Explorations, une affaire d’État ?

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Collectives, les explorations dépendent d’abord de l’État, qui y trouve le moyen d’approfondir la connaissance du monde, une occasion d’enrichissement scientifique, intellectuel et artistique et une condition nécessaire de sa souveraineté.

Celle entreprises par la France, au milieu du XVIIIème siècle, ont impliqué un processus de professionnalisation pour transformer les militaires en explorateurs et les explorateurs civils en militaires. Le militaire se distingue du civil notamment par des obligations, des compétences techniques et des cultures professionnelles multiples. Au cours du XIXème siècle, exploration et cartographie deviennent étroitement liées. Dans une première phase, les missions militaires restent très proches des voyages d’exploration. Dans une deuxième phase, elles consistent en interventions militaires et conquêtes coloniales. Après la période des conflits, la troisième phase correspond à l’administration et la mise en valeur des territoires conquis. La cartographie d’exploration se transforme en cartographie de reconnaissance puis en cartographie régulière. Dans le dernier tiers du XIXème siècle et le contexte de l’expansion coloniale de l’Europe, des civils interviennent dans l’organisation et la préparation des missions, les travaux menés sur le terrain, l’exploitation et la diffusion des résultats. Fondée en 1821 et reconnue d’utilité publique en 1827, la Société de Géographie a décerné des grands prix à autant de civils que de militaires. Dans les années 1880, les savoirs disponibles sur l’Afrique apparaissent insuffisants, car réalisés par des explorateurs peu équipés et moins bien formés que les officiers sortis de Saint-Cyr ou de l’École navale. Sur ce continent, les liens entre exploration et conquête diffèrent d’une région à l’autre. Dans sa partie occidentale, l’exploration à vocation scientifique, menée par des savants, des officiers ou des individus non affilés à une institution, précède la pénétration coloniale de plusieurs dizaines d’années. Il s’agit de reprendre les travaux géographiques précédents, selon de nouveaux objectifs, et de prendre contact avec les chefs des nouveaux États formés dans l’intervalle. En Afrique centrale, exploration et appropriation se confondent presque. Des officiers géodésiens et topographes participent à l’expédition militaire de 1894-1895, en vue de produire une cartographie systématique de la « Grande Île ». La pose des premiers câbles télégraphiques sous-marins, commencée au XIXème siècle, impose la connaissance des fonds marins pour des raisons économiques et militaires. Aujourd’hui, les câbles en fibre optique assurent 98 % des échanges numériques intercontinentaux. Depuis le « Brexit », la France est devenue le carrefour numérique de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Longtemps, la principale menace venait des coupures accidentelles par les ancres des navires. Certaines peuvent se révéler volontaires, notamment en mer Baltique, par des bateaux de pêche ou de commerce, et donc difficilement attribuables à un État (la Russie). Outre leurs ressources et les gazoducs, oléoducs et câbles électriques qui les parcourent, les fonds marins constituent un enjeu stratégique majeur. Depuis les années 2000, une nouvelle dynamique profite à la connaissance géographique, à savoir l’intégration multi-milieux et la fusion des données géolocalisées multi-capteurs. Comme dans les siècles passés, il s’agit de maîtriser les milieux géographiques à partir des récentes technologies et de penser différemment les espaces matériels (terre, mer, air et espace) et immatériels (réseaux sociaux et environnements numérique, électromagnétique et informationnel). Il s’agit de répondre aux besoins immédiats de connaissance opérationnelle des armées et, pour le monde civil, de mieux exploiter les informations géographiques.

Loïc Salmon

« Explorations, une affaire d’État ? », ouvrage collectif. Éditions Locus Solus/Musée de l’Armée, 320 pages, 310 illustrations. 35 €

Exposition « Explorations : une affaire d’État ? » aux Invalides

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