DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Face à la prolifération de missiles sur les théâtres d’opérations en cours, la Délégation générale de l’armement (DGA) développe de nombreux systèmes de défense, mis en œuvre principalement par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE).

La défense aérienne, de la basse à la très haute altitude, a été présentée à la presse le 14 novembre 2024 à Paris par l’ingénieur en chef de 2ème classe Christophe Cabaj, architecte capacitaire défense surface-air à la DGA, et le lieutenant-colonel Jérémy Gueye, adjoint sol-air du général commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse.

Menaces et neutralisations. Le spectre des menaces s’étend de l’essaim de micro-drones aux planeurs hypersoniques, indique l’ingénieur en chef Cabaj. Leurs caractéristiques varient : drones et munitions téléopérés, vitesses de 100 à 200km/heure, rayon d’action de 1.000 km et altitude jusqu’à 10.000 m ; hélicoptères et aéronefs, 150-1.000 km/h, altitude jusqu’à 20 km ; missiles de croisière, jusqu’à 1.000 km/h sur 1.000 km en vol à basse altitude en suivi de terrain ; missiles balistiques, plusieurs km/seconde en vol exo-atmosphérique et manœuvre en phase de pénétration sur des distances de 300 à 3.000 km ; missiles hypersoniques, plusieurs km/seconde en vol sur plus de 1.000 km avec des manœuvres en phase extra-atmosphérique et phase de pénétration. Ces menaces, de plus en plus furtives, peuvent brouiller et leurrer les systèmes de défense. La défense surface-air contribue à la maîtrise du ciel, depuis le sol ou la mer, et protège les points fixes, la manœuvre de la force terrestre et les opérations navales, dont celle du Groupe aéronaval, contre tout type de menaces. Elle doit détecter les cibles, les classifier en « amies » ou « ennemies » en caractérisant leur nature et, le cas échéant, les détruire par de l’artillerie ou des missiles de défense aérienne. La DGA et les armées ont choisi une approche de couches de solutions pour la lutte anti-drones et contre les intrus à très courte, courte et moyenne portées (photo). Chaque couche dispose de ses propres senseurs de détection (radars et moyens optiques au sol ou embarqués sur des navires ou des aéronefs) et systèmes C2 (commandement et contrôle) pour la classification et la décision du tir. Celle-ci peut être prise en quelques secondes, notamment contre les missiles de croisière. Un C2 de haut niveau organise la coordination des feux et choisit le meilleur effecteur à engager selon le type d’intrus : artillerie antiaérienne contre drone et aéronef jusqu’à 5 km ; missile Mistral à très courte portée contre drone, aéronef et missile de croisière subsonique jusqu’à 8 km ; missiles VL Mica, VL Mica nouvelle génération et Aster 15 contre aéronef et missile de croisière supersonique jusqu’à 50 km ; missiles Aster 15 et 30 contre aéronef et missile de croisière et missile balistique à courte portée jusqu’à 150 km ; missiles Aster 30 et 30 B1NT (livrables à partir de 2026), contre missile hypersonique et missile balistique à moyenne portée pour une interception au-delà de 20 km d’altitude.

Progressivité de la défense. La défense surface-air s’articule en trois axes, précise le lieutenant-colonel Gueye. La « Posture permanente de sûreté aérienne » (PPSA), consiste en la surveillance de l’espace aérien national avec un maillage dense de radars et le décollage d’avions de chasse sous très court préavis pour assister des aéronefs en détresse ou intercepter des missiles de croisière ou des avions de combat. Des hélicoptères Fennec peuvent intercepter des aéronefs. La PPSA est renforcée par un maillage de surveillance plus serré et des moyens d’interception plus importants lors de grands événements (80ème anniversaire du Débarquement en Normandie et Jeux Olympiques à Paris en 2024), en coordination avec la police et la gendarmerie. La défense sol-air est déployable en opération extérieure ou pour aider un pays tiers (système Mamba en Roumanie depuis 2022 et Marine nationale en mer Rouge depuis 2023).

Loïc Salmon

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Afrique : perspectives économiques et nouveaux risques

Riche en métaux stratégiques, atouts majeurs pour son développement, l’Afrique doit faire face aux risques de conflits pour les ressources et de migrations massives liées au dérèglement climatique.

Ce thème a été traité lors d’un colloque organisé, le 3 octobre 2024 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : Émilie Normand, spécialiste de la géopolitique de l’énergie et des minerais critiques ; Alain Antil, chercheur et directeur du Centre Afrique subsaharienne à l’Institut français des relations internationales ; Mathieu Mérino, chercheur Afrique de l’Ouest/bande saharo-sahélienne à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Ruée vers les métaux critiques. D’après l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de cobalt devrait être multipliée par 2 et celle de lithium par 7,3 en 2050, surtout pour les technologies vertes, indique Émilie Normand. De son côté, le ministère américain de l’Énergie a publié une étude sur les risques d’approvisionnement des métaux dits critiques pour la période 2020-2025. Ils sont élevés pour le dysprosium, le cobalt, le gallium, le graphite, l’iridium et le terbium, moyens pour le lithium, le nickel, le magnésium, le platine et l’uranium, mais faibles pour le cuivre, le titanium, le silicium, le manganèse, le phosphore et l’aluminium. Selon diverses sources, l’Afrique produit 82,6 % du platine en 2022, 73 % du cobalt, 69,2 % du tantale, 65 % du manganèse, 56,3 % du chrome, 26,5 % des bauxite/aluminium, 16,4 % du graphite et 15,7 % du cuivre, mais seulement 3,4 % du nickel, 1 % du lithium et 0,9 % des terres rares. La République démocratique du Congo dispose d’importantes réserves de cobalt et l’Afrique du Sud de platine, mais attirent moins d‘investissements pour la prospection, lesquels se diversifient avec l’ouverture de mines dans une trentaine d’autres pays africains avec une prédominance de l’or, du cuivre et du diamant et une montée en puissance de l’intérêt pour les « nouveaux » minerais comme le lithium, les terres rares, le nickel et le graphite. Quoique sans expérience minière, certains pays émergent, notamment le Mali, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Sur la période 2009-2019, le secteur minier, artisanal à 80 %, représente 8,3 % du produit intérieur brut de l’Afrique et 51,2 % de ses exportations. Il ne génère que 8,1 % de ses revenus en raison des insuffisances de la politique fiscale, de l’administration étatique mal adaptée à la réalité du terrain pour la mise en œuvre de régimes fiscaux. De leur côté, les entreprises multinationales recourent à des experts de l’optimisation fiscale. Enfin, l’Afrique reçoit 31,7 % des investissements directs étrangers, surtout des États-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada, de l’Australie…et de la Chine ! Par ailleurs, souligne Émilie Normand, l’activité minière s’accompagne d’impacts sur le tissu économique et social. Les usines emploient surtout des personnels formés, binationaux ou venant d’autres régions, et mieux rémunérés que les riverains, entraînant inflation et cherté du marché immobilier urbain. Au déplacement des populations, s’ajoutent les pollutions diverses, le recul des activités traditionnelles, l’émergence du chômage et la montée des inégalités. La filière minière se décompose en extraction du minerai, concentration du minerai, transformation en produit de base, conversion en produit final et fabrication du produit fini. Actuellement concentrés sur l’amont de la chaîne, les pays africains veulent désormais développer la transformation en aval. Ils doivent alors pallier les insuffisances en énergie et infrastructures de transports et remédier à l’absence de marchés locaux.

Urbanisation et éducation. La croissance démographique a rapidement transformé le continent africain à tous les niveaux, souligne Alain Antil. Sa population aura doublé entre 2020 et 2050 et aura été multipliée par dix depuis 1950. En 2055, l’urbanisation africaine sera supérieure à celles de l’Europe et de la Russie réunies en 2024. A titre indicatif, la Mauritanie abrite 4,5 millions de personnes sur 1 Mkm2 mais sa capitale Nouakchott, née à la fin de la colonisation française, compte plus d’habitants en 2024 que tout le pays lors de son indépendance en 1960. Cette urbanisation générale va transformer les économies de divers pays, leurs domaines foncier et immobilier et le capitalisme africain. L’Afrique compte 54 pays et 8 communautés économiques régionales reconnues par l’Union africaine : Union du Maghreb arabe ; Marché commun de l’Afrique orientale et australe ; Communauté des États sahélo-sahariens ; Communauté d’Afrique de l’Est ; Communauté économique des États de l’Afrique centrale ; Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; Autorité inter-gouvernementale sur le développement ; Communauté de développement de l’Afrique australe. En outre, un contraste énorme existe entre la République centrafricaine, État failli, et l’Afrique du Sud, État beaucoup plus développé que la moyenne régionale. Il en est de même entre les espaces urbains et ruraux pour l’éducation. Les familles citadines ayant moins d’enfants, les municipalités investissent davantage dans ce domaine, avec des grandes différences entre la capitale et les autres villes. Dans les années 1980, de nombreux pays d’Afrique ont développé l’enseignement scolaire, secondaire et supérieur. Ils disposent aujourd’hui de plus en plus de diplômés (ingénieurs et docteurs) des meilleures universités dans le monde et donc aux mêmes niveaux que leurs homologues européens, américains et asiatiques. Toutefois, la scolarité de masse a été réalisée au détriment de la qualité de l’enseignement, faute de professeurs en nombre suffisant. Même si les entreprises recrutent des personnels très diplômés pour des postes de haut niveau, souvent des binationaux ou venus de pays voisins, le manque de techniciens, par exemple des électriciens, se manifeste. Enfin, l’Afrique subsaharienne «  décroche » par rapport à l’Asie du Sud et l’Amérique latine, zones également en développement.

Sécurité de l’environnement. La vulnérabilité de l’Afrique au changement climatique résulte de la complexité de son système climatique avec des conséquences socio-économiques, explique Mathieu Mérino. Cela menace la croissance économique et le développement durable, empêche la réduction de la pauvreté et provoque de l’insécurité. Parmi les dix pays les plus pauvres du monde, neuf se trouvent en Afrique, dont le produit intérieur brut par habitant est en moyenne près de 10 fois inférieur à celui de l’Occident et dont 40 % de la population vit en dessous du seuil international de pauvreté. Parmi les douze conflits en cours dans le monde, quatre se déroulent dans des zones de tensions en Afrique. L’État post-colonial africain soufre en général de la faiblesse de ses institutions et de son contrôle territorial. Les politiques publiques de prévention et de gestion du changement climatique s’avèrent inefficaces, notamment au Sahel, en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique. S’y ajoute un degré élevé d’incertitude climatique. En 2050, le réchauffement climatique y sera 1,5 fois plus rapide que dans le reste du monde, rendra l’accès à l’eau plus difficile et entraînera davantage de sècheresses, d’inondations, de cyclones, de tempêtes de sable et de feux de forêts. Près d’un tiers de la superficie en Afrique est menacée de désertification et 10 % des terres sont déjà considérées comme dégradées. Entre 2010 et 2015, 14 millions d’hectares de forêts ont disparu sur le continent, notamment en République démocratique du Congo, en Tanzanie et au Zimbabwe. En outre, l’Afrique abrite le quart des 730 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde. L’équilibre entre agriculture, sécurité alimentaire et protection de l’environnement reste inatteignable. Les pays africains hésitent à s’engager sur la dernière, estimant qu’elle occulte les réponses à apporter au développement.

Loïc Salmon

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La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme

La Direction de la surveillance du territoire (DST, 1944-2008) a appliqué les méthodes du contre-espionnage à la lutte contre le terrorisme avec comme seules armes, particulièrement efficaces, le renseignement et l’action judiciaire.

Entre 1954 et 1962, la DST mobilise 80 % de ses effectifs pour lutter contre le terrorisme dans les départements français d’Algérie et en métropole. La rébellion, appellation à l’époque, du Front de libération nationale (FLN) bénéficie des réseaux de soutien de Français de métropole et d’Algérie et d’Européens. La DST a permis l’arrestation d’artificiers, de détenteurs d’armes et d’auteurs d’attentats. Elle apporte les preuves des collusions financières entre le FLN et les services spéciaux égyptiens. Elle surveille et décrypte le réseau radio du FLN pour suivre l’évolution de sa situation militaire, politique et logistique et guider les missions de brouillage des radiodiffusions subversives. Pendant cette période, elle déferre à la justice 14.328 individus, essentiellement des membres du FLN. En 1972, le massacre d’otages israéliens par le groupe palestinien « Septembre noir » lors des Jeux Olympiques de Munich et la volonté d’Israël d’en tuer les auteurs et leurs complices ont des effets en France et dans d’autres pays. Dès 1974, la DST crée une division ciblant le terrorisme palestinien et tous ceux frappant ou menaçant la France, notamment les organisations (Armée rouge japonaise et Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) et les États (Syrie, Irak, Libye, Iran et Yémen du Sud) soutenant le terrorisme jusqu’aux années 1990. La DST, chargée du renseignement intérieur mais n’effectuant aucune action offensive à l’étranger, a partagé ses informations en matière de contre-terrorisme avec les services étrangers homologues, tout en protégeant ses sources. Cela lui a permis d’implanter des officiers de liaison dans quelques pays dans les années 1990, quand apparaît la grande menace djihadiste. Celle-ci trouve ses origines dans trois événements de 1979 : l’avènement de la « Révolution islamique » en Iran avec la prise en otage de 52 personnels de l’ambassade américaine à Téhéran pendant 444 jours ; le soutien logistique secret des États-Unis aux « moudjahidin » afghans contre le pouvoir procommuniste de Kaboul ; l’invasion de l’Afghanistan par les forces spéciales soviétiques. Il s’ensuit une « djihad » (guerre sainte) des musulmans pour aider leurs frères afghans avec comme acteurs principaux : les États-Unis contre l’URSS ; l’Arabie saoudite pour récupérer la prééminence islamique sur l’Iran ; le Pakistan par où transite l’aide des deux premiers acteurs. Les volontaires arabes ne combattent presque pas (40 morts pendant la guerre d’Afghanistan 2001-2021) mais apprennent à utiliser des armes et des explosifs et, au contact de leurs « formateurs » religieux, deviennent des extrémistes faisant éclater la violence un peu partout. Des attentats terroristes sont perpétrés à Paris en 1995 et 1996 par le Groupe islamiste armé et à New York en 2001 (à l’origine de la guerre d’Afghanistan) par l’organisation Al-Qaïda. En France, l’octroi, par les magistrats du Parquet, d’une commission rogatoire dite des « filières afghanes » permet à la DST de judiciariser les informations obtenues auprès de ses sources, extraordinaire instrument de travail dans la lutte contre les cellules djihadistes. Celles-ci, d’obédience sunnite dépourvue de clergé, fonctionnent sans donneur d’ordres central ni organisation hiérarchisée. Chaque groupe peut faire allégeance à Al-Qaïda ou à l’État islamique (Daech), dont il peut recevoir aide et soutien mais pas d’instructions ni d’objectifs précis. Enfin, les contacts de la DST avec les services de renseignement d’États autoritaires ont permis d’éviter des attentats contre la France en indiquant les risques encourus.

Loïc Salmon

« La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme », par Louis Caprioli, Jean-François Clair et Michel Guérin. Mareuil Éditions, 212 pages 21 €

La DST sur le front de la guerre froide

Terrorisme : évolutions stratégiques et sociologiques

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Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

Outil d’agilité stratégique de projection de puissance, le Groupe aéronaval (GAN) constitue un instrument essentiel de la défense nationale et contribue à la sécurité et la coopération internationale. L’édition 2025 de sa mission « Clemenceau », qui durera plus de quatre mois, le conduira dans l’océan Pacifique, via la mer Rouge.

« Clemenceau 2025 » a été présentée à la presse, le 8 novembre 2024 à Paris, par le contre-amiral Jacques Mallard, commandant la Force aéromaritime française de réaction rapide, constituée du GAN et des forces de surface, amphibie et de guerre des mines. Après une période d’entretien, le porte-avions Charles-de-Gaulle a repris la mer en septembre pour requalifier son équipage et qualifier les jeunes pilotes du groupe aérien embarqué, à savoir une vingtaine de chasseurs Rafale et deux avions de guet aérien Hawkeye.

Missions. Transporteur de l’arme nucléaire, le GAN contribue à la dissuasion, comme les Forces aériennes stratégiques et les sous-marins lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. Capable de durer sur un théâtre d’opérations et parcourir 1.000 km par jour, il permet de délivrer un message de pression ou de réassurance pendant de longues périodes, afin d’appuyer une manœuvre diplomatique. Il peut s’intégrer dans des forces interalliées comme lors de la mission « Aquila » (avril 2024), où ses avions ont été placés sous commandement de l’OTAN. « Clemenceau 2025 » contribue également aux opérations nationales et européennes de renforcement de la sécurité maritime en mer Rouge et en océan Indien. Elle permet de développer l’interopérabilité avec les Marines des pays partenaires et alliés dans les océans Indien et Pacifique. Ce déploiement promeut un espace de navigation libre et ouvert dans le cadre du droit international et contribue à la protection des populations et des intérêts français dans la zone. Présidente du Symposium naval de l’océan Indien en 2021-2022, destiné à améliorer la coopération entre les Marines des pays riverains, la France reprendra cette fonction en 2026-2027.

Moyens. Outil offensif, le GAN voit et comprend la situation dans les airs, sur et sous la mer, le champ électromagnétique, celui des perceptions et le cyber. Outre ses Rafale et Hawkeye, le Charles-de-Gaulle embarque cinq hélicoptères et un état-major. Son escorte compte : un bâtiment ravitailleur pour le soutien logistique ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour l’usage de la force ou la protection rapprochée ; un avion de patrouille maritime, stationné sur des points d’appui tout au long de son parcours et destiné à apporter un certain préavis pour les luttes antinavires et anti-sous-marine ; trois frégates françaises pour les défenses anti-aérienne et anti-sous-marine. Afin de maintenir l’interopérabilité avec les Marines alliées, effective depuis une dizaine d’années, cette escorte sera renforcée par des bâtiments de combat grec, portugais, italien, marocain, britannique, australien, canadien, japonais et américain. Après le transit en Méditerranée et en mer Rouge, le GAN participera à divers exercices : « Varuna » avec la Marine indienne ; « La Pérouse » pour la sécurité maritime avec les Marines des pays riverains de l’archipel indonésien ; « Pacific Steller » avec la VIIème Flotte américaine.

Laboratoire d’innovations. « Clemenceau 2025 » va utiliser massivement la donnée. Plusieurs « datacenters », mis en œuvre par des réservistes spécialisés, vont collecter, exploiter et partager les données des senseurs pour augmenter la capacité d’analyse, au sein de la force et via des échanges avec les Marines alliées. Ces données seront mises en commun avec celles de l’historique du théâtre pour une analyse plus pertinente. L’ascendant informationnel libèrera du temps pour des prises de décision plus rapides et plus efficaces par l’état-major embarqué et les commandants des bâtiments de combat.

Loïc Salmon

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Stratégie : l’Indopacifique, vision du monde et concept militaire




Afrique : mutations et enjeux stratégiques

Les coups d’État militaires en Guinée et aux Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Gabon et Soudan entre 2020 et 2023 s’inscrivent dans un cadre géopolitique plus large, où apparaissent de nouveaux acteurs.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 octobre 2024 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont notamment intervenus : Niagalé Bakayoko, responsable du programme Afrique à la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques ; Élisa Domingues dos Santos, chercheuse à l’Institut français des relations internationales ; Sonia le Gouriellec, maîtresse de conférences à l’Université catholique de Lille ; Jonathan Guiffard, expert à l’Institut Montaigne.

Les échecs d’acteurs extérieurs. Le événements des quinze dernières années démontrent le peu de prise des acteurs multilatéraux sur les évolutions de l’Afrique, estime Niagalé Bakayoko. Leurs échecs portent sur les opérations de maintien de la paix, les programmes d’ingénierie institutionnelles et la politique de développement. Comme la France avec l’opération « Barkhane » au Sahel, la Russie éprouve des difficultés à changer, militairement, la situation sur le terrain au Mali, en Libye et au Mozambique, et, politiquement, à Madagascar. Toutefois, elle manifeste son efficacité en matière informationnelle partout dans le monde. Les pays ouest-européens et nord-américains semblent découvrir une réalité qu’ils n’ont pas voulu voir émerger. Les exercices navals multinationaux participent aux stratégies d’influences de la Chine et de l’Occident. Or, tout dépend du positionnement des acteurs africains. En matière de politique étrangère, souligne Niagalé Bakayoko, la stratégie consiste à s’adapter à un environnement et non pas à y venir pour y imposer un ordre.

Le poids de la Turquie. Dès les années 1990, de petites et moyennes entreprises turques ont recherché des débouchés en Afrique subsaharienne, où des réseaux privés et religieux se sont développés, indique Élisa Domingues dos Santos. Puis, au début des années 2000, le gouvernement turc met en œuvre un plan d’institutionnalisation des relations avec le continent africain. Le nombre d’ambassades est passé de 12 en 2002 à 44 en 2024. Sur le plan économique, le volume des échanges commerciaux de l’Afrique, de 5 Mds$ avec la Turquie en 2003, a atteint 30,7 Mds$ en 2021, contre 58 Mds$ avec la France, 288 Mds$ avec l’Union européenne, 230 Mds$ avec la Chine, 89,5 Mds$ avec l’Inde et seulement 17,7 Mds$ avec la Russie. En outre, la Turquie implante des instituts culturels, construit des hôpitaux et finance des organisations humanitaires. Ainsi, lors de la famine de 2011 en Somalie, Ankara apporte une aide humanitaire puis une assistance technique pour renforcer les capacités de l’État et a y inauguré un centre de formation militaire en 2017. La Turquie investit aussi dans les infrastructures portuaires, aéroportuaires et ferroviaires africaines. Au Sénégal, elle va participer à la construction d’un chemin de fer entre Dakar et la ville nouvelle de Damniadio avec des entreprises françaises et locales. Elle développe aussi des partenariats de sécurité avec une vingtaine de pays africains, incluant formation, équipements et ventes d’armements (drones, avions, hélicoptères et véhicules blindés). Toutefois, la trop grande présence turque suscite des réticences dans certains pays d’Afrique, dont l’Algérie dans le secteur du fer et de l’acier et le Soudan pour une affaire de corruption. Par ailleurs, de nombreux Africains se rendent en Turquie pour des activités commerciales, ou des études. Quelque 60.000 étudiants africains sont formés dans les universités turques et ensuite, généralement, employés dans des entreprises transnationales entre la Turquie et leur pays d’origine. Mais depuis 2023, le resserrement de la politique d’immigration en Turquie dégrade leurs conditions de vie. Les contrôles, arrestations, expulsions et campagnes de discriminations sur les réseaux sociaux ternissent l’image de la Turquie parmi les populations africaines.

L’importance de la Corne de l’Afrique. La mer Rouge et le golfe d’Aden constituent le flanc Ouest d’un nouveau théâtre de compétition entre les grandes puissances dans l’océan Indien, indique Sonia le Gouriellec. Entre 16.000 et 18.000 navires y transitent chaque année, soit plus de 10 % du fret mondial. La Chine, le Japon, la Corée du Sud, l‘Inde, l’Afrique du Nord et l’Europe dépendent des échanges commerciaux qui y passent, dont le pétrole des pays du golfe Arabo-Persique. Environ 34 % du commerce extérieur de Djibouti et du Soudan transite par le canal de Suez. La région est traversée par un réseau de 17 câbles sous-marins représentant 90 % des capacités de bandes passantes entre l’Asie et l’Union européenne, dont la maintenance paraît difficile en cas d’attaque en mer. La liberté de navigation va de pair avec la protection du commerce maritime et de la mer Rouge. Djibouti accueille des contingents militaires français, allemand italien, espagnol, chinois, japonais et américain. Cette présence permet de sécuriser les flux commerciaux, menacés récemment par les attaques des rebelles Houthis au Yémen, et de lutter contre le terrorisme et les trafics de drogues et d’êtres humains. L’Arabie saoudite possède six ports de commerce, dont la moitié est gérée par des sociétés des Émirats arabes unis. Ces derniers contrôlent une grande partie des ports de la mer Rouge et jouent un rôle politique important dans la Corne de l’Afrique. Ils ont rejoint les « BRICS » en janvier 2024, comme l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite et l’Iran qui occupent une place cruciale sur le littoral de la mer Rouge. L’organisation des BRICS, qui regroupait à l’origine le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, conteste l’hégémonie des puissances occidentales, notamment celle des États-Unis dont le dollar domine le commerce mondial. De son côté, la Chine développe plusieurs projets d’infrastructures dans la région, dans le cadre de son projet des « Nouvelles Routes de la Soie » lancé en 2013.

L’influence française. La France se désengage des pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et Centrale pour se délester du poids de l’histoire coloniale, estime Jonathan Guiffard. Cela implique de cesser de rendre coup pour coup aux attaques d’influence d’adversaires politiques stratégiques, notamment la Russie et ses alliés locaux. Or, les intérêts français et européens restent très forts en Afrique de l’Ouest. Sur le plan sécuritaire, la situation au Sahel s’est dégradée et se fragmente durablement avec des territoires qui seront contrôlés par des forces variées incapables de s’imposer les unes aux autres. Les bases militaires françaises en Côte d’Ivoire et aux Sénégal, Gabon et Tchad, devraient voir leurs effectifs diminuer et leurs missions changer. Les pays du golfe de Guinée, touchés par la menace djihadiste, deviennent les priorités de l’assistance militaire française. En outre, la France semble s’investir plutôt dans les domaines économiques et culturel. Par ailleurs, un sommet France-Afrique doit se tenir en 2026 au Kenya, manifestant ainsi une volonté de développer la coopération avec les pays l’Afrique de l’Est, où la France n’aura pas à gérer de passé colonial ni de problèmes sécuritaires. La coopération économique visera à poursuivre les échanges, notamment l’agriculture, le pétrole, les minerais, les terres rares et les nouvelles technologies, en Ouganda et en République démocratique du Congo et les développer avec le Kenya. Toutefois, le terrorisme djihadiste persiste au Nigeria, en République démocratique du Congo, en Ouganda et en Tanzanie. L’influence de la Russie se fait sentir en Ouganda, au Soudan et en Afrique du Sud. Sur le plan politique, les régimes sont contestés au Mali, au Soudan, au Kenya et au Mozambique. Selon Jonathan Guiffard, la difficulté réside dans l’impossibilité de faire abstraction des valeurs et du modèle démocratique européens face aux réalités sécuritaire et politique des pays d’Afrique de Est. Le risque existe de manquer de cohérence entre les valeurs annoncées et les actions concrètes pour des objectifs économiques.

Loïc Salmon

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

Russie : partenariats en Afrique, son principal marché d’exportation d’armement

Turquie : recherche de puissance militaire et diplomatique




Stratégie : l’Indopacifique, vision du monde et concept militaire

Face à la montée en puissance de la Chine, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud l’Inde, l’Australie et la France, seule nation de l’Union européenne présente, considèrent l’Indopacifique comme un espace libre et ouvert à sécuriser. Taïwan, la Corée du Nord et la tension indo-pakistanaise constituent des points chauds.

L’Indopacifique a fait l’objet d’un colloque organisé, le 12 juin 2024 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN en partenariat avec l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont notamment intervenus : Christian Lechervy, ancien ambassadeur pour le Pacifique au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ; le capitaine de vaisseau Samuel Quéré, chargé de l’anticipation et de la synthèse, notamment pour le Proche-Orient et le Pacifique, à l’État-major des armées. A cette occasion, 3AED-IHEDN a publié un rapport intitulé « L’influence, pilier de la puissance au XXe siècle », dont une partie traite des aspects stratégiques de Taïwan et de l’Australie.

Le contexte géostratégique. Pour contenir la volonté d’expansion de la Chine, indique l’ambassadeur Lechervy, les États-Unis veulent associer l’Inde, puissance démocratique et maritime, à leur politique en Indopacifique, similaire à celle au Proche et Moyen-Orient avec Israël et les Émirats arabes unis, afin de contrôler la mer d’Arabie et le détroit d’Ormuz. Ce mécanisme, informel, ressemble à celui que la Russie a créé avec l’Iran, la Chine et la Corée du Nord pour soutenir son effort de guerre contre l’Ukraine. Aux importantes implantations de la Chine en océan Indien correspond la présence de l’Inde aux Maldives (29.000 médecins, infirmières, enseignants, ingénieurs et gestionnaires y travaillent). De son côté, la Chine a mis en place une plateforme de dialogue avec l’Afghanistan, le Népal et le Boutan, mais qui exclut l’Inde. Par ailleurs, la politique américaine s’intéresse aussi au Nord du Pacifique, théâtre possible d’une confrontation nucléaire. En outre, la sécurité de Taïwan, l’un des rares sujets consensuels entre les partis Démocrate et Républicain, s’inscrit dans la perspective d’un conflit avec la Chine. Actuellement environ 50.000 soldats américains sont répartis entre le Japon et la Corée du Sud. Par suite de la modernisation des arsenaux de la Chine et de la Corée du Nord, les États-Unis développent une coopération opérationnelle avec des pays constituant des points d’appui aériens. Ce soutien aéroportuaire s’étend du Pacifique insulaire à l’Asie du Sud-Est et à l’Afrique. Pour empêcher un blocus de Taïwan par la Chine, les États-Unis renforcent leurs moyens d’intervention aux Philippines, avec qui existe un traité de défense mutuelle (comme avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Thaïlande). Les missiles balistiques nord-coréens étant susceptibles de frapper leur territoire, les États-Unis concentrent le tiers de la capacité de leurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins dans la région. De son côté, la France poursuit le dialogue avec des pays de l’Indopacifique qui ne veulent pas d’alliance totale avec les États-Unis ni de partenariat stratégique avec la Chine. Ce mécanisme inclut des rencontres annuelles avec les ministres des Affaires étrangères des États membres de l’Union européenne. Par ailleurs, la Nouvelle Calédonie et la Polynésie française se trouvent au centre du câblage sous-marin entre l’Asie du Sud-Est et l’Amérique du Sud, enjeu militaire et industriel majeur pour le transit des données et la protection des télécommunications. Ces projets nécessitent des financements publics multilatéraux, notamment français et européens. Or Google, grand producteur américain privé de services informatiques, y est devenu le principal investisseur.

L’action de la France. En 2024, la zone Indopacifique, centre de gravité du monde, représente 60 % de sa population et 60 % de son produit inséreur brut, rappelle le capitaine de vaisseau Quéré. Les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs reconnus de l’arme nucléaire, y maintiennent une présence, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne (île de Diego Garcia). S’y ajoutent l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, également détenteurs de l’arme nucléaire. La stratégie de la France se décline de manière régionale avec quatre sous-régions : le Nord de l’océan Indien ; le Sud de l’océan Indien ; le Pacifique-Sud ; le Nord-Est de la mer de Chine avec Taïwan. Elle vise à protéger ses territoires d’outre-mer, ses ressortissants (1,6 million), ses voies de communication, y compris numériques (câbles sous-marins). Elle contribue à la liberté de navigation maritime et aérienne ainsi qu’à la lutte contre la prolifération d’armes de destruction massive. La France a entamé des négociations avec le Japon, l’Indonésie et l’Inde sur l’accès réciproque aux ports et aéroports permettant un soutien aux forces armées. Les visites ministérielles, le dialogue stratégique, les réunions des états-majors et surtout l’activité de ses forces crédibilise la stratégie d’influence de la France, perçue comme une puissance légitime d’équilibre et d’initiatives en Indopacifique. Dans un contexte de rivalité sino-américaine, de risque de montée rapide aux extrêmes et de possibilité importante d’être instrumentalisée, la France développe ses capacités d’appréciation autonome de la situation par une présence régulière dans la zone pour pouvoir sentir l’ambiance et voir comment les dynamiques évoluent. Cela nécessite des moyens de renseignement et justifie des points d’appui réguliers dans la zone. Il convient de suivre les évolutions des crises en cours, notamment les guerres en Ukraine et au Proche-Orient, qui donneront plus ou moins la liberté d’intervenir éventuellement et selon un cadre juridique à définir. Outre les essais de son troisième porte-avions, la Chine a montré sa capacité de grands déploiements par des exercices navals et aériens autour de Taïwan, notamment lors de l’investiture du nouveau président Lai Tching-té en mai 2024. La France ne pourrait résoudre une crise seule, mais ses moyens aériens, amphibies et terrestres restent crédibles pour protéger ses intérêts et sa souveraineté et aussi rassurer ses partenaires dans des zones d’instabilité. Avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada, la Coré du Sud, le Japon et la Nouvelle-Zélande, elle participe à la mission de l’ONU sur l’embargo contre la Corée du Nord en identifiant les manœuvres d’approvisionnement à couple entre navires marchands suspects et navires nord-coréens, quand les quotas d’importation de pétrole, de charbon et d’acier sont dépassés. Enfin, la mission annuelle « Pégase » de l’armée de l’Air et de l’Espace en Indopacifique complète les déploiements ponctuels du Groupe aéronaval ou de la mission « Jeanne d’Arc » (porte-hélicoptères amphibie et frégate) de la Marine nationale en Indopacifique.

Taïwan et l’Australie. Selon le rapport de 3AED-IHEDN, la Chine pourrait déployer ses forces armées vers le Pacifique à partir de l’île de Taïwan. Déjà, elle parvient à susciter l’intérêt des micro-États en Océanie, afin de limiter les influences de la France et de l’Australie et constituer un front anti-Taïwan dans le Pacifique-Sud. Dans la perspective d’un affrontement avec la Chine en cas de tentative de reconquête de Taïwan par la force, les États-Unis ont signé, en 2021, l’accord de coopération militaire « ANKUS » avec la Grande-Bretagne et l’Australie. Cet accord permettra à l’Australie de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire (mais sans armes nucléaires) à long rayon d’action et très discrets. L’Australie pourra alors jouer un rôle plus actif dans la région avec les autres pays membres du « QUAD », à savoir un dialogue quadrilatéral pour la sécurité entre l’Inde, le Japon, les États-Unis et l’Australie. L’AUKUS vise ainsi à empêcher une hégémonie régionale de la Chine. Celle-ci annexe des îlots et des hauts-fonds en mer de Chine méridionale, pour les transformer en bases militaires, accroître sa zone économique exclusive, au détriment de la Malaisie, de Brunei, du Viêt Nam et des Philippines, et enfin étendre son influence jusqu’au détroit de Malacca.

Loïc Salmon

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Défense : l’AND et le traitement des données géographiques

L’Agence numérique de défense (AND) exploite l’imagerie géospatiale pour mieux comprendre les environnements, en vue d’apporter une supériorité opérationnelle.

Sa directrice, la générale de division Anne-Cécile Ortemann, l’a expliqué lors d’un séminaire tenu au Campus Pierre et Marie Curie de Paris le 1er octobre 2024.

L’écosystème numérique. Créée en 2021 et relevant de la Direction générale de l’armement, l’AND conduit d’abord les projets numériques pour le ministère des Armées, notamment pour la préparation des forces, le maintien en condition opérationnelle, le commandement et la conduite interarmées, le renseignement militaire, l’appui aux systèmes d’information et de commandement, le soutien aux Services du commissariat et de santé, les systèmes numériques de l’armement, le renseignement de sécurité et de défense et les ressources humaines. En outre, elle conseille les états-majors, directions et services sur la définition des besoins numériques des systèmes d‘information et l’optimisation des ressources humaines et financières induites. L’AND emploie 450 personnes réparties sur les sites de Paris-Balard, du Kremlin-Bicêtre (banlieue parisienne) et de Bruz (Bretagne). Elle met en œuvre la politique industrielle du ministère des Armées dans les technologies numériques des systèmes d’information. A ce titre, elle a conclu des contrats avec une vingtaine d’entreprises, dont Thales, Naval Group et Airbus. Son écosystème inclut les sous-traitants des entreprises sous contrat et celles avec qui elle a établi des contacts.

Le renseignement géospatial. La transformation numérique facilite une analyse prédictive grâce à des scénarios d’intervention, afin de prendre des décisions plus rapides. L’analyse des données massives issues de sources multiples permet d’anticiper. L’intelligence artificielle (IA) interprète en temps réel des données géospatiales complexes. Ses modèles d’apprentissage automatique aident à détecter des comportements inhabituels. L’emploi de l’IA, couplée au renseignement géospatial, permet d’identifier des menaces en amont et donne un avantage stratégique déterminant. Ainsi, le programme Géode 4 D, composé de 21 systèmes, mobilise une dizaine de personnes, en plus des experts, pour traiter la géographie, l’hydrographie, l’océanographie, la météorologie et l’espace. Il analyse les données recueillies par des capteurs et fournit des reproductions qu’il diffuse. Géode 4 D facilite la planification et la conduite des opérations en alimentant les systèmes d’armes. Par exemple, il assure un suivi de terrain à un avion volant à basse altitude, afin d’éviter un impact au sol. Le système anticollision détecte un obstacle imminent et prévient le pilote. Si celui-ci ne réagit pas, le système prend alors temporairement le contrôle de l’avion pour le dévier de sa route dangereuse. Une fois l’altitude de sécurité atteinte, il rend le contrôle au pilote. Dans le cadre de l’OTAN, l’interopérabilité de Géode 4 D s’établit au niveau des données géographiques brutes et à celui des produits utilisables par les personnels opérationnels. Ainsi, la France apporte une contribution de 10 Mkm2 d’élévations de terrain.

Géographie militaire. En 2021, le ministère des Armées a renouvelé son partenariat avec l’Institut national de l’information géographique et forestière, notamment via Géode 4 D pour maîtriser la connaissance de l’environnement géophysique et en prévoir lses effets sur le déroulement des opérations. Géode 4 D facilite le positionnement et la navigation en trois dimensions, grâce aux cartes papier pour l’environnement tactique, aux levées topographiques pour le recalage de positions ou de centrales inertielles, aux modèles numériques de terrain et aux modèles d’infrastructures en trois dimensions. Actuellement, 90 % des systèmes d’armes utilisent une information géographique complète de l’environnement opérationnel.

Loïc Salmon

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L’intelligence artificielle au service de l’Histoire

Le musée de l’Armée fait revivre les débarquements de Normandie et de Provence et la libération de Paris en 1944 par une exposition immersive aux Invalides…80 ans plus tard !

L’intelligence artificielle (IA) permet en effet de classer, contextualiser et animer une sélection d’archives vidéo et photographiques en vue d’une immersion au plus près de l’action. En recréant des environnements en trois dimensions, en colorisant des photographies d’époque et en les détourant, l’IA redonne vie à des moments historiques lointains. Elle facilite la perception et la compréhension de trois événements majeurs de l’été 1944 en France dans leur contexte global. Conjuguée avec l’offensive de l’armée soviétique à l’Est de l’Europe, l’ouverture d’un premier front au Nord puis d’un second au Sud de la France marque un tournant majeur du cours de la deuxième guerre mondiale et accélère la chute de l’Allemagne nazie. Le 6 juin, dans le cadre de l’opération « Overlord », 156.000 soldats alliés (Américains, Britanniques, Canadiens et Français) débarquent sur les plages de Normandie pour créer un point d’appui en France occupée. Malgré des combats difficiles et de lourdes pertes, « Overlord » permet aux Alliés de progresser vers l’intérieur des terres et de libérer progressivement des territoires français. Puis, afin de prendre à revers les troupes allemandes, les Alliés lancent l’opération »Dragoon » pour débarquer 130.000 soldats, en majorité français et issus des colonies, afin d’ouvrir, en priorité, un second front en France et de sécuriser les ports de Toulon et de Marseille. Après le succès de ces deux débarquements, les plans alliés ne considèrent pas la libération de la capitale française comme un objectif militaire. Mais Paris représente un symbole fort et un objectif politique, dont le général de Gaulle, chef de la France libre, a saisi l’importance. Organisée et menée par la Résistance intérieure de 19 au 24 août, l’insurrection populaire facilite la progression de la 2ème Division blindée du général Leclerc (photo) dans Paris. La bataille de Paris se termine après de durs combats. Cette libération, qui connaît un retentissement mondial, sera perçue comme le début de la chute du IIIème Reich, qui surviendra officiellement le 8 mai 1945. Après l’immersion dans les combats et la liesse populaire, l’exposition présente 17 témoignages d’acteurs, hommes et femmes, de ces événements : combattants français et étrangers sur les plages de Normandie, de Provence ou dans les rues de Paris ; résistants, membres de Forces françaises de l’intérieur ou anonymes. Apparaissent, en creux, les portraits des ceux qui constituent aujourd’hui la mémoire de la Libération. Une tablette tactile permet d’écouter leur récit personnel.

Archives augmentées. L’IA permet d’explorer et de redécouvrir les lieux précis des images d’archives et de reconstituer les scènes dans leur environnement réel. Les nouvelles technologies de géolocalisation dynamiques, appliquées à ces photographies, permettent de renouveler le regard du public…et des historiens ! Elles ouvrent la voie à une meilleure compréhension des lieux et des événements. Pour l’exposition « Revivez la Libération de 1944 », l’IA a permis la recherche et le classement de documents par thèmes et l’enrichissement de données historiques, afin de mieux documenter les événements. L’exposition donne l’occasion d’expérimenter à grande échelle le potentiel de l’IA, technologie de rupture, dont les applications futures permettront d’ouvrir des horizons encore peu connus. Sa réalisation technique revient à Iconem, entreprise spécialisée dans la numérisation 3D de sites patrimoniaux dans le monde,.

Loïc Salmon

L’exposition immersive « Revivez la Libération de 1944 » (8 novembre – 18 décembre 2024), organisée par le musée de l’Armée en partenariat avec Microsoft, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des photos, films et témoignages d’archives. Renseignements : www.musee-armee.fr.

Les Français du jour J

Provence 1944

La France libérée




03ème Régiment étranger d’infanterie

Légion d’honneur, Médaille militaire et croix de Guerre 1914-1918 avec 9 palmes de bronze, 1939-1945 avec 3 palmes de bronze et des théâtres d’opérations extérieurs avec 4 palmes de bronze.

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bataillons des Douanes

Légion d’honneur, Médaille militaire et croix de Guerre 1914-1918 avec 9 palmes de bronze, 1939-1945 avec 3 palmes de bronze et des théâtres d’opérations extérieurs avec 4 palmes de bronze.

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