Défense : le chef de l’EIGS tué et le grand contrat australien rompu

La force Barkhane a neutralisé Adnan Abou Walid al Sahraoui, émir de l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS), filiale de Daesh au Sahel. Par ailleurs, l’Australie a rompu le contrat portant sur la construction de 12 sous-marins.

Florence Parly, ministre des Armées s’est exprimée sur ces sujets devant la presse, le 16 septembre 2021 à Paris, en présence du général Thierry Burkhard, chef d’Etat-major des armées, et de Bernard Emié, directeur général de la sécurité extérieure.

EIGS décapité et déstabilisé. Selon la ministre, la lutte contre le terrorisme vise deux objectifs depuis 18 mois : construire la montée en puissance des armées sahéliennes ; désorganiser les groupes affiliés à Daesh, dont l’EIGS, ou à Al Qaïda dont l’AQMI (Al-Qaïda au Magrheb islamique). Il faudra du temps à l’EIGS pour trouver à Abou Walid al un successeur de son étoffe. Bernard Emié rappelle que l’émir a ordonné l’assassinat de 8 humanitaires (6 Français) au Niger (août 2020) et des massacres de populations locales au Burkina Faso (novembre 2020), au Mali (mars 2021) et au Niger (juillet 2021). La chaîne de commandement de Daech se trouve déstabilisée par la neutralisation de sept de ses membres : l’émir de l’EIGS, décédé ; Abdelhakim Sahraoui, N°2 du groupe (décédé) ; Abou Abderrahmane Sahraoui, N°3 et responsable religieux (décédé) ; Issa Sahraoui, chef pour le Mali (décédé) ;  Ikarey, chef militaire (décédé) ; Khattab al Mauritani, expert en explosifs (capturé) ; Abou Dardar, chef de la police islamique (capturé). Al Qaïda, implanté à l’Est du Mali, et Daesh dans le Liptako (zones des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger), tentent d’étendre leur influence vers le golfe de Guinée. La coopération entre services de renseignement français, africains, américains et européens a permis de localiser l’émir de l’EIGS. Sa neutralisation résulte d’une traque lancée le 17 août par un commando de 20 soldats dans la forêt clairsemée de Dangarous (Mali), explique le général Burkhard. Des frappes aériennes, entre le 17 et le 22 août, ont neutralisé une dizaine de véhicules, dont la moto transportant l’émir de l’EIGS. Par ailleurs, Florence Parly a indiqué qu’un éventuel accord entre les autorités maliennes et Wagner, société russe de mercenaires, serait incompatible avec l’intervention française au Sahel.

Contrat australien rompu. Le 15 septembre, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont annoncé un programme de sous-marins à propulsion nucléaire pour l’Australie. Or l’appel d’offres, que la France avait remporté en 2016, portait sur une propulsion diesel-électrique. Florence Parly estime que la dénonciation imprévisible de cet accord d’Etat à Etat constitue un non-respect de la parole donnée, base des relations internationales. En outre, elle remet en cause la souveraineté de l’Australie, qui aurait pu se doter d’une capacité sous-marine autonome grâce à l’acquisition du savoir-faire dérivé du programme de sous-marins nucléaire d’attaque (SNA) Barracuda, dont le Suffren, premier exemplaire, a été livré à la Marine en novembre 2020. Enfin, cette décision met en péril 400 emplois australiens et 650 en France chez Naval Group. Les clauses contractuelles seront étudiées attentivement pour préserver les intérêts français et pour que les conséquences soient le moins pénalisantes pour le constructeur, souligne la ministre. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit la construction par Naval Group de cinq autres SNA livrables d’ici à 2030 et l’étude du sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération.

Loïc Salmon

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Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Face aux nouvelles menaces, le maintien de la souveraineté nationale dépend de la capacité d’agir dans l’espace et de la possession d’une base industrielle et technologique de défense (BITD).

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 17 juin 2021 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN en partenariat avec l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN ; Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence de l’innovation de défense ; Philippe Pelipenko, Centre national d’études spatiales ; Saad Aqejjaj, groupe d’ingénierie industrielle Ausy.

Nouvelles alliances. L’industrie de défense s’inscrit dans un affrontement de puissances et dans un jeu d’alliances en compétition, indique le général Destremau. Pour des raisons de puissance, de sécurité et de prestige, les Etats exercent des contrôles directs et indirects sur leurs territoires et populations. Celles-ci ne vivent pas dans le cyberespace, domaine d’échanges et de combats hybrides. Même s’il permet de prendre l’ascendant sur l’adversaire, ce domaine ne constitue pas le centre principal d’affrontement. La Chine étend sa sphère d’influence en Asie du Sud-Est et sur la péninsule coréenne…à proximité du Japon, allié des Etats-Unis. Si ceux-ci entrent en guerre, la question se pose de savoir jusqu’où ira la solidarité entre Alliés. Par ailleurs, le concept de « territorialisation » de la mer (que pratique la Chine en mer de Chine méridionale), reste à définir dans le droit international, d’autant plus que l’océan Arctique devient lui aussi un champ d’affrontement stratégique.

Nouvelles conflictualités. La défense doit prendre en compte plusieurs domaines de « rupture », explique Emmanuel Chiva. Une tendance à « l’arsenalisation » de l’espace apparaît avec 60.000 satellites en orbite et les prototypes de « gardiens » de satellites géostationnaires. La guerre des mines va être menée sous les pôles et contre les câbles sous-marins de télécommunications. La manipulation de l’information se développe avec l’intelligence artificielle. La Chine a monté, sur camions, des radars « quantiques », capables de détecter les avions « furtifs » (à faibles signatures radar et infrarouge) et de leurrer les dispositifs adverses.

Conflits dans l’espace. Les doctrines américaine et chinoise comptent sur l’espace pour dominer les champs de bataille futurs, indique un rapport de l’association 3AED-IHEDN présenté par Philippe Pelipenko. Toute action offensive dans l’espace entraînera une riposte avec un impact au sol pour les belligérants et les autres nations, en raison des dégâts collatéraux, pas toujours réversibles. Ainsi, la perte de certains satellites par rayonnement ou débris d’objets en orbite, affectera tous les services offerts par ces satellites. Déjà, plus de 50 Etats disposent de satellites lancés par des pays ou acteurs tiers. Les conflits dans l’espace pourraient prendre une forme asymétrique. En effet, pour s’assurer une possibilité d’intervention mondiale, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie dépendent des moyens spatiaux, facteurs de vulnérabilité. Cela pourrait inciter d’autres acteurs, mineurs mais technologiquement avancés, à les attaquer. De très petits acteurs peuvent même accuser des pays tiers d’ingérence à leur souveraineté en cas de dommages aux symboles de leurs progrès scientifiques ou aux services donnés à leurs populations. Par ailleurs, l’attribution d’une attaque s’avère difficile au-delà de la proximité physique de deux plates-formes, qui emploient laser, brouillage, cyberattaques et autres moyens. La guerre dans l’espace repose surtout sur des éléments d’information, de communication et de leur « séquencement » (suite ordonnée). Le mode de déclenchement d’un tel conflit correspond à des dimensions politique, militaire, économico-sociale et informationnelle de la souveraineté. Selon le « think tank » Rand Corporation, les moyens militaires des Etats-Unis dépendent à 30 % de l’espace. Le risque de déclenchement accidentel d’un conflit existe si un système satellitaire est rendu inopérant par une météorite, un débris ou une panne non détectée. L’affaire peut devenir réellement politique dans le cas de l’Inde et du Pakistan ou avec une forte probabilité dans celui de la Chine et les Etats-Unis. Le déclenchement peut provenir d’une « gesticulation » dans le but de communiquer, sur les plans militaire et politique, son aptitude à rendre réellement ou potentiellement un système satellitaire inopérant. Cela s’est produit pendant la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’URSS, et récemment du fait de la Russie à l’encontre de satellites géostationnaires commerciaux. Un déclenchement offensif et identifiable répond à des objectifs précis politiques, militaires ou d’information. Déjà vingt pays disposent de lanceurs capables d’opérations simples et dix autres de moyens cyber. Aucun traité international ne couvre encore ce mode de déclenchement, sauf celui sur l’interdiction d’armes nucléaires dans l’espace. Des neutralisations localisées ont déjà eu lieu, comme l’aveuglement de satellites d’alerte américains, lors de manœuvres russes au Moyen-Orient, ou le brouillage russe du système GPS, pendant des exercices OTAN en Laponie.

BITD à l’horizon 2035. La construction et le maintien d’une BITD pour sécuriser les systèmes de défense nécessitent de remplir plusieurs conditions, indique Saad Aqejjaj. Celle-ci implique de disposer d’un réseau de personnels scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens et aussi d’une capacité financière constante pour soutenir les commandes publiques sur une longue durée. La capacité de recherches indépendantes repose d’abord sur le transfert de technologies en vue de développer une industrie autonome. Déjà, la Chine et la Corée du Sud concurrencent, en qualité, les pays occidentaux dans leurs propres sphères d’influence. En 2021, plusieurs pays émergents développent leur BITD. Celle de l’Afrique du Sud, solide du temps de l’apartheid, met l’accent sur les ressources humaines. Le Brésil maîtrise tous les éléments, mais ne reçoit pas de financements publics suffisants. La Turquie souhaite exporter des matériels de défense et prospecte parmi les pays de la mouvance islamique. Soumis à un embargo sur les armes, l’Iran a construit une industrie de défense avec, notamment, l’aide de la Corée du Nord. L’Inde recherche des capitaux étatiques et des investissements privés. La Corée du Sud progresse considérablement sur le plan technologique et pénètre les marchés de l’Indonésie, de la Turquie et de la Thaïlande. La BITD de l’Indonésie, résultat d’une volonté politique, développe des équipements navals et aériens avec la Turquie, l’Inde et la Corée du Sud. Singapour suit l’exemple d’Israël pour ses besoins terrestres et navals. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis disposent des moyens financiers, mais manquent de ressources humaines. En 2035, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et Israël maintiendront une BITD de pointe, mais l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie affronteront la concurrence des pays émergents. L’Australie devra avoir développé la sienne, face à la menace chinoise.

Loïc Salmon

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Défense : anti-terrorisme et remontée en puissance

Le dispositif « Barkhane » au Sahel se transforme avec l’augmentation des effectifs de la force « Takuba ». La loi de programmation militaire et la remontée en puissance des armées vont de pair.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 2 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

« Barkhane » et « Takuba ». Le même jour, la France a annoncé la reprise des opérations militaires conjointes et les missions de conseil auprès des forces armées maliennes, suspendues le 3 juin. Cela fait suite aux engagements pris par les autorités maliennes de transition, endossés par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) au sommet du 19 juin à Accra (Ghana). Depuis un an, les opérations en cours ont très fortement affaibli l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), qui s’en prend aux populations civiles, souligne Florence Parly. Ainsi l’opération « Solstice » s’est déroulée du 6 au 20 juin entre Ouallam (Niger) et Ménaka (Mali) pour traquer les groupes armés terroristes. Elle a été conduite par les forces Barkhane et Takuba (300 militaires français et européens) et les forces armées nigériennes (800) avec l’appui d’avions de chasse Mirage 2000, d’hélicoptères d’attaque Tigre et de drones armés Reaper. Ont été saisis : 13 motos ; près de 30 armes légères d’infanterie ; environ 50 appareils de communication ; du matériel servant à la fabrication d’engins explosifs. Six djihadistes, dont un recruteur actif dans la nébuleuse touareg, ont été neutralisés. Deux lieutenants de l’émir de l’EIGS, susceptibles de fournir des renseignements, ont été capturés : Katab el Mauritani et Abou Dardar, auteur suspecté de mutilations. D’une façon générale, les Etats-Unis coopèrent avec Barkhane pour la surveillance de zone, la logistique opérationnelle et le ravitaillement en vol. Même si des actes terroristes ne se produisent plus sur le territoire national, indique la ministre des Armées, les organisations affiliées à Al Qaïda ou Daech étendent leur influence vers le Sud et le golfe de Guinée. Il s’agit d’empêcher que le Sahel et l’Afrique ne deviennent leur zone refuge pour attaquer le flanc Sud de l’Europe. La force d’intervention Takuba associe des forces spéciales européennes pour des missions de conseil, d’assistance et d’accompagnement au combat des forces maliennes avec l’appui de moyens aériens et de l’artillerie. Après l’Estonie, la République tchèque, la Suède, le Portugal, les Pays-Bas et la Belgique, l’Italie, la Roumanie et le Danemark vont envoyer des militaires renforcer Takuba. D’autres discussions sur des contributions supplémentaires sont en cours au niveau politique. A terme, il s’agit de rétablir les services publics au Mali (police, justice et éducation).

Maintenir la LPM. La ministre des Armées entend veiller à ce que la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 soit respectée malgré la crise sanitaire. La construction d’un bateau hydro-océanographique sera décalée d’un an, mais une 3ème frégate de défense et d’intervention a été commandée, en vue d’une livraison anticipée à la Marine et d’assurer une continuité dans le plan de charge de Naval Group. Le nouveau chef d’Etat-major des armées, le général Thierry Burkhard, en fonctions courant juillet, a été nommé pour quatre ans, soit jusqu’à la fin de la LPM, pour en maintenir la continuité de pilotage après les élections, présidentielle et législatives, de 2022. Il doit aussi réaliser la remontée en puissance des armées sur une durée suffisante et les préparer à des combats de plus haute intensité.

Loïc Salmon

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Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Outils de rupture technologique très utilisés par les forces armées en opération, les drones constituent une menace dont elles devront se prémunir.

Les drones volent à différentes altitudes de croisière : basse, en dessous de 5.000 m ; moyenne, entre 5.000 m et 15.000 m ; haute, au-dessus de 15.000 m. Ils ont fait l’objet d’une visioconférence organisée, le 7 avril 2021 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN. Y sont intervenus : le lieutenant-colonel Richard Canet, commandant en second de la base aérienne 709 de Cognac-Chateaubernard ; le lieutenant-colonel Jérôme Lévy du bureau opérations du 61ème Régiment d’artillerie de Chaumont ; le capitaine de vaisseau David Desfougères, division « Plans et Programmes » à l’état-major de la Marine nationale ; le lieutenant-colonel Laurent Lebailleur, commandant le Centre d’initiation et de formation des équipages drones à Salon-de-Provence.

Armée de l’Air et de l’Espace. La 33ème Escadre de reconnaissance, de surveillance et d’attaque utilise des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) depuis les années 1990, rappelle le lieutenant-colonel Canet. Le Hunter (origine américaine) a effectué 1.500 heures de vol (hdv) pour la force Kfor (OTAN) au Kosovo de 1997 à 2004. Le Harfang (origine israélienne) a totalisé plus de 15.400 hdv pour les opérations en Afghanistan, Libye et bande sahélo-saharienne entre 2006 et 2018. Sur ce dernier théâtre, le Reaper (origine américaine) a effectué plus de 40.000 hdv au profit des opérations « Serval » et « Barkhane » depuis 2014. L’équipage du segment sol du Reaper comprend un pilote, un technicien multi-capteurs, un interprète images et un coordinateur tactique. Les missions portent sur la reconnaissance (90 %) pour la préparation des opérations, la protection des forces, l’appui armé à l’engagement et son évaluation. Le système Reaper assure la surveillance permanente en temps réel d’un objectif et de son environnement. Il est équipé d’un capteur « champ étroit », qui nécessite du renseignement en amont, afin de réorienter éventuellement le vecteur. Son emploi exige les supériorités aériennes et cyber ainsi que des conditions météorologiques favorables. Son efficacité repose sur l’intégration à la manœuvre tactique et l’expertise de son équipage. Son radar détecte les masses métalliques et suit les véhicules en mouvement. Ses senseurs incluent des caméras électro-optique et infrarouge, plusieurs niveaux de zoom, un illuminateur laser, un pointeur infrarouge et un système informatique d’extraction de données. Le risque cyber nécessite des drones de plus en plus robustes pour protéger la liaison entre le vecteur et le segment sol. En cas de cyberattaque, la liaison principale est coupée puis le vecteur est récupéré via une autre liaison. La lutte anti-drones MALE adverses est actuellement effectuée par un missile sol-air ou un avion de chasse. Elle reste à développer contre les drones plus petits. Les futurs drones devront allier rapidité, furtivité et utilisation tout temps, dans un contexte de conflit asymétrique. Le drone MALE européen nEUROn, dont le démonstrateur a volé en décembre 2012, devrait être fabriqué en série pour des livraisons en 2026.

Armée de Terre. Le 61ème Régiment d’artillerie, spécialisé dans le renseignement d’origine image, forme toutes les unités de l’armée de Terre à tous les types de drones, indique le lieutenant-colonel Lévy. Au cœur du combat aéroterrestre, celle-ci devrait compter 3.000 vecteurs en 2027, des nanodrones de quelques grammes au système de drones tactique Patroller, en passant par le microdrone Parrot (accessible sur le marché civil) et le système de minidrone de renseignement, tous devant évoluer à l’avenir. Le nanodrone ne demande pas de formation particulière, tandis que le drone tactique nécessite du personnel spécialisé. Réservés aux forces spéciales dans les années 1990, les drones ont été acquis ensuite par centaines d’unités pour capter l’information, en complément du renseignement d’origine humaine. Très utilisés par l’armée azérie contre les troupes arméniennes dans le conflit du Nagorno-Karabah (septembre-novembre 2020), les drones ont changé le mode d’engagement terrestre, estime le lieutenant-colonel Lévy. Clouée au sol par la défense sol-air azérie, l’aviation arménienne n’a pu appuyer les forces terrestres. Le déni d’accès à un espace aérien ou à une zone terrestre devient possible, grâce à des microdrones suicides emportant une charge explosive et couplés à de l’artillerie de longue portée contre le dispositif de défense adverse. Les petits drones tueurs, faciles à acquérir, deviennent une menace majeure, car peu détectables et donc difficiles à neutraliser. L’armée de Terre développe un concept de lutte anti-drones amovible et déployable sur un théâtre d’opération extérieure, à savoir tir de projectiles ou brouillage selon les cas. Les programmes en cours portent sur des nanodrones, plus discrets et de grande qualité d’images pour les unités au contact, afin de créer un écosystème propre, et les minidrones, utilisables par une équipe de trois personnels pour le renseignement. A l’avenir, des systèmes de drones plus automatisés permettront d’alléger le télépilotage. En outre, l’emport d’autres charges utiles et une mise en œuvre différente devraient faciliter la préparation de la mission.

Marine nationale. Pour soustraire l’homme à la menace, les drones navals doivent pouvoir aller sur diverses zones dangereuses ou en profondeur pour effectuer mesures et prélèvements, explique le capitaine de vaisseau Desfougères. Déjà, un drone sous-marin américain muni de bras articulés peut descendre à 4.000 m de profondeur et bientôt 6.000 m, pour récupérer un aéronef ou des matériels sensibles. Démultiplicateur de capacité, un navire mère met en œuvre plusieurs drones de surface. Un drone sous-marin autonome pourra remorquer un sonar de 150 m de long. La torpille russe Poseidon, autonome et à propulsion nucléaire, pourrait transporter une bombe atomique pour rendre une zone côtière inhabitable. Les drones tactiques des forces spéciales lancés à la main sont récupérés en mer en fin de mission. Les microdrones Parrot sont utilisés, de jour comme de nuit, depuis un navire de surface pour l’action de l’Etat en mer (pêche illégale et pollution). Afin d’allonger la capacité de détection des capteurs (système optronique et système d’identification automatique) pour éviter les méprises, un drone aérien est catapulté d’une frégate puis récupéré par un filet installé à l’arrière. Vers 2025, un drone à voilure tournante complètera l’action de surveillance et de combat de l’hélicoptère embarqué sur une frégate. A terme, un drone aérien lourd pourra être tiré d’une frégate ou d’un sous-marin en plongée. Le porte-avions de nouvelle génération pourra emporter le drone MALE nEUROn et le SCAF (système de combat aérien futur).

Ressources humaines. Les formations de pilotes de drones et d’opérateurs capteurs, du microdrone au drone tactique d’un rayon d’action de 150 km, s’effectuent à Salon-de-Provence et celles des drones lourds (5 t et au-delà de 150 km) à Cognac, indique le lieutenant-colonel Lebailleur. Les retours d’expérience, recherches et innovation permettent de les améliorer.

Loïc Salmon

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Armée de Terre : choix du « Patroller » comme futur système de drones tactiques

Marine nationale : les drones aériens embarqués, une plus-value opérationnelle




Armement : baisse des exportations françaises en 2020

Les prises de commandes (contrats signés et entrés en vigueur) d’armements français à l’export ont atteint 4,9 Mds€ en 2020, selon le rapport du ministère des Armées transmis au Parlement le 1er juin 2021 et présenté à la presse le lendemain. Elles se montaient à 8,3 Mds€ en 2019.

Selon le ministère des Armées, cette baisse résulte de plusieurs facteurs. D’abord la pandémie du Covid19 a provoqué un décalage de plusieurs mois des projets d’acquisition. Certains Etats acheteurs ont réorienté des budgets vers les aides économiques et sociales. Ensuite, la crise sanitaire a perturbé les livraisons d’équipements liés aux contrats en vigueur. Enfin, certains industriels ont demandé l’activation de la clause de force majeure. La Direction générale de l’armement a apporté une aide financière aux petites et moyennes entreprises fournisseurs et bureaux d’études de matériels sensibles, afin de maintenir la base industrielle et technologique de défense.

Bilan et perspectives. La majorité des prises de commandes de 2020 porte sur des contrats inférieurs à 200 M€ et totalisant 4,4 Mds€, contre 3,7 Mds€ en 2019. Ils correspondent à du maintien en condition opérationnelle, de la formation ou de la modernisation de grands équipements vendus au cours des dix années précédentes. La part de l’Europe représente 25 % des exportations totales (15 % en 2019), dont 15 % pour les Etats membres de l’Union européenne et 10 % pour les autres pays européens. La part des pays des Proche et Moyen-Orient se monte à 24 %, celle de l’Asie-Océanie à environ 22 % et celle de l’Afrique à 16 %. Cette année encore, la France reste le troisième exportateur mondial derrière les Etats-Unis et la Russie, mais devant la Chine et l’Allemagne. L’année 2021 devrait permettre de rattraper les retards de 2020, en raison des ventes annoncées du Rafale totalisant 7,5 Mds€. Ainsi, le 25 janvier, la Grèce a signé un contrat d’acquisition de 18 avions, dont 12 d’occasion pour un montant de 2,5 Mds€. Le 4 mai, l’Egypte a signé trois contrats pour la livraison de 30 avions neufs supplémentaires et des équipements associés (4 Mds€). Le 28 mai, la Croatie a retenu l’offre française de 12 Rafale d’occasion (1 Md€) pour moderniser sa flotte de combat multi-rôles. Les Rafale d’occasion seront prélevés sur la flotte de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE). Ceux destinés à la Grèce seront remplacés par des unités neuves, afin de maintenir la cible de 129 Rafale en dotation en 2025. Les produits de cession des avions à livrer à la Croatie seront utilisés pour améliorer la disponibilité et renforcer la préparation opérationnelle de l’AAE.

Contrôle. Un dispositif examine, a posteriori, la conformité aux autorisations délivrées. Un premier contrôle « sur pièces » vérifie la cohérence entre les licences détenues et les comptes rendus et informations transmises. Ainsi 17 contrôles de ce type ont été établis sur l’activité de 120 exportateurs et 4.375 contrats en 2020. En outre, des enquêteurs peuvent procéder à un contrôle dans les locaux des exportateurs (19 en 2020). Parmi les procès-verbaux, 47 % ont donné lieu à une mise en garde, 6 % à une mise en demeure et 47 % à un classement sans suite. Si la France refuse l’exportation d’un équipement sensible à un pays donné, dans la pratique, tous les autres membres de l’Union européenne se rangent à son avis. Par exemple, est interdite l’exportation des capacités de production de systèmes complets de fusée ou de drone d’au moins 300 km de portée et de 500 kg de charge utile.

Loïc Salmon

Armement : baisse des exportations françaises en 2019

Industrie de défense : exportations, partenariats et concurrence en hausse

Armement : exportations françaises, + 42,7 % en 2013




Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

Sur le plan militaire, l’intelligence artificielle (IA) devra traiter des données caractérisées par leurs volume, variété et véracité. Outre son efficacité technique, elle doit inspirer confiance à son utilisateur, qui prend la décision.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 3 décembre 2020 à Paris, par le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Y sont notamment intervenus : le colonel Christophe Augustin, officier de cohérence opérationnelle à l’Etat-major des armées ; Jean-Michel Tran, directeur technique chez Naval Group ; Aurélien Strippoli, directeur de l’innovation chez Airbus Defence & Space ; l’ingénieur général de l’armement Jérôme Lemaire chargé de mission IA à la Direction générale de l’armement. Julien Nocetti, enseignant-chercheur au CREC.

Contraintes spécifiques. Depuis la fin de la guerre froide (1991), le contexte stratégique est devenu plus complexe, imprévisible et dynamique, rappelle le colonel Augustin. La confrontation possible avec des Etats puissances et des acteurs non étatiques apparaît avec la fin de la supériorité technologique occidentale et la facilité d’accès aux technologies de rupture. L’interopérabilité interalliée s’impose, car aucun pays n’aura la capacité de répondre seul à un conflit de grande ampleur. Ce conflit pourrait débuter par des opérations hybrides dans les domaines terrestre, aérien, maritime, cyber, informationnel et spatial. L’IA permettra de détecter les signaux faibles avant-coureurs d’une crise. Les forces déployées sur un théâtre d’opérations devront anticiper les phases de silence radio et les pertes du lien satellitaire, de la supériorité électronique ou de la supériorité aérienne. Le ministère des Armés va disposer des trois « clouds » informatiques d’ici une quinzaine d’années. Le premier, dit « cloud central » ou modèle d’accès à un pool partagé de ressources informatiques à la demande, nécessitera la disponibilité de réseaux interopérables mondiaux à haute capacité, dont la téléphonie mobile 5 G. Le déploiement de forces sur un théâtre d’opération extérieur nécessitera la constitution d’une zone d’autonomie par un « cloud d’entrée de théâtre » et un « cloud de combat », modèles d’accès aux services de métiers spécifiques (plates-formes d’armes, fonctions commandement et contrôle adaptatives etc.). Ils nécessiteront la disponibilité de réseaux de missions fédérées et sécurisées. Les armées ont besoin de capacités de pointe et souveraines. Les outils de demain devront surtout être simples à déployer, à utiliser et à administrer.

Usages navals. Une force navale regroupe des systèmes de systèmes, explique Jean-Michel Tran. Le maintien de la supériorité navale résulte de la réussite de la transformation numérique du combat naval, Système très complexe qui doit durer plusieurs mois dans un environnement marin difficile et sur un théâtre d’opération hostile, un navire doit rester en alerte permanente et capable de répondre instantanément à une menace venant de n’importe où. Par exemple, la réaction à une attaque de type missile hypervéloce est de l’ordre de quelques secondes. Outre une vision élargie des enjeux du théâtre d’opération et une connaissance précise de l’état opérationnel du navire, l’équipage doit disposer d’une aide à la décision synthétique, pour limiter les erreurs dues au stress ou à la fatigue. L’IA permet déjà la détection des pannes/alertes pour la propulsion des frégates multi-missions, grâce à une maintenance prédictive. Elle développera l’autonomie de décision des drones marins, afin d’augmenter leurs performances en précision, vitesse et sécurité. Un algorithme à multicritères calculera les plans d’engagement par la veille coopérative, l’évaluation de la menace, la coordination des engagements, la mise en œuvre des armes et l’évaluation de l’interception. Ainsi pour la protection du groupe aéronaval, une frégate d’escorte détectera la menace d’un missile supersonique, le poursuivra et le désignera comme objectif à une autre frégate d’escorte, qui le neutralisera. L’IA aura proposé à l’officier de lutte anti-aérienne la meilleure solution en temps réel. Elle aura choisi les armes, optimisé l’efficacité, géré les stocks de munitions, évité le sur-engagement et minimisé la gêne pour la force navale.

Domaine aérien. Selon Aurélien Strippoli, plusieurs SCAF (systèmes de combat aérien du futur), composés chacun d’un nouvel avion de chasse et de drones qui étendront leurs capacités, formeront ensemble le système d’armes de nouvelle génération. Ce dernier, qui participera notamment à la guerre électronique et au recueil de renseignement, sera entièrement interopérable avec les forces aériennes alliées. L’IA sera utilisée dans le SCAF notamment pour : la reconnaissance d’images et vidéos (moyens optique, infrarouge et radar) traitées à bord ; le traitement et la génération de langage naturel pour l’interface homme-machine ; la reconnaissance de formes et la fusion de données pour la maintenance prédictive, le dépannage, la connaissance de la situation, la cybersécurité et l’hypervision ; l’autonomie pour la coordination d’essaims de drones et les systèmes collaboratifs ; l’aide à la décision pour la gestion de la flotte et la planification de mission. Sur le plan tactique, le « cloud de combat multi-domaines » permettra la mise en réseau des forces aériennes, terrestres, maritimes, cyber et spatiales. Il permettra d’exécuter, mieux et plus rapidement que l’adversaire, la boucle OODA : Observation, par la gestion et la fusion des capteurs de renseignements d’origines image, électromagnétique et humaine ; Orientation, pour la planification des missions ; Décision, pour le commandement et le contrôle ; Action, par le combat collaboratif.

Ecosystème. Les principaux algorithmes sont réalisés par les grands laboratoires et non par les startups, souligne l’ingénieur général Lemaire. Les grands groupes reviennent à la recherche fondamentale. Outre l’intégration de l’IA dans les systèmes futurs, il faut d’abord en mettre dans les systèmes existants pour augmenter leur performance à moindre coût. La souveraineté numérique varie selon les pays de l’Union européenne ou de l’OTAN. Une feuille de route nationale s’impose car les avis des Alliés évoluent.

Loïc Salmon

Allant de pair avec la mondialisation, la révolution numérique offre une façon de penser autrement le fonctionnement des Etats, des entreprises et des sociétés, estime Julien Nocetti. La maîtrise des technologies de l’IA constitue un facteur de puissance en politique internationale. L’IA repose sur la collecte de masses considérables de données, collectées par les géants américains du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiomi). L’écosystème de l’innovation devient très compétitif. Sur les 4.500 entreprises traitant de l’IA, la moitié se trouve aux Etats-Unis et le tiers en Chine. Depuis 2013, Chine, Russie et Inde relocalisent des données sur le plan national. La Chine va investir 150 Mds$ dans l’IA jusqu’en 2030. Dans 10-15 ans une rivalité entre la Chine et la Russie dans ce domaine pourrait s’ajouter à celle en cours entre les Etats-Unis et la Chine. (voir sur la photo la déclaration du président russe Vladimir Poutine).

Défense : l’IA, facteur décisif de supériorité opérationnelle

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale




Armée de Terre : de la gestion de crise à la guerre future

Les forces aéroterrestres se préparent à la guerre, asymétrique ou de haute intensité, par le maintien de leurs capacités et une technicité accrue.

Le général de division (2S) Charles Beaudoin, délégué général du Commissariat général des expositions et des salons d’armements aéroterrestres, l’a expliqué au cours d’une visioconférence-débat organisée, le 10 décembre 2020 à Paris, par l’Association de l’armement terrestre et l’Association 3ED-IHEDN (ex-AACHEAr).

Caractéristiques. Expérimentée, l’armée de Terre (AT) française s’est adaptée depuis 1990 aux différents conflits en urgence opérationnelle. Outil de puissance à forte valeur ajoutée avec un savoir-faire spécifique, ses forces spéciales sont déployées en petits effectifs pour une action rapide et complexe. Disposant de nouveaux équipements cinq ans avant les autres unités, elles ne coûtent pas cher par rapport aux effets obtenus par leurs missions. Les capacités de l’AT incluent les équipements, le soutien (approvisionnements, munitions et pièces de rechange), la doctrine (règles et modes d’emploi) et l’entraînement des forces. Destinés à fonctionner par des températures de – 30 °C à + 60 °C, les matériels doivent allier protection des personnels (blindage) et puissance de feu. Ainsi, dans tous les types de conflit, le véhicule blindé du combat d’infanterie (28-32 t) passe là où les autres blindés (10-15 t de plus), notamment allemands et américains, ne peuvent aller. Les opérations sont conduites en interarmées, voire en interalliés. Toutefois, l’artillerie permet d’exercer une riposte immédiate, par exemple sur un PC adverse protégé par des défenses sol-air ou quand un avion n’est pas disponible sur place au bon moment. L’AT dépend de l’espace pour : la navigation, grâce aux systèmes de positionnement par satellites (GPS américain et Galileo européen) et, en cas de brouillage, la centrale inertielle (divers instruments embarqués) permet de s’en affranchir ; les communications sur longue distance ou sur le théâtre d’opération ; la cartographie numérisée à bord des engins blindés. L’AT doit gérer ses équipements existants, faute de moyens financiers pour se moderniser d’un seul coup.

Conflictualité évolutive. Le budget de l’AT correspond à 22 % du budget total des trois armées et à 20 % de celui du soutien, rappelle le général Beaudoin. Ses matériels, d’une durée de vie de 40-50 ans, sont à 80 % âgés de 30 ans. Il faut 15 ans pour en concevoir un, qui devra être modernisé au bout de 10 ans pour éviter le déclassement. La guerre froide (1947-1991) a mobilisé effectifs et stocks importants, qui ont diminué lors des « dividendes de la paix ». L’AMX 30 a été remplacé par le char Leclerc, dont le coût de soutien a explosé en raison de l’électronique embarquée. Depuis, l’AT s’est adaptée au changement de la conflictualité…avec les mêmes matériels. Les opérations sont passées de l’interposition, sans perte, entre deux factions en Côte d’Ivoire (2007), à une longue présence, avec pertes, en Afghanistan sur un espace restreint (2001-2014) et dans la bande sahélo-saharienne aux grandes élongations (depuis 2013). Le drone armé est apparu lors des combats en Afghanistan, en Irak (2003) et dans le Haut-Karabagh (2020). L’AT a été formatée pour la gestion de crise et non pour la guerre, souligne le général Beaudoin. Entre 1990 et 2017, la diminution des budgets militaires a conduit à une réduction des capacités, mais sans abandons. La guerre symétrique apparaît peu probable jusqu’aux événements en Ukraine (2014) ou dans le Haut-Karabagh (2020) significatifs de la résurgence d’Etats puissances comme la Russie et la Turquie. La prochaine guerre se déroulera en zone urbaine, face à des adversaires disposant de drones armés ou kamikazes, avec le souci de limiter au maximum les pertes en vies humaines. Par ailleurs, les industriels de l’armement changent leurs procédés, élaborent des outils numériques et ne reconstruisent plus les systèmes obsolètes. Système de forces, Scorpion, conçu en 2005, atteindra sa pleine puissance en 2025 pour durer 40 ans. Des équipements à bas coût, rustiques mais peu performants, ne remplaceront jamais la haute technologie pour conserver la supériorité opérationnelle. La simulation au combat de haute intensité, du soldat en régiment au général dans un PC de division, effective en caserne, se fera bientôt sur le terrain. Elle prépare le personnel à partir en opération de quatre mois au moyen d’une zone numérisée (ville, montagne, fleuve, route etc.) pour imaginer un mode d’action face à l’adversaire.

Perspectives à moyen et long termes. D’ici à 2050, les deux tiers de la population mondiale résideront dans les grandes métropoles. Dans l’environnement complexe des Etats faillis, le combat terrestre se déroulera de plus en plus en zone urbaine, où l’adversaire se réfugiera en comptant sur l’attitude ambigüe des habitants, et de préférence la nuit quand sa présence est estimée et peu certaine. Il a fallu 90.000 hommes et des bombardements aériens pour prendre Mossoul (Irak, 2014), défendue par 1.000 combattants de Daech. Bientôt, il sera possible de détecter le départ d’un missile ou le tir d’un fusil. Le combat connecté, dès 2030, passera au traitement de données par l’intelligence artificielle pour déceler les signaux faibles de l’ennemi. Grâce à un « cloud », celle-ci gérera les flux de données à très haut débit, destinées au soldat qui les recevra sur son écran pour pouvoir réagir très vite. Toutefois, l’homme restera dans la boucle, comme pour le pilotage des drones armés. Des petits drones pourront lancer des grenades avec précision pour éviter les dommages collatéraux. Les prochains investissements porteront sur de nouveaux drones, la lutte anti-drones par brouillage, mitraillage de saturation ou laser actif qui suit une cible mouvante pour la neutraliser. L’adversaire pourrait cumuler les effets d’essaims de drones et…de drones anti-drones ! Les matériels de plus de 20 t du programme Scorpion seront renouvelés avec la prise en compte de la défense contre les engins explosifs improvisés, suite au retour d’expérience de l’opération « Pamir » en Afghanistan. La défense sol-air sera modernisée en 2035. L’adversaire pouvant détecter l’arrivée d’un avion, la portée de l’artillerie sera doublée à 80 Km avec une précision métrique, grâce à des munitions à propulsion additionnelle vers 2040. A cette date, l’hélicoptère d’attaque Tigre sera remplacé. Toutefois, avertit le général Beaudoin, des choix s’imposeront pour tenir les engagements et alléger les contrôles pour diminuer les coûts et raccourcir les délais de construction et de livraison.

Coopérations européennes. Prévu pour 2028, l’Eurodrone devrait être aussi performant que le Reaper américain pour le même prix. Le MGCS (système de combat terrestre principal) franco-allemand doit remplacer les chars Leopard 2 et Leclerc en 2035. Le partenariat franco-belge CaMo (2019) a permis la production en série des blindés légers Griffon et Jaguar, composants du système de combat Scorpion. Enfin, le traité de Lancaster House (2010) prévoit l’interopérabilité des AT française et britannique par des exercices conjoints réguliers.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Armement : l’influence des SALA sur la conflictualité future




Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Armement : la DGA, la défense d’aujourd’hui et de demain

Outre son soutien aux entreprises de défense, la Direction générale de l’armement (DGA) conduit la conception et les opérations d’armements futurs au profit des armées, dont certains en coopération européenne.

Le délégué général pour l’armement, Joël Barre, l’a expliqué au cours d’une conférence de presse, tenue le 23 octobre 2020 à Paris.

Soutien à l’industrie de défense. La base industrielle et technologique de défense (BITD) emploie 200.000 personnes en France au sein de 9 grands groupes d’envergure européenne et mondiale et 4.000 entreprises petites, moyennes et de tailles intermédiaires, dont 450 d’importance stratégique. La pandémie du Covid-19 a entraîné des retards de livraisons qui seront comblés au cours de l’année 2021, précise Joël Barre. En outre, dès avril-mai 2020, la DGA a ouvert une plate-forme de sauvegarde des entreprises de la BITD les plus menacées. La crise sanitaire a retardé les paiements et les prises de commandes des Etats clients. Pour éviter des rachats d’entreprises stratégiques en difficultés par des intérêts hostiles, le seuil légal d’une participation étrangère au capital est passé de 33 % à 10 %. La DGA examine la lettre d’engagement d’un acquéreur éventuel, selon les critères de pérennité du projet industriel, de propriété intellectuelle et de maintien des emplois. Definvest, fonds d’investissement du ministère des Armées (dotation passée de 50 M€ à 100 M€), participe au soutien des entreprises de défense, startups incluses. Il est entré au capital des sociétés Kalray, Fichou, Unseenlabs, SINTRERmat, Glémot et Cailabs.

Préparation de l’avenir. La DGA a constitué un plateau de travail collaboratif avec les armées depuis 18 mois, indique Joël Barre. Sont à l’étude le système de communications Scorpion pour l’armée de Terre et le futur porte-avions de nouvelle génération pour la Marine nationale. La connexion des réseaux entre industriels et centres techniques de la DGA sera établie début 2021. La DGA et l’Agence Innovation Défense ont lancé une centaine de nouveaux projets dans tous les domaines capacitaires pour les intégrer aux systèmes d’armes en service. Le budget de l’innovation est passé de 765 M€ en 2018 à 821 M€ en 2020 pour atteindre 1 Md€ en 2022. Il s’agit de développer la recherche, notamment sur la propulsion hypersonique, la lutte anti-drone et les armes à effet dirigé. Le pôle d’excellence « Cyberdéfense Factory » a été installé à Rennes près de DGA MI. Six pôles d’innovation ont été constitués autour des centres d’expertise et d’essais de la DGA en régions.

Coopération européenne. La France participe à 11 projets majeurs avec des partenaires européens, précise un document de la DGA. Les voici : radio logicielle sécurisée ESSOR avec l’Espagne, la Finlande, la Suède, l’Italie et la Pologne ; aviation de combat NGWS (système de combat aérien du futur) avec l’Allemagne et l’Espagne ; missiles de croisière et antinavires FMAN-FMC avec la Grande-Bretagne ; flotte logistique FLOTLOG avec l’Italie ; avion de patrouille maritime MAWS (successeur de l’ATL2) avec l’Allemagne ; guerre des mines MMCM avec la Grande-Bretagne ; défense antiaérienne SAMPT de nouvelle génération avec l’Italie ; système de combat terrestre lourd MGGCS avec l’Allemagne ; capacité motorisée CAMO avec la Belgique ; satellite d’observation CSO avec la Belgique, la Suède, l’Allemagne et l’Italie ; drone stratégique MALE-RPAS avec l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Cet « Eurodrone » doit succéder au drone américain Reaper en 2028.

Loïc Salmon

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : budget 2021, commandes et livraisons

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

 




Marines : l’industrie navale, concurrence et innovations

La pandémie du Covid-19 devrait bouleverser les prévisions de l’industrie navale militaire, marquée par une concurrence internationale accrue et une capacité d’adaptation dans un contexte stratégique évolutif.

Le salon « numérique » Euronaval 2020 (19-25 octobre, Paris-Le-Bourget) a fourni l’occasion d’évaluer les perspectives françaises, la production navale mondiale et les innovations technologiques. Ont été diffusées : l’intervention de la ministre des Armées, Florence Parly, sur les programmes en cours ; une étude réalisée par le Gican (Groupement des industries de construction et activités navales) et le Jane’s Information Group (entreprise britannique de renseignements de sources ouvertes sur la défense et la sécurité). La Fondation pour la recherche stratégique a organisé, le 13 octobre 2020 à Paris, une visioconférence avec : Daniel Scourzic, ECA Group (systèmes d’armes robotisés en milieu hostile) ; Jean Judde de Larivière, MBDA (missiles et systèmes de missiles) ; Olivier Kermagoret, Thales (électronique de défense et de sécurité).

Les programmes en cours. La France continue d’affirmer son attachement à la liberté de navigation, souligne Florence Parly « à l’heure où le droit international devient, trop souvent, une variable d’ajustement de certains et où les frontières sont contestées ». La mer reste un espace d’incertitudes, de tensions, de provocations et d’enjeux de puissance, notamment dans le détroit d’Ormuz et en Méditerranée orientale. C’est pourquoi la loi de programmation militaire consacre 110 Mds€ aux équipements sur la période 2019-2023, dont une part significative pour le combat naval. La ministre a confirmé le lancement du porte-avions de nouvelle génération en 2038. Ce successeur du Charles-de-Gaulle sera adapté, dès sa conception, au SCAF (système de combat aérien du futur). En outre, les travaux de réalisation des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de 3ème génération vont commencer dans les prochains mois. Le programme « Barracuda » livrera six sous-marins d’attaque, dont le premier, le Suffren, a effectué avec succès le premier tir de missile de croisière naval le 20 octobre et sera réceptionné par la Marine nationale à la fin de 2020. Celui des frégates multi-missions se poursuit pour permettre la livraison de l’Alsace en 2021 et de la Lorraine en 2022. Suivront les frégates de défense et d’intervention, dont la première, Amiral-Ronarc’h (déjà en construction) sera livrée en 2023. De plus, six patrouilleurs outre-mer, destinés à la protection des zones économiques exclusives (10 Mkm2), entreront en service d’ici à 2025. Le premier ralliera la Nouvelle Calédonie dès 2022. Pour la métropole, les deux premiers patrouilleurs océaniques franco-italiens de 2.000 t seront livrés d’ici à 2023. Le programme franco-britannique SLAMF (système de lutte anti-mines futur), qui intègre des systèmes de drones, est en cours.

La production dans le monde. Selon l’étude conjointe Gican-Jane’s, la production navale mondiale a atteint 2,3 Mt pour une valeur de 192 Mds$ entre 2015 et 2019. Le tonnage produit en Amérique du Nord se monte à 379.000 t pour une valeur de 65 Mds$, contre 369.000 t et 33 Mds$ en Europe. Malgré un tonnage presqu’équivalent, la différence en valeur, du simple au double, provient de la cherté des programmes navals américains de haute technologie et des coûts de production en Amérique du Nord plus élevés qu’en Europe. Pendant la même période, la valeur de la production de l’Asie de l’Est (Chine, Japon, Taïwan, Corées du Sud et du Nord) a atteint 56 Mds$. La Chine a construit 720.000 t, soit près du double de l’Europe, pour une valeur de 38 Mds$, proche de celle de l’Europe. La production mondiale 2015-2019, par type de navires, s’établit ainsi : 59 sous-marins de tous types, dont 22 en Chine et au Japon ; 282 patrouilleurs côtiers et de haute mer, dont près de la moitié en Asie du Sud et Asie de l’Est ; 146 corvettes, frégates et destroyers, dont la moitié en Asie de l’Est. L’exportation représente 50 % de la production en valeur de l’Europe, 30 % de celles de la Russie et de la Corée du Sud, 3 % de celle de la Chine et …1 % de celle des Etats-Unis ! Quant à la France, la valeur des exportations représente 35 % du chiffre d’affaires des chantiers.

Les technologies innovantes. Les millions de mines sous-marines stockées, qui menacent les transports par mer (80 % du trafic mondial de fret), constituent des armes à bas prix et fort impact pour les organisations terroristes, souligne Daniel Scourzic. Capables d’infliger des dégâts considérables en cas de conflit majeur, elles seront utilisées à des fins offensives, défensives et de blocus des routes maritimes d’approvisionnement. Leur variété s’étend des engins explosifs improvisés aux mines explosant par contact ou influence et aux mines mobiles. Aujourd’hui, dragueurs et chasseurs de mines doivent pénétrer dans la zone dangereuse. Demain, des systèmes de robots seront déployés en toute sécurité, en dehors des zones minées, par des navires non spécialisés ou directement de la plage. Déjà utilisés depuis 1975 pour l’identification et la neutralisation des mines, les robots, organisés en systèmes indépendants des navires, rempliront plusieurs tâches simultanées, plus rapidement et avec plus de souplesse. Certains, manœuvrés directement de la plage, seront autonomes, mais avec la possibilité d’une intervention humaine. Cybersécurisés, les systèmes de robots utiliseront l’intelligence artificielle et seront déployés en essaims. La supériorité maritime repose sur les capacités défensives face aux nouvelles menaces et offensives sur chaque champ de bataille, indique Jean Judde de Larivière. Les capacités défensives incluent missiles hypersoniques, attaques saturantes, systèmes de défense aérienne intégrés et frappes aériennes. Les capacités offensives vont du contrôle des espaces aérien et maritime aux attaques contre la terre, cyber et dans l’espace. La supériorité maritime porte sur la gestion de l’effet militaire, une allonge accrue, l’évaluation de la situation et la connectivité. La gestion des effets militaires dans des zones contestées inclut le contrôle de l’ouverture du feu et l’aide à la décision avant l’engagement. Les futurs systèmes navals de défense dépendront de la projection de capacités ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et incluent l’essaimage, le couplage entre armes pilotées et non pilotées et des navires à distance de sécurité du champ de bataille numérisé. Le « cloud » (accès à des services informatiques via internet) apporte des réponses temporelles échelonnées au combat collaboratif avec partage de données, explique Olivier Kermagoret. En effet, la supériorité informationnelle à la mer se trouve menacée. Sur mer et dans les airs, la supériorité opérationnelle n’est plus garantie. Dans l’espace, les satellites ne sont guère en sécurité ni en sûreté. La guerre électronique s’exerce dans un environnement encombré. Le cyber devient un champ d’opportunités émergentes, mais aussi de nouvelles menaces. Les adversaires disposent de capacités d’engagement de haute intensité. Les menaces de basse intensité varient. La frontière entre les seuils de paix et de guerre reste floue.

Loïc Salmon

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Marine nationale : les BRF pour durer en mer face aux menaces, nouvelles ou lointaines