Traquer la terreur

Démultiplicateur de l’insurrection pour déstabiliser un Etat, le terrorisme exploite la violence sur le plan médiatique et la justifie par des raisons idéologiques ou religieuses. Le contrer passe par le renseignement, la frappe chirurgicale et le…développement !

Théorisé par les Russes Trotsky et Lénine et le Chinois Mao, le terrorisme utilise le ressentiment de populations misérables ou d’individus fragiles et modifie en permanence ses modes opératoires. L’analyse de différents cas en montre les similitudes : guérilla Viêt Minh en Indochine (1945-1954) ; subversion en Irlande du Nord (1968-1998) ; Al Qaïda en Afghanistan ((2001-2014) ; attentats de Mumbai en Inde (2008) ; ceux d’Oslo et de l’île d’Utoya en Norvège (2011) ; terrorisme maritime dans le golfe d’Aden (2008) ; menace armée sur Bamako, capitale du Mali (2013). Pour atteindre ses objectifs, la stratégie terroriste inclut les domaines psychologique, social, économique, politique et culturel. Elle nécessite : mise en place d’un réseau d’agents dans les secteurs-clés d’une société, à savoir éducation, médias, transport et sécurité ; soutiens logistique, financier et technique sur une zone frontalière pour bénéficier de « sanctuaires » ou de soutiens extérieurs ; guérilla puis guerre dissymétrique d’envergure dans le pays ciblé ; retournement d’une population contre ses gouvernants par l’idéologie (subversion ou manipulation) ou la peur (attentats) ; instrumentalisation médiatique de la réaction disproportionnée des forces de sécurité, provoquée par des agitateurs. L’emprise totale sur une population s’avère primordial pour le renseignement, le ravitaillement, le recrutement et les caches de combattants. Au-delà de l’attentat ou de l’assassinat, l’option terroriste permet à l’insurgé d’apparaître comme un acteur sur les scènes nationale et internationale grâce au retentissement obtenu. En 1945, le Viêt Minh atténue son étiquette communiste et cherche à paraître nationaliste, contre la France, pour s’attirer le soutien des nationalistes vietnamiens et de la CIA américaine qui lui fournit armes et équipements. Au Pakistan dans les années 1980, pour lutter contre les troupes soviétiques en Afghanistan, la CIA forme à la guérilla de jeunes musulmans, qui constitueront plus tard Al Qaïda. Petits criminels et trafiquants passent au terrorisme au nom d’un idéal pour justifier leurs activités. En 2015, Daech gagne entre 700 M$ et 1,3 Md$ par le trafic de pétrole et d’antiquités, les rançons des otages, les donations et l’impôt sur les populations contrôlées en Irak et en Syrie. La médiatisation de ses massacres et la désinformation lui ont permis de s’emparer de territoires sans combats majeurs, en dépit de désavantages numériques. Toutefois, la guérilla et la subversion ne sont pas l’apanage des organisations terroristes, comme le montrent les actions britanniques auprès des bédouins contre les troupes turques pendant la première guerre mondiale et en Birmanie contre l’armée japonaise pendant la seconde ou celles des commandos français contre le Viêt Minh. A la trinité « population, armée et politique » de la guerre conventionnelle entre Etats, théorisée par le Prussien Clausewitz (1834), a succédé la synergie entre diplomatie, opérations spéciales et mentorat des armées de pays partenaires dans la guerre asymétrique. Retour de la sécurité et reprise de la vie économique dissuadent les populations ciblées de recourir aux réseaux parallèles des organisations terroristes pour subvenir à leurs besoins.

Loïc Salmon

« Traquer la terreur », commandant Vincent. Editions Pierre de Taillac, 252 pages, illustrations, 24,90 €.

Terrorisme : instrumentalisation de la pandémie du Covid-19

Terrorisme : impacts et enjeux du « cyberdjihadisme »

Gendarmerie : moyens et effectifs renforcés pour la lutte contre le terrorisme




Avions espions

Dès l’origine, tous les avions armés puis de nombreux appareils civils ont recueilli des renseignements d’ordre tactique ou stratégique (photos et fréquences radar). Satellites et drones les complètent sans les remplacer.

En 1794 à Fleurus, l’observation par ballon a contribué à la victoire de l’armée française sur les troupes autrichiennes. Puis, cet avantage militaire tombe dans l’oubli jusqu’au développement de la photo aérienne au début du XXème siècle. Le premier « avion espion » est mis en service en 1911 par l’armée italienne pour la reconnaissance, en vue d’un bombardement aérien, réussi, contre des troupes et positions turques en Tripolitaine et Cyrénaïque (Libye actuelle). Pendant la première guerre mondiale, l’analyse des prises de vues aériennes de mouvements de troupes ou de navires conduit à la nécessité de la « maîtrise des airs », avant d’engager le combat. Les avions de chasse ont d’abord été conçus pour détruire…les appareils de reconnaissance adverses ! Dans les années1930, une organisation allemande pratique « clandestinement » la photographie aérienne au-dessus des Pologne, France, Grande-Bretagne, Tchécoslovaquie et Union soviétique. De leur côté, les services de renseignement français et britanniques recourent à une société civile pour faire de même au-dessus de l’Allemagne, de l’Italie et de la Libye. Pendant le second conflit mondial, l’Allemagne utilise des bombardiers modifiés pour les vols de reconnaissance à haute altitude (12.800 m !) au-dessus de l’URSS, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. La Grande-Bretagne met en œuvre les avions de reconnaissance photo Mosquito, fabriqués en grande partie en contreplaqué, à long rayon d’action et dont la vitesse et l’altitude leur permettent d’échapper aux chasseurs ennemis. Des hydravions japonais survolent clandestinement les îles britanniques du Pacifique, la Malaisie, Guam, les Philippines, l’île de Wake, les Indes néerlandaises et, peut-être, Hawaii. La Grande-Bretagne utilise l’avion pour les missions de renseignement électronique en appui des raids de bombardement contre l’Allemagne. L’armée de l’Air américaine l’emploie dans le Pacifique et au-dessus du Japon pour ouvrir la voie aux raids « atomiques » sur Hiroshima et Nagasaki (1945). En outre, l’interception des communications air-sol et air-air ennemies en Europe et dans le Pacifique réduisent les pertes en bombardiers. Dès le début de la guerre froide (1945-1991), les Etats-Unis accroissent les reconnaissances par des avions, de la Baltique à la mer Egée et dans les « couloirs » de Berlin à travers l’Allemagne de l’Est, et par des hydravions en Baltique, Méditerranée, mer du Japon et dans le Pacifique Nord. En 1949, l’analyse de la collecte d’échantillons d’air à haute altitude, entre le Japon et l’Alaska, conclut à l’explosion effective du premier engin nucléaire soviétique. En 1952, grâce à des ravitaillements en vol au-dessus de l’Allemagne de l’Ouest et du Danemark à l’aller et au retour, trois avions britanniques RB-45 C pénètrent en URSS au-dessus des pays baltes, de Moscou et de l’Ukraine pour tester les radars…sans être interceptés par les chasseurs soviétiques ! Pendant la guerre de Corée (1950-1955), des avions espions américains pénètrent jusqu’à 300 km en Chine. En 1960, après la frappe d’un avion U2 par des missiles et la capture de son pilote, les Etats-Unis renoncent au survol de l’URSS. A cette date, les satellites espions entrent en scène.

Loïc Salmon

« Avions espions » par Norman Polmar et John Bessette. Éditions E-T-A-I, 240 pages, 300 photos, 55 €.

Avions de combat

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR




Campagne d’Italie, 1796-1797

Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole et Rivoli restent les plus connues des batailles d’une « campagne éclair », menée en Italie par un général de 27 ans, sans expérience de la guerre à ce niveau mais qui subjugue ses troupes par ses qualités humaines et techniques.

Entre le 1er avril 1796 et le 18 avril 1797, face à des généraux ennemis aguerris, Napoléon Bonaparte parvient à chasser les Autrichiens de l’Italie du Nord et à imposer la présence française dans toute la péninsule, son indépendance vis-à-vis de son propre gouvernement et la paix à l’empereur d’Autriche ! L’armée d’Italie du début, endurcie par la misère, les privations et les combats, est devenue inactive et peu disciplinée, avec un moral en baisse. Quand il la rejoint à Nice, Napoléon Bonaparte assoit rapidement son autorité de général en chef par l’abandon des familiarités en usage, le rétablissement de la distance avec ses subordonnés, plus chevronnés que lui, et la réorganisation des unités. Il en résulte plus d’exactitude dans l’obéissance, de régularité dans le service et de liaison dans les mouvements. Dans une note adressée au Directoire avant son départ, Bonaparte écrit qu’il appartient au pouvoir politique de définir le but de la guerre, les modalités d’exécution pour l’atteindre étant de la responsabilité du chef militaire. Il indique à l’appui qu’il faut un mois pour avoir une réponse de Paris à une dépêche venant de la ville italienne de Savone et que, pendant ce temps, tout peut changer. Le jeune général a saisi l’importance du secret et de la vitesse dans la manœuvre, pour surprendre les armées ennemies. Il doit compenser son infériorité globale par une économie rigoureuse des forces pour obtenir, à l’instant « T », la supériorité du nombre en vue de livrer bataille à l’endroit choisi par lui, si possible. Dans les faits, les petits combats se multiplient. Mais Bonaparte manifeste toujours une capacité de réaction immédiate, fruit d’une longue méditation antérieure. Sa présence en première ligne et même à l’avant-garde lui donne un ascendant durable sur ses soldats. Ce lien se renforce par ses proclamations et la rédaction de bulletins qui, publiés dans les journaux français, lui acquièrent une popularité en France même…qui inquiète le Directoire. Outre les réclamations incessantes de renforts, il traite les détails d’ordre logistique. Pour ne pas s’aliéner les populations des villages qui accueillent avec enthousiasme les troupes républicaines, il doit interdire, à plusieurs reprises, pillage et vexations, qui reprennent en cas de légères défaites ou même de révoltes sévèrement réprimées. Après les « suspensions d’armes », il impose, aux villes, provinces et princes vaincus, des contributions en vivres, habillements et chevaux, mais aussi en argent et biens culturels…qui prennent le chemin de la France. Mécontent du service d’espionnage, il le réorganise pour obtenir des informations sûres sur les armées ennemies et du renseignement politique à Naples, Rome, Florence, Turin, Venise, Vienne et même Paris ! Cette police secrète surveille personnels militaires et civils, généraux et hommes politiques. En Italie centrale et du Sud, il neutralise certains Etats hostiles par la diplomatie et impose des traités de paix à d’autres. Après la victoire de Lodi, une députation de l’armée lui confère le grade, hautement honorifique, de « caporal », auquel est ajouté « petit » en raison de sa jeunesse. En outre, il se sent capable de devenir un acteur décisif sur la scène politique de la France.

Loïc Salmon

« Campagne d’Italie, 1796-1797 », Michel Molières. Editions Pierre de Taillac, 780 pages, nombreuses illustrations, 29,90 €.

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Soldats de Napoléon

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides




US Marines

Le Corps des marines, ouvert aux femmes, dispose de ses propres moyens navals, aériens et terrestres pour intervenir à tout moment, en tout lieu et avec un préavis réduit, quand les Etats-Unis estiment leurs intérêts menacés.

Créée en 1775 à l’image des Royal Marines britanniques en prévision des batailles navales de la Révolution américaine, cette unité est rattachée à la Marine pour assurer la police à bord des navires, les tirs de précision et les opérations de débarquement de faible envergure. Pendant les guerres du Mexique (1846-1848), celle de Sécession (1860-1865) et celle contre l’Espagne (1898), la Marine américaine se transforme, abandonnant la voile au profit de la propulsion à vapeur. Les unités de marines, jugées obsolètes et superflues, risquent de disparaître. Toutefois, le territoire des Etats-Unis s’étendant jusqu’au Pacifique, les détachements de marines sont chargés de la défense des bases avancées et des opérations de police à terre. Lors de la première guerre mondiale, ils intègrent le Corps expéditionnaire américain. Ils y acquièrent l’expérience du combat terrestre en Europe et se forgent une réputation d’unité d’élite avec un esprit de corps unique, entretenus par leur bureau d’information et de promotion. Pendant la guerre des Boxers (Chine, 1900), des marines sont transférés des Philippines (colonie américaine de 1898 à 1946) à la Cité interdite de Pékin, aux côtés de militaires italiens, britanniques et japonais pour y protéger les délégations étrangères. Au début des années 1900, des marines sont envoyés à l’île de Cuba, annexée par les Etats-Unis de 1898 à 1902, pour assurer la police depuis la base navale de Guantanamo (encore sous contrôle américain). Dans les années 1920, le Corps des marines se spécialise dans les opérations amphibies. Pendant l’engagement des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale (1941-1945), ses effectifs doublent jusqu’à 100.000 hommes, pour effectuer de difficiles opérations amphibies de reconquête des îles du Pacifique tenues par l’armée impériale japonaise. Afin d’éviter une confrontation nucléaire pendant la guerre froide (1947-1991), les Etats-Unis et l’URSS s’affrontent en Corée (1950-1953) et au Viêt Nam (1965-1975). Les marines y subissent des pertes énormes. Lors d’une opération de maintien de la paix au Liban, un attentat suicide contre le quartier général américain à Beyrouth provoque la mort de 241 militaires américains, dont 220 marines. Les succès des opérations dans le golfe Persique en 1991 (Koweït) et 2003 (Irak) redorent le blason et remonte le moral des marines, durement éprouvés pendant la guerre du Viêt Nam. Enfin, des marines ont été déployés en Afghanistan entre 2009 et 2014, puis à nouveau en 2017.  Face aux menaces potentielles de la Russie, de la Chine ou de la Corée du Nord, les marines s’entraînent aujourd’hui au combat en milieu arctique. Déployés dans plusieurs zones du monde dans le cadre de forces combinées aériennes et terrestres, ils passent beaucoup de temps en mer et s’entraînent en permanence sur les navires de la Marine américaine. Ils peuvent employer dans la même journée et sur un seul théâtre : l’avion de combat furtif F35B Lightning II ; l’appareil de transport hybride V-22 Osprey à rotors basculants combinant les atouts de l’hélicoptère, pour le décollage vertical ou court et l’atterrissage, et de l’avion pour voler jusqu’à 565 km/h ; le char M1 Abrams ; l’aéroglisseur LCAC d’une vitesse de 74km/h pour l’assaut amphibie.

Loïc Salmon

« US Marines » par Colin Colbourn. Éditions E-T-A-I, 224 pages, 230 photos, 39,00 €.

« Catamaran 2014 » : exercice amphibie d’une force expéditionnaire interalliés

Bold Alligator 2012 : exercice amphibie interalliés à longue distance

Marines : outils politiques et de projection de puissance




Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

L’âge d’or de la cavalerie




La police des Lumières

Instrument de la puissance publique, la police du XVIIIème siècle intervient aussi dans l’économie, le travail, les échanges, la santé et l’hygiène des populations. La formation de ses métiers spécifiques s’amorce en Europe.

La police s’arroge aussi le droit d’exclure de la société tous ceux qu’elle considère comme nuisibles à la paix publique et tranche arbitrairement en faveur de ce qu’elle pense être l’intérêt commun. Face à elle, les gens ordinaires ne se limitent pas à l’obéissance muette ou à la résistance obstinée et recourent à la ruse, à la négociation et aux accommodements. Les policiers eux-mêmes savent modérer leur action pour éviter d’éventuelles réactions de grande ampleur. Certains, inspirés par les idéaux des Lumières, tentent d’adoucir des dispositifs jugés inefficaces ou trop rigoureux. La capacité de maintien de l’ordre de la lieutenance générale de police, instaurée en 1667 par Louis XIV, suscite l’intérêt des souverains de Prusse, d’Autriche, de Toscane et de Russie, qui en étudient la transposition chez eux. L’Espagne, le Portugal et le Danemark en adoptent des versions. A Paris, les commissaires du Châtelet assurent un rôle de police de proximité, qui désamorce la plupart des conflits locaux. L’ouvrage « Traité de police » (1709) recense onze domaines d’activité : religion, mœurs, santé publique, approvisionnement en nourriture, voie publique, sécurité, sciences physiques et humaines, commerce, production, personnel domestique et pauvreté. Il inspire toutes les grandes villes d’Europe, celles de la côte nord-américaine et même la capitale de l’Empire ottoman, confrontées aux mêmes difficultés socio-économiques. Le maintien de l’ordre à Paris y est présenté sous ses deux aspects : détecter, réprimer et punir la délinquance ; veiller à l’amélioration de l’environnement urbain. La conception d’une police « amélioratrice » en vient à prendre les attributs d’une science avec des textes et des méthodes spécifiques. Divers auteurs, disposant de réseaux internationaux, préconisent le recours prudent à des petites technologies, soulignent l’importance du détail dans le travail de la police et mettent l’accent sur la prévention. La culture politique de la fin du siècle des Lumières prône la transparence et les droits individuels face à l’opacité de la police parisienne avec sa pratique de l’espionnage, ses prisons d’Etat et ses « lettres de cachet », à savoir un ordre du roi permettant l’incarcération sans jugement, l’exil ou l’internement de personnes jugées indésirables. Par ailleurs, l’armée est mise souvent à contribution pour le maintien de l’ordre civil : sentinelles devant les bâtiments publics ; surveillance des marchés et des spectacles ; patrouilles nocturnes ; conduite des délinquants aux postes de garde ; haies de sécurité pendant les grandes fêtes et processions urbaines ; réglage de la circulation des véhicules. La « Ferme générale », qui collecte les droits de douane et les impôts indirects, dispose d’une force de police de 20.000 gardes armés aux frontières. La Révolution remplace la lieutenance générale de police par la Garde nationale, les justices de paix, l’institution d’un contrôle démocratique et la création d’un ministère de la Police, qui reprennent ultérieurement la plupart des techniques répressives de l’Ancien Régime. La « maréchaussée », chargée de la police et de la justice militaires et aussi de la police des routes, devient Gendarmerie nationale et perd ses compétences judiciaires.

Loïc Salmon

 « La police des Lumières », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Archives nationales, 256 pages, 200 illustrations, 35 €

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Garde républicaine

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

 

 




Sous-marins militaires

Armement de référence, le sous-marin d’attaque, à propulsion diesel-électrique ou nucléaire, maintient un équilibre de forces en mer. Le sous-marin nucléaire lanceur d’engins atomiques (SNLE) constitue l’essentiel de la dissuasion par sa capacité de frappe en second, après une agression nucléaire.

Le premier submersible, construit par le Hollandais Cornelis Drebbel à Londres en1623, a parcouru une courte distance sous la surface de la Tamise, propulsé par douze rameurs. En 1696, le Français Denis Papin invente une pompe à air pour contrôler la flottaison d’un submersible. L’ère des sous-marins militaires commence en 1776 avec le déploiement du Turtle dans le port de New York pendant la guerre d’indépendance. Durant la Guerre de Sécession (1860-1865), le sous-marin intervient sur le plan tactique avec la torpille autopropulsée en 1866. En 1890, le Français Gustave Zédé, à bord du sous-marin Gymnote, parvient à forcer un blocus, en passant sous un navire de combat sans être détecté. Cela conduit la Marine à développer la lutte anti sous-marine. La propulsion évolue : moteur à explosion pour la navigation en surface ; moteur électrique alimenté par des batteries en plongée. Pendant la première guerre mondiale, le blocus de ses ports par la Marine britannique contraint l’Empire allemand à riposter par la guerre sous-marine à outrance contre les navires de commerce (3,2 Mt de marchandises coulées en 1917). En 1943, l’invention du schnorchel permet aux submersibles de la Kriegsmarine d’évoluer en surface, tout en utilisant son moteur diesel pour recharger ses batteries. En 1950, la mise au point des missiles et du réacteur nucléaire compact permet au SNLE de rester discret pendant de très longues périodes. Pour en arriver là, la construction et la technologie navales ont constamment innové. L’invention de la double coque remonte à 1906. La coque externe peut emprunter une forme plus hydrodynamique pour accroître la vitesse et obtenir une meilleure tenue à la mer en surface. Des renforts de structure entre les deux coques améliorent la résistance à la pression. En général, les sous-marins naviguaient en surface de nuit et en plongée de jour. L’attaque « en meute » des U-Boots allemands en 1917-1918 se fait en deux phases. Un « limier » repère un convoi, transmet sa position au PC terrestre, qui coordonne les opérations avec les autres. Chaque commandant de submersible peut tirer plusieurs torpilles en éventail, loin des escorteurs, ou se faufiler au milieu du convoi pour attaquer à courte distance tous les navires de proximité. Dès 1928, la Marine japonaise utilise des torpilles plus performantes que celles des Marines des autres pays. Fonctionnant à l’oxygène pur, pour brûler le kérosène, au lieu de l’air et l’alcool, elles portent à 12 km, le double des autres, avec un sillage plus réduit et difficile à détecter. En 1930, deux sous-marins américains de 113 m de long sont construits pour transporter chacun cent soldats pour une opération de débarquement, mais leurs performances se trouvent vite dépassées dans tous les domaines. Avec l’apparition de la propulsion nucléaire, les sous-marins s’insèrent dans une coordination entre unités navales, aériennes et terrestres. Durant la guerre froide (1947-1991), certains sous-marins nucléaires américains d’attaque sont dédiés aux missions secrètes. Dès 1974, le missile antinavire Exocet-SM 39, tiré d’un sous-marin en plongée, file vers sa cible au ras des flots à Mach 0,9, guidé par un radar autodirecteur.

Loïc Salmon

« Sous-marins militaires » par David Ross. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 224 pages, 49,00 €.

Le sous-marin, composante fondamentale de l’action navale

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




Dictionnaire renseigné de l’espionnage

L’espionnage inspire fiction et « coups tordus », tandis que le renseignement constitue une activité officielle, indispensable à la sécurité de la nation.

Autrefois, les espions, traîtres ou héros selon les cas, une fois démasqués, étaient punis de mort. Aujourd’hui, ce crime, imprescriptible, conduit encore à l’exécution, sous les régimes totalitaires, ou à l’emprisonnement, dans les nations démocratiques. Sur un mur blanc du siège de la CIA à Washington, plus de 130 croix représentent ses morts en service commandé. Toutefois, l’échange d’agents fait aussi partie de la guerre secrète. La « taupe », à savoir un membre d’un service de renseignement (SR) recruté par un SR étranger pour lui fournir des informations cruciales, cause toujours une perte de confiance en interne mais aussi à l’extérieur. Le cloisonnement, garantie du secret, se répercute au niveau administratif par le « besoin d’en connaître ». Il permet de limiter les dégâts causés par une taupe ou…par imprudence ! Sur le plan technique, la « cryptanalyse », qui consiste à déchiffrer les codes secrets de l’adversaire, mobilise 11.500 personnes, dont des mathématiciens et des linguistes des prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge, sur divers sites en Angleterre en 1943. Dans l’un d’eux, Bentley Park, converti aujourd’hui en musée, ont été « cassés » les codes « Enigma » des Wehrmacht, Luftwaffe et Kriegsmarine allemandes. Dès les années 1940, le programme américano-britannique « Venona » a permis aux Alliés de déchiffrer les messages des SR soviétiques et d’évaluer ensuite l’ampleur de leur pénétration en Occident. Il a servi à démasquer les physiciens nucléaires ayant transmis des informations sur la bombe américaine et quelques taupes britanniques. L’une d’elles, Kim Philby (1912-1988), qui a envoyé à la mort, sans le moindre remord, de nombreux agents infiltrés en URSS, a été honoré par la ville de Moscou, qui a renommé une place à son nom…en 2018 ! L’agent double britannique George Blake (né en 1922, réfugié en Russie), découvert grâce à un « défecteur » polonais, a cru naïvement que les Soviétiques tiendraient leurs promesses de ne pas exécuter les agents dont il avait donné les noms. De son côté, la CIA a dû demander l’aide du FBI (renseignement intérieur) pour démasquer la taupe en son sein, en l’occurrence Aldrich Ames (né en 1941, emprisonné à vie), arrêté en 1994. Outre la vente pendant dix ans d’informations confidentielles au KGB soviétique, il a compromis une centaine d’opérations de la CIA et du MI6 (SR britannique) et contribué à l’exécution d’une dizaine de militaires et agents russes, travaillant pour les pays de l’Ouest, et à l’emprisonnement de beaucoup d’autres. Alors que l’argent motive surtout en Occident, la perte de foi dans le régime de l’URSS, même si elle cachait parfois des entraves à la carrière ou des déboires domestiques, a souvent été évoquée pour expliquer la défection de membres de haut niveau de ses SR. Par ailleurs, dans un livre, un ex-directeur de la CIA conseille à ses successeurs « d’être circonspects lorsqu’ils présentent aux décideurs des renseignements liés à leurs objectifs politiques ». Enfin, le mythe de « l’espionne fatale », incarnée par la Néerlandaise Mata Hari (1876-1917) jugée « nulle » par les SR allemands mais fusillée pour l’exemple, perdure avec la Russe Anna Chapman (née Kouchtchenko en 1982), échangée une dizaine de jours après son arrestation à New York en 2010.

Loïc Salmon

« Dictionnaire renseigné de l’espionnage », Michel Guérin. Mareuil Éditions, 272 pages. 19 €

Lève-toi et tue le premier

Renseignement : l’affrontement des services au début de la guerre froide (1945-1955)

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