Renseignement : la DRSD, vigilance et anticipation

Depuis 2022, les pays compétiteurs de la France recourent délibérément à la guerre hybride pour réduire sa compétitivité industrielle et sa souveraineté. La Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) identifie et anticipe les menaces, en vue de les neutraliser.

Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, l’a expliqué à la presse le 28 mai 2026 à Paris.

Un contexte innovant. Dans la guerre russo-ukrainienne, l’innovation technologique se trouve de plus en plus au contact avec un tempo opérationnel rapide. Il ne s’agit plus de disposer d’un système qui sera transformé dans deux ou trois ans, mais de le remettre en question et de l’améliorer sans cesse pour affronter l’adversaire. Un frein à l’innovation à un moment donné entraînera, plus tard, le risque de la surprise et même de la sidération par l’action d’un adversaire. Actuellement, les budgets de défense explosent dans le monde, ouvrant la compétition à un marché où la France se trouve en bonne position. Les technologies innovantes duales, comme le cyber, les drones et l’intelligence artificielle, entrent de plus en plus dans le champ militaire. Des entreprises, actives dans d’autres domaines, viennent sur le marché de la défense en raison de leurs capacités de production en cas de conflit majeur. Or la radicalisation propagée par les réseaux sociaux et les moyens numériques pourrait briser le lien Armée-Nation. Sur le plan sociétal, une minorité agissante glisse vers l’antimilitarisme, tandis qu’un nombre croissant de jeunes veulent s’engager dans les armées ou dans l’économie de défense.

Menaces nouvelles. Outre l’espionnage croissant avec ses perspectives de sabotage et de subversion, le risque de terrorisme reste élevé. La DRSD doit déceler tout foyer de radicalisation au sein des entreprises de défense. S’y ajoutent les incidents de sécurité, les survols de drones et la manipulation en ligne qui permet d’approcher beaucoup de gens plus facilement. Autre nouveauté, l’instrumentalisation des normes internationales constitue la suite de lois américaines d’exterritorialité. Les contrôles à l’exportation, notamment chinois, s’amplifient. Les règles anti-corruption concernant l’embargo sur certains produits permettent à des cabinets spécialisés de venir acquérir de la donnée dans les entreprises françaises sous l’angle de la norme et de l’inspection légale qui s’ensuivrait. L’intelligence artificielle démultiplie les capacités de subversion par la création d’images et d’imitations de voix de personnalités connues diffusées sur les réseaux sociaux, pour semer le doute sur la véracité des informations. Au début des années 2020 au Sahel, la Russie avait lancé des campagnes de désinformation en Afrique francophone pour dénigrer les troupes françaises luttant contre les groupes armés terroristes. Aujourd’hui, les attaques de réputation contre les entreprises françaises visent à les discréditer. Le lien Armée-Nation est visé par l’hypertrucage et de fausses informations de désaccord entre le pouvoir exécutif et des généraux en 2ème section. Les vols de données d’une entreprise, par cyberattaque ou en interne, et leurs reventes sur le « Dark Web » (réseaux accessibles via des logiciels, configurations ou protocoles spécifiques) constituent une fragilité potentielle. De plus, cela montre que l’entreprise en cours de négociation d’un contrat à l’export n’est pas fiable.

Réactions. La DRSD pratique le « Red Teaming », à savoir désigner un groupe jouant le rôle d’agresseur pour effectuer une intrusion physique ou numérique, afin d’améliorer la sécurité d’une entreprise. Elle effectue des démarches de sensibilisation, car 80 % des compromissions relèvent de simples négligences. Les comptes rendus des compromissions permettent de détecter les signaux faibles d’une action coordonnée contre la France. Enfin, la DRSD travaille avec les services de renseignement, dont la DGSI (lntérieur) et la DNRED (Douane)

Loïc Salmon

DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Renseignement : ingérences et menaces contre la BITD en 2025

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Renseignement : ingérences et menaces contre la BITD en 2025

Les tensions géopolitiques se répercutent sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) de la France, sur les plans capitalistique et juridique ainsi qu’en matière d’approvisionnements de certaines matières premières et de restrictions aux exportations étrangères de composants.

La Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) en a dressé un panorama pour 2025 dans sa Lettre d’information économique de mai 2026.

Prévention. Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, souligne que l’accélération et l’expansion des conflits armés internationaux en 2025 ont conduit à une transformation de la guerre économique en économie de guerre. La BITD et la recherche publique de défense sont visées par les pays compétiteurs de la France, notamment en ce qui concerne les expertises dans les domaines de l’intelligence artificielle, du quantique, de l’aéronautique et du spatial. En 2026, la DRSD accompagne les entreprises concernées pour assurer la protection de la sphère française de défense lors des salons « Eurosatory » pour les armements terrestres et aéroterrestres (15-19 juin) et « Euronaval » pour les armements navals et aéronavals (3-6 novembre), tenus en banlieue parisienne.

Atteintes humaines et physiques. En 2025, le nombre d’incidents reste stable par rapport aux années précédentes, mais les menaces humaines et physiques pour la captation d’informations et de savoir-faire sensibles, par l’exploitation des vulnérabilités humaines, restent les principales. Les atteintes se répartissent ainsi : humaines, 28 % ; physiques, 24 % ; capitalistiques (prises de participations étrangères), 15 % ; cybernétiques, 13 % ; réputationnelles, 11 %, juridiques (influence sur les normes et standards internationaux), 6 % ; approvisionnements, 3 %. Pour la BITD, la menace humaine par des entités étrangères a diminué, par rapport à 2024 (36 %) et 2023 (45 %). Elle consiste en : ciblage d’experts lors de leurs déplacements en France et à l’étranger ; débauchage d’ingénieurs par des plans de recrutement de talents ou de chercheurs ; recours à des cabinets spécialisés de recrutement de collaborateurs, actuels ou anciens. Pour la recherche publique de défense, la Chine et les États-Unis ciblent les domaines critiques (cités plus haut) et envoient notamment des propositions d’entretiens rémunérés sur le réseau social professionnel LinkedIn. Cela induit un risque important de fuites d’informations sensibles et peut aboutir au débauchage des meilleurs talents français. Les atteintes physiques ont augmenté par rapport à 2024 et 2023 (18 %). Elles consistent d’abord en intrusions, effectives ou tentées, au sein d’emprises industrielles ou de laboratoires, à savoir vols d’ordinateurs, de machines-outils et de matières premières essentielles à la production. Les vols constatés sont facilités par le manque de vigilance ou de négligence de certains collaborateurs. Les atteintes physiques consistent en dégradations des sites : tags ; sabotages ; incendies d’infrastructures énergétiques et de chaînes de production. Elles sont précédées par des survols de drones, en hausse en 2025, pour des prises de vues à de fins de repérage d’installations sensibles. L’imputation à des pays étrangers reste difficile à établir. En revanche, les actions, revendiquées, de mouvances de l’ultra-gauche en lien avec le conflit israélo-palestinien continuent.

Atteintes cyber et réputationnelles. En progression depuis 2024, l’écosystème criminel s’appuie sur la demande de rançons, l’accès illégitime à l’information, l’hameçonnage et les attaques par déni de services qui devraient augmenter avec l’intelligence artificielle. Les manœuvres réputationnelles consistent à discréditer des équipements français, instrumentaliser des fuites d’informations et mettre en ligne des campagnes orchestrées par des mouvances contestataires. Les vols de données entraînent des conséquences graves pour les entreprises de la BITD et leurs partenaires commerciaux.

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Marine nationale : le futur porte-avions France-Libre, projection de puissance française et européenne

Le porte-avions France-Libre, opérationnel en 2038, prendra en compte les cycles rapides d’innovations technologiques, dont l’intelligence artificielle et les drones.

Pierre-Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, qui participe à sa construction, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point.

Bâtiment agrégateur de forces. Actuellement, le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dispose d’une escorte de frégates françaises, où s’intègre une frégate néerlandaise, allemande ou grecque pour les luttes anti-aérienne et anti-sous-marine. Outre cette protection, sa résilience repose sur sa mobilité car il peut parcourir 1.000 km par jour (11,57 m par seconde), de quoi rendre très difficile le guidage terminal d’un missile balistique (volant à 4 ou 5 km/s) ou hypervéloce (au moins 3 km/s) adverse. Les États-Unis n’ont pas suspendu la construction de porte-avions et commencent par envoyer un groupe aéronaval dans la zone où ils souhaitent intervenir. Le groupe aéronaval futur comptera des avions et des drones. La Chine, l’Inde, l’Italie et la Grande-Bretagne en développent et l’Espagne se pose la question. Demain, une flotte de surface hybride disposera de capacités de défense aérienne et anti-drones et élargira la bulle de protection du groupe aéronaval. Voici les caractéristiques du porte-avions France-Libre : longueur, 330 m ; largeur, 90 m ; vitesse maximale, 27 nœuds (50 km/h) ; poids total, 78.000 t ; surface du pont d’envol, environ 17.000 m2 ; équipage, 2.000 personnes ; durée du service, environ 45 ans. Outre Naval Group, Technic Atome et les Chantiers de l’Atlantique, 800 entreprises de tailles petite, moyenne et intermédiaire participent à sa réalisation et 90 % des achats seront effectués en France. La propulsion nucléaire donne au porte-avions son allonge et sa capacité de déploiement, comme l’a démontré le Charles-de-Gaulle, passé du Grand Nord à la Méditerranée en une huitaine de jours. Ce dernier aura connu trois arrêts techniques majeurs, un tous les dix ans, autour de la chaufferie (réacteur) nucléaire pour lui redonner de l’autonomie. Pour le France-Libre, tout a commencé en 2020 par des avant-projets détaillés, des études et de la préparation. L’étape actuelle a lieu au site de Cherbourg de Naval Group, où une nouvelle « nef d’intégration » de deux chaufferies nucléaires a été construite pour les installer sur le porte-avions et le sous-marin qui arrive en même temps. La phase d’après se déroulera à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique, qui construisent les coques des grands navires civils et des unités militaires, dont les porte-hélicoptères et les bâtiments ravitailleurs de forces. Enfin, sera réalisé le système de combat des bâtiments de surface (porte-avions et frégates), l’une des spécialités de Naval Group. A cet effet, il compte sur ses partenariats : le groupe Thalès pour les senseurs, les radars et les contre-mesures ; le missilier MBDA pour les armements ; le groupe Safran pour un certain nombre d’équipements.

Carnet de commandes rempli. Naval Group dispose de sites à Cherbourg et Lorient pour la construction navale, à Toulon pour l’entretien de la flotte de surface et à Brest pour la Force océanique stratégique (FOST). Il réalise un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, où il a récemment obtenu des contrats de sous-marins aux Pays-Bas et en Indonésie et de frégates en Grèce. Les deux autres tiers, en France, dépendent des lois de programmation militaire qui prévoient le renouvellement de toutes les composantes navales. Le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque de la série de 6 de la classe Barracuda effectue ses essais à la mer et les deux suivants seront livrés d’ici à 2030. Les 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la FOST seront renouvelés d’ici à 2050 et le premier, dénommé L’invincible, doit entrer en service vers 2035.

Loïc Salmon

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Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

 




Défense : pouvoir augmenter la production d’équipements

Les industriels de défense doivent rendre soutenable sur le temps long l’action des opérationnels, tout en conservant leur souveraineté et leur compétitivité.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Y sont notamment intervenus : Vincent Quintana, directeur des affaires publiques du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres ; Pauline Martre, responsable des Affaires publiques et Partenariats chez Alta Ares, startup spécialisée dans la détection et l’interception de drones au moyen de l’intelligence artificielle.

Connexions politico-industrielles. Les commandes publiques impliquent une capacité de production technologiquement à jour pour, par exemple, multiplier par deux ou trois la production de munitions, indique Vincent Quintana. Les armées ne souhaitent pas disposer d’un stock de drones devenus obsolètes en six mois, comme pendant la guerre en Ukraine où les Russes ont trouvé la parade au retour du drone filaire. L’outil industriel se structure sur une commande et non sur une injonction politique. Il ne peut être poussé à 100 %, car l’offre ne crée pas la demande. Dans cette guerre, la masse devient un facteur dimensionnant susceptible d’emporter une décision sur le terrain. Elle s’accompagne d’une attrition remettant en cause la conception d’équipements, comme les missiles onéreux contre les drones bon marché, leur mode de production et leur utilisation. L’État achète un système d’arme et sa capacité de production. Une chaîne de production de missiles nécessitant des investissements lourds, l’industriel ne l’ouvrira pas sur une visibilité de 18 mois à 2 ans, temps d’action du personnel politique. Dans leur guerre contre l’Iran depuis le 28 février 2026, les États-Unis ont délivré en 30 jours une puissance de feu technologiquement très performante. Mais la question se pose du maintien de l’effort des chaînes de production dans la durée. Lors de la création par la France d’une base industrielle de défense (BITD) dans les années 1990, l’avionneur Dassault produisait un ou deux Rafale par mois pour le maintien des compétences et des bureaux d’études. Aujourd’hui, il faut produire plus au moment voulu, en équilibrant les commandes françaises (50 %) et celles à l’export (50 %).

Accélération des cycles technologiques. Il ne s’agit plus seulement de produire plus mais aussi de produire vite, souligne Pauline Martre. Cela implique de mettre en œuvre de nouvelles capacités tout en restant connecté au terrain, parce que l’innovation et son intégration sont très rapides. La recherche et le développement doivent se poursuivre pour pouvoir adapter la production. S’y ajoutent les besoins en financement pour passer de la production pour de la démonstration à celle à grande échelle, afin d’assurer les commandes et les livraisons dans des délais très contraints. Le champ de bataille a été complètement transformé par l’arrivée de drones, relativement peu chers, pour saturer l’espace aérien et obliger à repenser la défense sol-air. A la consolidation de la BITD pendant les années des dividendes de la paix succède une forme d’agilité, portée par les startups qui travaillent dans l’urgence. En outre, pour assurer les commandes, il faut constituer des stocks. Les retours d’expérience des forces armées induisent des adaptations, quasiment en temps réel, des modèles des productions avec des financements pour garantir celles-ci, tout en s’adaptant à l’évolution technologique. Par ailleurs, les industriels tentent de limiter les dépendances en matières premières et en composants électroniques, souvent fabriqués en Asie. Enfin, pour trouver des solutions très courtes à des technologies en évolution rapide et parfois permanente, ils doivent recruter des ingénieurs en systèmes embarqués, en intelligence artificielle et en robotique, compétences rares et très recherchées.

Loïc Salmon

Défense : renforcement industriel en armement et munitions

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul




Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul

Le traitement massif de données nécessite les moyens de calcul de l’intelligence artificielle (IA), déportés sur des serveurs loin de la zone d’opération, Cela implique un accès au réseau, via le spectre électromagnétique, souvent soumis à des contraintes et au brouillage.

L’IA et les fonctions opérationnelles embarquées ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 20 janvier 2026 à Paris, par l’Académie militaire Saint Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Vincent Sébastien, directeur adjoint & adjoint forces de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) ; Cécile Jourdas, KNDS France ; le colonel Cédric Abriat, adjoint « Plans » à l’État-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; Frédéric Barbaresco, Thales ; Valentin Ligier, Dassault Aviation ; Olivier Viné, directeur d’Activité GdM & GF Exail.

Fonction perception. L’IA embarquée sert à augmenter la performance opérationnelle, donc à aller plus vite, souligne l’amiral Sébastien. Elle doit assister le combattant, le protéger et garantir l’autonomie des plateformes dans la durée. Elle implique la recherche académique, les industriels et les armées. La recherche nécessite des compromis économiques dans le hardware (équipements) et le software (logiciels), des curseurs dans les composants, la robustesse, le coût et l’organisation…et de la confiance ! L’AMIAD effectue des recherches, étudie, teste et réfléchit au déploiement de l’IA embarquée. KNDS France a procédé à un exercice de coordination aéroterrestre pour identifier des cas d’usage concrets, pertinents et acceptés, explique Cécile Jourdas. Pendant deux jours, des officiers-élèves de la 1ère brigade de l’École militaire interarmes se sont entraînés avec des robots modulaires Nerva de détection de personnes, de véhicules et d’armes, d’un poids de 5 à 15 kg et aux capacités de calcul embarqué limitées, en vue de leur validation opérationnelle. Les robots ont analysé le contexte et rendu une synthèse audio. Leurs enseignements opérationnels incluent une observation déportée et un soutien visuel pour la prise de décision. Outre son ergonomie, l’IA permet de poursuivre la mission en cas de brouillage ou de perte de signal. Les travaux futurs s’orientent vers une plus grande adaptation à l’environnement et vers la résistance au bruit pour l’analyse vocale. Dans le domaine aérien, l’IA doit pouvoir prioriser et expliquer les perceptions qui remontent au pilote, sans le déconcentrer lors du décollage, précise le colonel Abriat. S’il voit s’afficher des pannes sur son écran, il lui faudra des paramètres de confirmation. Il aura besoin d’explications de la part de l’algorithme sur la présentation d’une cible ou d’une décision. Cela nécessitera de la simulation et de l’entraînement. Il faudra de l’IA pour détecter les leurres ou les utiliser contre un adversaire disposant de l’IA. Dans un contexte de guerre ou dans un environnement contesté, le pilote devra allumer son radar…qui le fera repérer ! Il aura besoin d’algorithmes pour interpréter les données des capteurs passifs.

Fonction articulation. Un drone embarque de l’électronique pour effectuer de l’écoute et aussi du brouillage, indique Frédéric Barbaresco. Au cours de sa trajectoire de 180 km en 1 h 30, un drone peut procéder à de la géolocalisation. Des réseaux de drones embarquent des caméras à 360 °. La précision collaborative (par inertie) permet d’exploiter les informations disponibles de tous les capteurs, de tirer parti des mesures hétérogènes (vitesse et angle) ou d’enrichir une mesure homogène (vision binoculaire). Pour remplir la mission, la caméra commande la trajectoire d’un drone sous-marin pour détecter une mine. En surface et pour couvrir une zone plus large, un essaim de quatre drones équipés de caméras va se réorganiser en cas de destruction de l’un d’eux, afin de poursuivre la mission d’observation. Un drone ne pouvant communiquer au-delà de 30 km, un autre va servir de relais. Pour l’interception, les essais portent sur des trajectoires très élaborées avec plongeons, feintes de fuite ou arrêts soudains. Le champ de bataille aérien se densifie (acteurs et moyens de communications), inclut de nouvelles missions avec une multiplication et une complexification des fonctions embarquées (capteurs et effecteurs) et un contrôle à distance des plateformes inhabitées, explique Valentin Ligier. La gestion l’ensemble des missions augmente la charge de travail de l’équipage en cockpit. Un assistant virtuel ou interface humain-machine (IHM) permet de l’optimiser. L’autoprotection est assurée par des systèmes de leurres avec des articulations automatiques avec le sol. Il s’agit de concentrer les capacités cognitives du pilote sur la prise de décisions tactiques. L’IHM repose sur cinq piliers : centraliser, prioriser et alerter pour le choix de la bonne modalité par un canal sonore ou un texte si la radio est saturée ; exécution de macro-commandes complexes par l’automatisation de quelques-unes en gardant la capacité de contrôle des plateformes inhabitées de manière intuitive ; interprétation des échanges entre un pilote et son navigateur, entre un leader et son co-équipier, entre un avion et son C2 (commandement et contrôle) ; faire une requête en langage naturel, comme consulter une base de données ou trouver une aire de ravitaillement ; répartition des tâches en aidant l’équipage à comprendre ce qui ressort de l’humain ou de l’automatisme. L’IHM compte trois composants technologiques principaux : interaction intuitive avec le pilote par la reconnaissance vocale, la synthèse vocale ou la désignation du regard par les caméras intégrées dans le viseur du casque ; base de connaissances, grâce à des données interprétables et mises à jour régulièrement ; moteur de raisonnement pour traiter ces données, réaliser des synthèses pertinentes au bon moment ou traiter les requêtes du pilote. Cela nécessitera aussi de conserver une certaine indépendance vis-à-vis de la connectivité en territoire ennemi, où tout sera brouillé. S’y ajoutent : la fiabilité ; le développement des outils pour l’usage de ces données en raison de l’évolution du champ de bataille ; l’échange de données entre avions et plateformes hétérogènes ou non. Enfin, il faudra mesurer le facteur humain au sein de l’équipage par des capteurs pour suivre le regard du pilote et caractériser son comportement, afin de concevoir des contremesures et l’IHM. L’IA sera intégrée au standard F5 du Rafale. Dans le milieu marin, le navire chasseur de mines restera hors de la zone dangereuse et va y envoyer des robots à sa place, explique Olivier Viné. Auparavant, il faut évaluer très précisément l’environnement à traiter puis les phases de détection, classification, identification et neutralisation. Le dispositif nécessite une collaboration entre plusieurs drones. Alors que le drone suicide de la phase finale sera simple et le moins onéreux possible, les autres, équipés de sonars, coûteront beaucoup plus cher. Le drone aérien détectera les mines en surface et le drone sous-marin celles sous l’eau. Pour les communications, un drone de surface pourra servir de relais avec les autres. Tout se passe dans un système C2 avec différentes consoles pour les opérateurs, afin de réaliser la mission, depuis sa préparation puis son suivi jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Le logiciel Umisoft intègre une mission « management », qui analyse les données, notamment les images sonores qui détectent les mines potentielles et les confirment, puis planifie les missions des drones. Le module « contrôle » suit le déroulement de la mission de chaque drone. Par ailleurs, quelques drones disposent d’une certaine autonomie pour replanifier leur mission en fonction de la réalité qu’ils découvrent sur le terrain. La planification nécessite une cartographie des fonds marins. Un ensemble de logiciels définit la combinaison optimale des missions complexes de reconnaissance, de neutralisation et d’évaluation des résultats.

Loïc Salmon

Défense : le Commissariat au numérique et un supercalculateur dédié à l’intelligence artificielle

Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future




Taïwan : défense accrue contre la menace aérienne de la Chine

Taïwan a décidé d’augmenter son budget militaire au-delà de 3 % de son produit intérieur brut et d’améliorer sa défense aérienne multicouche, grâce à un bouclier antimissile dénommé « T-Dome ».

Tom Abram et Simon Berthault, chargés de recherche, l’expliquent dans un rapport publié par la Fondation pour la recherche stratégique le 28 novembre 2025 à Levallois-Perret (banlieue parisienne).

La menace chinoise. Le 10 octobre 2025, le président de la République, William Lai, a annoncé le développement local du « T-Dome », similaire aux « Dôme de fer » d’Israël et « Golden Dome » des États-Unis. Six mois auparavant, le document « Quadriennal Defense Review », rendu public par le ministère de la Défense, a actualisé la stratégie de défense en prenant en compte le conflit russo-ukrainien (depuis le 22 février 2022) et l’attaque terroriste du Hamas contre Israël (7 octobre 2023). Le document souligne trois risques face à la menace chinoise : ciblage des infrastructures stratégiques ; saturation des défenses ; opérations cyber et de guerre électronique pour paralyser les systèmes C4ISR (conduite, contrôle, communications, ordinateurs, renseignement, surveillance et reconnaissance). En cas d’invasion, l’Armée populaire de Libération (APL) chinoise pourrait rendre inopérants, avec 345 missiles, les 8 ports taïwanais capables d’accueillir des bâtiments militaires. En outre, il lui suffirait de de 104 à 137 missiles pour détruire les 13 aéroports utilisables par des avions militaires, compte tenu des longueurs minimales nécessaires des pistes de décollage et d’atterrissage et des capacités standards des missiles chinois. Enfin, des frappes cibleraient les 25 à 30 sites-clés (radars et défenses sol-air et sol-sol). L’APL dispose d’une vaste gamme de missiles de croisières qui, lancés simultanément depuis des plateformes terrestres, de navires et d’aéronefs, pourraient saturer les défenses anti-aériennes taïwanaises. En service depuis 2019, les lance-roquettes multiples PHL-16 (portée, 220 km) peuvent emporter des munitions variées, afin de provoquer une saturation des défenses adverses. Ils sont déployés dans les unités d’artillerie du Commandement de Théâtre Est, qui ont déjà participé à plusieurs exercices dans le détroit de Taïwan. S’y ajoutent les missiles balistiques à courte portée Dong Feng 11, 15 et 16. Les missiles terrestres CJ-10 (portée, 2.500 km) et CJ-20 (plus de 3.000 km) ainsi que le missile supersonique (6.000 km/h) CJ-100 (portée 2.000 km), dont les stocks augmentent rapidement, permettent des frappes massives dans la profondeur. En outre, le planeur hypersonique DF-ZF, présenté en Chine en septembre 2025, constitue une nouvelle menace en raison de sa vitesse et de sa manœuvrabilité. Les drones MALE (moyenne altitude, longue endurance) chinois pénètrent fréquemment dans la zone d’identification de défense aérienne taïwanaise L’entrée en service en 2017-2018 du chasseur furtif J-20 suscite, à Taïwan, des réflexions quant à sa détection et son interception.

La défense aérienne taïwanaise. Selon sa doctrine de « défense nationale non offensive », Taïwan se refuse à frapper en premier, mais doit se garantir une capacité de frappe en second après une première salve aérienne chinoise. Son système de défense aérienne, considéré comme l’un des plus denses du monde, est apparu obsolète dès 2010. Cette année-là et pour y pallier, les États-Unis lui ont vendu 6 systèmes de défense sol-air Patriot 2 de moyenne portée (70 km contre avions et missiles de croisière) et 253 missiles intercepteurs PAC-2 associés puis des missiles PAC-3 plus petits, mais au nombre de 16 par poste de tir au lieu de 4 dans la version précédente et livrables en 2025-2026. Dès 2013, Washington a fourni à Taipei un système d’alerte avancée pour détecter des départs de missiles depuis la Chine. Au cours des années 1990, l’entreprise taïwanais NCSIST a développé ses propres missiles sol-air Sky Bow I, II et III, associés actuellement au Patriot pour assurer la défense à moyenne et haute altitude contre les missiles de croisière. Toutefois, leur coût unitaire (3 M$ pour un PAC-3 et 1,5 M$ pour un Sky Bow III) paraît si disproportionné par rapport à la cible, que l’emploi des canons de 35 mm de l’armée de l’Air et de 20 mm de l’armée de Terre semblait préférable. Ces canons devraient être remplacés par les systèmes américano-norvégiens NASAMS, dont la vente a été autorisée en 2025 pour trois d’entre eux. Équipé d’un radar Sentinelle AN/MPQ-64F1, le NASAMS utilise divers missiles intercepteurs, dont l’AIM-120 ARAAM (50-180 km) et AIM-9 Sidewinder (18 km) capables de combler des failles sur les moyennes et courtes portées. Enfin, le missile antibalistique Sky Bow IV, surnommé Strong Bow et exposé au salon aéronautique et de défense TADTE tenu à Taipei en septembre 2025, pourrait atteindre de cibles à une altitude supérieure à celle du Sky Bow III.

Les lacunes à combler. La résistance à la saturation ne peut être assurée que par un commandement unifié et un emploi coordonné entre le chaînes C3 (conduite, contrôle et communication) entre la Marine et les armées de l’Air et de Terre. La défense sol-air à courte portée nécessite une meilleure interopérabilité entre les systèmes des armées de Terre et de l’Air pour densifier les défenses et offrir plus d’agilité pour couvrir leurs manœuvres respectives. Les missiles Sea Bow III, qui équiperont quelques frégates, joueront un rôle majeur. La protection des ports et des pistes d’aéroports nécessiterait plus de 2.000 missiles Patriot 3, beaucoup plus chers que les roquettes et drones chinois. A part le Sky Bow III, les systèmes de défense aérienne existants sont lourds et peu agiles face aux contre-batteries (tirs de riposte) chinoises. La lutte contre les essaims de drones présente des retards. La défense aérienne, orientée vers le détroit de Taïwan, doit s’adapter à la stratégie d’encerclement de l’APL qui s’entraîne sur le flanc Est de l’île. En effet, des porte-avions et des bombardiers stratégiques H-6K à long rayon d’action (3.500 km) ont été observés dans le Pacifique.

Le T-Dome. Le programme de T-Dome vise d’abord à moderniser et acquérir des systèmes de détection et d’interception. En février 2025, Taïwan a signé un contrat d’achat de systèmes anti-drones d’un montant de 761 M$ et discute celui d’armes laser américaines. Ensuite, le T-Dome permettrait une intégration des défenses anti-aérienne et anti-missile, via une architecture C2 (conduite et contrôle) et la fusion complète de données. En septembre, un accord a été conclu avec le groupe américain Northrop Grumman pour l’achat du système IBCS, sous réserve de l’approbation de Washington. L’IBCS permet la fusion des capteurs des unités de défense antiaérienne et la sélection autonome de l’unité et du système d’interception le plus adapté à la cible. Le programme T-Dome portera aussi sur le segment spatial pour la détection et le suivi ainsi que sur l’interconnexion aux moyens existants. Il permettra une intégration aux architectures d’alerte avancée des États-Unis et de leurs alliés dans la région (Japon et Corée du Sud). Pour le réaliser, Taipei pourrait profiter de l’amélioration de ses relations avec Israël, à qui il fournit des composants électroniques pour son « Dôme de fer » et des amplificateurs de puissance et des émetteurs-récepteurs micro-ondes pour ses radars. Les achats de missiles PAC-3, de systèmes NASAMS, de capacités de lutte anti-drones et du module IBCS devaient accentuer la dépendance envers les États-Unis en matière de fourniture et de maintien en condition opérationnelle, alors que la production américaine se trouve déjà sous tension au point de suspendre ses livraisons de systèmes Patriot en Europe. Le programme T-Dome nécessitera un investissement de près de 9,5 Mds$. Par ailleurs, Taïwan va développer sa capacité de frappe dans la profondeur, à des fins de dissuasion d’une attaque de la Chine. Déjà, son missile supersonique Yun Feng peut atteindre des cibles à plus de 1.200 km.

Loïc Salmon

Chine : actions navales hybrides contre Taïwan, perturbations régionales et internationales

Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan

Japon : protection et évacuation des ressortissants en cas de crise en Corée et à Taïwan




Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Face au risque de déclassement, la Marine doit adapter les technologies et méthodes éprouvées dans le monde civil, dont l‘approche centrée-donnée augmentée par l’intelligence artificielle (IA), la connectivité et l’amélioration continue. L’autonomie de décision restera garantie par un regard critique sur les informations transmises.

La Marine nationale a présenté son projet de « Stratégie d’intelligence artificielle pour la guerre navale » (SIGNAL) dans un document rendu public en mai 2025.

Conserver l’avantage dans la durée. Le domaine naval allie en permanence des dynamiques capacitaires dans le temps immédiat avec des programmes inscrits dans le temps long. Les prochaines ruptures capacitaires incluent l’accélération de renouvellement des puces à hautes performances, les télécommunications laser, le quantique, le développement des drones et les systèmes autonomes. Il s’agit de les intégrer aux grands programmes navals pour leur permettre d’évoluer. Le porte-avions de nouvelle génération, l’avion de patrouille maritime futur et le sous-marin lanceur d’engins de troisième génération, déjà en cours de préparation, devraient entrer en service après 2035. SIGNAL vise à valoriser les données contribuant au combat naval, à la résilience et à la performance des forces à la mer. L’intégration des briques technologiques de la donnée et de l’IA améliore les capacités d’analyse pour gagner du préavis dans l’action. L’IA embarquée sur des plateformes (aéronefs et bâtiments de surface) assure le continuum entre le contrôle de l’équipement et le contrôle des données. Cela permet de croiser des données issues à chaud du système de combat (environnement immédiat) avec celles à froid provenant de systèmes opérationnels et organiques. Dans une logique de combat, il s’agira d’accroître le niveau d’informations pertinentes de bout en but, via des connectivités adaptées aux contraintes des technologies de la donnée qui permettent débits importants et faible latence (temps total entre l’action de l’utilisateur et la réception de la réponse). Parallèlement, il faudra conserver le socle de connectivité résiliente : capacité de déconnection ; gammes de fréquences moyennes et basses ; liaisons de données tactiques ; messagerie non classifiée. Des algorithmes d’IA permettront d’échanger des données au sein de la force navale et avec les centres à terre dans le tempo du besoin opérationnel.

Efficacité opérationnelle. Dans le domaine aéromaritime, l’ascendant opérationnel s’articule autour des supériorités informationnelle, décisionnelle et de l’engagement. Il s’inscrit dans un contexte de révolution numérique, de développement exponentiel des drones, des capacités aéronavales et de l’IA. L’adversaire combine les effets d’action dans les zones « grises » (seuil d’agression entre la guerre et la paix), d’une masse considérable de drones et de l’autonomie de systèmes létaux. La prise de décision dépend d’une profonde transformation des architectures et mécanismes de traitement et de valorisation des données. SIGNAL cherche à mieux comprendre la situation afin de décider à temps, grâce aux outils de la configuration « homme-machines ». Dans le traitement manuel, les processus nécessitent l’intervention humaine directe. Dans un cycle partiellement automatisé, les machines effectuent une partie du travail tandis que l’humain s’assure que les processus se déroulent normalement et vérifie l’exactitude des données. Lorsque les machines sont suffisamment précises et autonomes pour fonctionner de manière indépendante, l’humain se contente de surveiller les automatismes. Déjà, la guerre russo-ukrainienne en mer Noire et les ripostes occidentales aux attaques des rebelles Houthis en mer Rouge modifient la conduite de la guerre navale. Elles mettent en œuvre des architectures de stockage de données, des algorithmes d’IA et de nouvelles formes de connectivité, comme le « New Space » (industrie spatiale d’initiative privée) et les radios à très haut débit. Les pays compétiteurs de la France profitent aussi de ces technologies, qui contribuent au développement de nouvelles menaces imposant de repenser les processus et les systèmes. D’ici à 2030, toutes les unités de combat de la Marine auront embarqué l’IA. A l’horizon 2035, celles en service auront suffisamment évolué pour bénéficier des possibilités du partage de la donnée et de l’IA à l’échelle de la force navale. La réalisation du projet « Artemis.IA », piloté par l’Agence du numérique de défense, a été lancé en 2022 par la Direction générale de l’armement pour le traitement massif de données et d’IA, dont profitera la Marine nationale. Cela implique de nouveaux métiers pour ses personnels, afin d’acquérir et de développer les compétences nécessaires.

Soutien industriel. Le secteur privé, notamment les groupes américains GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), investit considérablement dans le numérique, l’IA et le quantique. Le champ d’application de l’IA se trouve porté par les cas d’usage (aides à la décision) civils, duaux et militaires. Les marins « experts métiers », embarqués sur des unités navales et aéronavales, peuvent construire les cas d’usages spécifiques avec les développeurs, tout en apportant les garanties de protection du secret industriel. Les marins disposeront de ces technologies, intégrées aux systèmes d’armes, pendant la préparation opérationnelle et en opérations. L’usage de l’IA militaire embarquée repose sur quatre briques technologiques complémentaires. La première, dite infrastructure de stockage et de traitement de données, permet les technologies du « Cloud » (disponibilité de ressources informatiques à la demande) et des puces à hautes performances telles que les GPU (circuits électroniques capables d’effectuer des calculs mathématiques à grande vitesse). Elle inclut des architectures logicielles de serveurs aux performances élevées, à haute sécurité et présentant une faible latence. La deuxième brique ou infrastructure d’échange et de partage de données s’appuie sur des algorithmes d’IA d’optimisation de l’emploi du spectre électromagnétique, afin de parer aux risques d’une exposition accrue aux cyberattaques et de l’indiscrétion électromagnétique d’une force. La troisième brique concerne les mécanismes d’interopérabilité et de sécurité par la technologie émergente ZT/DCS. La sécurité est traitée par le réseau mais aussi par la donnée elle-même, dans une logique de défense en profondeur autorisant l’usage de technologies duales sans renoncer à la souveraineté. Les investissements de recherche des GAFAM permettent les avancées les plus rapides qui s’imposent comme normes d’interopérabilité, car elles irriguent les industries de défense et l’OTAN. La quatrième brique concerne la capacité de production d’algorithmes en interne au sein de la Marine. L’IA sera intégrée par étapes successives. En deux ans, un prototype de croisement de données, dénommé « Data Hub Embarqué », a été conçu, réalisé et déployé sur une puis plusieurs unités de combat. Grâce à lui, un bâtiment de surface reçoit, d’un satellite surveillant une zone, des informations qui sont d’abord labellisées par des experts métiers puis exploitées par des ingénieurs « Cloud » et des développeurs « big data ». Ces informations sont lors valorisées par l’État-major de la marine, l’État-major des armées, la Direction générale de l’armement et les industriels, en vue de leur réutilisation par les forces maritimes. A moyen terme, il faudra définir les systèmes embarqués sur les futurs sous-marins, navires de surface, hélicoptères et drones avec des « architectures centrées-données ». Celles-ci permettront aux plateformes de s’affranchir des Data Hub Embarqués.

Synergie interarmées. Le projet SIGNAL s’inscrit dans le réseau Multi-Senseurs Multi-Effecteurs de l’État-major des armées pour accélérer la boucle OODA (observer, orienter, décider, agir) en partageant les mêmes standards de sécurité portés par la donnée, afin de dominer l’adversaire.

Loïc Salmon

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels




Chine : capacité militaire accrue et puissance perturbatrice

La Chine affirme sa puissance militaire en termes de masse mais avec des lacunes sur le plan qualitatif. Sa volonté expansionniste inquiète la région et l’intégration pacifique de Taïwan s’avère complexe.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 6 février 2025 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont notamment intervenus : Marc Julienne, directeur du Centre Asie à l’Institut français des relations internationales ; Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales à l’Institut Montaigne.

Capacités militaires. Élu président de la République en 2013 puis réélu en 2018 et 2023, Xi Jinping avait lancé des réflexions sur la réorganisation de l’Armée populaire de libération (APL) dès 2012 après son élection comme secrétaire général du Parti communiste, indique Marc Julienne. Aujourd’hui, il assure aussi les fonctions de président de la Commission militaire centrale (CMC) et de commandant des opérations interarmées, après le limogeage de dirigeants pour corruption ou incompétence. La réforme de 2016 renforce les prérogatives et missions de la CMC, organe suprême de commandement de l’APL. La Force de seconde artillerie, à savoir les missiles de théâtre d’opération, qui a pris en compte les missiles balistiques emportant une charge conventionnelle ou nucléaire, a été renommée armée des Missiles et placée au même rang que la Marine et les armées de Terre et de l’Air. La Force de soutien stratégique, créée en 2016 pour traiter l’espace et le cyber, a été dissoute en 2024 puis scindée en Force aérospatiale, Force Cyber et Force de soutien à l’information. La réforme de 2016 répartit le territoire national en cinq théâtres de commandement et crée le Centre de commandement des opérations interarmées. La CMC exerce une autorité directe sur la Police armée du peuple. Cette force paramilitaire, instituée dans les années 1980 et mises sous les tutelles des ministères de la Sécurité publique et de la Défense, a été totalement militarisée en 2018 et ne remplit plus les missions de lutte contre le feu et de protection des forêts et des ressources hydriques. Elle a pris le contrôle des garde-côtes, auparavant civils, et de la milice maritime, composée de bateaux de pêche au service du Parti communiste. Cette police maritime joue un rôle dans les revendications de Pékin en mer de Chine méridionale, dans le détroit, autour de Taïwan et en mer de Chine de l’Est. Dès les années 1950 et 1960 et malgré les désastres économiques, la Chine a maintenu les budgets dédiés au développement des missiles de tous types, qu’ils soient antinavires, balistiques ou hypersoniques. Depuis une quinzaine d’années, elle augmente considérablement sa Marine en tonnage de navires équipés de systèmes de plus en plus performants. En 2025, elle dispose notamment de trois porte-avions : l’un datant de l’époque de l’Union soviétique et racheté à l’Ukraine ; le deuxième construit en Chine ; le troisième également construit sur place mais encore plus moderne (photo).

Dissuasion nucléaire. Outre une dissuasion crédible et efficace pour protéger le territoire chinois, la possession d’un arsenal nucléaire doit, selon Xi Jinping, « apporter un soutien stratégique au statut de grande puissance de la Chine. » L’armée des Missiles fournit des lanceurs de plus en plus nombreux et modernise les vecteurs balistiques. D’après des images satellitaires américaines, elle dispose, en 2024, de plus de 300 silos de missiles balistiques intercontinentaux et de 600 ogives nucléaires, soit un doublement de l’arsenal en cinq ans.     Enfin, le centre d‘essai de Lop Nor dans la partie désertique du Xinjiang (Ouest de la Chine), inactif depuis plusieurs décennies, est en cours de modernisation.

Lacunes à combler. La stratégie de « défense active » du territoire n’a pas évolué depuis la publication du dernier Livre Blanc de 2019. Elle se manifeste par la construction d’une Marine de haute mer capable d’une projection de forces, de mener un combat naval et de denier l’accès jusqu’à la deuxième chaînes d’îles autour de la Chine continentale. Pourtant, l’APL pourrait difficilement mener des opérations de grande ampleur, estime Marc Julienne. Elle ne possède pas suffisamment d’avions ravitailleurs (photo) pour soutenir le raid lointain d’une escadre de chasse. Ses sous-marins sont très bruyants et la lutte anti-sous-marine, malgré des progrès certains, doit être améliorée. Sur le plan humain, l’APL doit réduire ses effectifs pléthoriques, notamment dans l’armée de Terre. Pour armer ses bâtiments de plus en plus nombreux, la Marine doit recruter des personnels qualifiés dont la formation dure plusieurs années et combler le déficit d’expérience maritime des officiers mariniers et des officiers. Depuis 2008, elle maintient une permanence à la mer dans l’océan Indien et le golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie. En outre, l’APL procède à des exercices interarmées de grande ampleur autour de Taïwan pour améliorer l’interopérabilité entre ses moyens navals, aériens et cyber ainsi que les communications spatiales.

Scénarios sur Taïwan. Les politiques de modernisation des forces armées de la Chine et de Taïwan se sont ajustées aux enseignements tirés de la guerre russo-ukrainienne, indique Mathieu Duchâtel. Actuellement, la Chine dispose d’une supériorité aérienne, capable de mener des frappes contre les centres de commandement et de décision politiques de Taïwan, ainsi que d’une capacité cyber pour des opérations de neutralisation par des forces spéciales. Ces atouts accréditent l’hypothèse d’une capitulation de Taïwan en quelques jours. Or, en mer Noire, les Ukrainiens ont paralysé la flotte russe avec des missiles antinavires, empêchant toute opération amphibie contre les ports d’Odessa et de Kherson, hypothèse tout aussi plausible dans le détroit de Taïwan et présentant une prise de risque démesurée. Par ailleurs, les relations économiques entre les deux pays se sont développées à partir de 1987. Mais les investissements taïwanais en Chine continentale, de l’ordre de 10 Mds$ en 2017 sont tombés ensuite à 5 Mds$ par an. Cette perte d’attractivité de l’économie chinoise par Taïwan s’accompagne d’une tendance lourde de l’identité nationale parmi la population de l’île. Selon Pékin, le « principe d’une seule Chine » (Chine continentale et insulaire) légitime des opérations ou des actes présentés comme du maintien de l’ordre dans une escalade de faits accomplis policiers. Ainsi en mer de Chine du Sud, la Chine construit des îles artificielles ou envoie des garde-côtes dans des zones où se trouvent des atolls revendiqués par le Japon (Senkaku), les Philippines (Banc Second Thomas dans l’archipel des Spratleys) ou d’autres par le Viêt Nam et la Malaisie. Elle y teste un mode opératoire vis-à-vis de Taïwan, où ses exercices navals ou opérations d’intimidation ne franchissent jamais la limite de 12 milles marins (22 km) des eaux territoriales et l’espace aérien de l’île, respectant tacitement sa souveraineté. En revanche, elle intensifie la « guerre par le droit », notamment par la loi de sécurité nationale de Hong Kong, qui réprime les actes de sécession, de subversion, de collusion avec un État étranger et d’extraterritorialité pour des actes commis hors de Hong Kong. Au nom du « principe d’une seule Chine », les articles concernant la subversion pourraient nourrir la fiction d’un exercice de la souveraineté de la République populaire de Chine sur Taïwan. Ceux sur la collusion pourraient s’appliquer à la présence de Taïwan sur les réseaux sociaux américains. Afin d’initier un découplage entre Taïwan et la communauté internationale non étatique, la Chine tente de compliquer les activités politiques taïwanaises en pays tiers, en créant un risque d’extradition, et pour dissuader des entreprises étrangères d’opérer à Taïwan. Celles qui auraient aussi des intérêts en Chine pourraient constituer des cibles pour des sanctions. Des réponses désordonnées de leur part et une perception excessive ou erronée des risques pourraient accélérer les effets recherchés par la Chine.

Loïc Salmon

Chine : risque de conflit armé dans le détroit de Taïwan

Chine : désinformation et guerre informationnelle

Les services secrets chinois, de Mao au Covid-19




Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

L’Agence d’innovation de défense (AID), ouverte sur le monde civil, tire parti du retour d’expérience pour intégrer l’innovation sur tout le cycle des systèmes d’armes dans une recherche permanente de la performance.

Le 17 avril 2025 à Paris, son directeur, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, en a présenté à la presse les enjeux, à savoir consolider la supériorité technologique des forces et maîtriser les nouveaux espaces de conflictualité, que constituent le cyber, le champ informationnel, les grands fonds marins et la lutte dans le spectre électromagnétique.

Fédérer les initiatives. Placée sous la responsabilité du délégué général pour l’Armement, l’AID a été créée en 2018 dans un contexte marqué par le foisonnement de solutions innovantes provenant du monde civil, à la fois opportunités et menaces, et par une accélération des technologies de rupture. L’innovation « planifiée » consiste à préparer la réponse à des besoins prévisibles en développant des briques technologiques dans les prochains programmes d’armement, indispensables aux futures capacités militaires. Ainsi, le gravimètre quantique, qui mesure le champ gravitationnel pour réaliser la cartographie des fonds marins, a été étudié pendant une vingtaine d’années dans un laboratoire de l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales, fabriqué par une société civile puis intégré à une plateforme du Service hydrographique et océanographique de la marine en 2024. L’innovation « ouverte » et duale doit répondre à des besoins immédiats, notamment les véhicules autonomes, le cyber, le maintien en condition opérationnelle, l’énergie, le « newspace » (exploitation du domaine spatial par des entreprises privées), la santé et l’humain augmenté. Ainsi les 200 premières munitions téléopérées françaises ont été livrées fin 2024 et déjà utilisées sur le théâtre ukrainien. L’AID avait lancé un appel à projet en mai 2022, sélectionnée deux solutions en septembre, notifié le contrat en décembre et effectué les essais d’un prototype avec une charge inerte fin 2023 puis avec une charge explosive et quelques corrections en juin 2024. Dans l’ensemble, l’AID lance des projets pour deux tiers en innovation ouverte et un tiers en innovation planifiée. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit que l’AID investisse massivement en priorité dans les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, la guerre électronique, les technologies de communications, celles de l’énergie, le calcul quantique et les capteurs quantiques. L’AID conduit quatre types de projets. Le premier concerne les technologies de défense de demain. Le deuxième encourage l’innovation provenant du ministère des Armées. Le troisième consiste à capter l’innovation issue du marché civil pour l’adapter et la déployer au plus tôt. Le quatrième consiste à détecter et faire émerger les futures technologies stratégiques auprès des universités, écoles d’ingénieurs, laboratoires de recherche et certaines startups et petites et moyennes entreprises. Chaque année, l’AID soutient plus de 400 projets, dont 200 de recherche, (une centaine de thèses), 150 à 180 projets d’accélération de l’innovation et 20 à 30 projets d’innovation participative.

Dispositifs financiers. La LPM 2024-2030 prévoit un budget de 10 Mds€ pour l’AID, qui emploie 130 personnes. L’AID accorde des subventions et conclut des contrats pour permettre aux industriels émergents de réaliser un chiffre d’affaires suffisant pour attirer les investisseurs. Elle détecte 300 à 400 nouvelles startups par an et assure un suivi régulier avec celles dont la technologie présente une maturité par rapport aux besoins militaires, afin de lancer le projet au bon moment. Elle facilite les expérimentations dans des conditions réelles avec la mise en œuvre des grands moyens de la Marine nationale ou la participation à des exercices militaires.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Défense : bilan 2024 de la Direction générale de l’armement

Face à l’environnement stratégique en constante évolution, la Direction générale de l’armement (DGA) a piloté l’adaptation de l’industrie de défense en 2024 par un effort financier et la mise en place de commandes globales sur plusieurs années.

Selon un document rendu public le 30 avril 2025, la DGA a dépensé 21,7 Mds€ pour équiper les forces armées et passé des commandes d’un montant de 16,6 Mds€ en 2024. Pour préparer l’avenir, elle a effectué des paiements totalisant 1,6 Md€ et pris des engagements pour 1,3 Md€.

Productivité industrielle améliorée. La DGA a augmenté la capacité de production de plusieurs armements par l’introduction de nouveaux procédés, la renégociation de contrats et l’accompagnement dans la chaîne de production. Ainsi en 2024, chez Thales, les temps de production de radars est passé de 18 à 6 mois. Chez MBDA, la cadence de production de missiles anti-aériens transportables légers Mistral aura été multipliée par quatre entre 2022 et 2025 et six fois plus de missiles Aster que prévu seront livrés en 2025. Chez KNDS, la cadence de production des canons Caesar, dont le délai entre la commande et la livraison est passée de 30 à 15 mois, a triplé et la production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. Safran a doublé la production de bombes AASM (armement sol-air modulaire). En mars 2024 et avec l’aide de BpiFrance (banque publique d’investissements), la DGA a mis en place le « dispositif accélérateur défense » au profit de 28 entreprises (petites, moyennes et de taille intermédiaire), sous-traitantes de programmes d’armement. Ce dispositif d’une durée de 12 mois les accompagne pour adapter leurs moyens industriels afin de répondre aux nouvelles exigences des industriels de défense et pérenniser leur positionnement dans ce domaine.

Innovations déployées en 2024. L’Agence de l’innovation de défense, intégrée à la DGA, a piloté 16 projets de passage à l’échelle d’innovation, dont certaines sont déjà utilisées en opérations. Celles déployées en 2024 ont apporté des contributions : à la sécurisation des réseaux de communications ; à l’amélioration des communications navales ; à la mise en place d’un logiciel d’analyse et de caractérisation des manœuvres orbitales au profit du Commandement de l’espace ; au déploiement d’un simulateur de drone ; au développement des capacités d’observation satellitaire ; à l’optimisation de l’alimentation des véhicules tactiques.

Livraisons en 2024. L’armée de Terre a reçu :  12 canons Caesar ; 1 prototype opérationnel de système de lutte anti-drones laser ; 1 lot d’obus de 155 mm ; 35 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 150 blindés multi-rôles Griffon ; 1 mortier embarqué pour l’appui au contact ; 103 engins blindés multi-rôles légers Serval ; 21 chars Leclerc rénovés ; 102 véhicules blindés légers régénérés ; 6 infrastructures pour la mise en œuvre, la formation et l’entraînement aux matériels Scorpion ; 2 hélicoptères de manœuvre de nouvelle génération Caracal ; 1 hélicoptère de transport tactique NH90 Caïman ; 3 hélicoptères appui-destruction Tigre rénovés ; 8.000 fusils HK416F ; un ensemble d’équipements Cinabre pour la défense biologique, radiologique et chimique. L’armée de l’Air et de l’Espace a reçu : 2 avions de transport militaire A400M ; 1 avion de liaison Falcon 900 ; 1 centre de formation et bâtiment opérations de l’avion ravitailleur multi-rôles MRTT ; 1 mise en service du satellite de communications Syracuse 4B et 24 segments sol ; 14 avions de chasse Rafale ; 13 rénovations à mi-vie de l’avion de chasse Mirage 2000D ; 1 infrastructure pour l’entretien du Rafale ; 2 systèmes de défense sol-air courte portée Mica ; 1 lot de missiles anti-aériens Mica remotorisés ; 2 radars fixes de surveillance arienne M/BA 3D ; La Marine nationale a reçu : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Tourville de la classe Barrcuda ; 1 module amovible sur SNA pour les opérations spéciales ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c ; 1 lot de torpilles lourdes F21 Atemis ; 1 patrouilleur outre-mer ; 1 drone de surface de guerre des mines. Le domaine interarmées « Connectivité et renseignement » a reçu : 680 postes véhicules et 28 postes portatifs Contact ; 8 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique.

Commandes passées en 2024. Pour l’armée de Terre, la DGA a commandé : 45 blindés de reconnaissance et de combat Jaguar ; 253 engins blindés multi-rôles Griffon ; 97 blindés multi-rôles légers Serval ; 100 chars Leclerc rénovés ; 120 véhicules blindés légers régénérés ; 8.000 fusils HK416F ; 100 fusils brouilleurs de lutte anti-drones ; 100 kits Medevac NH90 dédiés à l’évacuation médicale. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, la DGA a commandé : 2 palettes Evasan A400M pour l’évacuation sanitaire ; 8 systèmes sol-air moyenne portée/terrestre de nouvelle génération ; 11 stations sol pour les communications satellitaires Syracuse IV ; 51 nœuds de réseaux tactiques Astride. Pour la Marine nationale, la DGA a commandé : 2 lots de torpilles lourdes F21 Artémis ; 1 lot de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c. Pour le domaine interarmées « connectivité et renseignement », la DGA a commandé : 7 relais sécurisés Descartes du réseau de télécommunications du ministère des Armées ; 52 cellules tactiques de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) ; 1 avion de ROEM Archange, équipé de la capacité universelle de guerre électronique.

Prochains systèmes d’armes. Sur la base de connaissances précises des technologies et d’une appréciation de la menace enrichie par le renseignement, la DGA analyse les besoins opérationnels. Ensuite, elle définit les futurs systèmes d’armes et leurs performances critiques en cohérence avec les enjeux industriels, de coopération et d’export. Les prises de commandes en coopération et à l’export se montent à 18 Mds€ en 2024. Cette année-là, les travaux capacitaires ont débouché sur le lancement de nombreux projet à effet majeurs dont le drone de combat, la robotisation du combat terrestre, l’évolution des frégates et la simulation massive. Ces travaux ont permis la création de la communauté d’intérêt aéroterrestre, qui a notamment réorienté le programme Contact de communications numériques tactiques et de théâtre d’opérations. Ils ont donné lieu à la création de la communauté d’intérêt aéronaval à l’origine du développement du système de combat du porte-avions de novelle génération. Ils ont aussi débouché sur la feuille de route RM2SE (réseaux multi-senseurs multi-effecteurs) pour mettre la donnée au centre du combat.

Supériorité opérationnelle future. Depuis 2006, le Centre d’analyse technico-opérationnelle de défense (CATOD) de la DGA dispose des savoir-faire pour préparer les capacités militaires et l’emploi des systèmes d’armes, dont les caractéristiques majeures seront évaluées tout au long de leur cycle de vie. En 2024, ses travaux ont contribué à définir les prochaines générations des moyens de la dissuasion nucléaire : sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération ; missile nucléaire air-sol hypersonique ASN 4G, futur successeur de l’ASMP en service dans les Forces aériennes et aéronavales stratégiques ; missile mer-sol balistique stratégique M51 du SNLE ; porte-avions de nouvelle génération. Outre l’analyse de la valeur et des coûts, la recherche opérationnelle, la modélisation et la simulation, le CATOD développe le « wargaming » (jeu de guerre) pour mobiliser l’intelligence collective de manière collaborative. En 2024, il a mené une vingtaine d’actions de wargaming, dont : la démarche Titan pour l’aide à la définition de la future capacité de niveau division de l’armée de Terre ; l’optimisation des processus organisationnels de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; l’amélioration des capacités de maîtrise des frontières du ministère de l’Intérieur.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire