Chine : désinformation et guerre informationnelle

Champ de bataille dans la compétition géopolitique, la désinformation apporte des avantages stratégiques aux régimes totalitaires, sans recourir au conflit militaire. La Chine y investit massivement mais son image s’est profondément dégradée en Occident…qu’elle cible !

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 février 2025 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : Valérie Niquet, maître de recherche à la FRS ; Paul Charon, directeur influence et renseignement à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

L’influence et l’ingérence. Dans une note publiée par la FRS le même jour, Valérie Niquet souligne la nécessité, pour les nations démocratiques de mettre en place des stratégies globales et coordonnées pour lutter contre la désinformation, afin de sauvegarder leurs intérêts. Cela nécessite de renforcer l’éducation aux médias et la sensibilisation au numérique pour reconnaître et rejeter les fausses informations et les stratégies de manipulation. Sinon, la désinformation continuera d’être utilisée comme une arme pour affaiblir la confiance des populations des pays démocratiques et accroître les risques de déstabilisation. Des acteurs, étatiques ou non, exploitent les plateformes des médias sociaux pour diffuser de fausses informations exacerbant les divisions au sein des sociétés ou entre les États. Aujourd’hui, grâce aux technologies du cyber, l’ampleur et la rapidité de diffusion de la désinformation la rendent de plus en plus difficile à combattre. En effet, celle-ci se propage six fois plus vite que l’information factuelle. Selon des études, l’efficacité de la vérification des faits nécessite de diffuser des corrections dans un délai d’une à deux heures après l’émission des fausses informations. La prolifération incontrôlée de ces dernières augmente depuis que le média social américain Meta (ex-Facebook), également propriétaire d’Instagram (photos et vidéos), a décidé de mettre fin à la vérification en 2025. De plus, les changements apportés à la politique de modération des contenus ont entraîné une hausse du nombre d’informations fausses et non vérifiées sur X (ex-Twitter). Cependant, mêmes disponibles, les vérifications des faits ne convainquent pas les gens les plus sensible aux opérations de désinformation. En effet, elles peuvent parfois renforcer leurs fausses croyances, au lieu de les corriger, car ces personnes les perçoivent comme motivées par des considérations politiques. Ainsi aux États-Unis, les partisans du président Donald Trump les estiment biaisées et peuvent engager des poursuites judiciaires contre les agences de vérifications des faits et les chercheurs, perçus comme ciblant sélectivement des groupes politiques spécifiques. Cela érode la confiance du public, dont profitent les propagateurs de fausses informations. Par ailleurs, les acteurs étrangers utilisent de plus en plus la désinformation pour peser sur les processus démocratiques des sociétés ouvertes en tentant de manipuler les résultats électoraux. Ainsi, lors des élections présidentielles américaines du 5 novembre 2024, l’opération d’influence « Spamouflage », lancée par la Chine et montée en puissance en octobre, a ciblé les membres du Congrès favorables à Taïwan et prônant une position dure face à Pékin. Des campagnes similaires menées par la Russie, directement ou indirectement, se sont intensifiées dès septembre. Toutes visaient à miner la confiance dans les institutions dans la durée.

La guerre informationnelle. L’ouvrage « L’art de la guerre » du général chinois Sun Tzu (VIème siècle avant J.-C.) fait partie du programme des académies militaires de la Chine depuis les années 1980, indique Valérie Niquet. Outre la tromperie, la guerre de l’information est un principe fondamental de la pensée stratégique chinoise. Sur le plan intérieur, elle vise à renforcer la légitimité du Parti communiste par la censure et la propagande. Sur le plan international, elle façonne les perceptions en vue d’atteindre des objectifs géopolitiques. Elle se décompose en trois : guerre psychologique pour démoraliser l’adversaire par une désinformation et une propagande ciblée ; guerre médiatique par l’emploi des médias de l’État et des plateformes numériques pour façonner des perceptions en faveur de la Chine ; guerre juridique par la manipulation des lois et des normes internationales pour justifier les actions de Pékin en délégitimant ses détracteurs. Aujourd’hui, le recours à l’intelligence artificielle permet de contourner l’obstacle d’une langue orientale rare. La guerre de l’information se manifeste par des campagnes concrètes pour influencer l’opinion publique mondiale et affaiblir la confiance dans les gouvernements démocratiques au niveau régional. Ainsi, en 2023, les médias étatiques chinois ont propagé de fausses allégations sur le rejet des eaux traitées de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima et les risques de ressources marines dans tout le Pacifique. Fin 2024, un porte-parole du ministère chinois de la Défense a accusé les forces américaines stationnées au Japon d’actes criminels, pour alimenter le sentiment anti-américain et affaiblir l’alliance entre le Japon et les États-Unis dans le contexte d’un conflit éventuel avec Taïwan.

Les ambitions chinoises. Depuis l’époque soviétique, la Chine continue d’emprunter le répertoire d’actions des services de renseignement de la Russie, indique Paul Charon. Elle veut retirer toute légitimité à l’Occident et en particulier aux États-Unis en contestant l’universalisme de leurs valeurs, qui ne peuvent s’appliquer telles quelles au monde entier. Le gouvernement chinois a décidé de hisser cinq médias au niveau international des chaînes de télévisions CNN (États-Unis) et Al-Jazeera (Qatar) : l’agence de presse Xin hua (services en anglais et en français) ; les quotidiens Global Times(chinois et anglais) et China Daily (anglais) ; Radio Chine Internationale (plusieurs langues) ; la chaîne de télévision CGTN (anglais, français, arabe, espagnol et russe). Il entend aussi contrôler tous les médias en langue chinoise à l’étranger, qui s’adressent aux diasporas chinoises désireuses de s’informer sur leur pays d’origine. China Watch, supplément de huit pages d’articles rédigés par le Parti communiste et mélangeant information et publicité, est proposé à la publication et avec une rémunération à de grands quotidiens, notamment les Wall Street Journal et Los Angeles Timesaméricains, le Times britannique et Le Figaro français. Malgré son peu d’effet direct sur leur lectorat, il crée une dépendance financière qui les incitent à ne pas écrire ce qui pourrait fâcher Pékin. S’y ajoute la diffusion gratuite ou à prix modiques d’articles auprès de médias étrangers, dont l’agence sénégalaise Seneweb, principal média francophone d’Afrique. Outre le rachat de médias étrangers dont le Diario de Noticias et le Jornal de Noticias portugais, la Chine propose des formations de journalisme à des étudiants étrangers pour les encourager à écrire des articles positifs à son égard. Elle forme des Chinois pour influencer les médias sociaux étrangers et recrute aussi des influenceurs étrangers. Par ailleurs, elle construit un pouvoir « discursif », basé sur des techniques de communication pour persuader ou influencer un auditoire. Ainsi, la satire détourne les contes populaires de l’Occident en le ridiculisant avec humour. La caricature par dessins animés s’attaque aux grands symboles de l’Occident pour les discréditer. Ses valeurs sont présentées comme des mystifications destinées à étendre ses intérêts partout dans le monde. La Chine cherche à acquérir une position dominante sur les plans moral et civilisationnel, non pas pour servir de modèle à des pays mais pour les inspirer. Afin de redessiner l’ordre international, médias, intellectuels et universitaires chinois utilisent le concept de « guerre totale » en ce qui concerne la propagande par la création de centres internationaux, au niveau des provinces en Chine, avec la participation d’étudiants étrangers.

Loïc Salmon

Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux

Chine : ingérence et « guerre politique » croissantes

Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan




Russie : menaces informationnelles contre l’Ukraine et les pays occidentaux

L’ingérence numérique russe en Ukraine et dans les pays occidentaux se manifeste par la diffusion de narratifs négatifs pour influencer leurs opinions publiques, en réagissant à l’actualité et en discréditant leurs dirigeants et leurs institutions.

Viginum, service rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, le démontre dans un rapport rendu public à Paris en mai 2025.

Ciblage. Entre août 2023 et mars 2025, « Storm-1516 », mode opératoire informationnel russe, a attaqué l’Ukraine, les États-Unis, la Commission européenne, la France et l’Allemagne au cours de 77 opérations. L’Ukraine a été visée par 35 d’entre elles via le recyclage de narratifs employés par la Russie depuis la Révolution ukrainienne de Maïdan en février 2O14, qui avait entraîné la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch et l’annexion de la Crimée. Après le déclenchement de la nouvelle agression russe contre l’Ukraine en 2022, Storm-1516 cherche à la discréditer auprès des audiences occidentales, afin de saper le soutien des populations européennes à l’assistance fournie par leurs gouvernements. Par exemple, ses narratifs accusent l’Ukraine de complicité de terrorisme, en recrutant des membres de l’État islamique pour venir combattre chez elle, ou en organisant des entraînements communs entre des membres de l’organisation palestinienne Hamas (Gaza) et du bataillon Azov (volontaires ukrainiens nazis et ultra-nationalistes). Mais les 14 attaques les plus virulentes sont dirigées contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et ses proches, accusés de détourner l’aide financière occidentale à leur profit personnel. Pendant la période analysée par Viginum, 42 attaques informationnelles ciblent directement l’Occident par des narratifs adaptés à des contextes politiques variés pour affecter durablement les audiences européennes et nord-américaines. Ainsi avant les élections présidentielles aux États-Unis en 2024, les opérateurs de Storm-1516 propagent les théories conspirationnistes comme la mise sur écoutes d’une des propriétés du candidat républicain Donald Trump par le FBI, l’implication de l’ex-président démocrate Barack Obama dans la tentative d’assassinat de ce dernier le 13 juillet 2024 ou encore le financement de l’opposition russe par Washington. Entre avril et novembre 2024, 12 opérations informationnelles ciblent le processus électoral lui-même, dont certaines ont été attribuées au gouvernement russe par les autorités américaines. En Europe, Storm-1516 choisit des thématiques clivantes, liées à l’immigration, ou anxiogènes, relatives au terrorisme (menaces d’attentats du Hamas pendant les Jeux olympiques de Paris). En outre, 20 opérations ont visé les élections européennes de juin 2024, les élections législatives françaises anticipées de juillet 2024 et les élections fédérales allemandes de février 2025. Elles ont cherché à dénigrer un candidat à des élections nationales, soutenir des candidats de partis favorables à Moscou et au positionnement « antisystème » ou remettre en cause l’intégrité du scrutin. Dès le 26 mai 2024, , Storm-1516 a diffusé sur You Tube une vidéo accusant Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, d’avoir aidé une entreprise métallurgique russe à contourner les sanctions de l’Union européenne imposées à la Russie après son attaque contre l’Ukraine en février 2022. Cette vidéo, où apparaît une fausse activiste du parti écologiste allemand Die Grünen, a été amplifiée par des comptes à fortes audiences sur le réseau social X (ex-Twitter). La France est ciblée après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024. Le 19 juin, les opérateurs de Storm-1516 enregistrent le nom de domaine « ensemble-24.fr» en usurpant l’identité graphique du site officiel de la coalition « Ensemble ». Le faux site « ensemble24.fr » propose aux électeurs une prime de 100 € en échange de leur voix, à condition d’envoyer leur numéro de sécurité sociale à une adresse officielle du parti Renaissance. L’Allemagne est ciblée dès la chute de la coalition du chancelier Olaf Scholz mi-novembre 2024, entraînant la dissolution du Bundestag et des élections législatives le 23 février 2025. Entre le 19 novembre 2024 et le 5 janvier 2025, plus d’une centaine de noms de domaines sont enregistrés et exploités par les opérateurs de Storm-1516.

Falsifications. Depuis février 2024, les opérateurs de Storm-1516 utilisent des outils capables de générer artificiellement des voix ou des images pour rendre crédibles les profils de « lanceurs d’alerte », en mettant en scène des individus à visage découvert, et pour usurper l’identité de personnalités politiques et d’internautes sans lien avec les narratifs. Selon la communauté américaine du renseignement, citée en mai 2024 par le quotidien New York Times, la vidéo accusant la CIA de conduire à Kiev des « fermes à trolls » (internautes, voire hackers, diffusant des messages provocateurs pour susciter une polémique), en faveur du candidat démocrate Joe Biden, contient une voix réalisée de manière synthétique. En octobre, des opérateurs de Storm-1516 publient un faux témoignage mettant en cause Timothy Walz, colistier de la candidate démocrate Kamala Harris. Le même mois et à partir d’un document d’un service de renseignement (SR) européen, le journal Washington Post révèle que le SR militaire russe GRU a aidé un opérateur de Storm-1516 à obtenir un serveur générateur de vidéos et de textes falsifiés par l’intelligence artificielle. Le 31 décembre, le ministère américain du Trésor corrobore cette information par l’annonce de sanctions à l’encontre de plusieurs opérateurs de Storm-1516. Pour rendre crédibles ses narratifs, Storm-1516 y inclut des montages photos et vidéos pour contrefaire logos de médias, affiches de films, registres publics, documents étatiques, factures, articles de presse ou captures d’écran de réseaux sociaux. Il en utilise pour prouver la prétendue existence de transactions compromettantes ou de malversations relatives à des personnalités politiques ukrainiennes. Dans la moitié de ses opérations, les opérateurs de Storm-1516 emploient des acteurs, recrutés en Russie et à l’étranger, pour enregistrer des voix en « off », jouer les lanceurs d’alerte ou intervenir dans une mise en scène.

Diffusion. En analysant 77 opérations informationnelles de Storm-1516, Viginum en a reconstitué les cinq étapes et les principaux vecteurs. La première étape porte sur la planification, qui inclut la conception des narratifs, le recrutement d’acteurs amateurs, la génération de vidéos falsifiées et le montage de photos, audios et vidéos. La deuxième étape ou primo-diffusion concerne les sites internet dédiés, les comptes de réseaux sociaux, les comptes de tierces personnes rémunérées, les comptes X liés au « projet Lakhta » (opération de manipulation et d’influence favorable à la Russie) et des comptes anonymes « jetables », créés pour les besoins d’une seule opération. Les opérateurs de Storm-1516 ont diffusé leurs contenus sur les plateformes You Tube, Instagram, Facebook, TikTok et Rumble mais dont peu de faux comptes, pourtant identifiés comme liés à lui, ont été suspendus. La troisième étape porte sur le « blanchiment » des narratifs, via des médias étrangers rémunérés et des comptes de réseaux sociaux rémunérés. La quatrième étape concerne l’amplification des informations fallacieuses sur de faux sites locaux, des comptes rémunérés, des comptes X liés au projet Lakhta, les chaînes Telegram et les influenceurs BJA et FCI. Les étapes 2, 3 et 4 sont réalisées sur le réseau d’influence russe CopyCop, qui utilise l’intelligence artificielle générative. La cinquième étape porte sur les reprises des contenus falsifiés par d’autres modes opératoires informationnels, le réseau diplomatique russe, les médias liés aux SR russes, les médias d’État russes, les médias biélorusses et les écosystèmes occidentaux favorables à la Russie.

Loïc Salmon

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux

Défense : la désinformation, la comprendre puis la contrer

Sécurité : la menace informationnelle visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024




Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Face à l’environnement stratégique en constante évolution, la Direction générale de l’armement (DGA) a piloté l’adaptation de l’industrie de défense en 2024 par un effort financier et la mise en place de commandes globales sur plusieurs années.

Selon un document rendu public le 30 avril 2025, la DGA a dépensé 21,7 Mds€ pour équiper les forces armées et passé des commandes d’un montant de 16,6 Mds€ en 2024. Pour préparer l’avenir, elle a effectué des paiements totalisant 1,6 Md€ et pris des engagements pour 1,3 Md€.

Productivité industrielle améliorée. La DGA a augmenté la capacité de production de plusieurs armements par l’introduction de nouveaux procédés, la renégociation de contrats et l’accompagnement dans la chaîne de production. Ainsi en 2024, chez Thales, les temps de production de radars est passé de 18 à 6 mois. Chez MBDA, la cadence de production de missiles anti-aériens transportables légers Mistral aura été multipliée par quatre entre 2022 et 2025 et six fois plus de missiles Aster que prévu seront livrés en 2025. Chez KNDS, la cadence de production des canons Caesar, dont le délai entre la commande et la livraison est passée de 30 à 15 mois, a triplé et la production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. Safran a doublé la production de bombes AASM (armement sol-air modulaire). En mars 2024 et avec l’aide de BpiFrance (banque publique d’investissements), la DGA a mis en place le « dispositif accélérateur défense » au profit de 28 entreprises (petites, moyennes et de taille intermédiaire), sous-traitantes de programmes d’armement. Ce dispositif d’une durée de 12 mois les accompagne pour adapter leurs moyens industriels afin de répondre aux nouvelles exigences des industriels de défense et pérenniser leur positionnement dans ce domaine.

Innovations déployées en 2024. L’Agence de l’innovation de défense, intégrée à la DGA, a piloté 16 projets de passage à l’échelle d’innovation, dont certaines sont déjà utilisées en opérations. Celles déployées en 2024 ont apporté des contributions : à la sécurisation des réseaux de communications ; à l’amélioration des communications navales ; à la mise en place d’un logiciel d’analyse et de caractérisation des manœuvres orbitales au profit du Commandement de l’espace ; au déploiement d’un simulateur de drone ; au développement des capacités d’observation satellitaire ; à l’optimisation de l’alimentation des véhicules tactiques.

Livraisons en 2024. L’armée de Terre a reçu :  12 canons Caesar ; 1 prototype opérationnel de système de lutte anti-drones laser ; 1 lot d’obus de 155 mm ; 35 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 150 blindés multi-rôles Griffon ; 1 mortier embarqué pour l’appui au contact ; 103 engins blindés multi-rôles légers Serval ; 21 chars Leclerc rénovés ; 102 véhicules blindés légers régénérés ; 6 infrastructures pour la mise en œuvre, la formation et l’entraînement aux matériels Scorpion ; 2 hélicoptères de manœuvre de nouvelle génération Caracal ; 1 hélicoptère de transport tactique NH90 Caïman ; 3 hélicoptères appui-destruction Tigre rénovés ; 8.000 fusils HK416F ; un ensemble d’équipements Cinabre pour la défense biologique, radiologique et chimique. L’armée de l’Air et de l’Espace a reçu : 2 avions de transport militaire A400M ; 1 avion de liaison Falcon 900 ; 1 centre de formation et bâtiment opérations de l’avion ravitailleur multi-rôles MRTT ; 1 mise en service du satellite de communications Syracuse 4B et 24 segments sol ; 14 avions de chasse Rafale ; 13 rénovations à mi-vie de l’avion de chasse Mirage 2000D ; 1 infrastructure pour l’entretien du Rafale ; 2 systèmes de défense sol-air courte portée Mica ; 1 lot de missiles anti-aériens Mica remotorisés ; 2 radars fixes de surveillance arienne M/BA 3D ; La Marine nationale a reçu : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Tourville de la classe Barrcuda ; 1 module amovible sur SNA pour les opérations spéciales ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c ; 1 lot de torpilles lourdes F21 Atemis ; 1 patrouilleur outre-mer ; 1 drone de surface de guerre des mines. Le domaine interarmées « Connectivité et renseignement » a reçu : 680 postes véhicules et 28 postes portatifs Contact ; 8 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique.

Commandes passées en 2024. Pour l’armée de Terre, la DGA a commandé : 45 blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 253 engins blindés multi-rôles Griffon ; 97 blindés multi-rôles légers Serval ; 100 chars Leclerc rénovés ; 120 véhicules blindés légers régénérés ; 8.000 fusils HK416F ; 100 fusils brouilleurs de lutte anti-drones ; 100 kits Medevac NH90 dédiés à l’évacuation médicale. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, la DGA a commandé : 2 palettes Evasan A400M pour l’évacuation sanitaire ; 8 systèmes sol-air moyenne portée/terrestre de nouvelle génération ; 11 stations sol pour les communications satellitaires Syracuse IV ; 51 nœuds de réseaux tactiques Astride. Pour la Marine nationale, la DGA a commandé : 2 lots de torpilles lourdes F21 Artémis ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c. Pour le domaine interarmées « connectivité et renseignement », la DGA a commandé : 7 relais sécurisés Descartes du réseau de télécommunications du ministère des Armées ; 52 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) ; 1 avion de ROEM Archange, équipé de la capacité universelle de guerre électronique.

Prochains systèmes d’armes. Sur la base de connaissances précises des technologies et d’une appréciation de la menace enrichie par le renseignement, la DGA analyse les besoins opérationnels. Ensuite, elle définit les futurs systèmes d’armes et leurs performances critiques en cohérence avec les enjeux industriels, de coopération et d’export. Les prises de commandes en coopération et à l’export se montent à 18 Mds€ en 2024. Cette année-là, les travaux capacitaires ont débouché sur le lancement de nombreux projet à effet majeurs dont le drone de combat, la robotisation du combat terrestre, l’évolution des frégates et la simulation massive. Ces travaux ont permis la création de la communauté d’intérêt aéroterrestre, qui a notamment réorienté le programme Contact de communications numériques tactiques et de théâtre d’opérations. Ils ont donné lieu à la création de la communauté d’intérêt aéronaval à l’origine du développement du système de combat du porte-avions de novelle génération. Ils ont aussi débouché sur la feuille de route RM2SE (réseaux multi-senseurs multi-effecteurs) pour mettre la donnée au centre du combat.

Supériorité opérationnelle future. Depuis 2006, le Centre d’analyse technico-opérationnelle de défense (CATOD) de la DGA dispose des savoir-faire pour préparer les capacités militaires et l’emploi des systèmes d’armes, dont les caractéristiques majeures seront évaluées tout au long de leur cycle de vie. En 2024, ses travaux ont contribué à définir les prochaines générations des moyens de la dissuasion nucléaire : sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération ; missile nucléaire air-sol hypersonique ASN 4G, futur successeur de l’ASMP en service dans les Forces aériennes et aéronavales stratégiques ; missile mer-sol balistique stratégique M51 du SNLE ; porte-avions de nouvelle génération. Outre l’analyse de la valeur et des coûts, la recherche opérationnelle, la modélisation et la simulation, le CATOD développe le « wargaming » (jeu de guerre) pour mobiliser l’intelligence collective de manière collaborative. En 2024, il a mené une vingtaine d’actions de wargaming, dont : la démarche Titan pour l’aide à la définition de la future capacité de niveau division de l’armée de Terre ; l’optimisation des processus organisationnels de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; l’amélioration des capacités de maîtrise des frontières du ministère de l’Intérieur.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire




Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger

La Direction du renseignement et de la sécurité de défense (DRSD) détecte les vulnérabilités des personnels du ministère des Armées, des entreprises et des laboratoires de recherche liés à la défense, afin d’assurer leur protection.

Son directeur, le général de corps d’armée Philippe Susnjara, l’a expliqué à la presse le 10 avril 2025 à Paris. Dans le cadre de la fonction stratégique « connaissance et anticipation », la contre-ingérence militaire, composante du renseignement, tente de prévenir tout acte hostile visant à porter atteinte aux intérêts de la France ainsi qu’à sa défense et son secret, autrement que par la confrontation directe.

Les menaces. Vulnérabilités et menaces sont croisées sous le signe « TESCO » pour terrorisme, espionnage, sabotage, subversion et crime organisé. Le contexte sécuritaire se caractérise d’abord par la radicalisation de la société avec des mouvements et des groupuscules de plus en plus violents liés à l’islam radical et aux tentatives d’attentats terroristes ou à ceux qui ont réussi. Cette tendance touche tous les mouvements religieux, idéologiques (complotistes) ou politiques (ultra-droite, ultra-gauche et écologistes radicaux). Ces différents types de lutte tendent à converger, notamment les groupuscules antimilitaristes et les mouvements propalestiniens ciblant des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Par ailleurs, le retour des États puissances se manifeste par leur désinhibition générale pour agir et s’intéresser particulièrement à l’organisation de la défense de la France et ses capacités militaires et aux technologies de rupture, dont l’intelligence artificielle et le quantique (nanotechnologies). Certains agissent pour conserver leur avance, d’autres pour rattraper leur retard. Tous les États font l’objet d’ingérence, surtout dans le domaine économique. Toutefois, le niveau d’agressivité et les modes d’action varient. Cela va de l’intrusion de nuit dans un local fermé, pour y photocopier des documents confidentiels, à l’application de lois extraterritoriales (États-Unis et Chine). La révolution technologique exacerbe ces menaces, car le cyber, devenu espace de confrontation, offre de nouveaux modes d’actions en tant que caisse de résonnance de l’émotion et de la réputation. Cela va du logiciel (israélien) Pegasus, pour espionner les smartphones, à « l’ingénierie sociale » via les réseaux sociaux. Ainsi, une veille assidue sur Instagram (américain) permet de connaître l’adresse personnelle d’un internaute, son lieu de travail, sa famille, ses habitudes, ses activités de loisirs et ses prédilections de voyages. Par ailleurs, la guerre en Ukraine (depuis février 2022), les tensions et conflits chroniques aux Proche et Moyen-Orient ainsi que la compétition économique accrue, avant même la guerre commerciale déclenchée par la nouvelle administration américaine (depuis avril 2025), intensifient d’autres menaces. L’espionnage classique consiste en survols d’endroits sensibles par des drones, vols d’ordinateurs ou de téléphones portables et intrusions. Le regroupement de multiples petites informations donne des renseignements sérieux. Ainsi, la Russie s’intéresse à tout ce qui touche à la formation des Ukrainiens dans les pays occidentaux, aux grands exercices de l’OTAN et aux salons internationaux d’armement. En outre, la subversion vise à briser le lien de confiance entre l’État et son armée, entre l’armée et les citoyens, entre les autorités politiques et militaires, entre le soldat et ses matériels. Les mouvements extrémistes, cités plus haut, s’attaquent à la réputation par des actions symboliques (tags sur les murs ou tracts autocollants). Au niveau étatique, la Russie riposte par des actions d’influence à toute annonce considérée comme hostile dans le cadre du conflit en Ukraine. Elle bloque l’accès au portail internet d’entreprises associées à l’Ukraine ou en dénie les services. Sa société paramilitaire privée Wagner a procédé à des attaques informationnelles contre la France au Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) durant l’opération « Barkhane » (terminée en 2022). Des actes de sabotage contre des entreprises de défense ont été revendiqués sur les réseaux sociaux.

La BITD ciblée. Le domaine spatial, l’aéronautique et les technologies de rupture représentent plus de 50 % des domaines qui intéressent les pays compétiteurs de la France. Parmi les technologies de rupture figurent la lutte anti-mines et l’étude des grands fonds marins, futurs théâtres possibles d’affrontement. Les industries duales, souvent réalisées dans l’écosystème des startups, suscitent aussi beaucoup d’intérêt à l’étranger et sont donc suivies par la DRSD et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il en est de même pour les salons internationaux du Bourget, pour l’aéronautique et l’espace, Euronaval et Eurosatory. La volonté d’agents étrangers de capter des informations s’y manifeste par les prises de vues de maquettes ou des questions trop précises sur les caractéristiques des produits et leurs modes de fabrication.

Les armées. Dans tous les pays occidentaux et surtout en Grande-Bretagne et en France, des cadres militaires spécialisés ayant quitté les armées ont été embauchés par la Chine comme instructeurs. En 2022, aucun pays membre de l’OTAN ne disposait d’outils réglementaires ou législatifs pour les en empêcher. En France, à l’issue de travaux de réflexions, l’article 42 de la loi de programmation militaire 2024-2030 empêche la transmission de savoirs stratégiques dans les domaines d’excellence françaises à des puissances étrangères. Il permet au ministre des Armées de s’opposer à ce qu’un militaire ou un expert civil exerce une activité au profit d’une puissance étrangère. Les personnes ayant exercé des fonctions sensibles doivent, après les avoir cessées, faire une déclaration de leurs activités pendant dix ans. Lors des grands déplacements de l’armée de l’Air et de l’Espace (missions « Pégase ») et du groupe aéronaval (missions « Clemenceau »), la DRSD sensibilise les personnels et le commandement à la contre-ingérence et prépare les escales en amont avec l’ambassade de France et les acteurs portuaires pour évaluer les zones sensibles et les vulnérabilités particulières. Enfin, pour protéger les forces armées, la DRSD poursuit ses échanges avec les services des renseignement étrangers, prioritairement européens dont ceux d’Europe de l’Est (Pologne, Estonie et Roumanie), où sont stationnées des forces françaises.

L’action de la DRSD. L’effectif de la DRSD, qui se monte à 1.600 personnes en 2025, doit passer à 1.700 en 2O30 et son budget de 25 M€ à environ 30 M€. Les analystes du renseignement sont recrutés parmi les juristes, les diplômés en sciences politiques ou intelligence économique et les techniciens parmi les développeurs en informatique et autres métiers originaux. Ainsi avant chaque réunion confidentielle de défense, le « dépoussiéreur » vérifie que la salle n’est pas truffée de micros, caméras ou traceurs GPS dans les murs, faux plafonds, ampoules ou prises électriques. Par ailleurs, l’intelligence artificielle et les outils combinatoires croisent des informations pour détecter des signaux faibles et des comportements atypiques, afin d’anticiper une menace future. La meilleure protection nécessite de lever toute barrière entre le physique, le cyber, le droit et l’informationnel. Par exemple, derrière une simple caméra de surveillance (physique), se trouve un logiciel d’exploitation (cyber). En lien avec la DGSI et la Préfecture de police, la DRSD entretient des relations régulières avec les entreprises, afin de sensibiliser les exposants des salons d’armement aux ingérences étrangères. Elle procède à toutes les enquêtes administratives pour les habilitations « secret » et « très secret défense » (500.000 par an) pour l‘accès aux zones protégées ou réservées et sur le besoin d’en connaître, afin de détecter les vulnérabilités éventuelles des personnes concernées. Enfin, sa base de données est régulièrement contrôlée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Loïc Salmon

Marine nationale : acquérir la maîtrise des grands fonds marins

Renseignement : anticiper la surprise stratégique

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins




Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Pendant la seconde guerre mondiale, des scientifiques, des intellectuels et des artistes français ou étrangers francophones fuient la France occupée et émigrent en Angleterre, Australie, Afrique et Amérique du Sud ou aux États-Unis pour y poursuivre, à leur manière, le combat pour la liberté et la dignité humaines.

La lutte culturelle. Ils veulent mobiliser l’opinion publique de pays neutres ou alliés à la cause de la résistance au nazisme et au régime collaborationniste de Vichy. La résistance culturelle s’exerce aussi dans les territoires français d’Asie, d’Afrique et d’Océanie ralliés à la France libre et où se maintient une permanence de la tradition française de liberté d’action et de création. Dès 1941 à Londres, le Comité national français, embryon d’un gouvernement en exil, crée le service de l’Instruction publique chargé de toutes les questions scolaires et universitaires au bénéfice des Français libres expatriés et au sein des territoires ralliés. Ce service, présent dans divers organismes culturels internationaux dont le Comité des ministres alliés de l’Éducation, organise aussi des expositions, concerts, représentations théâtrales, colloques et conférences. Face à la précarité de son statut et au manque de moyens, la France libre délègue et endosse ces initiatives. Son chef, le général Charles de Gaulle, encourage sa mission militaire à Washington à « faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Son rayonnement culturel repose sur des réseaux académiques et artistiques existants ou créés à cet effet. Entre tradition et innovation, les artistes et intellectuels français réussissent à tisser un lien puissant entre patrimoine national et aspirations contemporaines.

La communication. La reconnaissance du général de Gaulle comme « chef des Français libres » par le gouvernement britannique permet la création d’une administration civile et militaire. Jusqu’à la libération du territoire français en 1944, la liaison avec la Résistance intérieure et la France occupée s’organise depuis Londres. Même si l’appel radiophonique du général de Gaulle le 18 juin 1940 a été, de fait, très peu entendu, la « radio de Londres » devient très vite un espoir grâce aux émissions en français de deux services. L’émission « Les Français parlent aux Français », créée dès le 14 juillet, dépend directement des autorités britanniques. A partir du 18 juillet, la France libre reçoit un temps d’antenne pour l’émission « Honneur et Patrie », dont l’animateur doit faire valider ses textes. Il s’ensuit des heurts en fonction des relations, parfois houleuses, entre le général de Gaulle et les dirigeants britanniques. Pour alimenter cette émission et favoriser les relations avec la presse clandestine, la France libre se dote d’un important service de communications et de documentation en lien direct avec ses propres services de renseignement. Les nombreux. Journaux clandestins, dupliqués et parfois transposés sur d’autres supports (dont des foulards), sont présentés à l’étranger en tant que signe de l’existence d’une résistance intérieure et de la diversité des courants d’opinion représentés par la France libre. A la suite des débarquements des Alliés en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août), la station radiophonique britannique publie une brochure intitulée « Voici la BBC » pour faire découvrir les coulisses de ses émissions, de son organisation et de son fonctionnement à ses auditeurs. Elle incite ainsi les lecteurs-auditeurs à poursuivre leur écoute après la guerre, grâce à ses émissions quotidiennes à travers l’Europe. Les paroles du « Chant des partisans », véritable hymne de la Résistance composé en mai 1943, sont diffusées sur des tracts largués sur la France occupée par des avions militaires britanniques. En septembre, elles sont publiées dans le premier numéro des Cahiers de la Libération sous le titre « Les partisans (chant de la Libération) ». Après la guerre, le chant conserve une grande popularité et constitue encore un hommage aux résistants et un symbole de lutte et d’espoir. Son manuscrit, présenté à l’exposition, a été classé monument historique en 2006. De nombreuses institutions, associations ou syndicats des pays alliés apportent leur soutien à la France libre et à la Résistance française, dont les résolutions traduites en français sont imprimées sur des tracts destinées à être parachutés. Les brochures de propagande de la France libre visent à la légitimer comme un pays à part entière au même titre que les États-Unis, la Grande-Bretagne et, à partir de 1941, l’URSS. Des artistes et des dessinateurs coopèrent par la réalisation d’affiches (photo, œuvres de Natacha et Jean Carlu). A Londres, le joailler Cartier réalise des bijoux, supports de messages adaptés aux pays où ils sont proposés à la vente. Les produits dérivés, à savoir jeux de cartes, paquets de cigarettes, timbres et objets divers, contribuent à la communication auprès des militaires et des civils, hommes et femmes. Aux États-Unis, le comité « France Forever », constitué en 1940, les crée, les vend et en reverse les bénéfices à la France libre. Son service cinématographique organise un festival permanent du film français à New York. A partir du 3 juin 1942, tous les mouvements de la Résistance intérieure reconnaissent officiellement l’autorité du Comité national français et, le 13 juillet, la « France libre » devient la « France combattante » qui, elle aussi, produit des films de propagande où sont mobilisés des artistes français.

L’exil. Quitter la France nécessite financements, références, contacts, patience, courage, témérité et…chance ! Entre juillet 1940 et juin 1941, des réseaux organisent les transferts de 5.000 personnes vers les États-Unis, via la Martinique, au départ de Marseille et de Casablanca (Maroc). Plus souvent à bord de cargos que de paquebots, le voyage ne garantit guère la destination prévue. Entre 1940 et 1942, environ 9.000 Français émigrent aux États-Unis. Tous ces exilés volontaires ne comptent pas s’installer défectivement aux États-Unis et veulent rentrer en France dès la victoire espérée et attendue. Toutefois, la France libre manque de la reconnaissance officielle des autorités américaines, car certains exilés français restent favorables au gouvernement de Vichy. Grâce à l’appui des intellectuels et des artistes et le soutien des médias et du comité France Forever, la sympathie envers elle s’accroît. En continuant à créer, notamment en Amérique du Sud et du Nord, les artistes exilés maintiennent une culture cosmopolite, contribuant à transformer New York et Los Angeles en nouveaux centres artistiques mondiaux. La présence d’un important lectorat potentiel francophone dans les pays d’accueil favorise la naissance des maisons d’édition et la constitution d’un réseau éditorial. Entre 1940 et 1944, environ 240 livres en français sont publiés aux États-Unis, 182 au Brésil et 66 en Argentine. Entre 1940 et 1942, plus d’une centaine d’universitaires et de biochimistes, physiciens, anthropologues et philosophes parviennent à entrer aux États-Unis. Mais des scientifiques, exclus des programmes américains de défense, poursuivent leurs travaux sur la radioactivité en Grande-Bretagne et au Canada.

L’héritage. Malgré ses difficultés à s’imposer comme un acteur du concert diplomatique à la fin de la guerre, la France accueille à Paris l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture), fondée le 16 novembre 1945. Les Français libres Henri Laugier (physiologiste) et René Cassin (juriste) participent à la commission américaine préparatoire à la création, en 1946, de la Commission permanente des droits de l’homme à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948.

Loïc Salmon

L’exposition « Un exil combattant » (26 février–22 juin 2025), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, affiches, photographies, bijoux, insignes et documents. Des conférences, visites guidées, et projections de films sont prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides




États-Unis : le combat aéroterrestre du futur

Plateformes habitées, drones, nouveaux armements et architecture modulaire constituent la vision américaine du combat aéroterrestre futur pour contribuer aux opérations multi-milieux, face aux dispositifs russes et chinois de déni d’accès et d’interdiction de zone.

Philippe Gros, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans la publication Défense & Industries de décembre 2024.

Modernisation et réorganisation. Les opérations multi-milieux reposent sur la synergie des systèmes d’armes des composantes terre, air, mer, cyber et espace pour obtenir la supériorité opérationnelle par la convergence des effets dans un ou plusieurs milieux, afin de disloquer le dispositif adverse. Il implique, pour l’aviation de l’armée de Terre, de moderniser, d’ici à 2028, ses flottes d’aéronefs en service par acquisition d’appareils neufs ou par « retrofit » (améliorations internes) d’anciens. Voici leur composition : 278 avions de renseignement ou de soutien ; 791 hélicoptères d’attaque Apache AH-64E utilisés avec les drones pour la reconnaissance ; 2.135 hélicoptères de manœuvre UH/HH-60 Blackhawk, appareil qui doit rester en service jusqu’en 2044 ; 538 hélicoptères lourds Chinook, dont 465 CH-47F et les 73 MH-47G des forces spéciales ; 280 hélicoptères légers ; 477 hélicoptères utilitaires. L’effectif de l’aviation de l’armée de Terre compte : 11 brigades, chacune disposant de 2.800 personnels, 48 Apache, 53 Blackhawk, 12 Chinook et 30 drones MQ-1 et RQ-7 Predator ; 1 demi-brigade de 40 Apache et Blackhawk qui sera renforcée pour constituer une brigade entière. Parmi elles et à l’horizon 2030, huit brigades verront leur effectif diminuer d’environ 500 personnels, 22 hélicoptères de tous types et 8 drones. Trois brigades d’aviation de combat, dont celle incluse dans la célèbre 82ème Division aéroportée, seront renforcées par 10 Blackhawk et 4 Chinook. Celle de la 101ème Division aéroportée perdra 4 Apache,4 drones MQ-1 et 4 drones RQ-7 mais sera renforcée de 500 personnels pour armer 10 Blackhawk et 24 Chinook supplémentaires pour totaliser 165 hélicoptères et 16 drones.

« Future Vertical Lift ». Le projet « Future Vertical Lift (FVL), élaboré en 2008 puis réévalué en fonction des conflits ultérieurs, vise à développer une famille d’aéronefs et de drones plus performants, faciles à entretenir et à empreinte au sol réduite. Le FVL doit remplacer partiellement les flottes actuelles de drones et d’hélicoptères conçus pendant la guerre froide, terminée en 1991, à savoir les hélicoptères de manœuvre H-60 Blackhawk, de reconnaissance et d’attaque AH-64E Apache et de transport lourd CH-47 Chinook. Dans le cadre du programme du futur aéronef d’assaut dans la profondeur, l’hélicoptère-avion à rotors basculants V-280 Valor (photo) a été retenu en décembre 2022 pour répondre aux besoins de l’armée de Terre, du Commandement des opérations spéciales et du Corps des Marines (USSMC). Sa vitesse de 518 km/h permet une évacuation sanitaire « zéro risque » en une heure en tout point de la zone d’opération de 300 km2 d’une brigade de combat. Ce point se trouve entre 150 km et 212 km du centre de la zone, où est situé l’hôpital de campagne. Ravitaillable en vol, le Valor embarque 4 membres d’équipage et 14 combattants et peut emporter une charge de 5,4 t. Pour l’armée de Terre, les rotations d’une flotte de Valor permettraient d’envisager la projection d’une brigade entière à plus de 800 km (3 km en 2024) en une nuit avec un dispositif de points de ravitaillement avancé, plus dispersé et allégé. Pour l’USMC, des Valor dotés d’un armement conviendraient aussi à l’appui aérien rapproché ou à l’escorte de ses hélicoptères-avions de transport V-22 Osprey. L’architecture ouverte modulaire du FLV doit rendre interopérables les armements, les capteurs, l’avionique (ensemble des appareils électroniques embarqués) et tous les autres équipements de mission puis les faire évoluer rapidement et de façon uniforme. Le FLV prévoit plusieurs types de plateformes, notamment : un hélicoptère léger de reconnaissance, d’attaque et d’action des forces spéciales ; un hélicoptère d’attaque de taille moyenne, utilisable aussi pour l’évacuation de ressortissants, la recherche et le sauvetage au combat ainsi que la lutte anti-sous-marine ; un hélicoptère plus grand pour l’assaut aéromobile et amphibie, l’évacuation de ressortissants et le soutien logistique. En temps normal, le FVL contribue à dissuader l’adversaire d’attaquer. En cas de conflit, hélicoptères, drones et munitions maraudeuses combinent leurs capacités avec les feux dans la grande profondeur pour lancer, depuis plusieurs centaines de kilomètres, des assauts contre la défense anti-aérienne de l’ennemi et son propre système de feux dans la grande profondeur. Une fois le dispositif de déni d’accès ou d’interdiction de zone disloqué, les moyens du FVL participent à des opérations aéroterrestres de plus grande ampleur et évaluent les dommages causés par les frappes.

« Dronisation » accrue. Les conflits du Haut-Karabagh (2020) et en Ukraine (depuis 2022) ont souligné l’emploi en masse des drones sur un « littoral sol-air » s’étendant du sol à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Ce littoral se caractérise par ses propres dynamiques de gestion de l’espace, de contrôle et d’interdiction de milieu, d’attrition, de soutenabilité et de logistique des moyens déployés. En conséquence, l’armée de Terre américaine s’est fixé six impératifs pour 2030 : délecter plus loin et de manière plus persistante ; concentrer des forces très létales et à faible signature ; se protéger contre les attaques aériennes, les missiles et les drones ; soutenir le combat sur un terrain contesté ; procéder à des tirs précis et à plus longue portée ; communiquer et partager des données au sein de l’armée de Terre, avec ses partenaires interarmées et en coalition. En 2024, l’armée de Terre ne disposait que de 10.000 drones. Toutefois, elle avait atteint la pleine capacité opérationnelle du système de drones de théâtre MQ-1C Gray Eagle (variante améliorée du Predator) en dotation dans 15 compagnies totalisant 204 dromes acquis, dont 11 pour l’entraînement et 13 pour la réserve d’attrition. Les deux tiers de ces drones ont été portés au standard longue distance avec une autonomie de 40 heures et un emport de charge utile plus importante et diversifiée. En outre, l’armée de Terre compte renforcer sa flotte de mini-drones d’ici à 2030. Au niveau compagnie, le RQ-11 Raven sera remplacé par un système d’une autonomie de 8 heures. Le système de reconnaissance à moyenne distance sera remplacé par un autre capable de voler 2 heures jusqu’à 20 km. Chaque compagnie disposera d’un essaim de 10 quadricoptères pour l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et la frappe. Au niveau de la section, chaque unité met en œuvre 6 systèmes de reconnaissance RQ-28 Skydio volant 30 minutes jusqu’à environ 10 km et dont 1.000 exemplaires sont en cours de livraison depuis 2022. Le Skydio sera remplacé par une version polyvalente capable d’emporter une charge létale. En outre, chaque section sera dotée de drones filaires Te-UAS utilisés pour l’ISR et comme relais de communication. Au niveau groupe de combat, le micro-drone Black Hornet sera modernisé et le micro-drone FPV à capacité ISR sera pris en dotation.

Nouveaux missiles. Hélicoptères-avions, hélicoptères et drones vont embarquer de nouveaux missiles. Pour la courte portée (5-7 km), la roquette guidée de précision APKWS est en cours de modernisation. Pour la moyenne portée (16 km), le missile JAGM remplace progressivement le Hellfire depuis 2020. Le futur missile LRPM permettra aux plateformes de tirer à distance de sécurité sur des cibles stationnaires ou mobiles, par tous les temps et en l’absence de GPS. Il atteindra la vitesse de 1.000 km/h et aura une portée de 30 km et une liaison de données. Déjà, le missile Spike-NLOS, aux capacités inférieures à celles du LRPM, a été testé avec succès sur un hélicoptère Apache.

Loïc Salmon

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

04ème Brigade d’aérocombat

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité




Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

L’Europe a engagé son réarmement en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, lequel s’est accéléré en 2022 après l’attaque contre l’Ukraine. Le 6 mars 2025, les pays membres de l’Union européenne ont approuvé un investissement de 800 Mds€ pour la défense, en raison des risques de désengagement militaire et de guerre commerciale des États-Unis.

Hélène Masson, maître de recherche, a présenté la situation actuelle dans une note publiée le 7 mars 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne) par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Les domaines capacitaires. Pour tous les pays européens, ces guerres ont souligné l’urgence de moderniser leurs moyens de défense, accentuée par l’aide qu’ils ont accordée à l’Ukraine (blindés, systèmes d’artillerie, munitions, et systèmes de missiles), et de reconstituer leurs stocks d’équipements et de munitions. Le réarmement européen se déroule en deux phases. La première, entre 2014 et 2021, concerne l’engagement de l’OTAN à disposer d’une brigade opérationnelle en 2026. Elle inclut : la remise à niveau des véhicules blindés légers (à roues), médians (à chenilles) et lourds (chars) et des camions pour la logistique ; les systèmes d’artillerie constitués par les mortiers sous tourelle, systèmes d’artillerie à roues ou à chenilles, systèmes antichars et lance-roquettes multiples ; les équipements du combattant, armes légères et de petit calibre, fusils d’assaut et leurs munitions ; systèmes de drones de reconnaissance ; systèmes de communications et radars. La composante aérienne comprend les hélicoptères et les avions de combat, d’entraînement et de transport. Outre la défense antimissile, la composante missile inclut les roquettes guidées et les systèmes de missiles air-air, sol-air, antichars et antinavires. La deuxième phase du réarmement européen, commencée en 2022, prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine et augmente les investissements dans divers domaines : drones aériens, terrestres et navals (sous-marins et de surface) pour le renseignement, la surveillance et la frappe avec les technologies contre les leurres ou le brouillage du système de navigation ; lutte anti-drones par la détection, l’identification et la neutralisation ; munitions téléopérées (drones kamikazes) ; défense à portées courte (15 km), moyenne (plusieurs centaines de km) et longue (jusqu’à 3.000 km) ; défense antiaérienne ; défense côtière par missiles antinavires, batteries et radars ; guerre électronique (cyber et espace) ; emploi de l’intelligence artificielle pour améliorer la protection des systèmes d’armes. Par ailleurs, un réarmement naval se manifeste au niveau européen mais aussi mondial, par suite des tensions résultant des ambitions de puissance en mer Baltique, Atlantique Nord, Méditerranée, golfe de Guinée, mer Rouge, océan Indien et Indopacifique (rivalité Chine-États-Unis). La nécessité de protéger les oléoducs, gazoducs et câbles sous-marins incitent les États à augmenter leurs capacités en frégates, patrouilleurs, sous-marins et robots téléopérés en grande profondeur.

Les ambitions industrielles. Les producteurs et exportateurs d’armement européens se répartissent en trois cercles. Le premier et le plus ancien regroupe la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède. Le deuxième rassemble les Pays-Bas, la Finlande, la Norvège et la Belgique. Le troisième cercle est constitué par les pays issus du bloc de l’Est après la dislocation de l’Union soviétique en 1991, à savoir Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Lettonie, Estonie et Lituanie. Certains États ont constitué des partenariats en bilatéral ou multilatéral, reposant sur des coopérations industrielles et technologiques avec des accompagnements financiers (crédits et/ou aides) pour lutter contre la concurrence des États-Unis, d’Israël, de la Corée du Sud, du Brésil et de la Turquie. La croissance de la demande d’équipements intervient dans un contexte sécuritaire marqué par l’urgence opérationnelle. Les dirigeants européens demandent aux industriels d’augmenter la cadence de production et de réduire les délais de livraison. Or ces exigences se manifestent juste après la crise consécutive à la pandémie du Covid-19 et en même temps que la reprise du marché aéronautique civil. Les industriels de défense doivent, très vite, adapter leur chaîne d’approvisionnement dans une période de tensions sur le marché mondial des matières premières, de renchérissement du coût de l’énergie et de difficultés à recruter du personnel hautement qualifié.

Les efforts budgétaires. Lors du sommet de l’OTAN à Vilnius en juillet 2023, les dirigeants des pays membres se sont engagés à consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l’effort de défense chaque année. Selon les statistiques de l’OTAN, 23 États sur 32 y sont parvenus en 2024, contre 3 en 2014, 7 en 2022 et 12 en 2023. La Croatie, le Portugal, l’Italie, le Canada, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et l’Espagne ne l’ont pas encore atteint. Voici les pourcentages calculés par l’OTAN et les annonces gouvernementales de chaque pays relatives aux dépenses de défense, par ordre décroissant : Pologne, 4,12 % du PIB en 2024 et un budget de 43 Mds€ en 2025 ; Estonie, 3,43 % (1,3 Mds€) du PIB en 2024 avec des objectifs de 3,7 % en 2026 et, à terme, de 5 % (objectif de l’administration américaine) ; Lettonie, 3,15 % du PIB en 2024 et un budget de 1,56 Mds€ pour 2025, soit 3,45 % du PIB, puis un objectif de 3,7 % les deux années suivantes ; Grèce, 3,08 % du PIB en 2024 et un budget de 6,1 Mds€ en 2025 (le double de celui de 2019) ; Lituanie, 2,85 % du PIB en 2024 avec un budget de 3,3 Mds€ pour 2025 et l’objectif de 5,5 % du PIB entre 2026 et 2030 ; Finlande, 2,41 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,5 Mds€ en 2025 avec l’objectif de 3,3 % du PIB d’ici à 2032 ; Danemark, 2,37 % du PIB en 2024 avec un financement supplémentaire de 1,9 Md€ pour la défense de l’Arctique, afin d’y renforcer la présence militaire, et la création d’un fonds de 6,8 Mds€ en 2025 et 2026 pour atteindre 3,2 % du PIB ; Grande-Bretagne, 2,33 % du PIB en 2024 avec un budget de 59,8 Mds€ pour l’exercice 2025-2026, des hausses annuelles de 6 Mds€ pour atteindre 2,5 % du PIB d’ici à 2027 et la publication d’un nouveau Livre blanc sur la Défense (« Strategic Defence Review ») ; Roumanie, 2,25 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 3 % du PIB sur la période 2025-2029 ; Norvège, 2,20 % du PIB en 2024 avec un budget de 9,3 % Mds€ pour 2025 et l’objectif de 15,6 Mds€ en 2036 ; Bulgarie, 2,18 % du PIB et l’objectif de s’y tenir jusqu’en 2032 ; Suède, 2,14 % du PIB en 2024 avec un budget de 12Mds€ en  2025 et l’objectif de 2,6 % du PIB en 2030 ; Allemagne, 2,12 % du PIB avec un budget de 53,2 Mds€ en 2025 grâce à une exemption du désendettement du pays ; Hongrie, 2,11 % du PIB en 2024 avec un budget 4,2 Mds€ en 2025 ; République tchèque, 2,10 % du PIB en 2024 avec un budget de 6,85 Mds€ en 2025 ; France, 2,06 % du PIB en 2024, un budget de 50,54 Mds€ en 2025 et des réflexions en cours sur de nouveaux leviers de financements, publics et privés, supplémentaires ; Pays-Bas, 2,05 % du PIB en 2024, un budget de 2,4 Mds€ en 2025 et l’objectif d’inscrire les 2 % dans la loi ; Slovaquie, 2 % du PIB en 2024 mais avec une baisse à 1,8 % à partir de 2027 ; Croatie, 1,81% du PIB en 2024 et un budget de 1,5 Md€ en 2025 ; Portugal, 1,55 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2029 ; Italie, 1,49 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2028 ; Belgique, 1,30 % du PIB en 2024 avec les objectifs de 1,5 % en 2030 et de 2 % en 2035 ; Luxembourg, 1,29 % du PIB en 2024 avec un budget de 798 € en 2025 ; Slovénie, 1,29 % du PIB en 2024 et l’objectif de 2 % en 2030 ; Espagne, 1,28 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 2 % en 2029. La liste de la FRS inclut trois pays non-membres de l’OTAN : Autriche, 1,07 % du PIB en 2024 avec l’objectif de 1,5 % en 2027 ; Chypre, budget de 563 M€ en 2024 avec l’objectif de 2 % du PIB en 2029 ; Irlande, budgets de 1,35 Md€ en 2025 et de 1,5 Mds€ en 2028 ; Malte, 0,56 % du PIB en 2023.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Europe : vers une nouvelle stratégie énergétique

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Économie : le rôle clé du Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité

Conseil du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, le Service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (SHFDS) contribue à la gestion des risques et d’une ou de plusieurs crises en cours et protège l’information stratégique.

Son chef, Samuel Heuzé, en a expliqué les missions lors d’une conférence-débat organisée, le 28 janvier 2025 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Île-de-France.

Les missions. Tous les ministères participent à la défense et à la sécurité nationale, responsabilités assurées par le secrétaire général. Quant au ministère de l’Économie, le Code de la défense précise qu’il doit assurer la continuité de l’activité économique en cas de crise majeure, de la protection des intérêts économiques de la nation et de l’adoption de mesures d’ordre financier nécessitées par la conduite de la guerre. Ces missions sont exercées par le haut fonctionnaire de défense par délégation du secrétaire général et correspondant prioritaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui relève du Premier ministre. Pour cela, il dirige le SHFDS qui compte : 60 agents permanents; un réseau territorial placé auprès des préfets de zones de défense et de sécurité ; un secteur d’activités d’importance vitale regroupant environ 70 opérateurs publics et privés, hors énergie ; 183 zones pour la protection du potentiel scientifique et technique ; 8.400 habilitations au secret en gestion pour la protection du secret de la défense nationale ; 330 sites d’infrastructures sensibles de la Direction générale des finances publiques ; 34 plans de continuité de l’activité malgré la perte des ressources critiques. Ces plans incluent la posture Vigipirate pour la préparation, la vigilance et la réaction face à la menace terroriste, le plan contre la crue de la Seine, la lutte contre la pandémie ou la grippe aviaire et tous les plans interministériels. Une autre mission porte sur l’orientation de l’action des ministres responsables de la production, de l’approvisionnement et de l’utilisation des ressources nécessaires à la défense et la sécurité nationale. Le centre opérationnel du ministère de l’Économie, situé à Paris-Bercy, dispose de tous les moyens de communications adaptés pour coordonner une crise de son ressort et discuter des structures interministérielles avec la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, qui a pour correspondants tous les hauts fonctionnaires de de défense. Celui du ministère de l’Économie s’assure que chaque direction a pris toutes les mesures nécessaires pour continuer à fonctionner en mode dégradé, notamment en cas de crise numérique majeure. La France compte 350 entreprises et établissements publics, répartis entre tous les ministères, considérés comme essentiels à la continuité de l’État et devant faire face à toutes les crises possibles. Le ministère de l’Économie en surveille 70 dans quatre secteurs d’activités : télécommunications et opérateurs du numérique ; banques et grands organismes financiers ; l’audiovisuel, historiquement lié aux réseaux de télécommunications (photo), et les grands opérateurs de diffusion de l’information et des grands programmes audiovisuels ; l’industrie. Cette dernière compte une cinquantaine d’opérateurs, notamment dans l’énergie, la chimie et l’industrie lourde. Si l’un d’eux disparaît ou ne peut plus fonctionner, la continuité de l’État se trouve en péril. Il s’agit alors de continuer à remplir certaines missions de service public en tout temps et à tout moment, quelles que soient les catastrophes. Par exemple, le ministère de l’Économie s’assure que la chaîne de production de biens stratégiques spécifiques tourne malgré des coupures d’électricité, grâce à un groupe électrogène, ou une attaque informatique, par le renforcement de la cybersécurité.

La sécurisation. La protection du potentiel scientifique et technique concerne les innovations et les savoir-faire très spécifiques et stratégiques disséminés dans les grandes entreprises, les centres de recherche et les écoles d’ingénieurs. Des pays d’Asie, d’Europe et même les États-Unis veulent capter des savoirs, dont ils ont besoin pour développer certaines technologies. La protection consiste à créer, dans les entreprises, centres de recherches et laboratoires, des zones réservées aux personnes habilitées (chercheurs et étudiants), des contrôles d’accès et des enquêtes de sécurité sur les personnels étrangers invités. Il s’agit de contrer la menace sur l’avance technologique, que la France entend conserver, et d’éviter une concurrence économique déloyale. Une autre menace concerne le terrorisme, dont des organisations veulent acquérir des connaissances dans la bactériologie et la chimie, où travaillent des centaines d’entreprises françaises. Le ministère de l’Économie s’assure du respect des traités internationaux en matière de prolifération chimique et biologique dans le domaine civil. Certaines nations souhaitent disposer de savoir-faire pour développer des armes nucléaires ou une dissuasion à partir de sous-marins. Dans ces cas, il s’agit de s’assurer que les personnes travaillant dans un laboratoire spécialisé dans l’acoustique sous-marine ne cherchent pas à capter des informations susceptibles de mettre en difficulté la dissuasion nucléaire de la France ou utiles pour développer une flotte sous-marine transportant des armes biologiques ou chimiques. Un autre niveau de sécurité concerne le contrôle des investissements étrangers en France. L’État s’assure que les entreprises compétentes en matière de défense ou de sécurité ne fassent pas l’objet d’opérations de rachat ou de prises de participations agressives ou intrusives. Le Service de l’information stratégique et de sécurité économique s’assure que les grandes entreprises stratégiques pour la France se trouvent en bonne santé et ne font pas l’objet d’intentions malveillantes. Par ailleurs, le SHFDS coordonne la lutte contre la menace cyber dans un ministère qui compte 130.000 agents et 300 systèmes sensibles. Le Trésor, les Douanes et la Direction des finances publiques disposent d’outils performants pour développer des systèmes d‘information spécifiques pour traiter les fonctions classifiées. Il n’en est pas de même pour les structures plus petites qu’il faut accompagner dans le travail de cyberdéfense, notamment lors d’une saturation des services internet par un acte de malveillance pour en dénier l’accès.

La résilience nationale. En 2024, les hauts fonctionnaires de défense ont dû gérer trois crises différentes. Au cours de celle en Nouvelle-Calédonie (8 mois et 21 jours depuis le 13 mai), les émeutiers ont attaqué des infrastructures critiques, entraînant des coupures d’électricité et de télécommunications jusqu’à l’intervention des forces de sécurité. Lors des Jeux Olympiques à Paris (26 juillet-11 août), il a fallu renforcer les réseaux de télécommunications par 17 antennes supplémentaires en raison de l’affluence de visiteurs, afin garantir les services d’appels d’urgence, de distribution automatique de billets de banque et des terminaux de cartes bancaires. S’y sont ajoutés les renforcements de la cybersécurité et des services de dédouanement dans les aéroports. A Mayotte, le cyclone Chido (14 décembre) a balayé les antennes de télécommunications et les pylônes électriques. Il a fallu rétablir rapidement les réseaux de la Poste et de la Banque de France, car 50 % de la population mahoraise vit des allocations de minima sociaux. Le ministère de l’Économie y a mobilisé 17 personnes pendant un mois. Par ailleurs, le conflit en Ukraine rappelle les enjeux des câbles sous-marins pour le trafic internet (photo). En cas d’engagement majeur de plusieurs semaines à ses frontières, la France est identifiée comme pays d’accueil des troupes britanniques, américaines et canadiennes de l’OTAN en renfort. Quelque 60.000 militaires et des milliers de blindés devraient traverser la France pour se rendre vers l’Est de l’Europe. Des travaux sont en cours avec l’État-major des armées.

Loïc Salmon

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

Sécurité : la résilience, travail de fond préparé en amont




Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

La modélisation numérique des blindés, drones et robots multi-milieux permet une immersion dans un contexte tactique complexe. L’intelligence artificielle (IA) peut les confronter à un ennemi réactif dès la conception et évaluer leurs avantages, points faibles et doctrines d’emploi.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense). Y sont notamment intervenus : Fabien Lionti, doctorant à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ; Olivier Parodi, expert en autodirecteurs, et Jean-Michel Tran, responsable du domaine scientifique IA chez Naval Group ; Thierry Berthier, chercheur au CReC ; Bruno Ricaud, spécialiste IA chez KNDS France.

Véhicule terrestre. L’IA sert à construire des modèles pour valider le comportement d’un véhicule afin d’en analyser la sécurité, indiquent Fabien Lionti. La modélisation de toute l’enveloppe dynamique du véhicule sur de longs horizons temporels pourra limiter l’accumulation des erreurs. Celles-ci résultent de la faible quantité de données, de données parasitées par des bruits ou perturbées et des limitations des instruments de mesure eux-mêmes. En revanche, l’IA permet d’exploiter des connaissances « a priori » (déjà acquises) sur la dynamique du véhicule et réutilise des campagnes d’essais antérieures. Elle établit des méthodologies d’apprentissage robustes au bruit. La recherche porte sur la maîtrise des connaissances « a priori », en identifiant les informations utiles parmi toutes celles disponibles. La prise en compte de phénomènes dynamiques implicites (stabilité du véhicule) entraîne une complexification de l’architecture.

Domaine naval. La simulation d’un combat naval consiste à entraîner une IA face à d’autres IA, expliquent Olivier Parodi et Jean-Michel Tran. L’accélération du temps de calcul permet de confronter l’IA apprenante à des scénarios qu’un être humain n’a peut-être pas encore imaginés. Cela répond au besoin de réponses en temps réel, voire plus rapides que le temps réel, de modèles souvent complexes. L’IA doit générer des solutions tactiques respectant les doctrines en usage dans les armées. Pour cela, il faut réaliser des aides à la décision pour l’emploi de systèmes d’armes qui soient entraînées, en amont, à répondre dans le cadre des doctrines. Celles-ci vont évoluer grâce aux scénarios inédits de l’IA, qui va d’abord en détecter les failles puis les améliorer. Les images synthétiques et la base de données permettront de déterminer plus rapidement la classification d’un navire et son fonctionnement. L’IA permettra d’hybrider la situation tactique d’un sous-marin, d’un porte-avions ou d’une frégate en simulant des adversaires qui n’existent pas et d’autres mus par une certaine intelligence. Par exemple, des IA ennemies conduiront des torpilles, tandis que des IA amies proposeront des solutions de trajectoires, de plans et de contre-mesures. Puis, petit à petit, le niveau des incidents va monter. L’idée consiste à modéliser les doctrines à partir de machines, d’entraîner un réseau et, dans un second temps, de les utiliser avec des humains dans la boucle. Par ailleurs, l’emploi de l’IA et de la simulation nécessite une approche complémentaire pour la validation des comportements des drones de surface et sous-marins. Cette dernière subit diverses contraintes : travail dans un environnement marin européen tout en préservant la sécurité de défense ; protection de la confidentialité de la doctrine vis-à-vis des industriels ; interfaçage avec d’autres acteurs ; rapidité de la mise à disposition de prototypes à bord des navires ; ressources très limitées ; simplicité d’emploi pour l’opérateur. Outre les aspects technique et opérationnel cités plus haut, la « war room » (salle de crise) doit transférer plus rapidement la recherche et le développement dans les mains des opérationnels et rationaliser l’utilisation des ressources. Les simulateurs d’entraînement embarqués sur des navires de surface permettent d’expérimenter, sous contrôle humain, les solutions à base d’IA, d’évaluer les IA en environnement réel et de tester le facteur humain face à l’IA. Simulation et IA vont entraîner l’évolution des systèmes d’armes autonomes : drones ; torpilles ; aides à la décision ; outils d’analyse et de conduite de l’action. L’apprentissage par renforcement permet à un agent autonome (robot) d’apprendre à prendre des décisions face à une menace dans un environnement dynamique, en fonction du temps, de l’incertitude et des conséquences non immédiates de ses actions.

Drones aériens. La robotique, notamment aérienne, connaît une montée en puissance en termes de vélocité, d’autonomie, de miniaturisation, d’agressivité, de furtivité, d’endurance et de résilience, indique Thierry Berthier. Ainsi, le 26 septembre 2024, la Chine a procédé au-dessus du parc de la baie de Shenzhen à un vol simultané de 10.197 drones d’une vitesse de 200 km/h. Pour militariser cet essaim civil, il suffit d’embarquer 1 kg d’explosif sur chaque drone, portant sa puissance destructrice à plus de 10 tonnes d’explosif conventionnel. L’attaquant a l’avantage, car la défense s’avère plus complexe et doit se constituer elle aussi en essaim. Un intercepteur, en vol automatique, doit détecter une cible mobile, effectuer un suivi de vol, la rattraper et la neutraliser par choc cinétique, détonation à distance pour l’endommager ou déclencher sa charge militaire. La société française Eos Technologie a déjà mis au point le drone Veloce 330 « kamikaze » (munition opérée à distance) d’une vitesse de 500 km/h avec une extension possible à 800 km/h. Grâce à l’IA, le simulateur capacitaire de combat Blacksoft a déjà intégré : l’autopilote embarqué ; les détection, suivi, poursuite et ciblage ; l’identification amie ou ennemie ; l’optimisation de trajectoires d’interception ; l’optimisation de trajectoire pour échapper à l’intercepteur. Un essaim de lutte anti-drones à vitesse faible peut contrer l’attaque d’un essaim adverse à vitesse élevée si son propre effectif lui est supérieur en nombre.

Coopération humain-robot. Le domaine militaire terrestre évolue selon le contexte géopolitique et le niveau technologique qui intègre très rapidement les innovations civiles, rappelle Bruno Ricaud. L’IA accroît l’automatisation pour améliorer la protection des opérationnels, en évitant le contact direct, et l’optimisation des forces par rapport à l’adversaire. Sur le terrain, la coopération entre un robot et un être humain vise à laisser à ce dernier la prise de décision d’ouvrir le feu. La simulation de l’activité opérationnelle prépare et accompagne les changements, anticipe les besoins d’utilisateurs futurs et mesure les incidences d’un nouveau système dans le déroulement des activités des opérateurs. Ainsi le moyen d’étude, dénommé « principe du magicien d’Oz », consiste à immerger l’utilisateur de systèmes blindés futurs au sein de robots hautement automatisés, en se concentrant sur son « ressenti ». Il simule un niveau variable d’automatisation et de robotisation ainsi que des interactions via la commande vocale pour donner des ordres de haut niveau. Il varie aussi le nombre d’opérateurs et la fréquence d’apparitions d’impondérables. Le facteur humain s’y trouve associé par le recueil de données objectives et subjectives. Les résultats de la répartition des rôles entre l’humain et le robot portent sur l’identification des informations cruciales pour l’opérateur et l’évaluation de la collaboration de l’humain avec des systèmes automatisés. Ils identifient le moment et de la raison de la reprise du contrôle de leurs robots par les humains, grâce à l’analyse et la gestion de la complexité de l’imprévu par l’humain. Toutes ces informations permettent une analyse fine de l’intégration de l’IA et des systèmes automatisés dans les opérations, afin d’orienter les développements technologiques effectués en parallèle pour, finalement, disposer de technologies répondant aux besoins opérationnels.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées




Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

L’immersion des combattants dans des environnements opérationnels virtuels, grâce à la simulation puis l’intelligence artificielle (IA), permet d’évaluer l’acquisition de leurs savoir-faire.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense).Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur ; le lieutenant-colonel Grégory Fierling, officier de synthèse de la fonction simulation à la section technique de l’armée de Terre ; le capitaine de frégate Laurent Ollivier, division Plans & Programmes à l’état-major de la Marine ; le capitaine Erwan Le Garrec, officier de cohérence opérationnelle sur la simulation, armée de l’Air et de l’Espace.

Le combat futur. La simulation permet de se préparer à faire face à tous les types de conflit possibles afin d’améliorer les capacités de l’armée de Terre, estime le général Baratz. Elle sera encore plus utilisée pour la formation des combattants avec l’arrivée des systèmes immersifs, générés par l’IA, pour un apprentissage en ciblant des pédagogies pour chaque soldat confronté à des situations anormales. La simulation, très employée pour la formation des équipages de blindés et d’hélicoptères, vise à mécaniser systématiquement certaines activités. Chaque régiment dispose d’un espace de simulation et de numérisation, en vue du combat info-valorisé du système Scorpion qui met en réseau l’ensemble des moyens. L’armée de Terre envisage de mettre en réseaux tous les systèmes d’entraînement collectif afin d’entrevoir des scénarios. Ainsi, le simulateur Élite permet de faire travailler plusieurs équipages simultanément en variant les conditions métrologiques et d’engagement, en vue d’une acquisition plus rapide de compétences. Pour l’entraînement tactique, la simulation permet d’avoir une vision objective de la phase d’entraînement lors du « débriefing » du soir et de gagner en réalisme et en efficacité.  En outre, la simulation collective, accrue par l’IA, forge les esprits des officiers d’état-major. Via les « jeux de guerre », ces derniers s’habituent à saisir les opportunités face à un adversaire manœuvrant. Les analyses à froid avec des algorithmes dégagent des tendances, notamment l’efficacité des combinaisons des capacités, et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La simulation valide des hypothèses ou des choix possibles. Enfin, elle permet de tester des doctrines, d’envisager les armements futurs et de préparer des opérations.

L’armée de Terre. Les outils de simulation, apparus en 1992 pour l’entraînement des états-majors, atteindront la 6ème génération dénommée Taran et utilisant l’IA en 2026-2030, indique le lieutenant-colonel Fierling. En école, le soldat apprend à utiliser un système d’arme avec des simulations d’armements légers en cabine pour qu’il puisse manœuvrer. L’IA facilitera l’adaptation des processus pédagogiques aux caractéristiques des différents individus ou à leur amélioration. Des outils de simulation permettent déjà de générer des situations tactiques pour provoquer la rédaction d’ordres de la part des chefs et la rédaction de comptes rendus de la part des servants. Ensuite, tous sont envoyés dans des structures de combat en zone ouverte ou en zone urbaine, où leurs savoir-faire et aguerrissement sont contrôlés face à un ennemi réaliste en vue de combattre dans les engagements les plus durs. Des outils de simulation, disposés sur des engins et des systèmes réels, modélisent les cibles à viser et les tirs par des rayons laser. Ils optimisent les savoir-faire individuels et collectifs avant l’emploi effectif de matériels très onéreux. L’armée de Terre dispose de 6.000 machines installées dans 120 sites et reliées par 160 serveurs. Les outils de simulation génèrent des situations tactiques pour entraîner les postes de commandement, du niveau de groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie et génie ou artillerie) à celui de la division. Ce dispositif permet de faire travailler, ensemble et dans leur garnison, des individus issus de ces différentes fonctions opérationnelles. Il permet aussi aux états-majors de brigades de s’entraîner depuis leur garnison avec des unités subordonnées du niveau régiment qui restent chez elles. Il intègre des situations tactiques réalisées de manière réelle sur le terrain. Grâce à l’IA, les outils de simulation procèdent à la confrontation des modes d’action amis et ennemis. Ils donnent une indication sur la manœuvre interarmes (combinaison du feu et du mouvement) choisie et sur ses chances de succès. Le prochain enjeu porte sur le combat interarmées.

La Marine nationale. La formation à de nombreux métiers s’effectue sur des simulateurs d’apprentissage avec des instructeurs, explique le capitaine de frégate Ollivier. Les simulateurs, embarqués ou à terre et destinés à l’entraînement tactique, correspondent aux composantes de la Marine. Ceux des forces sous-marines sont installés à Toulon : Sycobs pour la sécurité/plongée ; Mercure pour la conduite normale de propulsion ; Vulcain pour la conduite en cas d’incident de propulsion ; Jupiter et Minerve pour la conduite des opérations et Mars pour la mise en œuvre des armes. Les simulateurs Espadon et Esturgeon reconstituent l’environnement du Central Opérations d’un bâtiment de surface pour les luttes anti-sous-marine, sur la mer et anti-aérienne. L’aviation navale dispose du Simulateur d’entraînement tactique pour l’équipage d’avion de patrouille maritime ATL2 et du Centre de simulation de la base aéronavale de Landivisiau pour les Rafale Marine et les avions de guet aérien avancé E2C Hawkeye du porte-avions Charles-de-Gaulle. L’entraînement des états-majors de niveaux opératif et stratégique est réalisé avec Taran (technologie de l’IA), Direct CGF et CMO (Command Moderne Operations) pour configurer des scénarios impliquant différents types de plateformes en interaction (jeux de guerre). A terme, la Marine nationale va disposer de simulateurs drones, d’autres pour la lutte asymétrique (défense à vue) ainsi que d’une simulation distribuée entre les navires de surface et les aéronefs et des liaisons entre simulateurs des unités en mer et à quai. L’IA présente des avantages pour l’analyse et la reprise de scénarios simulés mais également des contraintes : capacité d’enregistrement et de stockage des informations ; définition de critères de succès pour les tactiques envisagées ; confidentialité de la modélisation, réalisée par les industriels, des tactiques et doctrines de la Marine nationale.

L’armée de l’Air et de l’Espace. La simulation existe pour tous les types d’aéronefs, de systèmes et de missions simples, rappelle le capitaine Le Garrec. Les pilotes passent 70.000 heures chaque année dans une cabine de simulateur Rafale qui coûte plus cher qu’un avion, soit un peu moins de la moitié des heures de vol. Mais la simulation reste insuffisante pour les misions complexes et les exercices nationaux et internationaux, qui nécessitent un environnement réaliste et immersif. Les outils doivent être complétés pour : l’entraînement à la haute intensité impliquant de plus en plus de moyens et d’acteurs connectés ; la maîtrise des coûts ; l’enrichissement des missions d’entraînement en vol ; la diversification et la densification de l’entraînement tactique simulé. Le spectre s’élargit avec le combat collaboratif et l’arrivée du système de combat aérien futur dans un contexte multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyber) et multi-champs (informationnel et électromagnétique). La simulation massive en réseau permet de réaliser des missions tactiques, simples et complexes, faisant intervenir des acteurs plus variés et en plus grand nombre. Sur la période 2023-2025, les 12 bases aériennes auront remplacé 12 anciennes cabines et reçu 65 nouvelles : 31 typées chasse ; 13 typées avions de transport tactique ; 21 typées hélicoptères.

Loïc Salmon

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle