Exposition « 7 millions ! Les soldats prisonniers dans la Grande Guerre » à Verdun

La mobilisation massive de soldats pendant la première guerre mondiale a entraîné un nombre considérable de prisonniers. Utilisés par l’adversaire comme main d’œuvre de remplacement, ils deviennent un enjeu de propagande pour démontrer la « barbarie de l’ennemi », que l’action humanitaire de la Croix-Rouge tente de réduire.

La capture. Entre 1914 et 1918, les estimations s’établissent à environ un prisonnier pour dix hommes mobilisés, soit : 2,3 millions de Russes ; 2 millions d’Austro-Hongrois ; 1,2 million d’Allemands ; 530.000 Français et « coloniaux » ; 500.000 Italiens ; 230.000 Turcs ; 225.000 Roumains ; 192.000 Britanniques ; 160.000 Serbes ; 45.000 Belges ; 7.500 Portugais ; 4.000 Australiens ; 2.500 Américains. Les phases de mouvements de la guerre en 1914 puis en 1918, avec encerclement d’unités et prises de forteresse, facilitent les captures massives de soldats ennemis. Ainsi en août 1914, l’armée impériale allemande fait prisonniers 90.000 Russes à la bataille de Tannenberg et 50.000 Français à celle de Maubeuge. L’année suivante, l’armée russe capture 117.000 Austro-Hongrois à la bataille de Przemysl. A partir du 15 juillet 1918, les Allemands, épuisés, se rendent en grand nombre aux forces alliées. Les redditions en masse font l’objet de communiqués de victoire, avec une large diffusion de photos de prisonniers. La longue guerre de tranchées d’octobre 1914 à mars 1918 donne lieu à des coups de mains, souvent nocturnes, pour ramener des prisonniers, acte valorisant récompensé par une citation ou une médaille selon l’importance des informations obtenues sur l’ennemi. Dans l’armée française, la recherche du renseignement opérationnel par interrogatoire relève de la compagnie d’infanterie (photo). Chaque capitaine dispose d’un questionnaire type : infanterie (organisation, armement et tactiques de petites unités) ; artillerie ; mines ; pionniers ; cavalerie ; aviation ; service de santé ; transports ; spécialités ; emploi et effets des gaz ; recrutement. Pour le prisonnier, à la peur du premier contact direct avec l’ennemi, qui le tient à sa merci lors de sa capture, succède le soulagement de pouvoir quitter le champ de bataille, en vie, et donner des nouvelles à sa famille.

L’internement. Le transit d’un lieu de rassemblement provisoire vers le camp définitif s’effectue à pied et devant la population ennemie. Ces camps regroupent des civils (hommes, femmes et enfants) mêlés aux soldats de diverses nationalités, à savoir Allemands, Hongrois, Slaves et Ottomans en Russie et Anglais, soldats de l’armée des Indes, Serbes, Belges, Russes, Tatares, Français et soldats des colonies d’Afrique noire et du Maghreb, qui parfois sympathisent. Les traitements des captifs sont modulés selon ceux administrés par leur propre pays aux prisonniers de leur Etat détenteur. La pénurie de travailleurs partis au front incite les pays belligérants à employer les prisonniers, d’autant plus que la Convention de La Haye (1907) considère la mise au travail comme un droit du soldat ou sous-officier captif, qui peut rompre son désœuvrement. Quoique soient exclus les travaux trop pénibles ou en rapport avec les opérations de guerre, un tiers des prisonniers russes en Autriche-Hongrie sont affectés à des travaux militaires. Une captivité, parfois longue de plusieurs années, éloigne l’espoir d’une libération prochaine et instaure l’incertitude sur l’avenir et l’ennui, ajoutés aux restrictions et à la faim. Camaraderie, foi religieuse et travail convenablement adapté permettent d’échapper à la dépression. Non-assujettis au travail, les officiers souffrent davantage de l’ennui. Pour rythmer le temps, des cycles de conférences, des troupes de théâtre, des chorales ou des orchestres sont organisés. La propagande raille le prisonnier « ennemi », considère le prisonnier « ami » comme un martyr et exalte « l’évadé », figure de la résistance. L’évasion s’avère périlleuse car, outre les obstacles constitués par la clôture et la surveillance du camp, il faut passer inaperçu dans un environnement ennemi et survivre en quasi-autonomie avant d’atteindre un pays neutre ou ami. La mort frappe aussi dans les camps de prisonniers, mais de façon différenciée selon les conditions et la durée de la détention. Le taux de mortalité atteint 17,6 % en Russie, 7 % en Autriche-Hongrie, 5,3 % en France et seulement 4 % en Allemagne, mais essentiellement parmi les Russes, Italiens, Serbes et surtout les Roumains (28,6 % du total). Travaux et transferts épuisants ou près du front, isolement et absence de soutien du pays d’origine fragilisent les captifs. Roumanie et Serbie, occupées, ne peuvent aider leurs prisonniers. La Russie déconsidère et néglige les siens. L’Italie refusant l’organisation de tout secours à partir de 1917, un prisonnier italien sur six meurt en captivité.

Le soutien. Dès août 1914, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) crée l’Agence internationale des prisonniers de guerre (AIPG) pour organiser un service du courrier avec des exigences particulières selon les pays, qui encadrent la correspondance des familles vers leurs prisonniers. Outre le maintien du lien familial, ceux-ci en profitent pour demander des colis de vivres et d’effets personnels. De plus, le CICR, des délégués des Etats neutres et d’organismes internationaux ainsi que certaines personnes bien introduites auprès des gouvernements visitent les camps, souvent très dispersés, contrôlent les conditions de captivité et facilitent les rapatriements sanitaires. En 1918, 2,8 millions de militaires étaient détenus en Allemagne, 2,2 millions en Russie, 1,8 million en Autriche-Hongrie, 350.000 en France, 328.000 en Grande-Bretagne, 60.000 en Bulgarie, 43.000 aux Etats-Unis, 35.000 en Turquie et 4.700 au Japon. L’AIPG centralise les informations sur les prisonniers de guerre, afin de pouvoir rétablir le contact avec leurs proches. Des centaines de volontaires classent plus de six millions de fiches par nationalité, puis par ordre alphabétique des noms propres de façon phonétique, pour tenir compte des variantes orthographiques possibles. Les informations proviennent des bureaux de renseignements des pays de la captivité ou de la disparition ou même directement des familles. Faute d’information, l’AIPG ouvre une enquête.

Le rapatriement. Pour les prisonniers, le calendrier des libérations s’échelonne entre 1918 et…1922 pour ceux des pays de l’Est de l’Europe, en raison des situations et enjeux politiques. Aux séquelles psychologiques de la captivité, s’ajoutent la défiance de leurs compatriotes en Autriche, Italie, Russie et dans les pays d’Europe centrale.

Loïc Salmon

L’exposition « 7 millions ! Les soldats prisonniers dans la Grande Guerre » (26 juint-20 décembre 2019) est organisée par le Mémorial de Verdun-champ de Bataille et le Comité international de la Croix-Rouge. Elle présente les conditions de captivité des soldats des différents pays belligérants par des photos, documents, dessins, objets et projections audiovisuelles. Cette exposition s’accompagne de conférences, concerts, films et d’une journée commémorative (11 novembre) consacrée à l’écrivain Maurice Genevoix, auteur de « Ceux de 14 ». Renseignements : www.memorial-verdun.fr

Grande Guerre : le camp de représailles de Flabas

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes




14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

L’édition 2019 du défilé sur les Champs-Elysées à Paris souligne l’engagement européen en matière de défense et de sécurité. Elle inclut une présentation des innovations dans les domaines de la robotique, de l’espace et du cyber.

Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué à la presse le 11 juin à Paris. L’édition 2019 fête divers anniversaires de formations participant au défilé : 80 ans du Bataillon des marins-pompiers de Marseille ; 70 ans de l’Ecole d’enseignement technique de l’armée de l’air (école féminisée depuis 20 ans) ; 55 ans des Forces aériennes stratégiques (armée de l’Air et Marine nationale) ; 30 ans de la Brigade franco-allemande (BFA) ; 10 ans de l’Ecole des mousses.

Solidarité européenne. Le thème « Protéger ensemble » met en valeur les coopérations des armées européennes dans leurs accords bilatéraux et multilatéraux, leurs missions au sein de l’OTAN (police de l’air pour les pays baltes) ou dans le cadre de l’Union européenne et enfin l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Cette dernière regroupe dix pays : France ; Allemagne ; Belgique ; Danemark ; Espagne ; Estonie ; Finlande ; Pays-Bas ; Portugal ; Grande-Bretagne. Leurs écoles de formation accueillent des stagiaires étrangers. Ces pays sont représentés par : leurs emblèmes, à savoir détachement autour du drapeau national ; des troupes à pied pour la BFA, le Corps de réaction rapide France (OTAN), le Corps de réaction rapide européen, des frégates multi-missions FREMM et le porte-hélicoptères amphibie Mistral ; des aéronefs, dont des avions de chasse F18, Typhoon, F16 et Tornado et des hélicoptères NH90, Tigre et CH47. Les pays membres de l’IEI coopèrent à différents niveaux, de la réflexion stratégique à l’engagement commun au sol, sur mer et dans les airs. En particulier, la Grande-Bretagne et la France partagent la même culture dans ces domaines depuis longtemps.

Participations exceptionnelles. D’une durée de deux heures, le défilé totalise 4.212 personnels défilant à pied, 196 véhicules, 200 cavaliers de la Garde républicaine, 66 avions et 36 hélicoptères. Il se déroule sur 1,2 km le long de l’avenue des Champs-Elysées dont la largeur a été réduite à 19 m pour dégager 8 m de pistes cyclables. Il inclut notamment et pour la première fois : l’avion de transport et de ravitaillement en vol Airbus A330 MRTT ; l’avion de guerre électronique C160 Gabriel ; l’avion d’essais en vol Fokker 100 de la Direction générale de l’armement ; le Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie ; une formation des Centre médicaux des armées. Suite à la création de l’Agence de l’innovation de défense en 2018 destinée à acquérir la supériorité opérationnelle face aux menaces de demain, l’animation initiale présente les projets les plus avancés dans tous les milieux : terrestre avec le robot Stamina, capable de suivre un itinéraire sans GPS ; spatial, aérien et cybernétique par des projections de vidéos sur de grands écrans à la place de la Concorde. L’animation finale, centrée sur les blessés comme au défilé de la Victoire en 1919, présente : l’étendard de l’Institution nationale des Invalides avec une collecte de sang dans l’enceinte des Invalides l’après-midi ; la musique de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris et les chœurs des écoles militaires ; des jeunes du Service national universel et du Service civique ; des blessés qui se reconstruisent par le sport de haut niveau. Par ailleurs, chaque année, à l’occasion du 14 juillet, le Souvenir Français rend hommage aux 19 présidents de la République décédés et inhumés en France, dont 7 à Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Défense : démarche capacitaire, de la menace à l’organisation et à la coopération européenne




Sécurité : indice mondial de la paix en hausse en 2018

Le niveau général de sécurité dans le monde s’est amélioré en 2018 mais reste encore inférieur à celui de 2008, selon le rapport annuel de l’Institut de Londres pour l’Economie et la Paix rendu public le 12 juin 2019.

Depuis 13 ans, l’institut détermine un indice mondial de la paix (IMP) composé de 23 critères qualitatifs et quantitatifs pour couvrir les conditions de vie de 99,7 % de la population mondiale. Même si 86 pays ont amélioré leur IMP, 77 ont vu le leur se détériorer. L’Islande reste en tête, devant la Nouvelle-Zélande, l’Autriche, le Portugal et le Danemark. L’Afghanistan se trouve à la dernière place, précédé de la Syrie qui l’occupait l’année précédente, du Soudan du Sud, du Yémen et de l’Irak.

Facteurs de conflictualité. Selon le rapport, le changement climatique peut à long terme augmenter indirectement les risques de conflits violents par ses conséquences sur la disponibilité des ressources, la sécurité de la vie quotidienne et les migrations. Plus de 10 % de la population de huit des 25 pays les moins en paix vit dans des zones hasardeuses, soit 103,7milions de personnes résidant au Soudan du Sud, en Irak, en Libye, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Corée du Nord, au Nigeria et au Mexique. Au cours des dix dernières années, deux critères de l’IMP se sont détériorés, à savoir des baisses de 8,69 % quant aux conflits en cours et de 4,02 % en termes de sécurité et de sûreté. Le terrorisme a augmenté dans 104 pays mais a baissé dans 38. Le nombre de morts dans les guerres civiles a crû de 140 % entre 2006 et 2017. Contrairement à ce que perçoit l’opinion publique, la « militarisation » mondiale a baissé de 2,6 % depuis 2008. Ainsi, le nombre de personnels armés par 100.000 habitants a diminué dans 117 pays. En outre, 98 pays ont réduit leurs dépenses militaires en pourcentage de leur produit intérieur brut, contre 63 qui les ont augmentées.

Impact économique. Selon l’IMP, 400 millions de personnes vivent dans les pays les moins stables. L’insécurité a fait perdre plus de 14 milliards de milliards de dollars en 2018 à l’économie mondiale, soit 11,2 % du produit brut ou 1.853 $ par personne. Pourtant, l’impact économique de la violence a baissé de 3,3 % en 2018. Ainsi, le montant dû aux conflits armés a baissé de 29 % jusqu’à 672 Md$, en raison de la diminution de l’intensité des conflits internes en Syrie, Colombie et Ukraine. En outre, l’impact économique du terrorisme a baissé de 48 % pendant le même temps. Toutefois, l’effet de la violence se fait encore sentir sur la croissance mondiale. Il correspond à 35 %, en moyenne, du produit intérieur brut des 10 pays les plus touchés, contre 3,3 % de celui des pays qui le sont le moins. Mais, il atteint 67 % en Syrie, 47 % en Afghanistan et 42 % en République centrafricaine.

Disparités régionales. L’Europe reste la zone la plus en paix dans le monde avec un IMP amélioré pour 22 de ses 36 pays. Terrorisme, guerres internes et externes se poursuivent en Asie-Pacifique. Les détériorations de l’IMP l’ont emporté sur ses améliorations en Amérique centrale et dans les Caraïbes. En Amérique du Nord, il reste stable au Canada, mais chute aux Etats-Unis. En Russie et Eurasie, l’IMP reste inférieur à la moyenne mondiale. En Amérique du Sud, il s’est amélioré en Colombie, en Uruguay et au Chili, mais s’est détérioré au Venezuela et au Brésil. En Afrique sub-saharienne, il s’est détérioré dans 27 pays sur 44. En Asie du Sud, il s’est amélioré au Népal, au Pakistan et au Bhoutan, mais s’est détérioré en Afghanistan. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il a connu une amélioration marginale grâce à 11 pays.

Loïc Salmon

Sécurité : la paix, une exception en construction permanente

La paix : ceux qui la font




Armement : hausse de 30 % des exportations françaises en 2018

Les prises de commandes (contrats signés et entrés en vigueur) d’armements français à l’export ont dépassé 9 Mds€ en 2018, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 1er juin 2019. Elles se montaient à 6,9 Mds€ en 2017.

En préambule, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne l’importance vitale de ces exportations pour l’autonomie stratégique et la diplomatie de la France. Ses relations spécifiques avec l’Inde, l’Australie et les pays du Moyen-Orient, régions-clés pour sa sécurité et ses approvisionnements énergétiques, lui permettent de lutter contre le terrorisme et de protéger ses ressortissants sur place.

Bilan des exportations. Les prises de commandes incluent six grands contrats d’un montant supérieur à 200 M€, dont la part augmente de 30 % par rapport à 2017. Parmi eux, cinq d’un montant supérieur à 500 M€ totalisent 3,5 Mds€. La part de l’Europe dépasse 25 % du total, contre 10 % en moyenne au cours des dix dernières années. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, le contrat « CaMo » avec la Belgique porte sur la vente de véhicules blindés et entre dans la réalisation du programme « Scorpion » sur la mobilité terrestre. En outre, l’Espagne a acheté 23 hélicoptères de manœuvre et d’assaut NH90 (programme réalisé par la France, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas). Les prises de commandes au Moyen-Orient, encadrées par un dispositif rigoureux de contrôle des exportations, ont représenté un peu plus de 50 % du montant total, mais sont en baisse de 10 % par rapport à 2017. A lui seul, le Qatar a conclu deux grands contrats, à savoir l’achat de 28 NH90 et l’entrée en vigueur du contrat portant sur 12 avions de chasse Rafale supplémentaires, option prise lors de l’achat des 24 premiers appareils en 2015. La part des ventes en Asie-Pacifique reste inférieure à 15 % du total, comme en 2017. Les contrats inférieurs à 200 M€ totalisent un peu moins de 4 Mds€, comme en 2017. Ils correspondent à des activités de formation de personnels et de maintien en condition opérationnelle ou de modernisation de matériels acquis dans le cadre des grands contrats de la décennie précédente. Parmi les vingt principaux clients d’équipements militaires ou d’armements français entre 2009 et 2018, l’Inde arrive en tête devant l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Egypte, le Brésil, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, Singapour, la Malaisie, le Koweït, la Corée du Sud, la Russie, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Indonésie, la Chine, l’Allemagne, l’Espagne, le Maroc et le Pakistan.

Evolution de la demande. La vive concurrence sur le marché mondial implique de consentir à des transferts de technologies ou de nouer des coopérations industrielles avec des pays désireux de développer leur industrie d’armement. Ainsi via le processus des « Strategic Partners », l’Inde incite les entreprises étrangères à investir sur place pour fabriquer leurs produits. Au Moyen-Orient, l’anticipation de la fin de la manne pétrolière et la nécessité de développer une politique économique et sociale ont amené les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite à inclure, dans les contrats de défense, des transferts de technologies et de production dans des domaines duaux comme l’aéronautique, l’espace ou les télécommunications. Toutefois, ces transferts sont examinés au cas par cas pour ne pas menacer les intérêts de la France. Des plans d’action, mis en œuvre par les industriels français, protègent leurs savoir-faire et leurs avantages. En outre, l’Agence de l’innovation de défense vise à leur conserver un temps d’avance.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance

Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups




Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

Le système de combat aérien futur repose sur une démarche « incrémentale », où chaque ajout technologique doit apporter une amélioration sans créer de dysfonctionnement opérationnel. En outre, son emploi en coalition dépendra des incertitudes liées aux situations intérieures des pays participants.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 6 juin 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à l’occasion du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget (17-23 juin 2019). Y sont notamment intervenus : le général de division aérienne Frédéric Parisot, sous-chef « préparation de l’avenir » à l’état-major de l’armée de l’Air ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS ; Anne Fort, Commission européenne.

Moyens actuels et futurs. Le général Parisot a repris les principaux éléments de l’audition (15 mai 2019) du général Philippe Lavigne, chef d’état-major de l’armée de l’Air, par la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale. Plusieurs fois par mois, sont détectés, au Nord-Est de l’Europe, des dispositifs aériens comprenant des bombardiers stratégiques russes TU 160 à long rayon d’action capables d’atteindre les capitales européennes avec des missiles de croisière. Le partage d’information de défense aérienne avec les alliés et partenaires européens et de l’OTAN permet de les suivre, de les maintenir à distance des côtes européennes et d’intervenir immédiatement en cas d’acte hostile. Dernièrement, dans le cadre de la posture de dissuasion, deux Rafale et un avion ravitailleur A330 Phénix ont effectué un vol direct retour de 11 heures depuis l’île de La Réunion, au milieu de l’océan Indien vers la métropole. A l’issue d’un vol d’une durée équivalente en France, un tir d’évaluation du missile de croisière ASMPA (air-sol moyenne portée amélioré) a été réalisé avec succès. Le vol a été effectué au travers d’un dispositif de déni d’accès, composé d’avions de combat, de systèmes air-sol et de brouillage, comparable à ceux rencontré sur les théâtres d’opérations extérieurs (Syrie). Ces deux missions démontrent la capacité de conduire un raid, conventionnel ou nucléaire, depuis la métropole et dans un dispositif fortement défendu. D’ici à 2023, l’armée de l’Air pourra projeter 20 Rafale en moins de 48 heures en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie, grâce au couple Rafale-Phénix pour intervenir dans une crise régionale ou protéger des territoires ou départements d’outre-mer. Par ailleurs, certains Etats tentent de déstabiliser des pays européens par des stratégies hybrides, des cyberattaques et l’espionnage. En outre ils développent des armes nouvelles, à savoir avions de chasse de 5ème et 6ème générations, bombardiers furtifs, drones de tous types, missiles balistiques intercontinentaux, missiles de croisière aéroportés ou tirés depuis la surface, planeurs hypersoniques ou lasers anti-aériens. Des dispositifs de déni d’accès prolifèrent aux frontières de l’Europe et de la Méditerranée. En Asie-Pacifique, l’Inde a récemment procédé à un tir de destruction de satellite, démontrant que l’espace devient un champ de conflictualité. Lors de son audition par les députés le 15 mai, le général Lavigne a indiqué que la Chine et la Russie disposeront de 750 à 1.000 avions de combat en 2030, dont les deux tiers de 4ème génération au moins. En outre, elles modernisent leurs moyens aériens de déni d’accès, notamment les systèmes sol-air S-400 (déployés en Syrie) et développent la génération suivante S-500. Le système de combat aérien futur (SCAF), porteur d’enjeux opérationnels, technologiques et de souveraineté, consiste en de multiples systèmes travaillant en réseau autour d’un avion. En janvier 2019, une étude de concept conjointe a été lancée par la France, l’Allemagne et l’Espagne pour en définir l’architecture, afin de pouvoir gagner la « guerre des opportunités », face à la furtivité de certains équipements, et de lutter contre l’allonge de certains missiles ennemis en récupérant de l’information par des drones volant au-dessus des lignes ennemies. Un premier démonstrateur de SCAF devrait voler vers 2026 pour valider les différents concepts, dont le moteur, et développer un système complet vers 2040. Des négociations sont en cours sur les protocoles de connectivité du SCAF et du F35, avion américain multi-rôles de 5ème génération.

Opérations en coalition. Décliné en plusieurs versions pour l’armée de l’Air, les porte-avions et le Corps des marines (décollage et atterrissage vertical), le F35 peut opérer en coalition avec les avions de chasse britanniques, italiens, néerlandais, turcs, australiens, norvégiens, danois et canadiens, indique Philippe Gros. En outre, la Pologne, la Belgique, Israël, le Japon, la Corée du Sud et Singapour en ont déjà commandé. Marché estimé à 3.000 appareils, son coût de possession (acquisition et entretien) avoisine 1.200 Mds€. Mais il présente encore des déficiences techniques et de maintien en condition opérationnelle, entraînant une disponibilité jugée très insuffisante. Toutefois, il peut être employé seul comme « effecteur » cinétique et électronique (système d’armes permettant l’interception), grâce à sa grande autonomie dans l’exécution des missions en environnement contesté. En outre, il peut diriger un groupe de combat aérien en tant que centre de fusion du renseignement pour les avions de chasse furtifs américains F22 Raptor de 4ème génération. L’instabilité à l’Est de l’Europe, en Afrique et aux Proche et Moyen Orient conduit à des conflits, surtout asymétriques à court et moyen termes, avec une recomposition des puissances et une diminution des projections terrestres. Les interventions internationales en Afghanistan (2006-2014), en Libye (2011), en Irak et Syrie (2014-2018) et au Sahel (depuis 2013) montrent que seulement six pays européens partenaires d’une coalition consentent au recours à la force et que l’engagement américain, déterminant, devient une variable. La montée en puissance des pays européens acquéreurs de F35 n’arrivera à maturité qu’en 2026, excluant d’ici là leur participation à une coalition, où le partage du renseignement, élément clé dans la conduite d’une opération, constitue un facteur limitatif de nature non pas technique mais politique.

Loïc Salmon

Selon Anne Fort, le contexte géopolitique, l’émergence des nouvelles menaces et du retour des menaces conventionnelles ont incité l’Union européenne (UE) à relancer la coopération en matière de défense, afin d’éviter un décrochage technologique et la perte de sa liberté d’action. Il s’agit de stimuler les programmes de développement capacitaire pour favoriser la compétitivité et l’innovation, en vue de contribuer à l’autonomie stratégique. L’UE ne va pas acquérir les technologies ainsi développées, qui resteront la propriété des Etats membres, mais va soutenir leurs projets. Le fonds européen de la défense prévoit 90 M$ sur trois ans pour les instituts de recherche, afin qu’ils puissent répondre aux appels d’offres. Pour la période 2019-2020, il ajoute 100 M€ pour cofinancer des démonstrateurs. Enfin, pour 2025-2027, il prévoit 13 Mds€, dont 4 Mds€ pour la recherche et 9 Mds€ pour le développement, contre 598 Mds€ en 2017-2019.

Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Interarmées : anticipation et numérisation, gages de la supériorité opérationnelle

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

 




Géopolitique : la puissance aujourd’hui, résultat du hasard et de la méthode

La dynamique du changement dans les relations internationales se heurte à la résistance du statu quo. Inscrite dans la durée, la puissance nouvelle appartient aux Etats qui en comprennent les règles et savent en forger les instruments.

C’est ce qui ressort d’une conférence-débat, organisée le 16 avril 2019 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Thierry Garcin, chercheur à l’Ecole doctorale de Paris Descartes ; Pierre Bulher, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris ; Ivan Sand, doctorant à l’Université Paris-Sorbonne.

Evolution des critères. Thierry Garcin définit la puissance comme le pouvoir en action et la stratégie comme le moyen pour arriver à un but. Cela nécessite un territoire, une population, le sentiment national d’appartenir à une communauté, une cohésion sociale, des ressources naturelles (hydrocarbures ou minerais), une vitalité économique et une volonté politique basée sur un projet politique. Dès 1960, Raymond Aron a défini la géopolitique comme l’imposition de la volonté d’un Etat sur les autres. Au début du XXème siècle en Europe, il était courant d’apprendre la langue de la nation voisine pour comprendre sa manière de penser. Sur le plan géographique, la mer, qui sert de vecteur à 80 % du commerce mondial en tonnage et à 75 % en valeur, prendra encore plus d’importance au cours des 15 prochaines années. Le chemin de fer, facteur du développement de l’Union soviétique, lui a permis d’acheminer soldats, armes et munitions pendant la seconde guerre mondiale. La vapeur sert encore à mouvoir les catapultes des porte-avions américain et français, instruments de projection de puissance (voir encadré). La conquête de l’espace a succédé à celle de l’air avec la mise en orbite de nombreux satellites. L’arme nucléaire a constitué une rupture stratégique, mais sans amener une vision globale du rapport de forces. La rivalité des Etats-Unis et de l’URSS a nécessité la modernisation permanente de l’arme de la terreur sans avoir à l’employer. En 1988, la reconnaissance, par les deux parties, qu’une guerre nucléaire n’était pas gagnable a débouché sur une maîtrise des armements, mise à mal en 2018 par leur retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. En outre, sont apparus les multiplicateurs de puissance : électronique, informatique, cyber et intelligence artificielle avec des recherches militaires et civiles.

Révolution numérique. Les technologies et innovations numériques ont conduit à de nouveaux instruments de la puissance, rappelle Pierre Bulher. Elles permettent la transmission d’informations à des coûts infimes alliant qualité et fiabilité, autorisent l’échange d’informations et donnent la capacité de traiter l’information en réseau. Elles exercent aussi un impact sur la création de la valeur économique. Ainsi, les entreprises transnationales gagnent de la productivité à tous les niveaux. Les établissements financiers prélèvent instantanément des commissions. Les industries et grands groupes obtiennent du pouvoir collectif. L’information est devenue un produit fini, que traitent les compagnies d’assurances, les agences de notations, les média et les agences de publicité. Les « gigadonnées », véhiculées en deux jours par internet, correspondent à la totalité de l’information produite depuis son invention. Cela nécessite une énorme capacité de stockage et de traitement. Ainsi, l’administration américaine a accès à toutes les données de ses ressortissants partout dans le monde et préparent les prochaines étapes d’internet, à savoir 3.0 et 4.0. Le cyberespace devient l’arène de la puissance et de la manipulation avec attaques de hackers, propagandes camouflées, « fake news » (informations tronquées), interférences dans les processus électoraux et enfin espionnage. La sécurité, fondement de la puissance, apparaît menacée, souligne Pierre Bulher. Parmi les entreprises de techniques, applications et services informatiques, les américaines en représentent la moitié, dont les dix plus grandes, puis arrivent les chinoises. Les Etats-Unis, principal pays en matière d’universités, centres de recherche et sociétés à capital-risque, parviennent à capter les élites scientifiques dans le monde. La Chine a devancé le Japon en quadruplant le nombre de ses chercheurs depuis 2015 et en doublant sa part dans la recherche et le développement (R&D), par rapport à son produit intérieur brut (PIB), et ses publications d’articles scientifiques. Arrivent ensuite la Corée du Sud avec environ 4,3 % de son PIB pour la R&D, l’Allemagne avec 3 %, la France avec 2,25 % et la Grande-Bretagne avec 1,7 %, soit moins que la moyenne européenne. Les Etats-Unis y ont investi 476 Md$ en 2017, soit autant que le tiers des dépenses des 28 pays membres de l’Union européenne (UE). Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), tous à capitaux privés, ont acquis une avance nette et durable depuis le développement d’internet et investissent massivement en R&D, pour disposer continuellement d’innovations et conforter leur position dominante.

Retour de l’Etat. La puissance d’influence n’existe pas sans celle de coercition, souligne Thierry Garcin. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, le gouvernement des Etats-Unis, seule puissance économique et politique, est intervenu en restreignant les libertés individuelles et en renflouant l’économie par le retour au protectionnisme et le bilatéralisme intermittent. Après la crise financière de 2008, l’UE a sauvé les pays de la zone euro. Avec le 2ème PIB mondial, la Chine manifeste sa puissance politique d’abord en mer de Chine puis ailleurs par les « nouvelles routes de la soie ». La Russie fait à nouveau sentir la sienne à l’Est de l’Europe et au Proche-Orient.

Loïc Salmon

Selon Ivan Sand, l’armée de l’Air prend une dimension géopolitique à l’échelle mondiale par l’utilisation de bases françaises à l’étranger et de bases de pays alliés. En effet, la projection aérienne permet d’agir vite, loin et en souplesse pour répondre à un objectif défini, en passant de la diplomatie à la coercition. En outre, les flux aériens alimentent les forces terrestres dans les conflits de longue durée. Les opérations entreprises entre 1945 et 2018 varient de quelques heures (Syrie, 2018) à plus de 10.000 jours (guerres de décolonisation, 1945-1962). Lors de l’expédition de Suez en 1956, la France et la Grande-Bretagne utilisent pour la première fois l’arme aérienne contre un pays indépendant, l’Egypte. En 1986, le raid sur la base aérienne de Ouadi Doum (Tchad), occupée par l’aviation libyenne qui soutient les forces rebelles tchadiennes, met en œuvre 12 Jaguar et 4 Mirage F1. Les avions ont décollé de Bangui (Centrafrique) et ont été ravitaillés en vol par 5 C 135F, partis de Libreville (Gabon) et auparavant réservés aux Forces aériennes stratégiques. Ce raid a été rendu possible grâce à des accords diplomatiques avec la Centrafrique et le Gabon. Lors des interventions multinationales dans le Golfe (1991), en Afghanistan (2001-2014) et au Levant contre Daech (depuis 2014), la France arrive en 2ème ou 3ème position en capacité de projection aérienne derrière les Etats-Unis, grâce à sa base aux Emirats arabes unis, au groupe aéronaval et à un accord avec la Jordanie.

Géopolitique : recomposition de l’ordre mondial et émergence de nouvelles puissances

Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance




Picasso et la guerre

Du camouflage de la première guerre mondiale au massacre pendant celle de Corée, en passant par celle d’Espagne, Picasso a vécu les conflits à distance.

Arlequin. Le 7 février 1915, Pablo Picasso suggère à son ami le poète et écrivain Guillaume Apollinaire, affecté au 38ème Régiment d’artillerie de Nîmes, de barbouiller les canons avec des couleurs vives et par morceaux rouges, jaunes, verts et blancs pour les dissimuler aux « aéroplanes » ennemis. Cette composition rappelle le vêtement d’Arlequin, personnage facétieux de la Commedia dell’arte (théâtre populaire italien du XVIème siècle). L’idée du camouflage Arlequin sera reprise du côté allemand mais…pour dissimuler les bombardiers lourds qui mèneront les premières attaques contre des civils. Le 12 février, le ministère français de la Guerre crée une équipe de camouflage, composée d’artistes et d’artisans pour décorer le théâtre de la guerre. Il s’agit de déstructurer les formes par la couleur pour les faire disparaître. En fait, le « caméléon » est préféré à l’Arlequin, trop visible, pour le camouflage de certains navires militaires, afin de gêner la vision de l’artilleur ennemi et ainsi perturber le calcul du tir. Cette innovation a été associée au « cubisme », qui apparaît dans la peinture de Picasso et Braque.

Guernica. Le 18 juillet 1936, au début de la guerre civile espagnole, le général Francisco Franco demande un appui militaire à ses alliés, le Führer allemand Adolf Hitler et le Duce italien Benito Mussolini. Hitler lui envoie la légion Condor, unité spéciale de la Luftwaffe chargée de prouver sa capacité de destruction aérienne et d’expérimenter bombardements, techniques nouvelles et plans d’attaque, en vue de la future guerre en Europe. En avril 1937, les troupes nationalistes espagnoles ne parviennent pas à prendre Madrid ni Bilbao. La ville basque de Guernica, sur la route de Bilbao, doit servir d’exemple de terreur pour briser le moral des troupes républicaines. Le 26 avril, 24 bombardiers et 19 chasseurs allemands ainsi que 3 bombardiers et 13 chasseurs italiens larguent entre 31 t et 41 t de bombes explosives et incendiaires sur Guernica de 16h20 à 19h40. Les chasseurs mitraillent les survivants des premières vagues de bombardement. Ceux qui ont réussi à échapper au pilonnage meurent asphyxiés ou brûlés par l’incendie. Le bilan s’établit à 271 bâtiments entièrement détruits (85,22 % de la ville) et plusieurs milliers de morts et blessés. Franco ordonne de nier l’attaque aérienne et d’annoncer que la ville a été incendiée par les « Rouges », version officielle jusqu’à la fin du régime franquiste en 1975. Pendant les deux mois suivants, Picasso peint son œuvre monumentale Guernica (3,49 m x 7,77 m), devenue l’icône universelle du pacifisme et à l’origine de son engagement ultérieur pour la paix, mais davantage comme compagnon de route du mouvement que militant actif. Pour lui, le message de Guernica remplaçait tous les discours qu’il aurait pu tenir.

La Corée. Le 25 juin 1950, en pleine guerre froide, un conflit éclate entre la République de Corée (Sud), soutenue par les Nations unies, et la République populaire démocratique de Corée (Nord), aidée par la République populaire de Chine et l’Union soviétique. En janvier 1951, Picasso peint Massacre en Corée, inspiré du Massacre des Innocents de Nicolas Poussin (1625-1632), du 3 mai 1808 à Madrid ou « les fusillés » (1814) de Francisco de Goya et de L’Exécution de Maximilien (1868-1869) d’Edouard Manet.

Loïc Salmon

 « Picasso et la guerre », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 352 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoview et Cendrars




Chine : une stratégie d’influence pour la puissance économique

Outre l’accroissement de son expansion commerciale par les « nouvelles routes de la soie » et de sa présence culturelle par les « instituts Confucius », la Chine perfectionne sa propagande pour améliorer son image dans le monde.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 4 avril 2019 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : le général (2S) Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques ; Selma Mihoubi, doctorante en géopolitique à l’Institut de géographie, Sorbonne Université Paris IV.

Enjeux géopolitiques. Selon le général Brisset, le prestige historique et culturel d’un pays produit son rayonnement et son influence culturelle résulte de sa puissance politique et économique. Dans les années 1950, la Chine incluait la Mongolie, la péninsule coréenne, l’Asie du Sud-Est et le Bhoutan dans sa sphère d’influence. Aujourd’hui, elle y ajoute le Japon et les Philippines. Elle développe ses échanges commerciaux sur les cinq continents, mais consacre 61 % de ses investissements en Asie, contre 16 % en Amérique latine, 11 % en Europe, 5 % en Océanie, 4 % en Afrique et 3 % en Amérique du Nord. Sa stratégie commerciale du « collier de perles » des années 1990 s’est transformée en « nouvelles routes de la soie (voir encadré). Ses investissements en infrastructures induisent une dépendance financière, qui inquiète notamment la Malaisie et a suscité le refus du Viêt Nam de s’y associer. Ses instituts Confucius pour la diffusion de la langue chinoise (voir encadré) sont cofinancés à son avantage : pour 1€ investi chez lui, le pays partenaire doit fournir 1,65 €. La Chine envoie 45.000 étudiants en France, mais n’accueille que 10.000 étudiants français. Sur le plan politique, elle implante des consulats dans les pays à forte diaspora chinoise et envoie des délégations de haut niveau dans presque tous les pays d’Afrique. Sur le plan technique, ses participations aux comités et sous-comités de l’Organisation internationale de la normalisation (ISO en anglais) la placent en troisième position derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Elle tente ainsi d’imposer ses normes, notamment celle de la « 5 G », cinquième génération de « technologie réseau mobile » sur internet. Les Jeux olympiques de 2008 et l’Exposition universelle de 2010 constituent pour elle une fierté et un retour éclatant sur la scène mondiale après les « traités inégaux » (1839-1864) et sa mise au ban des nations après la répression sanglante des manifestations de la place Tien An Men à Pékin (1989). Son influence se manifeste par les « effets de mode » (périodes d’intérêt puis de désintérêt), les relais des médias et des personnalités étrangères sinophiles (les « idiots utiles » théorisés par Lénine) et enfin les campagnes de publicité rédactionnelle. Ainsi, lors de la visite du président Xi Jinping en France (mars 2019), les nouvelles opportunités offertes par les transports chinois ont été vantées dans les quotidiens français pour 1 M€ la page : Le Parisien (1 page pleine), Les Echos (1 page), Le Monde (2 pages) et Le Figaro (7 pages).

« Soft power ». La Chine veut se présenter comme un pays du Sud, explique Selma Mihoubi. En 1965, Mao Tsé-Toung se définissait comme le meneur des peuples d’Asie et d’Afrique et prônait l’amitié sino-africaine. Aujourd’hui, la Chine a conclu des accords d’exploitation de leurs ressources avec les pays de la bande sahélo-saharienne, riches en uranium, pétrole, gaz, or, fer et cuivre. Outre des projets d’oléoducs à travers l’Algérie et le Nigeria, ses entreprises s’intéressent aux axes routiers Nord-Sud, entre l’Algérie, le Niger et le Nigeria, et Ouest-Est entre le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Soudan, l’Ethiopie et Djibouti. Elle améliore son image et rejoint les grandes puissances en matière de « soft power » ou pouvoir d’influence. L’idéologue Wang Huning l’a théorisé en 1993 : « Si un pays a une culture et une idéologie admirables, les autres pays auront tendance à le suivre. Il n’a pas besoin de faire usage d’un hard power (coercition) coûteux et moins efficace. » En 2007, le 17ème Congrès du Parti communiste chinois (PCC) inscrit le soft power dans son programme politique. Les radios internationales, outils diplomatique et culturel des puissances mondiales, répondent à des orientations stratégiques. Dès 1921, le Département de la propagande du comité central du PCC régit la censure des médias nationaux et internationaux, laquelle a été adoucie en 2001 avec l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Reconnue par le Mali dès 1960, la Chine y a installé deux antennes d’ondes courtes à longue portée géographique, relayées en 2008 par la modulation de fréquence (FM) d’excellente qualité, afin que sa chaîne Radio Chine Internationale (RCI) puisse couvrir tout le continent. En 2018, RCI dispose aussi de relais FM en Mauritanie (1), au Sénégal (4) et au Niger (4) et se trouve en concurrence avec le BBC Word Service britannique et Radio France Internationale. Contrairement à ceux de l’Agence France Presse et de l’agence britannique Reuters, les services de RCI et de l’agence de presse Xinhua sont offerts gratuitement aux médias locaux, qui les reprennent abondamment. Leurs contenus, souvent très anti-occidentaux, diffusent les communiqués du PCC et des pays partenaires pour promouvoir les activités chinoises en Afrique. La Chine a investi 6 Mds$ dans les pays francophones, en vue de donner sa vision du monde et de profiter de l’ambiguïté de leurs relations avec la France pour se présenter comme un acteur de leur développement, sans se mêler de leur politique intérieure. RCI diffuse des programmes en français, chinois et même en wolof avec des journalistes sénégalais. Toutefois, le taux d’audience réelle reste inconnu. Par ailleurs, la Chine a organisé à Pékin deux forums sino-africains en 2018 : l’un sur les médias et l’autre sur la défense et la sécurité. En effet, pour elle, les opérations de maintien de la paix font partie du soft power. Enfin, les diplomates africains en visite en Chine défendent sa politique expansionniste en mer de Chine…au cours d’interviews par RCI et Xinhua !

Loïc Salmon

Créé en 2004 sous l’autorité du Bureau national pour l’enseignement du chinois langue étrangère, le réseau Confucius est passé de 358 instituts dans 105 pays en 2011 à 525 instituts et 1.113 classes dans 146 pays fin 2018. Il emploie 46.000 personnes et dispose d’un budget de 255 M€. Résurgence des anciennes routes de la soie (- 2000 à 1400) entre la Chine et l’Europe, les nouvelles suivent deux routes. La voie terrestre va de Pékin à Xi’an, Urumqi et Horgos pour se séparer en deux à Almaty (Kazakhstan). La route du Nord passe par Astana (Kazakhstan), Moscou (Russie), Duisbourg (Allemagne) pour arriver à Rotterdam (Pays-Bas). Celle du Sud passe par Douchanbé (Tadjikistan), Téhéran (Iran), Istanbul (Turquie) et se termine à Rotterdam. La voie maritime part de Tianjin vers Shanghai, Zhanjiang, Singapour avec une bifurcation vers Djakarta (Indonésie) et une autre vers Kuala Lumpur (Malaisie), Calcutta (Inde), Colombo (Sri Lanka), Nairobi (Kenya), Djibouti, Port-Saïd (Egypte), Le Pirée (Grèce), Venise (Italie) et bientôt Trieste ou Gênes (Italie). Elle redevient terrestre jusqu’à Rotterdam.

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

Géopolitique : recomposition de l’ordre mondial et émergence de nouvelles puissances

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

 




Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Norvège, Suède, Finlande et Danemark considèrent l’OTAN comme leur principal partenaire de défense et disposent de bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Marin Lundmark, professeur associé à l’Université suédoise de défense, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 10 avril 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique.

Menace en Baltique. Les interventions de la Russie en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont conduit les pays nordiques à réévaluer sa menace en mer Baltique. Leur coopération mutuelle s’accroît par des exercices militaires, une meilleure interopérabilité et une intégration opérationnelle transfrontalière. Norvège, Suède, Finlande et Danemark participent à Nordefco, programme de collaboration en matière de défense, dont la fabrication de munitions et de tenues de combat. Des groupes de travail s’impliquent dans la logistique, la sécurité des approvisionnements et l’élaboration de normes communes pour le partage d’informations et de données. En mer Baltique, la coopération opérationnelle repose sur des accords bilatéraux et des collaborations régionales selon les conditions de l’OTAN. Quoique non membres de l’Alliance atlantique, la Finlande et la Suède en sont très proches. Les relations avec l’Allemagne et la Pologne restent peu développées. La participation à l’Europe de la défense reste limitée en matière de préparation opérationnelle et de capacités militaires. Le Danemark ne se manifeste guère au sein de l’Agence européenne de défense. Pologne, Estonie, Lettonie et Lituanie, ex-membres du pacte de Varsovie, préfèrent l’OTAN et se préparent à porter leur budget de défense à 2 % de leur produit national brut, objectif fixé par l’Alliance atlantique.

BITD croisées. Les quatre pays nordiques développent leurs capacités militaires et sécurisent leurs productions locales d’armements, qui leur permettent d’exporter des matériels d’armement, mais ils en importent aussi. Sur la période 2009-2018, la Suède se trouve en tête avec un ratio exportations/importations de 4,86, dont 3,62 Md$ à l’export et 745 M$ à l’import. Arrivent ensuite : la Norvège, 0,55, 1,52 Mds$ et 2,75 Mds$ ; la Finlande, 0,45, 625 M$ et 1,38 Md$ ; le Danemark, 0,29, 209 M$ et 722 M$. La BITD suédoise compte quatre entreprises : Saab, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 3,09 Md$, dont 84 % dans la défense, et emploie 16.400 personnes ; BAE Systems Hägglunds, 400M$ (90 %) et 700 personnes ; BAE Systems Bofors, 160 M$ (100 %) et 300 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Finlande, 60 M$ (% non divulgué) et 200 personnes. La BITD norvégienne compte deux entreprises : Kongsberg, 771 M$ (44 %) et 6.800 personnes ; Nammo, 432 $ (80 %) et 300 personnes. la BITD finlandaise compte deux compagnies : Patria, 486 Md$ (92 %) et 90 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Suède. L’influence et le contrôle de l’Etat se font sentir sur les BITD du Danemark, de la Finlande et de la Norvège mais guère sur celle de la Suède. Ainsi, l’Etat norvégien possède 63,2 % de Kongsberg et l’Etat finlandais 49,9 % de Patria. Kongsberg, actionnaire à 50,1 % de Patria, est propriétaire de Nammo qui exploite des usines en Norvège, Finlande et Suède. Le groupe britannique BAE Systems a racheté les sociétés suédoises Hägglunds et Bofors. Le groupe national français Nexter contrôle Eurenco, également filiale de Saab et Patria et qui dispose d’installations en Suède et en Finlande.

Loïc Salmon

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense




Géopolitique : recomposition de l’ordre mondial et émergence de nouvelles puissances

Pays du Sud et Chine remettent en cause l’hégémonie de l’Occident, dans un monde où les enjeux sociaux l’emportent aujourd’hui sur ceux de la puissance.

Bertrand Badie, professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris, l’a expliqué lors d’un « Lundi de l’IHedn », conférence-débat organisée, le 25 mars 2019 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

« Occidentalité » dominante. Le sens du mot « occident » a varié au cours de cinq périodes de l’Histoire. Dans un 1er temps, la chrétienté, recomposée à partir de Rome, perdure avec les Empires romain d’Orient, byzantin et russe. Le christianisme s’est construit sur des bases religieuse et politique. Dans un 2ème temps, la Renaissance et le siècle des Lumières donnent à la raison un caractère universel. Dans un 3ème temps, l’Occident du XIXème siècle s’impose comme norme de la civilisation, c’est-à-dire d’une race supérieure porteuse d’un messianisme pour éduquer les autres races, selon une construction hiérarchique. Dans un 4ème temps, l’Occident, porteur de liberté et de prospérité économique, fait face au totalitarisme soviétique. Dans un 5ème temps, après la chute du mur de Berlin en 1989, il assiste à la remontée en puissance de la Chine et de l’islam. Renaissance et post-Renaissance ont débouché sur le « système westphalien », qui a codifié les relations internationales et inventé l’Etat-nation avec une unité politique territoriale et souveraine (voir encadré). L’Occident juxtapose ces unités, en compétition incessante et pérenne, qui emploient la guerre comme instrument normal de leurs relations. Ce système, d’abord européen puis élargi à l’Amérique du Nord, est pensé comme universel et destiné à gouverner le monde. Il donne naissance à la géopolitique européenne puis américaine avec la doctrine du président James Monroe (1823), à savoir l’Amérique aux Américains et l’Europe aux Européens. En 1845, le journaliste américain John O’Sullivan déclare que la Providence a confié le monde à l’Amérique. Ce « messianisme américain » anime la politique du « Gros Bâton » du président Théodore Roosevelt vis-à-vis de l’Amérique latine et s’inscrit dans l’occidentalité. En 1885, une délégation américaine se rend à la Conférence de Berlin sur le partage du bassin du Congo entre les nations européennes. La première guerre mondiale donne aux Etats-Unis une extension politique à l’ensemble du monde de l’occidentalité.

Exaltation de la puissance. Le XIXème siècle se termine sur une inégalité : l’Europe fournit à la Chine l’opium, qu’elle interdit chez elle, et colonise l’Afrique. En 1919, le système westphalien s’impose de façon absolue par l’exclusion de l’Allemagne, vaincue, des négociations de paix à Versailles. Le comptoir allemand de Shandong, en territoire chinois, est transféré au Japon. Pour la Chine, l’ordre westphalien s’étend dans une relation de domination. Les nationalismes naissent de cette frustration asiatique pour faire contrepoids à l’Occident. Le « panasiatisme », prôné par le Japon, se propage en Chine et en Inde dans les années 1920. Le « panafricanisme », apparu en 1900, refait surface après 1919. La décolonisation, utopie du panafricanisme, a échoué en raison de son importation servile du modèle occidental dans un contexte social très différent, estime le professeur Badie. L’ONU est passée de 51 à 193 pays membres, sans modification de sa structure. La contestation se manifeste par la création du « Groupe 77 » en 1964 au sein de l’ONU, à savoir 77 pays en développement, passés à 134 en 2013. Le « G7 » (les 7 nations les plus riches) monopolise la gouvernance du monde. L’idée de l’Occident comme alliance de puissances se justifiait face au danger soviétique. L’arme nucléaire a conduit à l’émergence de deux superpuissances, coïncidant avec deux idéologies. Chacune pénètre l’espace de l’autre : les partis communistes dans les pays occidentaux et le libéralisme en URSS via les « dissidents » soviétiques. L’équilibre est perturbé en 1989, lorsque le président Mikhaïl Gorbatchev déclare à son homologue américain George Bush (père) que l’URSS ne souhaite plus la domination du monde. Le champ de bataille passe alors de l’espace nucléaire à l’espace non nucléaire. Par la suite, les présidents américains George Bush (fils) et Donald Trump menacent d’employer l’arme nucléaire contre des pays qui ne la possèdent pas. La puissance se trouve, de fait, dévolue aux Etats nucléaires.

Déplacement de la puissance. La mondialisation, amorcée dans les années 1980, bouscule « l’occidentalité » car elle inclut tout le monde, crée l’interdépendance entre le « fort » et le « faible » et provoque une mobilité générale mettant à mal le principe westphalien de territorialité. La conflictualité entre le Nord et le Sud ne se manifeste plus par les rivalités de puissance, mais par la compétition des faiblesses : faillites d’Etats (République démocratique du Congo et Somalie) ; nations peu contrôlées (Mali et Irak) ; décomposition des liens sociaux. Les milices ou bandes armées remplacent les armées régulières. De nouvelles puissances, qui utilisent propagande, symboles et images contre l’Occident, émergent du désordre international. La principale, la Chine, auparavant dominée, sépare les sphères économique et politique. Elle estime que la domination politique a coûté cher à l’Occident et ne lui a rien rapporté. Dénuée de convictions religieuses, elle n’est guère motivée par une domination culturelle ou politique. Pour elle, la puissance s’acquiert par la capacité à étendre ses avantages économiques. Elle refuse de faire partie du G7, pour ne pas être perçue comme membre des « dominants » par les pays du Sud. Partisane du panasiatisme, elle veut exercer une hégémonie régionale, mais pas mondiale. Ses « nouvelles routes de la soie » visent à exporter ses marchandises vers l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud et à satisfaire ses besoins énergétiques et alimentaires (achat de terres arables). Elle ne pose aucune condition politique aux Etats avec lesquels elle conclut des contrats, contrairement à l’Occident qui s’interdit de commercer avec les régimes dictatoriaux. Selon le professeur Badie, l’Occident pourrait maîtriser la mondialisation par un partenariat avec la Chine et non par son endiguement.

Loïc Salmon

Le « système westphalien » désigne un système international mis en place de façon durable par les traités de Westphalie signés les 24 octobre 1648 et mettant fin à de longs conflits en Europe occidentale. Toutes les puissances européennes y sont représentées, sauf la Russie, l’Angleterre et l’Empire ottoman. La paix de Westphalie reconnaît notamment l’indépendance des Pays-Bas et de la Confédération suisse. Elle réorganise l’Allemagne en 350 petits Etats au sein du Saint-Empire romain germanique jusqu’en 1806. Continuateur de l’Empire romain (- 27 à 476) puis de l’Empire carolingien (800-962), cet empire est qualifié de « saint » en 1157 pour légitimer le pouvoir de l’empereur de manière divine. Le système westphalien a conceptualisé les relations internationales : équilibre des puissances, inviolabilité de la souveraineté nationale et non-ingérence.

Géopolitique : le chaos d’aujourd’hui, dérive logique de la mondialisation

La puissance au XXIème siècle : les « pôles » du Pacifique