Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Avec déjà plus de 400 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA), le ministère des Armées développe l’accès aux données, les infrastructures, les capteurs et les capacités de calcul dans l’administration et les opérations. Un investissement massif dans ce domaine en France a été annoncé lors du sommet mondial pour l’action sur l’IA tenu à Paris les 10 et 11 février 2025.

Orienter, anticiper et accélérer. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), créée en mai 2024, dispose d’un pôle recherche, situé à l’École polytechnique à Palaiseau (banlieue parisienne), et d’un pôle technique, localisé chez DGA Maîtrise de l’Information à Bruz (Bretagne), afin que la France conserve sa souveraineté en matière d’IA. Son effectif de 100 personnes au 1er janvier 2025 doit passer à 300 en 2026, dont 250 au pôle technique et 50 au pôle recherche. Le 10 février, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 Mds€, auquel participent les Émirats arabes unis, sur les cinq prochaines années pour la construction de centres de données et d’infrastructures associées dans une trentaine de sites en France. Dès 2025, un super calculateur permettra de mettre en œuvre des opérations mathématiques considérables pour préserver et traiter les données confidentielles. L’IA pourra traiter la masse de données générées par les satellites, radars, smartphones et réseaux sociaux pour proposer des choix prévus à l’avance, afin de gagner du temps en raison de l’urgence d’une situation ou du volume trop important de données. Elle devient indispensable dans l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, la logistique, le ravitaillement, la santé du personnel et les ressources humaines. Sur le champ de bataille où chaque seconde compte, l’IA permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire. L’IA analyse et traite l’information de façon plus globale et rapide qu’un opérateur humain.

Combat collaboratif info-valorisé. Les forces armées vont se transformer en réseaux de systèmes interconnectés, capables de s’adapter rapidement à un environnement opérationnel en constante évolution. L’IA va collecter et fusionner les données de multiples capteurs (radars, caméras, véhicules et drones) pour fournir une image complète de l’environnement opérationnel en temps réel. Ce sera le cas pour l’armée de l’Air et de l’Espace avec le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) et pour l’armée de Terre avec le programme Scorpion (Synergie du contact transformée par la polyvalence et l’info-valorisation). Pour les systèmes d’observation de Scorpion, l’Amiad a mis au point une « détection d’engins assistée par l’IA » (Demaia) qui alerte l’équipage d’un véhicule des premiers indices de danger et accélère sa compréhension de l’environnement en vue d’une décision plus rapide. Libéré des tâches d’observation, l’équipage se concentre alors sur ses actions en vue d’un avantage décisif sur le terrain. La Demaia dispose de viseurs optroniques de nouvelle génération enrichissant en temps réel les flux vidéo des différents capteurs. Son algorithme avancé assure une détection précise des véhicules amis ou ennemis, tout en intégrant ces données à l’environnement tactique. Il s’ensuit un gain en sécurité et en réactivité. Par ailleurs, l’Amiad et DGA Maîtrise de l’Information ont développé le démonstrateur Oasis qui détecte et identifie les drones amis ou ennemis dans l’environnement électromagnétique, grâce à une analyse fine et précise par l’IA. En outre, Oasis neutralise les capacités adverses par un brouillage sélectif rendant la détection du brouilleur plus difficile, tout en préservant les capacités opérationnelles alliées. L’Amiad et la section technique de l’armée de Terre travaillent sur le système Proteus standard 2, constitué d’un canon anti-aérien de 20 mm, d’une caméra et d’un ordinateur, pour intégrer l’IA, prédire la position future de la cible, proposer la visée et calculer des tirs ultraprécis.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

 




Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

La modélisation numérique des blindés, drones et robots multi-milieux permet une immersion dans un contexte tactique complexe. L’intelligence artificielle (IA) peut les confronter à un ennemi réactif dès la conception et évaluer leurs avantages, points faibles et doctrines d’emploi.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense). Y sont notamment intervenus : Fabien Lionti, doctorant à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique ; Olivier Parodi, expert en autodirecteurs, et Jean-Michel Tran, responsable du domaine scientifique IA chez Naval Group ; Thierry Berthier, chercheur au CReC ; Bruno Ricaud, spécialiste IA chez KNDS France.

Véhicule terrestre. L’IA sert à construire des modèles pour valider le comportement d’un véhicule afin d’en analyser la sécurité, indiquent Fabien Lionti. La modélisation de toute l’enveloppe dynamique du véhicule sur de longs horizons temporels pourra limiter l’accumulation des erreurs. Celles-ci résultent de la faible quantité de données, de données parasitées par des bruits ou perturbées et des limitations des instruments de mesure eux-mêmes. En revanche, l’IA permet d’exploiter des connaissances « a priori » (déjà acquises) sur la dynamique du véhicule et réutilise des campagnes d’essais antérieures. Elle établit des méthodologies d’apprentissage robustes au bruit. La recherche porte sur la maîtrise des connaissances « a priori », en identifiant les informations utiles parmi toutes celles disponibles. La prise en compte de phénomènes dynamiques implicites (stabilité du véhicule) entraîne une complexification de l’architecture.

Domaine naval. La simulation d’un combat naval consiste à entraîner une IA face à d’autres IA, expliquent Olivier Parodi et Jean-Michel Tran. L’accélération du temps de calcul permet de confronter l’IA apprenante à des scénarios qu’un être humain n’a peut-être pas encore imaginés. Cela répond au besoin de réponses en temps réel, voire plus rapides que le temps réel, de modèles souvent complexes. L’IA doit générer des solutions tactiques respectant les doctrines en usage dans les armées. Pour cela, il faut réaliser des aides à la décision pour l’emploi de systèmes d’armes qui soient entraînées, en amont, à répondre dans le cadre des doctrines. Celles-ci vont évoluer grâce aux scénarios inédits de l’IA, qui va d’abord en détecter les failles puis les améliorer. Les images synthétiques et la base de données permettront de déterminer plus rapidement la classification d’un navire et son fonctionnement. L’IA permettra d’hybrider la situation tactique d’un sous-marin, d’un porte-avions ou d’une frégate en simulant des adversaires qui n’existent pas et d’autres mus par une certaine intelligence. Par exemple, des IA ennemies conduiront des torpilles, tandis que des IA amies proposeront des solutions de trajectoires, de plans et de contre-mesures. Puis, petit à petit, le niveau des incidents va monter. L’idée consiste à modéliser les doctrines à partir de machines, d’entraîner un réseau et, dans un second temps, de les utiliser avec des humains dans la boucle. Par ailleurs, l’emploi de l’IA et de la simulation nécessite une approche complémentaire pour la validation des comportements des drones de surface et sous-marins. Cette dernière subit diverses contraintes : travail dans un environnement marin européen tout en préservant la sécurité de défense ; protection de la confidentialité de la doctrine vis-à-vis des industriels ; interfaçage avec d’autres acteurs ; rapidité de la mise à disposition de prototypes à bord des navires ; ressources très limitées ; simplicité d’emploi pour l’opérateur. Outre les aspects technique et opérationnel cités plus haut, la « war room » (salle de crise) doit transférer plus rapidement la recherche et le développement dans les mains des opérationnels et rationaliser l’utilisation des ressources. Les simulateurs d’entraînement embarqués sur des navires de surface permettent d’expérimenter, sous contrôle humain, les solutions à base d’IA, d’évaluer les IA en environnement réel et de tester le facteur humain face à l’IA. Simulation et IA vont entraîner l’évolution des systèmes d’armes autonomes : drones ; torpilles ; aides à la décision ; outils d’analyse et de conduite de l’action. L’apprentissage par renforcement permet à un agent autonome (robot) d’apprendre à prendre des décisions face à une menace dans un environnement dynamique, en fonction du temps, de l’incertitude et des conséquences non immédiates de ses actions.

Drones aériens. La robotique, notamment aérienne, connaît une montée en puissance en termes de vélocité, d’autonomie, de miniaturisation, d’agressivité, de furtivité, d’endurance et de résilience, indique Thierry Berthier. Ainsi, le 26 septembre 2024, la Chine a procédé au-dessus du parc de la baie de Shenzhen à un vol simultané de 10.197 drones d’une vitesse de 200 km/h. Pour militariser cet essaim civil, il suffit d’embarquer 1 kg d’explosif sur chaque drone, portant sa puissance destructrice à plus de 10 tonnes d’explosif conventionnel. L’attaquant a l’avantage, car la défense s’avère plus complexe et doit se constituer elle aussi en essaim. Un intercepteur, en vol automatique, doit détecter une cible mobile, effectuer un suivi de vol, la rattraper et la neutraliser par choc cinétique, détonation à distance pour l’endommager ou déclencher sa charge militaire. La société française Eos Technologie a déjà mis au point le drone Veloce 330 « kamikaze » (munition opérée à distance) d’une vitesse de 500 km/h avec une extension possible à 800 km/h. Grâce à l’IA, le simulateur capacitaire de combat Blacksoft a déjà intégré : l’autopilote embarqué ; les détection, suivi, poursuite et ciblage ; l’identification amie ou ennemie ; l’optimisation de trajectoires d’interception ; l’optimisation de trajectoire pour échapper à l’intercepteur. Un essaim de lutte anti-drones à vitesse faible peut contrer l’attaque d’un essaim adverse à vitesse élevée si son propre effectif lui est supérieur en nombre.

Coopération humain-robot. Le domaine militaire terrestre évolue selon le contexte géopolitique et le niveau technologique qui intègre très rapidement les innovations civiles, rappelle Bruno Ricaud. L’IA accroît l’automatisation pour améliorer la protection des opérationnels, en évitant le contact direct, et l’optimisation des forces par rapport à l’adversaire. Sur le terrain, la coopération entre un robot et un être humain vise à laisser à ce dernier la prise de décision d’ouvrir le feu. La simulation de l’activité opérationnelle prépare et accompagne les changements, anticipe les besoins d’utilisateurs futurs et mesure les incidences d’un nouveau système dans le déroulement des activités des opérateurs. Ainsi le moyen d’étude, dénommé « principe du magicien d’Oz », consiste à immerger l’utilisateur de systèmes blindés futurs au sein de robots hautement automatisés, en se concentrant sur son « ressenti ». Il simule un niveau variable d’automatisation et de robotisation ainsi que des interactions via la commande vocale pour donner des ordres de haut niveau. Il varie aussi le nombre d’opérateurs et la fréquence d’apparitions d’impondérables. Le facteur humain s’y trouve associé par le recueil de données objectives et subjectives. Les résultats de la répartition des rôles entre l’humain et le robot portent sur l’identification des informations cruciales pour l’opérateur et l’évaluation de la collaboration de l’humain avec des systèmes automatisés. Ils identifient le moment et de la raison de la reprise du contrôle de leurs robots par les humains, grâce à l’analyse et la gestion de la complexité de l’imprévu par l’humain. Toutes ces informations permettent une analyse fine de l’intégration de l’IA et des systèmes automatisés dans les opérations, afin d’orienter les développements technologiques effectués en parallèle pour, finalement, disposer de technologies répondant aux besoins opérationnels.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées




Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

L’immersion des combattants dans des environnements opérationnels virtuels, grâce à la simulation puis l’intelligence artificielle (IA), permet d’évaluer l’acquisition de leurs savoir-faire.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 14 novembre 2024 à Paris, par le Centre de recherche Saint-Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France (armement terrestre) et la participation de Naval Group (construction navale de défense).Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur ; le lieutenant-colonel Grégory Fierling, officier de synthèse de la fonction simulation à la section technique de l’armée de Terre ; le capitaine de frégate Laurent Ollivier, division Plans & Programmes à l’état-major de la Marine ; le capitaine Erwan Le Garrec, officier de cohérence opérationnelle sur la simulation, armée de l’Air et de l’Espace.

Le combat futur. La simulation permet de se préparer à faire face à tous les types de conflit possibles afin d’améliorer les capacités de l’armée de Terre, estime le général Baratz. Elle sera encore plus utilisée pour la formation des combattants avec l’arrivée des systèmes immersifs, générés par l’IA, pour un apprentissage en ciblant des pédagogies pour chaque soldat confronté à des situations anormales. La simulation, très employée pour la formation des équipages de blindés et d’hélicoptères, vise à mécaniser systématiquement certaines activités. Chaque régiment dispose d’un espace de simulation et de numérisation, en vue du combat info-valorisé du système Scorpion qui met en réseau l’ensemble des moyens. L’armée de Terre envisage de mettre en réseaux tous les systèmes d’entraînement collectif afin d’entrevoir des scénarios. Ainsi, le simulateur Élite permet de faire travailler plusieurs équipages simultanément en variant les conditions métrologiques et d’engagement, en vue d’une acquisition plus rapide de compétences. Pour l’entraînement tactique, la simulation permet d’avoir une vision objective de la phase d’entraînement lors du « débriefing » du soir et de gagner en réalisme et en efficacité.  En outre, la simulation collective, accrue par l’IA, forge les esprits des officiers d’état-major. Via les « jeux de guerre », ces derniers s’habituent à saisir les opportunités face à un adversaire manœuvrant. Les analyses à froid avec des algorithmes dégagent des tendances, notamment l’efficacité des combinaisons des capacités, et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La simulation valide des hypothèses ou des choix possibles. Enfin, elle permet de tester des doctrines, d’envisager les armements futurs et de préparer des opérations.

L’armée de Terre. Les outils de simulation, apparus en 1992 pour l’entraînement des états-majors, atteindront la 6ème génération dénommée Taran et utilisant l’IA en 2026-2030, indique le lieutenant-colonel Fierling. En école, le soldat apprend à utiliser un système d’arme avec des simulations d’armements légers en cabine pour qu’il puisse manœuvrer. L’IA facilitera l’adaptation des processus pédagogiques aux caractéristiques des différents individus ou à leur amélioration. Des outils de simulation permettent déjà de générer des situations tactiques pour provoquer la rédaction d’ordres de la part des chefs et la rédaction de comptes rendus de la part des servants. Ensuite, tous sont envoyés dans des structures de combat en zone ouverte ou en zone urbaine, où leurs savoir-faire et aguerrissement sont contrôlés face à un ennemi réaliste en vue de combattre dans les engagements les plus durs. Des outils de simulation, disposés sur des engins et des systèmes réels, modélisent les cibles à viser et les tirs par des rayons laser. Ils optimisent les savoir-faire individuels et collectifs avant l’emploi effectif de matériels très onéreux. L’armée de Terre dispose de 6.000 machines installées dans 120 sites et reliées par 160 serveurs. Les outils de simulation génèrent des situations tactiques pour entraîner les postes de commandement, du niveau de groupement tactique interarmes (infanterie, cavalerie et génie ou artillerie) à celui de la division. Ce dispositif permet de faire travailler, ensemble et dans leur garnison, des individus issus de ces différentes fonctions opérationnelles. Il permet aussi aux états-majors de brigades de s’entraîner depuis leur garnison avec des unités subordonnées du niveau régiment qui restent chez elles. Il intègre des situations tactiques réalisées de manière réelle sur le terrain. Grâce à l’IA, les outils de simulation procèdent à la confrontation des modes d’action amis et ennemis. Ils donnent une indication sur la manœuvre interarmes (combinaison du feu et du mouvement) choisie et sur ses chances de succès. Le prochain enjeu porte sur le combat interarmées.

La Marine nationale. La formation à de nombreux métiers s’effectue sur des simulateurs d’apprentissage avec des instructeurs, explique le capitaine de frégate Ollivier. Les simulateurs, embarqués ou à terre et destinés à l’entraînement tactique, correspondent aux composantes de la Marine. Ceux des forces sous-marines sont installés à Toulon : Sycobs pour la sécurité/plongée ; Mercure pour la conduite normale de propulsion ; Vulcain pour la conduite en cas d’incident de propulsion ; Jupiter et Minerve pour la conduite des opérations et Mars pour la mise en œuvre des armes. Les simulateurs Espadon et Esturgeon reconstituent l’environnement du Central Opérations d’un bâtiment de surface pour les luttes anti-sous-marine, sur la mer et anti-aérienne. L’aviation navale dispose du Simulateur d’entraînement tactique pour l’équipage d’avion de patrouille maritime ATL2 et du Centre de simulation de la base aéronavale de Landivisiau pour les Rafale Marine et les avions de guet aérien avancé E2C Hawkeye du porte-avions Charles-de-Gaulle. L’entraînement des états-majors de niveaux opératif et stratégique est réalisé avec Taran (technologie de l’IA), Direct CGF et CMO (Command Moderne Operations) pour configurer des scénarios impliquant différents types de plateformes en interaction (jeux de guerre). A terme, la Marine nationale va disposer de simulateurs drones, d’autres pour la lutte asymétrique (défense à vue) ainsi que d’une simulation distribuée entre les navires de surface et les aéronefs et des liaisons entre simulateurs des unités en mer et à quai. L’IA présente des avantages pour l’analyse et la reprise de scénarios simulés mais également des contraintes : capacité d’enregistrement et de stockage des informations ; définition de critères de succès pour les tactiques envisagées ; confidentialité de la modélisation, réalisée par les industriels, des tactiques et doctrines de la Marine nationale.

L’armée de l’Air et de l’Espace. La simulation existe pour tous les types d’aéronefs, de systèmes et de missions simples, rappelle le capitaine Le Garrec. Les pilotes passent 70.000 heures chaque année dans une cabine de simulateur Rafale qui coûte plus cher qu’un avion, soit un peu moins de la moitié des heures de vol. Mais la simulation reste insuffisante pour les misions complexes et les exercices nationaux et internationaux, qui nécessitent un environnement réaliste et immersif. Les outils doivent être complétés pour : l’entraînement à la haute intensité impliquant de plus en plus de moyens et d’acteurs connectés ; la maîtrise des coûts ; l’enrichissement des missions d’entraînement en vol ; la diversification et la densification de l’entraînement tactique simulé. Le spectre s’élargit avec le combat collaboratif et l’arrivée du système de combat aérien futur dans un contexte multi-milieux (terre, mer, air, espace et cyber) et multi-champs (informationnel et électromagnétique). La simulation massive en réseau permet de réaliser des missions tactiques, simples et complexes, faisant intervenir des acteurs plus variés et en plus grand nombre. Sur la période 2023-2025, les 12 bases aériennes auront remplacé 12 anciennes cabines et reçu 65 nouvelles : 31 typées chasse ; 13 typées avions de transport tactique ; 21 typées hélicoptères.

Loïc Salmon

Armée de Terre : l’IA dans la conduite des opérations

Armée de Terre : l’IA dans l’analyse après l’action

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle




DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

En anticipant les menaces, la Direction générale de l’armement (DGA) conçoit et réalise les armes futures de la dissuasion nucléaire, qui représente 13 % de l’effort financier national pour la défense.

La dissuasion prévient toute attaque d’un pays étranger envers les intérêts vitaux de la France. Elle se fonde sur la peur de la riposte française par l’arme nucléaire, qui causerait chez l’adversaire des dégâts jugés inacceptables. La mission de la DGA dans ce domaine a été présentée à la presse, le 9 décembre 2024 à Paris, par un ingénieur général de l’armement.

Capacités et responsabilités. La dissuasion, en constante évolution, constitue un ensemble cohérent entre la Force océanique stratégique, les Forces aériennes stratégiques, la Force aéronavale nucléaire, les transmissions nucléaires et les moyens et programmes annexes d’infrastructures, de protection et de projection. Elle implique les industriels, le Commissariat à l’énergie atomique, les armées et la DGA. Celle-ci emploie un millier d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécifiquement formés et dispose de 15 implantations, de 9 centres d’essais et du bâtiment d’essais et de mesures Monge, pour assurer la sécurité des essais en vol (mer, air et espace) et tester les armements nucléaires. Elle suit les tendances, compare les armements concurrents, évalue des technologies en amont et conçoit les moyens de s’en prémunir. Elle travaille sur les rejets gazeux et la signature magnétique des sous-marins, les raids aériens en pays ennemi et le planeur hypersonique. Les équipements les plus perfectionnés restent réservés à la dissuasion. Vu les durées de vie d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE, 40 ans) et des missiles balistiques stratégiques (15-30 ans), elle explique au pouvoir politique que ses décisions prendront effet dans 10 à 20 ans.

Scénarios et essais. Selon la DGA, la dissuasion nucléaire ne consiste pas à reproduire les mêmes schémas avec des avions et missiles identiques, car les radars de détection et les systèmes de défense sol-air évoluent. Les scénarios portent, non pas sur la confrontation, mais sur l’évaluation des moyens adverses et modes d’emplois futurs pour le maintien de leur crédibilité. Le concept français de l’ultime avertissement est plus facile à appliquer par la composante aéroportée que par le tir d’un missile balistique depuis le fond des mers. La DGA propose au président de la République une gradation dans la démonstration, la dialectique avec les pays compétiteurs, voire l’action. Un raid nucléaire mobiliserait les Rafale porteurs du missile moyenne portée amélioré actuel, des avions ravitailleurs, des AWACS (alerte avancée), les frégates de défense aérienne du groupe aéronaval, les bâtiments ravitailleurs et les sous-marins d’attaque. Outre des messages plus discrets, la détermination et la capacité de la France se manifestent par le départ en patrouille d’un SNLE et des essais en conditions représentatives de l’utilisation opérationnelle, notamment le tir annoncé d’un missile balistique au milieu de l’océan.

Alliés et compétiteurs. La Grande-Bretagne a abandonné la composante aérienne. La tranche missiles et les postes de contrôle et de tir de ses SNLE sont de conceptions américaines, mais les têtes nucléaires et le système de décision restent nationaux. Israël, les États-Unis et la Russie disposent de composantes aéroportées. La Chine se concentre sur les missiles balistiques, tirés du sol ou de sous-marins. Le bouclier anti-missiles n’est pas étanche. Les États-Unis ne peuvent intercepter tous les missiles de croisière ou balistiques et leurs têtes, que tirerait la Russie et réciproquement, car un missile balistique emporte jusqu’à 36 têtes nucléaires et les lourds moyens d’interception coûtent très cher. La doctrine de la Russie consiste en un continuum entre les armements conventionnel, nucléaire tactique et nucléaire stratégique. Un missile de croisière russe ou chinois peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : résultat de la puissance militaire et de l’excellence industrielle




Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

Outil d’agilité stratégique de projection de puissance, le Groupe aéronaval (GAN) constitue un instrument essentiel de la défense nationale et contribue à la sécurité et la coopération internationale. L’édition 2025 de sa mission « Clemenceau », qui durera plus de quatre mois, le conduira dans l’océan Pacifique, via la mer Rouge.

« Clemenceau 2025 » a été présentée à la presse, le 8 novembre 2024 à Paris, par le contre-amiral Jacques Mallard, commandant la Force aéromaritime française de réaction rapide, constituée du GAN et des forces de surface, amphibie et de guerre des mines. Après une période d’entretien, le porte-avions Charles-de-Gaulle a repris la mer en septembre pour requalifier son équipage et qualifier les jeunes pilotes du groupe aérien embarqué, à savoir une vingtaine de chasseurs Rafale et deux avions de guet aérien Hawkeye.

Missions. Transporteur de l’arme nucléaire, le GAN contribue à la dissuasion, comme les Forces aériennes stratégiques et les sous-marins lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. Capable de durer sur un théâtre d’opérations et parcourir 1.000 km par jour, il permet de délivrer un message de pression ou de réassurance pendant de longues périodes, afin d’appuyer une manœuvre diplomatique. Il peut s’intégrer dans des forces interalliées comme lors de la mission « Aquila » (avril 2024), où ses avions ont été placés sous commandement de l’OTAN. « Clemenceau 2025 » contribue également aux opérations nationales et européennes de renforcement de la sécurité maritime en mer Rouge et en océan Indien. Elle permet de développer l’interopérabilité avec les Marines des pays partenaires et alliés dans les océans Indien et Pacifique. Ce déploiement promeut un espace de navigation libre et ouvert dans le cadre du droit international et contribue à la protection des populations et des intérêts français dans la zone. Présidente du Symposium naval de l’océan Indien en 2021-2022, destiné à améliorer la coopération entre les Marines des pays riverains, la France reprendra cette fonction en 2026-2027.

Moyens. Outil offensif, le GAN voit et comprend la situation dans les airs, sur et sous la mer, le champ électromagnétique, celui des perceptions et le cyber. Outre ses Rafale et Hawkeye, le Charles-de-Gaulle embarque cinq hélicoptères et un état-major. Son escorte compte : un bâtiment ravitailleur pour le soutien logistique ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour l’usage de la force ou la protection rapprochée ; un avion de patrouille maritime, stationné sur des points d’appui tout au long de son parcours et destiné à apporter un certain préavis pour les luttes antinavires et anti-sous-marine ; trois frégates françaises pour les défenses anti-aérienne et anti-sous-marine. Afin de maintenir l’interopérabilité avec les Marines alliées, effective depuis une dizaine d’années, cette escorte sera renforcée par des bâtiments de combat grec, portugais, italien, marocain, britannique, australien, canadien, japonais et américain. Après le transit en Méditerranée et en mer Rouge, le GAN participera à divers exercices : « Varuna » avec la Marine indienne ; « La Pérouse » pour la sécurité maritime avec les Marines des pays riverains de l’archipel indonésien ; « Pacific Steller » avec la VIIème Flotte américaine.

Laboratoire d’innovations. « Clemenceau 2025 » va utiliser massivement la donnée. Plusieurs « datacenters », mis en œuvre par des réservistes spécialisés, vont collecter, exploiter et partager les données des senseurs pour augmenter la capacité d’analyse, au sein de la force et via des échanges avec les Marines alliées. Ces données seront mises en commun avec celles de l’historique du théâtre pour une analyse plus pertinente. L’ascendant informationnel libèrera du temps pour des prises de décision plus rapides et plus efficaces par l’état-major embarqué et les commandants des bâtiments de combat.

Loïc Salmon

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

Marine nationale : la mission « Akila » du GAN en Méditerranée

Stratégie : l’Indopacifique, vision du monde et concept militaire




Défense : l’AND et le traitement des données géographiques

L’Agence numérique de défense (AND) exploite l’imagerie géospatiale pour mieux comprendre les environnements, en vue d’apporter une supériorité opérationnelle.

Sa directrice, la générale de division Anne-Cécile Ortemann, l’a expliqué lors d’un séminaire tenu au Campus Pierre et Marie Curie de Paris le 1er octobre 2024.

L’écosystème numérique. Créée en 2021 et relevant de la Direction générale de l’armement, l’AND conduit d’abord les projets numériques pour le ministère des Armées, notamment pour la préparation des forces, le maintien en condition opérationnelle, le commandement et la conduite interarmées, le renseignement militaire, l’appui aux systèmes d’information et de commandement, le soutien aux Services du commissariat et de santé, les systèmes numériques de l’armement, le renseignement de sécurité et de défense et les ressources humaines. En outre, elle conseille les états-majors, directions et services sur la définition des besoins numériques des systèmes d‘information et l’optimisation des ressources humaines et financières induites. L’AND emploie 450 personnes réparties sur les sites de Paris-Balard, du Kremlin-Bicêtre (banlieue parisienne) et de Bruz (Bretagne). Elle met en œuvre la politique industrielle du ministère des Armées dans les technologies numériques des systèmes d’information. A ce titre, elle a conclu des contrats avec une vingtaine d’entreprises, dont Thales, Naval Group et Airbus. Son écosystème inclut les sous-traitants des entreprises sous contrat et celles avec qui elle a établi des contacts.

Le renseignement géospatial. La transformation numérique facilite une analyse prédictive grâce à des scénarios d’intervention, afin de prendre des décisions plus rapides. L’analyse des données massives issues de sources multiples permet d’anticiper. L’intelligence artificielle (IA) interprète en temps réel des données géospatiales complexes. Ses modèles d’apprentissage automatique aident à détecter des comportements inhabituels. L’emploi de l’IA, couplée au renseignement géospatial, permet d’identifier des menaces en amont et donne un avantage stratégique déterminant. Ainsi, le programme Géode 4 D, composé de 21 systèmes, mobilise une dizaine de personnes, en plus des experts, pour traiter la géographie, l’hydrographie, l’océanographie, la météorologie et l’espace. Il analyse les données recueillies par des capteurs et fournit des reproductions qu’il diffuse. Géode 4 D facilite la planification et la conduite des opérations en alimentant les systèmes d’armes. Par exemple, il assure un suivi de terrain à un avion volant à basse altitude, afin d’éviter un impact au sol. Le système anticollision détecte un obstacle imminent et prévient le pilote. Si celui-ci ne réagit pas, le système prend alors temporairement le contrôle de l’avion pour le dévier de sa route dangereuse. Une fois l’altitude de sécurité atteinte, il rend le contrôle au pilote. Dans le cadre de l’OTAN, l’interopérabilité de Géode 4 D s’établit au niveau des données géographiques brutes et à celui des produits utilisables par les personnels opérationnels. Ainsi, la France apporte une contribution de 10 Mkm2 d’élévations de terrain.

Géographie militaire. En 2021, le ministère des Armées a renouvelé son partenariat avec l’Institut national de l’information géographique et forestière, notamment via Géode 4 D pour maîtriser la connaissance de l’environnement géophysique et en prévoir lses effets sur le déroulement des opérations. Géode 4 D facilite le positionnement et la navigation en trois dimensions, grâce aux cartes papier pour l’environnement tactique, aux levées topographiques pour le recalage de positions ou de centrales inertielles, aux modèles numériques de terrain et aux modèles d’infrastructures en trois dimensions. Actuellement, 90 % des systèmes d’armes utilisent une information géographique complète de l’environnement opérationnel.

Loïc Salmon

Interarmées : anticipation et numérisation, gages de la supériorité opérationnelle

Armée de Terre : l’IA dans la préparation de la mission

Défense : l’innovation numérique à tous les niveaux




Euronaval : préparation au retour du combat de haute intensité

Matériels plus lourds, systèmes d’armes plus complexes, drones de surface et sous-marins ainsi que les luttes anti-drones et anti-mines caractérisent l’édition 2024 du salon international Euronaval.

Ce dernier a fait l’objet d’une visioconférence de presse le 24 octobre 2024, où sont notamment intervenus : l’ingénieur général de l’armement François Watteau, sur les programmes français ; le délégué général du Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) Philippe Missoffe, sur le marché naval dans le monde. Le salon, qui se déroule du 4 au 7 novembre à Villepinte (banlieue parisienne), accueille 480 exposants de 30 pays et environ 150 délégations françaises et étrangères.

Les grands programmes français. Premier investisseur de l’État avec 20 Mds€ par an, la Délégation générale de l’armement (DGA) garantit l’autonomie stratégique des armées en matière d’équipements. L’unité de « management combat naval », à laquelle appartient l’ingénieur général Watteau, pilote l’ensemble des opérations relatives au renouvellement ou à la modernisation des moyens de la Marine nationale, à savoir le porte-avions, les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), les drones jusqu’à 6 m de long et tous les équipements et armements associés. Elle doit garantir la cohérence des futurs systèmes avec ceux en service, conduire leurs travaux d’architecture et de conception pour répondre aux besoins, définir l’organisation industrielle, passer des contrats et en assurer la bonne exécution par la réception des matériels dans les centres d’essais de la DGA, répartis dans toute la France. Parmi les 100 programmes en cours, le principal concerne le remplacement du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui arrivera en fin de vie en 2038. La DGA et le Commissariat à l’énergie atomique assureront la maîtrise d’ouvrage étatique du porte-avions de nouvelle génération, qui sera équipé de deux chaufferies nucléaires. Les études en projet ont été initiées dès 2019, les gros équipements de chaufferie ont été commandés en 2024 et le contrat de réalisation sera signé en 2025. Outre l’évolution du Rafale Marine, les innovations technologiques majeures seront prises en compte pendant toute la durée de vie du futur porte-avions, notamment les drones et le domaine quantique (comportements des atomes et des particules dans le rayonnement électromagnétique). Le programme des nouveaux SNA « Barracuda » se poursuit. Après les Suffren et Duguay-Trouin déjà en service, le Tourville le sera à la fin de 2024. Les De-Grasse, Casabianca et Rubis suivront d’ici à 2030. A cette date, trois des cinq frégates du programme franco-grec « FDI » (frégates de défense et d’intervention) seront livrées. La première, dénommée Amiral-Ronarc’h, a commencé ses essais à la mer le 7 octobre 2024. Les frégates anti-aériennes du programme franco-italien « Horizon » seront renouvelées. Enfin, un programme de drones sous-marins, capables d’opérer à 6.000 m de profondeur, sera lancé pour assurer la maîtrise des fonds marins.

Le marché naval mondial. Selon l’édition 2024 de l’étude « World Defence Shipbuilding» du GICAN, présentée par Philippe Missoffe, les données récupérées depuis 2016 montrent une évolution de la construction navale militaire. Les risques de tensions maritimes entraînent les constructions de frégates, corvettes, sous-marins à propulsion diesel-électrique, SNA et sous-marins nucléaires lanceurs d’engins fortement armés. La guerre d’attrition nécessite de nouvelles armes bon marché (lasers). Des armes plus rapides (torpilles) et lointaines (missiles hypersoniques) arrivent. Le marché naval mondial est estimé à 82,5 Mds€ pour les années 2022-2023, dont 20 Mds€ dépensés par les États-Unis et 16 Mds€ par la Chine. Celle-ci construit davantage de navires que les États-Unis mais n’en exporte pas, alors que la France vend 35 % de sa production navale à l’étranger.

Loïc Salmon

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Grèce : partenariat stratégique et achat de trois frégates FDI




Technologie : futurs drones de combat au sein du SCAF

L’avenir des capacités aériennes se construit autour du système de combat aérien futur (SCAF), combinant des avions pilotés de plus en plus performants et onéreux avec des drones moins chers. Tous vont évoluer dans un environnement de haute intensité, où les défenses antiaériennes améliorent leur efficacité.

Ce thème a fait l’objet d’un rapport publié, en avril 2024 à Levallois-Perret (banlieue parisienne), par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et rédigé par Philippe Gros, maître de recherche à la FRS, et Jean-Jacques Patry, ancien fonctionnaire au ministère des Armées.

Anticipation des évolutions. Les drones sont passés du statut de capteurs d’appoint à celui de pilier du renseignement puis de capteurs et effecteurs au cours des guerres récentes en Lybie (2011) et en Ukraine (depuis 2022). La robotisation du combat aérien se poursuit. Face à l’évolution de la menace, l’emploi des drones doit s’intégrer dans le concept d’opérations « multi-milieux et multi-champs », afin d’optimiser les synergies entre les plateformes ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance), les plateformes effectrices aériennes, navales et terrestres ainsi que les munitions et autres charges utiles. Cela influe sur la doctrine tactique du C2 (commandement et contrôle) pour la mise en œuvre des drones, l’évolution des fonctions des chefs de patrouille, du commandement de la mission et de la gestion du combat aérien, mais aussi de la fonction C2 à l’échelle interarmées. Sur le plan opérationnel, les drones peuvent transformer toutes les missions. Pour celles de renseignement, ils fournissent des réseaux de capteurs pénétrants étendant la couverture ISR. Pour la supériorité aérienne, ils fournissent des capacités déportées de leurrage, de brouillage, de ciblage et d’engagement, en collaboration avec les chasseurs maintenus en arrière. Ils permettent des modes d’action de désorientation et de saturation, indispensables à l‘aveuglement et à la désintégration des défenses antiaériennes adverses, et créent des ciblages d’opportunité dans le temps long et dans un environnement d’intensité moyenne. Pour la supériorité terrestre, ils accroissent la masse pénétrante en début de campagne puis maintiennent plus longtemps le dispositif couvrant de grandes zones et ainsi démultiplier les capacités de ciblage d’opportunité nécessaires à l’appui aérien rapproché. Enfin, grâce à la fourniture de réseaux de capteurs avancés et de relais de transmission, les drones augmentent la portée et la robustesse de la fonction « gestion du champ bataille (échange d’informations sur le terrain), commandement et contrôle ». Par ailleurs, l’intelligence artificielle facilitera des évolutions technologiques : systèmes partiellement autonomes ; « cloud tactique » (réseau pour la distribution de données et le partage d’informations) permettant la décentralisation, au niveau des plateformes, des capacités de décision actuellement réservées à des postes de commandement à distance, voire hors théâtre ; services collaboratifs entre les systèmes de mission de diverses plateformes ; miniaturisation des équipement et armements. Enfin, la simulation nécessite moins d’heures de vol réelles pour la préparation opérationnelle. Par ailleurs, le combat collaboratif entre avions et drones nécessite un « « cloud de combat », dont la création, pour une coalition, dépend de la réalisation du projet de réseau multi-senseurs et multi-effecteurs et pose la question de l’interopérabilité. Or depuis la guerre du Golfe (1991), les dispositifs aériens de coalition s’accommodent mal des zones de responsabilité nationale. L’évaluation commune de la situation tactique exige de prendre en compte l’interopérabilité entre les systèmes américain NGAD, français SCAF, britannique GCAP et les autres dès leur conception, afin de développer des liaisons de données, des outils de traduction et surtout des procédures de partage du C2, comme pour la gestion de combat actuelle avec les avions de chasse.

Projet américain. Après des années d’atermoiements, l’armée de l’Air et la Marine américaines développent l’aéronef de combat collaboratif (CCA en anglais) pour renforcer leurs flottes aériennes de combat, considérée comme insuffisantes face à une agression chinoise. Ces CCA s’intégreront dans le système de systèmes dénommé « dominante aérienne de nouvelle génération » (NGDA) centré sur un avion de chasse. Cette vaste architecture de combat collaboratif doit permettre d’acquérir la supériorité aérienne en remplissant diverses missions, dont la chasse, la neutralisation des défenses antiaériennes ennemies, le déni d’accès, l’appui aérien rapproché et le relais de communications. Deux projets sont en cours de réalisation et concernent surtout des engins récupérables basés à terre, à savoir le drone de combat furtif XQ-58, fabriqué par Kratos, et le drone furtif multi-rôles, construit par Boeing. L’armée de l’Air devrait acquérir au moins mille exemplaires du modèle retenu, destinés à opérer avec l’avion furtif multi-rôles F-35, puis le chasseur NGAD. Ces futurs systèmes reposeront sur une architecture ouverte modulaire et sur le drone Skyborg, piloté par l’intelligence artificielle et déjà mis au point. Des travaux sont aussi en cours sur des drones consommables aérolargués.

Projet français. Les réflexions d’Airbus et de MBDA sur le SCAF français rejoignent celles sur le NGAD américain. Selon la trajectoire fixée par la loi de programmation militaire 2024-2030, le SCAF devrait bénéficier de multiples avancées capacitaires, notamment pour réaliser le chasseur de nouvelle génération, successeur du Rafale. En matière de drones, il s’agira de réduire le « coût par effet » en utilisant des systèmes consommables ou récupérables avec des mises à poste variées. Cela implique de développer : des équipements et des munitions spécifiques ; l’architecture de connectivité ; des solutions d’autonomie pour la plateforme habitée, dont l’équipage gérera les missions des drones, et pour les drones ailiers eux-mêmes mais selon des règles d’engagement très strictes. Tout dépendra du contexte opérationnel, notamment de l’environnement électromagnétique plus ou moins déconnecté ou intermittent et qui affecte le fonctionnement du « cloud de combat ».

Projets d’autres pays. La Grande-Bretagne développe le programme de combat aérien global (GCAP). BAE Systems met au point deux types de drones, lancés depuis le sol et récupérables mais avec des niveaux technologiques différents. L’Australie coopère avec Boeing pour la fabrication du drone furtif multi-rôles MQ-28 Ghost Bat, selon un concept similaire à l’aéronef de combat collaboratif américain. La Corée du Sud s’en inspire aussi pour développer un drone ailier pour accompagner les nouvelles versions de son chasseur polyvalent KF-21 Boramae. Avec l’aide des États-Unis, le Japon développe un drone capable d’opérer avec son futur chasseur F-X dans les années 2030. De son côté, la Russie développe le drone ailier S-70 Okhotnik, lourd (25 t) et furtif, et le Kronshadt Grom destiné à opérer avec l’avion de défense aérienne Su-35 et le chasseur furtif multi-rôles Su-57. Toutefois, ces programmes sont ralentis en raison des sanctions de pays occidentaux et de l’absence de solution quant au mode de propulsion. La Chine développe une famille de systèmes de combat aérien collaboratif avec le chasseur J-20, le drone FH-95 Feihung, dédié à l’ISR et à la guerre électronique, et le drone de combat FH-97, tous deux proches des modèles américains récupérables. L’Inde développe le système de systèmes CATS de Hindoustan Aeronautics Limited, comprenant le chasseur Tejas et plusieurs drones, dont le CATS Warrior, proche des MQ-28 et XQ-58 américains, et un drone de type missile de croisière récupérable, ainsi que des munitions rôdeuses (drones suicides) Alfa. La Turquie développe son propre chasseur F-X Kaan, le drone supersonique Kizilelma, le drone furtif Anka-3 et les drones consommables Super Simsek et Autonomous Wingman Concept.

Loïc Salmon

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

 




Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Le Commandement de l’espace (CDE) monte en puissance pour améliorer la surveillance de l’espace, en vue de la protection et la défense des intérêts français. Il complète ses capacités par une coopération internationale renforcée.

Son commandant, le général de division aérienne Philippe Adam l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 14 mai 2024 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Les menaces. L’espace, où se croisent les mondes civil et militaire, commence à 100 km d’altitude au-dessus du niveau de la mer et continue son expansion en permanence. Même si les risques de collision entre les 2.000 satellites en orbite restent relativement faibles, ils augmentent avec l’accroissement de l’activité des opérateurs étatiques et privés, sans compter le nombre accru de débris. La compétition et la facilité d’accès à l’espace permettent d’exercer de nouvelles activités, cachées par d’autres tout à fait licites, souligne le général Adam. Les menaces existantes sont vues, observées et suivies. Il ne s’agit pas systématiquement d’actes hostiles, agressifs ou directement malveillants, mais d’activités très suspectes et préoccupantes sur ce qui pourrait se produire. Dans l’espace, elles consistent en menaces orbitales, écoute et brouillage. Les armes à énergie dirigée sont encore trop volumineuses pour être envoyées dans l’espace. Mais, du sol, le brouillage, l’illumination laser et les missiles antisatellites peuvent causer des dégâts considérables. Le sabotage menace les antennes, les centres de calcul et ceux de stockage de données, vulnérables aux attaques cyber. Les attaques, bien préparées, ne se découvrent qu’à leur déclenchement. Outre ses nombreuses cyberattaques en cours contre la France, la Russie se livre à de activités bizarres dans l’espace. Ainsi, en 2018, des satellites russes se sont rapprochés des satellites français, sans explication ni coordination ni justification. A l’époque, la ministre de la Défense Florence Parly avait dénoncé des manœuvres inamicales. L’écoute des fréquences des satellites de communications pourrait permettre d’interrompre leurs services n’importe quand. La Chine effectue des manœuvres de satellites en orbite géostationnaire avec des trajectoires compliquées, très difficiles à observer. La Russie et la Chine mélangent les activités civiles et militaires, voire entretiennent un flou permanent sur la distinction entre les deux. Enfin, le CDE doit aussi surveiller la Corée du Nord, l’Iran et quelques autres acteurs non précisés.

La défense. Comme la police du ciel dans l’espace aérien, indique le général Adam, la « défense active » consiste à détecter les situations problématiques dans l’espace, les observer et les surveiller, puis les analyser, les comprendre et agir. Il convient d’abord d’envoyer dans l’espace un moyen de récupérer des informations supplémentaires avant d’utiliser la force. La posture défensive de la France repose sur la légitime défense, comme pour toutes ses opérations militaires. Outre les grands opérateurs et industriels de l’espace connus du ministère des Armées, de nombreuses startups et beaucoup d’entreprises moyennes, actives dans d’autres domaines, s’y lancent aussi. Le CDE doit réussir à exploiter leurs bonnes idées afin d’avancer rapidement. Il dispose en propre du Laboratoire d’innovation spatiale, installé à Toulouse (voir plus loin) et qui pratique le « benchmarking », à savoir l’ensemble des actions aidant à évaluer et comparer les produits, méthodes et services d’autres acteurs, en vue de s’assurer un avantage sur eux. Selon un document du CDE, celui-ci développe les coopérations internationales avec les principaux acteurs de l’espace. En 2020, la France et l’Allemagne ont rejoint le forum « Combined Space Operations », qui regroupe les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce forum permet de discuter des sujets capacitaires, juridiques ou opérationnels, afin de coordonner les capacités alliées dans un futur proche, d’en augmenter la résilience pour assurer le soutien aux opérations multi-milieux et multi-champs, de garantir un accès libre à l’espace et d’y protéger les moyens spatiaux. En outre, la France entretient des coopérations bilatérales dans le domaine opérationnel avec les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, l’Inde, le Japon et les Émirats arabes unis. En mars 2020, elle a signé avec l’Allemagne un cadre de coopération sur la surveillance de l’espace à des fins de défense et de sécurité.

La préparation opérationnelle. L’expertise dans le domaine spatial nécessite des entraînements militaires à différents niveaux. Le document du CDE en présente quatre exemples internationaux : « Schriever Wargame », exercice politico-stratégique multinational ; « Global Sentinel », exercice de niveaux tactique et opératif multinational dédié à la surveillance de l’espace ; « Sprint Advanced Concept Training », exercice destiné au développement technologique pour la surveillance de l’espace dans un environnement très concurrentiel avec une cinquantaine d’opérateurs commerciaux ; « AsterX », exercice d’entraînement tactique et opératif organisé par la France depuis 2021. L’édition 2024 s’est déroulée à Toulouse du 4 au 15 mars avec un scénario géopolitique inspiré des menaces actuelles et futures sur l’ensemble du spectre de la guerre spatiale. Organisée par le CDE avec 7 partenaires industriels français et 15 partenaires étrangers, elle a mobilisé 140 participants civils et militaires, 27 joueurs étrangers et 30 observateurs étrangers. En outre, 4.000 objets spatiaux, 23 événements simulés, 14 menaces différentes, 11 systèmes missions et 1 supercalculateur ont été mis en œuvre. Visant une combinaison des effets planifiés, « AsterX » a été conduit par : les unités du CDE (voir plus loin) ; les composantes des armées Terre, Air, Marine et Cyber ; la Direction du renseignement militaire (DRM) et la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; le Centre national d’études spatiales ; le Centre d’excellence de l’OTAN pour l’espace, implanté à Toulouse, et le Centre français de recherche aérospatiale.

Les unités du CDE. Le Commandement de l’espace compte trois unités et en disposera d’une quatrième centrée sur l’intelligence artificielle en 2025. A Paris, le Centre de commandement et de contrôle des opérations spatiales permet d’établir la situation spatiale et d’effectuer des analyses de niveau opératif au profit des autorités de niveau stratégique. Il conduit les opérations nationales, souvent en coopération multinationale, par l’orientation de capteurs, l’analyse de la situation spatiale et le renseignement d’intérêt spatial. Il assure l’appui aux opérations en fournissant la météorologie solaire, la précision du signal GPS et celle du survol des satellites. Enfin, il concourt à la diffusion de l’alerte lors des rentrées atmosphériques à risque. A Creil, le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS) garantit l’accès permanent du ministère des Armées à l’imagerie spatiale. Il maintient les liens et transmet les données requises pour assurer le service entre : les utilisateurs en France ; les pays partenaires du Musis (système multinational d’imagerie spatiale pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation), à savoir l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et la Suède, ainsi que ceux des systèmes Cosmo-Skymed (Italie) et Sar-Lupe (Allemagne) ; les contrôleurs opérationnels charge utile (DRM) et plateforme (CDE) ; les centres de maintien à poste des satellites. Le CMOS rejoindra les nouvelles installations du CDE à Toulouse en 2025. A Lyon-Mont-Verdun, le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux(Cosmos) maintient une situation spatiale autonome de référence. Il détecte et analyse tout évènement spatial menaçant. Il assure la capacité d’alerte avec les pays alliés et apporte un soutien spatial aux opérations. Le Cosmos rejoindra Toulouse en 2024. Toulouse abrite déjà le Laboratoire d’innovation spatiale des armées, chargé de favoriser l’émergence de solutions pour les besoins du CDE.

Loïc Salmon

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité

Espace : résurgence de la menace antisatellites

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

 




Armée de l’Air et de l’Espace : 90 ans d’innovations en continu

L’innovation, processus évolutif plus ou moins long, cumule la prise de risques, pour ne pas subir celle de l’adversaire, et l’agilité intellectuelle pour déroger aux normes sclérosantes. Son succès dépend d’un contexte institutionnel facilitant le dialogue continu entre ses acteurs.

L’innovation, ainsi définie par le général Stéphane Mille, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), a fait l’objet d’un colloque organisé, le 18 janvier 2024 à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA). Y sont notamment intervenus : le général d’armée aérienne Luc de Roncourt, inspecteur général des armées Air et Espace ; le général de brigade aérienne Emmanuel Boiteau, directeur du CESA ; le colonel Fabrice Imbo, chef du Centre d’analyses pour les opérations aériennes.

Travail d’équipe. Depuis l’Antiquité, l’innovation militaire a joué un rôle dans la conduite de la guerre, dans l’amélioration des tactiques et des armes, rappelle le général de Roncourt. Elle découle d’un processus technique, social ou opérationnel et souvent les trois en même temps. Les partenariats académiques dans les sciences économiques, sociales et « dures » (physique, mathématiques, astronomie, géologie et géographie) favorisent les capacités à apprendre les uns des autres. S’y ajoutent les partenariats industriels et opérationnels ainsi que les échanges internationaux. Toutes ces initiatives permettent de mettre en réseau les laboratoires des équipes chargées de l‘innovation. Une idée lumineuse ne suffit pas. Il s’agit de la faire adopter et la voir transformer la réalité pour qu’elle réussisse. L’innovation demande beaucoup de persévérance et d’audace, pour surmonter les préjugés, et d’intelligence pour se différencier sans s’aliéner le cadre institutionnel existant. Favoriser la créativité au sein de l’AAE consiste à imaginer des processus, la récompenser et, surtout, accepter le risque de l’échec, malgré une culture qui pousse à le limiter. Dans l’univers de l’AAE, fondé sur la science et la technologie, l’innovation s’impose dans la façon dont elle est utilisée pour créer un avantage. L’intelligence artificielle ajoute à la complexité et à l’incertitude du monde actuel, souligne le général de Roncourt. Son potentiel de rupture et de transformation nourrira la majeure partie de l’innovation. Facteur clé de la sécurité à très court terme, elle pourrait aboutir à un changement de nature de la guerre, dont elle transforme déjà la conduite. Il convient de se donner les moyens d’identifier les tendances émergentes, les besoins futurs, les nouveaux acteurs et les scénarios possibles d’un environnement sous tensions. L’innovation permet de concrétiser les visions futures, identifiées par la prospective, en proposant des solutions pour préparer l’avenir.

« Morane » et « Rapace ». Depuis la fin de la guerre froide (1991), indique le général Boiteau, le nombre d’avions de chasse a été divisé par 4 en Europe et par 2 aux États-Unis, alors que ceux des pays de l’Est et du Sud-Est ont été multipliés. Malgré la protection des systèmes sol-air longue portée, la sécurité des base aériennes se trouve contestée par la prolifération des drones. En outre, il s’agit de repenser la projection de force aérienne à l’heure de la contestation militaire de haute intensité. L’adaptation aux nouvelles menaces implique une rupture culturelle. Pendant trente ans, les moyens ont été regroupés dans une logique d’efficience (rapport entre ressources utilisées et résultats obtenus), entraînant la fermeture de bases. Des expérimentations, entreprises dès 2001, ont porté sur les ressources humaines, les munitions, le commandement et les moyens de communications pour aboutir au concept opérationnel « Morane » de base aérienne élargie. Ce dernier a été expérimenté en octobre 2023 avec le déploiement, sous très faible préavis, de trois chasseurs Rafale et d’un avion de transport tactique A400 M Atlas en Roumanie avec du matériel de maintenance, des équipements relatifs aux systèmes d’information et de communication, du matériel pour le Commando parachutiste de l’air N°10 et des équipements de protection individuelle contre les risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Grâce aux avions ravitailleurs MRTT, les différentes missions de projection « Pégase » vers la zone Indopacifique ont permis de dynamiser le réseau « Rapace » (Réseau aérien de points d’appui, de coopération et d’engagement), partagé avec d’autres nations, à Djibouti, aux Émirats arabes unis, à La Réunion, à Singapour, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et en Guyane. L’innovation a aussi porté sur la formation des mécaniciens et la navigabilité pour améliorer la sécurité aérienne en encadrant la traçabilité et les conditions de maintenance. Dans une mission, une patrouille aérienne conserve l’initiative si, dans un conflit de haute intensité, les satellites sont attaqués et les liaisons de communications brouillées. Depuis vingt ans, l’AAE a mis en place la gestion du risque opérationnel selon des normes particulières et exceptionnelles, définies à l’avance, afin de prendre la bonne décision au bon niveau de responsabilité.

Environnement du commandement. Dans un conflit, le cyber, le spectre électromagnétique et le champ informationnel se sont ajoutés aux milieux physiques, à savoir la terre, la mer et les airs, rappelle le colonel Imbo. Il s’agit donc d’en synchroniser les effets. Par exemple, des forces spéciales sont envoyées pour reconnaître une batterie de défense sol-air mobile, qui menace les Rafale arrivant sur une base aérienne. Une cyberattaque va la rendre inopérante et assurer une plus grande discrétion à l’action des forces spéciales. D’autres menaces consisteraient en des drones électromagnétiques, à la recherche de drones encore au sol, ou en un aveuglement de satellites dans l’espace. Malgré sa prolifération, le drone n’est plus un élément essentiel après deux ans de guerre entre la Russie et l’Ukraine, car l’utilisation du spectre électromagnétique permet d’en réduire l’utilisation. Dans le cyberespace, la temporalité entre en jeu. Une cyberattaque se prépare très en amont, afin d’exécuter uniquement les décisions politiques. Après l’attaque elle-même, l’adversaire va développer les moyens de s’en protéger, d’où l’importance de la temporalité et du niveau de décision. Le chef de guerre va affronter la démultiplication de tous les capteurs générant un accroissement exponentiel de données disponibles en sources ouvertes. Au début d’un conflit, il ne sera plus en mesure d’arriver à distinguer le vrai du faux et la pertinence avérée ou non d’un fait. La question se pose de l’apport de l’innovation dans l’évolution du rôle du commandeur. Plutôt que de faire de l’innovation, les simulations massives en réseaux permettent de s’entraîner avec un niveau élevé de qualité. Les nouveaux systèmes de collecte d’informations sur internet permettent de les valoriser par des canaux, des correspondances ou des corrélations. L’extraction d’une information particulière facilite l’aide à la décision. Pour les aviateurs, elle permet d’accélérer la boucle « observation, orientation, décision action ». Il s’agit de s’insérer dans celle de l’adversaire pour aller plus vite que lui en automatisant la boucle. Mais, pour atteindre la vitesse maximale, il faudrait…automatiser la décision ! Or, l’innovation doit seulement aider le commandeur à décider. Choisir entre aller plus vite ou décider constituera un dilemme pour le chef de guerre. Une autre difficulté porte sur la transparence du champ de bataille dans la conduite d’une opération. Même avec une supériorité aérienne localisée, l’invisibilité complète vis-à-vis de l’adversaire n’est plus garantie. La transparence du champ de bataille et les moyens de communications modernes irriguent d’informations toutes les strates décisionnelles, du niveau tactique à l’opératif puis au politique, comme le suivi de la neutralisation de Ben Laden (2011). Certaines autorités politiques auront tendance à décider à la place de l’opérateur sur le terrain.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : encourager l’innovation pour vaincre et convaincre

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre

Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique