Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

Espace, Robotique, hypervélocité et stratégie capacitaire pour la maîtrise des fonds marins sont pris en compte par le ministère des Armées dans l’hypothèse d’un engagement majeur d’ici à 2030.

Selon le « Document de référence de l’orientation de l’innovation de défense » publié le 21 juillet 2022, le ministère bénéficiera de financements dans le cadre du Plan d’investissements France de 34 Mds€ sur 5 ans, lancé en octobre 2021, et du Fonds européen de défense. Le document de référence intègre les ajustements de la loi de programmation militaire 2019-2025 en matière de cyberdéfense, défense NRBC (nucléaire, biologique, radiologique et chimique) et lutte anti-drones. Par ailleurs, le réseau de 9 « clusters » (regroupements d’entreprises) d’innovation technique de la Direction générale de l’armement démultiplie l’action de l’Agence de l’innovation de défense.

Frappe dans la profondeur. A l’horizon 2030, la principale menace porte sur la contestation d’espaces et d’accès par des moyens de défense aérienne, à savoir des radars et des systèmes surface-air intégrés en réseaux maillés, éventuellement utilisés en coordination avec une aviation de combat. Des barrières de défense navales de plusieurs centaines de kilomètres de large ou de profondeur peuvent gêner certains modes d’action offensifs et défensifs. La capacité de frapper des cibles à haute valeur ajoutée dans la profondeur du dispositif adverse, en mer ou à terre en limitant les risques, nécessite de pouvoir agir depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres avancées ou depuis la mer. Cela implique diverses préparations : développement du futur missile antinavire et du futur missile de croisière mis en œuvre à partir de plateformes aériennes ou navales ; rénovation à mi-vie du missile de croisière naval ; mise au point de futurs matériaux énergétiques de défense ; montée à maturité des technologies des planeurs hypersoniques pour faire face à l’évolution des défenses et aux stratégies de déni d’accès de l’espace aérien ; évaluation des technologies de missiles pour répondre à la frappe sol-sol longue portée ; maintien de la capacité d’innovation dans le domaine des missiles ; développement de technologies pour l’artillerie électrique.

Systèmes spatiaux. Face aux menaces de déni d’accès (enjeu de souveraineté) et de leurrage (enjeu industriel), la navigation par satellite doit disposer de récepteurs intégrables dans les systèmes d’armes. La « Navwar », qui correspond à la maîtrise du spectre sur les bandes de fréquences de GNSS (système de positionnement par satellite d’un élément en temps réel partout dans le monde), inclut les activités suivantes : la protection pour se prémunir d’une attaque adverse et maintenir ses propres capacités de navigation ; la surveillance pour détecter, localiser et caractériser les attaques adverses ; l’action offensive pour empêcher l’utilisation des informations de GNSS par l’adversaire sur une zone donnée. Il s’agit aussi de préparer les évolutions du programme « Oméga » (opération de modernisation des équipements de radionavigation par satellite des armées) selon la menace, en améliorant les antennes et les traitements de données. Vers 2030, l’approche défensive d’Oméga sera complétée par des capacités de détection, caractérisation et localisation de la menace. Le développement d’une résilience système et un volet offensif permettront ainsi d’adapter la manœuvre opérationnelle.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

 




Armée de Terre : les blindés dans les combats futurs

Les blindés de demain devront combiner concept ancien et technologies avancées. Le combat de haute intensité exigera de tenir au sol et de disposer de moyens de maintien en condition opérationnelle.

Marc Chassillan, ingénieur et consultant international défense et sécurité, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 31 mai 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et dans la revue Défense & industries (juin 2022).

Masse et protection. Multiplicateurs de forces, les blindés, qui constituent les cibles prioritaires et les plus onéreuses, subissent une attrition massive. Pour le même nombre de fantassins embarqués, le volume des véhicules de combat d’infanterie est passé de 6m3 dans le véhicule blindé de l’avant (VAB) à plus de 12 m3 dans le Griffon, en raison des équipements individuels de protection (gilet pare-balles et casque), armement, moyens de communications, munitions et approvisionnements (eau, vivres et batteries). Dans le cadre du programme Scorpion, le remplacement des véhicules de 8-18 t (ERC, Sagaie, VAB et AMX10RC) par une famille de 18-26 t (Serval, Griffon et Jaguar) va considérablement augmenter la consommation de carburant. Outre que 75 % des pertes sont dues à l’artillerie, les blindés seront ciblés par des drones suicides, capables de percer des parois d’acier de 50 à 150 mm. Leur protection nécessite un équipement individuel anti-drones ou l’intégration d’un système de lutte anti-drones dans la manœuvre d’une unité blindée mécanisée. Le camouflage, la furtivité, le radar et l’infrarouge contribuent à la protection du blindé. En outre, leur vitesse et leurs signatures radar et infrarouge rendent les missiles anti-char vulnérables, malgré leurs divers modes d’attaque (direct, en survol ou en plongeon).

Puissance de feu. Le futur char franco-allemand MGCS pourrait être armé par un canon de 130 mm de l’entreprise allemande Rheinmetall ou par l’Ascalon de 140 mm de Nexter Systems (photo). Ce dernier fabrique les canons automatiques 40 CTA, montés sur les engins de reconnaissance et les véhicules de combat d’infanterie. Leurs projectiles percent jusqu’à 180 mm de blindage. Les canons peuvent tirer des munitions explosives, à fusée programmable (impact, retard ou détonation dans les airs provoquant un effet de souffle), fumigènes, thermo-bariques (combinant chaleur, onde de choc et dépression) ou anti-hélicoptère. Le tir de munitions à portée accrue nécessitera, pour la détection, la reconnaissance et l’identification de la cible, des moyens montés sur le blindé ou déportés (ceux d’un autre), clé de voute du « combat collaboratif ». Des capteurs multi-spectraux, associés à des algorithmes de traitement des images, amélioreront l’identification des cibles. Le laser de puissance permettra la destruction de drones, le brouillage des conduites de tir ou la lutte contre les engins explosifs improvisés.

Mobilité et propulsion. Depuis trente ans, l’armée de Terre française privilégie les blindés à roues, adaptés à des opérations extérieures sans menace aérienne ni artillerie adverse ni perturbation des communications et avec une logistique fluide. Or, ces véhicules manœuvrent parfois mal sur les terrains européens, comme l’ont montré les blindés russes embourbés en Ukraine et les exercices de renforcement dans les pays baltes en hiver. Les performances des chenilles modernes des principales armées de l’OTAN ont été améliorées. Enfin, le moteur thermique reste indispensable car, actuellement, seul son carburant peut être acheminé sur un champ de bataille.

Loïc Salmon

Armements terrestres : enjeux capacitaires et industriels dans le contexte du conflit en Ukraine

Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain




Industrie de défense : émergence de la Corée du Sud et de la Turquie à l’exportation

Devenues maîtres d’œuvre de certains programmes nationaux de défense, grâce à des transferts de technologies étrangères, la Corée du Sud et la Turquie proposent des équipements militaires et des armements à l’exportation.

Kévin Martin, chargé de recherche, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 31 mai 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et dans la revue Défense & Industries (juin 2022).

Pour la période 2016-2020, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, la Corée du Sud occupe la 9ème place parmi les pays exportateurs d’armements, après Israël, et la Turquie la 11ème après…l’Ukraine.

Corée du Sud, stratégie dédiée. En 2006, le Livre Blanc de la défense et le plan « Global Korea » placent les exportations de défense au cœur de la stratégie nationale, consolidée en 2008 par la volonté de promouvoir cette industrie comme relais de la croissance économique. En 2010, la DAPA (agence du ministère de la Défense chargée des acquisitions et du soutien à l’exportation) fixe l’objectif de 4 Mds$ à l’export à l’issue de la décennie. En fait, la moyenne sur la période 2010-2020 se monte à 2,4 Mds$ avec un pic de 3,54 Mds$ en 2015. Après les ventes records de 7,5 Mds$ en 2021, celles de 2022 devraient atteindre 10 Mds$. Trois grands groupes dominent l’industrie de défense : Korea Aerospace Industries pour le secteur aéronautique ; Hanwha pour les armements terrestres avec ses filiales Hanwha Defence (obusiers automoteurs chenillés K9 Thunder, véhicules blindés d’infanterie et systèmes de défense aérienne) et Hanwha Systems (électronique) ; Hyundai Rotem (chars de combat). Ils ont commencé par prospecter en Indonésie, en Pologne, aux Philippines, en Thaïlande en Turquie et au Pérou. Le K9 Thunder a fait l’objet d’un transfert de technologie à la Turquie en 2001 et d’un accord de licence avec la Pologne en 2014. Il a été sélectionné par la Finlande (2016), la Norvège (2017) et l’Estonie (2018) à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En janvier 2022, des contrats ont été conclus avec l’Egypte (1,66 Md$, K9 Thunder) et les Emirats rabes unis (3,5 Mds$, systèmes sol-air). En mars 2022, plusieurs contrats avec l’Arabie Saoudite sont estimés à 800 M$. Hanwha va construire un site de production en Australie. En outre, il compte édifier, en Grande-Bretagne, un centre régional de production des K9 destinés à l’export.

Turquie, diversification. Via la sous-traitance pour les équipements aéronautiques, la Turquie a pu pénétrer les marchés étrangers de défense. Selon la SaSad (association des industries aérospatiales et de défense), ses exportations dédiées ont atteint en 2020 : 657 M$ pour l’aviation civile ; 499 M$ pour les armements terrestres ; 407 M$ pour l’aéronautique militaire ; 272 M$ pour les missiles, armes et munitions ; 227 M$ pour les équipements navals militaires ; 23 M$ pour la mise en condition opérationnelle ; 45M$ pour la sécurité. Ses exportations de matériels de défense sont portées par l’armement terrestre, dont 91 % ont été réalisées hors d’Europe et des Etats-Unis. Elles se concentrent sur sa zone d’influence, à savoir les Proche et Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Afrique, avec des offres adaptées comme les blindés à roues. La Turquie prospecte également les pays d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est. Par ailleurs , les drones, qu’elle a fournis à l’Azerbaïdjan lors de la guerre dans le Haut-Karabagh contre l’Arménie (2020), ont suscité l’intérêt de plusieurs pays européens, dont l’Ukraine.

Loïc Salmon

Armements terrestres : enjeux capacitaires et industriels dans le contexte du conflit en Ukraine

Malaisie : développement d’une Base industrielle et technologique de défense

Turquie : partenaire de fait aux Proche et Moyen-Orient

 

 




Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Une industrie locale de drones militarisés et l’acquisition de systèmes militaires étrangers ont permis à l’armée ukrainienne d’infliger de lourdes pertes à la force expéditionnaire russe au début de la guerre.

Aude Thomas, chargée de recherches, l’explique dans le numéro de juin 2022 de la revue Défense & Industries de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les fabrications ukrainiennes. La résistance ukrainienne résulte d’abord de la réforme des forces armées en 2016 avec le soutien financier et matériel des pays occidentaux, puis du renseignement fourni par le centre des opérations aériennes combinées de l’OTAN et enfin de la livraison d’armements de pays membres de l’Alliance Atlantique. En outre, l’armée ukrainienne a pu s’entraîner à l’extérieur du pays et a intégré les drones dans son dispositif. Dès mai 2014, la startup IT Academy de Kiev lance un programme de transformation de petits drones commerciaux à voilure tournante Phantom et Mavic-Air 2 de l’entreprise chinoise DJI. Depuis, celle-ci a vendu à l’Ukraine 2.372 modèles DJI Mavic 3, puis a suspendu ses activités en Russie et en Ukraine en avril 2022. Lors de l’invasion de la Crimée par les forces séparatistes pro-russes du Donbass à l’été 2014, l’armée ukrainienne s’est trouvé dépourvue d’une vision globale du champ de bataille et d’appui aérien rapproché. De plus, ses convois de ravitaillement sont tombés fréquemment dans des embuscades. Des diplômés en informatique fondent alors « l’unité Aerorozvidka », qui sera intégrée aux forces armées ukrainiennes. Outre la cybersécurité, cette unité collecte le renseignement sur les cibles de haute valeur par des capteurs sur le champ de bataille, drones de reconnaissance, interceptions de fréquences radio et sources humaines. Les forces ukrainiennes disposent d’une carte numérique en temps réel des mouvements des troupes russes et peuvent mener des frappes. Aerorozvidka fabrique ses propres drones R-18 (rayon d’action 4 km, endurance 40 mn) emportant une munition anti-char RPG ou une caméra thermique pour la reconnaissance de nuit. L’entreprise Athlon Avia produit l’A1-SM Furia à voilure fixe (50 km, 3 h) pour la reconnaissance et l’ajustement des tirs d’artillerie. Ukrspecsystems produit le Leleka-100 (45 km, 2h30) et SPE Urkjet l’UJ-22 (100 km, 7 h).

Les acquisitions étrangères. Le constructeur turc Baykar a vendu à l’Ukraine 20 systèmes de drones tactiques Bayrakar TB-2 (300 km, 27 h) en mars 2019, puis 16 de plus en janvier 2022. Les TB-2 ont ciblé des camions et véhicules de transport russes, puis des systèmes de défense sol-air Buk et Tor et des véhicules blindés. Le taux quotidien de destruction serait passé de 7 véhicules entre les 24 et 28 février 2022 à 0,9 entre le 1er et le 15 mars. Le 13 avril, il aurait servi de leurre contre la défense anti-aérienne du croiseur russe Moskva, touché par deux missiles antinavire RK-360 MT Neptune ukrainiens. Par ailleurs en avril, les Etats-Unis ont déjà livré à l’Ukraine : 700 munitions maraudeuses Switchblade (10-39 km, 15-40 mn), pour cibler des personnels, véhicules légers et chars ; des munitions à guidage laser compatibles avec les TB-2 ; 121 drones munitions maraudeuses Phœnix Ghost à capteur infrarouge pour usage de nuit. En outre, le milliardaire américain Elon Musk a livré gratuitement des antennes satellites Starlink à l’Ukraine. De plus, sa société Space X à mis à jour un logiciel protégeant les communications tactiques ukrainiennes contre les tentatives russes de brouillage.

Loïc Salmon

Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Ukraine : risques nucléaire, biologique et chimique




Union européenne : présidence française, acquis de la défense

L’engagement écrit de nouveaux financements pour l’acquisition de capacités de défense, obtenu lors de la présidence de la France au premier semestre 2022, manifeste le réveil stratégique de l’Union européenne (UE).

Ce dernier et la « boussole stratégique », actualisée en cohérence avec le nouveau concept stratégique de l’OTAN, ont été présentés à la presse, le 7 juillet 2022 à Paris, par Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées.

L’Europe puissance. Véritable Livre blanc de la défense de l’UE à l’horizon 2030, la boussole stratégique a été adoptée par les 27 Etats membres. L’invasion de l’Ukraine, le 22 février, a rendu nécessaires la crédibilité de l’OTAN et sa coordination avec l’UE pour dissuader la Russie d’attaquer l’un des membres de l’Alliance atlantique. La boussole stratégique sera mise en œuvre et déclinée en liaison étroite avec la République tchèque puis la Suède, qui succèdent à la France à la tête du Conseil européen jusqu’au 30 juin 2023. Elle porte d’abord sur une capacité de déploiement rapide, adossée à des processus de décision plus flexibles, plus réactifs et plus adaptés aux besoins des pays partenaires. Les missions PSDC (politique de sécurité et de défense commune) seront rénovées pour permettre des coopérations structurelles, plus en soutien des besoins de souveraineté des partenaires de l’UE et des modalités d’actions. Un investissement de l’ensemble des Etats membres doit garantir un accès sûr à l’espace, au cyber et à la haute mer, domaines contestés, avec les lancements d’une présence maritime coordonnée dans l’océan Indien et d’une stratégie spatiale avec l’exercice Aster X, tenu à Toulouse le 4 mars. Outre la zone indopacifique, l’accent a été mis sur les Balkans et l’Afrique. Le dialogue entre l’UE et les Etats-Unis a repris en matière de sécurité et de défense. Conçue pour la gestion de crise dans les Balkans ou en Afrique, la « Facilité européenne pour la paix », instrument extrabudgétaire créé en 2021, visait d’abord à financer les équipements et armements des troupes des EUTM (missions de formation de l’armée d’un pays tiers). Depuis, elle a été mobilisée pour fournir des armes à l’Ukraine pour un montant de 2 Mds€.

La BITD européenne. Des réponses urgentes ont été apportées pour combler les lacunes capacitaires. Lors de sa réunion des 24 et 25 mars et avant même l’adoption de la boussole stratégique, le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement a demandé à la Commission européenne et à l’Agence européenne de défense de proposer des solutions de court et moyen termes pour soutenir et renforcer la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne. En outre, il a décidé de créer un « hub » (plateforme) en charge de l’innovation au sein de l’Agence européenne de défense. Par ailleurs et sur sa demande, la Commission européenne a proposé la création de deux nouveaux instruments d’incitation à l’acquisition conjointe d’équipements militaires. Le premier est un plan d’urgence pour réapprovisionner les stocks de matériels pour un montant de 500 M€ sur 2022-2024, soutenu par le budget de l’UE. Le second consiste en un programme européen d’investissements de défense pour faciliter l’achat conjoint, via des exemptions de taxe à la valeur ajoutée et des flexibilités réglementaires. Il offre la possibilité de mobiliser des financements du budget de l’UE pour renforcer la BITD. Même après la guerre en Ukraine, les dépenses de défense devraient continuer à augmenter de façon significative, estime Alice Guitton.

Loïc Salmon

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Océan Indien : espace de coopération internationale

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine

Outre ses spécificités interarmées et de cohésion et de résilience nationales, le défilé militaire du 14 juillet 2022 à Paris prend en compte l’engagement de l’OTAN et de l’Union européenne (UE) dans la défense du flanc Est de l’Europe.

Le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 7 juin 2022.

Opérations. Comme l’indique le logo officiel (voir illustration), l’OTAN de l’UE sont représentées par les détachements de neuf pays membres, qui défilent avec un porte-drapeau : Bulgarie ; Estonie ; Hongrie ; Lettonie, Lituanie ; Pologne ; Roumanie, Slovaquie ; Tchéquie. Toutefois, précise le général Avad, cela n’implique pas automatiquement la présence de leur chef d’Etat ou de gouvernement respectif. Des militaires des missions défensives et dissuasives de réassurance sur le flanc oriental de l’Europe sont aussi mis à l’honneur : 61 pour l’armée de Terre, dont 12 Belges de la mission « Aigle » en Roumanie ; 30 de l’armée de l’Air et de l’Espace ; 30 de la Marine nationale. Les opérations extérieures « Barkhane » (Afrique) et « Chammal » (Levant) sont représentées par l’armée de l’Air et de l’Espace, à savoir 1 avion ravitailleur C135 et 6 avions de chasse : 3 Mirage 2000 D ; 1 Mirage 2000 C ; 1 Rafale C ; 1 Rafale B. Les Forces aériennes stratégiques représentent la dissuasion, mission permanente de défense des intérêts vitaux de la France, avec 1 A330 MRTT (ravitailleur), 1 Rafale C et 3 Rafale B.

Anniversaires. L’édition 2022 célèbre certains anniversaires : pour l’armée de Terre, les 400 ans des Troupes de marine et les 80 ans des Transmissions ; pour la Marine nationale, les 50 ans de la première patrouille d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (instrument de la composante maritime de la dissuasion nucléaire), les 80 ans des fusiliers-commandos (fuscos), les 50 ans de la préparation militaire marine et les 70 ans du « Bagad » (orchestre breton) de Lann Bihoué, qui participe à l’animation initiale avec 35 musiciens ; pour l’armée de l’Air et de l’Espace, les 80 ans du Régiment de chasse de Normandie-Niemen, à l’origine unité des Forces françaises libres engagée aux côtes de l’armée de l’Air soviétique entre 1942 et 1945, puis en Indochine (1949-1951) et en Algérie (1954-1962), mise en sommeil en 2009, réactivée en 2012 et rattachée à la 30ème Escadre de chasse depuis 2015 ; pour la dimension interarmées, les 30 ans du Commandement des opérations spéciales, créé après la guerre du Golfe.

Parade militaire et civile. L’édition 2022 compte : 6.300 participants, dont 5.000 à pied ; 64 avions, 26 hélicoptères et, pour la première fois, 1 drone de combat Reaper ; 62 motos et 119 véhicules et engins dont, pour la première fois également, l’engin blindé de reconnaissance et de combat Jaguar ; 200 chevaux de la Garde républicaine ; 12 chiens des fuscos et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Outre les écoles des cadres militaires, défilent des unités des trois armées, du Commissariat et du Service de santé des armées ainsi que, pour la Gendarmerie, l’infanterie de la Garde républicaine et le Commandement du cyberespace. Suivent des personnels de la Direction des affaires juridiques, des ministères de l’Intérieur, de la Justice et de l’Economie. Traditionnellement, la Légion étrangère ferme la marche de son pas lent. L’animation finale est assurée par la BSPP, le Chœur de l’armée française, des élèves des lycées de la Défense, des demoiselles des maisons d’éducation de la Légion d’honneur (crée en 1802) et des décorés civils et militaires des Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo (été 2020) et de Pékin (hiver 2022).

Loïc Salmon

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe

14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après




Service de santé : garantir au mieux la survie des blessés

Les expériences acquises dans les opérations extérieures permettront les meilleures prises en charge, médicale et chirurgicale, possibles des blessés dans un engagement de grande intensité, sans entraver la manœuvre tactique.

Le 22 juin 2022 à Paris, le médecin chef des services Didier Lanteri du Service de santé des Armées (SSA) a présenté à la presse ce parcours de moins de 24 heures, échelonné du lieu de combat à un hôpital militaire métropolitain. De son côté, le général de division Yann Gravêthe, directeur par intérim de la Délégation à l’information et à la communication de la défense, en a exposé le contexte militaire.

Précocité et capacité. La planification médicale suit la règle du « ten one two », à savoir 10 minutes, 1 heure, 2 heures, indique le médecin chef. L’hémorragie constitue la première cause de mortalité des blessés de guerre et l’obstruction des voies respiratoires la deuxième. Ces deux gestes élémentaires de survie doivent être réalisés dans les 10 premières minutes. Tous les militaires étant formés au sauvetage de combat premier niveau, le binôme du blessé peut lui poser un garrot en cas de plaie hémorragique d’un membre. Un autre militaire, qualifié deuxième niveau, initie la maîtrise des voies respiratoires, si le cas se présente. Dans la première heure qui suit la blessure, un médecin et un infirmier ont le temps de prendre le relais, notamment en cas d’attaque de convoi par un engin explosif improvisé. Tout blessé hémorragique subit la « triade létale », qui associe hypothermie (le corps se refroidit très vite), troubles de la coagulation et désordre métabolique majeur. L’équipe médicale lui injecte du plasma lyophilisé, mis au point par le SSA. Entretemps, un hélicoptère médicalisé, transportant des poches de sang pour la transfusion, évacue le blessé vers l’un des deux blocs opératoires de l’Antenne de réanimation et de chirurgie de sauvetage (ARCS) dans les deux heures. Puis, la « chirurgie écourtée » limite les risques fonctionnels jusqu’à l’évacuation en métropole, par avion Falcon médicalisé, jusqu’à un hôpital militaire, où le blessé sera repris au bloc dans les 48 heures. La télémédecine permet d’obtenir, sur le terrain, l’avis d’un médecin spécialiste. En cas d’afflux massif de blessés, un avion MRTT Phénix, équipé du dispositif « Morphée », achemine une ARCS (13 personnes, dont 3 chirurgiens et 1 médecin anesthésiste-réanimateur) en moins de trois heures.

Risques et solidarité. Outre le risque inhérent à l’engagement militaire et qui va jusqu’à l’acceptation de la mort, la blessure et l’accident grave font partie du métier des armes, souligne le général Gravêthe. Ces aléas se produisent lors des opérations en France ou à l’étranger ou au cours d’une préparation exigeante. En amont des opérations, l’aptitude, la formation, l’entraînement et la prévention contribuent à réduire ces risques pour les personnels, une fois engagés dans l’action. Cette réduction est accrue par les missions, les équipements, les dispositifs de protection individuels ou collectifs et la manœuvre elle-même. En outre, la chaîne de santé, déployable partout dans le monde, est mise en œuvre sur le lieu et dès l’instant où survient la blessure. Après la réhabilitation sanitaire, les dispositifs de soutien et de réinsertion des blessés, via un congé de reconversion, ont été renforcés. Une politique de prévention, de dépistage de suivi et d’accompagnement des syndromes post-traumatiques a été mise en place. Outre une assistance financière, le Plan famille aide les conjoints des militaires blessés ou décédés à trouver un emploi.

Loïc Salmon

Service de santé : culture du retour d’expérience en opération extérieure

Service de santé : médecine de guerre, efficacité maximale

Défense : le Plan Famille, soutien du moral des troupes




Marine nationale : la guerre des mines, contrer les menaces d’aujourd’hui et de demain

Face à la prolifération des mines navales, l’emploi de drones va de pair avec la capacité humaine d’intervention, à savoir les plongeurs-démineurs.

Une capitaine de frégate, officier correspondant de la guerre des mines à l’état-major de la Marine, l’a expliqué au cours d’une visio-conférence, organisée le 9 juin 2022 par le Centre d’études stratégiques de la marine à Paris.

Les menaces. Arme idéale du temps de crise, la mine, susceptible d’endommager ou de couler un bâtiment de surface ou un sous-marin, dissuade de pénétrer dans une zone (mine défensive) ou entrave une voie de communication maritime (mine offensive). Le bloc soviétique disposait de centaines de milliers de mines, qui ont été dispersées après sa disparition en 1991. Les copies et les progrès technologiques ont conduit à une prolifération mondiale, estimée à un million de mines de plus de 400 types différents. En 2020, 36 pays exportent des mines et 65 sont capables d’en mouiller. Plusieurs facteurs favorisent la menace, notamment la profondeur de la mer et certains lieux privilégiés comme les golfes, les détroits et les ports européens de l’Atlantique et de la Manche. Des mines de la seconde guerre mondiale présentent encore un risque d’explosion intempestive. En mer Noire, la sécurisation d’un corridor maritime pour l’exportation des céréales d’Ukraine pourrait prendre plusieurs semaines. Une mine flottante à orin (chaîne la reliant à un « crapaud » au fond de la mer, photo), d’un coût de 1.500 $ et chargée de 100 kg d’explosifs, suffit pour causer, par contact, des dégâts estimés à 6 M$ sur un navire. Une mine de fond, immergée à 100 m, contient jusqu’à 1 t d’explosifs. Les mines de surface, dérivantes ou mobiles, fonctionnent par influence acoustique ou magnétique. Elles peuvent être mouillées par un navire ou un sous-marin ou même être larguées par avion. Limité dans le temps et l’espace, le minage permet un effet tactique, qui devient stratégique s’il dure longtemps.

Les moyens de lutte. Composante de la force d’action navale, la guerre des mines regroupe actuellement 10 chasseurs de mines, 3 bâtiments bases de plongeurs-démineurs, 3 groupes de plongeurs-démineurs, 3 bâtiments remorqueurs de sonar, 1 état-major, 1 centre de données, 2 centres d’expertise et 2 écoles, le tout réparti entre Brest, Toulon et Cherbourg. Toutefois, les unités datant des années 1980 seront désarmées d’ici à 2030. Le système anti-mines navales futur, à base de drones, permettra d’éloigner le plongeur-démineur de la menace, de moderniser la capacité de lutte, d’étendre le domaine d’emploi et d’opérer en toute discrétion. Suite au traité franco-britannique de 2010, le contrat de 2019 porte sur la réalisation de systèmes dits « MLCM », composés chacun de 2 drones de surface, 1 sonar remorqué, 1 robot télé-opéré et 2 drones sous-marins. Le retour d’expérience du temps de crise (guerre du Golfe 1991 et Libye 2011) et de paix (démonstrations industrielles en 2020 et 2021) ont permis d’en vérifier la pertinence, le potentiel et la compatibilité avec le tempo opérationnel. La Grande-Bretagne recevra 1 système et la France 4 en 2022-2023. La Marine procède déjà aux évaluations opérationnelles. En outre, à partir de 2026, elle comptera 4 à 6 bâtiments de surface dédiés aux MLCM et 5 bâtiments bases de plongeurs-démineurs de nouvelle génération. Ces unités sont destinées à la protection des ports militaires, à l’action de l’Etat en mer, aux opérations extérieures et aux expérimentations.

Loïc Salmon

Marine : une FGM projetable partout dans le monde

Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations




Missiles : conséquences de la guerre en Ukraine

 

Le maintien de l’excellence technologique en matière de missiles et de systèmes de défense anti-aérienne permettra d’apporter les solutions, au meilleur coût, pour assurer la souveraineté des Etats européens après la guerre russo-ukrainienne.

Eric Béranger, président-directeur général du groupe MBDA, l’a expliqué à la commission sénatoriale des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, le 1er juin 2022 à Paris.

A cette occasion, président de la commission, Christian Cambon, a rappelé l’importance de l’OTAN pour la défense de l’Europe, que la Suède et la Finlande ont demandé à y adhérer et que 70 postes dévolus à la France ne sont pas encore pourvus. En outre, après 44 jours de combat environ 7.000 personnes ont été tuées par des drones.

Premiers enseignements. L’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 24 février a provoqué une prise de conscience collective européenne en termes de souveraineté, rappelle Eric Béranger. Cette dernière repose sur la liberté d’appréciation de situation, celle de la décision et celle de l’action, en vue de protéger un modèle de société. Cela implique une liberté totale pour employer des armements, les exporter ou les céder à des nations partenaires. La guerre en Ukraine utilise la technologie de pointe et la masse avec environ 2.500 munitions tirées par jour. Dès le 17 mars 2021, la ministre des Armées, Florence Parly, avait signalé une accélération des nouvelles menaces, y compris de haute intensité, à la même commission sénatoriale. En mars 2022, la « boussole stratégique » européenne a souligné la volonté d’encourager les achats d’équipements de défense au sein de l’Union, grâce au Fonds européen de défense. En France, cela nécessite une planification des ressources industrielles et financières, établie en concertation avec la Direction générale de l’armement et les armées, afin de déterminer les capacités et les moyens. La loi de programmation militaire 2019-2025 privilégie un modèle d’armée complet, face à toutes les menaces, et fixe l’objectif de 2 % du produit intérieur brut pour la défense en 2025.

Anticipation et contre-attaque. Il s’agit de combler les lacunes capacitaires d’ici à 2030 et s’adapter pour répondre aux menaces nouvelles et rapidement évolutives, souligne Eric Béranger. Celles-ci incluent les missiles hypersoniques (qui ralentissent à l’approche de leur cible), les cyberattaques, les essaims de drones pour saturer la défense anti-aérienne, et les attaques combinées. La lutte anti-drones comprend le détecteur (radar) et les effecteurs (projectiles, laser et drones tueurs par collision). En France, un industriel peut seulement stocker les éléments constitutifs des munitions. Aucun composant d’armement français ne vient de Chine. La dépendance en composants américains, graduée selon les programmes, est inexistante dans les programmes les plus sensibles. Les Etats-Unis ont établi un ordre de priorité des approvisionnements des matières premières pour l’industrie de défense et tentent de tirer profit du réarmement européen, notamment de l’Allemagne. Toutefois, la France maintient une capacité d’influence au sein de l’OTAN avec le Commandement suprême allié de la transformation (poste N°2) et la présence de 600 Français. Par ailleurs, l’industrie de défense doit rester vigilante face aux organisations non gouvernementales qui veulent la discréditer, vis-à-vis de divers comités de la Commission européenne, des banques et des jeunes talents. Mais leurs critiques se sont atténuées avec la guerre en Ukraine.

Loïc Salmon

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Ukraine : hégémonie navale russe en mer Noire

Malgré la perte d’un navire ancien, la Russie conserve un potentiel naval élevé, qu’elle a renforcé en mer Noire. Après une pause opérationnelle, ses forces terrestres ont repris l’offensive contre l’armée ukrainienne.

Le 3 juin 2022 à Paris, un officier supérieur a présenté à la presse l’étendue du volet naval de la guerre en Ukraine. De son côté, l’Etat-major des armées (EMA) a publié l’évolution du champ de bataille au 8 juin 2022.

Situation sur terre et sur mer. La carte de l’EMA présente : en rouge, la zone sous contrôle militaire russe ; en stries rouges, les gains territoriaux russes. Sur le front Nord, l’artillerie russe procède à des tirs dans la région de Sumy (1). Sur le front Est, les forces russes contrôlent la quasi-totalité des rives Est de la rivière Donetsk (2). Les forces russes progressent dans la ville de Severodonetsk (3). Sur le front Sud, la contre-offensive des forces ukrainiennes s’est arrêtée au Nord de Kherson (4). La Russie contrôle totalement la mer d’Azov. Des mines flottantes à orin (câble relié à un bloc lesté), défensives, ont été aperçues en mer Noire. Faciles à mouiller la nuit, elles protègent la côte ukrainienne d’une approche amphibie russe. Fin février, la Turquie a interdit le franchissement des détroits des Dardanelles et du Bosphore, voies d’accès à la mer Noire, à tous les navires militaires, sauf ceux des pays riverains, et procède à des reconnaissances aériennes. Les bâtiments russes basés à l’Île aux Serpents surveillent les plates-formes pétrolières, pour assurer les flux logistiques, et aussi l’activité du port d’Odessa. Ce dernier dispose de capacités d’entreposage et de manutention de cargaisons, notamment de céréales, dix fois supérieures à celles des ports roumains. Aucune attaque n’a été constatée contre le trafic marchand depuis deux mois.

Forces navales russes. Le dernier navire militaire ukrainien s’étant sabordé en février 2022, la Marine russe, qui a basé 50 navires à Sébastopol (Crimée), dispose du choix de l’action en mer Noire. Depuis l’automne 2021, Elle y concentre ses forces en rapatriant des navires déployés dans les océans Indien et Atlantique, en mer Baltique et mer du Nord et au large de la Syrie (2 sous-marins). Aucune opération de débarquement n’a encore été entreprise, en raison de la résistance ukrainienne et de l’insuffisance des capacités anti-aériennes et amphibies russes. L’absence de pont pour hélicoptères handicape une opération combinée avec des unités terrestres. Toutefois, les reconnaissances aériennes à partir de la Crimée permettent une coordination air/mer plus performante. Les sous-marins nucléaires d’attaque peuvent tirer des missiles contre la terre. En termes de nombre d’unités, d’expérience des équipages et d’interopérabilité entre les Marines de ses membres, l’OTAN surpasse la Marine russe…qui conserve un potentiel de nuisance. Outre son savoir-faire en grands croiseurs à propulsion nucléaire, elle possède une flotte sous-marine techniquement égale à celle de l’OTAN, de nombreux patrouilleurs, vedettes et unités de soutien (gros remorqueurs civils).

Capacités françaises de surveillance. La Marine française surveille la flotte russe en permanence, y compris par le pistage des sous-marins. Outre les renseignements par satellites, elle bénéficie du contrôle naval volontaire des navires marchands, qui informent le MICA Center. Sous l’égide de l’OTAN, une frégate patrouille en Méditerranée orientale et une autre en Baltique. Enfin, le groupe aéronaval se déplace en fonction du contexte opérationnel.

Loïc Salmon

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