Dans le cadre des conflits de haute intensité, la maîtrise des nouveaux champs de conflictualité et l’anticipation des technologies de rupture visent à assurer en permanence la supériorité opérationnelle.
L’ingénieur général de l’armement Frédéric Bouyer, directeur de DGA Maîtrise de l’information (DGA MI), et Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), l’ont expliqué à la presse le 13 novembre 2025 à Bruz.
L’architecte numérique des systèmes d’armes. DGA Mi est né de la fusion, en 2009, du Centre électronique de l’armement et du Laboratoire de recherche balistique et aérodynamique, rappelle l’ingénieur général Bouyer. Cela a permis de rassembler les expertises complémentaires de l’électronique de défense, de la cybersécurité et des systèmes d’armes. Aujourd’hui, DGA MI est devenu le centre d’expertise et d’essais dédié à la cyberdéfense, aux systèmes d’information et de télécommunication sécurisés, au quantique, au spatial, à la guerre électronique, à l’autoprotection, au guidage-navigation et aux systèmes de missiles. Présent dans plus de 50 domaines d’expertise, DGA MI emploie 1.500 personnes, dispose de 54 moyens techniques et de 200 systèmes d’information et investit plus de 100 M€ par an. Éclaireur technologique, il doit anticiper les technologies de rupture pour maintenir une longueur d’avance face aux menaces émergentes. En tant que référent technique cyber du ministère des Armées et expert des systèmes numériques, il contribue directement à la performance et à la sécurité des systèmes d’armes français. DGA MI travaille avec le Commissariat du numérique de défense, l’AMIAD, l’État-major des armées, le Secrétariat général pour l’administration et des entreprises extérieures. Le site de Bruz, situé au cœur de la Bretagne, s’est engagé localement avec le Pôle d’excellence cyber et le « Cluster Bretagne Innovation Grand Ouest ». Il constitue le laboratoire des solutions de demain pour préparer l’efficacité opérationnelle des armées. Ainsi, les techniques innovantes en cyber et en numérique appliquées à l’autoprotection des systèmes d’armes permettent, d’analyser, de neutraliser et de contrer les menaces pesant sur les forces engagées sur un théâtre d’opération. Les moyens de survivre et d’évoluer dans un environnement brouillé, comme en Ukraine, sont devenus indispensables, en raison de l’omniprésence des brouillages ennemis et même…amis !
Les solutions d’intelligence artificielle. L’AMIAD doit rester connectée à l’ensemble de l’écosystème des armées et y déployer des solutions d’intelligence artificielle (IA), souligne Bertrand Rondepierre. L’innovation militaire ne fonctionne que lorsque l’opérationnel se trouve impliqué, notamment avec l’IA dans le numérique et les systèmes d’armes. La montée en puissance de la technologie dans la guerre impose de réfléchir à la conception du combat. En 18 mois d’existence, l’AMIAD a recruté 150 ingénieurs pour ses sites de Bruz (pôle technique et siège) et de Palaiseau (pôle recherche) et compte arriver à 300 personnes en 2026. Elle pourra alors « passer à l’échelle », à savoir changer de taille selon les besoins en matière d’IA et d’ingénierie. En mars 2025, elle s’est engagée à livrer, à l’automne 2027, une unité robotique de combat autonome avec des robots terrestres et des drones légers (photo). Il s’agit du projet « Pendragon », qui fonctionne avec de l’IA. Les moyens d’expérimentation et de développement sont déjà en cours. Par ailleurs, l’AMIAD a mis en œuvre le supercalculateur Asgard, qui commence à utiliser les volumes massifs de données issues de capteurs militaires pour l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique des armées. Il s’agit d’entraîner des modèles spécifiques et non pas de reproduire ce qui se fait déjà dans le domaine civil.
Loïc Salmon
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