Marine nationale : agir face au dérèglement climatique

La connaissance des risques météo-climatiques permet d’anticiper les catastrophes naturelles et d’agir en adaptant la réflexion à l’action, notamment de la Marine nationale.

Nicolas Regaud, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, et un capitaine de frégate du bureau stratégie et politique de l’Etat-major de la marine l’ont expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 13 avril 2022 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Dégradation accélérée. Le nombre de catastrophes naturelles a été multiplié par 5 au cours des 50 dernières années avec une intensité croissante des cyclones et ouragans, indique Nicolas Regaud. La température de la planète a augmenté de 1° C entre 1850 et 1900 et pourrait croître encore de 1,5° C d’ici à 2030, de 2° C vers 2050 et même de 3° C en 2100. A cette date, le risque de fragmentation de la banquise en Arctique et en Antarctique pourrait provoquer une hausse de 2 m du niveau de la mer. Toutefois, le réchauffement climatique et la montée des eaux déjà constatés varient selon les régions. Dans l’Arctique, cela a entraîné des perspectives pour le transport maritime, l’exploitation des ressources naturelles, dont les hydrocarbures, et l’accroissement de l’activité militaire russe depuis dix ans. Le changement climatique augmente la salinité et la désoxygénation des eaux, modifie le tracé des côtes et rend vulnérables des zones fertiles comme le delta du Nil et le Bengladesh. Il provoque des déplacements de ressources halieutiques et donc de la pêche illicite dans les zones économiques exclusives. Il induit des migrations internes et internationales de populations et amplifie les tensions et les violences politiques, dont pourraient profiter les groupes terroristes. En conséquence, l’OTAN prépare, pour 2024, un plan d’action sur les enjeux stratégiques de l’environnement et des mesures pour réduire les émissions des gaz à effet de serre. Etat archipel, la France maintient une présence militaire dans les zones subtropicales à risques climatiques. En métropole, le port de Brest, plus menacé que celui de Toulon, devra renforcer ses infrastructures concernant le transport maritime, la production d’électricité et les télécommunications.

Prévention et réactivité. Il faut observer et voir pour intervenir et conserver la supériorité opérationnelle, souligne le capitaine de frégate. Le navire logistique polaire Astrolabe (photo) du Service hydrographique et océanique de la marine ravitaille les Terres australes et antarctiques françaises et y effectue la police des pêches. Outre les 300 météorologues embarqués sur les autres bâtiments de la Marine, les timoniers sont formés à effectuer des relevés météorologiques. En 2018, le bâtiment de soutien et d’assistance métropolitaine Rhône a franchi pour la première fois le passage du Nord-Est (Arctique). Toutes les données climatiques ainsi récoltées sont envoyées à Météo-France. Les connaissances sur le dérèglement climatique s’améliorent, grâce à la coopération avec les pays riverains dans le golfe de Guinée et avec les Marines britannique, américaine, indienne, australienne, néo-zélandaise et chinoise dans la zone indopacifique. Par ailleurs, la composante navale de la dissuasion nucléaire nécessite des déplacements maritimes très lointains pour la protection des intérêts vitaux de la France. En effet, la convention de 1976 sur l’interdiction de techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ne constitue pas une garantie absolue.

Loïc Salmon

Environnement : conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale

Océan Indien : espace de coopération internationale

Marine nationale : le CEPPOL, outil contre la pollution en mer




Espace : dangerosité du milieu et défense en coopération

Enjeu de rivalités de puissances, l’espace constitue un théâtre de conflictualité où se défendre est légitime. Au-delà de la surveillance, la coopération entre Etats s’inscrit dans une logique de poursuite.

Le général de brigade aérienne Thierry Blanc, adjoint au commandant de l’Espace, l’a expliqué lors d’une conférence organisée, le 5 avril 2022 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France.

Prolifération. Défini comme au-delà de 100 km de la surface de la terre, l‘espace est un milieu hostile où la température varie de + 250° C le jour à – 350° C la nuit. Quelque 35.000 débris de plus de 10 cm s’y déplacent à 7 km/seconde, effectuant le tour de la terre en 90 minutes. S’y ajoutent 600 t d’objets en orbite, dont 500 satellites présentant des risques de fragmentation. Tout objet dans l’espace peut devenir une arme, estime le général Blanc. Chaque jour, le Commandement de l’espace reçoit 70.000 informations sur les risques de collision. Il n’existe pas encore de texte juridiquement contraignant dans ce domaine. Le traité de 1967 sur l’espace interdit la mise en orbite d’armes de destruction massive capables de faire le tour de la terre et ne s’applique donc pas aux missiles balistiques nucléaires. Au cours des 15 dernières années, les dépenses consacrées à l’espace ont doublé. En 2020, 1.300 satellites opérationnels de 80 pays se trouvent en orbite, soit dix fois plus qu’en 2010. De nouveaux acteurs, privés, en disposent. Ainsi, le 5 avril 2022, le groupe américain Amazon a conclu un contrat avec trois sociétés spatiales portant sur 83 lancements, en 5 ans, de la majeure partie de son futur réseau « Kuiper » de 3.236 satellites en orbite basse (600 km) pour la diffusion d’internet. Il s’agit de : Arianespace avec la fusée Ariane 6, à partir du Centre spatial de Kourou (Guyane) ; Blue Origin avec le lanceur New Glenn et United Launch Alliance avec la fusée Vulcan Centaur, à partir de Cap Canaveral (Floride). Afin de dépasser les Etats-Unis en 2049, la Chine développe ses capacités spatiales, dont le budget devrait passer de 400 Mds$ en 2019 à 4.000 Mds$ en 2040. Par ailleurs, la guerre en Ukraine démontre l’importance militaire de l’espace. La Russie dispose de « satellites mères » capables de larguer des petits satellites avec une trajectoire particulière et une appartenance difficile à déterminer. Ces satellites pourraient disperser des débris ou percuter un autre satellite. Enfin, les cyberattaques présentent un risque majeur pour les futurs systèmes spatiaux.

Opérations. Une constellation de satellites contribue à la surveillance de l’espace par l’envoi de données traitées au sol pour déterminer les trajectoires en orbite, indique le général Blanc. Les Etats-Unis vont déployer 20.000-30.000 constellations de microsatellites, en complément de leur réseau de radars. Outre les missiles antisatellites et le brouillage de satellites de communications, la Russie développe des satellites saboteurs pour empêcher d’autres satellites d’accomplir leurs missions. Depuis 2012, la Chine a regroupé ses forces spatiales et cyber avec celles de la guerre électronique. En 2021, la Grande-Bretagne a créé un Commandement interarmées de l’espace rattaché à l’armée de l’Air, comme la France. La même année, celle-ci a rejoint le Centre d’opérations spatiales combinées, partenariat stratégique entre les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Afin de protéger ses satellites militaires, la France va lancer le patrouilleur spatial « Yoda » en 2023, en vue de la mise en orbite d’engins opérationnels d’ici à 2030.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale

Espace : système GEOTracker®, surveillance optique renforcée

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel




Afghanistan : un sanctuaire néo-djihadiste très incertain

Organisation politico-religieuse sunnite, le régime taliban a trop besoin de la communauté internationale pour laisser l’Afghanistan redevenir une base-arrière de la mouvance djihadiste mondiale.

C’est ce qui ressort de deux études rendues publiques à Paris : une note réalisée par Jean-Luc Marret, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et publiée en septembre 2021 ; un dossier de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) en novembre 2021.

Les enjeux sécuritaires. Le régime taliban, arrivé au pouvoir après la chute de Kaboul le 15 août, a été surpris par l’attaque de l’aéroport, mal sécurisé, de la capitale le 28 août. Cet attentat, perpétré par le mouvement djihadiste EI-K (branche de l’Etat islamique en Afghanistan), a provoqué la mort de 180 personnes. Le régime taliban est en effet jugé trop modéré par l’EI-K, qui lui reproche ses négociations avec les Etats-Unis (accords de Doha en 2020) et ses relations avec l’Iran chiite. Multi-ethnique mais en majorité pachtoune, il limite son ambition à l’Afghanistan, tandis qu’Al Qaïda, avec qui il entretient des liens étroits, veut établir un califat mondial contre l’Occident en déstabilisant les Etats-Unis et Israël. Alors que, précise le document de la FRS, l’armée soviétique avait rendu hors d’usage ses milliers de blindés abandonnés lors de d’évacuation de l’Afghanistan en 1989, la débâcle de l’Armée nationale afghane a fourni aux Talibans un important arsenal en bon état et d’origine américaine. Il s’agit notamment d’avions, d’hélicoptères, de systèmes portables de communication tactique cryptée, de véhicules de transport de troupe et de missiles anti-char. Toutefois, les absences de soutien logistique (pièces détachées et munitions) et de compétence en matière de maintenance entraîneront une attrition progressive. Dans l’immédiat, ces équipements modernes renforcent les capacités du régime contre les oppositions armées locales : l’Alliance du Nord/Résistance du Panchir, qui a affirmé avoir repoussé une attaque des Talibans le 30 août 2021 ; l’EI-K, regroupant d’anciennes organisations djihadistes, y compris ouïgoures et ouzbèkes, ou de Talibans transfuges ; des éléments de l’ancienne armée afghane ; les groupes d’auto-défense Hazara (chiite), dont le Front de résistance aurait repoussé des Talibans le 24 août 2021 près de son fief de Behsud, ou le groupe d’Abdul Hakim Shujoyi, actif à Uruzan. Par ailleurs, la libération, par les Talibans au fur et à mesure de leur avancée militaire, de militants opérationnels détenus dans les prisons afghanes préoccupe désormais le nouveau régime. Parmi eux, certains djihadistes étrangers pourraient se mobiliser et constituer de nouveaux réseaux. Le mouvement taliban a souvent intégré des anciens militants des réseaux proches d’Al Qaïda. Aujourd’hui, paraît inévitable l’accueil passif de sympathisants cherchant une base-arrière sûre ou « faisant l’Hégire », à savoir se séparer de ses proches en déménageant en terre musulmane pour pratiquer un islam pur. La constitution formelle d’une administration d’accueil de volontaires djihadistes étrangers aboutirait logiquement à la préparation d’attentats régionaux ou internationaux, estime Jean-Luc Marret. Mais cela risquerait de précipiter la fin du régime taliban par une répétition de l’invasion américaine anti-Al Qaïda de 2001 ou par la fourniture de moyens nécessaires aux groupes anti-Talibans pour acquérir la supériorité militaire. Mais, le « djihad numérique » offre des possibilités de radicalisation en ligne, grâce à la maîtrise des réseaux sociaux ouverts ou cryptés, type « Telegram ». Les Talibans seraient, éventuellement, en mesure de d’utiliser les installations existantes pour diffuser suffisamment de propagande pour mobiliser des sympathisants hors d’Afghanistan. Toutefois, la lutte armée contre l’EI-K pourrait leur permettre de bénéficier d’une certaine tolérance par la communauté internationale comme le Somaliland, conclut Jean-Luc Marret.

L’environnement socio-économique. Selon le document officiel « Afghanistan living Conditions Survey », en 2016-2017, 36 % des Afghans avaient accès à l’eau potable et 31 % à l’électricité. Le taux d’alphabétisation des 15-24 ans atteignait 53,6 %. Celui de l’inscription en école primaire des dernières classes d’âge se montait 72,5 %, dont 84,4 % pour les garçons et 58,9 % pour les filles, chiffres supérieurs à ceux de la plupart des pays en développement. Par ailleurs, d’après des études américaines, l’Afghanistan pourrait détenir 60 Mt de cuivre, 2,2 Mdst de minerai de fer, 1,4 Mt de terres rares, des gisements d’aluminium, d’or, d’argent, de mercure et de lithium ainsi que des réserves de pétrole et de gaz. Le dossier de l’IHEDN indique que l’économie du pays dépend pour moitié de l’agriculture. Jusque dans les années 1970, seule une minorité chiite du Badakshan cultivait le pavot, d’où est extrait l’opium transformé ensuite en héroïne. Interdite par le premier régime taliban de 2000, cette culture a prospéré pendant 20 ans après son expulsion et représente 85 % de la production mondiale d’opium. Malgré son opposition de principe, le nouveau régime récupère une part substantielle des bénéfices de sa vente par diverses formes de taxation et de racket. En 2021, le pays connaît un effondrement économique et une grave sècheresse. Touchée par la pandémie du Covid-19, la population se trouve dans une situation humanitaire très difficile avec 14 millions de personnes nécessitant l’aide alimentaire internationale et 4 millions de personnes déplacées.

La situation diplomatique. Le dossier de l’IHEDN présente l’état des relations internationales de l’Afghanistan. Longtemps, le Pakistan a toléré une porosité de sa frontière en accueillant des exilés afghans des deux camps, au risque de relancer la question territoriale de la « ligne Durand », frontière héritée de la colonisation britannique et contestée par les Afghans. L’Inde, qui a toujours cherché un équilibre des puissances autour de cette ligne, pourrait perdre de son influence. La Chine convoite les richesses minières de l’Afghanistan et y avait déjà investi 8 Mds$ en 2009 dans une mine de cuivre sous contrôle taliban. Depuis 2000, la Russie partage avec les Talibans l’objectif politique commun d’humilier les Etats-Unis. Sa priorité demeure la stabilité de son voisinage immédiat et de l’Asie centrale. Afin de sécuriser ses frontières, l’Iran a amélioré ses relations avec les Talibans depuis plusieurs années, préservant ainsi les minorités chiites afghanes. Depuis des décennies, le Qatar s’est trouvé au centre des rencontres diplomatiques informelles entre les Talibans et leurs contacts internationaux, notamment américains. Toutefois en août 2021, il a accueilli un nombre considérable de réfugiés afghans en transit vers d’autres pays. La Turquie cherche à se positionner comme intermédiaire diplomatique pour faire participer ses entreprises de travaux publics à la reconstruction du pays. Quant aux Etats occidentaux, conclut le document de l’IHEDN, le départ des troupes américaines d’Afghanistan pourrait marquer la fin de leurs interventions militaires dans la lutte anti terrorisme, remplacée progressivement par une compétition accrue entre puissances régionales avec le retour possible de conflits de haute intensité.

Loïc Salmon

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Afghanistan : la Task Force La Fayette s’en va

301 | Dossier : « Le conflit en Afghanistan, neuf ans déjà… »

 




Marine nationale : le CEPPOL, outil contre la pollution en mer

Le Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL) propose, expérimente et détermine les spécificités de contrats d’assistance impliquant armateurs, sociétés de classification et assureurs.

Son commandant, un capitaine de frégate, a présenté cette lutte au cours d’une conférence organisée, le 30 mars 2022 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Veille et actions. Les quantités de produits polluants, en majorité des hydrocarbures, déversés dans la mer augmentent. La pollution dure de quelques jours, par évaporation ou dispersion par émulsion/eau huile, à plusieurs mois par la biodégradation des goudrons et jusqu’à des années en cas de sédimentation au fond de la mer. Les nappes de pétrole de 20 à 30 m de diamètre contiennent 90 % d’eau, qu’il faudra rejeter à la mer. Le reliquat (photo) sert de combustible aux centrales électriques thermiques. Quand un pétrolier ou un chimiquier se signale en détresse, des drones permettent de détecter les fuites éventuelles d’hydrocarbures ou de produits dangereux. La lutte contre la pollution maritime présente des parallèles avec une opération militaire, indique le capitaine de frégate. Un comité d’experts anticipe, pendant deux à cinq jours, les actions à mener grâce à la surveillance de ces navires, par des moyens navals, aériens et satellitaires, leur dérive prévisible, l’analyse de leur comportement et leur vieillissement. En cas d’alerte, un aéronef arrive sur zone dans les deux heures et un navire antipollution dans les 24 heures. La logistique opérationnelle évalue ce qu’il est possible de faire dans les quatre jours : recherche des moyens ; mouvements des matériels ; soutien technique en cas d’avarie. Les techniques de lutte varient selon le degré de pollution. S’il est très faible, l’évaporation, la dispersion et la dissolution naturelle suffiront. L’observation constante permet d’agir dans de bonnes conditions techniques et météorologiques pour préserver la population et les usagers de la mer. L’action à la source de la pollution consiste à alléger le navire en difficulté, par un transbordement de sa cargaison sur un autre, le ceinturer par un barrage flottant et pomper les produits polluants à partir de la brèche détectée, qui sera colmatée. L’action sur le produit polluant consiste en : une dispersion, variable selon ses caractéristiques et les zones ; un confinement, pour le récupérer ou le « chaluter » (photo) ; un brassage, s’il s’agit de gazole ou d’un produit chimique volatile non dangereux. Enfin, la protection des cibles de la pollution nécessite le déclenchement du plan ORSEC, au niveau départemental et de la zone de défense (plan Polmar terre).

Organisation nationale. Les sociétés de classification certifient la tenue des navires à la mer. En cas d’accident, l’armateur doit réagir en premier auprès de son assureur. La Marine intervient gratuitement pour sauver des vies humaines, mais facture son assistance au navire pollueur. L’action de l’Etat en mer relève du Premier ministre, qui dispose du Comité interministériel de la mer (12 ministres) et du Secrétariat général de la mer. L’amiral préfet maritime de zone dirige les opérations de secours et les interrompt lorsqu’il n’y a plus d’espoir. Le plan ORSEC maritime place la lutte contre la pollution après les recherche et sauvetage et l’assistance aux navires en difficulté. La Marine forme 150-200 personnels à cette lutte et organise un entraînement majeur chaque année en métropole et tous les deux ans en outre-mer.

Loïc Salmon

Marine nationale : le « MICA Center », compétence mondiale

Manche et mer du Nord : l’urgence et la gouvernance

Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale




Les diplomates

Représenter la France à l’étranger constitue un métier mais aussi un art, exercé par des personnels de talent dans leur ensemble. Cela n’empêche pas certaines dérives ou négligences, couvertes souvent par la loi du silence, sauf en cas de gravité exceptionnelle.

C’est ce qui ressort de cette enquête très fouillée auprès de sources internes au ministère des Affaires étrangères (MAE), mais aussi extérieures, à savoir parlementaires, universitaires ou même judiciaires. Alors que les grandes lignes de la politique étrangère se décident à l’Elysée, le Quai d’Orsay et son réseau diplomatique, le 2ème du monde après celui des Etats-Unis, doivent composer avec un discours à l’ambition planétaire, contredit par des moyens budgétaires régulièrement réduits. En effet au nom de la rigueur comptable, le ministère de l’Economie et des Finances dénonce le laxisme du MAE, soupçonné de cultiver les mœurs aristocratiques de ses origines. Si le poids des anciens de l’Ecole nationale d’administration (ENA) reste quantitativement limité parmi les chefs de missions à l’étranger, il se fait sentir dans les ambassades les plus prestigieuses (Washington, Pékin, Berlin, Moscou, Londres, Tokyo, Rome et Madrid), qui influencent la politique de la France et constituent des tremplins pour les postes majeurs de secrétaire général du Quai d’Orsay, directeur du cabinet du ministre ou conseiller diplomatique du président de la République ou du Premier ministre. Les autres ambassades sont surtout dirigées par les lauréats des concours de conseiller et de secrétaire des Affaires étrangères, dits du « cadre d’Orient » car diplômés de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris. Cette double filière suscite deux visions de la fonction diplomatique, l’une plus technocratique et interministérielle (ENA) et l’autre plus traditionnelle valorisant le contact avec le terrain (cadre d’Orient). S’y ajoutent des nominations « politiques » du gouvernement en place soucieux de recaser des recalés du suffrage universel, des ex-permanents de partis politiques…ou des « amis ». Toutefois, le métier de diplomate ne se réduit pas aux réceptions mondaines. En effet, environ trois millions de Français, y compris le binationaux, séjournent à l’étranger et tous ne s’enregistrent pas aux consulats de France. Si la plus grande partie se concentre en Europe occidentale et en Amérique du Nord, certains vivent dans des « pays à risques » au Proche-Orient, en Afrique ou en Amérique latine. Le centre de crise du MAE doit alors procéder, dans l’urgence, à des rapatriements de ressortissants en cas de révolution, guerre, catastrophe naturelle ou épidémie, sans compter les prises d’otages. Si les fonctionnaires expatriés ne font que passer quelques années dans une ambassade, les agents recrutés localement sur des compétences spécifiques (ressortissants du pays hôte ou Français y résidant) en constituent la mémoire, très importante, alors que leur fonction, dévalorisée, sert souvent de variable d’ajustement budgétaire. De son côté, un diplomate peut être rappelé en France à la demande du pouvoir politique du pays hôte, pour des raisons diverses, ou voir sa carrière compromise à la suite d’un incident lors d’une visite officielle. Une autre réalité, mal vécue par les personnels d’encadrement supérieur du MAE, consiste à se trouver sans affectation ou à des postes sans rapport avec leur qualification, parcours professionnel, grade ou expérience. D’autres, disposant d’un solide carnet d’adresses, entrent dans des cabinets d’avocats ou des sociétés de conseil.

Loïc Salmon

« Les diplomates », Franck Renaud. nouveau monde éditions, 520 p, 9 €.

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Ethnographie du Quai d’Orsay

Défense : les attachés militaires, soldats et diplomates




Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale

Indispensables à l’économie, la sécurité, l’autonomie stratégique et aux opérations militaires, les capacités spatiales sont confrontées à des risques croissants et à de nouvelles menaces.

Le 3 mars 2022 à Paris, Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Michel Friedling, qui dirige le Commandement de l’espace (CDE), ont présenté à la presse la situation et les perspectives d’avenir dans ce domaine.

Les enjeux. Actuellement, 5.000 satellites militaires se trouvent en orbite et la Russie a réussi la destruction d’un de ses anciens satellites par un missile, rappelle Hervé Grandjean. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 4,3 Mds€ pour le renouvellement des capacités militaires spatiales. En outre, 700M€ supplémentaires permettront d’en financer trois de plus, à savoir la surveillance, la défense active et le C2 (commandement et conduite) qui permet le dialogue entre les capteurs et les systèmes d’arme d’interception. Chaque système comprend un missile, un radar de conduite de tir et l’autodirecteur du missile pour son guidage terminal sur la cible.

Les capacités militaires. Outre les services commerciaux, indique le général Friedling, le CDE dispose des programmes de satellites de communication militaires : Syracuse 4A et 4B, remplacés par Syr4C en 2029 ; Sicral 2, franco-italien ; Athéna-Fidus, franco-italien à usage également civil. Pour l’imagerie spatiale, il utilise : les services commerciaux d’Airbus Defence & Space ; les satellites du programme CSO, remplacé en 2028 par le programme Iris ; le système allemand de reconnaissance radar Sar Lupe (résolution, 1 m), bientôt remplacé par le système Sarah (résolution 35-40 cm) ; le système radar italien Cosmo SkyMed, à usages militaire et civil pour la surveillance du bassin méditerranéen. Le renseignement d’origine électromagnétique est assuré par le système CERES, remplacé par le système CELESTE en 2029. De plus, le CDE peut utiliser les systèmes de navigation Galileo (Union européenne) et Oméga (Etats-Unis, Norvège, Liberia, France, Argentine, Australie et Japon). Pour l’appui aux opérations, le programme ARES (Action et résilience spatiale) inclut des moyens de surveillance : optiques, avec les réseaux de télescopes automatiques Tarot et de capteurs GEOTracker® ; radar, avec les systèmes Satam (trajectographie des avions et des munitions), GRAVES (détection de satellites en orbite basse), qui aura un successeur en 2025, et Leolabs (Etat-Unis), capable de suivre 250.000 objets de moins de 10 cm ; de radiofréquences, avec le réseau de capteurs We Track de Safran Data Systems. En lien avec l’Agence d’innovation de défense, le LISA (Laboratoire d’innovation spatiale des armées) réunit les compétences du CNES, de l’ONERA, de la Direction générale de l’armement et d’une trentaine d’entreprises. Par ailleurs, le 28 janvier 2021, l’OTAN a décidé d’implanter, à Toulouse à proximité du CDE, un centre d’excellence dédié à l’espace auquel 14 pays ont annoncé leur participation. Du 24 février au 4 mars 2021, le CDE a organisé l’exercice spatial militaire « AsterX 2022 », mené aux niveaux opérationnel et tactique avec la Direction du renseignement militaire, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la défense ainsi que des partenaires étrangers. En 2025, le CDE devrait compter 470 personnels civils et militaires contre 226 à sa création en 2019.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES




Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

La connaissance des fonds marins jusqu’à 6.000 m permettra à la France de mieux les connaître, en vue de garantir sa liberté d’action de ses forces, de protéger les zones d’intérêt national et, éventuellement, d’agir militairement.

Le 14 février 2022 à Paris, Florence Parly, ministre des Armées, et le général Thierry Burkhard, chef d’Etat-major des Armées (CEMA), ont présenté ce projet stratégique et sa feuille de route.

Les enjeux. La ministre a rappelé que, pour les besoins industriels, des drones et robots télé-opérés sont capables de mener des opérations militaires à plusieurs kilomètres de profondeur. La compétition dans les grands fonds marins résulte d’abord de la raréfaction des ressources terrestres en pétrole et gaz et métaux rares pour les technologies numériques, laquelle pousse à en rechercher au fond des mers. Il s’ensuit des tensions géopolitiques, notamment en mer de Chine méridionale et en Méditerranée. En outre, de grandes puissances militaires et les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), explorent les fonds marins avec une certaine ambivalence des objectifs, civils ou militaires, en raison de l’emploi de moyens à double usage. Enfin, le droit de la mer se trouve contourné par la conjugaison d’activités secrètes, commerciales, scientifiques et militaires, avec des actions au seuil de la conflictualité, difficiles à caractériser et attribuer. Par ailleurs, les 450 câbles sous-marins véhiculant 99 % des données numériques constituent des infrastructures sensibles que certaines nations pourraient surveiller ou dégrader. L’absence de surveillance incite tôt ou tard à piller ou contester. Selon Florence Parly, il s’agit de garantir la liberté d’action des armées, protéger les infrastructures sous-marines et faire peser une menace crédible sur les pays tentés de s’en prendre aux intérêts de la France, dans son espace maritime, ou de ses partenaires stratégiques. La doctrine dans ce domaine évoluera au gré des avancées technologiques et des préoccupations des pays alliés et de l’OTAN, conclut la ministre des Armées.

Les opérations. Face à la stratégie hybride d’actions difficilement attribuable, explique le CEMA, il faut pouvoir peser sur le rapport de force pour éviter le fait accompli. Cela implique d’anticiper et de faire connaître sa capacité à réagir de façon indépendante avec les ressources nécessaires. Les moyens de surveillance de la Marine nationale, de la surface à quelques centaines de mètres actuellement, seront portés à 6.000 m de profondeur. Le système de lutte anti-mines marine futur (SLAMF, voir plus loin) utilisera l’intelligence artificielle, les drones et les robots. En synergie avec la Direction générale de l’armement (DGA), le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) utilisera les données des sous-marins et des navires de surface pour améliorer la cartographie des fonds destinée aux forces navales. En 2023, la Marine nationale disposera d’une capacité d’exploration des grands fonds par le couple drone-robot. La future doctrine interarmées, interalliés et avec les industriels visera à : protéger les approches des eaux territoriales et les zones économiques exclusives (ZEE) ; maintenir la souveraineté dans les Outre-mer ; disposer de moyens projetables et aérotransportables pour renforcer la défense des côtes.

L’environnement. Selon le ministère des Armées, les sous-marins étrangers doivent naviguer en surface dans les eaux territoriales. Des entreprises étrangères peuvent poser des câbles et des pipelines dans les ZEE. Au-delà de 6.000 m de profondeur (17 % des fonds marins), la « zone hadale » se trouve dans l’obscurité totale et le froid. La pression de l’eau équivaut à 1 t/cm2. Les ondes acoustiques y passent, mais pas les ondes électromagnétiques. Les GAFAM financent 50 % des câbles de communication par internet. Les fonds marins intéressent également la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Italie, l’Inde et le Japon. Dans son Plan d’investissement 2020-2030, la France prévoit 300 M€ pour mieux les connaître et les exploiter. Elle dispose du Shom, de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et de la capacité d’archéologie sous-marine. Elle coopère avec les pays étrangers pour l’échange d’informations et de technologie, en vue d’améliorer les moyens existants. Le ministère des Armées s’appuie sur les technologies civiles qui bénéficient d’investissements très importants. Un amiral assurera la coordination des actions dans ce domaine. A l’Etat-major des armées, un groupe de travail réunit des représentants du Shom, de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, de la DGA et des services de renseignement. L’épave du sous-marin Minerve, disparu en Méditerranée en1968, a été retrouvée en 2019 en cinq jours à 2.350 m de profondeur par un navire norvégien de travaux sous-marins. En décembre 2021, un avion de chasse britannique F-35B, abîmé en Méditerranée, a été récupéré en trois semaines. Un F-35C américain, qui s’est écrasé en mer de Chine en janvier 2022, fait l’objet de recherches.

Les moyens techniques. La guerre des mines nécessite navires de surface, sonars remorqués robots télé-opérés et plongeurs démineurs et, demain, des drones de surface pilotés depuis la terre ou la mer et des drones sous-marins autonomes. Le bâtiment de guerre des mines prépare la mission et engage les moyens. Trois groupes de plongeurs démineurs (40-60 hommes), basés à Cherbourg, Brest et Toulon avec leur bâtiment base, peuvent agir jusqu’ à 80 m. Les sonars remorqués détectent, classifient et localisent les mines. Les robots télé-opérés les identifient et les neutralisent jusqu’à 150 m. Le centre de commandement traite les images par l’intelligence artificielle. Le SLAMF (système de lutte anti-mines futur) inclura des « bâtiments-mères » mettant en œuvre : un drone de surface pour envoyer des informations en temps réel ; un drone sous-marin pour des images haute résolution et multi-angles jusqu’à 300 m. La Marine nationale dispose du robot Ulisse qui descend jusqu’à 1.000 m et du robot Diomede jusqu’à 2.000 m. En 2023, le ministère des Armées devrait acquérir deux « couples robots-drones » civils, capables d’atteindre des profondeurs de 3.000 à 6.000 m. D’ici à 2030, La DGA et les industriels français auront développé des unités capables de très grandes précision et rapidité de transmission.

Loïc Salmon

Les fonds marins s’étendent sur 361 Mkm2 à une profondeur moyenne de 3.800 m. La connaissance métrique ne porte que sur 2 % de leur surface. Environ 75 % de ce fonds se situent à des profondeurs supérieures à 3.000 m. Des moyens d’intervention et de surveillance jusqu’à 6.000 m de fond permettront de les rendre accessibles à 97 %. Selon la Convention de Montego Bay en vigueur depuis 1994, la souveraineté des Etats, de la surface au sous-sol marin s’étend à 22,22 km (12 milles marins) et la zone économique exclusive (ZEE) à des fins d’exploitation à 370,4 km (200 milles) avec possibilité d’extension dans la continuité du plateau continental jusqu’à 500 km, après arbitrage international. Au-delà des ZEE, les eaux internationales sont définies comme le patrimoine commun de l’humanité.

Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

Marine nationale : « Clemenceau 22 », la TF 473 en Méditerranée

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer




Escadron de ravitaillement en vol et de transport stratégique 1/31 « Bretagne »

Outre le transport de personnels ou de fret, l’Escadron de ravitaillement en vol et de transport stratégique (ERVTS) 1/31 « Bretagne », constitué d’avions Airbus A330 Phénix, assure le ravitaillement en vol des Rafale de l’armée de l’Air et de l’Espace constituant la composante aérienne de la dissuasion nucléaire. Par héritage, il est titulaire de la croix de Guerre 1939-1945, de la médaille de la Résistance avec rosette et de la croix de la Valeur militaire.

Lire la suite de l’article en PDF 




Sous-marin lanceur d’engins « Le-Triomphant »

Le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le-Triomphant porte le nom d’un contre-torpilleur qui a reçu la croix de Guerre 1939-1945 avec trois citations à l’ordre de l’armée. Les SNLE constituent la Force océanique stratégique (FOST) composante maritime de la dissuasion nucléaire.

Lire la suite de l’article en PDF 




16ème Bataillon de chasseurs à pied

Le 16ème Bataillon de chasseurs à pied (BCP) participe aux opérations extérieures de l’armée de Terre. En 2011, sa 2ème compagnie a permis l’évacuation de 2.500 ressortissants français et étrangers à Abidjan. Elle rétablira l’ordre dans la ville avant d’en confier le contrôle aux forces ivoiriennes. La compagnie sera décorée de la croix de la Valeur militaire avec palme de bronze (citation à l’ordre de l’armée) pour cette action.

Lire la suite de l’article en PDF