Défense : « Orion 26 », exercice interarmées et multinational

Inspiré des standards OTAN et basé sur un scénario crédible, l’exercice « Orion 26 » s’est déroulé du 7 avril au 1er mai 2026 dans 20 départements pour recréer les formes du combat actuel, de la menace hybride à la haute intensité.

La première phase (7-17 avril) a porté sur les combats assistés par ordinateurs et focalisés sur le poste de commandement. La seconde (18 avril-1er mai) a consisté en combats réels de troupes sur terrain libre en présence, le 30 avril dans l’Est de la France, du président de la République, Emmanuel Macron, et de la ministre des Armées, Catherine Vautrin (photo).

Au sein de l’OTAN. Mises en œuvre par le 1er Corps d’armée basé à Lille en tant que « Warfighting Corps » (corps d’armée de combat), les deux phases intègrent tous les milieux et champs d’action incluant les domaines cyber, informationnel et exo-atmosphérique, les forces spéciales, le renseignement et le soutien logistique. En tout, « « Orion 26 » a engagé 12.500 militaires, 1 état-major de niveau corps d’armée, 4 divisions (dont 3 multinationales) et 3 brigades interarmes pendant trois semaines d’opérations, dont 10 jours en terrain libre, ainsi que 90 directions, services et organismes interarmées du ministère des Armées et des Anciens Combattants. En outre, douze pays membres de l’OTAN ont envoyé des unités : Allemagne ; Belgique ; Espagne ; États-Unis ; Grèce ; Grande-Bretagne ; Italie ; Luxembourg ; Pays-Bas ; Pologne ; République tchèque ; Roumanie. L’armée de Terre, chargée de la reconquête de zone et de la réassurance de la population locale, a engagé un système de combat divisionnaire (voir plus loin) sous le commandement du 1er Corps d’armée et a déployé 1.800 véhicules tactiques, 30 hélicoptères et 800 drones de combat et de spécialité. Elle peut conduire des missions de renseignement dans la profondeur, s’engager dans la zone de contact et défendre des emprises sensibles. A partir des bases aériennes d’Orange et de Nancy, Saint-Dizier et Luxeuil, l’armée de l’Air et de l’Espace a assuré la sécurisation de l’espace aérien et le maintien de la supériorité aérienne, la coordination des frappes dans la profondeur et la maîtrise du ciel avec un contrôle aérien avancé. Chargée de la continuité de la coordination interarmées et de l’interopérabilité avec les unités alliées, elle a contribué à la combinaison des effets partout, y compris dans les champs cyber et spatial. Sous la direction du Commandement en chef pour l’Atlantique à Brest, la Marine nationale a assuré la supériorité aéro-maritime et a contribué aux frappes dans la profondeur par la mise en œuvre des Rafale Marine du porte-avions Charles-de-Gaulle et de la capacité de tirs de missiles de croisière navals par une frégate multi-missions et un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque de type Suffren, même en plongée.

Système de combat divisionnaire. Afin de dominer le champ de bataille de haute intensité, la division le structure en trois : « Deep », zone des combats de 40 km dans la profondeur ; « Close », zone des combats rapprochés de 60 km ; « Rear », zone arrière de 50-100 km. Elle intègre et synchronise les effets pour faire fondre la masse adverse, soutenir l’effort et permettre aux brigades au contact de porter le coup décisif. Dans « Rear », le Groupement de soutien interarmées de théâtre assure la sûreté, garantit la protection du commandement et des moyens logistiques (flux massifs et élongations) et coordonne les feux dans la profondeur pour mettre l’ennemi à la portée des brigades de combat. Dans « Close », trois brigades, équipées de canons Caesar, de chars Leclerc et de véhicules blindés, manœuvrent pour emporter la décision par des engagements directs. Dans « Deep », les moyens interarmées coordonnent les effets dans la profondeur : destruction des systèmes de défense aérienne et de moyens de guerre électronique ; destruction des capacités de feu longue portée ; désorganisation du commandement et des soutiens logistiques.

Loïc Salmon

Ukraine : soutien de la France après quatre ans de guerre

Armée de Terre : l’action aéroterrestre en 204

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel




Intelligence artificielle : tirer parti de sa puissance en la maîtrisant

Le chef sur le terrain ne doit pas subir l’intelligence artificielle (IA), mais pouvoir profiter de ses possibilités et être toujours capable de justifier sa décision.

L’IA et les fonctions opérationnelles embarquées ont fait l’objet d’un colloque organisé, à Paris le 20 janvier 2026, par l’Académie militaire Saint Cyr Coëtquidan en partenariat avec KNDS France. Y sont notamment intervenus : le général de brigade Marc Espitalier, officier général « numérique et cyberdéfense » à l’État-major de l’armée de Terre ; Sylvain Thorel, KNDS / Robotics ; Alexandre Chapoutot, École nationale des techniques avancées (ENSTA) Paris ; le colonel Cédric Abriat, adjoint « Plans » à l’État-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; Laurent Duport, président de NEODE Systems ; Thierry Berthier, chercheur associé CReD / AMSCC, Université de Limoges ; Joël Bougron, doctorant, KNDS / ENSTA Paris.

Fonction mobilité. Le numérique, nouveau champ de conflictualité, agit directement sur ceux de la terre, de la mer, des airs et de l’espace, rappelle le général Espitalier. Il impacte les forces armées, mais aussi directement les décideurs et les populations par ses caractéristiques propres (actions cyber et informationnelles). Les drones et robots, nouveaux effecteurs qui incluent le numérique, permettent la saturation, le harcèlement et l’action dans des compartiments de terrain jusqu’à présent interdits à l’homme. Le numérique impacte les systèmes de décision, qui doivent accélérer autant que possible la boucle observation, orientation, décision et action, tout en maintenant la place de l’homme dans ce cycle. Au sein du Commandement des forces terrestres OTAN à Lille, une partie de l’équipe cyberdéfense étudie le projet de dissuasion et de défense à l’Est, consistant à mettre une masse robotique très importante sur le terrain entre les forces armées de la Russie et celles de l’OTAN pour pallier son manque de masse. Dans le domaine terrestre, les robots deviennent multiplicateurs de forces pour la sécurité du périmètre d’emploi et le déminage, mais ne doivent pas entraver la manœuvre, précise Sylvain Thorel. La taille conditionnant l’emploi, les « légers » (1-25 kg) sont utilisés pour la reconnaissance, la surveillance, la détection et l’intervention. Les « moyens » (25-500 kg) servent à la lutte contre les engins explosifs improvisés, la dépollution de munitions non explosées, et le combat. Les « lourds » (500 kg-5 t) sont utilisés pour la logistique notamment en Ukraine, la surveillance et la levée de doutes NRBC (risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Les « très lourds » (5-40 t) pourront servir pour l’ouverture d’itinéraire, les travaux du génie et le combat. Afin d’accroître l’autonomie de mobilité, la navigation téléopérée permet d’aller rapidement d’un point à un autre sans connaissance à priori ou presque, de nuit, de jour ou dans le brouillard, sur un terrain accidenté et glissant, de façon furtive et sans GPS. L’opérateur doit se repérer lui-même sur une carte en visuel, par lidar (détection et télémétrie par la lumière) ou radar, disposer d’une liaison radio à haut débit, mais de portée limitée et sensible au brouillage, et comprendre la situation. Cela entraîne un accroissement de la complexité et …de sa charge cognitive ! De fait, le domaine d’emploi dépend encore de la maturité technologique. La « traversabilité » du robot, qui dépend de ses capacités de franchissement, consiste à percevoir les espaces en temps réel grâce à des images aériennes ou satellitaires et la méthode SLAM lidar. Celle-ci lui permet de construire la carte d’un environnement inconnu, tout en suivant simultanément sa propre position sur cette carte. Dans la navigation autonome en terrain ouvert, l’IA répond aux besoins d’adaptation à une grande variété de types de terrain, de détection et d’évitement de divers types d’obstacles, indique Alexandre Chapoutot. La perception nécessite une carte satellitaire et les capteurs GPS, lidar, caméras et ultrasons pour caractériser les obstacles et planifier la trajectoire du robot. Les approches de l’IA permettent d’augmenter l’adaptabilité du robot pour la navigation, grâce à un apprentissage en ligne tout en restant vigilant sur les contraintes de l’IA embarquée. La réponse adéquate résulte du développement conjoint des approches théoriques et expérimentales. Dans les airs, une plateforme autonome progressant à basse altitude pourrait profiter des accidents de terrain, mais doit prendre en compte les conditions météorologiques et les masses nuageuses, rappelle le colonel Abriat. Avançant vite, elle doit pouvoir se maintenir en vol et ne pas s’écraser au sol. Dans un contexte de conflictualité accrue, il est probable qu’au cours d’un raid de vingt avions, quelques-uns ne reviendront pas en raison d’une panne de moteur, d’un « décrochage » (perte soudaine d’altitude) ou d’un tir de défense sol-air. Il s’agit de s’adapter à la menace et de reconfigurer rapidement les missions. Sur le terrain, les opérateurs devront traiter les algorithmes. L’agilité ne doit pas faire peser de risque sur la réussite de la mission.

Fonction gestion des effets. La société NEODE Systems, filiale du groupe MBDA, a développé un système senseur-effecteur augmenté par l’IA autour du missile antichar dénommé Akeron MP, indique Laurent Duport. D’une portée supérieure à 4.000 m, ce missile est équipé d’un autodirecteur TV ou infrarouge et d’une liaison de données par fibre optique. Le tireur doit détecter la cible dans le flux vidéo de l’autodirecteur et y « accrocher » le missile, qui va aller la frapper. Au-delà de la vue directe, derrière une colline ou des arbres, il faudra guider le missile dans la bonne direction. NEODE Systems développe donc le « Ground Warden », système senseur-effecteur au niveau du groupe de combat antichar débarqué, constitué de missiles et postes de tir, de missiles moyenne portée, de drones et de tablettes pour l’interface homme-machine. Le Ground Warden nécessite cinq personnes : un pilote de drone, deux tireurs et deux chefs de pièce derrière chaque place de tir. Il est équipé de nombreuses fonctionnalités : compas numérique avec l’IA ; pilotage automatique du drone ; détection automatique de cibles sur flux de données du drone par l’IA ; élaboration d’une situation tactique partagée ; allocation des cibles aux chefs de pièces ; tirs coordonnés de deux missiles ; aide à l’accrochage des missiles en vol grâce à l’IA ; évaluation des résultats des tirs. Dans le domaine aérien, la société EOS Technologie a fait voler, en 2025, un drone intercepteur hypervéloce dénommé Fury, premier vecteur de la robotique « vamafer », acronyme pour vélocité, autonomie, miniaturisation, agressivité, furtivité, endurance et résilience, explique Thierry Berthier. D’une envergure et d’une longueur de 110 cm, il emporte une charge explosive de 2 kg, vole déjà à 700 km/h et devrait bientôt atteindre 1.000 km/h grâce à son microréacteur. Il effectue des carrés dans le ciel par des braquages à plus de 20 G (196 m/s). Mis en œuvre par un seul homme, il se lance par catapulte, rampe ou verticalement. Insensible aux pluies et vents forts, températures hautes ou basses et tempêtes de sable, il peut voler ou planer, réacteur coupé, de manière furtive et concurrence le drone biréacteur américain Roadrunner d’Anduril. Par ailleurs, le champ de bataille se robotise et se massifie avec de plus en plus de télé-opérations à effectuer, souligne Joël Bougron. Cela crée une forte charge cognitive pour les opérateurs et un besoin d’embarquer et d’automatiser certaines fonctions, dont la planification pour assigner les meilleurs effecteurs possibles aux cibles les plus adéquates. La réalité du terrain est perçue par les capteurs, dont les informations peuvent être incomplètes, caduques ou même fausses. Afin de décider, l’humain, responsable, doit pouvoir réduire les incertitudes par l’automatisation de la planification des séquences d’actions (déplacements et engagements) et leur exécution. La hiérarchie algorithmique peut coïncider, partiellement, avec celle entre unités et entre un chef et ses subordonnés.

Loïc Salmon

Intelligence artificielle : l’enjeu de souveraineté sur le calcul

Armée de Terre : le Commandement du combat futur

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle




AAE : préparation à la guerre de haute intensité au niveau OTAN

La partie aérienne du programme OTAN annuel « Tactical Leadership Program » (TLP) prépare l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) aux missions massives en coalition dans un environnement hostile.

Elle se déroule à Albacete (Espagne) du 23 janvier au 14 février 2025. La préparation opérationnelle de l’AAE a été présentée à la presse le 9 janvier à Paris par le général Pierre Gaudillière, commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse, et le lieutenant-colonel Julien Fond, officier de liaison à la mission de défense à Madrid.

Préparation opérationnelle « chasse ». Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient montrent que la bataille dans le ciel, depuis le ciel et vers le ciel revient en force et que la puissance militaire aérospatiale se trouve en première ligne, souligne le général Gaudillière. La Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC) compte 40 unités, 4.000 aviateurs, 240 avions de chasse et de reconnaissance et 20 sections de défense sol-air réparties sur 20 sites en France et à l’étranger. La défense sol-air, présente sur les différents théâtres et conflits en cours, a été intégrée à la BAAC au titre d’une cohérence de la maîtrise du ciel et d’une complémentarité d’action de la défense aérienne, du sol aux plus hautes couches de la stratosphère. L’entraînement, qui prépare à des engagements de plus en plus durs dans un environnement dégradé et évolutif, inclut le brouillage des systèmes d’information, pour que les pilotes accomplissent des missions sans GPS, et des contraintes sur la mécanique et la logistique. Dans la logique de la haute intensité, il s’agit de réfléchir à des procédures s’éloignant des normes du temps de paix et de les mettre en œuvre, comme le ravitaillement en kérozène d’un Mirage 2000 moteur tournant ou la pose manuelle de missiles sur les avions. La BAAC renforce sa crédibilité dans des exercices internationaux. Ainsi lors de la mission « Pégase 24 » dans la zone Indopacifique, son détachement a participé aux exercices « Arctic Defender » en Alaska et « Pitch Black » en Australie dans des conditions agressives très réalistes. « Ramstein Flag 2024 », en Grèce, a mis en œuvre près de 200 avions et des systèmes sol-air dans un contexte très complexe.

« Tactical Leadership Program ». Le TLP organise trois stages majeurs « chef de mission » pour des opérations comprenant plus de 30 aéronefs de tous types et des moyens terrestres et navals, indique le lieutenant-colonel Fond. Les missions portent sur la défense aérienne, la pénétration, la destruction de systèmes sol-air, le bombardement, le sauvetage, la défense sol-air, la reconnaissance et le soutien de troupes au sol. Le TLP organise aussi 12 stages sur la récupération et le sauvetage, la simulation pour les jeunes équipages, la formation spécifique au renseignement et l’acquisition de connaissances théoriques. La France participe au stage de janvier-février 2025 avec 20 avions et 1 système de simulation de menace sol-air Arpège. Les stagiaires effectuent une mission complète différente chaque jour, soit 12 heures de travail d’affilée décomposé en 4 heures de préparation, 4 heures d’exécution et 4 heures de « débriefing ». En 2009, la France a rejoint le TLP qui accumule près de 50 ans d’expérience et inclut l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Grèce, l’Italie, le Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Capable de former près de 500 stagiaires par an, il est localisé en Espagne, qui le finance 20 % et jouit de bonnes conditions météorologiques permettant d’éviter toute annulation. Sa vaste zone d’entraînement est disponible quatre fois par an vis-à-vis du trafic aérien civil. Le TLP propose des scénarios incluant le cyber, l’espace et des composantes aériennes, maritimes, terrestres et forces spéciales. Le réalisme et la complexité sont accrus par l’intégration de menaces simulées dans des missions réelles. Toutefois le risque zéro n’existe pas. Ainsi le 26 janvier 2015 à Albacete, neuf aviateurs français sont morts dans un accident causé par un chasseur F16 grec.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »




Ukraine : formation d’une brigade complète en France

L’armée de Terre forme une brigade ukrainienne d’infanterie (2.300 soldats) dans le Grand-Est de la France en octobre et novembre 2024, sur les plans technique et tactique avec le soutien, l’appui et le poste de commandement.

Le général de division Damien Wallaert, sous-chef opérations aéroterrestres, l’a expliqué à la presse le 10 octobre 2024 à Paris. Depuis le début de l’agression de la Russie le 24 février 2022, la France apporte à l’Ukraine un soutien dans les domaines humanitaire, diplomatique et militaire. Les formations s’effectuent dans le cadre de la Mission d’assistance militaire de l’Union européenne en soutien à l’Ukraine.

Approche intégrée. Il s’agit de constituer les situations les plus concrètes possibles comme celles du champ de la bataille en cours. Les Ukrainiens s’entraînent sur des matériels qu’ils utiliseront au combat. Le stage de la « Brigade de régénération » nécessite 150 véhicules blindés. Les capacités de manœuvre mobilisent des VAB (véhicules de l’avant blindés) et des AMX-10 RC (véhicules blindés de reconnaissance-feu) équipés d’un canon de 105mm. Les capacités d’appui comprennent des radars de surveillance de zone, des canons Caesar de 155mm, des missiles antichars et des systèmes antiaériens à courte portée. Le 9 octobre, le président de la République, Emmanuel Macron, et les ministres des armées français et ukrainien ont pu assister à des tirs de tous calibres et visiter les villages de combat et les pôles de maniement d’explosifs, utilisés pour la préparation opérationnelle de l’armée française. Les capacités de soutien comptent des VAB Santé pour l’évacuation de blessés, des camions de transport et des camions-citernes. Le stage mobilise 1.500 militaires français de toutes les spécialités de l’armée de Terre. Un général de brigade français se trouve aux côtés de son homologue ukrainien pour l’appuyer dans la démarche de montée en puissance de cette brigade, que les Ukrainiens désignent sous le nom d’Anne de Kiev, épouse du roi de France Henri 1er de 1051 à 1060. Durant le stage, des unités françaises du génie ont effectué des travaux de réseaux de tranchées et des points d’appui de compagnies, selon les spécifications des Ukrainiens. La première phase porte sur les formations séparées de fantassins, de sapeurs et d’artilleurs, spécialités regroupées lors de la deuxième phase « interarmes ». En outre, les instructeurs transmettent les doctrine et savoir-faire français en termes d’interaction et de synergie de tous les systèmes d’armes, en vue d’obtenir un effet décisif sur l’adversaire sur le terrain. Ils essaient de coller au plus près au retour d’expérience en temps réel des combats qui se déroulent en Ukraine. Des instructeurs ukrainiens, anciens combattants, les aident à donner plus de précision et d’aspects concrets à la formation et à l’entraînement de la Brigade de régénération. Celle-ci, qui sera équipée des matériels cédés par la France, devrait atteindre une cohésion suffisante pour un engagement sur le champ de bataille. Avec l’aide de l’École d’état-major, les instructeurs français et ukrainiens montent des exercices jusqu’au niveau de la compagnie (140 militaires). Certaines formations sont délocalisées dans des centres dont l’infrastructure s’y prête mieux. En décembre 2024, la formation et l’équipement de trois bataillons permettront l’entraînement interarmes de la Brigade de régénération.

Autres formations en France. Depuis le début de la guerre contre la Russie, la France a formé plus de 14.000 militaires ukrainiens dans ses écoles de spécialités : formation initiale ; formation au combat ; déminage ; sauvetage au combat ; artillerie ; maintenance des matériels ; logistique opérationnelle ; défense sol-air ; génie ; combat blindé ; combat en zone urbaine ; pilote de chasse ; appui feu air-sol. En Pologne, des instructeurs français forment déjà des bataillons ukrainiens, suffisamment cohérents pour être engagés immédiatement au combat.

Loïc Salmon

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

Armement : la coalition « Artillerie pour l’Ukraine »

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre




OTAN : 75ème anniversaire, soutien accru à l’Ukraine et partenariats extérieurs

Lors du sommet de l’OTAN tenu à Washington du 9 au 11 juillet 2024, 75 ans après de sa création, les pays membres ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine jusqu’à la victoire contre la Russie. En outre, l’OTAN approfondit des partenariats extérieurs.

Conseil OTAN-Ukraine. Les 32 chefs d’État et de gouvernement ont souligné « l’entière responsabilité de la Russie dans cette guerre (contre l’Ukraine), « violation flagrante du droit international et notamment de la Charte des Nations Unies ». Ils ont déploré « les souffrances et la destruction causées par la guerre d’agression, illégale et injustifiable, que la Russie a déclenchée en l’absence de toute provocation ». Les Alliés ont lancé le programme « NSATU » de formation et d’assistance à la sécurité en faveur de l’Ukraine, destiné à coordonner les formations et les livraisons d’équipements militaires et aussi à fournir un soutien logistique. Ils ont aussi annoncé l’adoption d’un engagement durable à l’Ukraine pour assurer sa sécurité en incluant un financement de 40 Mds€ pour l’année à venir. Le 11 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rejoint la réunion du Conseil OTAN-Ukraine, dont les membres lui ont confirmé leur aide pour une adhésion à l’OTAN, lorsque les conditions seront réunies. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a indiqué que 20 États membres de l’OTAN ont signé des accords bilatéraux avec l’Ukraine et que ce nombre continue d’augmenter. Il a ajouté qu’un centre d’analyse, d’entraînement et de formation, dénommé JATEC et auquel participera l’Ukraine, sera établi en Pologne, afin d’exploiter les enseignements à tirer de la guerre russo-ukrainienne, notamment en matière de résilience.

Partenariats extérieurs. Le 11 juillet, les dirigeants de l’OTAN ont rencontré ceux d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon, de Corée du Sud et de l’Union européenne (UE) pour parler de la sécurité commune. Face à l’alignement croissant de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, l’OTAN coopère de plus en plus étroitement avec ses partenaires de la zone Indopacifique et avec l’UE pour préserver la paix et protéger l’ordre international fondé sur des règles. Son secrétaire général a expliqué le rôle déterminant de la Chine dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en 2025 à La Haye (Pays-Bas).

Participation française à l’OTAN. En 2024, la France consacre 2 % de son produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. En outre, sa crédibilité se manifeste par l’interopérabilité dans les exercices interalliés. Ainsi, l’exercice « Steadfast Defender », le plus important de l’OTAN, a mis en cohérence des manœuvres multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel) de la guerre hybride à celle de la haute intensité. Il a englobé les exercices : « Joint Warrior », défense navale en mer de Norvège (25 février-5 mars) ; « Dragon », combats de blindés de haute intensité en Pologne (29 février-14 mars) ; « Nordic Response », combats polaires en Norvège et en Finlande (5-14 mars) ; « Springstorm », défense du territoire en Estonie (22 avril-30 mai) ; « Swift Response », opération parachutiste en Roumanie (5-24 mai) ; « Gran Quadriga », défense du territoire en Lituanie (12-31 mai) ; « Dacian Spring », déploiement d’un poste de commandement de niveau brigade en Roumanie (18-26 mai) ; « Neptune Strike » avec les groupes aéronavals français, américain, espagnol, italien et turc en Méditerranée (26 avril-16 mai). S’y ajoutent notamment : la mission « Aigle » avec un bataillon multinational de 1.000 soldats en Roumanie, où la France est nation-cadre (depuis le 28 février 2022) ; la contribution régulière à la police du ciel dans les pays baltes à partir de la Lituanie (4 Rafale de novembre 2022 à mars 2023 puis 4 Mirage 2000-5 de novembre 2023 à mars 2024) ; le système de défense sol-air Mamba déployé en Roumanie (depuis le 16 mai 2022).

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe




Armée de Terre : la zone urbaine, théâtre d’affrontement dur

Le combat dans les villes, villages et leurs abords impose procédés décentralisés, subsidiarité et initiative au plus bas échelon. Sa préparation s’effectue au Centre d’entraînement aux actions urbaines-94ème Régiment d’infanterie (Cenzub-94e RI) de Sissonne (Aisne).

Son commandant, le colonel Bertrand Blanquefort, en a présenté les spécificités à la presse le 23 mai 2024 à Paris.

Un environnement égalisateur. Enjeu de conflits, la ville a donné son nom à plusieurs batailles, notamment celles de Stalingrad (URSS, 11 juillet 1942-2 février 1943), Grozny (Tchétchénie, 31 décembre 1994-8 février 1995), Sarajevo (6 avril 1992-14 décembre 1995), Mossoul (Irak, 16 octobre 2016-20 juillet 2017) et Marioupol (Ukraine, 24 février-20 mai 2022). Cœur politique, économique, industriel, culturel ou sanitaire d’une société, elle est devenue une caisse de résonance médiatique, une source de risques technologiques et aussi un milieu favorable à la désinformation. L’urbanisation, actuellement de 50 %, de la population mondiale, devrait passer à 70 % en 2050. Les zones urbaines se caractérisent par une grande diversité en termes de tailles et de quartiers, à savoir habitat précaire, espace pavillonnaire, zone industrielle ou centre historique aux rues étroites. Chaque quartier représente un environnement différent avec des conséquences sur la manœuvre et l’emploi des armes et des munitions. En raison des réseaux souterrains, des habitations en surface ou à plusieurs étages, la menace peut venir de partout et complique la situation tactique, faute de connaître avec précision la localisation des unités amies ou ennemies. Les destructions transforment les bâtiments en amas de béton et de ferrailles rendant difficile la circulation en véhicule ou à pied. La présence résiduelle de la population contraint à rester prêt à combattre. En conséquence, un adversaire léger et irrégulier peut résister à une force régulière pourtant mieux équipée. Selon les analyses du Cenzub-94e RI, une opération offensive nécessite huit soldats pour déloger un seul adversaire bien installé en défense en ville. Le milieu urbain use les équipements et devient très vite éprouvant physiquement et psychologiquement pour les soldats car les distances d’engagement au contact des foules sont très courtes.

L’expertise du Cenzub. Créé le 1er juillet 2004, le Centre d’entraînement aux actions urbaines vise à entraîner des unités de l’armée de Terre au combat interarmes dans cet environnement difficile, consistant à manœuvrer et à tirer pour les aguerrir, en vue de remporter la bataille en limitant les pertes. Entre 2008 et 2012, sont construits le site de Jeoffrécourt, représentant une ville de 5.000 habitants, et une zone spécifique de tir dans un espace urbain permettant l’entraînement à balles réelles. Le 1er juillet 2013, le Cenzub est affilié au 94ème Régiment d’artillerie. A partir de 2017, il développe le programme « Cerbère » pour simuler les effets des armes, animer le champ de bataille et analyser les actions au combat. Cerbère offre notamment une capacité de géolocalisation et de suivi en temps réel, y compris à l’intérieur d’un bâtiment. En 2021, il y ajoute un complexe d’entraînement souterrain sous la forme d’un réseau de 400 m de galeries enterrées sur deux niveaux. La même année, il crée la section exploratoire robotique à la suite des observations des conflits actuels, où sont employés l’artillerie, les drones, le minage et le brouillage. Cette section s’intègre au projet « Vulcain » de l’armée de Terre portant sur le développement de l’emploi des drones et des robots au combat. Elle réalise des expérimentations en coordination et sous le pilotage de la section tactique de l’armée de Terre au sein du Commandement du combat futur. Le Cenzub-94e RI compte 500 personnes, militaires et civiles, pour accueillir, chaque année et par rotation, environ 15.000 soldats de l’armée de Terre ainsi que ceux de nombreuses unités étrangères.

Loïc Salmon

Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

Armée de Terre : les blindés dans les combats futurs

Armée de Terre : le combat dans les conflits de haute intensité




Armée de l’Air et de l’Espace : complémentarité des moyens d’action et modernisation

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) doit pouvoir remplir ses missions, du combat de haute intensité et de la projection lointaine à la surveillance de la très haute altitude et de l’espace, tout en poursuivant sa modernisation.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Stéphane Mille, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 6 février 2023 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Combat et projection de puissance. L’absence de contrôle de l’espace aérien de l’Ukraine, par l’aviation russe, et de toute tentative de neutralisation de sa défense sol-air, a surpris, constate le général Mille. Le conflit en Ukraine se réduit à une campagne d’artillerie. La vente ou la cession de Mirage 2000 français à l’Ukraine ou à un autre pays dépend de trois conditions préalables : besoins exprimés ; non escalade de conflit ; ne pas affecter les capacités de l’AAE. Les Mirage 2000 C de défense aérienne ne volent plus depuis juin 2022, mais certains pays sont intéressés par leurs pièces détachées. Pour les déplacements sur une longue distance, l’OTAN demande des capacités à 4 jours, 4 semaines ou 4 mois avec l’empreinte logistique la plus faible possible. L’AAE a démontré les siennes lors des missions « Pégase 2018 » et « Pégase 2022 » en zone Indo-Pacifique avec la participation à l’exercice « Pitch Black » en Australie. De tels raids ne sont guère réalisables depuis la Polynésie française ou la Nouvelle-Calédonie, faute d’infrastructures d’accueil suffisantes.

Nouveaux champs. Le survol des Etats-Unis à très haute altitude, par un ballon chinois qui a été détruit par un avion de chasse américain au-dessus de l’Atlantique (4 février 2023), entre dans la logique de cette « zone grise », estime le général Mille. Les innovations technologiques offrent des perspectives commerciales et militaires dans cet espace, compris entre 20 km et 100 km d’altitude mais non régulé par un traité ou une convention. En vue d’établir une doctrine d’action, le chef d’Etat-major des armées a donné mandat à l‘AAE pour réfléchir aux aspects juridiques et technologiques de la très haute altitude, avec remise des conclusions à l’été 2023. Il faudra aussi en évaluer la surveillance depuis le sol ou depuis l’espace. Quant aux menaces de vecteurs hypersoniques, la protection du territoire national reste assurée par la dissuasion nucléaire, souligne le général Mille. Les drones armés Reaper de l’AAE pourraient être déployés sur d’autres endroits stratégiques. Enfin, l’Eurodrone, futur drone européen MALE (moyenne altitude longue endurance), serait utilisable pour la surveillance d’un espace contesté ou comme relais en dehors d’un conflit de haute intensité.

Modernisation. Le général Mille a rappelé les enjeux de l’AAE : défense sol-air ; protection des troupes en opérations au sol ; dispositif particulier de sécurité aérienne lors d’un événement ; projection de bases aériennes avancées. Outre la mise en réseau de tous les simulateurs, la préparation des équipages à des missions de plus en plus complexes nécessite de mixer le virtuel et le réel…en vol ! Les partenariats seront recherchés avec des pays disposant d’une capacité aéronautique et spatiale, car la surveillance de l’espace concerne surtout les orbites basses. Pour les missions humanitaires dans les outre-mer, le successeur du Casa verra le jour en 2030. Quant à la défense et aux opérations aériennes, le passage au « tout Rafale » devrait être réalisé en 2035. Enfin, le nouveau missile ASN4G entrera en service dans la composante nucléaire aéroportée vers 2030.

Loïc Salmon

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Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

Les expériences acquises dans les opérations extérieures permettront les meilleures prises en charge, médicale et chirurgicale, possibles des blessés dans un engagement de grande intensité, sans entraver la manœuvre tactique.

Le 22 juin 2022 à Paris, le médecin chef des services Didier Lanteri du Service de santé des Armées (SSA) a présenté à la presse ce parcours de moins de 24 heures, échelonné du lieu de combat à un hôpital militaire métropolitain. De son côté, le général de division Yann Gravêthe, directeur par intérim de la Délégation à l’information et à la communication de la défense, en a exposé le contexte militaire.

Précocité et capacité. La planification médicale suit la règle du « ten one two », à savoir 10 minutes, 1 heure, 2 heures, indique le médecin chef. L’hémorragie constitue la première cause de mortalité des blessés de guerre et l’obstruction des voies respiratoires la deuxième. Ces deux gestes élémentaires de survie doivent être réalisés dans les 10 premières minutes. Tous les militaires étant formés au sauvetage de combat premier niveau, le binôme du blessé peut lui poser un garrot en cas de plaie hémorragique d’un membre. Un autre militaire, qualifié deuxième niveau, initie la maîtrise des voies respiratoires, si le cas se présente. Dans la première heure qui suit la blessure, un médecin et un infirmier ont le temps de prendre le relais, notamment en cas d’attaque de convoi par un engin explosif improvisé. Tout blessé hémorragique subit la « triade létale », qui associe hypothermie (le corps se refroidit très vite), troubles de la coagulation et désordre métabolique majeur. L’équipe médicale lui injecte du plasma lyophilisé, mis au point par le SSA. Entretemps, un hélicoptère médicalisé, transportant des poches de sang pour la transfusion, évacue le blessé vers l’un des deux blocs opératoires de l’Antenne de réanimation et de chirurgie de sauvetage (ARCS) dans les deux heures. Puis, la « chirurgie écourtée » limite les risques fonctionnels jusqu’à l’évacuation en métropole, par avion Falcon médicalisé, jusqu’à un hôpital militaire, où le blessé sera repris au bloc dans les 48 heures. La télémédecine permet d’obtenir, sur le terrain, l’avis d’un médecin spécialiste. En cas d’afflux massif de blessés, un avion MRTT Phénix, équipé du dispositif « Morphée », achemine une ARCS (13 personnes, dont 3 chirurgiens et 1 médecin anesthésiste-réanimateur) en moins de trois heures.

Risques et solidarité. Outre le risque inhérent à l’engagement militaire et qui va jusqu’à l’acceptation de la mort, la blessure et l’accident grave font partie du métier des armes, souligne le général Gravêthe. Ces aléas se produisent lors des opérations en France ou à l’étranger ou au cours d’une préparation exigeante. En amont des opérations, l’aptitude, la formation, l’entraînement et la prévention contribuent à réduire ces risques pour les personnels, une fois engagés dans l’action. Cette réduction est accrue par les missions, les équipements, les dispositifs de protection individuels ou collectifs et la manœuvre elle-même. En outre, la chaîne de santé, déployable partout dans le monde, est mise en œuvre sur le lieu et dès l’instant où survient la blessure. Après la réhabilitation sanitaire, les dispositifs de soutien et de réinsertion des blessés, via un congé de reconversion, ont été renforcés. Une politique de prévention, de dépistage de suivi et d’accompagnement des syndromes post-traumatiques a été mise en place. Outre une assistance financière, le Plan famille aide les conjoints des militaires blessés ou décédés à trouver un emploi.

Loïc Salmon

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Marine : interopérabilité et résilience, plus vite et plus fort

Avec ses innovations technologiques et ses talents, la Marine se prépare aux futures interventions en interarmées et en coalition. L’Europe va se projeter au-delà de la Méditerranée, jusqu’à l’arc Iran-Pakistan et l’Afrique.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 8 mars 2022 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Bouleversement géopolitique. Le monde vient d’entrer dans une logique de puissance remettant en cause l’architecture de sécurité internationale, souligne le CEMM. L’intervention russe en Ukraine ne constitue pas une crise, comme au Proche-Orient, mais un changement profond sur les plans militaire et économique affectant les approvisionnements en pétrole, gaz (russe) et blé (russe et ukrainien). Elle ne se réduit pas à la mer Noire, mais s’inscrit dans un ensemble cohérent du port de Sébastopol (Crimée) à celui de Mourmansk (Nord du cercle polaire arctique). Déployé en Méditerranée orientale en support de la mission OTAN, le groupe aéronaval lance deux patrouilles de chasseurs Rafale et une de l’avion de guet aérien Hawkeye chaque jour. Un Rafale peut effectuer un aller-retour jusqu’en Roumanie en 1h30. Un sous-marin nucléaire d’attaque se trouve en océan Indien et la frégate de surveillance Vendémiaire en mer de Chine. Selon le document Brèves Marines (octobre 2021) du Centre d’études stratégique de la marine, des Etats historiquement maritimes renforcent leurs capacités en sous-marins et navires de surface et de débarquement. Plusieurs puissances émergentes, dont la Turquie, acquièrent des capacités de protection, d’intervention et parfois de projection océanique. En outre, l’Asie rassemble 55 % des sous-marins en service dans le monde, d’abord en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Australie, en Inde et au Pakistan, puis au Viêt Nam, en Birmanie, en Thaïlande et au Bangladesh. Faute de pouvoir mettre en œuvre un porte-avions, des Etats se dotent de bâtiments d’assaut amphibies.

Combat aéromaritime. L’exercice « Polaris 2021 » a permis de renforcer les capacités en combat aéromaritime de haute intensité. Du 18 novembre au 3 décembre 2021 sur les façades méditerranéenne et atlantique, il a mobilisé plus de 6.000 militaires français (130 soldats de l’armée de Terre) et étrangers et, notamment, le porte-avions nucléaire Charles-de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre. « Polaris 21 » a provoqué un changement de la manière de penser, estime le CEMM. Il a mis en œuvre deux forces symétriques, qui ont dû gérer leurs ressources en pétrole et en munitions et innover sur le plan tactique. Les commandants d’unités ont dû utiliser de nouvelles technologies et de nouveaux concepts, afin de surprendre l’adversaire pour conserver leur liberté d’action. Habitué à se préparer à la guerre selon une doctrine et par l’entraînement, le chef d’aujourd’hui doit faire face à l’incertitude, l’imprévu et la vulnérabilité consécutive à une perte de communication par satellite ou un dysfonctionnement du GPS, indispensables aux missiles de croisière. Il s’agit de maintenir le combat au même niveau, mais en mode dégradé, grâce à la résilience globale où chaque opérateur doit pouvoir être remplacé par un autre. Des marins « ambassadeurs internes » expliquent à d’autres marins comment changer de métier en cours de carrière. Sur le plan technique, le drone naval mode hélicoptère, véritable œil déporté, sera expérimenté mi-avril pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 ».

Loïc Salmon

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Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée




Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique