Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

image_pdfimage_print

A l’horizon 2035, les drones et missiles hypersoniques, difficiles à intercepter en raison de leur très grande vitesse, pourront agir dans la profondeur, avec précision et à distance de sécurité. Leur coût élevé nécessitera des choix budgétaires et opérationnels.

Ils ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 novembre 2014 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Y sont notamment intervenus : le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air ; Laurent Serre, responsable des programmes hypersonique à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Philippe Migault, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; André Geoffroy, consultant.

Drones de demain. Un drone de reconnaissance hypersonique se rendra très vite sur zone et en reviendra avec des informations fraîches immédiatement utilisables, explique Laurent Serre (ONERA). Ce drone peut être tiré sous avion, du sol ou depuis la mer (bâtiment de surface ou sous-marin). Un propulseur d’appoint lui donne une accélération jusqu’à Mach 2 (680 m/s), qu’il maintient par son statoréacteur aux conditions de croisière à haute altitude. Sa portée croît alors avec sa vitesse. En conséquence, il peut réaliser une mission loin à l’intérieur d’un territoire hostile sans disposer de la supériorité aérienne. A une altitude donnée, voler plus vite lui donne un avantage de manœuvrabilité face à un intercepteur (avion ou missile sol/air). En outre, à une vitesse donnée, voler plus haut réduit les performances de l’intercepteur. La mission du drone est entièrement automatique. Pendant sa phase de croisière, il atteint un territoire, même très défendu, en 20 mn, puis y parcourt plus de 600 km dans la profondeur et capte des images par son radar SAR à haute résolution (10 à 30 cm) sur une sélection de sites de points chauds d’intérêt du moment. Sa phase de récupération se décompose en : vol de retour vers le lieu choisi ; décélération jusqu’à une vitesse subsonique ; descente freinée par parachute ; récupération par hélicoptère, méthode utilisée pendant la guerre du Viêt Nam (1955-1975) ; retour vers l’infrastructure de base. Les données captées au cours de la reconnaissance ont été extraites et disséminées vers les destinataires pendant le vol du retour. Par exemple, au cours d’une mission d’une heure, le drone hypersonique peut recueillir des informations sur une dizaine de zones (4 km de côté) réparties dans un carré (500 km de côté) et sous 2 angles d’observation aller/retour pour les reconstituer en 3 dimensions. Mais l’expression du besoin de « renseignement stratégique réactif tout temps » reste à affiner, souligne Laurent Serre. Des missions, quotidiennes ou hebdomadaires, permettraient d’affiner la base de données, de détecter les changements et de prendre des vues dans de nouvelles conditions, elles porteraient notamment sur : la surveillance de sites de missiles ou de radars fixes ou déplaçables ; l’indice d’activité de réseaux de communications terrestres et fluviaux ; l’indice d’activité d’installations sensibles ; le recensement de capacités aériennes ou navales.

Projets français. Face aux menaces futures, la technologie des armes hypersoniques fera la différence entre les grandes puissances qui s’en doteront, estime le général Mercier. Leur concept d’emploi sera le même qu’aujourd’hui pour garder la capacité d’entrer en premier sur un théâtre,  mais avec une différence importante : la distance de tir ! L’armée de l’Air a déjà entrepris des études très poussées sur les techniques essentielles et les enjeux opérationnels. La constante restera la liberté d’action sur les espaces terrestre et maritime, qui dépend de celle dans l’espace aérien. Contrer le déni d’accès à ces espaces nécessite d’imaginer des armements à forte réactivité, longue portée et précision des effets. La furtivité des avions de chasse se trouve déjà mise à mal par les radars passifs. En outre, les missiles sol/air et air/air augmentent leur allonge. La vitesse devient donc un facteur d’efficacité contre les systèmes de défense au sol. Le niveau déjà atteint ne permet plus de progresser, mais la vitesse hypersonique constituera un facteur opérationnel important dans une dizaine d’années. Or, la dissuasion nucléaire devra moderniser sa partie aéroportée après 2030. Sa crédibilité dans un monde changeant résidera encore sur la complémentarité de ses composantes océanique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) et aérienne (avions Rafale). A la même époque, le Rafale et le missile ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré) arriveront à mi-vie. Ce missile, que la France est la seule à posséder, est équipé d’un statoréacteur de haute technologie, dont il convient de garder les compétences pour préserver l’avenir, souligne le chef d’état-major de l’armée de l’Air. Le maintien de ce niveau passe par la simulation numérique de la poussée et de la trainée, les applications de la technologie du plasma, l’amélioration de la chambre de combustion et les matériaux résistants à la chaleur. L’ONERA et MBDA (missiles et systèmes de défense) poursuivent leurs recherches dans ces domaines. Le démonstrateur technologique Neuron permettra d’affiner le concept d’emploi du drone de combat. Il devra répondre à deux questions : imaginer un système complexe de capteur et de frappeur et limiter le coût budgétaire.

A l’étranger. La Russie a élaboré des applications tactiques du statoréacteur et les exporte, indique Laurent Serre. Ainsi le missile Yakhont (Mach 2,5), qui peut être tiré d’une rampe terrestre, d’un avion ou d’un sous-marin, a été livré à la Syrie. Le missile air-sol et antinavire KH31 (Mach 3,5) peut être tiré des avions Mig 29 et Su 27. Le missile antinavire Moskit (Mach 3), utilisé par la Russie, l’Ukraine, la Chine et l’Inde, peut être lancé de diverses plates-formes. Pour les États-Unis, les armes hypersoniques constituent un élément essentiel au maintien de la supériorité aérienne, selon André Geoffroy. La NASA, Boeing et l’armée de l’Air américaine procèdent à des essais de prototype de missile volant à Mach 5, en vue d’une mise en service vers 2020. L’Inde  a développé avec la Russie le missile de croisière BrahMos (Mach 3), tirable de la terre et de la mer, et compte l’exporter. L’expérimentation du BrahMos-II, version hypersonique (Mach 7), devrait commencer en 2017. La Chine développe un missile hypersonique avec des résultats mitigés. Enfin, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Australie s’y intéressent.

Loic Salmon

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a mis au point un concept de drone à statoréacteur capable de voler au-delà de Mach 5 (1.701 m/s) et plus, avec du kérosène comme combustible. Selon le contexte, il pourrait parcourir 1.000 km en 14 minutes à Mach 4 (1.361 m/s) et en 7 minutes à Mach 8 (2.722 m/s). Récupérable à un point de rendez-vous prédéterminé, il ne nécessiterait ni communication, ni contrôle pendant le vol. Il pourrait emporter : un radar à synthèse d’ouverture, qui améliore la résolution en azimut ; un système de traitement de données ; un système de navigation inertielle et GPS.

image_pdfimage_print