Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

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Contemporain des guerres de la fin du XIXème siècle à celles de décolonisation, le peintre espagnol Pablo Picasso (1881-1973), mondialement célèbre pour son tableau « Guernica » (1937), n’a jamais combattu mais s’est engagé pour la paix.

Un siècle de ruptures. Formé d’abord par son père professeur de peinture, Picasso entre à l’Ecole des beaux-arts de La Corogne en 1892, date d’un attentat anarchiste manqué contre un général à Barcelone. Il entre à celle de Barcelone en 1895, quand éclate la guerre d’indépendance cubaine, puis à l’Académie San Fernando de Madrid deux ans plus tard. En 1900, il effectue son premier séjour à Paris, où il présente son tableau Les Derniers Moments à l’exposition universelle, pendant la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud contre l’Empire britannique (1899-1902). Il s’installe à Paris en 1904, année du Traité d’alliance franco-britannique dit « Entente Cordiale ». En 1907, est signée la « Triple Entente », alliance militaire entre la Grande-Bretagne, la Russie et la France. Picasso peint Les Demoiselles d’Avignon, l’un des premiers tableaux « cubistes ». En 1913, une exposition Picasso se tient à Munich, quatre mois avant la seconde guerre des Balkans opposant Serbie, Bulgarie, Grèce et Monténégro à l’Empire ottoman. A l’été 1914, Picasso réalise Le peintre et son modèle quand éclate la première guerre mondiale. En 1916, se déroulent la bataille de Verdun et la première exposition publique du tableau « Les Demoiselles d’Avignon ». En 1918, l’armistice mettant fin à la Grande Guerre survient le 11 novembre, quatre mois après le mariage de Picasso avec la danseuse russe Olga Kokhlova. En 1933, Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne et y ordonne un autodafé des livres jugés contraires à l’idéologie nazie. Picasso commence alors la sculpture de L’Orateur, allusion au Führer (Hitler) et au Duce italien (Benito Mussolini) qui séduisent les foules par leurs discours. Il considère ses œuvres comme « un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi ». En février 1934 a lieu une manifestation antiparlementaire à Paris et, en août, Picasso séjourne pour la dernière fois en Espagne. En 1936, la guerre civile espagnole commence en juillet et le gouvernement républicain nomme Picasso directeur honoraire du musée du Prado à Madrid en septembre. En 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche (« Anschluss ») le 11 mars et les régions tchécoslovaques peuplées d’Allemands par la signature, le 29 septembre, des « Accords de Munich » avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie. Le 27 septembre, l’inspecteur des Beaux-Arts propose son aide à Picasso pour évacuer ses œuvres en cas de conflit. D’octobre 1938 à février 1939, le tableau Guernica est exposé en Angleterre au profit des républicains espagnols. En 1939, Picasso perd sa mère le 13 janvier et l’exode des réfugiés espagnols vers la France débute le 27 janvier. La guerre civile espagnole se termine le 1er avril et le général Francisco Franco instaure une dictature militaire. En 1939, après la signature du Pacte germano-soviétique et le début de la seconde guerre mondiale, une exposition sur les 40 années de vie artistique de Picasso se tient à New York. En 1940, ce dernier s’installe dans un atelier de la rue des Grands-Augustins à Paris et la loi dite « premier statut des juifs » est promulguée. En 1942, ont lieu à Paris la rafle du Vel d’Hiv et la participation de Picasso à l’exposition collective « La quinzaine d’art espagnol ». Il peint L’Aubade, en écho aux privations de la guerre. En 1944, quelques semaines avant le débarquement des Alliés le 6 juin en Normandie, Picasso participe à l’exposition collective « L’œuvre et la palette de 1830 à nos jours », à Paris.

La guerre comme sujet. Quoiqu’exempté de service militaire, Picasso s’est pourtant fait photographier, à 30 ans, revêtu de l’uniforme du peintre « cubiste » Georges Braque qui sera grièvement blessé pendant la Grande Guerre. Au cours de sa formation artistique, il réalise déjà des motifs de soldats et d’armes. Son apprentissage de la peinture d’histoire se retrouve dans ses dessins représentant des batailles, comme celle de Covadonga (722) entre le califat omeyyade et le royaume des Asturies et considérée comme la première de la reconquête des territoires espagnols. Vers 1896, il peint sur bois Episode de la guerre contre les Français, allusion à la campagne de Napoléon 1er en Espagne (1808). Cette période est marquée par la perte des colonies espagnoles dans les Caraïbes et le Pacifique en 1898, au profit des Etats-Unis. La guerre des Boers, relayée par la presse espagnole, inspire à Picasso plusieurs caricatures. La guerre balkanique l’incite à intégrer des coupures de presse dans ses « papiers collés ». Pendant l’hiver 1933-1934, Picasso réalise des gravures pour illustrer une nouvelle traduction de la comédie grecque « Lysistrata » d’Aristophane, où les femmes font la grève du sexe pour arrêter la guerre entre Sparte et Athènes, ainsi qu’un dessin sur une feuille de carnet intitulé Guerrier au javelot et femme. La guerre d’Espagne lui inspire Guernica. En juin 1940, lors de l’arrivée de la Wehrmacht à Royan où il s’est retiré, Picasso réalise la très expressive Tête de Femme (photo). En 1951, il s’intéresse à l’art du Moyen Age et dessine à la plume sur papier Cheval caparaçonné et chevalier en armure, puis peint sur bois Jeux de pages et décore une assiette d’une scène de tournoi avec un cavalier en armure et, au dos, une colombe symbole de paix. Enfin en 1972 moins d’un an avant sa mort, il s’inspire de Vélasquez et de Rembrandt pour le tableau Mousquetaire et enfant, créant un lien entre deux âges de la vie.

Un artiste engagé. En 1894, à la suite de l’assassinat du président de la République Sadi Carnot par un anarchiste, des lois ciblent l’anarchisme. En 1901, un rapport de police soupçonne Picasso (19 ans) d’être anarchiste, comme son marchand d’art Pédro Manach. Cela l’empêchera d’obtenir la nationalité française qu’il demandera en 1940, mais sa carte de séjour sera toujours renouvelée. En 1936, il signe le manifeste des intellectuels catalans contre les fascismes en Europe. Devenu membre du Parti communiste français (PCF) dès 1944, il prend ensuite la parole lors de congrès pour la paix et contribue au financement de la campagne pour l’amnistie des exilés et prisonniers politiques espagnols. Pendant la guerre froide, il répond aux commandes du PCF, dont la Colombe de la Paix, motif devenu universel. Le quotidien L’Humanité-Dimanche publie ses lithographies des époux Rosenberg condamnés à mort aux Etats-Unis en 1951 pour espionnage au profit de l’Union soviétique. En 1956, il cosigne une lettre ouverte au Comité central du PCF dénonçant son silence sur les crimes du stalinisme (rapport Khrouchtchev) et l’écrasement de l’insurrection en République populaire de Hongrie par l‘Armée rouge.

Loïc Salmon

L’exposition « Picasso et la guerre » (5 avril-28 juillet 2019), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente des dessins, tableaux, sculptures, photos, documents et objets. Sont aussi prévus concerts, projections de films et représentations d’une pièce de théâtre écrite par Picasso. Renseignements : www.musee-armee.fr

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