Le raid sur Dieppe, opération »Jubilee » le 19 août 1942

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350 | Dossier : « La guerre, le cas de l’Ukraine

Dossier : « La guerre, le cas de l’Ukraine »

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14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

Outre la défense et la résilience nationales, le défilé militaire du 14 juillet 2023 à Paris met à l’honneur l’engagement de la France envers ses partenaires étrangers.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 5 juin 2023.

Partenariats internationaux. Nation invitée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son partenariat stratégique avec la France, l’Inde participe au défilé avec des troupes à pied, 2 Rafale C (origine française) et 2 avons de chasse F-16 américains. Le défilé aérien inclut également 2 chasseurs Typhoon britanniques et 1 hélicoptère d’assaut Caïman italien. La Place de la Concorde accueille 80 musiciens venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne, de Grèce, de Hongrie, d’Italie, du Luxembourg, du Portugal, de la République tchèque et de Roumanie.

Opérations. Les 9 Alphajet de la Patrouille de France ouvre le défilé des forces aériennes nationales, suivis de 2 Rafale C et de 2 Mirage 2000 D accompagnés par les 2 Rafale C indiens. La protection de l’espace aérien est représentée par 1 avion E-3F Awacs (système de détection et de commandement aéroporté), 2 Mirage 2000-5, 1 Rafale B et 1 Rafale C. La défense du territoire européen l’est par 1 Rafale B, 1 Rafale C et 1 Mirage 2000-5, accompagnés des 2 Typhoons britanniques et des 2 F-16 indiens. Les forces aériennes stratégiques, chargées de la défense des intérêts vitaux par l’emport de l’arme nucléaire, participent avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A-330 Phénix et 3 Rafale B. La projection de force est montrée par 1 avion de transport stratégique A330-200, 1 avion de transport polyvalent A400 M Atlas, 1 avion de transport tactique et d’assaut C-130J Hercules et 2 avions de transport tactique CN-235 Casa. La force d’intervention est représentée par 1 avion ravitailleur C-135 et 4 Mirage 2000 D. Le groupe aérien embarqué du porte-avions Charles-de-Gaulle présente 1 avion de guet aérien E-2C Hawkeye, 8 Rafale Marine et 1 avion DA10. La patrouille maritime est représentée par 1 avion Falcon 50 M, pour la lutte contre les trafics illicites et la recherche et le sauvetage en mer, et par 2 Atlantique 2 utilisés également en opération extérieure. Le renseignement aérien est représenté par 1 drone de combat Reaper et 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance.

Anniversaires. L’édition 2023 célèbre quelques anniversaires : pour l’armée de Terre, les 30 ans du Commandement du renseignement, les 80 ans de la 2ème Brigade blindée et les 80 ans du Bataillon parachutiste de choc ; pour la Marine nationale, les 210 ans de la préfecture maritime de Brest ; pour l’armée de l’Air et de l’Espace, les 70 ans de la Patrouille de France ; pour la résilience, les 80 ans de la médaille de la Résistance française.

Parade militaire et civile. L’édition 2023 compte : 6.500 participants, dont 5.100 à pied ; 67 avions dont 1 drone, 28 hélicoptères dont le nouvel hélicoptère interarmées léger H160 Guépard ; 62 motos et 157 véhicules et engins dont le véhicule multi-rôles blindé léger Serval ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Outre les écoles des cadres militaires, défilent des unités des trois armées, du Commissariat, du Service de santé des armées, de la Gendarmerie, de la Délégation générale de l’armement et de la Direction de la maintenance aéronautique. Suivent des personnels de ministères de l’Intérieur, de la Justice et de l’Économie. Traditionnellement, la Légion étrangère ferme la marche.

Loïc Salmon

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

 




Technologie : guerre électronique, cyber et renseignement

Déjà champ d’action des opérations de brouillage dans un conflit armé, le spectre électromagnétique est devenu celui des cyberattaques dans les zones sous tensions et va renforcer celui du renseignement.

Ces thèmes ont fait l’objet d’un colloque organisé, en juin 2023 à Paris, par l’association Guerrelec avec la participation de spécialistes civils de haut niveau et des responsables militaires de rang élevé.

Le spectre électromagnétique. Pendant le salon européen Cysat sur la cybersécurité et le spatial, tenu à Paris les 26-27 avril 2023, une équipe de cybersécurité du groupe d’électronique de défense Thalès est parvenue à prendre le contrôle à distance d’un satellite de l’Agence spatiale européenne, au cours d’un exercice de simulation. Le code malveillant, qu’elle a introduit dans le système de bord, a modifié des images destinées à être transmises vers la terre et a masqué certains sites géographiques. Dès mars 2022 peu après le déclenchement de la guerre en Ukraine, des cyberattaquants russes ont perturbé le fonctionnement d’un satellite de télécommunications utilisé par les forces armées ukrainiennes. En outre, la Russie a harcelé les satellites militaires de la coalition pro-Kiev. Ainsi, son satellite espion Kosmos 2558 a attaqué à plusieurs reprises le système satellitaire français d’observation CSO (composante spatiale optique). Son mode opératoire consiste à approcher au plus près les sources d’émission de ses cibles pour en perturber les transmissions vers les stations de réception au sol. De son côté, la Chine travaille sur des techniques visant à rendre inopérants des satellites adverses en imitant leurs signaux de transmissions. Par ailleurs, selon l’association France Cyber Maritime, les cyberattaques contre le transport maritime ont considérablement augmenté depuis le début du conflit en Ukraine. Ainsi, le nombre d’incidents détectés et recensés a crû de 235 % entre 2020 et 2022. Certains correspondent à des demandes de rançons, d’autres sont dus à des hackers soupçonnés d’agir au service d’États, notamment la Russie.

Le conflit numérique des Spratleys. L’archipel de récifs et d’atolls des Spratleys en mer de Chine méridionale, zone riche en hydrocarbures et située sur la route des importations pétrolières chinoises, fait l’objet de contestations par la Chine, Taïwan, le Viêt Nam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. La guerre numérique pourrait dégénérer en conflit de haute intensité sur et sous la mer, sur les terres émergées, dans les airs, y compris à très haute altitude, et dans l’espace. Après la collecte de renseignements à distance et les actions coordonnées cyber et guerre électronique, les menaces indirectes possibles consistent en manœuvres et déploiement de missiles balistiques, de croisière ou hypersoniques multi-milieux aux frontières de l’archipel. Les menaces directes portent sur le déni d’accès à partir du continent ou de bases insulaires, sur des actes isolés depuis des espaces maritimes non contrôlés et sur des opérations à partir de la mer, de l’air et de l’espace. En cas de conflit armé, des alliances régionales semblent probables : OTAN et ASEAN (dix pays d’Asie du Sud-Est) ; coalitions particulières ; alliance Chine-Russie avec une contribution éventuelle de la Corée du Nord. Les domaines d’intérêt stratégique sont multiples : forces adverses et leurs zones de déploiement ; bases aériennes et navales ; occupation d’atolls des Spratleys et des Paracels ; zones frontières entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord, où sont concentrés commandement, forces et installations logistiques ; infrastructures dédiées au renseignement et à la surveillance, à savoir radars, centres de guerre électronique et d’actions cyber et enfin stations d’ancrage. Face à la Chine, la Russie et la Corée du Nord, les coalitions d’autres pays chercheront à garantir la liberté de navigation maritime et aérienne, maintenir l’accès aux ressources communes dans l’espace et le cyberespace, surveiller toute action militaire dans les différents milieux, anticiper et prévenir la montée aux extrêmes, enfin contrer par une gradation des moyens et des effets si la dissuasion s’est révélée insuffisante.

Le renseignement du futur. L’Agence de l’innovation de défense (AID) a tiré des enseignements de l’emploi du numérique dans la guerre en Ukraine. Alors que le système français Atlas de gestion et de transmissions automatiques d’informations, transmises par les équipes d’un régiment, donne l’ordre d’un tir d’artillerie en 1 minute 30 secondes, le logiciel ukrainien GIS-Art le déclenche…en 30 secondes ! Outre la diversité de ses recherches (voir encadré), l’AID s’intéresse au renseignement de demain. Le spectre électromagnétique évolue par suite de l’imbrication des usages des radars et des moyens de communication, de l’hybridation de ses emplois civils et militaires, de la généralisation du chiffrement et de l’agilité des émetteurs. Des opportunités apparaissent avec la miniaturisation des récepteurs et la polyvalence des senseurs. De nouvelles possibilités se présentent dans le domaine du renseignement pour la conception et l’exploitation de systèmes combinant les capacités étatiques et privées. Ainsi, des services spatiaux commerciaux proposent des imageries visible, infrarouge et de radar à synthèse d’ouverture (images en deux dimensions ou reconstitutions tridimensionnelles de paysages). D’autres collectent des fréquences radio et des signaux AIS (systèmes d’identification automatique entre navires de nuit, par temps de brume ou de faiblesse des échos radars). L’exploitation de ces données se fera par leur traitement massif à base d’intelligence artificielle et par l’augmentation des puissances de calcul. Il s’agit de développer, en synergie, les capacités en renseignement d’origine électromagnétique, guerre de la navigation (NAVMAR), cyber et autoprotection. La surveillance du spectre électromagnétique bénéficiera de divers développements : technologies quantiques, à savoir capteurs ultra-sensibles, simulateurs de comportements de systèmes, protection d’une information transmise par fibre optique et calculateurs hyperperformants ; future génération de capteurs spatiaux d’imageries visible et infrarouge ; imagerie hyper-spectrale à la résolution très supérieure à l’imagerie spatiale. Cela implique de préparer et d’optimiser les moyens de traitement et d’exploitation des données recueillies. L’AID a établi des feuilles de route au sein des domaines d’innovation. L’une concerne la persistance renforcée des capteurs, leur couverture géographique et l’extension de leurs fréquences au moyen de vecteurs autonomes, de drones et de constellations de nanosatellites. Une autre porte sur les traitements de plusieurs capteurs et de diverses sources par le développement d’outils de sources ouvertes et par la détection, la localisation et la caractérisation des interférences GNSS (positionnement par satellites). L’accélération de la boucle OODA (observer, orienter, décider et agir) permettra de produire du renseignement et de l’exploiter plus rapidement que l’adversaire. La multiplication de capteurs d’opportunités remplacera le petit nombre de capteurs spécialisés. Enfin, il faudra savoir traiter les flux de données et les partager par la connectivité. L’AID a mis en œuvre une « Red Team » regroupant des auteurs de science-fiction, qui imaginent de nouvelles menaces. Un scénario propose un casque de réalité virtuelle permettant à un pilote de drones d’observation de contrôler mentalement plusieurs engins et d’agréger les connaissances obtenues en temps réel, grâce à des filtres de synthèse cognitive pour traiter les flux de données.

Loïc Salmon

L’Agence de l’innovation de défense aborde un large éventail de domaines : études opérationnelles et technico-opérationnelles ; socle des technologies émergentes de défense ; supériorité informationnelle ; espace ; cyberdéfense et NAVMAR (guerre de la navigation) ; combat naval et lutte sous la mer ; combat aérien et frappe air-sol ; combat terrestre ; armes non cinétiques ; recherche académique, captation d’innovations et innovations d’usage.

La guerre électronique : nouvel art de la guerre

Défense : le cyber, de la conflictualité à la guerre froide

Indo-Pacifique : éviter l’escalade nucléaire malgré la compétition stratégique accrue




Histoire mondiale des porte-avions

Symbole de compétences techniques, le porte-avions est devenu un outil de projection de puissance, conventionnelle ou nucléaire, depuis la mer vers la terre, grâce à sa capacité de frappe sur les franges littorales où se concentre l’essentiel de l’activité humaine.

La dimension aérienne commence à jouer un rôle dans un affrontement naval pendant la guerre de Sécession américaine (1860-1865), quand les deux belligérants mettent en œuvre des ballons captifs depuis un navire à vapeur ou une barge pour observer les positions adverses. Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), l’armée de Terre japonaise déploie des ballons pour diriger les tirs des batteries, débarquées par la Marine, contre des navires russes bloqués dans la rade de Port-Arthur. Durant la première guerre mondiale, l’hydravion puis l’avion remplacent l’aérostation pour éclairer une flotte et améliorer la précision des tirs des croiseurs et cuirassés. Plus puissant, plus rapide, l’avion repousse l’horizon, chasse les moyens aériens ennemis et bombarde les infrastructures côtières. Pour l’employer en mer, un bâtiment dédié est mis au point avec une plateforme pour l’appontage et le décollage. Destiné au début à accompagner une flotte, ce « porte-avions » devient, en 1919, un bâtiment d’escadre qui peut l’emporter sur un cuirassé dans une bataille décisive. Son groupe aérien découvre l’ennemi, règle le tir de l’artillerie navale, endommage la flotte adverse et repère les sous-marins. La Grande-Bretagne partage alors l’expérience acquise avec ses alliés de l’époque, les États-Unis, la France et le Japon. Ce dernier construit la première flotte de petits porte-avions rapides de moins de 10.000 t. Les États-Unis optent pour des unités de 15.000-20.000 t. Pour la France, l’Italie, l’Espagne et l’Australie, les porte-avions ou transports d’hydravions constituent des auxiliaires d’escadre, dont les performances des appareils restent insuffisantes face aux chasseurs ennemis. En novembre 1940 à Tarente, des bombardiers britanniques embarqués coulent deux cuirassés italiens à la torpille et en endommagent un troisième. La Marine japonaise s’en inspire ainsi que des grands exercices navals américains à Hawaï pour lancer, en décembre 1941, des vagues aériennes d’assaut qui réalisent le même score à Pearl Harbor et anéantit l’aviation américaine à terre. Grâce à ses porte-avions, au radar, au renseignement et à la chance, les États-Unis passent à l’offensive en 1942. Dans le Pacifique, les groupes de porte-avions soutiennent les opérations amphibies, frappent des objectifs navals ou terrestres et soumettent le Japon à des raids dévastateurs. En Atlantique, ils défendent les convois contre les sous-marins et les bombardiers terrestres allemands. Après 1945, les inventions de la piste oblique, de la catapulte à vapeur et du miroir d’appontage permettent le déploiement d’appareils à réaction, pour augmenter l’allonge, et d’avions de guet aérien pour accroître la visibilité au large. Entre 2005 et 2022, douze Marines lancent ou mettent en service 29 plateformes : 2 porte-avions à catapultes et brins d’arrêt (États-Unis et Chine) ; 3 porte-aéronefs à tremplin et brins d’arrêt (Inde et Chine) ; 9 porte-aéronefs pour décollage et atterrissage court et vertical (États-Unis, Grande-Bretagne, Italie et Espagne) ; 15 porte-hélicoptères (France, Japon, Corée du Sud, Égypte, Australie, Chine et Brésil). Depuis, la Chine a annoncé la construction de deux porte-avions à catapultes électromagnétiques, la Russie celle de deux porte-hélicoptères amphibies et d’un porte-avions à catapultes électromagnétiques et la France l’étude d’un porte-avions de 75.000 t à catapultes électromagnétiques et doté du système combat aérien futur avec drones. La Turquie va aligner deux plateformes d’emport d’hélicoptères et de drones.

Loïc Salmon

« Histoire mondiale des porte-avions » par Alexandre Sheldon-Duplaix. Éditions E-T-A-I, 240 p., nombreuses photos, 49 €.

Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

 




Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

La sûreté aérienne met en œuvre des radars de surveillance et des centres de détection et de contrôle ainsi que des avions de chasse, des hélicoptères et d’autres moyens. Elle a été renforcée lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, tenu du 19 au 25 juin 2023 au Bourget (région parisienne).

Le général Étienne Faury, commandant de la brigade aérienne de la posture permanente de sûreté-Air (PPS-Air, police du ciel), a présenté, le 15 juin 2023 à Paris, le dispositif de sécurisation aérienne.

Le dispositif particulier de sûreté. Lors de la visite d’un chef d’État ou d’un grand évènement, un dispositif particulier de sûreté aérienne est déployé. Il consiste à renforcer, de façon ponctuelle et localisée, les moyens de défense aérienne sans dégrader la PPS-Air, L’armée de l’Air et de l’Espace crée alors une zone interdite à tous les aéronefs à certains horaires pour éviter toute perturbation de l’événement. Ce dispositif particulier inclut des interactions interarmées et interministérielles avec la Direction générale de l’aviation civile, les différentes préfectures et la Direction générale de la sécurité intérieure plusieurs mois à l’avance. La sécurité commence dès le décollage d’un aéronef et implique une coordination entre différents aérodromes. Les moyens d’alerte en vol s’interposent, identifient et, si besoin, détournent ou arraisonnent tout appareil intrus. Puis, les forces de sécurité intérieures interviennent pour les suites judiciaires.

La protection du salon du Bourget. Le Salon du Bourget, qui accueille 2.400 exposants et plus de 300.000 visiteurs, inclut des démonstrations en vol. Le dispositif PPS-Air intègre alors les participations du groupe ADP (Aéroports de Paris) et des organisateurs. Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes évalue les menaces : détournement d’un avion de ligne, très peu probable en raison des mesures de sécurité au sol et dans les aéroports ; avions légers égarés, protestant contre l’événement ou ayant l’intention de nuire ; drones envoyés par des gens curieux ou contestataires. Le nombre de survols des zones interdites est alors limité pour protéger les démonstrations en vol et éviter les accidents. Les moyens aériens en alerte varient selon les besoins : avion E-3F AWACS (système de détection et de commandement aéroporté) pour la surveillance de zone ; drone de combat Reaper ; Rafale ou Pilatus PC21 pour lever le doute, s’interposer et contraindre un appareil intrus à se poser ; hélicoptère Fennec. Au sol, la protection inclut des moyens complémentaires en fonction des conditions météorologiques et du nombre d’appareils pouvant arriver : missile ASMP-T de moyenne portée ; système de missile sol-air Crotale de courte portée ; lutte anti-drones ; guet à vue ; détachement de liaison sur chaque aéroport de Paris pour coordonner les démonstrations en vol du salon avec les décollages, sous certaines conditions, des avions usagers.

La lutte anti-drones. La brigade PPS-Air travaille avec la Gendarmerie des transports aériens et la Préfecture de police de Paris pour protéger le site, les spectateurs et les démonstrations aériennes de drones, dont la menace évolue avec la technologie. Les systèmes Bassalt (radars et caméras) fonctionnent jour et nuit. La Gendarmerie déploie des véhicules pour compléter la détection. Des systèmes « aéroscopes » voient 95 % des trafics. Les systèmes de brouillage Dedrone et ceux montés sur des fusils s’insèrent dans les bandes de fréquences et immobilisent les drones. Règlements et procédures les complètent. Une base aérienne a été projetée sur le site du Bourget pour loger 400 personnels pour la défense sol-air, la protection au sol des aéronefs, la lutte anti-drone, le poste de commandement dans la préfecture et celui pour la lutte anti-drones, le tout en liaison avec le Centre national des opérations aériennes à Lyon-Mont Verdun.

Loïc Salmon

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Drones : menaces aériennes à très basses altitudes

Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

 




Indo-Pacifique : éviter l’escalade nucléaire malgré la compétition stratégique accrue

Russie, Chine, Inde, Pakistan et Corée du Nord, détenteurs de l’arme nucléaire et aux intérêts stratégiques divergents, fondent leur dissuasion sur l’ambiguïté, mais adoptent des mesures pour réduire le risque de conflit nucléaire dans la zone Indo-Pacifique aux territoires contestés.

Emmanuelle Maitre, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans une note publiée en mars 2023 à Paris. L’accord militaire AUKUS, conclu entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis en septembre 2021, témoigne de la compétition stratégique dans la zone. En effet, la Chine développe son arsenal nucléaire sur les plans quantitatif et qualitatif et la dissuasion nucléaire de la Corée du Nord devient opérationnelle.

Les arsenaux. Selon le rapport annuel 2021 de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les États-Unis disposent de 5.550 têtes nucléaires, réparties entre les composantes terrestre, aérienne et sous-marine, chiffre en diminution par rapport à l’année précédente. Cette tendance apparaît aussi pour la Russie, qui compte 6.255 têtes réparties entre les mêmes composantes. Les chiffres restent stables pour trois pays : France, 290 ogives (composantes aérienne et sous-marine) ; Grande-Bretagne, 225 ogives (composante sous-marine) ; Israël, 90 ogives (composantes terrestre, aérienne et probablement sous-marine). En revanche, ils progressent pour quatre pays asiatiques : Chine, 350 têtes (composantes terrestre, aérienne et sous-marine) ; Pakistan, 165 têtes (composantes terrestre et aérienne) ; Inde, 156 têtes (composantes terrestre, aérienne et sous-marine) ; Corée du Nord, 45 ogives (composantes terrestre et sous-marine). Les diplomates chinois, indiens et pakistanais répètent régulièrement que la maîtrise des armements ne doit être envisagée que si elle ne diminue en rien la sécurité d’aucune des parties (voir encadré). En conséquence, souligne Emmanuelle Maitre, Chine, Inde et Pakistan considèrent certaines propositions en ce sens comme inacceptables, vu qu’ils estiment ne pas avoir encore développé de capacités suffisantes à leur protection. En raison d’intérêts militaires, politiques ou de prestige, la constitution d’une force de dissuasion nucléaire vise à renforcer davantage les capacités de défense, plutôt qu’à réduire la menace adverse. En outre, l’asymétrie des arsenaux conduit généralement le pays le plus faible à refuser toute mesure susceptible de pérenniser son infériorité et le pays le plus fort à rejeter tout cadre juridique prévoyant l’égalisation de capacités. Cela s’observe entre l’Inde et la Chine et entre l’Inde et le Pakistan. De plus, la Chine et l’Inde excluent d’envisager des limites à leurs arsenaux, alors que les États-Unis et la Russie continuent de posséder des arsenaux très importants. La supériorité des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine se manifeste par leurs armes stratégiques, missiles à vocation duale de portée intermédiaire, armes nucléaires tactiques, défense antimissile et capacité de frappe conventionnelle à longue portée. La Chine estime que sa participation à un traité, similaire à celui sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI, 1987-2019) entre les États-Unis et l’l’URSS puis la Russie, éliminerait 95 % de ses capacités missiles sans contrepartie notable. La Chine craint une première frappe massive des États-Unis, dont la Russie redoute la défense antimissile. Le mélange des armes conventionnelles et nucléaires par la Chine inquiète les États-Unis, dont la Russie souligne le développement de nouveaux types d’armes nucléaires.

Les doctrines. Pendant la guerre froide (1947-1991), les États-Unis et l’URSS ont choisi une stratégie de volume et de redondance, qui leur a permis de disposer d’arsenaux nucléaires massifs. Par la suite, les efforts de Washington et de Moscou en faveur de la non-prolifération ont été perçus comme leur volonté de conserver leur hégémonie, indique Emmanuelle Maitre. En outre, tous les États d’Asie se méfient des exemples de maîtrise des armements tirés de l’Occident et estiment les expériences européennes ou américano-russes inadaptées à leurs cultures stratégiques nationales. Pour l’Inde, l’arsenal nucléaire joue surtout un rôle politique vis-à-vis du Pakistan, avec qui toute ouverture diplomatique peut être interprétée comme un signe de faiblesse du gouvernement en place. Pour le Pakistan, son infériorité en armement conventionnel justifie le rôle de l’arme nucléaire dans la politique de défense et toute négociation passerait pour une concession indue. Afin de garantir la survie de son arsenal nucléaire, la Chine entend l’accroître et rester discrète sur ses armes et leurs sites de déploiement. La visite d’inspecteurs internationaux et l’envoi de notifications sont perçus comme des risques pour la crédibilité de la dissuasion…en rendant possible une première frappe adverse dévastatrice ! En outre, les décisions des États-Unis de mettre fin à des régimes de maîtrise des armements (Traités ABM, FNI et Open Skies) sont interprétées comme des reniements pour maximiser leur puissance. La maîtrise des armements est décrite comme un outil de pouvoir, pour prolonger leur avantage sur les puissances émergente et non pas pour rechercher des intérêts mutuels pour accroître la sécurité commune. Pour la Corée du Nord, la maîtrise des armements permet de gagner du temps et de poursuivre ses intérêts de sécurité sans concession majeure.

Les cadres bilatéraux. En dehors des accords multilatéraux ou unilatéraux de maîtrise des armements, précise Emmanuelle Maitre, les États asiatiques détenteurs de l’arme nucléaire ont adopté des mesures de confiance, non contraignantes, pour réduire les risques. Depuis 1991, un accord entre l’Inde et le Pakistan permet l’échange d’informations sur les coordonnées de leurs installations nucléaires. La même année, un deuxième accord porte sur la pré-notification des exercices militaires, manœuvres et mouvements de troupes et un troisième sur la prévention de violations des espaces aériens nationaux. Un accord de 2005, reconduit en 2011, exige la notification, avec 72 heures de préavis, des tirs de missiles balistiques et limite leurs trajectoires et les zones d’impact visées. Un autre concerne les risques d’accidents liés aux armes nucléaires. Comme avec le Pakistan, l’Inde connaît des tensions frontalières avec la Chine. Dans les années 1990, New Delhi et Pékin ont adopté des mesures de confiance, sans aborder le niveau nucléaire, pour limiter ces tensions par l’interdiction d’exercices majeurs à la frontière ou d’ouvrir le feu le long de la ligne de contrôle et par la mise en place d’une communication opérationnelle. En 1994, la Chine et la Russie ont signé une déclaration mutuelle de non-emploi de l’arme nucléaire en premier et de non-ciblage. Un accord de 2010, renouvelé en 2020 pour dix ans, porte sur la notification, avec un préavis de 24 heures, d’un tir de missile balistique de plus de 2.000 km de portée ou d’un lancement spatial. Enfin, des mesures de confiance existent entre la Chine et les États non nucléaires, à savoir le Japon, la Corée du Sud et l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (dix pays).

Loïc Salmon

Il existe neuf traités et mécanismes de maîtrise des armements : Traité sur l’espace ; Traité de non-prolifération (TNP) ; Convention d’interdiction des armes chimiques (CIAC) ; Convention d’interdiction des armes biologiques et des toxiques (CIABT) ; Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) ; Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC) ; Convention sur la sécurité nucléaire (CSN) ; Convention sur la protection physique des matières nucléaires (CPPMN) ; Convention sur la notification des accidents nucléaires (CNAN). La Russie a ratifié tous ces traités et adhère à tous ces mécanismes. La Chine n’a pas ratifié le TICE et n’adhère pas au HCoC. Le Pakistan n’a pas ratifié le TNP ni le TICE et n’adhère pas au HCoC. L’Inde n’a pas ratifié le TNP ni le TICE. La Corée du Nord a ratifié uniquement le Traité sur l’espace.

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Indo-Pacifique : convergence stratégique possible entre les Etats-Unis et la France

Indo-Pacifique : les partenariats de sécurité des Etats insulaires




Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027

Dans le cadre d’un conflit de haute intensité, le Plan d’accompagnement des blessés pour la période 2023-2027 vise à s’inscrire dans la culture des forces morales, indispensable aux armées.

Il a été présenté le 10 mai 2023 à Paris par Patricia Miralles, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées chargée des anciens combattants et de la mémoire.

« La capacité de notre ministère à ne laisser personne sur le borde de la route, dit-elle, à accompagner ses combattants d’hier et d’aujourd’hui, quelle que soit leur situation, est un gage pour leur engagement à long terme dans nos forces. Une armée qui ne prendrait pas soin de ses blessés ne saurait être une armée prête à répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. » Ce Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 est mis en œuvre conjointement par l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration, les états-majors d’armée, les directions et services interarmées et les établissements publics concernés du ministère des Armées.

Droits et simplification administrative. La loi Brugnot, dite « jurisprudence Brugnot », permet aux militaires d’obtenir réparation pour les préjudices subis pendant l’exercice de leurs fonctions. Elle prend en charge les blessures et maladies que leur pension militaire d’invalidité (PMI) ne va pas couvrir. Grâce à elle, même les militaires qui ne bénéficient pas d’une PMI peuvent demander une indemnisation pour les préjudices subis. Le Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 prévoit six mesures spécifiques pour faciliter l’accès aux droits. La première concerne la demande unique pour une PMI-Brugnot avec possibilité de faire la démarche sur papier ou en ligne pour simplifier l’expertise, afin de la rapprocher d’une expertise unique à terme. La deuxième met en œuvre un « coffre-fort numérique » pour pouvoir déposer, stocker et retrouver les pièces justificatives. La troisième mesure consiste à instruire systématiquement le renouvellement d’une PMI arrivée à échéance, sans solliciter une démarche formelle. La quatrième met en œuvre un dispositif de réparation intégrale pour les militaires blessés du fait d’un évènement de guerre ou lors d’une mission opérationnelle. La cinquième mesure porte sur la mise en place du site internet « Maison numérique des blessés et de leur famille » pour centraliser l’information sur tout le parcours administratif et de reconstruction et de donner la possibilité, à terme, de réaliser l’ensemble des démarches en ligne. La sixième qualifie de « maladie professionnelle » certaines pathologies déclenchées à partir d’un volume ou d’une durée d’activités particulières comme les sauts en parachute ou les plongées sous-marines.

Reconstruction et accompagnement. Le Plan d’accompagnement des blessés 2023-2027 prévoit six autres mesures pour les militaires concernés et leur famille. La première met en œuvre le « village des blessés », pôle de réhabilitation de l’Institution nationale des Invalides, et ouvre dix « maisons Athos » pour les blessés psychiques, dont au moins une en Outre-mer, pour offrir un maillage territorial complet. La deuxième mesure vise à faciliter l’attribution de la « majoration tierce personne », dès que les infirmités pensionnées sont la cause déterminante du besoin d’assistance. La troisième renforce la sensibilisation de tous, surtout les commandants d’unités et les familles, sur le syndrome de stress post-traumatique. La quatrième mesure a pour ambition d’augmenter la part des blessés dans les emplois réservés des forces armées et de renforcer l’action de l’agence de reconversion professionnelle « Défense mobilité ». La cinquième enclenche le financement des prothèses de sport à but exclusivement sportif et autres équipements sportifs en faveur des titulaires de PMI. La sixième mesure vise à développer les dispositifs d’accueil des familles éprouvées, comme les « maisons des familles » au sein des hôpitaux d’instruction des armées.

Loïc Salmon

Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

Blessés psychiques : « ATHOS », la proximité contre la solitude

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy




Russie : confit en Ukraine, mobilisation partielle et fragilités

Durant l’hiver 2022-2023, les forces armées russes ont repris l’initiative. Elles limitent leurs frappes aériennes à distance de sécurité, portent leurs efforts sur le combat terrestre et accroissent leurs effectifs par une mobilisation partielle. Toutefois, la base industrielle et technologique de défense peine à suivre.

Dans une note publiée en région parisienne en avril 2023 par la Fondation pour la recherche stratégique, Philippe Gros, maître de recherche, et Vincent Tourret, chercheur associé, fondent leur analyse sur les sources ouvertes et la littérature technico-militaire russe, mais restent prudents en raison de la propagande des deux camps, des informations erronées et des lacunes dans les données disponibles.

Absence de supériorité aérienne. Lors du déclenchement de la guerre (24 février 2022), les forces aérospatiales russes (VKS) pouvaient déployer 300 avions de combat et environ 300 hélicoptères, souvent assez modernes, face à la centaine d’appareils et aux systèmes de défense anti-aérienne, vieillissants et parfaitement connus, de l’armée de l’Air ukrainienne. Pourtant, celle-ci a contraint les VKS à une posture largement défensive, voire passive, par des vols rasants et nocturnes, en deçà de la couverture radar, et par des frappes, sommaires mais efficaces, sur les bases aériennes russes. L’attrition qui s’ensuivit a dissuadé les VKS de s‘engager trop profondément dans l’espace aérien ukrainien. Selon la conception soviétique puis russe, l’aviation se réduit à une artillerie aéroportée, complémentaire de l’arsenal balistique pour la frappe en profondeur contre les centres de commandement et de conduite, aérodromes et systèmes anti-aériens stratégiques. En outre, elle doit protéger les systèmes de défense anti-aériens russes et saturer l’adversaire par ses feux, sans tenter de maîtriser l’espace de la manœuvre aérienne. La doctrine russe préconise le canon, la roquette, le missile et la guerre électronique pour percer des « corridors aériens » permettant le passage de l’aviation. Elle a privilégié le développement des missiles à longue portée Tochka-U et Iskander, pour des tirs à distance de sécurité depuis les bombardiers lourds Tu-160, Yu-95 et Tu-22, et le maintien d’un stock de bombes et de roquettes, non guidées et moins coûteuses, pour les bombardiers légers Su-30, Su-34 et Su-35. Par ailleurs, les équipages d’avions de combat ne volent qu’une centaine d’heures par an, contre 180 heures selon le standard OTAN, et les exercices avec des munitions guidées restent trop limités. En conséquence, les 66 hélicoptères et 67 avions russes déjà abattus ont entraîné la mort de 127 personnels navigants, dont 105 officiers. En outre, les appareils russes nécessitent une maintenance complexe, aggravée par le manque de pièces de rechange, une externalisation incohérente, un personnel insuffisamment qualifié et une documentation obsolète. Les frappes aériennes contre les villes et les infrastructures ukrainiennes critiques ou les dépôts de carburants et les lignes de communications dénotent un manque de stratégie d’interdiction basée sur les effets, vu la superficie de l’Ukraine, le nombre de ses infrastructures à cibler et sa capacité à réparer les matériels détruits. Le maintien des salves de missiles dans la durée dépend des stocks et de la production. De plus, les VKS ne disposent pas de capacités ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) pour le ciblage d’opportunité sur des objectifs délocalisables, comme les PC tactiques, ou liés aux activités d’une infrastructure. Dans le domaine spatial, la capacité de renseignement d’origine image varie entre l’obsolescence, voire la fin d’activités, des trois satellites Persona, l’échec de la mise en orbite des minisatellites Razbeg et le retard des deux grands programmes de remplacement : la famille de satellites de reconnaissance optique Razdan, équivalente au KH-11 américain ; la constellation de minisatellites de surveillance de la terre tout temps Berkut.

Effectifs terrestres affaiblis. Le volume des pertes russes depuis le début de la guerre s’avère difficile à évaluer. L’État-major de l’Union européenne les estiment à 60.000 morts et 250.000 blessés. Selon la terminologie russe les « pertes irrémédiables » incluent les morts, les prisonniers et les portés disparus, les blessés étant comptabilisés par le Service de santé. Le nombre des prisonniers aux mains des Ukrainiens se monterait à plusieurs milliers. En outre, il convient de tenir compte des milliers de soldats russes qui refusent de servir, préférant la sanction disciplinaire à la mort ou ne voulant pas tuer des Ukrainiens dans une guerre qu’ils estiment injustifiée. Pendant les premières semaines de guerre, de lourdes pertes ont été constatées parmi les unités les plus expérimentées, à savoir les « Spetsnaz » (forces spéciales), les parachutistes et l’infanterie de Marine. Le corps des officiers a été particulièrement touché, de l’ordre de 6.000 à 16.000 mis hors de combat (tués ou blessés graves). Or selon la doctrine russe du « commandement par un seul homme », les officiers assurent aussi une grande partie de l’expertise technique et de l’encadrement, fonctions confiées…aux sous-officiers dans les armées occidentales. Pour rétablir la parité numérique avec les forces armées ukrainiennes, le Kremlin a décidé une mobilisation partielle de 300.000 hommes, auxquels il faut ajouter les 50.000 repris de justice recrutés par la société paramilitaire privée Wagner. Mais ce flux de volontaires s’est tari après la mise hors de combat de 30.000 d’entre eux, dont 9.000 tués. Plus de 70 % des soldats mobilisés seraient inaptes au combat pour diverses raisons. D’abord, la formation initiale de deux semaines est considérée comme inadaptée et insuffisante. Démotivée, la plupart des recrues ne croit guère à la propagande sur la « dénazification » de l’Ukraine ni à l’objectif affiché de sa « démilitarisation ». Les troupes, souvent composées de conscrits, ne sont pas encadrées par des soldats plus expérimentés. S’y ajoutent les actes de sabotage, intentionnels ou non, les défaillances du Service de santé, le manque d’appui d’artillerie et l’insuffisance des moyens de communications.

Érosion de l’armement lourd. Au début des hostilités, les forces armées russes disposaient de 7.000 chars, dont 1.200 à 1.600 auraient été engagés, de la fourniture de 250 chars neufs par an et de 700 réparés et stockés. Depuis, elles en auraient déjà perdu 3.000 au combat, en panne définitive ou « cannibalisés ». Le maintien en condition opérationnelle (MCO) a surtout porté sur les chars anciens, moins compliqués à moderniser. En 2021, l’artillerie disposait de 4.000 canons automoteurs, 12.000 canons tractés et plus de 3.000 lance-roquettes en stocks. Elle pouvait déployer en opération 2.000 canons automoteurs (1.750 de 152 mm), 150 canons tractés, 1.000 lance-roquettes multiples (LRM) et 1.500 mortiers lourds. Selon la doctrine en vigueur sur la tactique, la manœuvre terrestre emploie l’artillerie comme effecteur principal et non pas comme appui des unités de mêlée. Déjà, les pertes sont estimées à 360 canons automoteurs, 180 LRM et 185 mortiers lourds et canons tractés. S’y ajoutent celles en artilleurs (25 % d’officiers), en drones (guidage et correction des feux) et dans le ravitaillement en munitions. L’inefficacité, voire l’absence, de l’artillerie d’appui a été compensée par les tirs des chars. Le rationnement des munitions de l’artillerie résulte de la baisse de production et des mauvaises conditions de leur stockage à l’air libre, où les grands écarts de température dégradent les charges propulsives. Par ailleurs, le rythme des salves accélère l’usure des pièces. Au-delà de 2.000 coups par canon, le tube risque de se déformer et donc de réduire la précision puis, à terme, d’éclater. Les pertes au combat et les déficiences du MCO auraient provoqué des diminutions des parcs : 45% pour les chars ; 40 % pour les véhicules blindés ; 30 % pour l’artillerie ; 25 % pour les LRM. Cette réduction de la puissance de feu ne permet plus aux forces russes les mêmes tactiques de manœuvre.

Loïc Salmon

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Ramsès II de retour à Paris

Avec un règne de 67 ans, le plus long de l’Égypte ancienne, Ramsès II reste aussi le seul pharaon dont la momie a reçu, à Paris en 1976, les honneurs militaires… de la Garde républicaine française !

La Grande Halle de la Villette accueille l’exposition « Ramsès II & L’or des pharaons » (7 avril-6 septembre 2023), la deuxième à Paris dédiée au souverain égyptien le plus connu dans le monde après Toutankhamon. La première, intitulée « Ramsès II le Grand » et visitée par des centaines de milliers de personnes, s’était tenue au Grand Palais en 1976. Elle avait été organisée lors du traitement de la momie de Ramsès II, pendant huit mois au musée de l’Homme, laquelle commençait à se dégrader dans le musée des Antiquités du Caire. La Garde républicaine, casquée et sabre au clair, lui avait rendu hommage le 26 septembre à l’aéroport du Bourget. Le cortège était ensuite passé devant l’obélisque de la Place de la Concorde.

Le guerrier. Dès le début de son règne, Ramsès II (né en 1304 avant J.-C et décédé en 1213 avant J.-C.) doit repousser les invasions nubiennes au Sud, les attaques des forces libyennes à l’Ouest et les assauts des Hittites en Syrie. Il met aussi fin aux pillages du littoral méditerranéen par les pirates shardanes, qui donneront leur nom à l’île de la Sardaigne. Nommé capitaine à un très jeune âge, Ramsès accompagne son père Séthi 1er sur les champs de bataille. Adolescent, il commande en second et combat avec son père en Libye et en Palestine. Pharaon à 25 ans, il conduit des opérations en Nubie (Soudan actuel), accompagné de ses jeunes fils. Au cours de son rège, il dispose d’une armée estimée à 20.000 hommes, armés principalement d’arcs et de flèches. En équilibre debout sur les chars ou en formation à pied, les archers déciment les ennemis sous des pluies de flèches. Très rapides, les chars tirés par de chevaux constituent les plus mortelles machines de guerre. Ils auraient été introduits en Égypte environ 1.600 ans avant J.-C. par les Hyksôs, présentés comme des envahisseurs venus du Nord-Est. La bataille de Qadesh, l’une des plus célèbres de l’Antiquité, se déroule probablement vers 1274 avant J.-C. au Sud-Ouest de la Syrie actuelle. L’armée de Ramsès qui compte 20.000 hommes, dont 16.000 fantassins et 2.000 chars, affronte les forces hittites composées d’environ 50.000 hommes, dont 40.000 fantassins et 3.700 chars. Elle a intégré des guerriers nubiens, libyens et shardanes enrôlés lors des précédentes conquêtes. L’issue étant indécise, le roi hittite Muwatalli II demande une trêve. Pour dénombrer les morts, les Égyptiens coupent une main de chaque Hittite tué au combat. Un traité, le premier à être mentionné dans l’Histoire, instaure la paix dans la région pour près d’un siècle.

Le bâtisseur. Pendant le règne de Ramsès II, l’Égypte jouit d’une supériorité militaire régionale. Ses monuments et ses temples en racontent les batailles et le présentent toujours comme vainqueur, même s’il a perdu ou a battu en retraite. Les prisonniers de guerre participent de force à leur construction. Après l’achèvement des temples de son père Séthi, Ramsès bâtit, usurpe et modifie de nombreux temples, monuments et statues. Il établit la ville royale de Pi-Ramsès sur une branche du Nil à proximité d’Avaris, ancienne capitale des Hyksôs, et érige notamment les temples de Karnak, de Louxor, d’Abydos et d’Abou Simbel. Pour les sauver de l’inondation consécutive à la construction du futur barrage d’Assouan, les temples d’Abou Simbel ont été déplacés de 180 m et surélevés de 64 m, grâce à une campagne internationale lancée par l’UNESCO en 1960. Les travaux ont duré quatre ans et demi, sous la direction de l’égyptologue française Christiane Desroches Noblecourt.

Loïc Salmon

L’exposition « Ramsès II & L’or des pharaons » présente statues, sarcophages, masques royaux, bijoux, armes et momies d’animaux. Une « réalité virtuelle immersive » permet de visiter les temples d’Abou Simbel, dédiés à Ramsès II, et la tombe de la reine Néfertari, son épouse préférée. Visites guidées possibles. Renseignements : www.expo-ramses.com

Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine

Exposition « L’épopée du canal de Suez » à l’Institut du monde arabe à Paris