Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones

Le maintien de la souveraineté sur l’espace aérien national exige une vigilance accrue, une capacité constante d’anticipation et une grande réactivité aux menaces.

Le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), en a présenté le fonctionnement à la presse le 2 octobre 2025 à Paris.

Posture de sûreté aérienne. La défense aérienne de la France mobilise 450 aviateurs 24 heures sur 24, 365 jours par an. Elle s’appuie sur du renseignement en amont obtenu par un maillage de 70 radars répartis sur le territoire national et connectés aux centres de détection et de contrôle. S’y ajoutent les renseignements provenant de la Direction générale de l’aviation civile, de la Direction générale de douanes et droits indirects et de la Direction générale de la sécurité intérieure, afin d’évaluer la situation par rapport à un aéronef particulier. En cas de comportement anormal, 4 plots de chasseurs et 3 plots d’hélicoptères, en alerte permanente, peuvent intervenir en quelques minutes. Des avions ravitailleurs peuvent être déployés pour soutenir les chasseurs dans la durée et des avions E-3F AWACS (systèmes aéroportés de détection et de commandement aéroporté) permettent d’allonger la surveillance radar. Tout est coordonné à la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, centre du CDAOA connecté aux radars de l’OTAN pour anticiper et orienter les actions. En temps de paix, celles-ci peuvent débuter en vol avec la poursuite de l’aéronef pour le contraindre à se poser, afin que le pilote soit appréhendé par la Gendarmerie. Le dispositif inclut la participation des radars des bâtiments de la Marine nationale et la défense sol-air de l’armée de Terre. Des protocoles d’accord bilatéraux avec les pays voisins de la France permettent d’échanger des données et d’engager des poursuites au-delà des frontières. La chaîne d’engagement permanente relève de la Haute autorité de défense aérienne et du Premier ministre. Lors d’événements majeurs comme le Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, un « dispositif particulier de sûreté aérienne » est mis en place avec des zones de vol réglementées et d’interdiction temporaires.

Lutte anti-drones. Plusieurs milliers de drones, enregistrés dans des banques de données et mis en œuvre par des opérateurs privés ou étatiques (SNCF, pompiers, Douanes et prisons), survolent la France dans des couloirs spécifiques. La posture de sûreté aérienne s’applique aux drones selon le triptyque détection, classification et intervention, mais avec des particularités. Rarement métallique, un drone évolue souvent à basse altitude, de jour comme de nuit et souvent en milieu urbain. La détection associe radars, goniométrie, acoustique et caméras. Signalements électroniques et systèmes d’intelligence artificielle détectent les comportements erratiques. La classification « ami » ou « ennemi » permet de lever un doute. En cas d’engagement, les drones seront neutralisés par des moyens moins coûteux que les missiles. Cela va du brouillage, du sol ou d’un hélicoptère, à la capture électronique de la télécommande du drone, pour le renvoyer à son point de départ et appréhender le pilote, ou à la destruction par de l’artillerie ou un fusil de chasse. La Marine et les armées de Terre et de l’Air et de l’Espace développent leurs propres systèmes de protection et s’entraînent à la lutte anti-drones. Pendant les Jeux Olympiques, environ 400 drones contrevenants n’ont pas respecté la réglementation, entraînant brouillages, saisies et interpellations des télépilotes. L’arme à énergie dirigée (laser), capable de griller les composants électroniques d’un drone en quelques secondes, a été mise en œuvre. Ensuite, le CDAOA a monté l’exercice interarmées et interministériel XLAD (17-28 mars 2025) avec la société civile en mobilisant 230 participants et selon 40 scénarios de menaces multiples.

Loïc Salmon

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L’École militaire, une histoire en cartes postales

Depuis sa création en1751, l’École militaire es à la fois témoin et actrice de l’histoire militaire, de celle de Paris et de celle de la France. Média populaire à partir du XXème siècle, la carte postale en donne un aperçu.

Décidée par Louis XV, la construction de l’école répond au besoin de doter l’armée française de chefs et d’officiers maîtrisant le métier des armes et l’art du commandement. A l’issue de leur scolarité, les jeunes officiers rejoignent un régiment, d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie ou la Marine. La création de l’école fait suite à la victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de France Maurice de Saxe contre l’Angleterre (1745) … et à l’édification de l’Hôtel des Invalides par Louis XIV (1674) ! Le financement est assuré par l’impôt prélevé sur les jeux de cartes, l’établissement d’une loterie, devenue nationale par la suite, et les contributions personnelles du financier Joseph Pâris-Duverney et de la marquise de Pompadour, favorite du roi. Les travaux durent 80 ans, en raison de l’aménagement de l’esplanade du Champ-de-Mars, de plusieurs arrêts et des évènements politiques. Ils mobilisent successivement les architectes Ange-Jacques Gabriel (dont le restaurant intérieur de la Rotonde porte le nom), Étienne-Louis Bouillé et Alexandre-Théodore Brongniart, qui réalisera en partie le Palais de la Bourse à Paris. Un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 16 ans, sort de l’École royale militaire de Paris en 1785 avec son brevet de sous-lieutenant d’artillerie. Dix ans plus tard, général de brigade, il y installe le quartier général de l’armée de l’Intérieur qu’il commande. Son neveu, Napoléon III, agrandit l’école en 1856 avec les pavillons « Cavalerie » et « Artillerie ». Lors de la Commune de Paris, l’École militaire, abandonnée par la Garde impériale, est investie en 1871 par les Fédérés, qui y installent 200 pièces d’artillerie mais ne s’en servent pas face aux troupes du général Douay, dont les premières balles touchent la façade le 22 mai. L’une d’elles frappe le grand miroir du Salon des maréchaux, dont l’impact est toujours visible. Les « Cours militaires spéciaux », institués par décret le 18 février 1876 et installés à l’Hôtel des Invalides, sont transformés en « École supérieure de guerre » en 1880, transférée l’année suivante à l’École militaire. Élève en 1885-1887, le chef d’escadron Ferdinand Foch y enseigne plus tard l’histoire militaire, la stratégie et la tactique générale. Il en prend le commandement comme général de brigade entre 1908 et 1911 et termine sa carrière comme généralissime des armées alliés et maréchal de France en 1918. L’École militaire a servi de cadre à deux événements de l’affaire Dreyfus. Le capitaine Alfred Dreyfus, déclaré coupable de trahison au profit de l’Allemagne, y est dégradé devant 4.000 soldats le 5 janvier 1895 puis envoyé au bagne en Guyane. L’événement n’a pas été immortalisé par des cartes postales mais par une illustration, largement reproduite dans la presse, et la couverture en couleurs de l’hebdomadaire Le Petit journal du 13 janvier 1895. Réhabilité par la Cour de cassation le 16 juillet 1906, Dreyfus est réintégré dans l’armée et promu chef d’escadron le lendemain puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet dans l’enceinte de l’École militaire. Cette fois-ci, chaque étape de la cérémonie est décrite sous forme de reportage par une dizaine de cartes postales. En juin 1940, l’établissement est transformé en caserne par les autorités militaires allemandes. Le 25 août 1944, il est libéré par des éléments de la 2ème Division blindée du général Leclerc. Devenue centre de réflexion et de stratégie, l’École militaire, héberge une vingtaine d’organismes de formation supérieure, qui reçoivent des officiers aguerris et des gens issus du monde civil. Les cursus des officiers les destinent à occuper des responsabilités de haut commandement et, pour certains, au sein des hautes institutions de l‘État.

Loïc Salmon

« L’École militaire, une histoire en cartes postales », Lionel Pétillon. Éditions Pierre de Taillac, 152 p., illustrations, 24,90 €.

L’École militaire, une histoire illustrée

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Défense : de la réserve de complément à celles de compétences et de combat

Composante essentielle des forces morales et incarnation de la cohésion nationale, la réserve militaire, en cours de rénovation, contribue à la défense et à la résilience.

Le général Frédéric Barbry, commandant la division « Cohésion nationale » de l’État-major des armées et délégué interarmées aux réserves, l’a présentée à la presse le 19 octobre 2023 à Paris.

Montée en puissance. En 2023, le ministère des Armées compte 40.000 réservistes opérationnels, dont 25.000 dans l’armée de Terre, 6.000 dans la Marine nationale et 5.000 dans l’armée de l’Air et de l’Espace. S’y’ajoutent ceux des services interarmées (Santé, Commissariat et Énergie opérationnelle) et de la Direction générale de l’armement (3.000 réservistes d’ici à 2030) dans un contexte d’économie de guerre pour renforcer l’industrie d’armement en cas de crise majeure. L’effectif de la réserve devrait atteindre 80.000 personnels en 2030 en l’adaptant, quantitativement et qualitativement, aux besoins des armées tout en intégrant les exigences nouvelles de la société civile. Son emploi porte sur la protection du territoire, l’intervention aux côtés des unités d’active et l’apport de compétences. Actuellement, 60.000 anciens militaires d’active, sous-utilisés, ont l’obligation de disponibilité de cinq ans à leur départ en retraite. Ils consolideront les unités d’active et de réserve pour les régénérer en cas de conflit majeur. Dès 2024, le premier centre de rappel des réservistes sera mis en œuvre, en vue d’une dizaine pour la métropole et les Outre-mer en 2030. En outre, l’armée de Terre va constituer six bataillons (500 militaires chacun) de réserve, six de plus en 2025 et enfin l’unité d’outre-mer, en captant des compétences civiles en cyber, logistique ou maintenance. En 2024, la Marine nationale va déployer trois flottilles côtières sur l’ensemble du littoral Atlantique puis, ultérieurement, en Méditerranée en en Manche ains que six escouades (une quinzaine de militaires chacune) en outre-mer avec un effort sur les Antilles en 2025 et 30 unités de réserve opérationnelle dans les ports. L’armée de l’Air et de l’Espace va constituer une base aérienne de réserve et des escadrons (une centaine de militaires chacun) de réserve, adossés à chaque base aérienne. Les directions et services vont aussi créer des unités nouvelles. Dès 2027, le Service des synergies opérationnelles va établir une unité pétrolière de soutien auprès de la base pétrolière interarmées, sur un modèle de parité entre militaires d’active et de réserve. La gestion des compétences sera mise en place dans le cadre des reconnaissances croisées des compétences à la fois civiles et militaires. Le temps d’entraînement du réserviste, actuellement de 17 % de son temps de service, sera porté à 25 %. Le Plan Réserve 2035 repose surtout sur la communication institutionnelle déclinée par les principales composantes Terre, Air et Espace, Marine nationale, Directions et Services. Le système d’informations ROC (réservistes opérationnels connectés) pilotera la montée en puissance. Un service d’assistance téléphonique permettra à chaque candidat réserviste d’avoir un correspondant pour guider son choix.

Être réserviste en 2023. Militaires à part entière, les réservistes ne font pas l’objet d’un distinguo en situation opérationnelle, souligne le général Barbry. Ils viennent du service nationalπ pour 7,3 %, des armées d’active pour 39,6 % et directement du monde civil…pour 53,2 % ! Âgé d’environ 7 ans de plus que son homologue d’active, le réserviste peut désormais servir jusqu’à 72 ans ! Les militaires du rang représentent 80 % des moins de 30 ans et les sous-officiers 55 % des 40-50 ans et 58 % des plus de 50 ans. Les officiers constituent 7 % des moins de 30 ans, 35 % des 30-50ans et 45 % des plus de 50 ans. La répartition s’établit ainsi : militaires du rang, 73 % d’hommes et 27 % de femmes ; sous-officiers, 77 % d’hommes et 23 % de femmes ; officiers, 84 % d’hommes et 16 % de femmes.

Loïc Salmon

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14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

Outre la défense et la résilience nationales, le défilé militaire du 14 juillet 2023 à Paris met à l’honneur l’engagement de la France envers ses partenaires étrangers.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 5 juin 2023.

Partenariats internationaux. Nation invitée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son partenariat stratégique avec la France, l’Inde participe au défilé avec des troupes à pied, 2 Rafale C (origine française) et 2 avons de chasse F-16 américains. Le défilé aérien inclut également 2 chasseurs Typhoon britanniques et 1 hélicoptère d’assaut Caïman italien. La Place de la Concorde accueille 80 musiciens venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne, de Grèce, de Hongrie, d’Italie, du Luxembourg, du Portugal, de la République tchèque et de Roumanie.

Opérations. Les 9 Alphajet de la Patrouille de France ouvre le défilé des forces aériennes nationales, suivis de 2 Rafale C et de 2 Mirage 2000 D accompagnés par les 2 Rafale C indiens. La protection de l’espace aérien est représentée par 1 avion E-3F Awacs (système de détection et de commandement aéroporté), 2 Mirage 2000-5, 1 Rafale B et 1 Rafale C. La défense du territoire européen l’est par 1 Rafale B, 1 Rafale C et 1 Mirage 2000-5, accompagnés des 2 Typhoons britanniques et des 2 F-16 indiens. Les forces aériennes stratégiques, chargées de la défense des intérêts vitaux par l’emport de l’arme nucléaire, participent avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A-330 Phénix et 3 Rafale B. La projection de force est montrée par 1 avion de transport stratégique A330-200, 1 avion de transport polyvalent A400 M Atlas, 1 avion de transport tactique et d’assaut C-130J Hercules et 2 avions de transport tactique CN-235 Casa. La force d’intervention est représentée par 1 avion ravitailleur C-135 et 4 Mirage 2000 D. Le groupe aérien embarqué du porte-avions Charles-de-Gaulle présente 1 avion de guet aérien E-2C Hawkeye, 8 Rafale Marine et 1 avion DA10. La patrouille maritime est représentée par 1 avion Falcon 50 M, pour la lutte contre les trafics illicites et la recherche et le sauvetage en mer, et par 2 Atlantique 2 utilisés également en opération extérieure. Le renseignement aérien est représenté par 1 drone de combat Reaper et 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance.

Anniversaires. L’édition 2023 célèbre quelques anniversaires : pour l’armée de Terre, les 30 ans du Commandement du renseignement, les 80 ans de la 2ème Brigade blindée et les 80 ans du Bataillon parachutiste de choc ; pour la Marine nationale, les 210 ans de la préfecture maritime de Brest ; pour l’armée de l’Air et de l’Espace, les 70 ans de la Patrouille de France ; pour la résilience, les 80 ans de la médaille de la Résistance française.

Parade militaire et civile. L’édition 2023 compte : 6.500 participants, dont 5.100 à pied ; 67 avions dont 1 drone, 28 hélicoptères dont le nouvel hélicoptère interarmées léger H160 Guépard ; 62 motos et 157 véhicules et engins dont le véhicule multi-rôles blindé léger Serval ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Outre les écoles des cadres militaires, défilent des unités des trois armées, du Commissariat, du Service de santé des armées, de la Gendarmerie, de la Délégation générale de l’armement et de la Direction de la maintenance aéronautique. Suivent des personnels de ministères de l’Intérieur, de la Justice et de l’Économie. Traditionnellement, la Légion étrangère ferme la marche.

Loïc Salmon

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

 




Défense : reconversion professionnelle dans le civil

Confrontée à l’impératif de jeunesse, l’institution militaire doit conserver son attractivité et fidéliser les personnels ayant acquis une expertise grâce à une formation onéreuse. Toutefois, la très grande majorité des militaires doit aussi se préparer à retrouver un emploi dans le monde civil.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 28 novembre 2022 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont intervenus : Bénédicte Le Deley, directrice générale de Défense Mobilité (agence de reconversion du ministère de Armées) ; Dominique Lecerf, chercheur à l’Université de Montpellier ; Bruno de Lalande, comité de liaison Défense/Medef.

Privilégier le temps long. Selon le Haut comité d’évaluation de la condition militaire, parmi les 30.000 personnels qui quittent l’institution chaque année, 22.000 sont concernés par une reconversion (voir encadré ci-dessous). L’agence Défense Mobilité compte 700 agents répartis sur 80 antennes en métropole et dans les outremers, explique Bénédicte Le Deley. Elle accompagne les militaires en reconversion, leur conjoint en recherche d’emploi lors des affectations et les blessés. Elle n’oriente pas, mais aide à acquérir la capacité de faire des choix sur un projet individuel futur. Un militaire peut, selon les cas, passer 20 % de son temps en formation, soit plus que la moyenne de la population française. Un engagement long (6 ans au moins) développe l’employabilité. Le suivi des carrières et de l’augmentation des compétences, par la Direction des ressources humaines, permet d’accroître les capacités à remplir certaines missions. Aujourd’hui, les recruteurs recherchent des expertises et non plus des officiers ou des sous-officiers. Défense Mobilité donne, à chaque candidat, des outils pour devenir acteur de sa transition professionnelle, à savoir comprendre le marché du travail, sa valeur personnelle et les techniques de recherche. Il s’agit d’acquérir la capacité à expliquer son projet personnel et ses perspectives de carrière et savoir utiliser les réseaux des fédérations professionnelles et des associations.

Le processus de personnalisation. Selon Dominique Lecerf, la gestion des ressources humaines des armées implique un recrutement à la hauteur des ambitions du pays, avec la garantie d’une reconversion pour les militaires après une carrière d’une durée courte ou moyenne. Dans tous les corps de métiers, l’identité du groupe imprègne l’individu, mais ne doit pas être excessive. L’acquisition de compétences va de pair avec la volonté de progresser. Le passage de la vie militaire à une activité professionnelle civile doit se faire, autant que possible, en harmonie avec un nouveau projet de vie. Ainsi, le taux de satisfaction des personnels en reconversion passe de 62 % au début à 40 % au bout de 18 mois. De plus, un tiers d’entre eux rencontre des difficultés à se maintenir dans un emploi civil trois ans après avoir quitté les armées.

Reconversion et acculturation. Dans le monde civil, les gens qui changent d’emploi éprouvent les mêmes difficulités mais pour 70 % d’entre eux ça se passe bien, indique Bruno de Lalande. Certaines entreprises partagent les mêmes valeurs de savoir être, de loyauté et de confiance. Depuis la professionnalisation des armées (2002), il est devenu plus facile pour les militaires de passer d’un monde à l’autre. Le Medef et l’État-major des armées ont constitué des groupes de travail sur la reconversion des militaires en fonction des besoins des entreprises, la réserve de défense et l’intégration des blessés à la vie civile.

Loïc Salmon

Selon un document de Défense Mobilité datant de 2015, les militaires se reconvertissent ainsi : 29 %, transport et logistique ; 14 %, services à la personne et à la collectivité, dont la sécurité ; 14 %, installation et maintenance ; 9 %, construction et bâtiments et travaux publics ; 9 %, industrie ; 6 %, support à l’entreprise ; 6 %, commerce, vente et grande distribution ; 12 %, autres secteurs, dont la fonction publique.

Monde combattant : écoute, concertation, protection et modernisation

Défense : le « plan mixité » pour la performance opérationnelle

Défense : le Plan Famille, soutien du moral des troupes




Marine : interopérabilité et résilience, plus vite et plus fort

Avec ses innovations technologiques et ses talents, la Marine se prépare aux futures interventions en interarmées et en coalition. L’Europe va se projeter au-delà de la Méditerranée, jusqu’à l’arc Iran-Pakistan et l’Afrique.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 8 mars 2022 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Bouleversement géopolitique. Le monde vient d’entrer dans une logique de puissance remettant en cause l’architecture de sécurité internationale, souligne le CEMM. L’intervention russe en Ukraine ne constitue pas une crise, comme au Proche-Orient, mais un changement profond sur les plans militaire et économique affectant les approvisionnements en pétrole, gaz (russe) et blé (russe et ukrainien). Elle ne se réduit pas à la mer Noire, mais s’inscrit dans un ensemble cohérent du port de Sébastopol (Crimée) à celui de Mourmansk (Nord du cercle polaire arctique). Déployé en Méditerranée orientale en support de la mission OTAN, le groupe aéronaval lance deux patrouilles de chasseurs Rafale et une de l’avion de guet aérien Hawkeye chaque jour. Un Rafale peut effectuer un aller-retour jusqu’en Roumanie en 1h30. Un sous-marin nucléaire d’attaque se trouve en océan Indien et la frégate de surveillance Vendémiaire en mer de Chine. Selon le document Brèves Marines (octobre 2021) du Centre d’études stratégique de la marine, des Etats historiquement maritimes renforcent leurs capacités en sous-marins et navires de surface et de débarquement. Plusieurs puissances émergentes, dont la Turquie, acquièrent des capacités de protection, d’intervention et parfois de projection océanique. En outre, l’Asie rassemble 55 % des sous-marins en service dans le monde, d’abord en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Australie, en Inde et au Pakistan, puis au Viêt Nam, en Birmanie, en Thaïlande et au Bangladesh. Faute de pouvoir mettre en œuvre un porte-avions, des Etats se dotent de bâtiments d’assaut amphibies.

Combat aéromaritime. L’exercice « Polaris 2021 » a permis de renforcer les capacités en combat aéromaritime de haute intensité. Du 18 novembre au 3 décembre 2021 sur les façades méditerranéenne et atlantique, il a mobilisé plus de 6.000 militaires français (130 soldats de l’armée de Terre) et étrangers et, notamment, le porte-avions nucléaire Charles-de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre. « Polaris 21 » a provoqué un changement de la manière de penser, estime le CEMM. Il a mis en œuvre deux forces symétriques, qui ont dû gérer leurs ressources en pétrole et en munitions et innover sur le plan tactique. Les commandants d’unités ont dû utiliser de nouvelles technologies et de nouveaux concepts, afin de surprendre l’adversaire pour conserver leur liberté d’action. Habitué à se préparer à la guerre selon une doctrine et par l’entraînement, le chef d’aujourd’hui doit faire face à l’incertitude, l’imprévu et la vulnérabilité consécutive à une perte de communication par satellite ou un dysfonctionnement du GPS, indispensables aux missiles de croisière. Il s’agit de maintenir le combat au même niveau, mais en mode dégradé, grâce à la résilience globale où chaque opérateur doit pouvoir être remplacé par un autre. Des marins « ambassadeurs internes » expliquent à d’autres marins comment changer de métier en cours de carrière. Sur le plan technique, le drone naval mode hélicoptère, véritable œil déporté, sera expérimenté mi-avril pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 ».

Loïc Salmon

Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

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Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée




Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique




Aviation militaire : le futur hélicoptère interarmées léger

A partir de 2027-2030, les trois armées vont utiliser un seul type d’hélicoptère polyvalent. Dénommé « hélicoptère interarmées léger (HIL) Guépard », ce dernier est dérivé de l’appareil civil H160, prévu en service en 2022.

Le 22 décembre 2021, le ministère des Armées a notifié à Airbus Helicopters la commande de 169 HIL, capables d’effectuer des évacuations sanitaires, des transports de matériels et de fret ainsi que des missions spécifiques. Le Guépard remplacera les Gazelle, Alouette III, Dauphin, Panther et Fennec.

Les caractéristiques. D’une vitesse maximale de 260 km/h, le Guépard dispose d’une autonomie de 4 heures et d’un rayon d’action de 700 km. Outre ses deux pilotes, il embarque cinq soldats équipés ou une civière avec une équipe sanitaire. A terme, il pourra être ravitaillé en vol par un avion de KC-160J. L’armée de Terre va recevoir 80 Guépard utilisés aussi pour la reconnaissance armée, l’appui-feu, l’infiltration de forces spéciales et comme poste de commandement embarqué. La Marine nationale prendra livraison de 49 appareils pour le combat aéromaritime, la protection et le soutien d’une force navale, une action spéciale navale et l’action de l’Etat en mer. L’armée de l’Air et de l’Espace va réceptionner 40 Guépard pour la surveillance et la défense de l’espace aérien national, la recherche et le sauvetage, l’appui-feu et le renseignement. Le HIL embarquera des équipements spécialisés : missile ANL pour le combat aéromaritime ; radar tactique AESA 2 D (radar à balayage électronique à antenne active) pour les missions navales et aériennes de surveillance ; pod mitrailleuse axiale pour la reconnaissance terrestre et l’appui-feu air-sol. Le Guépard sera doté du système électro-optique (EOS), mis au point par Safran et qui regroupe plusieurs capteurs pour l’observation à longue distance, de jour comme de nuit. Ses capacités de ciblage très précis permettent d’identifier navires, groupes armés ou véhicules à plusieurs kilomètres et assurent le suivi automatique d’une cible. Son interconnexion au casque TopOwl permet à l’équipage de disposer, sur la visière du casque, de la projection de l’image recueillie par l’EOS ainsi que du ralliement de la ligne de visée de l’EOS sur un objectif visé au casque par le pilote. Ce dernier dispose d’un assistant de mission. Il s’agit d’un calculateur qui contrôle différents systèmes militaires et réalise la fusion des données pour enrichir la situation tactique.

Les contrats. Prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025, la commande des 169 Guépard totalise 10 Mds€ et inclut : le développement ; la fourniture du système de soutien et de formation ; le maintien en condition opérationnelle pendant dix ans. Le concept de « flotte unique » permet de mutualiser les coûts de développement entre les trois armées et d’optimiser le soutien grâce aux effets d’échelle, notamment sur les stocks de pièces de rechange. Les travaux de développement dureront jusqu’en 2029. La production, qui commencera en 2024, va s’échelonner sur dix ans. Les livraisons débuteront en 2027 pour l’armée de Terre, en 2029 pour la Marine nationale et en 2030 pour l’armée de l’Air et de l’Espace. En outre, 10 hélicoptères civils H160, destinés à la Gendarmerie nationale, ont été commandés pour un montant supérieur à 200 M€ dans le cadre du plan de soutien à l’industrie aéronautique. Enfin, le centre d’expertise DGA Essais en vol va recevoir un H160 pour la mise au point et la qualification des équipements et des futurs systèmes d’armes.

Loïc Salmon

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Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Enjeu majeur pour la souveraineté et la supériorité stratégique de la France, le calcul quantique s’appuie sur des propriétés de la matière n’existant qu’à l’échelle de l’infiniment petit.

La nouvelle plateforme nationale de calcul quantique a été annoncée, le 4 janvier 2022 à Paris, par Florence Parly, ministre des Armées, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique.

Caractéristiques. A pleine maturité, le calcul quantique devrait pouvoir effectuer des opérations complexes 1 milliard de fois plus vite que les supercalculateurs en service. Il permettra de traiter des problèmes impossibles à résoudre actuellement dans le temps humain. Le calcul quantique faciliterait la modélisation fine de nouveaux systèmes, la simulation précise de phénomènes physiques ou le traitement massif de données. Dans les vingt prochaines années, le calcul quantique pourrait enclencher révolutions technologiques et avancées majeures applicables aux domaines civils et militaires : observation de la Terre et anticipation de catastrophes naturelles ; modélisation d’un agent infectieux et de remèdes médicaux adaptés ; meilleure compréhension de la photosynthèse pour mieux capter l’énergie solaire et le gaz carbonique atmosphérique. Capable d’interconnecter systèmes classiques et ordinateurs quantiques, la plateforme nationale sera mise à la disposition d’une communauté internationale de laboratoires, de startups et d’industriels, afin d’identifier, de développer et d’expérimenter de nouveaux usages.

Applic ations militaires. Les capteurs militaires en service mesurent le temps, la gravité ou le champ magnétique avec de très grandes précisions. Trois domaines du calcul quantique, spécifiques aux armées, ont été identifiés par Florence Parly lors du lancement de la plateforme. D’abord, les capteurs quantiques permettront : d’améliorer considérablement les performances de détection des systèmes d’armes ; de disposer de systèmes de navigation ne dépendant plus des signaux des satellites, grâce aux mesures des infimes variations de la gravité terrestre. Ensuite, une grande attention est portée aux communications et à la cryptographie quantique et post-quantique. Pour empêcher un futur ordinateur quantique de « casser » les algorithmes de chiffrement, des équipements de très haut niveau de sécurité sont développés pour protéger les données, stockées ou échangées, pendant plusieurs dizaines d’années. Enfin, la capacité de calcul quantique prolongera les travaux dans le domaine de la dissuasion nucléaire. Elle traitera très vite des milliards de données à des fins de renseignement, optimisera les trajectoires de milliers de véhicules ou de satellites, modélisera finement la géométrie d’une antenne ou simulera l’évolution d’un système dynamique.

Financement. La stratégie nationale dans le domaine quantique vise 16.000 emplois d’ici à 2030. Pour la période 2021-2025, elle disposera de 1,8 Md€, dont 1 Md€ de la part de l’Etat, pour le développement des technologies quantiques. Le Programme (public) d’investissements d’avenir a effectué un premier versement de 70 M€ sur un total de 170M€. Soutenue par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique, la plateforme sera hébergée dans le « Très Grand Centre de Calcul », implanté au Sud de Paris à la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables.

Loïc Salmon

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Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Le projet « Keraunos », qui sera expérimenté fin 2022, consiste en un système de communication optique par laser entre un nano-satellite (10 kg) en orbite basse (250 km à 2.000 km) et une station sol compacte et transportable.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a annoncé au cours du Forum Innovation Défense, qui s’est tenu à Paris du 25 au 27 novembre 2021.

Le projet « Keraunos ». Par rapport à la liaison radio habituellement utilisée, la liaison optique permet un débit de données plus important, une meilleure discrétion et l’affranchissement du partage des fréquences d’émission entre différents utilisateurs. Toutefois, la turbulence de l’atmosphère produit des perturbations sur la transmission des données, envoyées depuis un satellite, qu’il convient de corriger au niveau du récepteur sol, que « Keraunos » devrait pouvoir les contourner pour une qualité de transmission optimale. En outre, il ne nécessitera pas l’optique adaptative des technologies actuelles, massives et peu mobiles. Il permettra un déploiement rapide des communications laser sur des plateformes mobiles, qu’elles soient terrestres, navales ou aériennes. Il pourra s’intégrer aux futurs systèmes satellitaires des armées. Ce projet est porté par deux startups françaises : Unseenlabs pour la conception et le lancement du nano-satellite, dont l’architecture logicielle pourra intégrer la charge utile laser ; Cailabs pour la station sol, compacte et légère, pour des emplois industriels ou opérationnels. Le ministère des Armées a pris une participation dans leur capital respectif via Definvest, son fonds d’investissements cogéré avec BpiFrance, banque publique d’investissements chargée de soutenir notamment les entreprises innovantes. En outre, l’Agence de l’innovation de défense finance « Keraunos » à hauteur de 5,5 M€, dans le cadre de la mission « espace » pour laquelle la Loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 4,3 Mds€. Déjà, deux lancements spatiaux ont été réalisés avec succès en 2021 : 1 satellite de télécommunication Syracuse 4 A le 24 octobre ; 3 satellites de renseignement CERES le 16 novembre.

Le « New Space ». L’arrivée d’acteurs privés dans le « New Space » (nouveau domaine spatial) suscite l’émergence de nouvelles méthodes de travail, de technologies innovantes et d’investissements importants. Le ministère des Armées suit le développement des avancées portées par les startups françaises et accompagne celles pouvant déboucher sur des applications à la fois civiles et militaires. Ainsi, Unseenlabs, fondée à Rennes en 2015, développe, met en œuvre et exploite une constellation de nano-satellites de recueil et localisation de signaux radiofréquences pour la surveillance maritime avec une couverture mondiale. Cailabs (Rennes, 2013), spécialisée dans la gestion de la forme des lasers, conçoit, fabrique et vend des composants et sous-systèmes optiques innovants, qui permettent de s’affranchir de l’impact de l’atmosphère sur un lien optique. Selon le site Métier du Spatial, le « New Space » accueille plus de 1.000 entreprises, implantées surtout aux Etats-Unis et capables de construire fusées et satellites pour les orbites basses. La NASA favorise leur développement. Le ravitaillement de la station spatiale internationale (400 km d’altitude) est, en partie, confié à des acteurs privés. Space X y a envoyé des astronautes américains sur contrat NASA. En France, Kineis va financer une constellation de 25 nano-satellites et 20 stations sol pour l’internet des objets, dont le système de balises Argos.

Loïc Salmon

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