Défense : « Revue nationale stratégique 2022 »

Crise sanitaire et climatique et retour d’une guerre de haute intensité en Europe rappellent l’interdépendance internationale dans les domaines alimentaire, économique et énergétique. Quand la compétition et la confrontation stratégiques se confondent, souveraineté et résistance prennent un tour nouveau.

Cela ressort de la « Revue nationale stratégique 2022 » présentée, le 9 novembre 2022 à Toulon, par le président de la République Emmanuel Macron, à bord du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, et détaillée par le Secrétariat de la défense et de la sécurité nationale.

Environnement stratégique. Postures d’intimidation ou stratégies agressives se manifestent, mêlant modes d’action militaires et non militaires, manipulation de l’information et menace nucléaire à des fins d’intimidation. La désinhibition des puissances globales et régionales, poursuivant des révisions de l’Histoire et des politiques militaires opportunistes, va de pair avec le renforcement de la tendance aux replis isolationnistes ou identitaires. Prolifération technologique et menace terroriste restent d’actualité. En outre, des déséquilibres risquent d’émerger, notamment sur l’accès à l’eau, l’insécurité alimentaire, les migrations, la démographie et les pandémies. Une réponse globale vise à favoriser l’émergence d’une conception commune et partagée de la défense de l’Europe et de son autonomie stratégique. Les menaces s’inscrivent dans un cadre marqué par la haute intensité de l’affrontement potentiel entre forces conventionnelles. Elles se concrétisent par les stratégies « hybrides » (attaques cyber, numériques et dans l’espace) ou de déni d’accès à une zone pour peser sur les intérêts de la France (exploitation des vulnérabilités des flux ou infrastructures logistiques et des espaces aéromaritimes).

Défense et action. Pour lutter contre les menaces hybrides, la France s’appuie sur l’OTAN et l’Union européenne afin de bénéficier d’effets de levier. Sa stratégie d’influence mobilise une diplomatie publique dans une approche globale et sur le temps long, pour valoriser ses engagements et riposter efficacement à des manœuvres ou à des attaques informationnelles, notamment en Afrique. La communication stratégique de la France, éventuellement coordonnée avec celles de ses alliés, vise à porter un message cohérent, crédible et efficace vers les compétiteurs, partenaires ou alliés et vers les opinions publiques nationale et internationale. La France lutte contre l’utilisation du droit et de la norme, comme outil stratégique (« lawfare »), par ses compétiteurs et appuie l’adoption d’outils européens concourant à la lutte contre l’extraterritorialité. Elle développe de outils de riposte contre les sociétés militaires privées, groupes armés ou milices utilisées comme intermédiaires (« proxies ») par des puissances hostiles, pour démultiplier leurs actions de contestation ou de compétition, tout en maintenant un déni plausible. Diffusion d’informations, sanctions françaises ou européennes, poursuites judiciaires ou même actions militaires pourront cibler ces groupes, s’ils mènent des activités préjudiciables aux intérêts de la France, portent atteinte aux droits humains ou commettent des crimes de guerre.

Ambition pour 2030. Afin de devenir une puissance d’équilibres dans le monde en 2030, la France entend contribuer à la stabilité en Méditerranée, grâce à des capacités d’engagement dans un conflit de haute intensité. Elle peut déjà assumer le rôle de nation-cadre au sein d’une coalition de l’OTAN, de l’Union européenne ou de circonstance. Dans le cadre de partenariats équilibrés, elle agit de l’Afrique subsaharienne au golfe Arabo-Persique, à partir de points d’appui adaptés, et contribue à la stabilité de la zone indopacifique. Avec ses partenaires, elle assure sa liberté d’action dans les espaces communs (cyber, spatial, fonds marins et espace aéromaritime) et la sûreté de ses voies d’approvisionnements.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles




Défense : budget 2023, une hausse annuelle de 7,4 %

Le projet de loi de finances (PLF) des Armées, qui sera présenté bientôt au Parlement, se monte à 43,9 Mds€ pour 2023, soit 3 Md€ de plus en un an.

Selon un document du ministère des Armées rendu public le 27 septembre 2022 à Paris, la hausse cumulée sur six ans depuis 2017 se monte à 36 % jusqu’à 37,6 Mds$. Elle a permis d’atteindre les 2 % du Produit intérieur brut, conformément aux engagements pris envers l’OTAN. Le LPF 2023 de 43,9 Mds€ se répartit en : 25,6 Mds€ pour l’équipement ; 12,9 Mds€ pour les salaires de 271.000 personnels, dont 208.000 militaires (34.500 femmes) et 63.000 civils (24.600 femmes) ; 4,2 Mds€ pour l’activité et le soutien des forces ; 1,2 Md€ pour les opérations extérieures et les missions sur le territoire national. La ressource supplémentaire de 3 Md€ se répartit notamment en : 659 M€ de masse salariale ; 550 M€ pour l’entretien programmé du matériel ; 455 M€ pour les programmes à effet majeur ; 318 M€ pour la dissuasion. Le PLF prévoit 29.700 recrutements et 1.500 créations de postes prioritaires (cyberdéfense, renseignement, unités opérationnelles et soutien aux exportations). Il inclut 119 M€ pour le Plan Famille et 2,7 Mds€ pour les infrastructures.

Vers l’économie de guerre. L’innovation recevra 1 Md€ pour assurer la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique. En vue d’une plus grande réactivité de l’industrie de défense pour répondre aux besoins des armées, le PLF 2023 consacre 5 Mds€ au maintien en condition opérationnelle et 38 Mds€ aux commandes militaires. Le renouvellement des stocks de munitions sera assuré par 2 Mds€ d’autorisations d’engagement et 1,1 Md€ de crédits de paiement. Il s’agit d’accélérer les flux de production, pour compléter et reconstituer les stocks et les parcs. En cas d’engagement de haute ou de moyenne intensité, il faudra soutenir l’approvisionnement de munitions dans le temps long et prévenir l’attrition des matériels. Les premiers lots de bombes de forte puissance seront livrés en 2023. En outre, le premier tir du missile air-air Mica de nouvelle génération est prévu.

Principales livraisons en 2023. Voici les livraisons prévues pour l’armée de l’Air et de l’Espace dans le domaine spatial : 37 stations tactiques satellitaires Syracuse IV ; 1 satellite de télécommunications Syracuse IV ; 90 récepteurs P3TS ; 59 postes d’exploitation imagerie Réno SAIM. Celles dans le domaine aéronautique comptent : 2 avions de transport A 400 M Atlas ; 3 avions ravitailleurs multi-rôles Phénix ; 9 avions d’entraînement PC21 ; 13 avions de chasse Mirage 2000D rénovés ; 13 Rafale Air ; 1 lot de missiles Scalp EG rénovés ; 1 lot de missiles d’interception à domaine élargi ; 1 lot de missiles d’interception air-air Mica remotorisés ; 2 radars fixes ; 2 centres de contrôle local d’aérodrome. Voici les livraisons prévues pour l’armée de Terre : 9 drones tactiques ; 8.660 fusils d’assaut HK 416 F ; 200 missiles moyenne portée ; 18 chars Leclerc rénovés ; 5 hélicoptères de combat NH90 ; 5 hélicoptères de combat Tigre ; 6 systèmes complets de lutte anti-drone Parade ; 180 véhicules légers tactiques polyvalents non protégés ; 264 véhicules blindés légers ; 1.305 équipements radio contact. Voici les livraisons prévues pour la Marine nationale : 1 sous-marin nucléaire d’attaque ; 1 frégate légère furtive rénovée ; 3 avions de patrouille maritime Atlantique 2 rénovés ; 1 patrouilleur outre-mer ; 1 module SLAMF de lutte contre les mines ; 1 bâtiment ravitailleur de forces ; 5 hélicoptères interarmées léger H160 ; 1 lot de missiles mer-mer Exocet.

Loïc Salmon

Défense : budget 2022, une hausse annuelle de 4,3 %

Défense : le Plan Famille, soutien du moral des troupes

Défense : les infrastructures, de la construction à l’expertise




Euronaval 2022 : innovations et technologies du futur

La 28ème édition du salon international Euronaval accueille plus de 440 exposants, dont 232 étrangers (30 pays) ainsi que des décideurs politiques et militaires et des acheteurs et prescripteurs de haut niveau.

Organisé par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN, 250 entreprises et organisations) se déroule du 18 au 21 octobre 2022 à Paris-Le Bourget. A cette occasion, le ministère des Armées a invité 375 représentants de 113 pays et organisations internationales : Afrique, 32 ; Europe, 27 ; Amériques, 17 ; Asie-Pacifique, 21 ; Proche et Moyen-Orient, 10 ; organisations multilatérales, 5. En 2018, précédente édition en présentiel, Euronaval avait accueilli 101 délégations officielles étrangères de 27 pays et organisations internationales, dont 6 ministres et vice-ministres de la Défense, 6 directeurs des achats et 29 commandants des Marines. Sur les 80 pays disposant d’une flotte militaire, 72 ont été représentés par une délégation officielle.

Un large éventail d’activités. Les exposants proposent des équipements dans divers domaines : opérations navales ; sécurité et sûreté maritimes ; opérations spéciales ; hydrographie, océanographie et environnement marin ; formation, entraînement et simulation ; services ; navires et sous-marins ; aéronefs et équipements aéronautiques ; systèmes d’armes et munitions ; drones et robotique ; propulsion et énergie ; communication, information et navigation ; guerre électronique et cyberdéfense ; architecture navale et ingénierie militaire ; réparation, maintenance et démantèlement ; infrastructures et bases navales ; composants et équipement divers. En outre, des conférences-débats sont organisées sur certaines thématiques : cybersécurité et numérisation ; drones marins et robotique ; combat de surface ; guerre sous-marine ; mines ; lutte anti-missiles ; actions aériennes ; opérations aéronavale, amphibie et spéciales ; action de l’État en mer et fonction garde-côte ; chantier du futur et jumeaux numériques ; changement climatique et solutions durables ; outils spatiaux pour la défense navale et la sécurité maritime.

Le marché naval mondial. En partenariat avec le groupe d’information britannique Jane’s le GICAN a réalisé une cartographie exhaustive du secteur naval de défense et des grandes tendances du marché. Intitulée « The world defence shipbuilding » (Construction navale militaire mondiale), cette étude établit que ce marché se monte à 3, 472 Mt d’une valeur de 274,31 Mds$ pour la période 2015-2021. Rien que pour les années 2020-2021, il atteint 1,127 Mt d’une valeur de 82,34 Mds$. En 2020-2021, les livraisons en Russie ont augmenté fortement et la production de l’Asie de l’Est a dépassé celle des États-Unis, en tête pour la période 2015-2019. Les productions des pays d’Europe et des États-Unis ont baissé en 2020-2021 par suite de la pandémie du Covid19 mais ont repris en 2022. L’édition 2022 de « The world defence shipbuilding » présente le nombre de navires livrés aux Marines de 18 pays ainsi que celui des unités vendues à l’exportation pour la période 2020-2021 : Allemagne, 6 localement et 37 à l’exportation ; Chine, 182 localement et 20 à l’exportation ; Australie, 10 localement et 17 à l’exportation ; France, 20 localement et 15 à l’exportation ; Corée du sud, 34 localement et 14 à l’exportation ; Roumanie, 11 à l’exportation ; Japon, 43 localement et 10 à l’exportation ; Pays-Bas, 9 à l’exportation ; Russie, 53 localement et 8 à l’exportation ; Italie, 8 localement et 7 à l’exportation ; Inde, 60 localement et 5 à l’exportation ; Espagne, 2 localement et 4 à l’exportation ; Émirats arabes unis, 9 localement et 3 à l’exportation ; États-Unis, 92 localement et 2 à l’exportation ; Colombie, 8 localement et 2 l’exportation ; Israël, 2 à l’exportation ; Turquie, 10 localement et 1 à l’exportation ; Bangladesh, 13 localement et 1 à l’exportation. La valeur des livraisons de défense devrait passer de 2,8 Mds€ en 2022 à 3,25 Mds€ en 2025.

Loïc Salmon

Marines : le salon Euronaval 2020, uniquement en ligne

Marines : l’industrie navale, concurrence et innovations

Marines : innovations et ruptures capacitaires




Armée de l’Air et de l’Espace : mission « Pégase 2022 », projection vers l’Asie-Pacifique

Alliant projection de puissance et diplomatie, la mission « Pégase 2022 » (10 août-18 septembre) a rallié la Nouvelle-Calédonie en moins de 72 heures, parcouru 36.000 km et effectué 950 heures de vol. Elle vise à renforcer la crédibilité de la France dans la zone indopacifique.

Le général de division Stéphane Groen, chef de l’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, l’a présentée à la presse le 23 septembre 2022 à Paris.

La phase opérationnelle. Commandée depuis le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris et contrôlée depuis la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, « Pégase 2022 » a mobilisé une centaine d’aviateurs, 3 avions de chasse Rafale, 3 avions de transport polyvalents A400M Atlas, 2 avions multi rôles de ravitaillement en vol et de transport (MRTT) A330 Phénix et 1 avion de ligne A330-200, renforcés par 1 avion tactique de transport Casa CN235 et des personnels des forces armées prépositionnées en Nouvelle-Calédonie. Elle a nécessité 20 ravitaillements en vol, délivré 242,1 t de pétrole et reconfiguré ses moyens en moins de 15 heures après le posé. Elle a participé à l’exercice multinational « Pitch Black 22 », organisé par l’armée de l’Air australienne en vue de d’entraîner les équipages à la mission d’entrer en premier face à un État-puissance et consolider l’interopérabilité avec les forces aériennes partenaires. « Pitch Black 22 » a mis en œuvre 100 aéronefs de France, d’Australie, d’Allemagne, d’Inde, d’Indonésie, du Japon, de Singapour, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de Corée du Sud. Parmi les 2.500 participants, figuraient également des personnels des Philippines, de Thaïlande, des Émirats arabes unis, du Canada, des Pays-Bas, de Malaisie et de Nouvelle-Zélande. Instauré en 1981 par l’Australie dans le cadre d’un engagement de haute intensité, « Pitch Black » a accueilli les Etats-Unis en 1983 puis la France depuis 2004 avec une interruption en 2020 à cause de la pandémie du Covid19. Sa zone de manœuvre s’étend sur 175.000 km2. Projection à plus de 18.000 km de la métropole, « Pégase 22 » s’inscrit dans la continuité de la mission « Heifara » en 2021 et de « Pégase 2018 ».

Le volet diplomatique. A l’issue de l’exercice « Pitch Black », 3 Rafale, 2 MRTT, 1 A400M et 170 personnels se sont rendus en Indonésie puis à Singapour, afin de montrer le savoir-faire français, d’interagir avec les ressortissants français et de coopérer sur le plan opérationnel avec les armées de l’Air locales. Partenaire stratégique depuis 2011, l’Indonésie a conclu un accord bilatéral de défense avec la France le 28 juin 2021. Elle a commandé 42 Rafale F4 en février 2022, des radars GM403 le 17 mai et, selon la presse locale, aurait approuvé l’achat de 5 A400M en septembre. Son armée de l’Air est notamment équipée de Casa CN235 et C295 (avion cargos tactiques), d’hélicoptères Caracal, de chasseurs F16 (A, B et C) américains, Su-27 et Su-30 russes et TA-50 sud-coréens et enfin d’avions d’entrainement britanniques Hawk (53, 109 et 209). Partenaires des forces armées en Nouvelle-Calédonie, les forces indonésiennes ont participé à l’exercice interallié « Croix du Sud » en 2018. Point d’appui pour les opérations françaises dans la zone indopacifique, Singapour déploie un groupe aérien à la base de Cazaux depuis vingt ans. Son armée de l’Air est équipée de MRTT, Caracal, radars GM200 et missiles Aster 30. Des KC-135 singapouriens, basés au Qatar, ont ravitaillé des Rafale français dans la lutte contre Daech au Levant (opération « Chammal »). Un accord de soutien logistique a été signé en juin 2022. Autre point d’appui majeur depuis 2008, la base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis abrite des Rafale et un ravitailleur C-135FR, renforcés par un Atlantique 2 (renseignement) et un Awacs (système de détection aéroporté) pour « Chammal ».

Loïc Salmon

Armée de l’Air : « Pégase 2018 », projection lointaine dans le Pacifique

Armée de l’Air et de l’Espace : « Skyros 2021 », mission en interalliés en Eurasie

Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité




Défense : découvrir le passé pour réfléchir sur l’avenir

Le patrimoine du ministère des Armées constitue un héritage de l’histoire de la Nation et des principes qui ont maintenu sa cohésion au cours des siècles.

Dominique Espinasse, sous-directrice de la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), l’a présenté à la presse, le 8 septembre 2022 à Paris, à l’occasion des « Journées européennes du patrimoine » des 17 et 18 septembre. En 2021, malgré les restrictions sanitaires dues à la pandémie du Covid19, 109.000 personnes ont visité 82 sites militaires. En 2022, 91 sites ont été inscrits. La fréquentation moyenne du patrimoine du ministère se monte à 125.000 visiteurs par an.

Patrimoine durable. Le ministère des Armées dispose du deuxième patrimoine de l’Etat, après celui du ministère de la Culture. Témoins de l’histoire militaire, l’Hôtel national des Invalides et l’Ecole militaire à Paris, le château de Vincennes et le lycée militaire de Saint-Cyr-l’Ecole constituent ses biens immobiliers en Ile-de-France. Ceux en province incluent les lycées militaires de la Flèche et d’Autun, les châteaux de Brest et de Lunéville, les citadelles et les hôtels de commandement. Ses biens mobiliers concernent : les collections des musées militaires, plus d’un million d’objets ; celles du Service historique de la défense (SHD) à Vincennes, un million d’ouvrages, plus de 450 km linéaires d’archives et 50.000 cartes et plans ; celles de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), 13 millions de photos et 36.000 films ; celles de 53 unités documentaires et bibliothèques. Le patrimoine mémoriel inclut 290 nécropoles, 2.170 « carrés militaires » et 1.000 lieux de sépulture dans environ 80 pays. En outre, dix endroits ont été labellisés « hauts lieux de la mémoire nationale » : le Cimetière national de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) ; le Cimetière national de Fleury-devant-Douaumont et la tranchée des baïonnettes (Meuse) ; l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) ; le Mont-Valérien (Hauts-de-Seine) ; le Mémorial des martyrs de la déportation de l’île de la Cité (Paris) ; le Mémorial de la prison de Montluc (Rhône) ; le Mémorial du débarquement allié de Provence au Mont-Faron (Var) ; le Mémorial des guerres en Indochine (Var) ; le Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie (Paris) ; le Monument aux morts en opérations extérieures (Paris).

Politique culturelle. La DMCA dispose d’un budget annuel de 53,5 M€, dont 25,7 M€ pour la gestion du musée de l’Armée aux Invalides (photo), de celui de l’Air et de l’espace au Bourget et de celui de la Marine. Ce dernier compte cinq sites, celui de Paris devant rouvrir au second semestre 2023. Son réseau comprend : les délégués au patrimoine ; 13 musées d’arme (celui du Service de santé des armées et 12 de l’armée de Terre) ; le SHD (10 centres) ; l’ECPAD ; le réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains ; les partenaires institutionnels et privés (producteurs de documentaires, éditeurs et mécènes). En 2019 (avant la pandémie), la fréquentation des musées militaires a totalisé plus de deux millions de visiteurs. Le SHD communique 133.000 documents d’archives et 6.500 ouvrages par an et effectue 176.000 recherches administratives. Chaque année, la DMCA apporte son soutien à 30 films et coéditions, collecte 750.000 photos et restaure 5 km d’archives. Sa politique culturelle porte sur l’archivage numérique, la valorisation du patrimoine militaire, l’entretien de la mémoire des conflits contemporains et la préparation de musées futurs.

Loïc Salmon

Défense : mémoire et culture, véhicules des valeurs militaires

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Défense : la MCIC, promouvoir les armées dans le respect de la liberté de création




DGA : qualifications du mini-drone Marine et du parachute pour chuteurs opérationnels

Le système de mini-drones aériens Marine (SMDM) et le système de mise à terre du combattant opérationnel (SMTCOPS), qualifiés fin juillet 2022 par la Direction générale de l’armement, peuvent être employés en opérations.

Le SMDM. Chaque système se compose de deux drones d’environ 16 kg chacun et propulsés par un moteur électrique pour une autonomie de trois heures. Lancés par catapulte (photo), ils sont récupérés automatiquement à bord dans un filet à l’issue de leur mission. Ils équiperont les patrouilleurs de haute mer et ceux d’outre-mer, les frégates de surveillance et d’autres plateformes encore à l’étude, en vue d’enrichir la compréhension de la situation tactique. Les images et données collectées pendant le vol sont retransmises en temps réel de jour comme de nuit. Le SMDM investigue des zones jusqu’à 50 km, afin de repérer des navires au-delà de la portée des radars et de caractériser la menace par un flux vidéo en temps réel. Cette allonge informationnelle facilite l’identification de navires inconnus, le repositionnement discret de son propre dispositif ou la recherche de naufragés. Trois SMDM ont déjà été livrés sur les 11 commandés fin 2020. Les livraisons s’échelonnent jusqu’en 2023. Modulaire, le SMDM intégrera des technologies plus performantes.

Le SMTCOPS. Ce système permet de sauter à plus de 9.000 m d’altitude avec une charge de 200 kg, contre 7.000 m et 160 kg avec le système précédent. Les commandos effectuent des « sauts à ouverture commandée retardée à très grande hauteur » avec des équipements respiratoires d’oxygène. Ils ouvrent leur parachute dès la sortie de l’avion pour profiter des vents et de la finesse du parachute, afin de planer jusqu’à 50 km dans le dispositif adverse en évitant la détection de l’avion largueur. Après l’ouverture du parachute, sa vitesse ne doit pas dépasser 130 km/h, afin que le groupe de commandos ne soit pas détecté par un radar. Le système de navigation, qui allie GPS, altimètre et compas, permet de se diriger sous voile, de prendre un cap et de poser toute l’équipe avec précision. De plus, le « dispositif d’aide au posé pour chuteur opérationnel » permet de limiter les risques de blessures à l’atterrissage de nuit, y compris pour les sauts en tandem. Un laser assure la précision de mesure nécessaire. La discrétion est maintenue grâce à un retour audio dans le système radio. Les premiers SMTCOPS seront livrés d’ici à la fin 2022. Par ailleurs,15.000 « ensembles de parachutage du combattant » améliorés, destinés au largage massif à basse altitude de parachutistes lourdement chargés, ont été livrés en 2021.

Les forces spéciales. Certains largages d’opérations spéciales se font de nuit sans aide de personnels au sol, afin d’éviter d’être détecté et de diminuer le temps d’exposition à l’adversaire. Les groupes de commandos sont largués à 200 m d’altitude en entraînement mais à 125 m en opérations. En effet, cela assure une protection et limite la dispersion au sol et la vulnérabilité de l’avion ou de l’hélicoptère. Le « saut à ouverture commandée retardée à grande hauteur », effectué de jour comme de nuit entre 1.200 m et 4.000 m, correspond à une ouverture du parachute à basse altitude, pour la mise en place rapide et discrète au plus près de l’objectif d’un groupe entièrement équipé. Les chuteurs opérationnels se répartissent dans l’armée de Terre (7 unités parachutistes), les commandos Marine et de l’Air, le service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure, la Gendarmerie (GIGN) et la police (RAID).

Loïc Salmon

Marine nationale : les drones aériens embarqués, une plus-value opérationnelle

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions

Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité




Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

Espace, Robotique, hypervélocité et stratégie capacitaire pour la maîtrise des fonds marins sont pris en compte par le ministère des Armées dans l’hypothèse d’un engagement majeur d’ici à 2030.

Selon le « Document de référence de l’orientation de l’innovation de défense » publié le 21 juillet 2022, le ministère bénéficiera de financements dans le cadre du Plan d’investissements France de 34 Mds€ sur 5 ans, lancé en octobre 2021, et du Fonds européen de défense. Le document de référence intègre les ajustements de la loi de programmation militaire 2019-2025 en matière de cyberdéfense, défense NRBC (nucléaire, biologique, radiologique et chimique) et lutte anti-drones. Par ailleurs, le réseau de 9 « clusters » (regroupements d’entreprises) d’innovation technique de la Direction générale de l’armement démultiplie l’action de l’Agence de l’innovation de défense.

Frappe dans la profondeur. A l’horizon 2030, la principale menace porte sur la contestation d’espaces et d’accès par des moyens de défense aérienne, à savoir des radars et des systèmes surface-air intégrés en réseaux maillés, éventuellement utilisés en coordination avec une aviation de combat. Des barrières de défense navales de plusieurs centaines de kilomètres de large ou de profondeur peuvent gêner certains modes d’action offensifs et défensifs. La capacité de frapper des cibles à haute valeur ajoutée dans la profondeur du dispositif adverse, en mer ou à terre en limitant les risques, nécessite de pouvoir agir depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres avancées ou depuis la mer. Cela implique diverses préparations : développement du futur missile antinavire et du futur missile de croisière mis en œuvre à partir de plateformes aériennes ou navales ; rénovation à mi-vie du missile de croisière naval ; mise au point de futurs matériaux énergétiques de défense ; montée à maturité des technologies des planeurs hypersoniques pour faire face à l’évolution des défenses et aux stratégies de déni d’accès de l’espace aérien ; évaluation des technologies de missiles pour répondre à la frappe sol-sol longue portée ; maintien de la capacité d’innovation dans le domaine des missiles ; développement de technologies pour l’artillerie électrique.

Systèmes spatiaux. Face aux menaces de déni d’accès (enjeu de souveraineté) et de leurrage (enjeu industriel), la navigation par satellite doit disposer de récepteurs intégrables dans les systèmes d’armes. La « Navwar », qui correspond à la maîtrise du spectre sur les bandes de fréquences de GNSS (système de positionnement par satellite d’un élément en temps réel partout dans le monde), inclut les activités suivantes : la protection pour se prémunir d’une attaque adverse et maintenir ses propres capacités de navigation ; la surveillance pour détecter, localiser et caractériser les attaques adverses ; l’action offensive pour empêcher l’utilisation des informations de GNSS par l’adversaire sur une zone donnée. Il s’agit aussi de préparer les évolutions du programme « Oméga » (opération de modernisation des équipements de radionavigation par satellite des armées) selon la menace, en améliorant les antennes et les traitements de données. Vers 2030, l’approche défensive d’Oméga sera complétée par des capacités de détection, caractérisation et localisation de la menace. Le développement d’une résilience système et un volet offensif permettront ainsi d’adapter la manœuvre opérationnelle.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

 




Armée de Terre : les blindés dans les combats futurs

Les blindés de demain devront combiner concept ancien et technologies avancées. Le combat de haute intensité exigera de tenir au sol et de disposer de moyens de maintien en condition opérationnelle.

Marc Chassillan, ingénieur et consultant international défense et sécurité, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 31 mai 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et dans la revue Défense & industries (juin 2022).

Masse et protection. Multiplicateurs de forces, les blindés, qui constituent les cibles prioritaires et les plus onéreuses, subissent une attrition massive. Pour le même nombre de fantassins embarqués, le volume des véhicules de combat d’infanterie est passé de 6m3 dans le véhicule blindé de l’avant (VAB) à plus de 12 m3 dans le Griffon, en raison des équipements individuels de protection (gilet pare-balles et casque), armement, moyens de communications, munitions et approvisionnements (eau, vivres et batteries). Dans le cadre du programme Scorpion, le remplacement des véhicules de 8-18 t (ERC, Sagaie, VAB et AMX10RC) par une famille de 18-26 t (Serval, Griffon et Jaguar) va considérablement augmenter la consommation de carburant. Outre que 75 % des pertes sont dues à l’artillerie, les blindés seront ciblés par des drones suicides, capables de percer des parois d’acier de 50 à 150 mm. Leur protection nécessite un équipement individuel anti-drones ou l’intégration d’un système de lutte anti-drones dans la manœuvre d’une unité blindée mécanisée. Le camouflage, la furtivité, le radar et l’infrarouge contribuent à la protection du blindé. En outre, leur vitesse et leurs signatures radar et infrarouge rendent les missiles anti-char vulnérables, malgré leurs divers modes d’attaque (direct, en survol ou en plongeon).

Puissance de feu. Le futur char franco-allemand MGCS pourrait être armé par un canon de 130 mm de l’entreprise allemande Rheinmetall ou par l’Ascalon de 140 mm de Nexter Systems (photo). Ce dernier fabrique les canons automatiques 40 CTA, montés sur les engins de reconnaissance et les véhicules de combat d’infanterie. Leurs projectiles percent jusqu’à 180 mm de blindage. Les canons peuvent tirer des munitions explosives, à fusée programmable (impact, retard ou détonation dans les airs provoquant un effet de souffle), fumigènes, thermo-bariques (combinant chaleur, onde de choc et dépression) ou anti-hélicoptère. Le tir de munitions à portée accrue nécessitera, pour la détection, la reconnaissance et l’identification de la cible, des moyens montés sur le blindé ou déportés (ceux d’un autre), clé de voute du « combat collaboratif ». Des capteurs multi-spectraux, associés à des algorithmes de traitement des images, amélioreront l’identification des cibles. Le laser de puissance permettra la destruction de drones, le brouillage des conduites de tir ou la lutte contre les engins explosifs improvisés.

Mobilité et propulsion. Depuis trente ans, l’armée de Terre française privilégie les blindés à roues, adaptés à des opérations extérieures sans menace aérienne ni artillerie adverse ni perturbation des communications et avec une logistique fluide. Or, ces véhicules manœuvrent parfois mal sur les terrains européens, comme l’ont montré les blindés russes embourbés en Ukraine et les exercices de renforcement dans les pays baltes en hiver. Les performances des chenilles modernes des principales armées de l’OTAN ont été améliorées. Enfin, le moteur thermique reste indispensable car, actuellement, seul son carburant peut être acheminé sur un champ de bataille.

Loïc Salmon

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Industrie de défense : émergence de la Corée du Sud et de la Turquie à l’exportation

Devenues maîtres d’œuvre de certains programmes nationaux de défense, grâce à des transferts de technologies étrangères, la Corée du Sud et la Turquie proposent des équipements militaires et des armements à l’exportation.

Kévin Martin, chargé de recherche, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 31 mai 2022 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique et dans la revue Défense & Industries (juin 2022).

Pour la période 2016-2020, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, la Corée du Sud occupe la 9ème place parmi les pays exportateurs d’armements, après Israël, et la Turquie la 11ème après…l’Ukraine.

Corée du Sud, stratégie dédiée. En 2006, le Livre Blanc de la défense et le plan « Global Korea » placent les exportations de défense au cœur de la stratégie nationale, consolidée en 2008 par la volonté de promouvoir cette industrie comme relais de la croissance économique. En 2010, la DAPA (agence du ministère de la Défense chargée des acquisitions et du soutien à l’exportation) fixe l’objectif de 4 Mds$ à l’export à l’issue de la décennie. En fait, la moyenne sur la période 2010-2020 se monte à 2,4 Mds$ avec un pic de 3,54 Mds$ en 2015. Après les ventes records de 7,5 Mds$ en 2021, celles de 2022 devraient atteindre 10 Mds$. Trois grands groupes dominent l’industrie de défense : Korea Aerospace Industries pour le secteur aéronautique ; Hanwha pour les armements terrestres avec ses filiales Hanwha Defence (obusiers automoteurs chenillés K9 Thunder, véhicules blindés d’infanterie et systèmes de défense aérienne) et Hanwha Systems (électronique) ; Hyundai Rotem (chars de combat). Ils ont commencé par prospecter en Indonésie, en Pologne, aux Philippines, en Thaïlande en Turquie et au Pérou. Le K9 Thunder a fait l’objet d’un transfert de technologie à la Turquie en 2001 et d’un accord de licence avec la Pologne en 2014. Il a été sélectionné par la Finlande (2016), la Norvège (2017) et l’Estonie (2018) à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En janvier 2022, des contrats ont été conclus avec l’Egypte (1,66 Md$, K9 Thunder) et les Emirats rabes unis (3,5 Mds$, systèmes sol-air). En mars 2022, plusieurs contrats avec l’Arabie Saoudite sont estimés à 800 M$. Hanwha va construire un site de production en Australie. En outre, il compte édifier, en Grande-Bretagne, un centre régional de production des K9 destinés à l’export.

Turquie, diversification. Via la sous-traitance pour les équipements aéronautiques, la Turquie a pu pénétrer les marchés étrangers de défense. Selon la SaSad (association des industries aérospatiales et de défense), ses exportations dédiées ont atteint en 2020 : 657 M$ pour l’aviation civile ; 499 M$ pour les armements terrestres ; 407 M$ pour l’aéronautique militaire ; 272 M$ pour les missiles, armes et munitions ; 227 M$ pour les équipements navals militaires ; 23 M$ pour la mise en condition opérationnelle ; 45M$ pour la sécurité. Ses exportations de matériels de défense sont portées par l’armement terrestre, dont 91 % ont été réalisées hors d’Europe et des Etats-Unis. Elles se concentrent sur sa zone d’influence, à savoir les Proche et Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Afrique, avec des offres adaptées comme les blindés à roues. La Turquie prospecte également les pays d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est. Par ailleurs , les drones, qu’elle a fournis à l’Azerbaïdjan lors de la guerre dans le Haut-Karabagh contre l’Arménie (2020), ont suscité l’intérêt de plusieurs pays européens, dont l’Ukraine.

Loïc Salmon

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Ukraine : les drones, symboles de la résistance pour Kiev

Une industrie locale de drones militarisés et l’acquisition de systèmes militaires étrangers ont permis à l’armée ukrainienne d’infliger de lourdes pertes à la force expéditionnaire russe au début de la guerre.

Aude Thomas, chargée de recherches, l’explique dans le numéro de juin 2022 de la revue Défense & Industries de la Fondation pour la recherche stratégique.

Les fabrications ukrainiennes. La résistance ukrainienne résulte d’abord de la réforme des forces armées en 2016 avec le soutien financier et matériel des pays occidentaux, puis du renseignement fourni par le centre des opérations aériennes combinées de l’OTAN et enfin de la livraison d’armements de pays membres de l’Alliance Atlantique. En outre, l’armée ukrainienne a pu s’entraîner à l’extérieur du pays et a intégré les drones dans son dispositif. Dès mai 2014, la startup IT Academy de Kiev lance un programme de transformation de petits drones commerciaux à voilure tournante Phantom et Mavic-Air 2 de l’entreprise chinoise DJI. Depuis, celle-ci a vendu à l’Ukraine 2.372 modèles DJI Mavic 3, puis a suspendu ses activités en Russie et en Ukraine en avril 2022. Lors de l’invasion de la Crimée par les forces séparatistes pro-russes du Donbass à l’été 2014, l’armée ukrainienne s’est trouvé dépourvue d’une vision globale du champ de bataille et d’appui aérien rapproché. De plus, ses convois de ravitaillement sont tombés fréquemment dans des embuscades. Des diplômés en informatique fondent alors « l’unité Aerorozvidka », qui sera intégrée aux forces armées ukrainiennes. Outre la cybersécurité, cette unité collecte le renseignement sur les cibles de haute valeur par des capteurs sur le champ de bataille, drones de reconnaissance, interceptions de fréquences radio et sources humaines. Les forces ukrainiennes disposent d’une carte numérique en temps réel des mouvements des troupes russes et peuvent mener des frappes. Aerorozvidka fabrique ses propres drones R-18 (rayon d’action 4 km, endurance 40 mn) emportant une munition anti-char RPG ou une caméra thermique pour la reconnaissance de nuit. L’entreprise Athlon Avia produit l’A1-SM Furia à voilure fixe (50 km, 3 h) pour la reconnaissance et l’ajustement des tirs d’artillerie. Ukrspecsystems produit le Leleka-100 (45 km, 2h30) et SPE Urkjet l’UJ-22 (100 km, 7 h).

Les acquisitions étrangères. Le constructeur turc Baykar a vendu à l’Ukraine 20 systèmes de drones tactiques Bayrakar TB-2 (300 km, 27 h) en mars 2019, puis 16 de plus en janvier 2022. Les TB-2 ont ciblé des camions et véhicules de transport russes, puis des systèmes de défense sol-air Buk et Tor et des véhicules blindés. Le taux quotidien de destruction serait passé de 7 véhicules entre les 24 et 28 février 2022 à 0,9 entre le 1er et le 15 mars. Le 13 avril, il aurait servi de leurre contre la défense anti-aérienne du croiseur russe Moskva, touché par deux missiles antinavire RK-360 MT Neptune ukrainiens. Par ailleurs en avril, les Etats-Unis ont déjà livré à l’Ukraine : 700 munitions maraudeuses Switchblade (10-39 km, 15-40 mn), pour cibler des personnels, véhicules légers et chars ; des munitions à guidage laser compatibles avec les TB-2 ; 121 drones munitions maraudeuses Phœnix Ghost à capteur infrarouge pour usage de nuit. En outre, le milliardaire américain Elon Musk a livré gratuitement des antennes satellites Starlink à l’Ukraine. De plus, sa société Space X à mis à jour un logiciel protégeant les communications tactiques ukrainiennes contre les tentatives russes de brouillage.

Loïc Salmon

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