Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

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La Chine compte sur les applications militaires de l’intelligence artificielle (IA) pour réduire ses dépenses de défense et contenir la supériorité des Etats-Unis en Asie-Pacifique.

Cette question est abordée dans une étude intitulée L’intelligence artificielle en Chine, un état des lieux, publiée en novembre 2018 par le « think tank » Fondation pour l’innovation politique.

Progrès spectaculaires. La Chine entend sécuriser son développement et se prémunir contre les aléas possibles dans la région Asie-Pacifique. En effet, les pays riverains ne cachent pas leur inquiétude devant sa montée en puissance. Quoique détentrice de l’arme nucléaire, elle souhaite se doter d’un outil de défense lui donnant un avantage décisif à un coût moins élevé. Ainsi, l’IA a déjà permis des avancées dans le domaine des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) avec la dernière version du Wing Loong II, construit par China Aviation Industry Corporation. Ce drone a déjà été commandé à 300 exemplaires par l’Arabie Saoudite. En outre, l’IA est utilisée pour développer des systèmes d’aide à la décision à bord des sous-marins nucléaires d’attaque et lanceurs d’engins, pour améliorer la capacité d’interprétation du commandement, soumis au stress du confinement. La construction d’un centre d’essais de navire sans pilote a commencé début 2018 à Zhuhai (Sud de la Chine), pour la planification des itinéraires, le repérage, l’accostage et l’appareillage. En matière de sécurité publique, l’IA est aussi utilisée dans la prévention des actes criminels et l’intervention de la police avant, par exemple, qu’un acte terroriste soit commis. A cet effet, la société CloudWalk, spécialisée dans la reconnaissance faciale, travaille en partenariat avec la police. Son algorithme compare les images recueillies avec celles stockées dans la base de données de la police. Après analyse de leurs comportements, il est possible d’identifier les risques que présentent des personnes suspectes. Informée, la police peut alors intervenir.

Rivalité sino-américaine. La concurrence entre la Chine et les Etats-Unis en matière d’IA s’est intensifiée en 2017, à la suite de trois documents officiels rendus publics par l’administration Obama entre octobre et décembre 2016. Le plan chinois de développement de la nouvelle génération d’IA, assez similaire, est considéré comme une réponse à la stratégie américaine, estime l’étude du « think tank ». Moins freinée que les Etats-Unis par les débats éthiques et tentatives de réglementation, la Chine devrait progresser rapidement dans les domaines de la sécurité nationale et des armes autonomes. Elle va investir environ 24 Mds$ dans la recherche et le développement des semi-conducteurs. En outre, elle attire davantage d’investissements pour soutenir son industrie de l’IA. En 2017, sur les 15,2 Mds$ investis à l’échelle mondiale dans les startups spécialisées, près de 50 % sont allés en Chine, contre 38 % aux Etats-Unis. Pourtant, souligne l’étude, le niveau général en matière d’IA est moins élevé en Chine qu’aux Etats-Unis. La Chine présente des retards concernant la théorie fondamentale, les algorithmes clés, les équipements, les puces spécialisées, les matériaux et les logiciels.  Ses instituts de recherche et ses entreprises n’ont constitué ni un écosystème numérique ni une chaîne industrielle exerçant une influence internationale. Elle manque encore d’experts et de spécialistes en IA. Il lui reste à développer une infrastructure et établir des lois, des réglementations et des normes dans ce domaine.

Loïc Salmon

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