Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Voisines de la Russie avec qui elles entretiennent des relations ambigües, la Suède et la Finlande, traditionnellement actives dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU, s’impliquent de plus en plus dans le renforcement de la défense de l’Europe.

Un groupe de l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale s’est rendu sur place du 1er au 9 mai 2018 et y a rencontré des responsables civils et militaires.

Le « tournant ». Après la disparition de l’URSS en1991, la Finlande et Suède ont adhéré à l’Union européenne (UE) en 1995. Toujours favorables au renforcement de la coopération multilatérale, notamment dans le cadre de l’ONU, elles participent aussi à des opérations européennes de politique de sécurité et de défense commune. Toutefois, leurs conceptions du projet européen diffèrent parfois, à savoir plus strictement économique pour la Suède que pour la Finlande. Ainsi la Suède s’est impliqué dans : opération « Artémis » (République démocratique du Congo, 2003) ; Force intérimaire des nations unies au Liban (FINUL) ; Force de l’Union européenne au Tchad et en République centrafricaine (2007-2009) ; état-major de l’opération « Atalante » contre la piraterie dans le golfe d’Aden (2010 et 2013) ; Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies au Mali. La Finlande s’est engagée dans : FINUL ; lutte contre Daesh en Irak ; opérations OTAN en Afghanistan et au Kosovo ; celles de l’Union européenne en Somalie et au Mali. Non-membres de l’OTAN, elles adhèrent au Partenariat pour la paix (association libre bilatérale avec l’OTAN) et sont présentes au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. En outre, elles soutiennent l’Initiative européenne d’intervention, mentionnée par le président français Emmanuel Macron dans son discours sur l’Europe à Paris en septembre 2017 : « Visant à développer une culture stratégique partagée au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. »

La « menace russe ». En matière de sécurité et de défense, Suède et Finlande suivent les mêmes orientations que les Etats baltes (Lituanie, Estonie et Lettonie). Elles sont attentives à tous les signaux « inquiétants » : l’Agence suédoise de recherche sur la défense ou l’Institut finlandais des affaires internationales, « think tanks » financés sur fonds publics, étudient notamment toutes les manipulations d’informations dont ils sont victimes. Les relations de la Finlande avec la Russie ont toujours été étroites et complexes. Souhaitant approfondir une politique régionale « septentrionale, baltique et arctique » au sein du Nordefco (Coopération de défense nordique), Helsinki renforce sa coopération avec Stockholm, tout en maintenant un dialogue avec Moscou. Les objectifs de sécurité politique, d’abord destinés à éviter de devenir partie à un conflit militaire, suivent trois axes principaux : renforcer l’UE comme communauté de sécurité par une participation active à la Coopération structurée permanente (PESCO en anglais) ; développer les relations avec l’OTAN par la participation à des exercices conjoints comme «  Openspirit 2018 » sur la guerre des mines (Estonie) ; préserver des relations de bon voisinage avec la Russie avec qui la Finlande partage 1.300 km de frontière commune. La Finlande entend donc maintenir et développer une capacité de défense par une augmentation de la réserve militaire et un renouvellement des équipements de l’armée de l’Air et de la Marine. Elle s’implique aussi dans la gestion des crises civiles et le traitement des menaces hybrides, y compris les cybermenaces. Elle a en effet subi de nombreuses campagnes de désinformation visant à créer confusion et intimidation pour éviter son « rapprochement » avec l’OTAN. Le Centre d’excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides a été ouvert à Helsinki en 2017. La Suède a connu un « désarmement » militaire et psychologique, parallèle à la détente européenne des années 1990 et aux « dividendes de la paix ». Toutefois, l’invasion de la Crimée en 2014 par la Russie a provoqué une résurgence de la peur de la grande voisine et une lente remontée de l’effort de défense. Ainsi, l’île de Götland, démilitarisée en 1995-1997 a été remilitarisée et la conscription, suspendue en 2009, réactivée. En mai 2018, toute la population a reçu un manuel sur la conduite à tenir « en cas de catastrophe ou de guerre ». La Russie n’est pas citée, mais selon le directeur général de la sécurité suédoise, « il est important de pouvoir se préparer à un éventuel conflit militaire à proximité ». La précédente édition de ce type date de 1961. Par ailleurs, il convient d’apporter des nuances au « non-alignement » suédois dès 1995. Du fait de sa politique de solidarité (« The Swedish Declaration of Solidarity »), de son adhésion au traité de Lisbonne dont l’article 42.7 porte sur la solidarité en cas d’attaque contre un pays membre, la Suède coopère notamment dans des opérations en Afrique avec la France, et veille à disposer d’une interopérabilité certaine avec les forces de l’OTAN. Pour elle, si la défense demeure une priorité nationale, la Politique commune de sécurité et de défense devient une priorité intergouvernementale au sein de l’UE (Fonds de défense européen). Elle participe aussi au projet PESCO.

La région maritime baltique La convergence des intérêts suédois et finlandais, de l’UE et de l’OTAN apparaît nettement en mer Baltique. Les opérations conjointes dans la région reflètent l’inquiétude des pays riverains, face à la puissance militaire russe et à ses démonstrations de force. Violations répétées des espaces aériens et maritimes et attaques hybrides de cette dernière sont de plus en plus nombreuses depuis 2005. Le concept de « défense totale » réapparaît pour impliquer toute la population dans la protection civile. La Baltique joue un rôle essentiel pour la Russie, car son accès aux routes maritimes « libres » est indispensable pour le développement économique de la région de Saint Pétersbourg, son premier port commercial. Elle sert aussi de débouché aux gazoducs North Stream 1 et futur North Stream 2, vitaux pour l’apport en devises nécessaires à la croissance économique russe. De plus, l’essentiel des moyens militaires russes dans la région sont concentrés sur la base de Baltiysk dans « l’oblast » (région administrative) de Kaliningrad, riverain de la Baltique. La Russie considère celle-ci comme une mer « fermée », car actuellement « verrouillée » par des pays membres de l’OTAN. Or c’est son seul accès permanent à l’Atlantique.

Hélène Mazeran

Peuplée de 5,46 millions d’habitants, en 2014, la Finlande s’étend sur 338.145 km2. Elle a pour principaux clients la Suède (10 %) et la Russie (9,2 %) et pour principaux fournisseurs la Suède (16 %) et la Russie (15,9 %). D’une superficie de 450.000 km2, la Suède dispose d’une population de 9,74 millions de personnes. Elle vend surtout à la Norvège (10 %) et à l’Allemagne (10 %) et achète surtout à l’Allemagne (17,9 %) et aux Pays-Bas (8 %). La Finlande fait partie de la zone Euro, mais pas la Suède. Toutes deux font partie de l’espace Schengen.

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

La Biélorussie à la recherche d’une « troisième voie »