La puissance et l’ombre, 250 ans de guerres secrètes de l’Amérique

L’appareil de renseignement des États-Unis conditionne, dans une certaine mesure, leur action politique en matière de sécurité et de diplomatie. Il se caractérise par des moyens techniques très sophistiqués et une faible opacité…au nom de la liberté de la presse garantie par la Constitution !

Pendant la guerre d’indépendance (1775-1783), les « Pères fondateurs » ont surclassé leurs adversaires britanniques au savoir-faire éprouvé. Cette expérience met en évidence les liens étroits et personnels entre les plus hauts responsables politiques et le renseignement, préfigurant sa vocation stratégique En 1790, George Washington, premier président des États-Unis, obtient du Congrès un fonds dédié aux « relations extérieures », sans évoquer explicitement les activités de renseignement. Toutefois, il doit informer le Congrès du montant utilisé mais sans en divulguer le but ni les destinataires, inaugurant le recours à des informateurs et émissaires privés plutôt qu’à des institutions spécialisées. Partisan d’une neutralité dans les affaires internationales, Washington déconseille toute alliance avec un pays étranger mais recommande le développement des relations commerciales. En 1823, James Monroe, donne son nom à une doctrine de non-ingérence dans les affaires européennes avec réciprocité sur celles du continent américain, dont l’Amérique latine où ont déjà agi discrètement les dirigeants des États-Unis. En 1848, le traité de Guadalupe Hidalgo permet aux États-Unis d’acquérir, au détriment du Mexique, les futurs États de Californie, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, du Nevada et de l’Utah. Pendant la guerre de Sécession (1861-1865) qui aboutit à la surpression de l’esclavage, l’agence de détectives privés Pinkerton propose à l’armée nordiste de collecter des renseignements dans les États du Sud et de démasquer leurs espions dans ceux du Nord. Dans les années 1880, alors que la Grande-Bretagne et la France se constituent des empires coloniaux en Afrique et en Asie, l’idée d’une expansion des États-Unis hors de ses frontières naturelles se diffuse. La Marine et l’Armée américaines mettent sur pied des services de renseignement permanents. La Marine joue un rôle important dans la structuration d’un courant impérialiste. L’historien et stratège naval Alfred Mahan souligne l’importance de la maîtrise des mers comme vecteur de puissance et prône le développement des capacités navales américaines et l’acquisition de territoires outre-mer. En 1898, par le traité de Paris, l’Espagne cède aux États-Unis les Philippines, l’île de Guam et Porto-Rico. En 1903, le projet de construction du canal de Panama sur le territoire de la Colombie donne l’occasion aux États-Unis de soutenir la nouvelle République de Panama, qui leur cède la zone du canal jusqu’en 1999. Sur le plan intérieur en 1908, la montée des mouvements suprématistes blancs conduit à la création du Bureau d’investigation dépendant du ministère de la Justice et qui devient le FBI en 1935. Au cours de la première moitié du XXème siècle caractérisée par deux conflits mondiaux et une crise économique majeure, la politique étrangère américaine varie entre l’isolationnisme et un courant internationaliste. Mais leurs potentiels politique, économique et militaire ont transformé les États-Unis en une puissance incontournable en 1945. La CIA (Central Intelligence Agency) est créée en 1947 et la NSA (National Security Agency) en 1952 pour les renseignements humains et techniques, afin de contrer l’influence de l’Union soviétique dans le monde. La CIA exerce des activités secrètes à l’étranger de façon à permettre au gouvernement de nier toute implication de manière crédible. Les dérives de la politisation de la communauté du renseignement (18 agences !) ont conduit le Congrès, en 2022, à exiger d’elle l’apolitisme dans ses analyses.

Loïc Salmon

« La puissance et l’ombre, 250 ans de guerres secrètes de l’Amérique », Raphaël Ramos. Les éditions du Cerf, 376 pages, 22,90 €.

Renseignement et espionnage pendant la première guerre mondiale

Renseignement et espionnage pendant la seconde guerre mondiale

Le livre noir de la CIA




Les guerres des mers

La Marine nationale doit pouvoir s’adapter maintenant au niveau de la menace et d’innover au quotidien, sous la direction de son chef d’état-major.

L’amiral Nicolas Vaujour, qui exerce ces fonctions depuis 2023, présente notamment dans ce livre la Russie menaçante et la Chine hyperpuissante.

La Russie. Les protestations internationales contre l’invasion de la Crimée par la Russie en 2014 et les sanctions économiques n’ont pu empêcher celle de l’Ukraine en 2022. La Russie a conquis quelques territoires mais ses pertes maritimes affecteront sa posture stratégique longtemps. L’absence d’une supériorité aérienne complète accroît la vulnérabilité de ses navires, qui subissent régulièrement les attaques de drones ukrainiens. Elle dispose de bases navales en mer Noire (Sébastopol), en Baltique (Saint-Pétersbourg et l’enclave de Kaliningrad) et au Grand Nord (Mourmansk), mais a dû évacuer en grande partie celle en Syrie (Tartous) en 2024. Les adhésions de la Finlande (2023) et de la Suède (2024) ont renforcé la présence de l’OTAN en Baltique, par où transitent près de 35 % du commerce extérieur de la Russie et 80 % de ses exportations pétrolières. La Russie y exerce des incursions dans l’espace aérien et des manœuvres dangereuses en mer. Pour conserver ses accès maritimes, elle préserve ses relations au Moyen-Orient et tire parti de situations parfois volatiles. Elle développe un réseau d’un millier de navires, dans un état dégradé et changeant de pavillon, pour écouler son pétrole en contournant les sanctions. Sur le plan technologique, elle investit massivement dans les drones, les missiles hypersoniques et les sous-marins nucléaires d’attaque, au détriment d’une cohérence d’ensemble de sa flotte. Ses sous-marins opèrent seuls sans véritable intégration avec les forces aériennes ou les navires de surface. Ceux-ci, mal entretenus et datant souvent de l’ère soviétique terminée en 1991, n’ont bénéficié que de modernisations partielles. Les unités neuves sont produites à un rythme lent dû aux contraintes budgétaires et aux sanctions internationales limitant l’accès aux composants électroniques avancés. S’y ajoutent des lacunes importantes dans l’entraînement et le savoir-faire des équipages.

La Chine. Contrairement à la Russie, la Chine déploie une vision à long terme, méthodique, cohérente et dictée par des impératifs économique, militaire et politique. La légitimité du Parti communiste repose en gande partie sur une croissance économique de 5 % par an. Le programme de la « Nouvelle route de la soie » investit dans des infrastructures portuaires, capables d’accueillir des bateaux militaires, à Singapour, dans le sous-continent indien, au Moyen-Orient, en Afrique, Amérique du Sud et Europe pour sécuriser les approvisionnements en matières premières et en pétrole. La Chine pratique une pêche intensive dans le monde entier pour ses besoins en protéines. Elle a édifié une base de soutien logistique à Djibouti et ses navires traversent l’Arctique d’Est en Ouest. Elle construit des installations portuaires, pistes d’atterrissage et systèmes de défense sur des récifs et îlots en mer de Chine méridionale, en vue de surveiller les transits de navires étrangers et sécuriser une projection de puissance. Ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, basés sur l’île de Hainan, doivent parcourir une longue distance avant d’atteindre des eaux profondes pour remplir leur mission. Dans ces zones, se trouvent le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie, dont certains ont conclu des accords de défense avec les États-Unis. Enfin, la Chine tire les leçons de la guerre en Ukraine et en constate les coûts humains, matériels et diplomatiques pour la Russie. Une invasion militaire de Taïwan semble peu probable, vu la complexité du franchissement d’un détroit de 180 km.

Loïc Salmon

« Les guerres des mers », Amiral Nicolas Vaujour. Éditions Tallandier, 240 pages, 20,90 €.

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

 




De tribord à bobard

La chance attend qui sait se forger l’ambition de ses rêves, à condition de ne pas viser trop loin, de vivre l’instant présent et…de garder le sens de l’humour !

De la préparation au concours de l’École navale au sommet de la hiérarchie, Alain Oudot de Dainville raconte une page de l‘histoire de la Marine nationale (1966-2008) à travers son propre parcours, militaire puis à la tête de l’Office français d’exportation d’armement (2008-2014), domaine « où le bobard est une science partagée par tous les acteurs ». A Brest, les études forment des ingénieurs et surtout des marins par des embarquements sur des dragueurs de mines de 400 t, où le tangage et le roulis amarinent les corps. Les apprentis marins apprennent la rigueur du comportement, atout majeur de l’art du commandement. Après deux années d’études, ils embarquent pendant neuf mois sur le croiseur-école Jeanne-d’Arc pour compléter leur savoir-faire, s’ouvrir sur le monde, notamment l’Asie-Pacifique via le canal de Panama, et commencer leur vie à bord des bâtiments. Pendant la Guerre froide, (1947-1991), la Marine française assure une présence sur la côte Ouest de l’Afrique pour rassurer les pays riverains amis et, éventuellement, déceler celle de l’adversaire soviétique. Avant les grandes navigations, l’équipage effectue une mise en conditions au Centre d’entraînement de la flotte à Toulon, où le commandant sera jugé dans l’action. La sélection des chefs prend en compte la capacité à encaisser et à réagir dans la solitude du commandant confronté à des situations complexes, où il doit décider sous la pression, sans aide, sans délai et sans trembler. Le choix d’une carrière dans l’aéronavale permet d’exercer plus vite des responsabilités de commandant d’aéronef, En vol, l’autorité se mesure à la compétence car l’avion ne pardonne pas les approximations. L’appontage sur le porte-avions en mer constitue l’aboutissement des efforts consentis. Un accident pendant la formation ou en entraînement rappelle aux jeunes la maxime des anciens, selon laquelle il n’y a pas de bons pilotes mais que des vieux pilotes. Les grands exercices de l’OTAN avec la VIème Flotte américaine réunissent une multitude de navires de guerre en Méditerranée pour se préparer aux attaques, redoutées, de l’Eskadra soviétique, dont des unités suivent souvent les porte-avions français Foch et Clemenceau. Dans les années1980, pendant la guerre civile libanaise, un porte-avions appareille sans préavis pour soutenir les troupes françaises engagées dans la Force multinationale de sécurité à Beyrouth. L’aéronavale découvre alors l’intérêt de la guerre électronique et lance les premières réalisations de modélisation de terrain pour les dossiers de préparation de missions. La carrière aéronautique est rythmée par les qualifications en vol et les affectations embarquées, après la réussite au concours de l’École supérieure de guerre navale (un an puis six mois de cours interarmées). Le diplômé obtient un commandement à la mer en 1988 sur un aviso d’escorte des navires de commerce français dans le golfe Arabo-Persique, pendant la guerre des pétroliers entre Iran et l’Irak. Après une affectation à l’État-major de la Marine à Paris, quelques officiers supérieurs sont désignés pour le Centre des hautes études militaires (30 militaires) et l’Institut des hautes études de défense nationale (30 fonctionnaires et 30 auditeurs de la société active). A l’issue, le pilote d’aéronavale va commander un porte-avions envoyé en opérations en Adriatique pendant la guerre civile en ex-Yougoslavie, où il donnera l’ordre de récupérer sur le pont un Super Étandard endommagé par des projectiles (photo). Après un passage à l’État-major des armées, il devient le N°2 de la Marine puis le N°1, grâce à son expérience opérationnelle et son potentiel estimé. Il entre alors dans le monde inconnu des relations politiques et aura besoin…d’un maximum de chance !

Loïc Salmon

« De tribord à bobard », Amiral Alain Oudot de Dainville. Éditions Lavauzelle, 256 pages, 19 €.

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Les ors de la République




Quatre Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France pour le civisme et la citoyenneté

Chaque année 159.000 visiteurs se rendent au Mémorial du Mont-Valérien, au Mémorial des martyrs de la Déportation, au Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et au Monument aux morts pour la France en opérations extérieures.

Le 14 octobre 2025, le ministère des Armées et l’Office national des combattants et victimes de guerre ont organisé une visite guidée dans ces Hauts lieux de la mémoire nationale, dont trois sont à Paris.

Mémorial du Mont-Valérien. Situé à Suresnes (banlieue parisienne), ce Mémorial de la France combattante est dédié aux « Morts pour la France » de 1939 à 1945. Le Fort du Mont-Valérien fut le lieu où 1.108 hommes ont été fusillés entre 1941 et 1944. Extraits des prisons et des camps d’internement, les condamnés étaient conduits dans une clarière en contrebas où se dressaient les poteaux d’exécution. Trois photos, prises clandestinement le 21 février 1944 par un sous-officier allemand de la Feldgendarmerie, montrent des hommes du « groupe Manouchian » (Francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée), attachés, les yeux bandés et fusillés par un peloton de soldats allemands en présence d’un médecin militaire. Sur l’une d’elles, figure, de dos, l’abbé Franz Stock, aumônier des prisons parisiennes qui a apporté un soutien moral à de nombreux condamnés. Il deviendra une figure de la réconciliation franco-allemande. Les corps étaient répartis dans différents cimetières de la région, afin d’éviter que les tombes deviennent un lieu de pèlerinage. Parmi les 1.008 fusillés, 40 % étaient des otages et 60 % des condamnés à mort par des tribunaux militaires allemands. En outre, 65 % étaient communistes, 17 % juifs et 20 % étrangers, certains issus de réseaux, organisations et mouvements clandestins. Leurs noms sont inscrits sur un monument de bronze en forme de cloche, face à une chapelle transformée en musée. Derrière une grande croix de Lorraine en pierre, une crypte abrite dix-sept cercueils.

Mémorial des martyrs de la Déportation. Entre 1933 à 1945, 15 à 20 millions de personnes ont été emprisonnées ou ont péri dans 40.000 sites en Europe et en Afrique du Nord. Situé à la pointe de l’île de la Cité, le Mémorial évoque le souvenir des déportés de la France vers l’Allemagne à partir de1943 et estimés aujourd’hui à 170.000, dont plus de 75.000 Juifs envoyés directement au camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). Une galerie présente le système concentrationnaire nazi, conçu pour terroriser, réprimer, « rééduquer » ou servir l’économie du IIIème Reich. Mal nourris, plongés dans un univers violent et placés au travail forcé, les détenus meurent en grand nombre dans les camps.

Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Après de nombreux combats, les protectorats de Tunisie (depuis 1881) et du Maroc (depuis 1912) acquièrent leur indépendance en 1956. La guerre d’Algérie (1954-1962) a mobilisé deux millions de soldats français. Le Mémorial concerne la période 1952-1964, car des massacres ont eu lieu en violation des accords d’Évian (19 mars 1962). Situé près de la tour Eiffel, il consiste en une grille de couleurs bleue, blanche et rouge avec trois colonnes : la première fait défiler, en bleu, les 23.000 noms des soldats français et supplétifs (harkis) tués ; la deuxième ceux, en blanc, des victimes civiles ou disparues ; la troisième permet d’appeler, à partir d’un écran tactile, un nom en rouge.

Monument aux morts pour la France en opérations extérieures. Situé dans un jardin public près du ministère des Armées, ce monument rappelle les engagements de la France depuis1963. Outre six représentants en bronze de la Marine nationale et des armées de Terre et de l’Air portant un cercueil invisible (photo), il inclut un mur avec les noms des morts pour la France…loin de ses frontières.

Loïc Salmon

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

 

 




Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

Le Service historique de la Défense (SHD) conserve la mémoire des armées depuis le XVIIème siècle. En 2005, il réunit les archives des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales. De septembre 2025 à janvier 2026, une exposition itinérante retrace son histoire et ses missions dans ses dix sites en France.

Les Vingt Ans. Premier service national d’archives en France avec 450 km linéaires de documents et première bibliothèque d’Europe en histoire militaire (1 million de documents), le SHD est rattaché à la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), qui dépend du Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées. Il a fêté son vingtième anniversaire le 17 septembre 2025 à Vincennes, en présence du directeur de la DMCA, Évence Richard, et de la nouvelle cheffe du SHD, Nadine Marienstras. Ce fut l’occasion de présenter la collection d’insignes militaires réalisée par la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie Maroc et Tunisie et léguée au SHD en 2025. Cette collection de 1.460 pièces constitue l’image symbolique de l’ensemble des unités militaires françaises stationnées en Afrique du Nord, directement engagées dans la guerre d’Algérie ou qui ont contribué à former et instruire les appelés du contingent depuis la métropole. Le SHD conserve, étudie et valorise les emblèmes, drapeaux, insignes et décorations des armées. Il veille à leur homologation, leur bon usage et leur transmission. Au cours de la journée du 17 septembre, ont été présentés des documents acquis par le SHD lors de la vente aux enchères des archives privées du général de Gaulle chez Artcurial en décembre 2024 (photo). En effet, des documents originaux de tout type (lettres, journaux intimes, carnets de notes, photographies, dessins etc.) et de toute époque peuvent avoir vocation à rejoindre les collections du SHD. En outre, les archives publiques (documents papier ou numériques), produits ou reçus par le ministère des Armées et ses prédécesseurs, présentent un caractère inaliénable et imprescriptible, qu’elles soient administratives, opérationnelles, techniques ou scientifiques. Enfin, depuis 1974, le SHD collecte plusieurs milliers de témoignages oraux de civils et de militaires de tous grades portant sur l’histoire militaire de la France de la première guerre mondiale aux opérations extérieures.

Les missions. Les archives du SHD sont accessibles gratuitement et sans conditions, en dehors des réserves juridiques induites par le Code du patrimoine et la protection des secrets de l’État. Ses fonds et collections sont répartis ainsi : Centre historique de archives à Vincennes (Val-de-Marne) et Caen (Calvados) ; Centre des archives de l’armement et du personnel civil à Châtellerault (Vienne) et Le Blanc (Indre) ; Centre des archives du personnel miliaire à Pau (Pyrénées-Atlantiques) ; Centre du réseau territorial à Cherbourg (Manche), Brest (Finistère), Lorient (Morbihan), Rochefort (Charente-Maritime) et Toulon (Var). Le SHD valorise ses fonds par des conférences et colloques ouverts aux chercheurs et au grand public. Il diffuse l’histoire militaire par la publication d’ouvrages, de catalogues et de revues scientifiques, dont la Revue historique des armées qui consacre son N°317 (2ème trimestre 2025) aux « 20 Ans du SHD ». Outre la rédaction de notes, fiches et études pour répondre aux demandes d’expertise historique, il mène des recherches administratives pour la reconstitution de carrières militaires, l’appui aux commissions de décorations, celui aux politiques publiques de mémoire et la vérification de faits historiques.

Les « talents ». Le SHD nécessite divers métiers, dont ceux d’archiviste, de bibliothécaire et de chargé de recherches. L’intelligence artificielle leur permet d’extraire des données et des images et d’améliorer la qualité de l’information. La numérisation des fonds d’archives du SHD les rend accessibles au plus grand nombre.

Loïc Salmon

D’Artagnan et les mousquetaires du roi à Vincennes

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Renseignement : les archives secrètes françaises et allemandes de la seconde guerre mondiale accessibles




L’École militaire, une histoire en cartes postales

Depuis sa création en1751, l’École militaire es à la fois témoin et actrice de l’histoire militaire, de celle de Paris et de celle de la France. Média populaire à partir du XXème siècle, la carte postale en donne un aperçu.

Décidée par Louis XV, la construction de l’école répond au besoin de doter l’armée française de chefs et d’officiers maîtrisant le métier des armes et l’art du commandement. A l’issue de leur scolarité, les jeunes officiers rejoignent un régiment, d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie ou la Marine. La création de l’école fait suite à la victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de France Maurice de Saxe contre l’Angleterre (1745) … et à l’édification de l’Hôtel des Invalides par Louis XIV (1674) ! Le financement est assuré par l’impôt prélevé sur les jeux de cartes, l’établissement d’une loterie, devenue nationale par la suite, et les contributions personnelles du financier Joseph Pâris-Duverney et de la marquise de Pompadour, favorite du roi. Les travaux durent 80 ans, en raison de l’aménagement de l’esplanade du Champ-de-Mars, de plusieurs arrêts et des évènements politiques. Ils mobilisent successivement les architectes Ange-Jacques Gabriel (dont le restaurant intérieur de la Rotonde porte le nom), Étienne-Louis Bouillé et Alexandre-Théodore Brongniart, qui réalisera en partie le Palais de la Bourse à Paris. Un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 16 ans, sort de l’École royale militaire de Paris en 1785 avec son brevet de sous-lieutenant d’artillerie. Dix ans plus tard, général de brigade, il y installe le quartier général de l’armée de l’Intérieur qu’il commande. Son neveu, Napoléon III, agrandit l’école en 1856 avec les pavillons « Cavalerie » et « Artillerie ». Lors de la Commune de Paris, l’École militaire, abandonnée par la Garde impériale, est investie en 1871 par les Fédérés, qui y installent 200 pièces d’artillerie mais ne s’en servent pas face aux troupes du général Douay, dont les premières balles touchent la façade le 22 mai. L’une d’elles frappe le grand miroir du Salon des maréchaux, dont l’impact est toujours visible. Les « Cours militaires spéciaux », institués par décret le 18 février 1876 et installés à l’Hôtel des Invalides, sont transformés en « École supérieure de guerre » en 1880, transférée l’année suivante à l’École militaire. Élève en 1885-1887, le chef d’escadron Ferdinand Foch y enseigne plus tard l’histoire militaire, la stratégie et la tactique générale. Il en prend le commandement comme général de brigade entre 1908 et 1911 et termine sa carrière comme généralissime des armées alliés et maréchal de France en 1918. L’École militaire a servi de cadre à deux événements de l’affaire Dreyfus. Le capitaine Alfred Dreyfus, déclaré coupable de trahison au profit de l’Allemagne, y est dégradé devant 4.000 soldats le 5 janvier 1895 puis envoyé au bagne en Guyane. L’événement n’a pas été immortalisé par des cartes postales mais par une illustration, largement reproduite dans la presse, et la couverture en couleurs de l’hebdomadaire Le Petit journal du 13 janvier 1895. Réhabilité par la Cour de cassation le 16 juillet 1906, Dreyfus est réintégré dans l’armée et promu chef d’escadron le lendemain puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet dans l’enceinte de l’École militaire. Cette fois-ci, chaque étape de la cérémonie est décrite sous forme de reportage par une dizaine de cartes postales. En juin 1940, l’établissement est transformé en caserne par les autorités militaires allemandes. Le 25 août 1944, il est libéré par des éléments de la 2ème Division blindée du général Leclerc. Devenue centre de réflexion et de stratégie, l’École militaire, héberge une vingtaine d’organismes de formation supérieure, qui reçoivent des officiers aguerris et des gens issus du monde civil. Les cursus des officiers les destinent à occuper des responsabilités de haut commandement et, pour certains, au sein des hautes institutions de l‘État.

Loïc Salmon

« L’École militaire, une histoire en cartes postales », Lionel Pétillon. Éditions Pierre de Taillac, 152 p., illustrations, 24,90 €.

L’École militaire, une histoire illustrée

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française




A l’assaut des murailles

La cité concentre population, richesses et pouvoirs exécutif, législatif, religieux, économique et juridique. La saisie ou la destruction de la capitale adverse constitue l’acte final d’une guerre de domination.

Outre la défense de la cité, les murailles symbolisent la protection du territoire avec des objectifs divers. La muraille de Chine, construite entre le IIIème siècle avant J.-C. et le XVIIIème siècle, doit empêcher la pénétration des peuples nomades. Le mur d’Hadrien en Grande-Bretagne (122-127 après J.-C.) protège la civilisation romaine en freinant les offensives des peuples barbares, pour laisser le temps aux forces mobiles en arrière de la fortification de se concentrer puis d’intervenir. La même approche tactique s’applique aux lignes Maginot (France) et Siegfried (Allemagne) avant la seconde guerre mondiale. La défense d’une ville fortifiée est surtout assurée par ses habitants, capables de livrer des combats acharnés et très coûteux en soldats chez l’assaillant. Pour s’emparer de la cité, celui-ci recourt à la brutalité et l’action psychologique. L’évolution de la guerre avec l’emploi du canon à la fin du XIVème siècle conduit à revoir la solidité et la conception des murailles. Sur le plan stratégique, la création d’un réseau de « places fortes » sur l’ensemble du territoire permet aux armées de se constituer, de se ravitailler et d’élaborer des bases de départ pour briser une offensive ennemie visant le cœur de l’État. L’art du siège présente divers modes opératoires, récurrents au cours de l’Histoire. Une ville assiégée doit impérativement conserver un espace pour la circulation des flux économiques avec l’extérieur, qui lui fournit l’essentiel pour vivre et résister. L’assiégeant doit alors au préalable couper ce cordon ombilical avec la zone arrière. Ainsi à Orléans (23 octobre-8 mai 1429), Jeanne d’Arc et des renforts ont pu ainsi y entrer, contraignant les troupes anglaises à lever le siège. Lors de celui de La Rochelle (13 août 1627-28 octobre 1628), le cardinal de Richelieu a construit une digue pour empêcher les ravitaillements anglais par mer. Assiégés et assiégeants doivent gérer le temps de disponibilité de leurs ressources. A Metz (20 août-28 octobre 1870), l’attentisme et les négociations secrètes du maréchal Bazaine, gouverneur, entraînent la capitulation et l’occupation pendant 48 ans. Murs, murailles ou fortifications constituent toujours un avantage, dont l’assaillant doit percer le système défensif. A Syracuse (213-212 avant J.-C.), le Sénat romain veille à fournir à son armée les ressources nécessaires pour maintenir durablement le siège. Mais à Saint Jean d’Acre (5 avril-28 mai 1291), les États chrétiens ne conduisent aucune action directe contre l’Égypte pour soulager le siège. La prise d’une infrastructure-clé rend inutile toute résistance et précipite la capitulation. A Carthage (149-146 avant J.-C.), la prise par les troupes romaines de la colline, où se trouve le temple de Baal, met fin aux violents combats de rues. A Tenochtitlan (30 mai-13 août 1521), l’armée espagnole coupe l’aqueduc alimentant la ville en eau et atteint, par attaques successives, les lieux symboliques du pouvoir mexicain. Une fois entré dans la ville assiégée, l’assaillant doit empêcher toute manœuvre coordonnée des défenseurs. A Aix-la-Chapelle (16 septembre-21 octobre 1944), l’intégration interarmes (infanterie, chars, artillerie et génie) permet à l’armée américaine de contrôler la ville, sans laisser aux défenseurs allemands la moindre disposition de l’espace urbain. A Mossoul (17 octobre 2016-10 juillet 2017) occupée par les djihadistes de l’État islamique, les troupes de la coalition internationale (onze pays) combinent le dispositif progressant au sol avec les appuis feux terrestres et aériens et évitent tout tir fratricide. Enfin, l’assaillant doit disposer d’un ascendant moral, incarné par des valeurs supérieures à celles des défenseurs, afin d’inhiber leur volonté de combattre.

Loïc Salmon

« A l’assaut des murailles », général Gilles Haberey. Éditions Pierre de Taillac, 288 pages, illustrations, 26,90 €.

Qui ose vaincra

Le Moyen-Age en sept batailles

La seconde guerre mondiale en six batailles




Petite histoire de l’armée française

La France a forgé son destin par les armes, depuis la conquête de la Gaule par l’armée romaine jusqu’à la suspension du service militaire, effective en 2001.

Tout commence en 52 avant J.-C., quand Jules César assiège sans succès la ville sacrée de Gergovie, devenue symbole de la résistance à l’envahisseur. Au début du Moyen-Âge, les rois de France lèvent des troupes en convoquant le « ban » pour des opérations de conquête et « l’arrière-ban » pour repousser une invasion. Le « devoir d’ost » oblige les hommes d’armes à suivre leur seigneur. Base de toutes les traditions militaires, la chevalerie devient une caste de combattants avec ses codes : équilibre des vertus guerrières, de courage et d’honneur mais aussi de respect de l’adversaire et protection des plus faibles. Héritages des huit croisades (1095-1270), les musiques militaires avec trompettes, timbales et tambours, importées d’Orient, rythment encore la vie des soldats. A Bouvines, le 27 juillet 1214, l’armée royale et les milices communales repoussent les troupes germaniques, anglaises et flamandes, pourtant plus nombreuses. De cette victoire naît le sentiment d’appartenance à une même nation avec le profond dévouement à la patrie (terre des pères). Pendant la guerre de Cent Ans au XIVème siècle, le connétable Bertrand Du Guesclin harcèle l’armée anglaise par des embuscades et des « coups de main » derrière leurs lignes, ancêtres de la tactique « commando » souvent mise en œuvre pendant la seconde guerre mondiale et par les forces spéciales d’aujourd’hui. A Azincourt (1415), les archers anglais anéantissent la cavalerie française, marquant ainsi la fin de la chevalerie. A Castillon (1453), la cavalerie anglaise, fauchée par les 300 canons français, est achevée par la cavalerie royale et celle de la Bretagne (rattachée pacifiquement à la France en 1532). Cette victoire met fin à la guerre de Cent Ans. Au XVIIème siècle, le cardinal de Richelieu Premier ministre, organise le corps des intendants d’armée (ancêtre du Service du commissariat) et la Marine de guerre. Puis le secrétaire d’État à la Guerre, Michel Le Tellier, instaure les grades, encore en vigueur, de sous-lieutenant à colonel dans chaque régiment. Son fils et successeur, François-Michel Le Tellier marquis de Louvois, généralise l’uniforme et la discipline. Louis XIV édifie à Paris l’Hôtel royal des Invalides, hôpital et hospice pour les anciens soldats. Il instaure aussi l’ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693 pour honorer les plus valeureux ayant au moins dix ans de service. Abolie sous la Révolution, cette récompense sera rétablie sous le nom de Légion d’honneur en 1802 par Bonaparte Premier consul. En 1792, face aux menaces des monarchies européennes, l’Assemblée nationale décrète « la Patrie en danger » et la levée en masse de volontaires, qui remportent les victoires de Jemappes et de Valmy au son du « chant de guerre de l’armée du Rhin », renommé ensuite la « Marseillaise ». La bataille d’Austerlitz (1805) contre les Austro-Russes, victoire la plus éclatante de Napoléon 1er, est reconstituée chaque année par les élèves de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, qu’il a fondée en 1802. Louis-Philippe crée la Légion étrangère en 1831, dans la lignée des lansquenets, Gardes suisses, hussards et mamelouks entrés au service de la France. La victoire de Napoléon III sur l’Autriche à Solferino (1859) ouvre la voie à l’unité de l’Italie. Mais le nombre considérable de morts et les déplorables conditions de secours aux blessés incitent le Suisse Henri Dunant, présent, à créer la Croix-Rouge. La défaite de 1870, face à la Prusse, conduit à la création de l’École de guerre à Paris pour former des futurs grands chefs. Le souvenir de la meurtrière victoire de Verdun, contre l’Allemagne, perdure par la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe à Paris, symbole des morts pour la France.

Loïc Salmon

« Petite histoire de l’armée française », Efflam Maizières et Charles-François Ngo. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages, illustrations, 22,90 €.

Grands discours de guerre de l’Histoire de France

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse




Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Pour soutenir la France libre, des Français et des étrangers ont créé environ 500 comités dans une cinquantaine de pays pour fournir des fonds, des volontaires et de la propagande écrite et audiovisuelle.

L’École libre des hautes études, fondée en 1942, emploie, grâce à la fondation philanthropique américaine Rockefeller, des professeurs français et belges qui n’ont pas trouvé de postes dans les universités américaines. Son modèle d’enseignement sous forme de séminaires, recherche organisée par instituts, dialogues et recoupements disciplinaires inspire en partie l’École pratique des hautes études, fondée en 1947 et spécifique en sciences sociales. A Hollywood, la compagnie cinématographique Warner s’engage contre le gouvernement de Vichy. Son film « Casablanca », qui remporte deux Oscars et des recettes confortables, est tourné en quelques mois en 1942, et projeté en novembre, peu après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord. Acteur déjà connu, Jean Gabin, émigré aux États-Unis en1941, s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) à New York en avril 1943, mais le cabinet du général de Gaulle à Londres lui demande de rester aux États-Unis jusqu’à la fin du tournage du film « L’imposteur » à la gloire des FFL. Les comités de soutien les plus nombreux se créent en Amérique latine, où la guerre révivifie l’influence de la Révolution de 1789, des philosophes des Lumières et des écrivains français. En Afrique, la vie des comités de soutien se mêle aux initiatives militaires vis-à-vis de l’Empire colonial français. Indépendante, l’Égypte se trouve pourtant sous le contrôle militaire britannique en raison du canal de Suez. La propagande profite de la présence française, multiforme et ancienne, grâce à la compagnie concessionnaire du canal, à l’Institut d’archéologie et aux enseignants à l’Université du Caire. En Afrique de l’Est britannique, les comités servent de couverture à la préparation d’une opération éventuelle à Madagascar. Sur la côte Ouest, ils accueillent les FFL en transit et assurent renseignement et propagande vers l’Afrique occidentale française. En Asie, après les victoires japonaises au début de 1942, la propagande politique et culturelle vers l’Indochine s’exerce de New Delhi. En 1943, les comités de soutien aux FFL obtiennent cinq délégués à l’Assemblée consultative provisoire, inaugurant l’entrée au Parlement des Français de l’étranger, nouveauté entérinée au Sénat après la guerre. Parmi les « exilés combattants » figurent Jean El Mouhoub Amrouche (écrivain), Jacques Baïf (officier de marine marchande, écrivain), Paul Bénichou (écrivain), André Breton (poète, écrivain), Roger Caillois (écrivain), Natacha Carlu (artiste peintre), Aimé Césaire (écrivain), Marc Chagall (artiste peintre), Edmond Charlot (éditeur), Paul Claudel (diplomate, dramaturge), Marie-Alain Couturier (prêtre), Ève Curie (journaliste), Pierre Dac (humoriste, chansonnier), Marcel Duchamp (artiste), Roger Erell (architecte), Max-Pol Fouchet (homme de médias), Varian Fry (journaliste), Romain Gary (écrivain), Jean Gaulmier (inspecteur de l’Instruction publique), Albert Guérin (industriel), Henri Hoppenot (diplomate), Eugène Jolas (écrivain), Marie Jolas (directrice de publication), Joseph Kessel (journaliste, romancier), Wifredo Lam (artiste peintre), Pierre Lazareff (journaliste), Albert Ledoux (diplomate), Anna Marly (chanteuse), Elisabeth de Miribel (diplomate, femme de lettres), Théodore Monod (naturaliste), Paul Nelson (architecte), Jean Oberlé (journaliste), Jean Perrin (physicien, chimiste), Lily Pons(cantatrice, actrice), Louis Rapkine (biochimiste), Jules Romains (écrivain), Germaine Sablon (actrice, chanteuse), Antoine de Saint-Exupéry (écrivain, aviateur), Henri Seyrig (archéologue) et Jean Starcky (prêtre).

Loïc Salmon

« Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 », ouvrage collectif sous la direction de Vincent Giraudier et Sylvie Le Ray-Burimi. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 320 pages, 380 illustrations. 39 €

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Histoire du drapeau de France et d’ailleurs

Emblèmes les plus importants d’une nation, les drapeaux sont disposés par ordre alphabétique dans la langue du pays d’accueil ou en anglais au siège des organisations et des conférences internationales ou d’événements sportifs.

Dans l’Antiquité, Gaulois et Germains se regroupent autour ou derrière d’une hampe surmontée d’un sanglier ou d’un taureau. Les Romains choisissent l’aigle jusqu’en 312, date de la conversion de l’empereur Constantin au christianisme. Pendant six siècles sur les champs de bataille, les rois de France adoptent comme emblème la chape rouge de Saint-Martin, devenue « oriflamme » de l’abbaye de Saint-Denis en 1124 jusqu’à la défaite d’Azincourt en 1415 face à l’Angleterre. Pendant les croisades des XIème et XIIème siècles, l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers arbore une oriflamme rouge à croix blanche sur terre et sur mer, constituant ainsi le premier des pavillons nationaux. Les cercueils des membres de l’ordre sont recouverts d’un drap rouge à croix blanche. L’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, devenu par la suite Ordre de Malte, adopte le même emblème mais avec une croix à huit pointes. Celui des Chevaliers Teutoniques porte la croix latine noire sur fond banc. Pendant la féodalité, l’héraldique différencie les figures peintes sur le bouclier, emblème individuel ou familial, de celles figurant sur la « bannière », signe de ralliement collectif appartenant non pas au seigneur qui en fait usage mais au territoire qu’il possède. La bannière, ancêtre du drapeau, est le signe de ralliement du « ban », ensemble des vassaux convoqués par leur suzerain pour la guerre. Celle du roi, suzerain de tous les suzerains du même pays, prend alors une importance considérable. A l’époque, la distinction est bien perçue entre la bannière du roi et l’oriflamme de Saint-Denis, qui conservait sa valeur sacrée. Les croisades ont provoqué la réunion de la totalité de l’islam sous l’emblème du croissant en opposition à la croix. Il ne sera repris que plus tardivement par les royaumes et empires musulmans et figure aujourd’hui sur les drapeaux de nombreuses nations musulmanes. Pour leur bannière, les rois d’Angleterre choisissent les léopards d’or sur fond rouge et ceux de France les fleurs de lys sur fond bleu, qui devient blanc sous Charles VII après 1422. La victoire de ce dernier à Castillon en 1453, grâce à l’artillerie, met fin à la guerre de Cent Ans. Les « bans » ont été remplacés dès 1445 par une armée royale permanente et soldée. Les bannières disparaissent alors au profit de l’unique « étendard » du roi (dénommé aussi « cornette » et en usage jusqu’en 1789), indiquant sa présence à la guerre. L’appellation d’étendard perdure dans les régiments de cavalerie, d’artillerie et du train. Le terme de « drapeau », dérivé de l’italien « drapello » (bannière) rapporté des guerres d’Italie (1494-1559), apparaît dans une ordonnance royale de 1684 pour désigner les emblèmes de l’infanterie. Dans son œuvre « Mes Rêveries » (1757), le maréchal Maurice de Saxe, artisan de la victoire de Fontenoy sur l’Angleterre en 1745, s’inspire de l’antique aigle romaine : « Les soldats (…) doivent se faire une religion de ne jamais abandonner leur drapeau ; il doit leur être sacré (…) et l’on ne saurait trop y attacher de cérémonies pour le rendre respectable et précieux ». La prise d’un drapeau à l’ennemi lui enlève un de ses moyens de communication sur le champ de bataille et affirme la victoire. En 1794, la Convention décrète que le pavillon des navires de guerre sera formé des trois couleurs nationales bleu, blanc et rouge, disposées verticalement. L’armée l’adopte pour ses drapeaux avec des dispositions en damier, rosace ou losange jusqu’en 1812. Il devient emblème national en 1880. Le drapeau britannique regroupe les croix rouges sur fond blanc de Saint George (Angleterre) et de Saint Patrick (Irlande du Nord) sur fond bleu (couleur de l’Écosse).

Loïc Salmon

« Histoire du drapeau de France et d’ailleurs » Bertrand Galimard Flavigny. Éditions Perrin, 294 pages 23 €.

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

L‘ordre de Saint-Michel

Exposition « Victoire ! La fabrique des héros » aux Invalides