Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

L’âge d’or de la cavalerie




La police des Lumières

Instrument de la puissance publique, la police du XVIIIème siècle intervient aussi dans l’économie, le travail, les échanges, la santé et l’hygiène des populations. La formation de ses métiers spécifiques s’amorce en Europe.

La police s’arroge aussi le droit d’exclure de la société tous ceux qu’elle considère comme nuisibles à la paix publique et tranche arbitrairement en faveur de ce qu’elle pense être l’intérêt commun. Face à elle, les gens ordinaires ne se limitent pas à l’obéissance muette ou à la résistance obstinée et recourent à la ruse, à la négociation et aux accommodements. Les policiers eux-mêmes savent modérer leur action pour éviter d’éventuelles réactions de grande ampleur. Certains, inspirés par les idéaux des Lumières, tentent d’adoucir des dispositifs jugés inefficaces ou trop rigoureux. La capacité de maintien de l’ordre de la lieutenance générale de police, instaurée en 1667 par Louis XIV, suscite l’intérêt des souverains de Prusse, d’Autriche, de Toscane et de Russie, qui en étudient la transposition chez eux. L’Espagne, le Portugal et le Danemark en adoptent des versions. A Paris, les commissaires du Châtelet assurent un rôle de police de proximité, qui désamorce la plupart des conflits locaux. L’ouvrage « Traité de police » (1709) recense onze domaines d’activité : religion, mœurs, santé publique, approvisionnement en nourriture, voie publique, sécurité, sciences physiques et humaines, commerce, production, personnel domestique et pauvreté. Il inspire toutes les grandes villes d’Europe, celles de la côte nord-américaine et même la capitale de l’Empire ottoman, confrontées aux mêmes difficultés socio-économiques. Le maintien de l’ordre à Paris y est présenté sous ses deux aspects : détecter, réprimer et punir la délinquance ; veiller à l’amélioration de l’environnement urbain. La conception d’une police « amélioratrice » en vient à prendre les attributs d’une science avec des textes et des méthodes spécifiques. Divers auteurs, disposant de réseaux internationaux, préconisent le recours prudent à des petites technologies, soulignent l’importance du détail dans le travail de la police et mettent l’accent sur la prévention. La culture politique de la fin du siècle des Lumières prône la transparence et les droits individuels face à l’opacité de la police parisienne avec sa pratique de l’espionnage, ses prisons d’Etat et ses « lettres de cachet », à savoir un ordre du roi permettant l’incarcération sans jugement, l’exil ou l’internement de personnes jugées indésirables. Par ailleurs, l’armée est mise souvent à contribution pour le maintien de l’ordre civil : sentinelles devant les bâtiments publics ; surveillance des marchés et des spectacles ; patrouilles nocturnes ; conduite des délinquants aux postes de garde ; haies de sécurité pendant les grandes fêtes et processions urbaines ; réglage de la circulation des véhicules. La « Ferme générale », qui collecte les droits de douane et les impôts indirects, dispose d’une force de police de 20.000 gardes armés aux frontières. La Révolution remplace la lieutenance générale de police par la Garde nationale, les justices de paix, l’institution d’un contrôle démocratique et la création d’un ministère de la Police, qui reprennent ultérieurement la plupart des techniques répressives de l’Ancien Régime. La « maréchaussée », chargée de la police et de la justice militaires et aussi de la police des routes, devient Gendarmerie nationale et perd ses compétences judiciaires.

Loïc Salmon

 « La police des Lumières », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Archives nationales, 256 pages, 200 illustrations, 35 €

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Garde républicaine

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

 

 




Sous-marins militaires

Armement de référence, le sous-marin d’attaque, à propulsion diesel-électrique ou nucléaire, maintient un équilibre de forces en mer. Le sous-marin nucléaire lanceur d’engins atomiques (SNLE) constitue l’essentiel de la dissuasion par sa capacité de frappe en second, après une agression nucléaire.

Le premier submersible, construit par le Hollandais Cornelis Drebbel à Londres en1623, a parcouru une courte distance sous la surface de la Tamise, propulsé par douze rameurs. En 1696, le Français Denis Papin invente une pompe à air pour contrôler la flottaison d’un submersible. L’ère des sous-marins militaires commence en 1776 avec le déploiement du Turtle dans le port de New York pendant la guerre d’indépendance. Durant la Guerre de Sécession (1860-1865), le sous-marin intervient sur le plan tactique avec la torpille autopropulsée en 1866. En 1890, le Français Gustave Zédé, à bord du sous-marin Gymnote, parvient à forcer un blocus, en passant sous un navire de combat sans être détecté. Cela conduit la Marine à développer la lutte anti sous-marine. La propulsion évolue : moteur à explosion pour la navigation en surface ; moteur électrique alimenté par des batteries en plongée. Pendant la première guerre mondiale, le blocus de ses ports par la Marine britannique contraint l’Empire allemand à riposter par la guerre sous-marine à outrance contre les navires de commerce (3,2 Mt de marchandises coulées en 1917). En 1943, l’invention du schnorchel permet aux submersibles de la Kriegsmarine d’évoluer en surface, tout en utilisant son moteur diesel pour recharger ses batteries. En 1950, la mise au point des missiles et du réacteur nucléaire compact permet au SNLE de rester discret pendant de très longues périodes. Pour en arriver là, la construction et la technologie navales ont constamment innové. L’invention de la double coque remonte à 1906. La coque externe peut emprunter une forme plus hydrodynamique pour accroître la vitesse et obtenir une meilleure tenue à la mer en surface. Des renforts de structure entre les deux coques améliorent la résistance à la pression. En général, les sous-marins naviguaient en surface de nuit et en plongée de jour. L’attaque « en meute » des U-Boots allemands en 1917-1918 se fait en deux phases. Un « limier » repère un convoi, transmet sa position au PC terrestre, qui coordonne les opérations avec les autres. Chaque commandant de submersible peut tirer plusieurs torpilles en éventail, loin des escorteurs, ou se faufiler au milieu du convoi pour attaquer à courte distance tous les navires de proximité. Dès 1928, la Marine japonaise utilise des torpilles plus performantes que celles des Marines des autres pays. Fonctionnant à l’oxygène pur, pour brûler le kérosène, au lieu de l’air et l’alcool, elles portent à 12 km, le double des autres, avec un sillage plus réduit et difficile à détecter. En 1930, deux sous-marins américains de 113 m de long sont construits pour transporter chacun cent soldats pour une opération de débarquement, mais leurs performances se trouvent vite dépassées dans tous les domaines. Avec l’apparition de la propulsion nucléaire, les sous-marins s’insèrent dans une coordination entre unités navales, aériennes et terrestres. Durant la guerre froide (1947-1991), certains sous-marins nucléaires américains d’attaque sont dédiés aux missions secrètes. Dès 1974, le missile antinavire Exocet-SM 39, tiré d’un sous-marin en plongée, file vers sa cible au ras des flots à Mach 0,9, guidé par un radar autodirecteur.

Loïc Salmon

« Sous-marins militaires » par David Ross. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 224 pages, 49,00 €.

Le sous-marin, composante fondamentale de l’action navale

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




Dictionnaire renseigné de l’espionnage

L’espionnage inspire fiction et « coups tordus », tandis que le renseignement constitue une activité officielle, indispensable à la sécurité de la nation.

Autrefois, les espions, traîtres ou héros selon les cas, une fois démasqués, étaient punis de mort. Aujourd’hui, ce crime, imprescriptible, conduit encore à l’exécution, sous les régimes totalitaires, ou à l’emprisonnement, dans les nations démocratiques. Sur un mur blanc du siège de la CIA à Washington, plus de 130 croix représentent ses morts en service commandé. Toutefois, l’échange d’agents fait aussi partie de la guerre secrète. La « taupe », à savoir un membre d’un service de renseignement (SR) recruté par un SR étranger pour lui fournir des informations cruciales, cause toujours une perte de confiance en interne mais aussi à l’extérieur. Le cloisonnement, garantie du secret, se répercute au niveau administratif par le « besoin d’en connaître ». Il permet de limiter les dégâts causés par une taupe ou…par imprudence ! Sur le plan technique, la « cryptanalyse », qui consiste à déchiffrer les codes secrets de l’adversaire, mobilise 11.500 personnes, dont des mathématiciens et des linguistes des prestigieuses universités d’Oxford et de Cambridge, sur divers sites en Angleterre en 1943. Dans l’un d’eux, Bentley Park, converti aujourd’hui en musée, ont été « cassés » les codes « Enigma » des Wehrmacht, Luftwaffe et Kriegsmarine allemandes. Dès les années 1940, le programme américano-britannique « Venona » a permis aux Alliés de déchiffrer les messages des SR soviétiques et d’évaluer ensuite l’ampleur de leur pénétration en Occident. Il a servi à démasquer les physiciens nucléaires ayant transmis des informations sur la bombe américaine et quelques taupes britanniques. L’une d’elles, Kim Philby (1912-1988), qui a envoyé à la mort, sans le moindre remord, de nombreux agents infiltrés en URSS, a été honoré par la ville de Moscou, qui a renommé une place à son nom…en 2018 ! L’agent double britannique George Blake (né en 1922, réfugié en Russie), découvert grâce à un « défecteur » polonais, a cru naïvement que les Soviétiques tiendraient leurs promesses de ne pas exécuter les agents dont il avait donné les noms. De son côté, la CIA a dû demander l’aide du FBI (renseignement intérieur) pour démasquer la taupe en son sein, en l’occurrence Aldrich Ames (né en 1941, emprisonné à vie), arrêté en 1994. Outre la vente pendant dix ans d’informations confidentielles au KGB soviétique, il a compromis une centaine d’opérations de la CIA et du MI6 (SR britannique) et contribué à l’exécution d’une dizaine de militaires et agents russes, travaillant pour les pays de l’Ouest, et à l’emprisonnement de beaucoup d’autres. Alors que l’argent motive surtout en Occident, la perte de foi dans le régime de l’URSS, même si elle cachait parfois des entraves à la carrière ou des déboires domestiques, a souvent été évoquée pour expliquer la défection de membres de haut niveau de ses SR. Par ailleurs, dans un livre, un ex-directeur de la CIA conseille à ses successeurs « d’être circonspects lorsqu’ils présentent aux décideurs des renseignements liés à leurs objectifs politiques ». Enfin, le mythe de « l’espionne fatale », incarnée par la Néerlandaise Mata Hari (1876-1917) jugée « nulle » par les SR allemands mais fusillée pour l’exemple, perdure avec la Russe Anna Chapman (née Kouchtchenko en 1982), échangée une dizaine de jours après son arrestation à New York en 2010.

Loïc Salmon

« Dictionnaire renseigné de l’espionnage », Michel Guérin. Mareuil Éditions, 272 pages. 19 €

Lève-toi et tue le premier

Renseignement : l’affrontement des services au début de la guerre froide (1945-1955)

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

 




Missiles européens au combat

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Lève-toi et tue le premier

L’efficacité de ses services de renseignement (SR) et de ses forces armées a sauvé Israël lors de crises graves. Les succès de ses opérations clandestines n’ont pu remplacer la diplomatie pour mettre un terme aux affrontements avec ses adversaires, Etats ou organisations terroristes.

Cet ouvrage se fonde sur un millier d’entretiens avec des dirigeants politiques, des hauts responsables du renseignement et même des agents d’exécution ainsi que sur des milliers de documents fournis par ces sources. Toute opération secrète du Mossad (SR extérieur), du Shin Bet (SR intérieur), de l’Aman (SR militaire) ou des forces spéciales nécessite l’autorisation écrite du Premier ministre…qui peut l’annuler au dernier moment ! Tous les Premiers ministres, qui se sont succédé depuis 1974, avaient servi auparavant dans les SR ou les unités spéciales. Dès la création de l’Etat en 1948, les SR envisagent de recourir à des opérations ciblées, loin derrière les lignes des nations arabes hostiles. A la suite d’un premier échec, le recours à des juifs autochtones dans les pays « cibles » a été exclu, à cause des répercussions sur toute la communauté juive locale. En outre, tout juif « traître » doit être ramené devant un tribunal israélien et non pas exécuté, en raison de la tradition de responsabilité mutuelle et du sentiment d’appartenance à une seule grande famille après deux millénaires d’exil. Israël accède au rang de grande puissance du renseignement en 1956, par l’obtention du rapport secret sur la dénonciation des crimes du stalinisme, présenté devant le XXème Congrès du Parti communiste soviétique. La remise d’un exemplaire à la CIA marque le début de l’alliance secrète entre les SR américains et israéliens. La guerre secrète inclut rivalités entre SR, mésententes avec les dirigeants politiques, échecs et dommages collatéraux. Suite à une opération indirecte concernant un pays allié et ayant entraîné de graves conséquences sur le plan international, les assassinats ciblés ne visent que des individus menaçant les intérêts d’Israël et doivent être menés uniquement par ses ressortissants. Une exécution complexe, entreprise loin à l’étranger, nécessite jusqu’à plusieurs centaines de participants, âgés pour la plupart de moins de 25 ans. Après la guerre des Six-Jours (1967), gagnée grâce à l’effet de surprise et anticipée par ses SR, Israël n’a guère recherché de compromis diplomatique avec les pays arabes voisins…jusqu’à la guerre du Kippour (1973), qui lui a coûté 2.300 soldats et aurait pu être mieux préparée par un travail de renseignement en amont. Les SR israéliens n’ont pas davantage anticipé la bombe à retardement constituée par les millions de réfugiés palestiniens après les guerres de 1948 et 1967, dont une partie vient chaque jour travailler en Israël et voit le développement des colonies juives en Cisjordanie. Dès 1993, les organisations terroristes palestiniennes recourent aux attentats-suicides, causant des centaines de morts et plus d’un millier de blessés israéliens. A l’ONU, les Etats-Unis opposent systématiquement leur véto à toute condamnation de la politique de représailles d’Israël par des assassinats ciblés. Entre 2000 et 2017, l’Etat hébreu a procédé à environ 2.300 opérations de ce type contre le Hamas, à Gaza, ou lors d’interventions du Mossad contre des cibles palestiniennes, syriennes et iraniennes. Les Etats-Unis, qui s’en sont inspiré après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, n’en ont conduit que 401 entre 2001 et 2017.

Loïc Salmon

« Lève-toi et tue le premier », Ronen Bergman. Editions Grasset, 944 pages, 29€. Format numérique, 19,99 € 

Proche-Orient : Israël, envisager tous les scénarios de riposte

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

325 – Dossier : “Israël, continuum défense-sécurité depuis 50 ans”

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes




Triangle tactique, décrypter la bataille terrestre

Au cœur du combat, les grands chefs de guerre, remarquables tacticiens, se concentrent sur l’essentiel pour manœuvrer, à savoir l’équilibre entre mobilité, puissance de feu et protection.

Le tacticien va appliquer sur le terrain ce que le stratège a imaginé. La technologie entraîne des modifications majeures, mais les paramètres de la manœuvre perdurent. Celle-ci combine : le choc des épées, lances, jets de pierre ou de flèches puis des armes à feu ; le mouvement, accéléré par la domestication du cheval et l’invention du moteur ; la protection du combattant, par le bouclier ou le blindage des engins, le camp retranché ou le château fort, le camouflage ou toute capacité de dissimulation. Alexandre le Grand et Napoléon, dirigeants politiques, furent d’abord des chefs militaires victorieux. Une part de chance entre dans la tactique, quand le chef décide sans disposer de toutes les informations mais se fie à son instinct…et à son expérience ! Dès l’Antiquité, en dépit des exploits individuels, la réalité du combat impose la supériorité de la troupe organisée, disciplinée, bien encadrée et…entraînée ! L’armée macédonienne combine la phalange d’infanterie lourde avec la cavalerie, pour disloquer le dispositif adverse. La légion romaine, qui la vaincra, se déplace beaucoup plus vite, tout en conservant sa cohésion. L’Empire byzantin donne plus de place à la cavalerie lourde, grâce à l’invention de l’étrier. A Crécy (1346), Poitiers (1356) et Azincourt (1415), la puissance d’attrition des archers anglais empêche toute cohérence de la charge de la chevalerie française. A Castillon (1453), victoire finale française de la Guerre de Cent Ans, l’emploi de l’artillerie mobile se combine à l’attaque de la cavalerie contre les formations anglaises. Aux siècles suivants, la puissance de feu des canons et des fusils des troupes en ligne complique la manœuvre, limitée en outre par l’approvisionnement en munitions. L’invention de la cartouche papier, l’augmentation de la puissance de feu du canon et la réforme de l’infanterie en divisions interarmes redonnent la capacité manœuvrière. Le triangle tactique des guerres de la Révolution, puis de l’Empire avec la création de la logistique militaire, optimise les qualités et compense les faiblesses de l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie. Les armes à répétition et les canons à chargement par la culasse remettent cet héritage en cause, avec les hécatombes de la guerre de Sécession (1860-1865) et du début de la Grande Guerre. Celle-ci, devenue industrielle, décuple la puissance de feu, d’où les tranchées pour s’en protéger sur un front statique. Des inventions surgissent sur le champ de bataille : transmissions par téléphone et télégraphe ; avions de reconnaissance puis de bombardement ; chars de combat. Le succès tactique de la « Blitzkrieg » allemande (1939-1941) repose sur l’emploi combiné du char et de l’avion, rendu possible par la radio. La dimension « théâtre d’opérations » apparaît au cours des deux conflits mondiaux. L’arrivée de l’avion à réaction constitue une révolution pour les frappes massives par surprise. Les unités aéroportées puis héliportées accumulent les succès tactiques pendant les guerres de décolonisation…et dans la protection des ressortissants ensuite. Dans un combat futur de haute intensité, frappes aériennes de précision et forces spéciales concourront directement à la victoire stratégique, mais ne remporteront pas la nécessaire victoire tactique… toujours acquise au sol !

Loïc Salmon

« Triangle tactique, décrypter la bataille terrestre », Pierre Santoni. Editions Pierre de Taillac, 176 pages, illustrations, 24,90 €.

L’ultime champ de bataille

Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité

Quand le lys terrassait la rose




Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

Instrument indispensable à la conquête militaire extérieure et à la sécurité intérieure de l’Etat, le renseignement, tactique, stratégique et intérieur, a été organisé par tous les grands empires de l’Antiquité, puis perfectionné en Europe après la chute de Rome puis de Byzance.

Résultat d’une démarche délibérée, il doit fournir la bonne réponse au bon destinataire, dans les délais impartis et sous une forme intelligible pour lui. Malgré l’évolution technique, les méthodes restent les mêmes : rapports réguliers ; information de première main ; plusieurs niveaux de traitement de l’information ; protection des informations ; actions clandestines ; guerre psychologique. En Mésopotamie, les marchands peuvent circuler librement à l’abri des conflits, moyennant l’échange d’informations. Par ailleurs les devins jouent un rôle fondamental dans les affaires politiques et militaires, grâce à leur savoir préscientifique qui offre une grille de lecture interprétative à tous les échelons du pouvoir, local ou central. Quoique protégée par un désert aride, l’Egypte envoie des missions, mêlant diplomatie, commerce et renseignement, vers les pays voisins. Les pharaons doivent aussi se prémunir contre les conspirations et…les intrigues de harem ! L’Empire perse crée un système complexe de renseignement, décrit comme « les yeux et les oreilles du Grand Roi ». L’Empire indien des Gupta dispose d’un vaste réseau « d’itinérants » de tous acabits, déployés à l’étranger pour commettre éventuellement des vols et des assassinats ciblés. Fins connaisseurs des axes commerciaux transfrontaliers, les contrebandiers fournissent des renseignements tactiques. Des espionnes, de la citoyenne ordinaire à la belle concubine de harem, recueillent les paroles d’étrangers et… de l’entourage du roi. L’Empire chinois récupère l’héritage des guerres civiles antérieures : divination, transfuges, assassinats, corruption et contre-espionnage. S’il permet d’éviter l’affrontement militaire de grande ampleur comme l’a théorisé Sun Tzu (« L’art de la guerre »), le renseignement alimente aussi la compétition politique intérieure. Les « opérations spéciales », spécialités grecques depuis le cheval de Troie, quoique peu privilégiées par les Romains, se perpétuent quand même dans l’Empire romain d’Orient puis byzantin. Pour ce dernier, la diplomatie, moins chère que la guerre, aussi efficace et fondée sur le renseignement, utilise persuasion, corruption et subversion pour briser les alliances hostiles, affaiblir des Etats ennemis et détourner les invasions étrangères. Après sa chute, ses experts apporteront leur savoir-faire…à la Russie ! En Europe du Nord, les Vikings, quand ils ne commercent pas, effectuent des raids audacieux, sans pertes et basés sur l’effet de surprise, grâce à l’envoi d’éclaireurs et à l’espionnage organisé pour dresser cartes, itinéraires et inventaire des richesses de la région ciblée. Les Normands procèdent à des opérations clandestines en Angleterre, avant la conquête effective, ainsi qu’en Italie, en Sicile ou pendant les Croisades. Les princes et les grandes villes d’Europe s’appuient sur un plan de recherche de renseignements et entretiennent un réseau varié d’agents compétents. En France, Louis XI, « l’Universelle Aragne » (Grande Araignée), a ainsi élaboré une politique d’évaluation des situations, alliée à son sens aigu de l’anticipation.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 520 pages, 28€. Format numérique, 21,99 € 

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