Union européenne : Livre blanc de la Défense à l’horizon 2030

Dans un Livre Blanc accompagné d’un train de mesures sur quatre ans, la Commission européenne a présenté ses objectifs et ses moyens pour combler le sous-investissement chronique de l’Union européenne en matière de Défense.

Ces documents, publiés le 19 mars 2025 à Bruxelles, ont fait l’objet d’une note de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale française le 20 mars. Ils visent à accélérer la transformation de la défense, renforcer la frontière terrestre avec la Russie et la Biélorussie et développer les partenariats avec d’autres pays partageant les mêmes valeurs.

Contexte stratégique. Le voisinage direct de l’Union européenne (UE) se trouve déstabilisé par les tensions croissantes dans les Balkans occidentaux, l’influence de la Russie en Géorgie, Moldavie et Arménie, et l’incertitude permanente en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, affectés par les guerres, le terrorisme, les migrations et les effets du changement climatique. S’y ajoutent les menaces hybrides, à savoir les cyberattaques massives, la désinformation à grande échelle, l’espionnage industriel et l’instrumentalisation des migrations. Quoique alliés de l’UE, les États-Unis réorientent leur attention stratégique vers l’Asie. La Chine poursuit une montée en puissance militaire, rapide et opaque, avec des visées hégémoniques en Indopacifique menaçant le détroit de Taïwan. La Russie consacre 40 % de son budget à ses forces armées avec une posture nucléaire agressive, notamment par le déploiement d’armes nucléaires en Biélorussie. L’UE prévoit d’augmenter son soutien militaire à l’Ukraine, même dans l’hypothèse d’une cessation des combats, par un approvisionnement annuel d’au moins deux millions d’obus, la fourniture de drones et de systèmes de défense aérienne avec un soutien au renforcement de ses capacités. Le Livre blanc prévoit des corridors de transport rapide d’équipements vers Ukraine et l’intégration de son retour d’expérience de la guerre de haute intensité dans les programmes européens de recherche et développement.

Montée en puissance. Le Livre blanc spécifie les déficiences à traiter en priorité pour restaurer une crédibilité militaire : défense aérienne et antimissile intégrée contre les missiles balistiques, systèmes hypersoniques et drones ; artillerie et systèmes de frappe longue portée en assurant un approvisionnement suffisant en munitions et missiles ; drones et systèmes anti-drones pour développer une capacité autonome de surveillance et de riposte. La mobilité militaire sera renfoncée par une circulation rapide et efficace de troupes et de matériels à travers l’UE par des investissements urgents dans les infrastructures critiques (ponts, tunnels, terminaux portuaires et aéroportuaires), la suppression des obstacles administratifs (harmonisation des règles douanières, logistiques et de circulation transfrontalière) et l’accès prioritaire des forces armées aux réseaux de transport. Les capacités avancées seront développées, notamment en intelligence artificielle, technologies quantiques, guerre électronique et cybersécurité. Les infrastructures stratégiques seront protégées par la sécurisation des réseaux logistiques, des systèmes de communication et des capacités spatiales. Les chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques et composants essentiels seront sécurisées par leur production ou leur acquisition au sein de l’UE ou via des mécanismes d’achat commun. En outre, il s’agit de garantir visibilité et prévisibilité aux industriels par des commandes publiques pluriannuelles, structurées autour de la commande groupée entre États membres. Un mécanisme de ventes européennes vise à réduire les délais de livraison. L’instrument financier SAFE, qui exclut implicitement la Grande-Bretagne, sera doté de 150 Mds€ de prêts pour soutenir les investissements militaires conjoints, réaliser des économies d’échelle importantes et renforcer l’interopérabilité des systèmes militaires.

Loïc Salmon

Europe : réarmement, épreuves technologiques et industrielles

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais

A la suite de l’accord du 26 novembre 2024 entre Israël et le Liban, la Task Force (TF) franco-américaine Cèdre est chargée de contrôler la cessation des hostilités sur le terrain avec l’appui de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Le général de brigade Guillaume Ponchin, représentant de la France au sein de la TF Cèdre, l’a présentée à la presse le 27 février 2025 à Paris.

La TF Cèdre. L’article 12 de l’accord stipule notamment que seules les forces militaires et de sécurité libanaises peuvent être déployées dans le sud du Liban après le retrait de Tsahal (forces armées israéliennes). La TF Cèdre doit poursuivre la « déconfliction », à savoir une procédure de sécurité militaire spécifique visant à prévenir les attaques et les meurtres par erreur de soldats appartenant à la même partie ou à une partie alliée à un conflit armé. La TF Cèdre doit aussi appuyer la montée en puissances des forces armées libanaises (FAL) et démanteler des infrastructures et des équipements militaires non étatiques. Son action se traduit par un dialogue quotidien entre les FAL et Tsahal. Entre le 17 janvier et le 17 février 2025, Tsahal s’est  retiré de la partie occidentale de la zone Sud du fleuve Litani, sauf de cinq polygones estimés stratégiques (voir carte). Ensuite, les FAL ont enlevé, classé et détruit les armes et autres équipements militaires découverts sur le terrain. Leur implantation sur la zone évacuée prend du temps en raison des difficultés d’accès dues aux destructions survenues et au danger représenté par les mines, engins explosifs improvisés, obus non explosés et pièges. Le 18 février et après dépollution du terrain, les FAL ont pris position dans la plus grande partie de la zone évacuée par Tsahal pour permettre à la population de revenir et pour renforcer la crédibilité de l’action du nouveau gouvernement libanais en matière de sécurité. Du 27 novembre 2024 au 17 février 2025, la TF Cèdre a réalisé plus de 1.200 actions de médiations ou de déconfliction, menées jour et nuit. Les FAL ont procédé à plus de 170 actions de désarmement d’installations militaires illégales et à plus de 250 destructions. En coordination avec la Finul, la TF Cèdre poursuit ses missions pour permettre le retour de la pleine souveraineté de l’État libanais dans ses composantes régaliennes sur l’ensemble de son territoire.

La Finul. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban a été établie en mars 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du Sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Le mandat de la mission a été ajusté deux fois en raison de l’incursion de Tsahal en 1982 et de son retrait en 2000. Après la crise de juillet-août 2006, le Conseil a décidé que la Finul devra, en sus de l’exécution de son mandat d’origine, contrôler la cessation des hostilités, accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud et fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. En décembre 2024, les effectifs de la Finul se montent à 9.730 militaires, dont 208 officiers. Depuis sa création, la Finul déplore la mort de 338 personnels. Début 2025, les dix principaux pays qui fournissent des contingents et du personnel de police aux opérations sont : l’Indonésie, 1.252 personnels ; l’Inde, 897 personnels ; le Ghana, 878 personnels ; le Népal, 874 personnels ; l’Italie, 846 personnels ; la Malaisie, 852 personnels ; l’Espagne, 690 personnels ; la France, 615 personnels ; la Chine, 419 personnels ; l’Irlande, 326 personnels. La Finul comprend : la Force Commander Reserve, armée par un bataillon franco-finlandais pour réagir rapidement ; la Maritime Task Force pour la surveillance des approches maritimes ; l’Air Medical Evacuation Team avec deux équipes médicales, italienne et française, pour les secours d’urgence.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Liban : l’opération « Amitié », réactivité et efficacité

Liban (1978-1986) : actions de la Marine nationale




Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Déclenchée le 24 février 2022 par la Russie, la guerre en Ukraine se déploie dans tous les milieux (terre, air, mer, cyber et espace) et le champ informationnel et celui des perceptions. Elle est passée de la haute intensité à un format hybride mêlant armes d’usure et haute technologie.

Cette évolution a été présentée à la presse, le 20 février 2025 à Paris, par le général de brigade Rodolphe Hardy, commandant en second du Combat futur de l’armée de Terre et chargé du retour d’expérience, et le vice-amiral Emmanuel Slaars, sous-chef d’état-major « opérations aéronavales » de l’état-major de la Marine.

Opérations terrestres. Sur la défensive depuis le 30 novembre 2023, les forces armées ukrainiennes (FAU) semblent dans l’incapacité de reprendre l’ascendant sur les forces armées russes (FAFR), indique le général Hardy. Au cours de 2024, ces dernières enregistrent progressivement des gains territoriaux en recherchant l’anéantissement de l’ennemi. Tactiquement, elles pratiquent le combat en zone urbaine, modélisé en phase préparatoire, encerclement, attrition et conquête. Le 17 février, après quatre mois de combats et le repli des FAU, les FAFR ont investi la ville d’Avdiivka (Sud de l’Ukraine) et reprennent l’initiative dans le Donbass. La contre-offensive ukrainienne de 2023 ayant échoué, la loi sur la mobilisation entre en vigueur le 18 mai, baisse l’âge de la mobilisation de 27 à 25 ans et rend l’engagement possible jusqu’à 60 ans. Il s’agit en effet de tenir un front de près de 1.000 km et de compenser les pertes massives. Le 6 août, les FAU entrent dans l’oblast (division administrative) russe de Koursk (Est de l’Ukraine) et progressent rapidement dans le secteur de Soudja, mais les FAFR se réorganisent et forment de nouvelles lignes défensives. Le 2 octobre, ces dernières prennent, en deux mois, la ville de Vouhledar, bastion ukrainien de la région du Donetsk et qui avait résisté deux ans. Le 18 octobre, les services renseignement sud-coréens signalent un déploiement ferroviaire de 12.000 soldats nord-coréens vers la Russie. Le 21 novembre, un missile balistique intercontinental russe Orechnik, de portée intermédiaire (3.000-5.500 km) et capable d’emporter une charge nucléaire, frappe la ville de Dnipro. Le conflit se caractérise par l’incapacité des deux côtés à maîtriser le ciel à cause des défenses sol-air, par l’emploi de l’artillerie et de la frappe dans la profondeur, la transparence du champ de bataille (drones et satellites) et le raccourcissement du cycle innovation, mise en service et retour d’expérience. Mais la technologie ne remplace pas l’engagement du soldat ni la nécessité des réserves.

Opérations navales. Selon l’amiral Slaars, de nombreux navires russes, venus de Mourmansk, Kaliningrad, Méditerranée et Vladivostok, ont rallié la mer Noire dès janvier 2022, afin de la verrouiller : 2 croiseurs ; 2 destroyers ; 1 frégate ; 1 pétrolier-ravitailleur ; 6 bâtiments amphibies. Pourtant les FAFR abandonnent l’idée d’un débarquement dans les ports ukrainiens d’Odessa et de Kherson en juin 2022, privilégiant des assauts terrestres sur Kiev et Hostomel, qui échouent. De juillet 2022 à juillet 2023, des initiatives internationales, notamment de la Turquie, tentent de restaurer la liberté de navigation en mer Noire. De juillet 2023 à octobre 2024, la plupart des navires russes sont détruits ou endommagés, à quai ou dans des bassins d’entretien, par des missiles de croisière ukrainiens. Depuis juin 2023, l’Ukraine a pu reprendre ses exportations de céréales au niveau de celui de 2021 (45 Mt) et de pétrole (60 % des exportations en volume financier) grâce à la mise sur pied d’un corridor. La Russie contourne les sanctions internationales par la mise en œuvre d’une flotte de commerce fantôme. Toutefois, la mer Noire reste infestée d’un millier de mines défensives et offensives. Le conflit souligne l’importance des armes de précision, de la maîtrise du spectre électromagnétique (données venant de l’espace ou du sol), du traitement de la donnée et de la lutte anti-drones.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Ukraine : accélération de l’innovation en temps de guerre

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

 




Défense : généraliser l’utilisation de l’IA au ministère des Armées

Avec déjà plus de 400 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA), le ministère des Armées développe l’accès aux données, les infrastructures, les capteurs et les capacités de calcul dans l’administration et les opérations. Un investissement massif dans ce domaine en France a été annoncé lors du sommet mondial pour l’action sur l’IA tenu à Paris les 10 et 11 février 2025.

Orienter, anticiper et accélérer. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), créée en mai 2024, dispose d’un pôle recherche, situé à l’École polytechnique à Palaiseau (banlieue parisienne), et d’un pôle technique, localisé chez DGA Maîtrise de l’Information à Bruz (Bretagne), afin que la France conserve sa souveraineté en matière d’IA. Son effectif de 100 personnes au 1er janvier 2025 doit passer à 300 en 2026, dont 250 au pôle technique et 50 au pôle recherche. Le 10 février, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un investissement de 109 Mds€, auquel participent les Émirats arabes unis, sur les cinq prochaines années pour la construction de centres de données et d’infrastructures associées dans une trentaine de sites en France. Dès 2025, un super calculateur permettra de mettre en œuvre des opérations mathématiques considérables pour préserver et traiter les données confidentielles. L’IA pourra traiter la masse de données générées par les satellites, radars, smartphones et réseaux sociaux pour proposer des choix prévus à l’avance, afin de gagner du temps en raison de l’urgence d’une situation ou du volume trop important de données. Elle devient indispensable dans l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, la logistique, le ravitaillement, la santé du personnel et les ressources humaines. Sur le champ de bataille où chaque seconde compte, l’IA permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire. L’IA analyse et traite l’information de façon plus globale et rapide qu’un opérateur humain.

Combat collaboratif info-valorisé. Les forces armées vont se transformer en réseaux de systèmes interconnectés, capables de s’adapter rapidement à un environnement opérationnel en constante évolution. L’IA va collecter et fusionner les données de multiples capteurs (radars, caméras, véhicules et drones) pour fournir une image complète de l’environnement opérationnel en temps réel. Ce sera le cas pour l’armée de l’Air et de l’Espace avec le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) et pour l’armée de Terre avec le programme Scorpion (Synergie du contact transformée par la polyvalence et l’info-valorisation). Pour les systèmes d’observation de Scorpion, l’Amiad a mis au point une « détection d’engins assistée par l’IA » (Demaia) qui alerte l’équipage d’un véhicule des premiers indices de danger et accélère sa compréhension de l’environnement en vue d’une décision plus rapide. Libéré des tâches d’observation, l’équipage se concentre alors sur ses actions en vue d’un avantage décisif sur le terrain. La Demaia dispose de viseurs optroniques de nouvelle génération enrichissant en temps réel les flux vidéo des différents capteurs. Son algorithme avancé assure une détection précise des véhicules amis ou ennemis, tout en intégrant ces données à l’environnement tactique. Il s’ensuit un gain en sécurité et en réactivité. Par ailleurs, l’Amiad et DGA Maîtrise de l’Information ont développé le démonstrateur Oasis qui détecte et identifie les drones amis ou ennemis dans l’environnement électromagnétique, grâce à une analyse fine et précise par l’IA. En outre, Oasis neutralise les capacités adverses par un brouillage sélectif rendant la détection du brouilleur plus difficile, tout en préservant les capacités opérationnelles alliées. L’Amiad et la section technique de l’armée de Terre travaillent sur le système Proteus standard 2, constitué d’un canon anti-aérien de 20 mm, d’une caméra et d’un ordinateur, pour intégrer l’IA, prédire la position future de la cible, proposer la visée et calculer des tirs ultraprécis.

Loïc Salmon

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

 




DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

La Direction générale de l’armement (DGA) a mis en place un outil économique et productif résistant aux crises majeures afin de fournir, dans la durée, les équipements nécessaires aux armées en cas de guerre.

Le bilan 2022-2024 a été rendu public dans un document le 9 décembre 2024 à Paris.

Cadences et capacités de production. Les mesures normatives de priorisation des commandes dans le cadre la loi de programmation militaire 2024-2030, l’introduction de nouvelles technologies de production, la renégociation des contrats et l’accompagnement des entreprises de la Base industrielle et technologique de défense ont permis de produire plus et plus vite pour conserver l’autonomie stratégique. Ainsi, le temps de production chez le groupe électronique de défense Thales est passé de 18 à 6 mois. L’accélération de la production des missiles Aster permettra d’en livrer six fois plus que prévu en 2025. La production de canons Caesar (photo) chez KNDS a triplé avec une réduction du délai entre la commande et la livraison, passé de 30 à 15 mois. Celle des bombes AASM (armement air-sol modulaire) a doublé. La production d’obus de 155 mm a été multipliée par 60. La cadence de fabrication de missiles Mistral (air-sol très courte portée) de MBDA aura été multipliée par 4 entre 2022 et 2025. Face aux accélérations, les industriels ont anticipé leurs approvisionnements pour améliorer leur réactivité. Des clauses d’accélération de production ont été introduites dans la commande globale de MPP (missiles de moyenne portée) passée en 2023. Alors qu’il s’élevait chaque année à 9,5 Mds€ entre 2012 et 2016, le montant des commandes a atteint 20 Mds€ en 2023. A titre indicatif, voici les montants des commandes en attente de livraisons au 31 décembre 2023 : Thales, 6 Mds€ ; Airbus Defense and Space, 5 Mds€ ; Airbus Helicopters, 5 Mds€ ; Dassault Aviation, 5 Mds€ ; Naval Group, 4 Mds€ ; MBDA, 3 Mds€ ; Safran (équipements aéronautiques), 2 Mds€ ; chantiers navals hors Naval Group, 1,5 Md€ ; KNDS, 1,5Md€ ; Arquus (véhicules terrestres), 1 Md€. En 2023, près de 25 % des commandes ont été attribuées à 21.000 entreprises petites, moyennes, intermédiaires et start-ups, soit 6,8 Mds€.

Expertise et essais. D’un coût de 40 M€, les principaux essais effectués par la DGA ont nécessité 6,9 millions d’heures d’ingénierie en 2023. Deux tirs d’exercice et deux tirs au banc du propulseur ont concerné le planeur hypersonique VMAX et les missiles balistiques de la Force océanique stratégique. De nombreux essais, notamment de lutte anti-drones, ont été effectués pour la préparation opérationnelle des forces armées. Des essais qualifiants ont eu lieu pour le système d’autoprotection guerre électronique Spectra F4 du Rafale. A la suite d’essais sur le segment spatial Syracuse, le satellite de communications Syr4B a été lancé du site guyanais. Le transport aérien du missile Aster par avion A400M a été testé pour ravitailler la frégate multi-missions Languedoc. Les forces armées ont reçu 185 outils cyber. Des expertises et des essais ont été effectués pour améliorer les performances des équipements de protection individuelle NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) en service. Pour le sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération, des calculs numériques et des essais au grand tunnel hydrodynamique du propulseur ont été effectués pour évaluer les caractéristiques propulsives et acoustiques. Des essais d’acceptation ont eu lieu sur le Dugay-Trouin, 2ème sous-marin de la classe Suffren. La frégate Aconit de type La Fayette est en rénovation à mi-vie avec des essais d’acceptation. Les premiers essais sur des munitions téléopérées actives ont été entrepris. Des essais sur la protection du porte-avions nucléaire de nouvelle génération ont eu lieu. D’autres ont validé la sûreté de fonctionnement des logiciels autorisant le déploiement du drone armé Reaper Block5 en métropole.

Loïc Salmon

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

Armement : les commandes majeures de 2023

Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

 




AAE : préparation à la guerre de haute intensité au niveau OTAN

La partie aérienne du programme OTAN annuel « Tactical Leadership Program » (TLP) prépare l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) aux missions massives en coalition dans un environnement hostile.

Elle se déroule à Albacete (Espagne) du 23 janvier au 14 février 2025. La préparation opérationnelle de l’AAE a été présentée à la presse le 9 janvier à Paris par le général Pierre Gaudillière, commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse, et le lieutenant-colonel Julien Fond, officier de liaison à la mission de défense à Madrid.

Préparation opérationnelle « chasse ». Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient montrent que la bataille dans le ciel, depuis le ciel et vers le ciel revient en force et que la puissance militaire aérospatiale se trouve en première ligne, souligne le général Gaudillière. La Brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC) compte 40 unités, 4.000 aviateurs, 240 avions de chasse et de reconnaissance et 20 sections de défense sol-air réparties sur 20 sites en France et à l’étranger. La défense sol-air, présente sur les différents théâtres et conflits en cours, a été intégrée à la BAAC au titre d’une cohérence de la maîtrise du ciel et d’une complémentarité d’action de la défense aérienne, du sol aux plus hautes couches de la stratosphère. L’entraînement, qui prépare à des engagements de plus en plus durs dans un environnement dégradé et évolutif, inclut le brouillage des systèmes d’information, pour que les pilotes accomplissent des missions sans GPS, et des contraintes sur la mécanique et la logistique. Dans la logique de la haute intensité, il s’agit de réfléchir à des procédures s’éloignant des normes du temps de paix et de les mettre en œuvre, comme le ravitaillement en kérozène d’un Mirage 2000 moteur tournant ou la pose manuelle de missiles sur les avions. La BAAC renforce sa crédibilité dans des exercices internationaux. Ainsi lors de la mission « Pégase 24 » dans la zone Indopacifique, son détachement a participé aux exercices « Arctic Defender » en Alaska et « Pitch Black » en Australie dans des conditions agressives très réalistes. « Ramstein Flag 2024 », en Grèce, a mis en œuvre près de 200 avions et des systèmes sol-air dans un contexte très complexe.

« Tactical Leadership Program ». Le TLP organise trois stages majeurs « chef de mission » pour des opérations comprenant plus de 30 aéronefs de tous types et des moyens terrestres et navals, indique le lieutenant-colonel Fond. Les missions portent sur la défense aérienne, la pénétration, la destruction de systèmes sol-air, le bombardement, le sauvetage, la défense sol-air, la reconnaissance et le soutien de troupes au sol. Le TLP organise aussi 12 stages sur la récupération et le sauvetage, la simulation pour les jeunes équipages, la formation spécifique au renseignement et l’acquisition de connaissances théoriques. La France participe au stage de janvier-février 2025 avec 20 avions et 1 système de simulation de menace sol-air Arpège. Les stagiaires effectuent une mission complète différente chaque jour, soit 12 heures de travail d’affilée décomposé en 4 heures de préparation, 4 heures d’exécution et 4 heures de « débriefing ». En 2009, la France a rejoint le TLP qui accumule près de 50 ans d’expérience et inclut l’Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Grèce, l’Italie, le Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Capable de former près de 500 stagiaires par an, il est localisé en Espagne, qui le finance 20 % et jouit de bonnes conditions météorologiques permettant d’éviter toute annulation. Sa vaste zone d’entraînement est disponible quatre fois par an vis-à-vis du trafic aérien civil. Le TLP propose des scénarios incluant le cyber, l’espace et des composantes aériennes, maritimes, terrestres et forces spéciales. Le réalisme et la complexité sont accrus par l’intégration de menaces simulées dans des missions réelles. Toutefois le risque zéro n’existe pas. Ainsi le 26 janvier 2015 à Albacete, neuf aviateurs français sont morts dans un accident causé par un chasseur F16 grec.

Loïc Salmon

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Armée de l’Air et de l’Espace : retour d’expérience de « Pégase 2024 » en Indopacifique

Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »




DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

En anticipant les menaces, la Direction générale de l’armement (DGA) conçoit et réalise les armes futures de la dissuasion nucléaire, qui représente 13 % de l’effort financier national pour la défense.

La dissuasion prévient toute attaque d’un pays étranger envers les intérêts vitaux de la France. Elle se fonde sur la peur de la riposte française par l’arme nucléaire, qui causerait chez l’adversaire des dégâts jugés inacceptables. La mission de la DGA dans ce domaine a été présentée à la presse, le 9 décembre 2024 à Paris, par un ingénieur général de l’armement.

Capacités et responsabilités. La dissuasion, en constante évolution, constitue un ensemble cohérent entre la Force océanique stratégique, les Forces aériennes stratégiques, la Force aéronavale nucléaire, les transmissions nucléaires et les moyens et programmes annexes d’infrastructures, de protection et de projection. Elle implique les industriels, le Commissariat à l’énergie atomique, les armées et la DGA. Celle-ci emploie un millier d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécifiquement formés et dispose de 15 implantations, de 9 centres d’essais et du bâtiment d’essais et de mesures Monge, pour assurer la sécurité des essais en vol (mer, air et espace) et tester les armements nucléaires. Elle suit les tendances, compare les armements concurrents, évalue des technologies en amont et conçoit les moyens de s’en prémunir. Elle travaille sur les rejets gazeux et la signature magnétique des sous-marins, les raids aériens en pays ennemi et le planeur hypersonique. Les équipements les plus perfectionnés restent réservés à la dissuasion. Vu les durées de vie d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE, 40 ans) et des missiles balistiques stratégiques (15-30 ans), elle explique au pouvoir politique que ses décisions prendront effet dans 10 à 20 ans.

Scénarios et essais. Selon la DGA, la dissuasion nucléaire ne consiste pas à reproduire les mêmes schémas avec des avions et missiles identiques, car les radars de détection et les systèmes de défense sol-air évoluent. Les scénarios portent, non pas sur la confrontation, mais sur l’évaluation des moyens adverses et modes d’emplois futurs pour le maintien de leur crédibilité. Le concept français de l’ultime avertissement est plus facile à appliquer par la composante aéroportée que par le tir d’un missile balistique depuis le fond des mers. La DGA propose au président de la République une gradation dans la démonstration, la dialectique avec les pays compétiteurs, voire l’action. Un raid nucléaire mobiliserait les Rafale porteurs du missile moyenne portée amélioré actuel, des avions ravitailleurs, des AWACS (alerte avancée), les frégates de défense aérienne du groupe aéronaval, les bâtiments ravitailleurs et les sous-marins d’attaque. Outre des messages plus discrets, la détermination et la capacité de la France se manifestent par le départ en patrouille d’un SNLE et des essais en conditions représentatives de l’utilisation opérationnelle, notamment le tir annoncé d’un missile balistique au milieu de l’océan.

Alliés et compétiteurs. La Grande-Bretagne a abandonné la composante aérienne. La tranche missiles et les postes de contrôle et de tir de ses SNLE sont de conceptions américaines, mais les têtes nucléaires et le système de décision restent nationaux. Israël, les États-Unis et la Russie disposent de composantes aéroportées. La Chine se concentre sur les missiles balistiques, tirés du sol ou de sous-marins. Le bouclier anti-missiles n’est pas étanche. Les États-Unis ne peuvent intercepter tous les missiles de croisière ou balistiques et leurs têtes, que tirerait la Russie et réciproquement, car un missile balistique emporte jusqu’à 36 têtes nucléaires et les lourds moyens d’interception coûtent très cher. La doctrine de la Russie consiste en un continuum entre les armements conventionnel, nucléaire tactique et nucléaire stratégique. Un missile de croisière russe ou chinois peut emporter une charge conventionnelle ou nucléaire.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : FAS, en alerte permanente depuis 1964

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : résultat de la puissance militaire et de l’excellence industrielle




DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental

Face à la prolifération de missiles sur les théâtres d’opérations en cours, la Délégation générale de l’armement (DGA) développe de nombreux systèmes de défense, mis en œuvre principalement par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE).

La défense aérienne, de la basse à la très haute altitude, a été présentée à la presse le 14 novembre 2024 à Paris par l’ingénieur en chef de 2ème classe Christophe Cabaj, architecte capacitaire défense surface-air à la DGA, et le lieutenant-colonel Jérémy Gueye, adjoint sol-air du général commandant la Brigade aérienne de l’aviation de chasse.

Menaces et neutralisations. Le spectre des menaces s’étend de l’essaim de micro-drones aux planeurs hypersoniques, indique l’ingénieur en chef Cabaj. Leurs caractéristiques varient : drones et munitions téléopérés, vitesses de 100 à 200km/heure, rayon d’action de 1.000 km et altitude jusqu’à 10.000 m ; hélicoptères et aéronefs, 150-1.000 km/h, altitude jusqu’à 20 km ; missiles de croisière, jusqu’à 1.000 km/h sur 1.000 km en vol à basse altitude en suivi de terrain ; missiles balistiques, plusieurs km/seconde en vol exo-atmosphérique et manœuvre en phase de pénétration sur des distances de 300 à 3.000 km ; missiles hypersoniques, plusieurs km/seconde en vol sur plus de 1.000 km avec des manœuvres en phase extra-atmosphérique et phase de pénétration. Ces menaces, de plus en plus furtives, peuvent brouiller et leurrer les systèmes de défense. La défense surface-air contribue à la maîtrise du ciel, depuis le sol ou la mer, et protège les points fixes, la manœuvre de la force terrestre et les opérations navales, dont celle du Groupe aéronaval, contre tout type de menaces. Elle doit détecter les cibles, les classifier en « amies » ou « ennemies » en caractérisant leur nature et, le cas échéant, les détruire par de l’artillerie ou des missiles de défense aérienne. La DGA et les armées ont choisi une approche de couches de solutions pour la lutte anti-drones et contre les intrus à très courte, courte et moyenne portées (photo). Chaque couche dispose de ses propres senseurs de détection (radars et moyens optiques au sol ou embarqués sur des navires ou des aéronefs) et systèmes C2 (commandement et contrôle) pour la classification et la décision du tir. Celle-ci peut être prise en quelques secondes, notamment contre les missiles de croisière. Un C2 de haut niveau organise la coordination des feux et choisit le meilleur effecteur à engager selon le type d’intrus : artillerie antiaérienne contre drone et aéronef jusqu’à 5 km ; missile Mistral à très courte portée contre drone, aéronef et missile de croisière subsonique jusqu’à 8 km ; missiles VL Mica, VL Mica nouvelle génération et Aster 15 contre aéronef et missile de croisière supersonique jusqu’à 50 km ; missiles Aster 15 et 30 contre aéronef et missile de croisière et missile balistique à courte portée jusqu’à 150 km ; missiles Aster 30 et 30 B1NT (livrables à partir de 2026), contre missile hypersonique et missile balistique à moyenne portée pour une interception au-delà de 20 km d’altitude.

Progressivité de la défense. La défense surface-air s’articule en trois axes, précise le lieutenant-colonel Gueye. La « Posture permanente de sûreté aérienne » (PPSA), consiste en la surveillance de l’espace aérien national avec un maillage dense de radars et le décollage d’avions de chasse sous très court préavis pour assister des aéronefs en détresse ou intercepter des missiles de croisière ou des avions de combat. Des hélicoptères Fennec peuvent intercepter des aéronefs. La PPSA est renforcée par un maillage de surveillance plus serré et des moyens d’interception plus importants lors de grands événements (80ème anniversaire du Débarquement en Normandie et Jeux Olympiques à Paris en 2024), en coordination avec la police et la gendarmerie. La défense sol-air est déployable en opération extérieure ou pour aider un pays tiers (système Mamba en Roumanie depuis 2022 et Marine nationale en mer Rouge depuis 2023).

Loïc Salmon

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Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

Outil d’agilité stratégique de projection de puissance, le Groupe aéronaval (GAN) constitue un instrument essentiel de la défense nationale et contribue à la sécurité et la coopération internationale. L’édition 2025 de sa mission « Clemenceau », qui durera plus de quatre mois, le conduira dans l’océan Pacifique, via la mer Rouge.

« Clemenceau 2025 » a été présentée à la presse, le 8 novembre 2024 à Paris, par le contre-amiral Jacques Mallard, commandant la Force aéromaritime française de réaction rapide, constituée du GAN et des forces de surface, amphibie et de guerre des mines. Après une période d’entretien, le porte-avions Charles-de-Gaulle a repris la mer en septembre pour requalifier son équipage et qualifier les jeunes pilotes du groupe aérien embarqué, à savoir une vingtaine de chasseurs Rafale et deux avions de guet aérien Hawkeye.

Missions. Transporteur de l’arme nucléaire, le GAN contribue à la dissuasion, comme les Forces aériennes stratégiques et les sous-marins lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. Capable de durer sur un théâtre d’opérations et parcourir 1.000 km par jour, il permet de délivrer un message de pression ou de réassurance pendant de longues périodes, afin d’appuyer une manœuvre diplomatique. Il peut s’intégrer dans des forces interalliées comme lors de la mission « Aquila » (avril 2024), où ses avions ont été placés sous commandement de l’OTAN. « Clemenceau 2025 » contribue également aux opérations nationales et européennes de renforcement de la sécurité maritime en mer Rouge et en océan Indien. Elle permet de développer l’interopérabilité avec les Marines des pays partenaires et alliés dans les océans Indien et Pacifique. Ce déploiement promeut un espace de navigation libre et ouvert dans le cadre du droit international et contribue à la protection des populations et des intérêts français dans la zone. Présidente du Symposium naval de l’océan Indien en 2021-2022, destiné à améliorer la coopération entre les Marines des pays riverains, la France reprendra cette fonction en 2026-2027.

Moyens. Outil offensif, le GAN voit et comprend la situation dans les airs, sur et sous la mer, le champ électromagnétique, celui des perceptions et le cyber. Outre ses Rafale et Hawkeye, le Charles-de-Gaulle embarque cinq hélicoptères et un état-major. Son escorte compte : un bâtiment ravitailleur pour le soutien logistique ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour l’usage de la force ou la protection rapprochée ; un avion de patrouille maritime, stationné sur des points d’appui tout au long de son parcours et destiné à apporter un certain préavis pour les luttes antinavires et anti-sous-marine ; trois frégates françaises pour les défenses anti-aérienne et anti-sous-marine. Afin de maintenir l’interopérabilité avec les Marines alliées, effective depuis une dizaine d’années, cette escorte sera renforcée par des bâtiments de combat grec, portugais, italien, marocain, britannique, australien, canadien, japonais et américain. Après le transit en Méditerranée et en mer Rouge, le GAN participera à divers exercices : « Varuna » avec la Marine indienne ; « La Pérouse » pour la sécurité maritime avec les Marines des pays riverains de l’archipel indonésien ; « Pacific Steller » avec la VIIème Flotte américaine.

Laboratoire d’innovations. « Clemenceau 2025 » va utiliser massivement la donnée. Plusieurs « datacenters », mis en œuvre par des réservistes spécialisés, vont collecter, exploiter et partager les données des senseurs pour augmenter la capacité d’analyse, au sein de la force et via des échanges avec les Marines alliées. Ces données seront mises en commun avec celles de l’historique du théâtre pour une analyse plus pertinente. L’ascendant informationnel libèrera du temps pour des prises de décision plus rapides et plus efficaces par l’état-major embarqué et les commandants des bâtiments de combat.

Loïc Salmon

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Défense : l’AND et le traitement des données géographiques

L’Agence numérique de défense (AND) exploite l’imagerie géospatiale pour mieux comprendre les environnements, en vue d’apporter une supériorité opérationnelle.

Sa directrice, la générale de division Anne-Cécile Ortemann, l’a expliqué lors d’un séminaire tenu au Campus Pierre et Marie Curie de Paris le 1er octobre 2024.

L’écosystème numérique. Créée en 2021 et relevant de la Direction générale de l’armement, l’AND conduit d’abord les projets numériques pour le ministère des Armées, notamment pour la préparation des forces, le maintien en condition opérationnelle, le commandement et la conduite interarmées, le renseignement militaire, l’appui aux systèmes d’information et de commandement, le soutien aux Services du commissariat et de santé, les systèmes numériques de l’armement, le renseignement de sécurité et de défense et les ressources humaines. En outre, elle conseille les états-majors, directions et services sur la définition des besoins numériques des systèmes d‘information et l’optimisation des ressources humaines et financières induites. L’AND emploie 450 personnes réparties sur les sites de Paris-Balard, du Kremlin-Bicêtre (banlieue parisienne) et de Bruz (Bretagne). Elle met en œuvre la politique industrielle du ministère des Armées dans les technologies numériques des systèmes d’information. A ce titre, elle a conclu des contrats avec une vingtaine d’entreprises, dont Thales, Naval Group et Airbus. Son écosystème inclut les sous-traitants des entreprises sous contrat et celles avec qui elle a établi des contacts.

Le renseignement géospatial. La transformation numérique facilite une analyse prédictive grâce à des scénarios d’intervention, afin de prendre des décisions plus rapides. L’analyse des données massives issues de sources multiples permet d’anticiper. L’intelligence artificielle (IA) interprète en temps réel des données géospatiales complexes. Ses modèles d’apprentissage automatique aident à détecter des comportements inhabituels. L’emploi de l’IA, couplée au renseignement géospatial, permet d’identifier des menaces en amont et donne un avantage stratégique déterminant. Ainsi, le programme Géode 4 D, composé de 21 systèmes, mobilise une dizaine de personnes, en plus des experts, pour traiter la géographie, l’hydrographie, l’océanographie, la météorologie et l’espace. Il analyse les données recueillies par des capteurs et fournit des reproductions qu’il diffuse. Géode 4 D facilite la planification et la conduite des opérations en alimentant les systèmes d’armes. Par exemple, il assure un suivi de terrain à un avion volant à basse altitude, afin d’éviter un impact au sol. Le système anticollision détecte un obstacle imminent et prévient le pilote. Si celui-ci ne réagit pas, le système prend alors temporairement le contrôle de l’avion pour le dévier de sa route dangereuse. Une fois l’altitude de sécurité atteinte, il rend le contrôle au pilote. Dans le cadre de l’OTAN, l’interopérabilité de Géode 4 D s’établit au niveau des données géographiques brutes et à celui des produits utilisables par les personnels opérationnels. Ainsi, la France apporte une contribution de 10 Mkm2 d’élévations de terrain.

Géographie militaire. En 2021, le ministère des Armées a renouvelé son partenariat avec l’Institut national de l’information géographique et forestière, notamment via Géode 4 D pour maîtriser la connaissance de l’environnement géophysique et en prévoir lses effets sur le déroulement des opérations. Géode 4 D facilite le positionnement et la navigation en trois dimensions, grâce aux cartes papier pour l’environnement tactique, aux levées topographiques pour le recalage de positions ou de centrales inertielles, aux modèles numériques de terrain et aux modèles d’infrastructures en trois dimensions. Actuellement, 90 % des systèmes d’armes utilisent une information géographique complète de l’environnement opérationnel.

Loïc Salmon

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