur le plan international, les assassinats ciblés ne visent que des individus menaçant les intérêts d’Israël et doivent être menés uniquement par ses ressortissants. Une exécution complexe, entreprise loin à l’étranger, nécessite jusqu’à plusieurs centaines de participants, âgés pour la plupart de moins de 25 ans. Après la guerre des Six-Jours (1967), gagnée grâce à l’effet de surprise et anticipée par ses SR, Israël n’a guère recherché de compromis diplomatique avec les pays arabes voisins…jusqu’à la guerre du Kippour (1973), qui lui a coûté 2.300 soldats et aurait pu être mieux préparée par un travail de renseignement en amont. Les SR israéliens n’ont pas davantage anticipé la bombe à retardement constituée par les millions de réfugiés palestiniens après les guerres de 1948 et 1967, dont une partie vient chaque jour travailler en Israël et voit le développement des colonies juives en Cisjordanie. Dès 1993, les organisations terroristes palestiniennes recourent aux attentats-suicides, causant des centaines de morts et plus d’un millier de blessés israéliens. A l’ONU, les Etats-Unis opposent systématiquement leur véto à toute condamnation de la politique de représailles d’Israël par des assassinats ciblés. Entre 2000 et 2017, l’Etat hébreu a procédé à environ 2.300 opérations de ce type contre le Hamas, à Gaza, ou lors d’interventions du Mossad contre des cibles palestiniennes, syriennes et iraniennes. Les Etats-Unis, qui s’en sont inspiré après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, n’en ont conduit que 401 entre 2001 et 2017.

Loïc Salmon

« Lève-toi et tue le premier », Ronen Bergman. Editions Grasset, 944 pages, 29€. Format numérique, 19,99 € 

Proche-Orient : Israël, envisager tous les scénarios de riposte

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

325 – Dossier : “Israël, continuum défense-sécurité depuis 50 ans”

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes




Chine : l’instrumentalisation de l’Afrique et ses conséquences

Devenue la première partenaire commerciale de l’Afrique, la Chine l’utilise dans sa stratégie d’influence au-delà des enjeux économiques. Même l’élection d’un Ethiopien à la tête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), acquise par son action diplomatique, a servi ses intérêts.

Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans une note rendue publique le 14 avril 2020 à Paris.

Les organisations internationales. Le poids des Etats africains à l’ONU a constitué un élément important pour la « République populaire de Chine » (RPC), estime Valérie Niquet. Lors du vote sur le remplacement de la « République de Chine » (Taïwan) par la RPC en 1971, ils étaient 25 sur 76 pays à la soutenir. Leur nombre est passé à 52 en 1996 puis à 54 en 2011. Après la répression de la place Tiananmen (1989) et les sanctions internationales à son encontre, la RPC a pu compter sur les votes africains au sein des commissions de l’ONU, dont celle des Droits de l’Homme. En contrepartie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, elle a opposé son véto aux condamnations d’Etats africains répressifs, dont le Zimbabwe et le Soudan. Ce soutien africain a permis à la Chine de bloquer la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, lancée en 2005 par le Japon, l’Allemagne, l’Inde et le Brésil, pour en porter le nombre de membres permanents de 5 à 11. Cette réforme aurait notamment menacé son statut d’unique représentant des pays asiatiques et du Sud. Malgré son échec pour obtenir la direction de l’Organisation de la propriété intellectuelle et la perte de celle d’Interpol, la Chine se trouve à la tête de quatre commissions de l’ONU : aviation civile internationale ; alimentation et agriculture ; développement industriel ; télécommunications internationales. Cela lui permet de promouvoir son projet des « Nouvelles Routes de la Soie » et de développer la « 5 G » (5ème génération des standards pour la téléphonie mobile) au niveau mondial. Sévèrement dénoncée par l’OMS après l’épidémie du « Sras » en 2003, la Chine y a alors augmenté ses contributions, qui ont atteint 18,95 M$ pour la partie « officielle » et 86 M$ pour la partie « volontaire » en 2019. Selon les règles internationales de l’OMS, juridiquement contraignantes pour les 193 pays membres de l’ONU, la gestion d’une crise sanitaire doit appliquer trois principes : transparence ; diligence dans le rapport de l’émergence d’une épidémie ; respect des Droits de l’Homme et des libertés individuelles. Les degrés d’urgence, définis par l’OMS, influent sur les mesures prises par les Etats.

La dépendance de l’Afrique. Après une première reconnaissance par l’Egypte en 1956, la RPC commence à s’intéresser à l’Afrique au cours des années 1960-1970 dans le cadre des conflits de décolonisation pour contrer l’influence soviétique. Elle soutient les différents mouvements de libération, notamment en Angola et au Zimbabwe, et envoie des personnels soignants dans plusieurs pays d’Afrique. Entre 1968 et 1973, elle construit le chemin de fer entre la Zambie, pays enclavé, et le port tanzanien de Dar es Salaam. Dans les années 1980, la Chine recherche plutôt l’ouverture vers les pays occidentaux, en vue d’attirer leurs investissements. Puis au milieu de la décennie 1990, devenue la première consommatrice d’énergie dans le monde, elle se tourne à nouveau vers l’Afrique subsaharienne pour ses matières premières comme le pétrole de l’Angola, le bois du Gabon et les métaux rares, indispensables à son industrie, ailleurs. Ses petites et moyennes entreprises y vendent des produits de qualité moyenne et des appareils de télécommunications. En outre, elle y promeut la « coopération Sud-Sud », soutient l’Union africaine à l’ONU et s’efforce de réduire l’influence diplomatique de Taïwan. Sur les vingt pays africains qui reconnaissaient Taïwan en 1990, il ne reste plus que le Swaziland en 2020. Contrairement aux pays démocratiques, indique Valérie Niquet, la Chine se montre très « souple » en matière de développement durable, de transparence et de contrôle de la corruption, dans ses négociations avec les régimes africains en place. Elle multiplie les prêts pour financer la construction d’infrastructures…par des entreprises chinoises ! Ses investissements en Afrique atteignent 43 Mds$ en 2017, année de la signature de 76 projets en partenariat public/privé dont 60 % dans les transports. Par ailleurs, le « Forum pour la coopération entre la Chine et l’Afrique », inauguré à Pékin en 2000 (52 chefs d’Etat africains) se tient tous les trois ans, alternativement en Chine et en Afrique. En 2015, dix grands projets y ont été présentés pour intégrer l’Afrique aux « Nouvelles Routes de la Soie ».

L’Ethiopie, partenaire privilégié. Après l’établissement de relations diplomatiques en 1970, les liens idéologiques entre Pékin et Addis-Abeba se sont renforcés depuis 1991 avec l’arrivée au pouvoir du Front populaire démocratique de libération, qui adopte le modèle chinois de développement. La Chine délocalise des entreprises en Ethiopie, dont le statut de pays en développement lui donne accès aux marchés nord-américain et européens sans quotas ni droit de douane. En 2019, 147 projets d’investissements portent sur les infrastructures, dont une ligne ferroviaire à grande vitesse vers Djibouti…où les forces armées chinoises disposent d’une base logistique depuis 2018 ! La Chine a aidé l’Ethiopie à lancer son premier satellite de télédétection en 2019. Elle va financer et construire le siège d’un centre africain pour le contrôle des maladies à Addis-Abeba, faisant de l’Ethiopie la future zone de transit des produits médicaux chinois vers l’Afrique. Toutefois, souligne Valérie Niquet, l’OMS, soumise à l’influence de la Chine, a échoué dans le traitement de la pandémie du Covid-19, avec de graves conséquences sanitaires.

Loïc Salmon

Les décisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont été prises en concordance avec l’évolution du Covid-19 en Chine. 1er décembre 2019 : multiplication de cas de pneumonies de type « Sras » (Symptôme respiratoire aigu sévère) autour d’un marché de la ville chinoise de Wuhan (province de Hubei). 1er janvier 2020 : fermeture du marché de Wuhan. 3 janvier : la Commission nationale de santé ordonne aux laboratoires ayant travaillé sans autorisation sur le « virus H+H » d’arrêter leurs travaux et de détruire leurs échantillons. Le même jour, l’OMS publie un communiqué reprenant la déclaration des autorités chinoises sur 44 cas de contamination, dont 33 patients guéris. 20 janvier : le président chinois Xi Jinping reconnaît l’existence d’une crise sanitaire. Le même jour, une mission d’experts de l’OMS admet l’existence de transmission du virus H+H et préconise des études supplémentaires pour en évaluer la portée. 23 janvier : Wuhan et le Hubei sont mis en quarantaine. Le même jour, le directeur général de l’OMS déclare qu’il n’existe aucune preuve de transmission du virus H+H hors de Chine. 30 janvier : l’OMS déclare une situation d’urgence de santé publique de portée internationale. 11 février : la dénomination officielle de « Covid-19 » est adoptée. 13 février : les responsables politiques de Wuhan sont démis de leurs fonctions. 11 mars : l’OMS déclare la pandémie du Covid-19.

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

Chine : diplomatie « sanitaire » via les « Routes de la Soie »

Chine : routes de la soie, conséquences induites

 




Iran : Covid-19, sanctions américaines et ambiguïtés sur le nucléaire militaire

Premier foyer de la pandémie du Covid-19 au Moyen-Orient et l’un des dix pays les plus contaminés du monde, l’Iran ne parvient pas à en tirer profit pour le règlement diplomatique de la levée des sanctions économiques américaines et reste ambigu sur le nucléaire militaire.

Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique l’explique dans une note publiée le 29 avril 2020 à Paris.

Propagation du virus. Le premier cas officiel de covid-19 est annoncé le 19 février 2020 dans la ville de Qom (200 km au Sud-Ouest de Téhéran). Fin avril, le nombre de testés positifs se monte à 100.000 et celui des décès à 6.000, chiffres estimés inférieurs à la réalité par des experts étrangers et des responsables iraniens. Quelque 100.000 survivants aux attaques chimiques irakiennes pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), souffrant encore de difficultés respiratoires, restent très vulnérable au Covid-19. Malgré une réaction sanitaire lente et désordonnée, souligne Benjamin Hautecouverture, le régime iranien réagit dès le mois de mars par une offensive diplomatique. Pour la première fois depuis 1960, l’Iran demande au Fonds monétaire international (FMI) un crédit d’urgence de 5 Mds$ pour faire face à l’épidémie. L’ambassadeur d’Iran à Londres demande une levée des sanctions économiques, en raison du débordement des hôpitaux de son pays. Le président iranien Hassan Rohani exhorte le peuple américain à faire pression sur l’administration Trump pour une levée des sanctions, à cause de l’épidémie. Mais début avril, l’Iran rejette l’aide humanitaire américaine directe, préférant pouvoir vendre pétrole et autres produits pour financer ses besoins. Cette aide s’est manifestée par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale de la santé et un mécanisme de financement humanitaire américano-suisse, opérationnel depuis le 30 janvier, pour la fourniture de produits médicaux et de première nécessité. Toutefois, cette aide est conditionnée par…la libération de tous les binationaux et ressortissants étrangers emprisonnés en Iran ! De leur côté, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont exporté du matériel médical vers l’Iran, fin mars et sans condition, dans le cadre du mécanisme « Instex » permettant des échanges commerciaux avec l’Iran sans utiliser le dollar. Elles se sont aussi engagées à lui fournir une aide de 5 M€, par l’intermédiaire d’agences de l’ONU.

Sanctions unilatérales américaines. L’escalade de la tension entre les Etats-Unis et l’Iran remonte à 2019, rappelle Benjamin Hautecouverture. Elle a culminé en janvier 2020 avec l’assassinat, par un drone armé américain, du général iranien Qassem Suleimani. Entre l’automne 2019 et mars 2020, l’Iran a lancé une vingtaine d’attaques, directes ou indirectes, par missiles ou roquettes, contre des installations américaines au Moyen-Orient. Loin de répondre aux demandes de levée des sanctions internationales par l’Iran, les Etats-Unis ont renforcé les leurs par des « ciblages » dès le mois de mars : personnels scientifiques iraniens spécialisés dans le nucléaire ; entreprises et personnes accusées d’avoir aidé l’Iran à vendre des produits pétrochimiques ; sociétés basées aux Emirats arabes unis ayant acheté collectivement des centaines de milliers de tonnes de produits pétroliers iraniens, parfois en falsifiant des documents pour dissimuler leur origine. L’administration Trump se justifie par quatre raisons : non-respect des embargos en vigueur ; attaques du 11 mars à la roquette en Irak (2 militaires américains et 1 britannique tués) ; financement du terrorisme ; décision de Téhéran d’intensifier ses opérations d’enrichissement d’uranium (novembre 2019). Elle pose trois conditions à la levée des sanctions contre l’Iran : retrait de ses combattants dans les conflits régionaux ; abandon de son programme nucléaire militaire ; limitation de son programme de missiles balistiques. Quant à la demande de prêt par l’Iran au FMI, elle souligne le risque de détournement des fonds à des fins étrangères à l’épidémie du Covid-19. En effet, une loi américaine l’autorise à s’opposer à une demande de prêt, faite à une institution internationale, par un Etat désigné comme « soutien au terrorisme ». Or grâce à leur détention de plus de 15 % des droits de vote au FMI, les Etats-Unis y disposent, de fait, d’un droit de véto officieux.

Dossier nucléaire. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) daté du 4 mars 2020, l’Iran a poursuivi sa coopération avec elle au premier trimestre, indique Benjamin Hautecouverture. Or, depuis mai 2019, Téhéran a décidé de ne plus appliquer certaines mesures du PAGC (voir encadré) et, le 5 janvier 2020, a annoncé la suppression de toute « limite opérationnelle » à son programme nucléaire. Toutefois, entre novembre 2019 et mars 2020, le programme d’enrichissement d’uranium a largement dépassé les limites imposées par l’accord de 2015 (voir encadré). Le délai d’une année au minimum ne semble plus garanti pour produire suffisamment d’uranium enrichi pour réaliser une bombe atomique. Cependant, il convient d’ajouter le temps nécessaire à la reconfiguration des centrifugeuses pour obtenir un enrichissement de qualité « arme » et celui de la fabrication de l’arme elle-même. Par ailleurs, un autre rapport de l’AIEA, daté aussi du 4 mars 2020 mais relatif au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, indique que l’Iran n’a pas répondu à ses demandes d’information et a refusé l’accès de deux sites à ses inspecteurs en janvier 2020. Washington reproche donc à Téhéran son non-respect de ses engagements au titre de l’accord de 2015. De son côté, l’Iran souligne que c’est précisément la décision unilatérale des Etats-Unis de se retirer de cet accord en mai 2018 qui l’a libéré, de fait, de ses propres obligations. Finalement, l’épidémie du Covid-19 ni les sanctions américaines ne freinent le programme militaire de l’Iran. Le 22 avril 2020, il a en effet réussi, avec son propre lanceur, la mise en orbite basse de « Nour 1 », son premier satellite militaire.

Loïc Salmon

L’accord sur le nucléaire iranien, traduit par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) par « Plan d’action global commun » (PAGC), a été signé à Vienne (Autriche) le 14 juillet 2015 par huit parties : Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Union Européenne (UE) et Iran. Outre le contrôle à des fins civiles du programme nucléaire de l’Iran par l’AIEA, cet accord vise à maintenir, à au moins un an et pendant dix ans, le délai de production d’uranium enrichi nécessaire à la fabrication d’une charge nucléaire. Ce délai permet de réagir en cas de reprise du programme nucléaire militaire. L’accord prévoit notamment : le passage du nombre de centrifugeuses de 19.000 à 5.060 ; la limitation à 300 kg du stock d’uranium enrichi à 3,67 % ; la limitation de la production de plutonium civil et l’arrêt de la production de plutonium militaire. Dès la mise en œuvre de l’accord par l’Iran, l’UE et les Etats-Unis s’engagent à lever les sanctions économiques à son encontre sur l’énergie, les transports et la finance. Les sanctions restent maintenues sur les armes et les matériels sensibles. Selon l’AIEA, l’Iran avait respecté les contraintes de l’accord, à la date du 16 janvier 2016.

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

Moyen-Orient : pandémie du covid-19 et conflits en cours

Moyen-Orient : rivalités entre Arabie Saoudite, Iran et Turquie




Chine : diplomatie « sanitaire » via les « Routes de la Soie »

La Chine renforce sa diplomatie mondiale de la santé, en vue d’objectifs économiques puis politiques, en tirant parti de la pandémie du Covid-19.

Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans une note publiée le 26 mars 2020 à Paris.

Un outil d’influence rôdé. Pour contrer l’offensive diplomatique de la Chine nationaliste en Afrique, la Chine populaire envoie une équipe médicale en Algérie dès 1963. Jusqu’à la fin des années 2010, elle aura déployé sur le continent africain plus de 20.000 personnels de santé, qui auraient soigné plus de 200 millions de personnes. En 2014, elle participe à l’effort international de lutte contre l’épidémie du virus Ebola, qui aura tué plus de 11.000 personnes notamment en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Comme près de 20.000 de ses ressortissants résident dans cette région, la Chine y envoie 1.200 personnels de santé dans un centre de traitement de 100 lits en Sierra Leone. Elle fournit une contribution financière de 150 M$, soit plus que la France ou le Japon, et coopère avec les Etats-Unis pour la création d’un centre africain de contrôle et de prévention des maladies en 2016. Parallèlement, dès l’automne 2013, en visite au Kazakhstan et en Indonésie, le président chinois Xi Jinping présente son projet mondial dénommé « Une Ceinture, une Route », plus connu sous le nom de « Routes de la Soie » qui, outre la construction d’infrastructures de transport, vise aussi à renforcer l’influence de la Chine. La partie sanitaire apparaît officiellement dans le plan triennal 2015-2017 de la Commission nationale de la santé et planning familial. Il s’agit notamment d’organiser des forums de coopération en ce sens avec les pays participants au projet, avec ceux de l’Asie du Sud-Est, ceux d’Europe centrale et orientale et les pays arabes. Ensuite, il convient de créer un mécanisme de prévention et de contrôle des maladies infectieuses en Asie centrale et dans la région du Grand Mékong. Un plan de formation des personnels de santé sera mis en place avec l’Indonésie et le Laos. Une alliance des universités médicales est envisagée avec la Russie. Est aussi prévue la création d’un centre international de médecine chinoise traditionnelle, pour y sensibiliser les Etats membres de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est, à savoir Bruneï, la Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Viêt Nam. Par ailleurs, la Chine entend devenir un producteur important d’équipements médicaux de diagnostic et de traitement médical en constituant de grands groupes nationaux, capables de devenir concurrentiels sur le marché pharmaceutique mondial. Le plan triennal souligne la nécessité de participer activement à la gouvernance mondiale de la santé et d’exercer une influence sur la recherche, la négociation et l’élaboration de normes, règles et lignes directrices internationales pertinentes.

Des coopérations accrues. Le 18 janvier 2017 à Genève, Xi Jinping signe un protocole d’accord avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) portant sur la promotion de la sécurité sanitaire le long des Routes de la Soie. Quelques semaines plus tard, l’intense activité diplomatique de la Chine atteint deux objectifs : l’élection de l’ancien ministre éthiopien de la Santé et des Affaires étrangères, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à la tête de l’OMS ; l’attribution du poste de sous-directeur général de l’OMS, chargé du groupe maladies transmissibles, au médecin chinois Ren Minghui. La Chine apporte la deuxième contribution financière de l’OMS derrière les Etats-Unis…qui ont suspendu la leur (20 % du budget) le 22 avril 2020. En outre, elle prend des initiatives internationales : création du « Global Health Drug Discovery Institute » (Institut mondial de recherche sur les médicaments et la santé) au sein de l’Université Tsinghua de Pékin, en partenariat avec la Fondation (américaine) Bill-et-Melinda-Gates ; conférence sino-africaine des ministres de la Santé ; réunion des ministres de la Santé des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ; réunion sur la coopération sanitaire internationale dans le cadre du projet « Une Ceinture, une Route » (30 ministres de la Santé et dirigeants d’organisations internationales). Cette dernière (août 2017) donne lieu à la signature d’accords bilatéraux ainsi qu’avec le Programme commun des nations unies sur le VIH/sida, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation. L’Alliance pour le développement durable de l’industrie de la santé le long des « Routes de la Soie » vise aussi à accroître les parts de marché des industries sanitaires de la Chine et à faire adopter ses normes et standards. Des réseaux de recherche sur les politiques de santé sont créés à l’issue des sommets Chine-pays de l’Europe centrale et orientale (novembre 2017) et Chine-Afrique (septembre 2018).

L’opportunité du Covid-19. Le 24 mars 2020, le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste chinois, souligne la collaboration de la Chine avec l’OMS sur la crise du Covid-19 et lie son aide apportée à l’étranger à sa responsabilité de grande puissance. Alors que la Chine recevait auparavant des masques et matériels médicaux de nombreux pays et d’une dizaine d’organisations internationales, elle en exporte désormais et communique sur son action (voir encadré). Selon Antoine Bondaz, la Chine tente de convaincre les pays en développement et de nombreux pays européens de sa capacité à les aider dans cette grave crise sanitaire…grâce à son système de gouvernance estimé plus efficace que le modèle démocratique occidental. Son 13ème Plan quinquennal (2016-2020) a mis notamment l’accent sur les vaccins, l’oncologie (traitement du cancer), les médicaments pour le système nerveux central et la médecine personnalisée. Le plan « Made in China 2025 » place les biotechnologies parmi les dix technologies prioritaires. Grâce au retour d’expérience de la gestion de l’épidémie du SRAS de 2002, 90 % des malades atteints du covid-19 auraient fait l’objet d’un traitement associant médecine conventionnelle et médecine traditionnelle chinoise.

Loïc Salmon

Selon le site officiel chinois Global Times News, à la date du 26 mars 2020, la Chine a apporté une assistance d’urgence à 4 organisations internationales et 89 pays, dont 9 en Amérique centrale, 16 en Europe, 26 en Afrique, 28 en Asie et 10 dans la région du Pacifique-Sud. Outre la fourniture de matériels médicaux, elle a envoyé 7 groupes d’experts médicaux en Italie, en Iran, en Irak, en Serbie et au Cambodge. Elle a fait un don de 20 M$ à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour lutter contre le Covid-19. Elle a partagé son expérience et ses diagnostics sur ce virus avec 180 pays, régions et organisations internationales. Elle a organisé plus de 30 vidéoconférences avec les experts d’une centaine de pays. Elle a conseillé les équipes étrangères d’aide médicale présentes dans 56 pays en développement pour contrôler l’épidémie. Enfin, elle affirme être la première à avoir isolé et identifié des souches virales puis en avoir partagé la séquence complète de leur génome avec l’OMS.

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Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

Instrument indispensable à la conquête militaire extérieure et à la sécurité intérieure de l’Etat, le renseignement, tactique, stratégique et intérieur, a été organisé par tous les grands empires de l’Antiquité, puis perfectionné en Europe après la chute de Rome puis de Byzance.

Résultat d’une démarche délibérée, il doit fournir la bonne réponse au bon destinataire, dans les délais impartis et sous une forme intelligible pour lui. Malgré l’évolution technique, les méthodes restent les mêmes : rapports réguliers ; information de première main ; plusieurs niveaux de traitement de l’information ; protection des informations ; actions clandestines ; guerre psychologique. En Mésopotamie, les marchands peuvent circuler librement à l’abri des conflits, moyennant l’échange d’informations. Par ailleurs les devins jouent un rôle fondamental dans les affaires politiques et militaires, grâce à leur savoir préscientifique qui offre une grille de lecture interprétative à tous les échelons du pouvoir, local ou central. Quoique protégée par un désert aride, l’Egypte envoie des missions, mêlant diplomatie, commerce et renseignement, vers les pays voisins. Les pharaons doivent aussi se prémunir contre les conspirations et…les intrigues de harem ! L’Empire perse crée un système complexe de renseignement, décrit comme « les yeux et les oreilles du Grand Roi ». L’Empire indien des Gupta dispose d’un vaste réseau « d’itinérants » de tous acabits, déployés à l’étranger pour commettre éventuellement des vols et des assassinats ciblés. Fins connaisseurs des axes commerciaux transfrontaliers, les contrebandiers fournissent des renseignements tactiques. Des espionnes, de la citoyenne ordinaire à la belle concubine de harem, recueillent les paroles d’étrangers et… de l’entourage du roi. L’Empire chinois récupère l’héritage des guerres civiles antérieures : divination, transfuges, assassinats, corruption et contre-espionnage. S’il permet d’éviter l’affrontement militaire de grande ampleur comme l’a théorisé Sun Tzu (« L’art de la guerre »), le renseignement alimente aussi la compétition politique intérieure. Les « opérations spéciales », spécialités grecques depuis le cheval de Troie, quoique peu privilégiées par les Romains, se perpétuent quand même dans l’Empire romain d’Orient puis byzantin. Pour ce dernier, la diplomatie, moins chère que la guerre, aussi efficace et fondée sur le renseignement, utilise persuasion, corruption et subversion pour briser les alliances hostiles, affaiblir des Etats ennemis et détourner les invasions étrangères. Après sa chute, ses experts apporteront leur savoir-faire…à la Russie ! En Europe du Nord, les Vikings, quand ils ne commercent pas, effectuent des raids audacieux, sans pertes et basés sur l’effet de surprise, grâce à l’envoi d’éclaireurs et à l’espionnage organisé pour dresser cartes, itinéraires et inventaire des richesses de la région ciblée. Les Normands procèdent à des opérations clandestines en Angleterre, avant la conquête effective, ainsi qu’en Italie, en Sicile ou pendant les Croisades. Les princes et les grandes villes d’Europe s’appuient sur un plan de recherche de renseignements et entretiennent un réseau varié d’agents compétents. En France, Louis XI, « l’Universelle Aragne » (Grande Araignée), a ainsi élaboré une politique d’évaluation des situations, alliée à son sens aigu de l’anticipation.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 520 pages, 28€. Format numérique, 21,99 € 

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Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Veiller et combattre constituent les missions permanentes des 200 aéronefs et des 5.000 marins du ciel qui, en outre, sauvent 300 vies humaines par an.

Le contre-amiral Guillaume Goutay, commandant la Force de l’aéronautique navale, l’a expliqué au cours d’une conférence organisée, le 29 janvier 2020 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Atouts aériens. Profitant de la liberté de la haute mer pour conduire une opération aéromaritime, les forces navales à la mer utilisent la troisième dimension, qui leur donne un préavis sur l’ennemi, souligne l’amiral. Depuis 1912, l’aéronautique navale française a perdu 1.600 personnels, morts au combat ou en vol d’expérimentation. Les Rafale, équipés du missile ASMPA (air-sol moyenne portée), et les avions de guet aérien Hawkeye du groupe aéronaval (GAN) contribuent à la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire. L’avion de patrouille maritime ATL2 et les hélicoptères embarqués sur les frégates empêchent toute intrusion au large de la base de la Force océanique stratégique à Brest. Depuis six ans, l’aviation navale intervient dans toutes les opérations extérieures avec les missions « Arromanches 1,2 et 3 » en Libye et au Levant (2014-2016), « Clemenceau » en Méditerranée et océan Indien (2019) et « Foch » au Levant (2020, encadré). En mer, le GAN effectue 60 sorties aériennes/jour en moyenne pour des missions de renseignement ou de combat jusqu’à 1.000 km à l’intérieur des terres. Le Hawkeye détecte tous les éléments mobiles, sur l’eau et dans les airs, sur une zone équivalente à la superficie de la France. Instrument politique et diplomatique majeur dans la durée et en autonomie, il fait peser sur Daech (Levant) une présence militaire par des cycles d’intervention de 3-4 semaines avec 1 semaine de « régénération ». Adapté aux missions aéroterrestres, un ATL2, déployé en permanence dans l’opération « Barkhane » au Sahel, permet la collecte de renseignements, l’appréciation de la situation ou le guidage de frappes. Par ailleurs, la lutte contre les trafics illicites, l’immigration clandestine et le terrorisme par la mer ou sur les côtes s’intensifie depuis 2014. Un avion Falcon 50 de surveillance maritime est déployé en Méditerranée et un autre dans les départements et territoires d’outre-mer. En complément, un dispositif d’hélicoptères est mis en œuvre, notamment pour la surveillance des 6.000 km de côtes métropolitaines, le sauvetage, les évacuations médicales et l’action de l’Etat en mer. En Asie du Sud-est, en mer de Chine méridionale, en Atlantique et dans le grand Nord, le déploiement d’une frégate et de son hélicoptère embarqué permet de recueillir des renseignements, en vue d’anticiper une crise puis de la prévenir. Depuis 2016, les pilotes d’aéronefs constatent la résurgence de la contestation maritime, en surface et sous la mer, de la part de la Chine, de la Russie et d’organisations non-étatiques. L’amiral Goutay pressent un durcissement des conditions d’engagement en mer avec des préavis plus courts, d’ici à une dizaine d’années.

Ressources humaines limitées. Parmi les 200 aéronefs, 50 des 110 avions sont disponibles quotidiennement, indique l’amiral Goutay. Depuis 2001, les missions opérationnelles représentent 60 % de leur activité, contre 40 % pour l’entraînement. Seules les Marines américaine et française disposent de porte-avions à catapultes et brins d’arrêt. Cette technologie, qui nécessite dix ans pour en acquérir le savoir-faire, crée un niveau élevé de confiance réciproque. Ainsi, lors de la mission « Chesapeake » aux Etats-Unis en 2018, 350 marins, dont 27 pilotes, 1 Hawkeye et 13 Rafale se sont notamment entraînés sur le porte-avions George H.Bush. Depuis les années 1990, une école française de chasse embarquée, installée aux Etats-Unis, forme, pendant 18 mois, 10 pilotes par an, qui obtiennent leur qualification porte-avions à l’issue de 12 appontages. Après une formation initiale de 3 ans pour les missions de renseignement et de bombardement, un pilote de chasse la complète par un perfectionnement de 4 ans pour devenir chef de patrouille. Le passage de l’entraînement à la mission opérationnelle s’avère difficile, car la prise de risques et de décision du pilote de chasse diffère de celle du pilote d’un avion commercial ou d’un ATL2. D’abord marins, tous les personnels de l’aéronavale comprennent la nécessité de l’humilité, de la sécurité des vols et du partage du retour d’expérience entre les équipages, y compris avec ceux de l’armée de l’Air. L’aéronavale française, féminisée à 14 %, compte 500 pilotes pour ses Hawkeye, Rafale, ATL2 et hélicoptères. Elle inclut d’autres familles de métiers : la maintenance des moteurs, de l’avionique et de l’armement ; le contrôle aérien et la préparation des opérations aviation. La moyenne d’âge y atteint 32 ans, contre 29 ans pour l’ensemble de la Marine. Cette dernière, comme l’armée de l’Air et les industriels, doit trouver des compétences et assurer formation et mises à niveau. Pour compenser le départ des anciens, partis poursuivre une carrière civile, elle doit stabiliser les flux d’entrée. Or, avec la remontée en puissance des armées engagée depuis 2015, l’aéronavale peine à recruter des jeunes, dont 25 officiers sous contrat par an, face à la concurrence du secteur privé…et de l’armée de l’Air ! Quoique la formation (14 mois) des techniciens soit mutualisée avec l’armée de l’Air, l’aéronavale perd souvent les siens vers l’âge de 25-27 ans, en raison notamment des contraintes liées au service à la mer.

Perspectives. L’aéronavale va recevoir le Rafale standard F3r équipé du missile Météor (air-sol longue portée), qui sera remplacé par le Rafale standard F4 vers 2025, indique l’amiral Goutay. A cette date, les hélicoptères embarqueront des drones. Vers 2030, le drone MALE (moyenne altitude longue endurance) européen complètera la surveillance maritime avec les satellites. Enfin, le SCAF (système de combat aérien futur) franco-allemand devrait entrer en service ainsi vers 2035 ainsi que les drones embarqués sur le porte-avions de la prochaine génération.

Loïc Salmon

Le groupe aéronaval (GAN) a quitté Toulon le 21 janvier 2020 dans le cadre de la mission « Foch » d’une durée de trois mois. Le premier volet, en Méditerranée orientale, concerne l’appui de l’opération « Chammal », composante française de la coalition internationale contre Daech. Le second, en Atlantique et en mer du Nord, porte surtout sur des exercices de coopération avec les alliés de l’OTAN pour maintenir un haut niveau d’interopérabilité. Au départ, le GAN compte : le porte-avions Charles-de-Gaulle avec 18 Rafale marine, 2 avions de guet aérien E-2C Hawkeye, 1 hélicoptère Caïman marine et 2 hélicoptères Dauphin ; la frégate multi-missions (FREMM) Auvergne ; la frégate de défense aérienne (FDA) Chevalier-Paul ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Var ; la frégate grecque Spetsai ; un sous-marin d’attaque. Sont prévus de participer partiellement à la mission « Foch » : les BCR Somme et Marne ; les FREMM Bretagne et Normandie ; la frégate furtive Surcouf ; la frégate anti-sous-marine La-Motte-Piquet ; un avion de patrouille maritime ATL 2 ; différents bâtiments d’Espagne, du Portugal, de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne.

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Armes nucléaires : vérifier pour lutter contre la prolifération

La vérification du non-détournement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire à des fins militaires repose sur la neutralité des experts inspecteurs.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 5 février 2020 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, à l’occasion du réexamen du Traité de non-prolifération nucléaire en 2020. Y sont intervenus : Emmanuelle Maître, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique ; Alexandre Quinet, chargé de la mission non-prolifération et désarmement à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées.

Enjeux stratégiques. La vérification se trouve liée à la maîtrise des armements nucléaires, explique Emmanuelle Maître. Aucun pays doté d’armes nucléaires ne peut s’en défaire sans contrôler que les autres parties feront de même. Dès 1967, les négociations entre les Etats-Unis et l’URSS portent sur l’expérimentation d’un contrôle sur les armes en processus de démantèlement avec la certitude, par le partage d’informations, qu’il s’agit bien d’armes nucléaires sans avoir directement accès à celles-ci. Les traités bilatéraux START I (1991), START II (1993) et New START (2010), sur la réduction des armes stratégiques (missiles balistiques intercontinentaux), ainsi que FNI, sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (500-5.500 km), concernent uniquement le démantèlement de missiles, sans certitude sur celui des têtes nucléaires. L’Agence internationale de l’énergie atomique doit s’assurer que le plutonium de qualité militaire ne puisse plus produire d’arme, avec le risque de diffusion d’informations cruciales pour la fabrication d’armes nucléaires à des pays tiers. Des explications ont été fournies sur les procédures de transport et de manipulation d’armes nucléaires. Il s’agit de faire partager une vision commune à 14 Etats et de s’assurer que les armes déclarées n’ont pas été déplacées, en vérifiant si elles entrent et sortent du site de démantèlement.

L’action de la France. En matière d’armement nucléaire, la France a rendu public son arsenal en 2017 : moins de 300 têtes nucléaires ; 210 détonations entre 1960 et 1996 ; 48 missiles balistiques M51 sur les sous-marins de la Force océanique stratégique ; 54 missiles de croisière air-sol moyenne portée améliorés (500 km, précision inférieure à 10 m). Selon Alexandre Quinet, ses priorités portent sur le lancement des négociations pour un traité interdisant la production de matières fissiles et la réduction des deux plus grands arsenaux, à savoir ceux des Etats-Unis et de la Russie qui se sont retirés du traité FNI en 2019. La France milite pour la participation de la Russie et de la Chine au processus de vérification du désarmement nucléaire, qu’elles refusent comme étant une idée des pays occidentaux. Depuis 2015, les experts d’une trentaine d’Etats, dotés ou non de l’arme nucléaire, travaillent sur des procédures et des technologies dans le cadre de l’IPNDV (partenariat international pour la vérification du désarment nucléaire). Ainsi, la France et l’Allemagne ont procédé à l’exercice NuDiVe sur le site allemand de recherche nucléaire de Jülich le 25 septembre 2019 et qui a rassemblé 21 participants de 11 pays, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. L’arsenal d’un Etat fictif, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, comptait 1.000 têtes dont 830 déployées : 140 sur missiles de croisière, 140 sur sous-marins et 550 sur missiles balistiques sol-sol intercontinentaux. NuDiVe a validé les hypothèses de l’IPNDV.

Loïc Salmon

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Europe : dynamique de défense et coopération en Centrafrique

L’Union européenne (UE) relance son projet de défense sur les plans politique, capacitaire et opérationnel et contribue à la reconstruction des forces de défense et de sécurité de la Centrafrique.

Le colonel (Air) Patrice Morand, adjoint au chef de service du bureau Europe, Amérique du Nord et action multilatérale de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, l’a expliqué à la presse le 23 janvier 2020 à Paris. En complément, la mission de formation de l’UE en République centrafricaine (EUTM-RCA) a été présentée par son commandant, le général de brigade Eric Peltier, en visioconférence depuis Bangui.

Le contexte stratégique. Selon le colonel Morand, l’environnement international en matière de défense et de sécurité se caractérise par : des crises au Sahel, en Libye, au Levant et dans le golfe Arabo-Persique ; le terrorisme ; le cyber ; l’espace ; la guerre hybride ; la course aux armements, consécutive aux retraits des Etats-Unis et de la Russie du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire en 2019. Toutefois, l’OTAN reste le principal pilier de défense collective. De plus, les Etats membres de l’UE accroissent leurs budgets de défense. Enfin, des coopérations bilatérales existent entre la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, l’Estonie, les pays scandinaves, la Belgique et le Portugal.

Le pilier politique. A l’issue des attentats terroristes à Paris en 2015, l’article 42.7 du traité de l’UE a été activé pour la première fois par la France, rappelle le colonel Morand. En 2016, la nécessité de disposer d’une autonomie stratégique a été affirmée au sein de l’UE dans le cadre de sa stratégie globale. A l’instigation de la France, l’Initiative européenne d’intervention, instaurée en juin 2018, permet l’émergence d’une culture stratégique commune par des groupes de travail qui partagent l’analyse stratégique. Elle regroupe déjà 13 pays : Allemagne ; Belgique ; Danemark ; Norvège ; Suède ; Finlande ; Espagne ; Estonie ; Italie ; France ; Grande-Bretagne ; Pays-Bas ; Portugal. Enfin, l’UE a manifesté sa volonté de développer une base industrielle et technologique de défense autonome.

Le pilier capacitaire. Les Etats membres partagent leurs priorités en matière de capacités, notamment par la revue annuelle de coordination de défense pour éviter les duplications, indique le colonel Morand. En 2017, la création de la « Coopération structurée permanente » a déjà permis de renforcer la mobilisation de 25 Etats membres autour de 47 projets. La France participe à 37 d’entre eux et en coordonne 11. La revue stratégique 2020 constituera un point d’étape et une réflexion sur les orientations futures. La mise en place du Fonds européen de défense, d’un montant de 13 Mds€, apporte, pour la première fois, un soutien budgétaire européen à des projets capacitaires communs, en vue de renforcer la compétitivité et l’autonomie de l’industrie européenne. Le cadre financier pluriannuel (2021-2027) vise à faciliter la coopération entre grands groupes et petites et moyennes entreprises dans l’innovation, la recherche et le développement, depuis les études amont à la réalisation de prototypes. En outre, la Commission européenne dispose d’une Direction générale de l’industrie, de la défense et de l’espace depuis le 1er janvier 2020.

Le pilier opérationnel. L’UE est déjà engagée dans les opérations « Atalante » (lutte contre la piraterie en océan Indien) et « Sophia » (lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée), rappelle le colonel Morand. Elle remplit aussi des missions de formation (sigle anglais EUTM) au Mali ou en Centrafrique (voir plus loin). Depuis 2017, ces engagements sont notamment renforcés par la mise en place de la « Capacité militaire de planification et de conduite des opérations ». D’ici fin 2020, cette structure de commandement pourra contrôler les missions de type EUTM et un engagement européen jusqu’à 2.500 militaires. En 2018, l’UE a constitué la « Facilité européenne pour la paix » (FEP), à savoir un fonds de 10,5 Mds€ pour financer des actions opérationnelles relevant de la politique étrangère et de la sécurité commune. La FEP doit permettre de compléter l’action des EUTM dans une logique de formation et d’équipements, y compris létaux. Pour répondre à un besoin précis, des missions européennes peuvent être mises sur pied. Ainsi, la force d’intervention « Takuba », résultat d’une analyse stratégique commune, porte sur l’envoi au Sahel de forces spéciales de six pays européens et dont la gestion sera assurée par le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Enfin, se développe un état-major « opératif » pour de futurs groupements tactiques interarmées européens de réaction rapide (1.500 militaires), déployables en 10 jours sur un théâtre de crise hors UE pendant une période de 30 à 120 jours.

L’EUTM-RCA. Mise en place en juillet 2016 à la demande du gouvernement centrafricain, la mission EUTM-RCA a pour mandat d’aider à reconstruire, dans la durée, les forces locales de défense et de sécurité, explique le général Peltier. Elle compte 180 militaires de 11 pays contributeurs, dont 8 européens. Son état-major de 20 cadres apporte un conseil stratégique pour aider l’armée à se constituer une ossature administrative, réglementaire et doctrinale, avec un modèle logistique et un autre de ressources humaines. La formation opérationnelle va de celle du combattant individuel à celle du niveau de compagnie d’infanterie. En outre, il s’agit de former des formateurs dans les domaines de l’informatique, des transmissions ou de la topographie. L’EUTM-RCA a déjà formé 6.000 soldats répartis dans 5 bataillons, dont 4 d’infanterie et 1 amphibie fluvial. Parmi eux, 1.500 soldats sont déjà déployés à l’extérieur de Bangui et appuyés par la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Un chômage important permet de sélectionner 1.000 recrues sur 20.000 candidats. Il s’agit ensuite de passer d’une armée de projection à une armée de garnison, pour restaurer l’autorité de l’Etat sur un territoire de 623.000 km2 et peuplé de 4,6 millions d’habitants. Malgré les accords de paix de fin 2019, des groupes armés exercent une violence récurrente. Par ailleurs, l’EUTM-RCA entretient également des relations avec l’Union africaine, la France, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Celle-ci a affecté quelques officiers à la MINUSCA et a ouvert un centre d’entraînement à proximité de Bangui. Elle propose un aguerrissement complémentaire aux soldats centrafricains, avant leur déploiement dans les bataillons. L’arrivée prochaine en Centrafrique d’une mission militaire russe, officielle, permettra à l’EUTM-RCA de coordonner les formations, pour éviter toute redondance et rechercher l’efficacité.

Loïc Salmon

Depuis le 30 janvier 2020, la mission européenne de surveillance maritime EMASoH est opérationnelle dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz. La frégate française Courbet a été rejointe par la frégate néerlandaise De-Ruyter mi-février. Une frégate danoise arrivera en septembre. L’état-major de l’EMASoH, implanté sur la base française d’Abou Dhabi, compte des officiers belges, néerlandais, danois et français.

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

Europe : défense future, la dimension militaire

Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA