Exposition « Larguez les amarres ! 400 ans d’histoire de la Marine » à Vincennes

En 1626, Richelieu crée une Marine de combat permanente qui, quatre siècles plus tard, participe à la dissuasion nucléaire et dispose d’un porte-avions à propulsion nucléaire doté de catapultes. Innovations techniques et formations scientifiques ont permis les grandes explorations maritimes.

Les combats navals. L’Angleterre de la seconde moitié du XVIème siècle se dote d’une Marine d’État pour faire la guerre de course qui consiste, pour des armateurs privés, à capturer des navires adverses, surtout espagnols, pour piller leurs cargaisons au nom du souverain. L’Espagne, elle, considère les corsaires comme des pirates et les pend quand ils sont capturés. La France pratiquera la guerre de course et celle d’escadre par un groupe de navires. D’anciens corsaires deviennent officiers de la Marine royale et réciproquement. Ses victoires navales sur la Hollande et l’Espagne assurent à la France sa prépondérance en Méditerranée occidentale à la fin du XVIIème siècle, mais elle perd la bataille de la Hougue (1692) contre l’Angleterre qui contrôle alors la Manche. Contrainte de consacrer d’importants budgets à la protection de ses frontières terrestres, elle privilégie alors la guerre de course, moins coûteuse. Malgré la perte d’une partie de ses colonies à l’issue de la guerre de Sept Ans (1756-1763), elle reconstitue une flotte puissante qui obtient des succès stratégiques contre l’Angleterre en Atlantique (victoire de la Chesapeake de l’amiral de Grasse en 1781) et en océan Indien (campagne du bailli de Suffren en océan Indien en 1782). L’Angleterre, affaiblie, reconnaît l’indépendance de ses 13 colonies américaines en 1783. A la suite de l’émigration de nombreux officiers de Marine pendant la Révolution, la France instaure un harcèlement corsaire sur le commerce et les côtes de l’Angleterre. Sa Marine d’escadre parvient à protéger les convois d’approvisionnements (1794) et à assurer le transport de l’expédition d’Égypte (1798). Les défaites d’Aboukir (1798) et de Trafalgar (1805) face à la flotte anglaise conduisent à un blocus maritime de la France par l’Angleterre durant le Premier Empire (1804-1815).

Les explorations. Au milieu du XVIIIème siècle, la France cherche à restaurer son influence outre-mer. Sa Marine incarne l’esprit d’exploration combinant débouchées commerciaux, points d’appui et quête scientifique. Bougainville devient le premier Français à faire le tour du monde (1766-1769). Décidée pour couper la route des Indes à l’Angleterre, l’expédition d’Égypte (1798-1801) est aussi scientifique et donnera naissance à l’égyptologie. Plus tard, la présence dérangeante des « savants » à bord des navires d’exploration conduit la Marine à donner à ses officiers une formation poussée en dessin, botanique et zoologie pour pouvoir se renseigner eux-mêmes au hasard des escales. Les explorations maritimes vont de pair avec les conquêtes coloniales : Algérie (1830-1847) ; Nouvelle-Calédonie (1853) ; Indochine (1858-fin du XIXème siècle) ; Madagascar (1881-1882 puis 1894-1895) ; Tunisie (1881-1882). Dans sa recherche d’un accès à la Chine, l’expédition d’exploration du Mékong (1866-1868) conduit à la découverte des temples d’Angkor (Cambodge) et de la ville de Luang Prabang (Laos). Les connaissances de l’époque s’enrichissent par l’élaboration ou la mise à jour de cartes marines et la publication de traités d’astronomie ou d’atlas zoologiques. Le développement de l’arme sous-marine relance l’exploration des fonds marins.

Loïc Salmon

L’exposition « Larguez les amarres ! 400 ans d’histoire de la Marine » » (13 septembre-23 décembre 2026), organisée par le Service historique de la Défense (SHD), se tient au château de Vincennes, Pavillon du Roi. Elle présente des objets, gravures, tableaux et documents. Des visites guidées sont prévues. La Revue historique des armées, publiée par le SHD, consacre un numéro spécial aux quatre siècles de la Marine nationale. www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

(suite sur le lien ci-dessous)

Service historique de la Défense : vingt ans et…quatre siècles !

Exposition « La Marine & Les Peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir » à Paris

Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides




Marine nationale : retour d’expérience de combat pour la préparation opérationnelle

Lors de sa mission de protection du trafic maritime en mer Rouge du 20 janvier au 30 mars 2024, la frégate multi-missions à capacité de défense aérienne renforcée Alsace a subi des tirs de drones et de missiles balistiques. Son expérience a permis de faire évoluer la préparation de la Force d’action navale (FAN) au combat.

Le capitaine de vaisseau Jérôme Henry, son commandant à l’époque et actuellement chef de la division entraînement de la FAN, l’a expliqué au cours d’une conférence de presse tenue le 2 juillet 2026 à Paris.

L’engagement en mer Rouge. L’opération défensive « Aspides », lancée par l’Union européenne le 19 février 2024, consiste à rétablir le commerce du canal de Suez au détroit d’Ormuz, en procédant à des accompagnements de navires, à de la surveillance et à de la protection en cas d’attaques par les Houthis (organisation islamiste chiite soutenue par l’Iran). L’Alsace, venue renforcer la frégate Languedoc présente sur zone, a accompagné 19 navires et prêté assistance à ceux qui avaient été attaqués par des drones aériens Samad (photo), des drones de surface ou des missiles balistiques. Le Samad, équivalent du missile Shaed d’attaque et de croisière iranien à bas coût, vole au ras des flots à plus de 180 km/h afin d’exploser sur le flanc d’un navire. Il peut être neutralisé par un brouilleur multi-mission MAJES DFB86, au canon de 20 mm, à la mitrailleuse bitube 12,7 mm ou par le tireur d’élite à bord de l’hélicoptère Panther de la frégate. Le missile balistique, détecté par son écho radar en raison de sa vitesse de plusieurs fois celle du son et de son tir à plusieurs centaines de kilomètres, peut être intercepté par un missile Aster 30. Au cours de l’accompagnement d’un convoi, l’Alsace s’est trouvé menacée de façon coordonnée par 6 drones, dont 5 ont été abattus par ses propres moyens et par un Mirage 2000 de l’Armée de l’Air et de l’Espace grâce aux contrôleurs aériens de chasse embarqués à bord. Lors de la détection d’attaques de missiles balistiques, l’Alsace s’est interposée entre leurs trajectoires, peu précises contre des bateaux en déplacement, et les navires marchands pour les inclure dans sa bulle de protection, le plus proche se trouvant à 1 km. Dans le même temps, les Houthis ont contacté l’Alsace par le canal 16 de détresse maritime pour lui préciser que seul le navire marchand était ciblé et lui demander d’abandonner son escorte. L’Alsace a engagé les missiles balistiques avec ses Aster 30 et a aussi adapté ses procédures pour traiter toutes les menaces, notamment par l’installation préalable d’une nacelle PASEO XLR (système optronique d’identification et de conduite de tir très longue portée) pour allonger le préavis d’arrivée des drones. La frégate a aussi porté assistance à un pétrolier touché par un missile balistique et qui a brûlé toute une nuit. Pour la coordination au sein de l’opération « Aspides » à l’époque, les frégates française, allemande, néerlandaise, belge et grecque ont partagé leurs expériences, échangé les données tactiques et réparti les zones de patrouille et les accompagnements de navires marchands.

Les enseignements. L’essentiel porte sur la préparation des esprits au combat par la circulation de l’information et la réorganisation de l’activité à bord, souligne le capitaine de vaisseau Henry. L’équipage travaille par « bordée », à savoir appel aux postes de combat de la moitié de l’équipage pendant six heures et repos pour l’autre moitié afin de tenir dans la durée. Le missile constitue la menace la plus dangereuse. Pendant la nuit, des émissions d’échos radars sont simulées pour vérifier la réactivité sur les systèmes de combat. En quelques secondes, l’opérateur radar signale la piste d’un missile balistique au tireur, qui met en œuvre l’Aster 30. Outre une grande expertise des matériels, il s’agit d’économiser le stock d’Aster et de munitions. Le temps de transit est utilisé pour l’entraînement à l’aller et à la gestion du stress de l’équipage au retour, sans oublier de prendre en compte les familles.

Loïc Salmon

Mer Rouge : trafic maritime international perturbé, riposte américano-britannique

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même

Marine nationale : coopérations opérationnelles, technicité et esprit d’équipage




Invalides : la cour d’honneur rénovée après un an de travaux

Haut lieu d’hommages nationaux et de prises d’armes exceptionnelles, la cour d’honneur des Invalides à Paris a retrouvé son éclat du temps de Louis XIV, après plus de trois siècles d’existence et une mise aux normes pour personnes à mobilité réduite.

Le 10 septembre 2026, une visite de presse a été organisée par des représentants du Gouverneur militaire de Paris, du Service d’infrastructures de la Défense et du musée de l’Armée, en prévision des Journées du patrimoine les 19 et 20 septembre.

Le Palais des Vieux Soldats. Dans son testament, le Roi-Soleil précise que l’Hôtel royal des Invalides constitue la plus grande fierté de son règne pour ses soldats qui ont trop fait la guerre. Il invente la restauration collective pour 2.000 pensionnaires avec de grands réfectoires, desservis par des cuisines et des puits d’eau douce dans les cours latérales. Les combats à l’arme blanche provoquant souvent des amputations d’une jambe, l’accès aux chambres et dortoirs est facilité par des escaliers aux marches de 10 cm de hauteur. Louis XIV fait appel aux plus grands architectes, sculpteurs et peintres pour la construction et la décoration et visite souvent le chantier entre 1672 et 1676. Avec sa façade de 100 m de long et de 22 m de haut, la plus grande d’Europe pour une construction du XVIIème siècle, l’architecture de la cour d’honneur a été réalisée selon des calculs mathématiques très précis. Le Dôme doré s’encastre parfaitement sur la charpente de la chapelle Saint-Louis des Soldats, comme le fronton de la cour d’honneur entre les pilastres du porche d’entrée. Joyau de l’architecture classique française, la cour présente une symétrie parfaite entre ses quatre côtés orientés Est, Ouest, Nord et Sud. Pourtant, la fantaisie se manifeste dans les lucarnes, dont l’une représente un animal sortant des roseaux. Elle concernerait le marquis de Louvois, secrétaire d’État à la Guerre, avec le jeu de mots « le loup voit », ou « l’ouvre voie » qui a suivi la progression du chantier. En 1800, Bonaparte, Premier consul, transforme la chapelle royale, saccagée pendant la Révolution, en panthéon militaire. Il y fait transférer la dépouille du maréchal de Turenne (1611-1675) inhumé dans la chapelle royale de Saint-Denis. Celle de Vauban (1633-1707), architecte militaire et maréchal de France, suivra en 1808. Le 2 décembre 1804, Napoléon 1er, devenu empereur, procède à la première remise d’insignes de la Légion d’honneur aux vieux soldats pensionnaires aux Invalides. Depuis, les prises d’armes du président de la République, des ministres des Armées ou des chefs d’État-major se déroulent dans la cour d’honneur. En 1814, pour éviter que les 1.000 drapeaux pris à l’ennemi au cours de l’histoire militaire de la France ne soient emportés comme trophées de guerre par les troupes prussiennes aux portes de Paris, le général Sérurier, gouverneur des Invalides, les fait brûler dans la cour d’honneur. Aujourd’hui, le musée de l’Armée possède environ 60 drapeaux postérieurs à cette date.

Les cérémonies militaires. Louis XIV a reçu le sultan Méhémet IV Avci aux Invalides pour lui présenter les travaux en cours à la chapelle royale. Aujourd’hui, les autorités étrangères en visite officielle reçoivent les honneurs militaires aux Invalides, organisés par le Gouverneur militaire de Paris. Depuis la pose de la première pierre de l’Hôtel des Invalides, plus de 2.000 cérémonies s’y sont déroulées, dont 80 jusqu’à la Révolution, 800 au XIXème siècle et 1.200 depuis 1914. Aujourd’hui, l‘Hôtel national des Invalides accueille 4.000 personnes par jour, dont 2.000 qui y travaillent, et le musée de l’Armée 1,4 million de visiteurs par an. En 2025, 32.000 personnes sont venues aux Invalides lors des Journées du Patrimoine.

Les travaux de la cour d’honneur. D’octobre 2025 à septembre 2026, la restauration du pavement de la cour de 6.400 m2 a porté sur l’examen et le tri de 142.000 pavés en grès, dont 20 % ont été remplacés. La cour compte 80 piliers, 60 lucarnes et 67 canons et obusiers.

Loïc Salmon

Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Exposition « Napoléon n’est plus » aux Invalides




Renseignement : la DRSD, vigilance et anticipation

Depuis 2022, les pays compétiteurs de la France recourent délibérément à la guerre hybride pour réduire sa compétitivité industrielle et sa souveraineté. La Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) identifie et anticipe les menaces, en vue de les neutraliser.

Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, l’a expliqué à la presse le 28 mai 2026 à Paris.

Un contexte innovant. Dans la guerre russo-ukrainienne, l’innovation technologique se trouve de plus en plus au contact avec un tempo opérationnel rapide. Il ne s’agit plus de disposer d’un système qui sera transformé dans deux ou trois ans, mais de le remettre en question et de l’améliorer sans cesse pour affronter l’adversaire. Un frein à l’innovation à un moment donné entraînera, plus tard, le risque de la surprise et même de la sidération par l’action d’un adversaire. Actuellement, les budgets de défense explosent dans le monde, ouvrant la compétition à un marché où la France se trouve en bonne position. Les technologies innovantes duales, comme le cyber, les drones et l’intelligence artificielle, entrent de plus en plus dans le champ militaire. Des entreprises, actives dans d’autres domaines, viennent sur le marché de la défense en raison de leurs capacités de production en cas de conflit majeur. Or la radicalisation propagée par les réseaux sociaux et les moyens numériques pourrait briser le lien Armée-Nation. Sur le plan sociétal, une minorité agissante glisse vers l’antimilitarisme, tandis qu’un nombre croissant de jeunes veulent s’engager dans les armées ou dans l’économie de défense.

Menaces nouvelles. Outre l’espionnage croissant avec ses perspectives de sabotage et de subversion, le risque de terrorisme reste élevé. La DRSD doit déceler tout foyer de radicalisation au sein des entreprises de défense. S’y ajoutent les incidents de sécurité, les survols de drones et la manipulation en ligne qui permet d’approcher beaucoup de gens plus facilement. Autre nouveauté, l’instrumentalisation des normes internationales constitue la suite de lois américaines d’exterritorialité. Les contrôles à l’exportation, notamment chinois, s’amplifient. Les règles anti-corruption concernant l’embargo sur certains produits permettent à des cabinets spécialisés de venir acquérir de la donnée dans les entreprises françaises sous l’angle de la norme et de l’inspection légale qui s’ensuivrait. L’intelligence artificielle démultiplie les capacités de subversion par la création d’images et d’imitations de voix de personnalités connues diffusées sur les réseaux sociaux, pour semer le doute sur la véracité des informations. Au début des années 2020 au Sahel, la Russie avait lancé des campagnes de désinformation en Afrique francophone pour dénigrer les troupes françaises luttant contre les groupes armés terroristes. Aujourd’hui, les attaques de réputation contre les entreprises françaises visent à les discréditer. Le lien Armée-Nation est visé par l’hypertrucage et de fausses informations de désaccord entre le pouvoir exécutif et des généraux en 2ème section. Les vols de données d’une entreprise, par cyberattaque ou en interne, et leurs reventes sur le « Dark Web » (réseaux accessibles via des logiciels, configurations ou protocoles spécifiques) constituent une fragilité potentielle. De plus, cela montre que l’entreprise en cours de négociation d’un contrat à l’export n’est pas fiable.

Réactions. La DRSD pratique le « Red Teaming », à savoir désigner un groupe jouant le rôle d’agresseur pour effectuer une intrusion physique ou numérique, afin d’améliorer la sécurité d’une entreprise. Elle effectue des démarches de sensibilisation, car 80 % des compromissions relèvent de simples négligences. Les comptes rendus des compromissions permettent de détecter les signaux faibles d’une action coordonnée contre la France. Enfin, la DRSD travaille avec les services de renseignement, dont la DGSI (lntérieur) et la DNRED (Douane)

Loïc Salmon

DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Renseignement : ingérences et menaces contre la BITD en 2025

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




Renseignement : ingérences et menaces contre la BITD en 2025

Les tensions géopolitiques se répercutent sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) de la France, sur les plans capitalistique et juridique ainsi qu’en matière d’approvisionnements de certaines matières premières et de restrictions aux exportations étrangères de composants.

La Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) en a dressé un panorama pour 2025 dans sa Lettre d’information économique de mai 2026.

Prévention. Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, souligne que l’accélération et l’expansion des conflits armés internationaux en 2025 ont conduit à une transformation de la guerre économique en économie de guerre. La BITD et la recherche publique de défense sont visées par les pays compétiteurs de la France, notamment en ce qui concerne les expertises dans les domaines de l’intelligence artificielle, du quantique, de l’aéronautique et du spatial. En 2026, la DRSD accompagne les entreprises concernées pour assurer la protection de la sphère française de défense lors des salons « Eurosatory » pour les armements terrestres et aéroterrestres (15-19 juin) et « Euronaval » pour les armements navals et aéronavals (3-6 novembre), tenus en banlieue parisienne.

Atteintes humaines et physiques. En 2025, le nombre d’incidents reste stable par rapport aux années précédentes, mais les menaces humaines et physiques pour la captation d’informations et de savoir-faire sensibles, par l’exploitation des vulnérabilités humaines, restent les principales. Les atteintes se répartissent ainsi : humaines, 28 % ; physiques, 24 % ; capitalistiques (prises de participations étrangères), 15 % ; cybernétiques, 13 % ; réputationnelles, 11 %, juridiques (influence sur les normes et standards internationaux), 6 % ; approvisionnements, 3 %. Pour la BITD, la menace humaine par des entités étrangères a diminué, par rapport à 2024 (36 %) et 2023 (45 %). Elle consiste en : ciblage d’experts lors de leurs déplacements en France et à l’étranger ; débauchage d’ingénieurs par des plans de recrutement de talents ou de chercheurs ; recours à des cabinets spécialisés de recrutement de collaborateurs, actuels ou anciens. Pour la recherche publique de défense, la Chine et les États-Unis ciblent les domaines critiques (cités plus haut) et envoient notamment des propositions d’entretiens rémunérés sur le réseau social professionnel LinkedIn. Cela induit un risque important de fuites d’informations sensibles et peut aboutir au débauchage des meilleurs talents français. Les atteintes physiques ont augmenté par rapport à 2024 et 2023 (18 %). Elles consistent d’abord en intrusions, effectives ou tentées, au sein d’emprises industrielles ou de laboratoires, à savoir vols d’ordinateurs, de machines-outils et de matières premières essentielles à la production. Les vols constatés sont facilités par le manque de vigilance ou de négligence de certains collaborateurs. Les atteintes physiques consistent en dégradations des sites : tags ; sabotages ; incendies d’infrastructures énergétiques et de chaînes de production. Elles sont précédées par des survols de drones, en hausse en 2025, pour des prises de vues à de fins de repérage d’installations sensibles. L’imputation à des pays étrangers reste difficile à établir. En revanche, les actions, revendiquées, de mouvances de l’ultra-gauche en lien avec le conflit israélo-palestinien continuent.

Atteintes cyber et réputationnelles. En progression depuis 2024, l’écosystème criminel s’appuie sur la demande de rançons, l’accès illégitime à l’information, l’hameçonnage et les attaques par déni de services qui devraient augmenter avec l’intelligence artificielle. Les manœuvres réputationnelles consistent à discréditer des équipements français, instrumentaliser des fuites d’informations et mettre en ligne des campagnes orchestrées par des mouvances contestataires. Les vols de données entraînent des conséquences graves pour les entreprises de la BITD et leurs partenaires commerciaux.

Loïc Salmon

« RNS 2025 » : accélération du basculement stratégique mondial

DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Renseignement : la DRSD, renseigner pour protéger




DGA : bilan 2025, commandes publiques records

Afin de moderniser les capacités de défense, la Direction générale de l’armement (DGA) a engagé des commandes d’un montant de 38 Mds€ dans les milieux terrestre, naval, aérien, spatial et cyber. Des solutions rapides ont été adaptées, face à l’accélération des menaces et des technologies.

Le 16 avril 2026 à Paris, la DGA a rendu public son bilan pour l‘année 2025.

Moyens et missions. La DGA emploie 10.600 personnes, dont 65 % de cadres et 17 % de militaires. Le taux de féminisation atteint environ 30 %. La commande publique alimente la base industrielle et technologique de défense (BITD) constituée du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, des grands groupes Airbus Defence & Space, Thales, Safran, MBDA, Naval Group, Dassault Aviation, Ariane Group, Nexter et Arquus ainsi que des 4.500 entreprises petites, moyennes et de taille intermédiaire et des startups, soit 240.000 emplois directs et indirects répartis sur tout le territoire français. Chaque euro investi dans le développement de produits de défense génère de 1,27 € à 1,68 € de richesse nationale supplémentaire. La DGA remplit cinq missions : équiper les forces armées ; maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire ; promouvoir la coopération internationale et soutenir les exportations ; orienter et soutenir la BITD ; préparer l’avenir et investir les nouveaux espaces de conflictualité. Face aux demandes française et européenne, la DGA a notamment accéléré la commande des systèmes suédois de détection et de commandement aéroportés « GlobalEye », destinés à remplacer les quatre avions AWACS (systèmes aéroportés de détection et de contrôle). En outre, en 2025, elle a commandé des armements d’une valeur de 2Mds€ à d’autres pays européens.

Commandes pour les armées. Pour la dissuasion nucléaire, les commandes concernent le lancement en réalisation du missile balistique M51.4 et un sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, la réalisation du radar Aurore, successeur de Graves, est lancée. Voici les autres commandes : 2 avions GlabalEye ; 1 accord-cadre Paladin (satellite de surveillance de l’espace pour une mise en service en 2027) ; 1 infrastructure pour l’entretien du Rafale ; 2 radars tactiques pour le système de commandement et de conduite des opérations aériennes ; lots de missiles air-air à longue portée Meteor ; lots de munitions armement air-sol modulaire ; 1 démonstrateur laser forte puissance Syderal ; 9 systèmes de lutte anti-drones Parade ; lots de missiles Mistral M3 ; 94 stations sol pour les communications satellitaires Syracuse IV ; 7 nœuds de réseaux tactiques Astride ; solutions cyber pour la lutte informatique défensive et chiffreurs IP. Pour la Marine nationale, voici les commandes : lancement de la construction des chaufferies du porte-avions France-Libre ; 1 frégate de défense et d’intervention ; 5 avions de surveillance et d’intervention maritimes Albatros ; 6 drones tactiques aériens embarqués VSR700 et lots de drones légers S-100F ; lots de bouées acoustiques actives SonoFlash ; lots de torpilles lourdes F21 Artemis ; lots de missiles antinavires Exocet MM40 Block 3c. Pour l’armée de Terre, voici les commandes : 1.000 drones d’entraînement Delco ; 1.110 poids-lourds 6T ; 152 camions-citernes protégés de nouvelle génération ; 12 véhicules légers ; 120 véhicules blindés légers régénérés ; 200 viseurs Leclerc rénovés ; 1 infrastructure pour la mise en œuvre, la formation et l’entraînement aux matériels Scorpion ; 8 systèmes de franchissement lourd-léger Skyfall ; 8.000 fusils d’assaut HK416F ; lots de missiles moyenne portée ; lots de munitions de 40 mm ; lots de munitions téléopérées à courte portée ; lots de munitions téléopérées à longue portée avec leurs chaînes de production ; 1 accord cadre « Droide », robot doté d’intelligence artificielle pour prendre des décisions complexes et interagir avec un humain.

Loïc Salmon

DGA : bilan de deux ans d’économie de guerre

DGA : crédibilité et modernité de la dissuasion nucléaire

DGA et AAE : défense aérienne et anti-missile non intercontinental




14 juillet 2026 : affirmation du soutien à l’Ukraine, première ligne de la défense de l’Europe

Le défilé du 14 juillet 2026 constitue une démonstration stratégique et opérationnelle, une vitrine de la puissance militaire et le continuum défense-sécurité.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 8 juin aux Invalides. Le défilé compte plus de 8.500 participants, dont 6.500 à pied, 95 avions, 35 hélicoptères et 193 chevaux de la Garde républicaine.

Solidarité et cohésion. Afin de souligner la notion de coalition, des invitations ont été envoyées à 35 pays volontaires pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine, après la guerre, à l’initiative lancée en 2025 par la France et de la Grande-Bretagne, ainsi qu’à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et au général de corps aérien américain Alexus Grykewich, commandant suprême de l’OTAN et des forces alliées en Europe. Le défilé met à l’honneur les troupes de la mission de réassurance dans les airs et au sol sur le flanc Est de l’Europe. Ensuite, les armées françaises montrent leur capacité à entrer en premier sur un théâtre en coordonnant les opérations entre les armées de Terre, de l’Air et de l’Espace et de la Marine nationale qui fête ses 400 ans d’existence. De plus, comme le démontre la défense aérienne de Kiev, capitale de l’Ukraine, la séparation entre le front et l’arrière n’existe plus et la continuité dans l’espace et le temps entre défense et sécurité devient essentielle. Enfin, le défilé inclut les jeunes qui croient aux valeurs de l’engagement militaire.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 9 Alphajet et 2 Mirage 2000 ukrainiens. L’intervention aérienne pour entrer en premier est représentée par 16 chasseurs Rafale et 12 Mirage 2000 français, 4 Rafale européens et 3 Airbus A330 MRTT (transport et ravitaillement en vol). La posture permanente de sûreté présente 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F, 2 Rafale et 2 Mirage 2000. Les Forces aériennes stratégiques sont représentées par 1 A330 MRTT et 7 Rafale. La Marine nationale déploie 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 13 Rafale Marine. La Surveillance et le Renseignement sont représentés par 1 Rafale 30 de reconnaissance nouvelle génération, 2 Mirage 2000 équipés d’une nacelle ASTAC (analyse de signaux tactiques), 1 Falcon 50 de surveillance maritime et de secours en mer, 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance et 2 avions de lutte anti-sous-marine ATL2. L’appui aux opérationscomprend : 6 A400M Altas français et 2 A400M européens, 2 avions de transport tactique C-130J Super Hercules français, 2 C-130J européens et 4 avions tactiques CN-235 Casa. Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), de la Marine nationale, de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la Police nationale et de la Douane.

Troupes à pied. Les 20 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre, de la Marine nationale, de l’AAE, des directions et services interarmées et des réservistes opérationnels. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Les unités motorisées se répartissent ainsi : Commandement des actions spéciales Terre ; Centre interarmées des actions sur l’environnement ; 1er Corps d’armée ; Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement ; 9ème Brigade d’infanterie de marine ; Commandement de l’appui terrestre numérique et cyber ; Commandement de l’appui et de la logistique du théâtre ; Flottille 36 F (hélicoptères de lutte anti-sous-marine, lutte antinavires et mise en œuvre de commandos Marine) ; Force maritime des fusiliers marins ; Défense sol-air ; Gendarmerie nationale ; Police nationale ; Douane ; Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ; Bataillon des marins-pompiers de Marseille.

Loïc Salmon

14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international




Marine nationale : le futur porte-avions France-Libre, projection de puissance française et européenne

Le porte-avions France-Libre, opérationnel en 2038, prendra en compte les cycles rapides d’innovations technologiques, dont l’intelligence artificielle et les drones.

Pierre-Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, qui participe à sa construction, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point.

Bâtiment agrégateur de forces. Actuellement, le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dispose d’une escorte de frégates françaises, où s’intègre une frégate néerlandaise, allemande ou grecque pour les luttes anti-aérienne et anti-sous-marine. Outre cette protection, sa résilience repose sur sa mobilité car il peut parcourir 1.000 km par jour (11,57 m par seconde), de quoi rendre très difficile le guidage terminal d’un missile balistique (volant à 4 ou 5 km/s) ou hypervéloce (au moins 3 km/s) adverse. Les États-Unis n’ont pas suspendu la construction de porte-avions et commencent par envoyer un groupe aéronaval dans la zone où ils souhaitent intervenir. Le groupe aéronaval futur comptera des avions et des drones. La Chine, l’Inde, l’Italie et la Grande-Bretagne en développent et l’Espagne se pose la question. Demain, une flotte de surface hybride disposera de capacités de défense aérienne et anti-drones et élargira la bulle de protection du groupe aéronaval. Voici les caractéristiques du porte-avions France-Libre : longueur, 330 m ; largeur, 90 m ; vitesse maximale, 27 nœuds (50 km/h) ; poids total, 78.000 t ; surface du pont d’envol, environ 17.000 m2 ; équipage, 2.000 personnes ; durée du service, environ 45 ans. Outre Naval Group, Technic Atome et les Chantiers de l’Atlantique, 800 entreprises de tailles petite, moyenne et intermédiaire participent à sa réalisation et 90 % des achats seront effectués en France. La propulsion nucléaire donne au porte-avions son allonge et sa capacité de déploiement, comme l’a démontré le Charles-de-Gaulle, passé du Grand Nord à la Méditerranée en une huitaine de jours. Ce dernier aura connu trois arrêts techniques majeurs, un tous les dix ans, autour de la chaufferie (réacteur) nucléaire pour lui redonner de l’autonomie. Pour le France-Libre, tout a commencé en 2020 par des avant-projets détaillés, des études et de la préparation. L’étape actuelle a lieu au site de Cherbourg de Naval Group, où une nouvelle « nef d’intégration » de deux chaufferies nucléaires a été construite pour les installer sur le porte-avions et le sous-marin qui arrive en même temps. La phase d’après se déroulera à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique, qui construisent les coques des grands navires civils et des unités militaires, dont les porte-hélicoptères et les bâtiments ravitailleurs de forces. Enfin, sera réalisé le système de combat des bâtiments de surface (porte-avions et frégates), l’une des spécialités de Naval Group. A cet effet, il compte sur ses partenariats : le groupe Thalès pour les senseurs, les radars et les contre-mesures ; le missilier MBDA pour les armements ; le groupe Safran pour un certain nombre d’équipements.

Carnet de commandes rempli. Naval Group dispose de sites à Cherbourg et Lorient pour la construction navale, à Toulon pour l’entretien de la flotte de surface et à Brest pour la Force océanique stratégique (FOST). Il réalise un tiers de son chiffre d’affaires à l’international, où il a récemment obtenu des contrats de sous-marins aux Pays-Bas et en Indonésie et de frégates en Grèce. Les deux autres tiers, en France, dépendent des lois de programmation militaire qui prévoient le renouvellement de toutes les composantes navales. Le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque de la série de 6 de la classe Barracuda effectue ses essais à la mer et les deux suivants seront livrés d’ici à 2030. Les 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la FOST seront renouvelés d’ici à 2050 et le premier, dénommé L’invincible, doit entrer en service vers 2035.

Loïc Salmon

Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Marine nationale : la mission « Clemenceau 2025 » du GAN dans l’océan Pacifique

 




Défense : devoir de mémoire et regard sur un monde en conflit

La paix n’est que relative et l’expérience de la guerre reste toujours présente, peut-être pas pour l’ensemble de la société française, mais certainement chez les militaires déployés en opérations extérieures.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a expliqué lors d’une conférence organisée, le 30 mars 2026 à Paris, par l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Se souvenir. Le devoir de mémoire éclaire le présent, nourrit la conscience collective et participe à la formation de citoyens lucides et engagés. Les commémorations constituent des hommages rendus aux générations passées et une reconnaissance des sacrifices consentis dans des périodes de guerre et de rupture. La « quatrième génération du feu », après celles de la première guerre mondiale (1914-1918), de la seconde (1939-1945) et des conflits en Indochine et en Algérie (1946-1962), a perdu plusieurs centaines de morts et entre 15.000 et 20.000 blessés au cours des opérations extérieures. La défaite de la France en 1940 face à l’Allemagne nazie résulte moins de l’incapacité de penser la guerre du moment et plus de son épuisement collectif, lorsqu’elle a demandé à de gens de 40 ans de repartir au front qu’ils avaient connu à 20 ans quand le traitement des maladies post-traumatiques n’existait pas encore. Parmi les 1.038 Compagnons de la Libération, figure André Zirnheld, professeur de français au lycée de Tunis et syndiqué à la CGT, donc peu enclin au militarisme. Pourtant, il a rejoint le Special Air Service britannique en 1940 et a été tué au combat en Libye en 1942. A l’issue de la Guerre froide (1947-1991) et pendant une trentaine d’années, la France a construit une armée qui avait pour vocation de porter sa parole à travers son expérience militaire. Dans ce contexte, le service national obligatoire a perdu de son utilité et a été suspendu effectivement en 2002. Le gouverneur militaire de Paris commande le 24ème Régiment d’infanterie composé de réservistes et dont les anciens avaient participé à la victoire de Yorktown en 1781. Affecté à Washington en 2014, il avait remarqué l’absence de la France parmi les souvenirs de l’histoire des États-Unis dans les couloirs du Pentagone. En novembre 2025, il a dévoilé une statue du maréchal Foch serrant la main du général Pershing avec l’inscription de la fameuse phrase : « La Fayette, nous voilà ! »

Préparer la guerre de demain. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le monde connaît actuellement entre 50 et 60 conflits ouverts. En 2026, les forces armées françaises se composent de personnels d’active, de réservistes dont le nombre augmente considérablement et de jeunes du Service national volontaire. La France doit se préparer à la résilience totale. En 2022, l’armée ukrainienne a subi le premier choc contre les forces russes mais c’est le peuple ukrainien dans son ensemble qui résiste. La Russie a commencé par attaquer l’Ukraine à partir de la Biélorussie, pour faire tomber le gouvernement ukrainien en quelques jours…sans succès ! La réalité de la guerre apparaît dans les pertes humaines. Actuellement, la Russie perd plus d’un millier d’hommes par jour. Les stratèges ukrainiens cherchent donc à tuer plus de soldats que son armée puisse former et engager sur le terrain. La cohésion nationale constitue le centre de gravité de la France, dont les adversaires tentent de fracturer la société en permanence. Récemment, le chef d’État-major des armées a déclaré qu’il faut se préparer à un choc. Cela ne veut pas dire qu’il va se produire, mais qu’il faut disposer d’un outil suffisamment puissant et dissuasif pour qu’il n’arrive pas, comme pendant la Guerre froide qui a été gagnée face au bloc soviétique. En France, démocratie solide, les prises de décision de haut niveau sont organisées au sein du Conseil de défense. Le président de la République réunit un petit groupe de personnes, qui vont lui proposer des décisions sur le choix d’une action militaire ou d’une entrée en guerre.

Loïc Salmon

Quatre Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France pour le civisme et la citoyenneté

Défense : création d’un Service national volontaire en 2026

Défense : les forces morales, patriotisme et mémoire




Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

La puissance spatiale d’un État se trouve limitée par les menaces d’un État compétiteur, mais aussi par l’importance prise par des entreprises spatiales privées.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Caroline Laurent, directrice des Systèmes orbitaux et des Applications au Centre national des études spatiales et experte de l’armement et des systèmes, y est intervenue.

Menaces en tous genres. Sur le plan militaire, les détecteurs des satellites d’observation peuvent être brouillés et les caméras aveuglées par des armes laser. Déjà, des satellites russes se sont rapprochés volontairement de ceux de la France. Par ailleurs, il n’y avait que 13.000 objets en orbite en 2019, quand le milliardaire américain Elon Musk décidé d’investir dans l’espace. Depuis, sa société SpaceX a mis 10.000 satellites en orbite. Blue Origin du groupe américain Amazon veut en rajouter 15.000. La Chine envisage de constituer deux constellations de 15.000 satellites chacune, l’une pour les concurrencer et l’autre pour les besoins nationaux. Cette multiplication des satellites en orbite, qui devrait se poursuivre, devient une menace pour le fonctionnement et la durabilité des opérations dans l’espace. S’y ajoute une menace économique, lorsqu’une entreprise privée, capable de fabriquer des satellites peu chers, pourra rendre viable un modèle de lanceur réutilisable, possibilité considérée comme inutile il y a dix ans. Début 2026, SpaceX, disposant de suffisamment de stellites, a décidé d’abaisser leurs orbites, ce qui les rapprochera de celles des satellites d’observation d’autres nations. Celles-ci devront donner leurs coordonnées pour éviter des collisions, impliquant une perte de souveraineté importante. SpaceX se constitue ainsi progressivement un catalogue, alors que les États-Unis savent déjà tout ce qui se passe dans l’espace en temps réel. Toutefois, aux niveau français et européen, des industriels et des startups travaillent dans ce domaine pour atteindre une certaine autonomie. Par ailleurs, des satellites descendant à 1.000 km d’altitude risquent de se désintégrer dans l’atmosphère et de multiplier le nombre, déjà considérable, de débris en orbite. Vu qu’une collision volontaire entre satellites au-delà de 400-500 km constituerait une menace réelle pour tous les pays en disposant, les essais d’armes antisatellites (par la Russie et la Chine) ont été effectués en dessous de ces altitudes.

Moyens de prévention. Le rapprochement volontaire de satellites à la limite de la collision s’apparente à de la dissuasion. Il démontre la capacité de destruction de l’assaillant, mais dont la mise en œuvre perturberait ses propres satellites sur la même orbite. Les technologies de l’intelligence artificielle permettent le traitement au sol de grandes masses de données en temps réel, malgré la rapidité des mouvements. Les algorithmes parviennent à positionner tout ce qui bouge dans l’espace, y compris les débris. Une trajectoire évoluant de façon bizarre correspond à un satellite manœuvrant. L’attribution de cette manœuvre reste difficile et nécessite une interprétation reposant sur une solide expérience du traitement de données par l’intelligence artificielle. Au cours des derniers mois, des objets considérés comme des débris se sont mis à manœuvrer. En fait, un gros satellite, déjà placé en orbite géostationnaire (36.000 km d’altitude au-dessus de l’Équateur) par une fusée, a libéré des petits satellites, comme une poupée gigogne. Par ailleurs, les États-Unis peuvent empêcher des opérateurs de satellites non-américains d’émettre sur leur territoire. En Europe, des réflexions sont en cours sur une réglementation limitant l’allocation d’opérations spatiales de Starlink, service de connexion internet à très gros débit de SpaceX. Or dans certains endroits, seul Starlink est accessible et quelques pays européens ne sont guère favorables à une limitation de Starlink.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité