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Environnement : lancement de l’initiative « Changement climatique et forces armées »

L’intensification des bouleversements climatiques menace directement la biodiversité et crée des tensions géopolitiques et démographiques pour l’accès aux ressources naturelles. Les forces armées s’y préparent.

Lors du Forum de Paris sur la paix (11-13 novembre 2021), les ministres des Armées de 25 pays, dont la France et les Etats-Unis, ont souligné que la transition énergétique doit constituer un atout opérationnel et un axe de coopération privilégié entre les Etats, nécessitant une coordination internationale.

Adaptation et résilience. Dans une déclaration conjointe, les ministres des Armées signataires préconisent des mesures d’anticipation stratégique. Il s’agit notamment de favoriser la création d’un réseau d’experts « climat et énergie » par des coopérations entre « think tanks », universités et instituts de recherche dédiés. Les industries de défense doivent encourager la recherche et le développement d’équipements militaires au bilan carbone neutre, de préférence à double usage. Une approche commune doit évaluer les impacts géopolitiques et sécuritaires du changement climatique en construisant les fondations d’une coopérations Nord-Sud accrue. Une articulation des politiques diplomatique, de développement et de défense doit permettre de répondre aux enjeux sécuritaires dans les zones fragiles et affectés par les conflits. Les mesures d’adaptation portent notamment sur la résilience des armées en ce qui concerne les équipements, modes d’actions militaires et infrastructures de communication, de transport, d’énergie et de traitement de l’eau. Parmi les mesures d’atténuation des effets du changement climatique, figurent la réduction de la dépendance des infrastructures militaires aux énergies fossiles, par l’autonomie énergétique des camps, et celle des combustibles fossiles par l’électrification et l’emploi de carburants synthétiques dans les domaines aérien, maritime et terrestre.

Plan biodiversité 2030. Le ministère des Armées a publié un document sur la préservation de la biodiversité à l’horizon 2030. Son action porte sur la clarification des responsabilités, la formation de 650 « chargés d’environnement », la garantie d’une programmation financière (1,6 M€/an) et le développement d’outils d’aide à la décision pour donner une vision d’ensemble au niveau national. Ainsi, 310.000 € sont destinés à renforcer les capacités de la nature à capter et emmagasiner le CO2. La convention 2021-2024 avec la Fédération des conservatoires d’espaces naturels prévoit d’évaluer le stock de carbone présent sur les sites militaires (forêts, prairies, landes tourbières et zones humides), d’augmenter la captation sur site et d’identifier des sites pour la conservation et la restauration des milieux hors du domaine public utilisés par le ministère des Armées. Le projet « Kivi Kuaka » (400.000 €) porte sur l’analyse des comportements des oiseaux en réponse à des cyclones et tsunamis. Sur des sites polynésiens, 56 oiseaux ont été équipés de GPS et de balises pour récupérer des données météorologiques, qui sont envoyées à la Station spatiale internationale et traitées par les équipes du Muséum d’histoire naturelle au sol. En partenariat avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le ministère des Armées finance (150.000 €) un projet sur les stocks et les déplacements des thons, ressource importante et enjeu politique majeur, vers les eaux internationales du Pacifique, plus difficiles à contrôler.

Loïc Salmon

Environnement : conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique

Sécurité : risques et tensions liés au désordre climatique




Stratégie : les « think tanks » dans un monde en mutation

Pandémie du Covid-19 et conséquences économiques, changement climatique, rivalité Chine/Etats-Unis et désinformation provoquent doutes, insécurité et instabilité. Les « think tanks » contribuent à la réflexion, à la prospective et au débat public.

Ces instituts de recherche et de réflexion de droit privé ont fait l’objet d’une visioconférence-débat organisée, le 28 janvier 2021 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et animée par sa directrice adjointe, Sylvie Mattely. Y sont intervenus : l’ancien diplomate Jacques Audibert, secrétaire général du groupe Suez ; Vanessa Burggraf, directrice de la rédaction francophone de la chaîne France 24 ; le général de corps aérien Luc de Rancourt, directeur général adjoint des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées ; Marie-Pierre Vedrenne, vice-présidente de la commission du Commerce international au Parlement européen.

Production. Les entreprises considèrent les organisations non gouvernementales et les think tanks (TT) comme de précieuses sources d’information pour maîtriser les « risques pays », estime Jacques Audibert. Au-delà du devoir de vigilance, elles doivent assumer leurs responsabilités sociales et environnementales pour mieux connaître le marché, car les partenaires financiers ne suffisent plus. Un rapport de qualité d’un TT (qui ne fait pas du lobbying) peut influencer les médias et conduire un haut responsable à modifier sa décision. Les médias ont besoin d’experts pour décrypter l’information et alimenter les débats avec des sensibilités politiques différentes, souligne Vanessa Burggraf. Les TT disposent d’une visibilité médiatique qui complète les participations à des colloques de journalistes anglophones et spécialistes du terrain. Les rapports des TT répondent aux besoins de formation des armées et notamment de l’Ecole de guerre, indique le général de Rancourt. Ils se situent entre le monde universitaire, qui privilégie le temps long, et les médias qui jouent sur le temps court. Ils apportent une vision indépendante et ouvrent un champ de recherche pluridisciplinaire. Ils contribuent au renouvellement de la pensée stratégique de la France et la font connaître par les commandes et soutiens du ministère des Armées. Celles-ci travaillent avec l’Institut français des relations internationales et stratégiques, l’IRIS et la Fondation pour la recherche stratégique, en raison de leurs compétence et rigueur. Comme les entreprises et les institutions, les TT peuvent être victimes de cyberattaques ou de désinformations. Quelle que soit leur orientation politique, ils participent aux discussions du Parlement européen, rappelle Marie-Pierre Vedrenne. Ce dernier compte sur les contributions des TT, en raison de leur prise de recul par rapport au temps politique, en vue de bâtir des politiques publiques.

Evaluation. Les TT français, qui effectuent des travaux pour les entreprises, sont surtout financés par des fonds privés et rarement par des partis politiques comme en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, souligne Sylvie Mattely. La grande variété géographique des TT permet d’avoir une vue panoramique sur une situation et de valider ou non certains éléments d’une décision, indique Marie-Pierre Vedrenne. Cela valorise les positionnements de la France sur les questions internationales, d’autant plus que l’Allemagne accorde beaucoup de moyens à ses TT. Les soutiens financiers que reçoivent les TT de France sont dix fois inférieurs à ceux d’Allemagne, de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, qui ont la culture de l’influence, souligne le général de Raucourt. Le ministère des Armées consacre 10 M€/an à la recherche stratégique pour valoriser l’approche française sur le plan international. Il a lancé le « Club Phœnix » pour favoriser le croisement des programmes avec le secteur privé et aider les jeunes chercheurs. Face aux menaces hybrides, il s’agit d’allier l’expertise la plus pointue à l’élargissement du champ de recherche. Les divergences questionnent le raisonnement et aident à construire un argumentaire plus juste. En France, les experts ne partagent pas les mêmes opinions, par exemple sur le conflit israélo-palestinien, contrairement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, où existe une porosité entre le monde politique et les TT, estime Vanessa Burggraf. La nature des TT américains correspond au « spoil system » (partage des dépouilles) des postes de la haute administration après chaque élection présidentielle, explique Jacques Audibert. Les partants se reclassent dans l’industrie privée, la CIA ou les TT, participant ainsi à une rotation des compétences qui donne des résultats efficaces dans les prises de décisions.

Avenir. Le monde connaît des bouleversements depuis 1945, avec une accélération depuis 2000, estime Jacques Audibert. Les décideurs des entreprises ou des administrations attendent des TT des éclairages contradictoires et surtout originaux, mais pas de répétitions de publications connues. Les « fake news » n’existaient pas il y a cinq ans, rappelle Vanessa Burggraf. Les experts des TT aident à les décortiquer. La richesse de leurs points de vue sur la transition écologique ou le terrorisme permettent d’en mieux saisir les enjeux stratégiques et diplomatiques. Il s’agit de comprendre, par exemple, comment la distribution de vaccins contre le Covid-19 permet à la Chine de s’implanter en Afrique, au Venezuela et au Brésil. Par ailleurs, les experts des TT parviennent à mieux synthétiser leur pensée que les universitaires…dont ils ont besoin pour se faire connaître car certains travaillent aussi pour les TT. Leur expérience des médias permet de mieux faire passer l’information, tandis que les universitaires donnent l’impression de se trouver en cours. Les subventions publiques portent sur des contrats pluriannuels pour obtenir une meilleure visibilité et entretenir un vivier de chercheurs, indique le général de Raucourt. Le volume de TT suffit pour répondre aux enjeux fondamentaux, car les secteurs cloisonnés ont disparu.

Loïc Salmon

Depuis 15 ans, l’Université américaine de Pennsylvanie classe les « think tanks » dans le monde. L’édition 2020, qui porte sur 11.175 think tanks dans 182 pays, a été élaborée par les contributions de 3.974 experts, universitaires, décideurs politiques, représentants d’organisations non gouvernementales et de journalistes de toutes les nationalités. Voici la répartition : Europe : 2.932 ; Amérique du Nord, 2.397 ; Asie, 3.389 ; Amérique centrale et du Sud : 1.179 ; Afrique sub-saharienne, 679 ; Afrique du Nord et Moyen-Orient, 599. La France en compte 275 toutes catégories confondues. Quatre se trouvent parmi les 110 mieux notés dans la catégorie « Défense et sécurité nationale » : l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ; l’Institut de relations internationales et stratégiques ; l’Institut français des relations internationales (IRIS) ; la Fondation pour la recherche stratégique. L’IRIS obtient la 17ème place dans cette catégorie sur 11.175 think tanks, la 29ème dans celle de « Meilleur think tank sur les questions de politique étrangère et affaires internationales » (11.175), la 21ème dans celle de « Meilleur think tank en Europe de l’Ouest (2.075) et la 41ème dans celle de « Meilleure conférence » (11.175).

Recherche stratégique : connaître et comprendre chaque région du monde

Recherche stratégique : lancement du « Club Phœnix »

Défense : information falsifiée, internet et réseaux sociaux




Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

La préparation à un probable engagement de haute intensité et dans la durée nécessite un entraînement durci et des équipements performants et soutenables, à l’entraînement et au combat, pour le maintien de la supériorité opérationnelle.

Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), l’a expliqué lors de la présentation des forces terrestres, le 8 octobre 2020 à Versailles-Satory, devant la presse et les auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Aguerrissement accru. Le milieu terrestre, hétérogène et dur physiquement et psychologiquement, tue, rappelle le CEMAT. Rien qu’en 2019, l’armée de Terre a déploré 23 tués et 500 blessés en mission. Depuis plus de dix ans, elle s’est battue en Afghanistan, en Centrafrique, en Irak, au Mali et sur d’autres théâtres d’opérations. Forte de 115.000 hommes et femmes, elle recrute 16.000 soldats par an et dispose de 27.000 réservistes. Le combat terrestre se décentralise jusqu’au trinôme ou même au soldat tout seul, qui y détient une part de responsabilité. Au cours des dix dernières années, l’armée de Terre a concentré ses efforts sur le combat contre le terrorisme militarisé, avec de très bons résultats militaires. Intégratrice, puissante et résiliente, elle doit changer d’échelle dans ses enseignements, le volume des forces à déployer sous préavis, le niveau d’engagement et les nouvelles menaces.

Environnement stratégique. Un nouveau cycle de conflictualité se met en place avec le retour d’affrontements très violents, souligne le CEMAT. Profitant de l’affaiblissement du système international, de nombreux pays accroissent leur puissance militaire. Ils n’hésitent pas à tester les défenses, parfois brutalement, et aller jusqu’à l’incident ou l’affrontement. Par suite du nivellement de la supériorité technologique occidentale, de nombreux pays acquièrent du brouillage de drone, et des missiles de longue portée et en font profiter d’autres pays qu’ils activent. Au Sahel, la menace aérienne reste inexistante et celle des feux dans la profondeur très faible. Mais en Libye, les groupes armés disposent de véhicules blindés, d’un environnement électromagnétique complet et des défenses sol/air. Par ailleurs, la force se manifeste de façon plus insidieuse dans le cyber, la désinformation et le harcèlement par des actions difficiles à attribuer. En raison de la prépondérance de l’émotion, certains Etats provoquent, avec quelques tweets, le désordre dans les esprits, dans la rue et peut-être au sein des unités militaires. En effet, la propagande se trouve à la portée de tous via…les smartphones ! Un adversaire, non choisi, va chercher à surprendre et imposer son rythme et sa volonté. Déjà, de nombreux Etats développent des modes d’action hybrides, moins prévisibles et privilégiant l’intimidation et la désinformation. Il s’agit, précise le CEMAT, de faire peser incertitude et surprise chez l’ennemi par la ruse, la désinformation et la « déception », à savoir l’induire en erreur pour l’amener à agir contre ses propres intérêts.

Préparation de l’avenir. Selon le CEMAT, un groupement tactique Scorpion sera déployé sur un théâtre opérationnel en 2021, avec l’objectif d’une brigade Scorpion en 2023. Les brigades blindées recevront les futurs chars franco-allemands vers 2035. Les équipements essentiels seront renouvelés : armes de petits calibres ; jumelles de vision nocturne ; missiles antichars. Il faudra apprendre à manœuvrer avec les cyberattaques, la guerre informationnelle et la guerre électronique offensive.

Loïc Salmon

Armée de Terre : la préparation opérationnelle, source de la puissance au combat

Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

 




Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

Dysfonctionnement de l’Etat et échecs sur les plans économique et démographique constituent le terreau du terrorisme dans la bande centrale de l’Afrique. Son éradication passe par le traitement de la démographie et de l’éducation nationale, la réforme des armées et l’aide aux forces de sécurité.

Nicolas Normand, ancien ambassadeur au Mali (2002-2006), au Congo (2006-2009) et au Sénégal (2010-2013), l’a expliqué lors d’une conférence-débat organisée, le 12 juin 2019 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France.

Croissance hétérogène. La contribution de l’Afrique sub-saharienne au produit intérieur brut (PIB) mondial par habitant est passée de 0 %, entre les indépendances (1960) et la fin du XXème siècle, à 5 % entre 2000 et 2015. Après la stagnation de 2016, la reprise économique moyenne s’établit à 3-3,5 % par an avec une croissance démographique de 2,5 %. Toutefois, 40 % de sa population ne dispose que de 1,9 $ par personne et par jour, seuil de pauvreté selon les normes de l’ONU. L’ambassadeur attribue ce réveil économique à l’annulation de la dette, l’essor du numérique, l’arrivée des investissements chinois, la progression de la scolarisation, un grand pas vers l’égalité des femmes et la diminution de la conflictualité entre 1990 et 2010 mais qui repart en 2013. Cependant, seulement une dizaine de pays allient croissance et développement, tandis que les autres connaissent une situation fragile, voire chaotique. Les importations se montent à 40M$/an pour la nourriture et à 15 Mds$ pour les biens. Négative jusqu’en 2010, la balance commerciale a provoqué un endettement croissant dans les secteurs public (budgets) et privé (taux d’intérêt de 7 %). A titre d’exemple, au Nigeria, la dette représente 60 % du budget de l’Etat et l’assiette fiscale moins de 15 % du PIB, contre 35 % pour la moyenne mondiale, et une hausse de 1 % de la fiscalité correspondrait à l’aide au développement. Environ 30 à 40 % des investissements étrangers vont en Asie, 20 % vers l’Amérique latine et seulement 3 % vers l’Afrique sub-saharienne, en raison de l’insécurité juridique et du manque d’infrastructures, notamment pour le réseau électrique. Ainsi, 55 % de la population n’a pas accès à l’électricité et à peine 15 % en a suffisamment.

Démographie et éducation. D’ici à 2050, la population de l’Afrique sub-saharienne devrait augmenter de 160 % pour atteindre 1 milliard d’habitants. Selon les estimations de l’ONU, le nombre d’enfants par femme, actuellement de 5, devrait tomber à 2 en 2100. Dans tous les pays asiatiques, la baisse de la natalité et l’effort sur l’éducation a permis leur décollage économique, rappelle l’ambassadeur. Or en Afrique, un enfant sur trois arrive en fin du cycle primaire, alors que 22 % des jeunes Européens obtiennent un diplôme d’enseignement secondaire. S’y ajoutent les handicaps de l’éducation insuffisante des filles et des mariages précoces dans de nombreux pays d’Afrique. Seuls le Ghana, l’Ethiopie, le Kenya et l’Afrique du Sud maîtrisent leur éducation nationale. Ailleurs, en zone urbaine, celle-ci se trouve concurrencée par les écoles coraniques aux idéologies anti-modernisme, anti-occidentale et anti-démocratique. L’Afrique sub-saharienne ne produit que 2 % de la valeur des biens manufacturés dans le monde, en raison de l’enclavement de certains pays, d’une compétitivité très faible, d’une électrification et d’infrastructures déficientes, d’une formation professionnelle limitée et d’une baisse de natalité trop lente. Chaque année, le marché du travail doit absorber 30 millions de jeunes dont la plupart ne trouve pas d’emploi, facteur supplémentaire d’insécurité.

Carences étatiques. L’aide au développement s’est concentrée sur la santé et divers projets, sans s’interroger sur les causes du sous-développement, souligne l’ambassadeur. La construction des routes ou du métro par des entreprises et personnels étrangers déresponsabilisent les autorités locales et les discréditent auprès des populations. La police et les armées ont été négligées et sont mal payées, faute d’une fiscalité efficace. Présence étatique limitée en zone rurale et mauvais fonctionnement de la justice créent un terreau propice à des désordres. Dans certains pays, l’Etat a dissous les autorités traditionnelles et délégué le maintien de l’ordre à des milices armées rurales pour régler les conflits entre nomades pasteurs et agriculteurs sédentaires, notamment pendant les périodes de sécheresse.

Djihadisme. En Afrique sub-saharienne, le terrorisme chrétien a déjà tué 100.000 personnes, soit plus que les djihadistes après 2000, indique l’ambassadeur. Selon le Programme des nations unies pour le développement, une répression étatique violente favorise le djihadisme, notamment au Nigeria où le salafisme « quiétiste » (cheminement spirituel) est devenu « djihadiste » avec Boko Haram. Le djihadisme suscite des adhésions car il propose un projet de civilisation, gère les besoins de justice et favorise les pasteurs. Dans le Nord-Mali, s’affrontent des groupes armés répartis en trois catégories aux frontières poreuses, où se mêlent lutte des castes et compétition pour le narcotrafic : Coordination des mouvements de l’Azawad, Touaregs sécessionnistes mais signataires des accords de paix d’Alger avec le gouvernement malien à l’issue de l’opération « Serval » ; groupes armés pro-gouvernementaux, également signataires ; djihadistes, répartis entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et l’Etat islamique, non signataires. Alors que la population penche plutôt du côté des djihadistes, l’opération « Barkhane », qui a succédé à « Serval », s’est associée aux milices. Le djihadisme, parti du Mali, s’est étendu notamment en République centrafricaine et en République démocratique du Congo, mais a disparu de l’Ouganda. La Mauritanie a procédé avec succès à la « déradicalisation » en plaçant des imams auprès de prisonniers djihadistes. Sur 60 détenus, un seul a repris le maquis après sa libération ! La solution, à terme, repose sur la réconciliation à partir du renoncement au djihadisme, à condition de négocier en position de force avec les djihadistes, conclut l’ambassadeur.

Loïc Salmon

Le nombre de morts dans les combats est passé de 607 en 2012 à 2.829 en 2018 dans les pays du G5 Sahel (Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie). En 2018, le terrorisme sévit dans les pays les moins avancés (PMA), à savoir le Mali, le Niger et la Somalie, mais aussi au Nigeria, pourtant plus développé. En outre, guerre civile et exactions de groupes armés continuent au Soudan, au Soudan du Sud, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Mozambique. Quoique classés PMA, Mauritanie, Guinée, Sierra Leone, Liberia, Bénin, Togo, Angola, Zambie et Madagascar échappent à ces fléaux. Sont aussi épargnés des pays plus développés, à savoir le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Kenya, la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Y échappent également le Sénégal (PMA), la Côte d’ivoire, le Ghana, l’Ethiopie (PMA) et la Tanzanie (PMA), tous classés parmi les dix premiers pays du monde à forte croissance économique.

Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises

Afrique : fraude et corruption des agents publics, des fléaux difficiles à éradiquer

Afrique : les armées et leur implication dans la politique




Recherche stratégique : lancement du « Club Phœnix »

Le ministère des Armées a ouvert, le 14 février 2019 à Paris, le « Club Phœnix » pour soutenir et renouveler la recherche stratégique, en associant des acteurs nationaux publics et privés.

Le club, placé sous la tutelle de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, (DGRIS), vise à favoriser l’insertion professionnelle de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales à haut potentiel. Il facilite l’échange avec leurs homologues des sciences dites « dures », à savoir les mathématiques, physique, chimie et biologie. Enfin, il sensibilise les décideurs publics à leurs sujets d’intérêt. En contrepartie, plus de 80 partenaires privés, en février 2019, bénéficient des résultats de leurs recherches.

Ecosystème. Le vice-amiral d’escadre Hervé de Bonnaventure, directeur général adjoint de la DGRIS, a présenté le fonctionnement du Club Phœnix. Universités, « think tanks », industriels de défense, entreprises civiles, cabinets conseils, startups et le ministère des Armées y participent. Les passerelles entre sciences sociales et « dures » devraient faire émerger de nouveaux champs de réflexion, afin d’améliorer les capacités d’anticipation pour affronter les enjeux stratégiques futurs. Cela nécessite de dépasser les « réflexes culturels ». Il s’agit : pour les universitaires, d’accepter la légitimité et la qualité des travaux des think tanks et des entreprises ; pour les entreprises, de reconnaître la capacité d’un doctorant à s’adapter aux critères d’efficacité du secteur privé ; pour le ministère des Armées, d’admettre que l’expérience acquise dans un think tank ou une entreprise constitue un enrichissement supplémentaire et non pas une difficulté de gestion de ressource humaine. Certains chercheurs pourront intégrer, notamment, les ministères des Armées, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

Retours d’expérience.  Plusieurs membres du club ont témoigné de l’intérêt des sciences humaines dans leurs domaines respectifs (photo). Pour Céline Jurgensen du Commissariat à l’énergie atomique (partenaire du ministère des Armées), elles permettent de comprendre plus finement l’environnement stratégique et les nouveaux acteurs nucléaires, dont la Corée du Nord à partir de textes coréens, et d’investir dans un vivier de jeunes chercheurs. Pour Paul Hérault de Naval Group (industriel de défense), les thématiques transverses de droit des marchés publics, contrats et prises de risques constituent des outils à partager avec les partenaires scientifiques et techniques, tout en protégeant les informations sensibles. Pour Alexandra de Hoop Scheffe du German Marshall Fund (think tank), les sciences humaines facilitent la compréhension des sujets de désaccords entre les pays européens et les Etats-Unis, des priorités des uns et des autres et de leurs engagements et désengagements sur les théâtres d’opérations. Elles contribuent ainsi à éviter le déclassement technologique européen. Pour Arnaud Guérin de la société civile d’analyse automatique d’informations géospatiales par l’intelligence artificielle Earth Cube, elles permettent de faire du « renseignement intelligent », par exemple la prévision à 6 mois de la situation en mer Baltique et dans l’océan Arctique. Nicolas Bronard, chef du pôle prospective, recherche et innovation de la DGRIS, précise que le Club Phœnix finance les recherches, mais n’accepte pas l’envoi d’un doctorant dans un pays à risques. Le ministère des Armées finance la publication des études à raison de 10 M€/an : 2,5 M€ pour les universités et 7,5 M€ pour les think tanks.

Loïc Salmon

Recherche stratégique : comprendre, analyser, expliquer

Recherche stratégique : de l’anticipation à la réponse

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance




Menaces hybrides : belligérance en reconfiguration permanente

L’intensité d’un engagement opérationnel, qui implique armes et mots, nécessite de définir une doctrine et de nommer l’adversaire. Cela évite les mauvais choix en matière d’objectifs et de conduite de la guerre, éventualité longtemps occultée en Europe.

Cet aspect a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 novembre 2017 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Pierre de Bousquet de Florian, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme ; le général Antoine Windeck, directeur de Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation ; Joseph Henrotin, politologue spécialisé dans la sécurité ; Nicole Gnesotto, présidente de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Liberté d’action dans la durée. L’adversaire, équipé de technologies de dernière génération, use de modes opératoires réguliers ou non dans un cadre asymétrique. Il joue sur le flou et le fait accompli, mais s’arrête avant le déclenchement d’une action puissante, explique le général Windeck. De nouveaux acteurs s’affranchissent du droit international et pratiquent la violence extrême. Avatar de l’art de la guerre, le djihadisme ne s’interdit rien. Il convient donc de basculer l’effort sur la prévention d’une crise plutôt que sur son règlement, pour en neutraliser les causes et en limiter les effets. Des capacités adaptées permettent de détecter des signaux faibles pour identifier la nature de l’adversaire, ses moyens et l’effet qu’il recherche. Une vision commune entre les partenaires d’une alliance empêche l’adversaire de profiter des failles dans les processus décisionnels. Il s’agit ensuite de garantir la supériorité militaire et la suprématie technique dans les espaces terrestre, maritime, aérien et cyber, car l’information dépasse les frontières et remet en cause le triptyque paix, crise et guerre, rendant nécessaire d’accroître la résilience et de réduire les vulnérabilités. Selon le contexte, l’adversaire recourt au terrorisme ou au combat de haute intensité. Il convient donc de le contourner en limitant la portée de son action, en cohérence avec les appareils diplomatique, économique et culturel et la participation de la société civile (entreprises et industries). L’action militaire exige flexibilité et réversibilité dans la bande sahélo-saharienne, pour conserver ou reprendre l’initiative, et une reconfiguration du dispositif en Afrique. Facteur de succès stratégique, elle s’inscrit dans le temps long (décennies) pour obtenir des effets durables.

Guerres évolutives. Selon Joseph Henrotin, la porosité dynamique entre guerres régulière et irrégulière a été pratiquée entre le XVIème et le XIXème siècles par les puissances occidentales, notamment la France et la Grande-Bretagne par des alliances avec les tribus indiennes lors de la conquête du Canada. Au siècle suivant, Mao Tsé-Toung la théorise en prônant le passage de l’idéologie à la guérilla puis à la guerre régulière. Aujourd’hui, des Etats peuvent basculer de l’une à l’autre selon une stratégie alternative. Il en découle une évolution des risques pour les forces armées occidentales. D’abord, l’adversaire peut les géolocaliser par internet et une liaison satellitaire. Puis il peut suivre une logique de « dérégularisation », à savoir la destruction de villes par des armes non guidées et l’emploi d’armes chimiques. En Irak en 2004, 17 incidents ont été répertoriés, dont un tir de canon à chlore sur des pèlerins. Par ailleurs, l’accès aux technologies se démocratise. Ainsi, le mouvement politico-militaire libanais Hezbollah dispose de roquettes de gros calibre, fournies par l’Iran, et Daech de drones. La professionnalisation des forces, qui accroît la liberté d’action et de manœuvre, a amélioré la qualité des troupes françaises, capables d’agir sur l’ensemble des conflits, de la plus basse intensité à la plus haute. Enfin, souligne Joseph Henrotin, il convient de garder à l’esprit les données fondamentales : faculté d’adaptation ; suffisance des moyens ; art « opératif », à savoir préparation et conduite des opérations interarmées sur un théâtre ; approche globale avec les volets militaire, diplomatique et autres. Dans la guerre hybride, l’adversaire disparaît quand il se sent démasqué.

Déni européen de la guerre. Pour éviter la guerre entre Etats membres et avec d’autres pays, l’Union européenne (UE) a connu une confusion stratégique, estime Nicole Gnesotto. La Communauté européenne du charbon et de l’acier, créée en 1952, vise d’abord à empêcher un nouveau conflit entre l’Allemagne et la France. Ensuite, un contrat s’établit : défense et sécurité du ressort de l’Otan ; prospérité économique et commerciale de celui de l’UE. Cette volonté d’ôter toute légitimité à l’usage de la force armée conduit à un affaiblissement de la pensée stratégique européenne. Dans les années 1980, avant la mondialisation, l’UE, « puissance douce », se trouve à l’avant-garde de réflexion sur la transformation du monde par le commerce et l’influence. La norme devient sa priorité et la force celle des Etats-Unis. Au Proche-Orient, l’UE préconise la coexistence de deux Etats, l’un israélien et l’autre palestinien, concept accepté aujourd’hui par la communauté internationale. Mais en 2003 lors des divergences sur l’intervention militaire américaine en Irak, émerge une stratégie européenne de sécurité, critique à l’égard des Etats-Unis. L’UE recommande une approche globale de la sécurité, où l’intervention militaire, dans le temps court, doit être suivie d’une action civile dans le temps long. Par la suite, l’UE devient le microcosme de l’insécurité : conflit ethnique dans les Balkans, terrorisme, grands mouvements migratoires, questionnement sur la dissuasion nucléaire. Par ailleurs, les perceptions de la menace varient selon les Etats membres du Nord et du Sud. A partir de 2015, les attentats de l’Etat islamique (Daech) sur son sol la mènent en première ligne de la crise au Moyen-Orient. En outre, elle s’aperçoit que sa sécurité ne peut plus dépendre uniquement des Etats-Unis. Tous les sondages d’opinion place l’insécurité avant le chômage.

Loïc Salmon

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

La lutte contre le terrorisme et le renseignement, dont l’orientation relève du président de la République et du Premier ministre, nécessitent une vision géopolitique, criminologique et stratégique, souligne Pierre de Bousquet de Florian. Il s’agit de passer du traitement des effets à celui des causes profondes avec subtilité, créativité et imagination dans un monde de dissimulation et de stratégie indirecte. Connaissances historiques, géographiques et anthropologiques des chercheurs universitaires vont de pair avec l’expérience professionnelle des agents des services de renseignement, diplomates et préfets. En effet, le nombre d’Etats « trop faibles » est passé de 40 en 1948 à 200 en 2017. La collecte du renseignement mobilise les 6 services du premier cercle et 20 du second. En outre, le coordinateur national dispose de 15 conseillers, dont 1 pour l’analyse, 1 pour la prospective et 1 pour les relations avec les autres pays pour profiter de leur expérience dans la lutte antiterroriste. Il doit proposer des diagnostics et des propositions d’action en matière de sécurité au président de la République.




Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Les armées doivent protéger le territoire national, répondre à une crise dans le voisinage proche, conserver l’ascendant sur tout adversaire non étatique, réagir à une confrontation avec un Etat.

Ces missions, complémentaires de la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et océanique, ont été définies dans le document « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 », rendu public le 13 octobre 2017 par le ministère des Armées pour préparer une nouvelle loi de programmation militaire.

Protection. Le territoire national sera mieux protégé par : la modernisation du réseau radar de surveillance maritime Spationav ; la couverture radar 3D de l’espace aérien ; la posture de protection terrestre avec capacité à opérer en milieu nucléaire, radiologique, biologique ou chimique. Les capacités de détection et de neutralisation des drones aériens ainsi que la protection des équipements et des personnels seront développées. Elles complèteront la modernisation des systèmes sol-air, des hélicoptères légers et des moyens navals, sous-marins et aéromaritimes.

Adaptation et coopérations. Sous très faible préavis, les armées doivent pouvoir intervenir simultanément sur des théâtres d’opérations dispersés. La durée variable des engagements nécessite une masse critique suffisante de forces disponibles (hommes, équipements et stocks). Cette capacité repose sur une base industrielle et technologique de défense, qui requiert la participation des armées à des tâches associées à l’exportation. Sur le plan opérationnel, les armées doivent : acquérir et conserver la supériorité au combat dans tous les milieux ; frapper dans la profondeur ; acheminer les moyens en urgence sur un théâtre durci et les protéger contre les menaces conventionnelles ; être mobiles au sein du théâtre ; fournir les appuis feu au contact de l’adversaire ; mener des opérations amphibies, aéroportées, en zone urbaine, montagne, désert ou jungle ; extraire du personnel en milieu hostile. Toutefois, agir de façon autonome dans n’importe quel contexte et détenir toutes les aptitudes au plus haut niveau de performance ou de masse ne semblent guère possibles aujourd’hui. Mais le renoncement, même temporaire, à une aptitude opérationnelle entraîne un risque de perte définitive de certaines compétences. Par ailleurs, faute de capacités suffisantes, la complexité de certaines missions nécessite des partenariats, une fois les conditions politiques réunies. En coalition, l’interopérabilité implique des normes communes, techniques pour les systèmes de commandement et équipements majeurs, mais aussi en matière de concepts, doctrines, tactiques et procédures. Parfois, la France doit pouvoir fournir des capacités discriminantes et un volume de forces significatif pour jouer le rôle de « nation cadre » pour des actions relevant d’aptitudes militaires à haute valeur ajoutée : planification ; génération de forces, commandement et contrôle d’une opération. Dans le cadre de l’OTAN, elle doit fournir les capacités nécessaires au commandement d’une petite opération commune (SJO en anglais) et d’une composante pour une grande opération commune (MJO). Elle participe à la définition des normes OTAN sur l’interopérabilité des matériels et le contrôle politique des nations sur les capacités communes essentielles.

Renseignement. Il s’agit d’investir dans tout le spectre : humain, électromagnétique, radar, optique et numérique. Les plates-formes, capteurs et modes de recueil seront diversifiés : aéronefs habités ; drones ; unités navales ; moyens spatiaux. Leur complémentarité doit permettre l’accès à des cibles liées à tout type de menaces. Pour accélérer les prises de décisions, une meilleure interconnexion entre les différents systèmes améliorera et intégrera des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse, intelligence artificielle et « big data » compris. La vulnérabilité croissante des moyens de commandement et de surveillance nécessite de sécuriser les moyens spatiaux et la conduite des opérations en augmentant, notamment, le niveau de protection et de résilience des futurs satellites Syracuse 4. En outre, la capacité d’alerte avancée permettra de mieux identifier une menace balistique, en déterminant l’origine d’un tir et l’évaluation de la zone ciblée.

Systèmes de commandement. L’amélioration de l’homogénéité et de l’interopérabilité des systèmes facilitera l’engagement sur un théâtre avec les Etats membres de l’OTAN et des pays partenaires de circonstance. La boucle décisionnelle sera accélérée par le partage de l’information, tout en en gardant la maîtrise dans le risque cyber. Entrer en premier. Face aux systèmes défensifs de haute technologie et aux capacités adverses de déni d’accès dans les milieux physiques et immatériels, il s’agit de disposer de la capacité de passer outre et de réduire le niveau de la menace, en vue d’y conduire des opérations militaires. Au préalable, celles-ci exigent la supériorité aérienne pour conférer la liberté d’action nécessaire aux forces terrestres et navales. La frappe des centres de gravité ennemis dans la profondeur du théâtre nécessite de pouvoir opérer depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres ou depuis la mer par le groupe aéronaval. L’allonge des systèmes d’armes augmentera avec la combinaison entre avions ravitailleurs et armements. La capacité de projection de puissance sera accrue par les missiles de croisière : navals ; aéroportés rénovés ; antinavires à développer avec la Grande-Bretagne. Les capacités des forces spéciales seront renforcées en termes de projection et de mobilité. Les opérations dans l’espace numérique jusqu’au niveau tactique, intégrées à la chaîne de planification et de conduite des opérations militaires, exploiteront la numérisation croissante des adversaires, étatiques ou non.

Combat terrestre futur. Le programme Scorpion de l’armée de Terre permettra d’augmenter la puissance et l’agilité des unités engagées. L’armement des drones aériens apportera une capacité de réaction adaptée à des adversaires plus fugaces et à des espaces étendus. Le successeur du char Leclerc et le futur système d’artillerie seront étudiés en coopération avec l’Allemagne.

Loïc Salmon

La France a souscrit des engagements contraignants dans le cadre du Traité sur l’Union européenne de 2009 (TUE) et du Traité de Washington de 1949. L’article 42.7 du TUE précise : « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». Le TUE rappelle que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Selon le Traité de Washington, la France doit « assister la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, telle action (jugée) nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ».




Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

Enjeu de souveraineté nationale, la sécurité numérique parvient à s’imposer parmi les administrations, entreprises et particuliers. Toutefois, l’évolution des cyber attaques et le renforcement induit du contrôle de l’Etat risquent d’atteindre systématiquement les libertés individuelles à l’horizon 2030.

Le 7 juin 2017 à Paris, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a présenté son rapport d’activités 2016. De son côté, le Secrétariat pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN), auquel elle est rattachée, a publié une étude sur les menaces intitulée « Chocs futurs », dont celles du domaine numérique en 2030.

Autonomie européenne. L’engagement de la France en faveur de l’autonomie stratégique européenne, en matière de sécurité numérique, repose sur trois piliers. Le premier porte sur le développement des capacités au sein de l’Union européenne (UE) elle-même et de chacun des Etats membres. Le deuxième consiste à maîtriser les « briques technologiques » et les outils industriels essentiels. Le troisième vise à préserver la capacité de régulation de l’UE et des Etats membres pour la protection adéquate des données et celle d’évaluation des produits. Après trois ans de négociations, la directive française « NIS » (Network and Information Security) sur la sécurité des systèmes d’information, élaborée par l’ANSSI et approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, va devenir la norme en 2018. La NIS s’articule autour de quatre axes. D’abord, les capacités nationales seront renforcées par le positionnement de la cyber sécurité comme enjeu stratégique majeur pour le marché européen du numérique. Ensuite, la cyber résilience sera améliorée par l’établissement d’un cadre de coopération volontaire entre Etats membres, via un groupe de coopération et le réseau européen des équipes d’intervention rapide CIRT (Computer Incident Response Team). De plus, chaque Etat devra renforcer la cyber sécurité de ses opérateurs de services essentiels. Enfin, la sécurité sera encadrée et régulée par l’instauration de règles communes à l’intention des prestataires de services numériques.

Stratégie 2020. La stratégie « ANSSI 2020 », présentée en mai 2016, établit un référentiel d’orientations et de projets destiné à tous les agents et administrations partenaires. Elle sera actualisée chaque année, en raison du mouvement permanent de l’espace numérique. L’anticipation des évolutions des technologies et usages doit favoriser l’action en amont et concentrer les ressources sur les meilleurs leviers. Le renforcement de l’autorité nationale de l’ANSSI accroîtra son domaine d’action. La connaissance fine et actualisée des publics lui permettra d’adapter son action et d’améliorer la résilience de la société française. La réactivité de l’ANSSI sera accrue face à une crise informatique majeure. Le rayonnement international de la vision française de la cyber sécurité et de la défense soutiendra la politique étrangère de la France et le développement des entreprises françaises spécialisées dans le cyber. En mai 2017, 43 actions ont déjà été définies et sont menées.

Evolution de la menace mondiale. En 2017, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie développent des capacités offensives, car leurs services de renseignement coordonnent ou assurent la sécurité et les opérations de défense et d’attaques informatiques. De leur côté, l’Allemagne, la France, la Chine et Israël séparent les capacités offensives et défensives. La protection, privilégiée, passe par l’augmentation du niveau de sécurité des systèmes d’information étatiques et des infrastructures critiques du pays, sans pour autant exclure le recours à des actions offensives de prévention ou de rétorsion. De son côté, l’UE a créé l’Agence européenne de sécurité des réseaux et a adopté la directive NIS. En juin 2016, l’OTAN a déclaré le cyberespace  « espace de combat », au même titre que la terre, l’air et la mer. Fin 2016, l’Université américaine de Berkeley a rendu public un travail d’experts sur les perspectives de la menace cyber à l’horizon 2020, lesquelles semblent plausibles jusqu’en 2030, selon le SGDSN. Un premier scénario, dénommé « Omega », se base sur les technologies prédictives, qui ciblent très précisément les goûts, habitudes et désirs des gens. Ceux qui refusent de transmettre leurs données peuvent passer pour criminels. Les données obtenues permettent déjà de comprendre leurs envies et craintes et de sécuriser une ville par la surveillance des individus à risques. Les Etats autoritaires connaissent peu d’insécurité, alors que ceux qui cherchent à encadrer ces technologies, comme les démocraties européennes, présentent des taux d’insécurité élevés. L’instabilité plus ou moins exacerbée et les mouvements de citoyens opposés au « tout numérique » conduiraient les démocraties à mettre en place une forme de régulation et de contrôle. Le deuxième scénario, dit « Bubble 2.0 », envisage une crise économique résultant d’une faible création de valeur réelle et de l’augmentation du coût du travail, due à la présence du numérique dans tous les aspects économiques, financiers et commerciaux de la société. Le centre du monde numérique se déplacerait alors des Etats-Unis vers Singapour, la Chine et la Corée du Sud. Dans le troisième scénario, « l’Internet des objets » s’implanterait dans les grandes villes du monde pour répondre aux  besoins en termes de trafic routier, santé, dépenses publiques et écologie. La violence urbaine diminuerait par suite de l’adaptation des objets connectés aux missions de défense et de sécurité. Les écarts se creuseraient alors entre les villes et les campagnes et entre les villes elles-mêmes, selon leurs capacités d’investissement. Ces écarts se manifesteraient aussi dans l’éducation, la valeur du travail, la santé des populations et le coût des assurances pour les gens qui ne fournissent pas un flux constant de données. Tout cela renforcerait les inégalités sociales et les pouvoirs des régimes autoritaires.

Loïc Salmon

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles

Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, fin 2015-début 2016, des attaques ont ciblé les entités clientes de la messagerie interbancaires de SWIFT. En juin 2016 : découverte d’une plateforme de vente cyber criminelle ; « Opération Ghoul » d’espionnage informatique dans les secteurs de l’industrie et de l’ingénierie au Moyen-Orient ; attaques informatiques perturbant la diffusion en ligne d’une conférence américaine sur les massacres de la place Tien An Men (Pékin, avril-juin 1989). Septembre et décembre 2016 : exfiltration d’un milliard de données clients de l’opérateur américain Yahoo ; Novembre 2016 : sabotage informatique d’entreprises et organisations étatiques saoudiennes. Au cours de 2016 : apparition du « rançongiciel »  Locky capable de chiffrer des fichiers accessibles via des partages réseau ; attaques de cibles gouvernementales et institutionnelles françaises et belges par le groupe Downsec Belgium, issu de la mouvance « hacktiviste » Anonymous ; propagande de l’Etat islamique (Daech) sur les réseaux sociaux, par défiguration de sites internet et divulgation de documents prétendument exfiltrés de systèmes d’information de gouvernements occidentaux.




Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles

La diffusion rapide de nombreuses technologies multiplie les risques, individualise la menace et profite à la criminalité organisée. La garantie de la souveraineté et de la capacité de défense des Etats dépend du renforcement des capacités actuelles et de la prise en compte des ruptures technologiques.

Une étude prospective à l’horizon 2030 a été rendue publique, le 20 avril 2017 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Voici les principaux thèmes traités.

Défense antimissile balistique (DAMB). Ce système militaire, qui vise à protéger forces armées, populations et territoires, remplit deux types de missions : la défense de théâtre contre les missiles de portée de quelques centaines de km à 1.500 km ; la défense de territoire contre les missiles de portée intermédiaire (jusqu’à 5.500 km) et intercontinentaux (au-delà), plus difficiles à intercepter. Le système repose sur quatre piliers : alerte avancée (satellites et radars) pour caractériser la menace ; système de commandement et de contrôle pour gérer toutes les informations ; senseurs pour déterminer avec précision les trajectoires de missiles et faire la différence entre les ogives armées et les leurres ; missiles intercepteurs par impact direct ou détonation à proximité. Une DAMB exige trois conditions : possibilité de proposer aux autorités politiques les paramètres de décision dans des délais très brefs ; disposition des technologies de détection, de suivi et d’interception ; capacité d’analyse des informations et de mise en œuvre d’une chaîne opérationnelle efficace. En 2030, les Etats-Unis conserveront la maîtrise de l’ensemble du spectre de la DAMB. L’OTAN poursuivra le développement de la sienne pour protéger son flanc Nord-Est, le flanc Sud étant déjà couvert en 2017. La Russie aura modernisé sa DAMB et la Chine aura rendu la sienne opérationnelle. La relative facilité de détection des missiles à courte et moyenne portées devrait inciter l’Inde et le Pakistan à se lancer dans une course à l’armement, pour préserver la crédibilité de leur dissuasion nucléaire. La France pourrait se spécialiser dans les capacités de basse couche atmosphérique, dans le cadre de coopérations européennes.

Dissuasion nucléaire. En 2017, neuf pays conduisent des programmes nucléaires à des fins militaires : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord. En 2030, la DAMB ne représentera pas encore une alternative crédible à la dissuasion. Toutefois, l’apparition  des vecteurs hypervéloces sera déstabilisante (voir plus loin) : leur emploi en version conventionnelle (Etats-Unis) ou nucléaire (Chine) va créer un risque de méprise. A cette date, l’Iran, qui sera libéré de l’accord international sur son programme nucléaire militaire de 2015, disposera de missiles capables d’atteindre l’Europe. De nouveaux types de sous-marins nucléaires lanceurs d‘engins arriveront dans les Marines américaine (12 submersibles en service), britannique (4) et française (4).

Terrorisme et menaces NRBC. Le terrorisme djihadiste devrait persister en Europe en 2030, en raison notamment de l’insécurité en Afrique de l’Ouest et du Nord. Les groupes terroristes tentent, déjà, d’acquérir tout type de substances nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC). Dans le cyberespace, ils vont essayer de voler ou de détruire des données, d’attaquer des sites gouvernementaux ou privés, et de dérégler les logiciels de fonctionnement d’infrastructures vitales (métros, aéroports, hôpitaux, bourses, etc.).

Vecteurs hypervéloces. Il s’agit d’engins dépassant la vitesse de Mach 5 (6.120 km/h) : planeurs accélérés par un missile balistique puis volant selon une trajectoire non balistique ; missile de croisière se déplaçant à 30-40 km d’altitude. Leurs missions portent sur la dissuasion nucléaire, les frappes stratégiques conventionnelles, le déni d’accès et l’interdiction de zone. France, Russie et Chine privilégient la dissuasion nucléaire, les Etats-Unis préférant des frappes conventionnelles sous faible préavis. En outre, Chine, Russie et Inde semblent s’orienter vers l’interdiction de vastes zones maritimes pour en contrôler les lignes de communications.

Militarisation de l’espace. Multiplicateur de force pour les capacités militaires conventionnelles, l’espace présente des enjeux stratégiques : télécommunications ; géolocalisation ; accès à l’information ; météorologie ; océanographie ; cartographie ; évolution climatique ; organisation de secours en cas de catastrophe naturelle. Etats-Unis, Chine et Russie devraient entretenir un rapport de force dans l’espace avec des volets offensif et dissuasif. Les Etats-Unis pourraient y déployer des systèmes d’armes aux fins de légitime défense, représailles et frappes préventives. Russie et Chine auront développé leurs capacités de surveillance. L’Inde pourrait privilégier le partage de données avec les Etats-Unis et coopérer avec le Japon et l’Union européenne.

Neurosciences. Il s’agit de l’ensemble des disciplines scientifiques et médicales relatives à l’étude de l’organisation et du fonctionnement du système nerveux. De nouveaux outils et méthodes d’intervention seront développés, grâce aux nano-biotechnologies, aux sciences de l’ingénieur et à l’informatique. Les neurosciences permettront la mise au point d’ordinateurs plus performants et de robots « intelligents », mais aussi l’accroissement des performances physiques ou cognitives humaines (« homme augmenté »). Etats-Unis, Chine, Russie et Israël auront probablement déployé des systèmes innovants au sein de leurs forces armées : implants pour augmenter l’acuité visuelle ou auditive ; dispositifs d’électrostimulation cérébrale pour opérer dans un environnement complexe ; interface cerveau-machine pour utiliser des « exosquelettes » ou piloter drones ou robots pour le déminage d’engins explosifs improvisés.

Champ de bataille « 3.0 ». Capables d’une très grande précision, les robots réalisent des analyses plus rapides et statistiquement plus prévisibles que celles d’un être humain, surtout s’il se trouve en état de tensions nerveuse et physique. Les armes à énergie dirigée amorceront une révolution militaire comparable à l’apparition de la poudre à canon. Les Etats-Unis et la Chine devraient en disposer ainsi que des systèmes d’autoprotection laser pour leurs avions militaires. Ces systèmes seront probablement généralisés sur les navires de combat des grandes Marines. Les nanotechnologies donneront, aux forces terrestres, des facilités de déplacement et des améliorations de la protection et du soutien médical.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

Exosquelette « Hercule » : du prototype militaire à la série civile

Facteurs politiques, démographiques et économiques entraînent des risques importants de déstabilisation et de crises, même dans les pays développés. La technologie devient enjeu, arbitre et perturbateur des équilibres stratégiques. Intitulée « Chocs futurs », l’étude du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, réalisée avec la Fondation pour la recherche stratégique, propose des pistes de réflexion aux administrations et « think tanks ». L’horizon 2030 est considéré comme raisonnable pour les politiques publiques.