Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Depuis le déclenchement de son attaque contre l’Ukraine en 2022, la Russie ne parvient pas à atteindre ses objectifs, en raison de la résistance ukrainienne et de l’aide occidentale, à laquelle la France participe sur les plans politique, diplomatique et capacitaire.

Le général de brigade Amel Dirou, chef de la « Task Force Ukraine », l’a souligné devant la presse le 26 février 2026 à Paris.

Rebâtir une architecture de sécurité. Des multiples rebondissements géopolitiques depuis quatre ans, il ressort que la stabilité de l’Europe et la sauvegarde de ses intérêts se jouent en Ukraine. Vu ses pertes mensuelles actuelles, la Russie devrait accepter de perdre encore 800.000 hommes sur deux ans pour conquérir l’intégralité du Donbass. Les Ukrainiens s’étaient sentis soviétiques, mais ne se sentent pas du tout Russes. La Task Force Ukraine, cellule mise en place dès le début de la guerre, a pour mission de coordonner le soutien aux forces armées uraniennes. Dans l’immédiat, il s’agit de cessions et d’acquisitions de matériels miliaires et de formations pour leurs utilisateurs. Dans le temps long, à savoir la préparation de l’avenir, le dialogue se poursuit pour définir les objectifs à atteindre, dans un horizon à dix ans, pour la remontée en puissance des forces armées ukrainiennes. Le soutien de la France se poursuivra jusqu’à un cessez-le-feu complet et l’installation d’une paix solide et durable. La France mobilise la communauté internationale pour le respect de la souveraineté de l’Ukraine et du droit international dans les négociations pour favoriser l’aide à l’Ukraine au sein de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN. Deuxième contributeur pour la « Facilité européenne de paix », elle a appuyé toutes les initiatives de soutien à l’Ukraine dans ces instances, notamment au sein de l’ « Ukraine Defense Contact Group » (57 pays et l’UE) pour la fourniture d’équipements. Elle a soutenu les 19 premiers paquets de sanctions de l’UE pour entraver l’effort de guerre de la Russie et s’est engagée au sein de la « Coalition des volontaires » (15 pays), dont elle est le moteur avec la Grande-Bretagne. Cela s’est traduit par la mise sur pied d’un état-major multinational rassemblant plusieurs pays européens pour planifier un éventuel déploiement en cas de cessez-le-feu.

Volet capacitaire français. La France a focalisé son soutien militaire sur la défense aérienne. Des Mirage 2000-5 ont été cédés à l’Ukraine avec des formations pour les pilotes et les mécaniciens. Sont inclus des systèmes sol-air SAMP/T Mamba, des missiles antiaériens Mica, des missiles de frappe dans la profondeur Scalp-EG et des armements air sol modulaires de très haute précision multicibles Hammer. Dans le domaine terrestre, les cessions portent sur des canons Caesar, des engins blindés de reconnaissance AMX-10RC, des véhicules de l’avant blindés et des missiles antichars Milan. Dans la cadre de la « Comprhensive Ukraine Requirement List », liste de l’OTAN destinée à répondre aux besoins prioritaires ukrainiens, la France en facilite l’acquisition par des financements européens et de mécènes. L’un des mécanismes consiste en prêts de réparations d’un montant de 90 Mds€. Un autre concerne de nouvelles tranches d’intérêts des avoirs russes gelés. Les missions européennes d’assistance militaire EUMAM en France et en Pologne ont permis la montée en compétence de 20.000 soldats ukrainiens dans le cadre de formations initiales, de spécialités, de commandement et de formations collectives. S’y ajoutent celles de la NSATU, Assistance et formation à la sécurité de l’OTAN pour l’Ukraine. Par l’accord de coopération, de sécurité et de défense de février 2024, la France s’est engagée à soutenir le développement de l’industrie d’armement de l’Ukraine sur dix ans. En complément, la lettre d’intention de février 2026 porte sur l’alliance des savoir-faire respectifs pour un bénéfice partagé entre la France et l’Ukraine sur les plans technique et doctrinal, en vue des conflits futurs.

Loïc Salmon

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Ukraine : formation d’une brigade complète en France

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »




Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage

Pour se préparer à une guerre de haute intensité non choisie où elle n’agirait pas seule, la Marine nationale doit augmenter la masse et la létalité de ses unités, servies par des personnels en nombre suffisant.

Son chef d’état-major, l’amiral Nicolas Vaujour, l’expliqué lors d’une rencontre avec l’Association de journalistes de défense le 11 février 2026 à Paris.

Les coopérations interalliées. Les pays membres de l’OTAN manifestent leur volonté de faire face à la menace de la Russie dans le Grand Nord en Arctique. Les États-Unis prennent la tête de tous les commandements, à savoir Marcom (naval), Aircom (aérien) et Landcom (terrestre). Au quotidien, Marcom déplace les navires de l’OTAN en fonction des différents besoins. Le Grand Nord, où se trouve la base navale russe de Mourmansk, reste une zone stratégique. Les Marines britannique, norvégienne, américaine et française partagent des informations sensibles pour le pistage des sous-marins russes. Ce n’est pas le cas dans les zones où les intérêts politiques divergent. Ainsi en mer Rouge en 2024 et 2025, les Marines britannique et américaine ont frappé des bases de rebelles Houthis au Yémen, tandis que la française s’est limitée à la protection du trafic commercial. Les relations entre les Marines américaine et française sont très bonnes et le non-alignement sur certains dossiers est assumé et accepté, précise l’amiral Vaujour. En mer Baltique, l’Otan montre sa détermination par l’opération « Baltic Sentry » qui mobilise navires, aéronefs, drones sous-marins et intelligence artificielle pour surveiller les infrastructures et les protéger contre toute tentative de sabotage, comme la section d’un câble par un navire laissant traîner son ancre. En Manche et mer du Nord, tout bateau russe est accompagné par la Marine française ou britannique. Lancée en 2020 et prorogée jusqu’en 2027, l’opération européenne « Irini » avec la France, l’Italie et la Grèce assure la sécurité maritime au large de la Syrie, où la Russie a perdu sa base de Tartous, et la lutte contre les trafics vers la Libye. Depuis la fermeture des détroits turcs aux navires militaires, la Marine française agit en mer Noire à partir de la Bulgarie et de la Roumanie. Des avions de patrouille maritime surveillent les mines russes, qui dérivent depuis le port d’Odessa, et des démineurs travaillent avec leurs homologues roumains et turcs. Les Marines française, britannique, turque et d’autres pays préparent les garanties de sécurité, indispensables à la reprise des investissements en Ukraine après la fin de la guerre. La Marine française participe aux opérations européennes de sécurité maritime en cours, « Aspides » en mer Rouge et « Atalante » dans le golfe d’Aden.

Les matériels et équipements. Seule en Europe, la Marine française peut compter sur la disponibilité de 80 % de ses frégates et de 60 % de ses sous-marins, c’est-à-dire prêts à partir en mer avec leurs équipements et leus armes. Une Marine est un écosystème, souligne l’amiral Vaujour, avec des bateaux, des marins, des infrastructures, des industriels et des savoir-faire techniques. La construction de trois bassins pour les sous-marins à Toulon constitue un investissement pour un siècle. Le Service de soutien de la flotte négocie avec les industriels pour baisser les coûts, mais pas trop pour garder les savoir-faire. Le Service logistique dispose de capacités en interne pour pallier la défaillance d’un industriel ou une prestation trop onéreuse. L’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 prend en compte le retour d’expérience de la guerre en Ukraine en vue d’accroître la masse, la létalité et la cohérence des plateformes navales. Les armes de décision nécessitent des munitions complexes comme les missiles anti-aériens et antibalistiques Aster ou antinavires, efficaces mais longs à produire. Les munitions téléopérées (drones suicides), moins chères, permettent de créer de la masse. Le maintien d’une présence permanente en Baltique, en Méditerranée ou en océan Indien implique trois frégates. Or il faut sept ans pour en concevoir et construire une. La Marine nationale dispose de 15 frégates, dont 2 de défense aérienne, 8 FREMM (multi-missions) et 5 FDI (frégates de défense et d’intervention). Ces dernières, équipées de missiles Aster 5 et 30, remplissent des missions de défense aérienne, de lutte anti-sous-marine et de lutte au-dessus de la surface. Parmi les 41 avions de chasse Rafale Marine, certains seront retirés du service à l’issue d’études théoriques et de terrain sur le vieillissement de leur cellule. La Marine assure la maintenance des Hawkeye, seuls avions de guet aérien catapultables et achetés aux États-Unis, mais dépend d’eux pour les pièces de rechange. Le contrat d’achat des catapultes du porte-avions Charles-de-Gaulle aux États-Unis, qui a permis d’en réduire le coût pour la Marine américaine, inclut une clause de maintenance en France après formation de techniciens. Selon leur fonction, les drones commencent à arriver sur les bateaux. Le S-100, conçu pour la surveillance, la reconnaissance, l’acquisition d’objectif et de renseignement, équipe déjà les patrouilleurs hauturiers et les porte-hélicoptères amphibies. Le Service logistique de la Marine produit déjà des petits drones de surface. L’Agence de l’innovation de défense travaille avec la Marine sur le programme DANAE (drone de surface autonome naval avec capacité d’armement embarqué) pour la protection des bases navales et de l’escorte des navires. La France a fourni plus de 50 % des drones de la « Task Force X » pour la surveillance de la Baltique en 2025, après le sectionnement d’un câble sous-marin. Les munitions téléopérées sont embarquées sur les bateaux et participent à la protection du porte-avions. Le programme franco-britannique SLAMF (système de lutte anti-mines marines futur) avec des drones sous-marins et de surface, lancé depuis une dizaine d’années, est en cours d’expérimentation de façon hypersécurisée dans la rade de Brest. Afin d’acquérir la maîtrise des grands fonds marins, la Marine a acheté un drone capable de plonger à 6.000 m pour vérifier les câbles et infrastructures critiques. Déjà, au cours d’un exercice, elle a utilisé les planeurs sous-marins de l’entreprise française Alseamar, très lents qui écoutent ce qui se passe au fond de l’eau. Demain, le Groupe aérien hybride, centré sur le porte-avions, lancera des drones de combat pour pénétrer les défenses adverses, afin d’acquérir la supériorité aéromaritime. La Marine américaine dispose déjà des drones MQ-25 Stringay pour ravitailler les avions de chasse en vol. Le programme franco-allemand-espagnol SCAF (système de combat aérien futur) devrait combiner les avions et les drones en remplacement des Rafale et des Eurofighter à l’horizon 2035-2040. Toutefois, précise l’amiral Vaujour, « il faut piloter lorsque c’est nécessaire et droniser dès que c’est possible ».

La qualité des ressources humaines. L’usage du double équipage sur les sous-marins se répand sur les frégates. Il augmente le nombre de jours de mer opérationnels et donne davantage de disponibilité au bateau et de prévisibilité sur l’emploi des marins, qui planifient leur vie personnelle. A terre, ils peuvent améliorer leur formation et augmenter leur savoir-faire par l’entraînement. Chaque année, la Marine recrute 4.000 jeunes et, vu l’effondrement démographique, va élargir l’éventail des cursus, actuellement centrés sur les profils techniques. Selon des critères de sélection identiques à ceux des hommes, toutes les spécialités sont ouvertes aux femmes (16 %), sauf encore les forces spéciales d’assaut. A bord des sous-marins, la féminisation des équipages par chambrées de six se passe plutôt bien. Aujourd’hui, 15 femmes commandent des unités, y compris des frégates. Mais pour atteindre le premier grade d’amiral, elles doivent rester longtemps dans la Marine.

L’action de l’État en mer. Sous l’autorité du Secrétaire général de la mer, chaque préfet maritime coordonne l’action de l’État et chaque commandant est habilité à constater des infractions administratives, dont le trafic de drogue en mer.

Loïc Salmon

Marine nationale : depuis quatre siècles et sur tous les océans

Les guerres des mers

Marine nationale : dissuasion, protection, intervention et partenariats extérieurs




Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Opérations de rapprochement par des satellites patrouilleurs sur des satellites occidentaux, tirs de missiles antisatellites, brouillage GPS et cyberattaques en cours nécessitent de se préparer aux conflits de demain par des exercices type « SparteX ».

Le général de division aérienne Vincent Chusseau, qui dirige le Commandement de l’espace, l’a expliqué à la presse le 29 janvier 2026 à Paris.

La stratégie spatiale. Pour rester une puissance spatiale de premier rang d’ici à 2040, la France doit conserver l’accès autonome à l’espace et une industrie spatiale de défense. Cela implique de renforcer la résilience des infrastructures spatiales critiques, garantir l’autonomie opérationnelle de moyens spatiaux souverains de renseignement, d’alerte avancée et de communications. Il s’agit de renforcer les capacités françaises et européennes de surveillance de l’espace pour une autonomie d’appréciation et de décision face aux menaces orbitales et enfin de disposer d’une capacité nationale de défense active dans et vers l’espace, grâce à la mise en œuvre du système C2 (conduite des opérations et contrôle). La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 6 Mds$ pour l’espace. Le Commandement de l’espace se répartit entre Paris et la base aérienne 101 à Toulouse, qui abrite les trois quarts de l’effectif actuel de 370 personnes qui atteindra 500 en 2030. Les métiers portent sur l’action dans l’espace, le renseignement spatial, le droit spécialisé pour la planification des opérations, l’expertise numérique, le soutien, les ressources humaines, les finances et la stratégie pour appréhender les enjeux du futur dans la défense et le domaine civil. La formation dédiée à l’espace est dispensée par le Commandement de l’espace avec l’aide du Centre national d’études spatiales (CNES).

Le domaine opérationnel. Les efforts portent sur l’accélération de l’emploi de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l’acquisition de renseignements, le développement d’un système d’alerte avancée européenne, via l’initiative franco-allemande « Jewel » à l‘horizon 2030 avec une capacité spatiale, des radars de très longue portée et une capacité C2 de commandement et de fusion de l’information. Complémentaire des systèmes américains, Jewel contribuera à la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN. En octobre 2024, la France a rejoint l’opération multinationale permanente de défense spatiale « Olympic Defender », qui regroupe l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Olympic Defender vise à renforcer la coopération opérationnelle et la compréhension de l’environnement spatial par l’échange de données. Dans ce cadre à l’automne 2025, la France et les États-Unis ont mené avec succès une manœuvre orbitale de rapprochement de deux satellites. Dès 2027, la France disposera de la capacité de surveillance et d’inspection en orbite géostationnaire « Orbit Guard » pour mieux identifier les menaces suivies par deux nanosatellites patrouilleurs-guetteurs du programme « Yoda », complémentaire du programme « Toutatis » de deux nanosatellites en orbite basse.

L’exercice « SparteX ». La 6ème édition de l’exercice spatial militaire « AsterX », devenu « SparteX », se déroule sur la base aérienne 101 (8-27 février 2026) et s’intègre en finale à l’exercice interarmées « Orion 2026 » (15 février-1er mars) de conflit de haute intensité. En partenariat avec le CNES et l’Office national d’études et de recherche aérospatiales, SparteX se décompose en séquences agression, confrontation et sécurisation des opérations face à 10 menaces différentes. Il simule 4.000 satellites, organise 28 événements et mobilise 29 capteurs, 13 systèmes mission et 1 supercalculateur. Y participent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, le Japon, la Norvège, la Grande-Bretagne, la Pologne et la Suisse.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

La mission « Pégase 2024 » dans la zone Indopacifique (27 juin-15 août) souligne la capacité de la France à déployer très loin une force aérienne, selon le triptyque Rafale, MRTT et A400 M. Le dispositif a mobilisé 480 aviateurs pendant 50 jours sur plus de 90.000 km et dans 13 pays.

Le général de division aérienne Guillaume Thomas, qui en a assuré le commandement tactique, a présenté un retour d’expérience à la presse, le 12 septembre 2024 à Paris. Pendant « Pégase 2024 », l’armée de l’Air et de l’Espace a maintenu ses engagements opérationnels et de sécurisation des Jeux Olympiques (26 juillet-11 août) et Paralympiques (28 août-8 septembre).

Montée en puissance. Pour la première fois, la mission « Pégase » a fait escale à Saint-Pierre-et-Miquelon (un seul A 400 M) à l’aller et à l’île de La Réunion au retour. Pour la première fois, elle a rejoint directement l’Australie avec une escale préalable au Japon. L’évolution d’avions de chasse dans le Pacifique-Nord s’avère difficile, en raison des grandes distances en mer et des conditions météorologiques. Les contingents allemand, espagnol et français sur avions tactiques A400 M ont participé à un exercice de sauvetage pour porter assistance à un équipage confronté à une éjection. Les aviateurs des trois pays membres du programme SCAF (système de combat aérien du futur) ont participé à la planification et à la conduite de « Pégase 24 », dans des pays jamais visités au préalable ou des zones différentes de celles où ils évoluent habituellement. Entre le Canada et l’Australie, le dispositif chasseurs et ravitailleurs a été « mixé », l’unité multinationale MRTT alimentant les Typhoon espagnols et les Rafale français. La maintenance des A 400 M a été « croisée » avec des mécaniciens allemands et français. Les missions aériennes en Indopacifique montent en puissance. La 1ère édition « Pégase 2018 » a mobilisé 3 Rafale, 1 MRTT et 1 A400 M pendant trois semaines avec des escales en in Inde, Malaisie, Indonésie et Australie, à Singapour et au Viêt Nam. La 2ème édition « Heifara 2021 » (3 Rafale, 2 MRTT et 2 A400 M), pendant trois semaines, a porté sur la rapidité jusqu’en Polynésie française en 40 heures et des escales aux États-Unis. La 3ème édition « Pégase 2022 » (3 Rafale, 2 MRTT et 2 A 400 M) a porté sur la rapidité et les opérations multi-domaines (terre, air, mer et espace) pendant trois semaines avec des escales en Inde, Indonésie et Australie et à Singapour. La 4ème édition « Pégase 2023 » a porté sur la masse du déploiement (10 Rafale, 5 MRTT et 4 A 400 M) pendant six semaines avec des escales en Inde, Indonésie, Australie et Corée du Sud et au Japon. La 5ème édition « Pégase 2024 » (7 Rafale, 5 MRTT et 5 A 400 M) a inclus une projection de la Force expéditionnaire conjointe franco-britannique avec 6 Typhoon britanniques, 3 Rafale, 3 MRTT et 4 A400 M depuis la France jusqu’en Australie avec deux étapes aux Émirats arabes unis et à Singapour.

Exercices interalliés. Pendant « Pégase 2024 », trois grands exercices ont permis l’entraînement en vue d’un conflit de haute intensité (détails dans l’article lié ci-dessous). « Arctic Defender » (6-18 juillet) s’est déroulé en Alaska dans une vaste zone permettant d’évoluer sans contrainte dans des modes supersoniques et à très basse altitude pour les Rafale (expérimentations de la dernière version F 4.1) et les Typhoon et avec des atterrissages sur des terrains sommaires pour les A400 M. « Pitch Black » (12 juillet-3 août) s’est déroulé en Australie sur une zone (60 % la superficie de la France) permettant l’engagement de 80 aéronefs en même temps. Des maintenances croisées entre techniciens australiens et français ont eu lieu sur les MTRTT. « Tarang Shakti », premier exercice aérien multinational en Inde avec les participations de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne, a permis des maintenances croisées indiennes et françaises sur Rafale. Pour la première fois, les Philippines ont été incluses dans une mission « Pégase ».

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : « Pégase 24 » en Indopacifique

Armée de l’Air et de l’Espace : missions « Heifara » et « Wakea » dans le Pacifique

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

Le défilé militaire du 14 juillet 2024 quitte l’avenue des Champs-Élysées à Paris et se déroule avenue Foch. Outre l’absence de véhicules militaires en service, l’effectif des troupes à pied diminue.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 10 juin 2024. Le défilé compte 4.500 participants, dont 4.000 à pied, 45 avions, 22 hélicoptères et 200 chevaux de la Garde républicaine.

Commémorations. L’animation initiale du défilé porte sur le 80ème anniversaire de la libération de la France. Des véhicules de la seconde guerre mondiale participent au défilé avec les emblèmes des 31 pays y ayant contribué : États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Slovaquie, République tchèque, Grèce, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Belgique, Pologne, Luxembourg, Australie, Nouvelle-Zélande, Algérie, Maroc, Tunisie, Bénin, Cameroun, Comores, Congo, Guinée, Gabon, Côte d’Ivoire, Madagascar, Djibouti, Mauritanie, Sénégal, République centrafricaine, Tchad et Togo. Parmi les troupes à pied, figurent les unités « Compagnons de la Libération », à savoir : le Régiment de marche du Tchad pour l’armée de Terre ; le Commando Kieffer et le Bataillon de fusiliers marins Amyot d’Inville pour la Marine nationale ; l’Escadron de chasse 3/30 « Lorraine » et l’Escadrille française de chasse N°1 pour l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Le débarquement de Provence (15 août) est rappelé par 1 avion ravitailleur MRTT Phénix et 4 Mirage 2000D et celui de Normandie (6 juin) par 1 avion E-3F AWACS, 1 Rafale C, 1 Mirage 2000-5F, 3 chasseurs américains, 1 bombardier Avro Lancaster de la seconde guerre mondiale et 1 chasseur Typhoon britanniques.

Défilé aérien. La projection de forces est représentée par 1 avion long-courrier A330, 1 A400M Atlas et 2 Rafale et le Groupe aérien embarqué par 5 Rafale M et 1 E2C Hawkeye. Les Forces aériennes stratégiques déploient 1 ravitailleur KC-135 et 4 Rafale B puis 1 MRTT Phénix et 2 Rafale B. La fonction stratégique « Reconnaissance/Anticipation » est représentée par 1 avion biréacteurs court courrier Fokker 100 de la Direction générale de l’armement (DGA), 2 ATL2 de la Patrouille maritime et 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance de l’AAE. A l’occasion de ses 70 ans, l’Aviation légère de l’armée de terre présente 13 aéronefs : 3 hélicoptères d’attaque Tigre, 3 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Caïman, 1 hélicoptère de manœuvre et d’assaut Cougar, 2 hélicoptères légers EC120 ; 1 hélicoptère léger polyvalent Fennec ; 2 avions Pilatus PC-6 pour le transport de passagers, le convoyage, le largage de parachutistes et la livraison de fret léger. Suivent : pour l’AAE, 2 hélicoptères Caracal utilisés par les Forces spéciales ; pour la Marine nationale, 1 hélicoptère Caïman, 1 hélicoptère d’alerte secours maritime H160 et 1 hélicoptère moyen polyvalent Dauphin ; pour la Gendarmerie nationale, 2 hélicoptères polyvalents EC145, 1 hélicoptère léger polyvalent EC135 et 1 hélicoptère léger polyvalent AS350 Écureuil ; pour la Sécurité civile, 1 hélicoptère polyvalent H145 ; pour les Douanes, 1 hélicoptère EC135.

Troupes à pied. Les16 écoles militaires défilent devant 2 Régiments de la Garde républicaine, 4 Régiments de l’armée de Terre, les Formations militaires de la sécurité civile, la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, le Bâtiment ravitailleur de forces Jacques Chevalier, la frégate Alsace, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Triomphant, les flottilles 4F, 11Fet 28F, 5 unités de l’AAE, 1 unité de la DGA, 1 unité de Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information, 1 unité du Service de santé des armées, 5 unités du ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer, 1 unité du ministère de la Justice, 1 unité du ministère de l’Économie et 3 unités de la Légion étrangère. L’animation finale inclut notamment le Cadre noir de Saumur, le relais de la Flamme olympique et le survol de la Patrouille de France.

Loïc Salmon

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires




Marine nationale : la mission « Akila » du GAN en Méditerranée

Le Groupe aéronaval (GAN) est déployé en Méditerranée orientale pendant six semaines, depuis le 22 avril 2024, pour la mission « Akila » de sécurité collective pour la stabilité régionale dans le cadre de l’OTAN.

Son commandant, le contre-amiral Jacques Mallard, a présenté le GAN et « Akila » à la presse le 11 avril 2024 à Paris.

La mission « Akila ». Au cours des longues campagnes précédentes, le GAN restait sous commandement opérationnel national. Seuls, ses avions passaient sous le celui de l’OTAN pendant la durée de leurs missions. Pour la première fois, précise l’amiral Mallard, le GAN en entier, à savoir le porte-avions Charles-de-Gaulle et son escorte (voir plus loin), est placé sous commandement OTAN pendant la mission « Akila ». Celle-ci, qui montre la capacité de la force de frappe de l’Alliance Atlantique, souligne l’engagement résolu de la France au sein de l’OTAN pour soutenir l’Ukraine, en conflit ouvert contre la Russie depuis le 24 février 2022. Elle renforce la posture défensive et dissuasive de l’Alliance Atlantique sur le flanc Est de l’Europe. Les Rafale Marine doivent participer à des actions communes avec l’armée de l’Air et de l’Espace et l’armée de Terre dans le cadre des opérations « Air Shielding » en Pologne et « Aigle » en Roumanie. Les missions portent sur la surveillance et la défense aérienne avec la participation du système de défense sol-air moyenne portée Mamba, déployé en Roumanie. Engagés à partir des bases de Mont-de-Marsan et d’Istres, les Rafale et les avions ravitailleurs de l’Armée de l’Air et de l’Espace conduisent des missions quotidiennes de défense aérienne sous commandement OTAN.

L’interopérabilité. Avant la mission « Akila » proprement dite, le GAN effectue des activités nationales de mobilité stratégique, de capacité de maîtrise des espaces aéromaritimes et d’appréciation autonome de situation, en vue de conserver la liberté d’action. Avec les forces armées italiennes, le GAN doit participer à l’exercice « Mare Aperto-Polaris », selon un scénario réaliste de conflit de haute intensité et multi-domaines (terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de renforcer la préparation au combat lors de la planification et la conduite d’une opération maritime ciblée. Outre le porte-avions, la force « Akila » compte : le bâtiment ravitailleur de forces Jacques-Chevalier avec son hélicoptère embarqué ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; une frégate de défense aérienne avec son hélicoptère ; une frégate multi-missions avec son hélicoptère. Elle accueille aussi des unités alliées (frégate, sous-marin ou avion de surveillance maritime) américaine, espagnole, portugaise, italienne et grecque. Cette interopérabilité, souligne l’amiral Mallard, englobe les procédures techniques autour de la connectivité, les liaisons de communication, les opportunités de soutien logistique mutuel et des méthodes de commandement communes. Ce savoir-faire partagé a construit une confiance entre Alliés, que chaque déploiement du GAN contribue à entretenir en démontrant la capacité de la Marine française à commander des unités étrangères pour remplir les missions que lui sont confiées. Depuis une dizaine d’années, le GAN a ainsi intégré une trentaine de navires étrangers de douze nations différentes.

Une base aéromaritime projetée. Le GAN engagé dans l’opération « Akila » compte 3.000 marins français et étrangers, dont 1.200 pour l’équipage du porte-avions qui embarque aussi un état-major de 80 militaires et les 600 personnels du groupe aérien. Les 18 chasseurs Rafale Marine du Charles-de-Gaulle assurent la protection aérienne et effectuent des frappes vers la mer et la terre. Ses deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye assurent le commandement aéroporté d’un raid et la détection des navires et aéronefs. Un avion de patrouille maritime, basé à terre, peut effectuer des missions de lutte antinavire et anti-sous-marine au profit du GAN.

Loïc Salmon

Stratégie : l’importance pérenne du groupe aéronaval

Marine nationale : la Patrouille maritime, en alerte permanente

Marine nationale : groupe aérien aux Etats-Unis, modernisation du porte-avions




Marine nationale : dissuasion, protection, intervention et partenariats extérieurs

La Marine française doit se préparer à des engagements plus durs dans une guerre imposée et probablement d’une marnière très brutale.

Son chef d’état-major, l’amiral Nicolas Vaujour, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 27 septembre 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’environnement opérationnel. Le contexte mondial se caractérise d’abord par l’accélération du désordre. En cas de crise et selon l’évolution de la situation, des actions robustes et résilientes permettront de consolider une stratégie d’accès mondial. En outre, une tectonique des puissances se manifeste au large avec des débordements en mer Noire et en Asie, qu’il faut connaître, comprendre et contenir. S’y ajoutent les missions de protection des approches maritimes, comme le déminage des plages, le sauvetage en mer, la lutte contre les trafics de drogue et d’armes et la surpêche. La multiplication des usages de la mer, avec les énergies renouvelables et l’augmentation du trafic commercial, entraîne une sorte de territorialisation des mers. Les préfets maritimes assurent la coordination interministérielle sur ces usages, afin de garantir l’entraînement dans les zones d’exercices, les essais des armes, l’emploi du groupe aéronaval et les évolutions dans des endroits dangereux au large. Enfin, la guerre en cours en Ukraine s’accompagne du retour de la menace nucléaire russe, face à laquelle la Marine française doit maintenir une dissuasion crédible. La possibilité de débordement du combat en mer, réelle en mer Noire, peut survenir ailleurs. Dans cette guerre d’usure, l’Ukraine se défend en y contestant la capacité russe par des attaques de drones contre des frégates et des sous-marins à quai. Ce contournement de la bataille aéroterrestre par une puissance non navale ne constitue pas une menace immédiate. Toutefois, des organisations malveillantes pourraient déployer des essaims de drones, en vue de perturber la circulation en mer.

Les partenariats. Selon l’amiral Vaujour, la puissance navale repose sur le nombre de navires, la technologie, le savoir-faire et les partenariats. Ces derniers apportent la cohérence de la réponse et la capacité de performance dans certaines zones. L’échange d’informations permet de s’organiser entre Marines alliées, notamment avec celle des États-Unis. Toutefois, les intérêts souverains imposent parfois le recours au « caveat », à savoir la limite de la participation à certaines missions à préciser au chef militaire de la coalition sur zone. La France et la Grande-Bretagne ont développé en commun des travaux sur la force de dissuasion, les porte-avions, les sous-marins et la guerre des mines. En Méditerranée, la Marine française travaille avec ses homologues italienne, grecque et espagnole pour éviter de s’épuiser seule sur une mission. En Asie, elle coopère avec d’autres Marines pour améliorer la persistance de sa présence et sa capacité de compréhension et d’analyse, en vue d’obtenir un effet militaire supérieur. Elle dispose d’une base navale aux Émirats arabes unis d’où partent les missions « Agénor », contributions à l’initiative européenne de liberté de navigation dans le golfe Arabo-Persique. Dans le Pacifique, elle dispose de points d’appui robustes et accessibles en tout temps. L’Australie reste son principal partenaire par sa situation dans la zone stratégique d’accès et sa grande capacité d’accueil portuaire. Des partenariats spécifiques se développent avec le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines.

Loïc Salmon

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Grande-Bretagne : coopération militaire avec la France malgré le « Brexit » et l’AUKUS

La coopération bilatérale franco-britannique en matière de défense se développe sur les plans capacitaire, opérationnel et industriel, malgré les divergences politiques sur l’Europe et les conséquences de l’AUKUS.

Le colonel Bruno Cunat de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie l’a présentée à la presse le 23 mars 2023 à Paris. L’AUKUS, accord militaire conclu en septembre 2021 entre l’Australie, la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait entraîné l’annulation immédiate, par l’Australie, d’un grand contrat avec la France portant sur la fourniture de sous-marins à propulsion diesel-électrique.

Pilier capacitaire. Puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les deux pays ont une lecture proche des enjeux internationaux et une culture militaire similaire. La France a élaboré son modèle d’armée de manière autonome et la Grande-Bretagne le sien en coordination avec les États-Unis. Cette dernière dispose d’une capacité terrestre restreinte, mais a mis l’accent sur la haute technologie et le cyber. La coopération franco-britannique, qui remonte au traité de Lancaster House de 2010, évolue selon un dialogue permanent. Le traité inclut un volet sur la recherche et l’expérimentation nucléaires et la capacité, effective depuis 2020, à déployer une force expéditionnaire, commune mais non permanente, de 10.000 militaires sur un théâtre avec un état-major interarmées. Depuis 2016, la fonction d’adjoint est attribuée à un général britannique dans une division française et à un Français dans une division britannique. Les deux pays, qui ont apporté leur soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, développent une capacité de projection vers l’Est avec le déploiement de matériels lourds dans le cadre de l’OTAN. En 2023, la coopération inclut la logistique, le renseignement et le cyber.

Pilier opérationnel. La France et la Grande-Bretagne participent à la « Combined Maritime Force 150 », coalition multinationale de lutte contre le terrorisme dans l’océan Indien. Des patrouilles communes aériennes et maritimes, avec des ravitaillements en vol et à la mer mutualisés, sont menées dans la zone Indopacifique avec les pays riverains, dont le Japon, pour maintenir la liberté de navigation face à la Chine. Des unités britanniques ont participé à l’exercice interalliés Orion 2023, organisé en France de février à mai avec un volet spatial dénommé Aster(X).

Pilier industriel. Sur la période 2021-2024, la Grande-Bretagne investit 188 Mds£ (212,2 Md$) dans la défense, dont 3 Mds£ (3,4 Mds€) dans le nucléaire et 20 Mds£ (22,6 Mds£) dans la recherche et le développement. La coopération avec la France concerne d’abord la filière missile du groupe franco-britannique MBDA. Les futurs missiles de croisière, successeurs du Scalp français et du Shadow britannique, pourraient être déclinés selon deux technologies : furtivité à une vitesse subsonique ou manœuvrabilité à des vitesses supersoniques. La famille du missile anti-aérien et antibalistique Aster (supersonique) sera modernisée : Aster 15 pour l’auto-défense antinavire et contre avions, drones et missiles de croisière ; Aster 30 pour la défense de zone et contre missiles balistiques. La coopération industrielle franco-britannique inclut divers programmes : missile air-air Meteor ; projet de drone sous-marin pour la lutte anti-mines MMCM ; canon de 40 mm monté sur véhicules blindés Jaguar français et Ajax britanniques ; armes à énergie dirigée ; maîtrise des fonds marins ; hélicoptères.

Loïc Salmon

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OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Le resserrement du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est perçu par l’OTAN comme déstabilisateur de l’ordre international. Pour les Etats-Unis, l’importance de la présence navale française dans la zone indopacifique contribue de façon significative à la sécurité régionale.

Un document de l’OTAN, rendu public lors du sommet des 29-30 juin 2022 à Madrid, réactualise le concept stratégique de 2010. Le 11 juillet, une source de l’Etat-major de la Marine française a indiqué les perspectives navales avec les Etats-Unis. Le même jour, l’Etat-major des armées (EMA) a exposé la situation du conflit en Ukraine.

Situation en Ukraine. Les gains territoriaux au Nord de la Crimée et à l’Ouest du Donbass augmentent (stries rouges sur la carte). Selon l’EMA, les frappes russes (astérisques jaunes) demeurent intenses sur toute la ligne de front et dans la profondeur, surtout sur le Donbass, et ciblent à nouveau les régions de Sumy et Chernihiv. L’artillerie ukrainienne vise les dépôts logistiques russes. Sur le front Nord, les frappes ont repris au Nord-Ouest et les combats se poursuivent autour de Kharkiv (1). Sur le front Est, les forces russes poursuivent leur offensive, lente et méthodique, vers les localités de Sloviansk et Kramatorsk. Les forces ukrainiennes tiennent leurs lignes de défense (2). Sur le front Sud, la situation s’est stabilisée. Les forces ukrainiennes font face aux dernières lignes de défenses russes dans les régions de Kherson et Zaporizhia, ciblant leurs approvisionnements sur leurs arrières (3). Selon la source navale française, cette guerre permet d’exploiter les erreurs de la Russie et d’évaluer ses capacités tactiques terrestre et navale (Île aux Serpents). Elle souligne le risque de chantage alimentaire en Afrique, en raison du contrôle russe de la mer Noire. Au 11 juillet, la Russie avait tiré plus de 1.000 missiles de croisière, dont une centaine depuis la mer. En conséquence, la Marine française portera ses efforts sur la lutte contre les drones et le brouillage des communications.

Russie et Chine. Pour l’OTAN, la Russie constitue la principale menace pour la paix et la stabilité dans la zone euro-atlantique. Avec des moyens conventionnels, cyber ou hybrides, elle tente d’exercer un contrôle direct et d’établir des sphères d’influence par la coercition, la subversion, l’agression et l’annexion. Brandissant la menace nucléaire, elle modernise ses forces nucléaires et développe de nouveaux vecteurs à capacités conventionnelle et nucléaire aux effets perturbateurs. Outre la déstabilisation des pays situés à l’Est ou au Sud du territoire de l’Alliance atlantique, elle entrave la liberté de navigation dans l’Atlantique Nord, zone d’acheminement de renforts militaires vers l’Europe. Son intégration militaire avec la Biélorussie et le renforcement de son dispositif militaire en mer Baltique, mer Noire et Méditerranée sont considérés comme portant atteinte à la sécurité et aux intérêts des pays de l’Alliance atlantique. Toutefois, estimant ne pas présenter une menace pour la Russie, l’OTAN ne cherche pas la confrontation et souhaite maintenir des canaux de communications pour gérer et réduire les risques, éviter toute escalade et accroître la transparence. Par ailleurs, selon l’OTAN, la Chine renforce sa présence dans le monde et projette sa puissance par des moyens politiques, économiques et militaires. Elle cible notamment les pays de l’Alliance atlantique par des opérations hybrides ou cyber malveillantes, une rhétorique hostile et des activités de désinformation. Elle tente d’exercer une mainmise sur des secteurs économiques et industriels clés, des infrastructures d’importance critique, des matériaux (terres rares) et des chaînes d’approvisionnements stratégiques. En outre, elle sape l’ordre international fondé sur des règles, notamment dans les domaines spatial, cyber et maritime (entraves à la liberté de navigation).

NRBC, cyber, technologies, climat. Selon l’OTAN, des Etats et des acteurs non-étatiques hostiles recourent à des substances ou des armes chimiques, biologiques radiologiques ou nucléaires, qui menacent la sécurité des pays de l’Alliance atlantique. Ainsi, l’Iran et la Corée du Nord poursuivent leurs programmes d’armement nucléaire et de missiles. La Syrie, la Corée du Nord, la Russie et des acteurs non-étatiques ont déjà employé des armes chimiques. La Chine développe son arsenal nucléaire à un rythme soutenu et met au point des vecteurs de plus en plus sophistiqués. Dans le cyberespace, théâtre d’une contestation permanente, des acteurs malveillants essaient d’affaiblir la défense de l’OTAN en cherchant à endommager des infrastructures d’importance critique, perturber le fonctionnement des services publics, dérober des renseignements, voler des contenus soumis à la propriété intellectuelle ou entraver des activités militaires. En outre, des pays compétiteurs stratégiques et des adversaires potentiels de l’OTAN investissent dans des technologies émergentes ou de rupture, capables d’endommager ses capacités spatiales, et de cibler ses infrastructures civiles ou militaires. Enfin, multiplicateur de crises et de menaces, le changement climatique provoque une montée du niveau des mers et des feux de végétations, désorganisant des sociétés. Souvent appelées à intervenir en cas de catastrophe naturelle, les forces armées doivent désormais agir dans des conditions climatiques extrêmes.

Zone indopacifique. Face à la Chine, les Etats-Unis ont besoin d’Alliés, indique la source navale française. Ils ont pris en compte l’implantation de la France dans la zone indopacifique, car ils partagent avec elle la même prudence vis-à-vis de la Chine, la nécessité de la prévention des combats dans la région et le souhait d’y limiter le développement des activités militaires. Depuis la seconde guerre mondiale, la Marine américaine domine les océans. Mais la Marine chinoise développe ses capacités de mener des opérations de coercition et de se déployer dans le monde, comme l’a démontré l’escale d’une frégate chinoise à Bata (Guinée). Elle a mis au point un porte-avions à catapulte et son avion spécifique et a loué des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) russes de la classe Akula. Autre alliée des Etats-Unis dans la région, l’Australie a annulé le contrat de sous-marins avec la France pour se tourner vers eux. Or le taux de remplacement dans la Marine américaine est passé de 2 unités par an à 1 par an, repoussant à 2040 la perspective pour l’Australie de prendre livraison de SNA opérationnels, à prélever sur la flotte américaine. Pour se renforcer dans le Pacifique, les Etats-Unis ont réduit de 70 % leur présence dans l’océan Indien, compensée par celle de la France, dont la posture stratégique dans la zone indopacifique complique l’analyse géopolitique de la Chine.

Interopérabilité navale. Selon la source navale française, des arrangements techniques entre les Marines américaine et française portent sur la validation, à différents niveaux, des systèmes d’informations concernant le commandement, les sous-marins et l’avion de chasse F-35 C. La 4ème génération de ce dernier en augmentera la furtivité, mais la 5ème entraînera un comportement différent, enjeu de la coordination avec le Rafale Marine

Loïc Salmon

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Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Depuis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine le 24 février 2022, la France contribue à la posture défensive de l’OTAN, de la Norvège à la Bulgarie.

Les colonels Pascal Ianni (Etat-major des armées) et Stéphane Spet (armée de l’Air et de l’Espace) l’ont expliqué à la presse, le 10 mars 2022 à Paris.

Le théâtre ukrainien. La Russie prévoyait une offensive courte et rapide, souligne le colonel Ianni. Faire manœuvrer 150.000 hommes demande du temps et nécessite une logistique énorme, en essence et munitions, calculée pour la première partie de la guerre. Une progression rapide sur une longue distance consomme beaucoup de carburant. Or en Ukraine, la logistique russe, basée traditionnellement sur le chemin de fer, a dû utiliser des camions. Les troupes russes, massées à la frontière ukrainienne, l’ont franchie en totalité et doivent y acheminer leurs propres ressources. En revanche, les forces ukrainiennes se battent chez elles et continuent de leur causer des pertes sévères, estimées déjà à 4.000 morts selon les services de renseignement américains. Les chiffres diffusés par les belligérants manquent de crédibilité, car manipulés dans le cadre de la guerre de l’information. En général, l’attaquant au sol doit disposer de trois fois plus de combattants que la défense adverse pour pouvoir l’emporter. Après deux semaines de combats, la « pause opérationnelle » des troupes russes, mais pas des bombardements, doit logiquement durer jusqu’à l’arrivée des réserves sur les différents fronts.

Le dispositif français. La France apporte un soutien militaire à l’Ukraine, rappelle le colonel Ianni. Les entretiens téléphoniques du président de la République, du chef d’Etat-major des armées et de l’amiral commandant en chef pour la Méditerranée se poursuivent avec leurs homologues russes pour la « déconfliction », actions de coordination pour réduire les risques d’accidents susceptibles de conduire à une escalade militaire. Au Sud où la France dispose de sa capacité autonome d’appréciation de la situation pour affirmer sa liberté d’action, les groupes aéronavals français et américain se coordonnent en Méditerranée orientale. Conformément au dispositif de vigilance renforcée de l’OTAN, un avion d’alerte avancée E-3F Awacs, parti de la base d’Avord, effectue des missions de défense aérienne et de renseignement à la frontière bulgare. En Roumanie, la mission « Aigle » de réassurance terrestre est menée par 500 militaires issus des 27ème Bataillon de chasseurs alpins, 126ème Régiment d’infanterie, 4ème Régiment de chasseurs et 4ème Régiment d’artillerie de montagne. A la frontière polonaise, 2 avions de chasse Rafale (partis de Mont-de-Marsan) et 1 avion-ravitailleur Phénix (parti d’Istres) renforcent la défense aérienne. En Norvège, des éléments français des trois armées participent aux exercices OTAN « Brilliant Jump 22 » et « Cold Response 22 » de dissuasion et de posture défensive, prévus de longue date. En outre, la frégate multi-missions Languedoc poursuit sa patrouille en mer de Norvège. Pour protéger et contrôler l’espace aérien des Etats baltes, indique le colonel Spet, 100 militaires et 4 Mirage 2000-5 participent à police du ciel de l’OTAN. Ce dispositif alterne les semaines de permanence opérationnelle avec celles d’entraînement en Lituanie. Toutes ces missions sont pilotées par le Centre air de planification et de conduite des opérations de Lyon-Mont Verdun. Enfin, le Centre national des opérations aériennes (même base) interdit le survol de la France à tous les aéronefs civils des compagnies aériennes russes ou affrétés par des ressortissants russes.

Loïc Salmon

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