Les guerres napoléoniennes dans l’Histoire

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L’audace des grands généraux vient d’un système d’opérations et de bataille très élaboré, dont ils attendent la victoire avec confiance. Tous ont dû improviser une solution sur des renseignements incertains et souvent contradictoires.

Cette conclusion du général Camon, professeur à l’École d’application de l’artillerie et du génie de 1900 à 1904, résulte de son étude des campagnes napoléoniennes de 1805, 1806, 1807, 1814 et 1815. En l’absence d’une supériorité réelle sur un théâtre principal, l’Empereur divise les forces adverses ou profite de leur séparation initiale pour prendre entre elles une position centrale, d’où il manœuvre pour les battre successivement. Le général et théoricien militaire prussien Clausewitz (1780-1831), témoin de ses campagnes, le qualifie de « dieu de la guerre ». Nommé général en 1793, Bonaparte hérite d’une armée façonnée par l’Ancien régime puis la Révolution selon quatre axes majeurs : la mobilité, grâce à l’appui de petites unités tactiquement indépendantes ; le rôle fondamental de l’artillerie de campagne, elle aussi mobile ; la concentration des forces en un point décisif ; la standardisation du matériel, de la platine du fusil aux calibres des canons. Sa campagne d’Italie (1796-1797) constitue un champ d’expérimentations tactique et stratégique et l’école du feu des jeunes officiers issus du rang et des batillons de volontaires. Les diplomates français en Italie avaient mis en place des réseaux d’espionnage et transmis de précieux renseignements sur l’état des forteresses et des routes de chaque côté du Pô. Bonaparte dispose de meneurs d’hommes expérimentés comme Masséna et Augereau, futurs maréchaux, et de la collaboration de l’ingénieur-géographe Berthier, traducteur de ses ordres et créateur d’un outil efficace de coordination des mouvements complexes de l’armée française à travers les Alpes et les régions marécageuses de la plaine du Pô. Sa stratégie s’intègre dans l’affrontement entre la France et l’Angleterre pour le contrôle de la Méditerranée. Grâce à ses agents en Italie, l’amiral anglais Nelson, qui détruira la flotte française à Aboukir en 1798 pendant la campagne d’Égypte, suit les progrès de celle d’Italie au jour le jour, qu’il juge « extraordinaire ». Sa victoire sur la flotte franco-espagnole à Trafalgar le 21 octobre 1805, où il sera tué, obligera Napoléon à renoncer à un débarquement en Angleterre pour se diriger vers l’Europe centrale et remporter la victoire d’Austerlitz, le 2 décembre suivant, contre les armées austro-russes, entraînant la dissolution du Saint-Empire romain germanique et la création de l’Empire d’Autriche et de la Confédération du Rhin qui deviendra, après diverses péripéties, l’Empire allemand en 1871 sous l’égide la Prusse. Premier consul, Bonaparte confie sa sécurité personnelle à la Garde consulaire en 1800, devenue impériale en 1804 et qui sera engagée dans onze batailles avec des pertes allant de 2,9 % à Austerlitz à 90 % à Krasnoï (Russie, 1812). Outre la création de la Légion d’honneur à titre individuel, Napoléon fait de l’emblème (aigle, étendard ou drapeau) d’une unité l’incarnation de sa gloire, à l’origine de l’esprit de corps d’aujourd’hui. La période de 1792 à 1815 est marquée par de nombreuses guerres « asymétriques » opposant une armée régulière à un mouvement insurrectionnel populaire, impliquant la plupart des pays européens. Les enseignements tirés de cette époque et de la lutte contre-insurrectionnelle expliquent l’expansion foudroyante des empires coloniaux en Afrique et en Asie au XIXème siècle. En s’efforçant d’établir l’hégémonie de la France en Europe, Napoléon devint, indirectement, l’architecte de l’indépendance de l’Amérique du Sud. Il remodela le Moyen-Orient, affermit les ambitions impérialistes de la Grande-Bretagne et contribua à l’essor de la puissance américaine.

Loïc Salmon

« Les guerres napoléoniennes dans l’Histoire », ouvrage collectif. Éditions Pierre de Taillac, 352 pages, 26,90 €.

Campagne d’Italie, 1796-1797

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

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